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CHAPITRE VIII

Agitations parlementaires et menées révolutionnaires dix S août an 4 septembre,

Impression produite à Pari? par les premiers désastres. — Joie de l'opposition. — Déclaration de M Piétri. — M. J. Ferry — M. Gari îer-Pagès. —M Crémieux. — Réunions politiques. — Agitations du 9 août. — Le maréchal Baraguay-d'Illiers contient l'émeuie par son attitude loyale. —Tentatives du 14 août.— Blanqui. — Eudes. — Menées au sein du co-ps législatif. — Relations des députés de la gauebe avec les sections populaires. — M de Kératry et le maréchal Bazaine. — Conciliabules de l'Opposition qui arrête la liste du nouveau gouvernement. — M. le général Le Flô et l'offre qui lui est faite, le 3 septembre, du ministère de la guerre. — Réunion de la rue de la Sourdière. — Conspiration permanente. — Attitude patriotique de l'Impératrice et de son gouvernement.

La nouvelle de nos premiers revers produisit à Paris une profonde et crmlle impression. Le pays fut désolé ; la démagogie ne pouvait cacher sa joie. Elle pensait et disait ce qu'ont dit depuis l'Electeur libre, la Rtvue des Deux Mondes et le Journal des Débats que la chute de l'Empire serait un bonheur pour la France, et que ce bonheur ne serait pas acheté trop cher au prix de deux provinces perdues et de nos milliards payés.

Voici deux dépositions qui peignent exactement l'état des choses.

On comptait sur des victoires : les premières dépêches annoncent des revers !

L'émotion fut profonde et poignante. Mais tandis [que ces nouvelles exaltaient la patriotisme de la grande, de l'immense majorité de la nation, les revers de nos armées ne faisaient qu'exciter le sentimeut révolutionnaire de certains groupes parfaitement jconnus de la police. Ces groupes avaient leurs correspondants [à l'étranger, à

l'i* HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE

Londres, à Bruxelles, à Genève ; ils se liguèrent avec la gauche radicale du Corps législatif, avec la presse révolutionnaire, avec l'Internationale, avec certains meneurs des réunions publiques. La rue de la Sourdière devint ainsi le centre et le foyer de l'agitation révolutionnaire.

Le gouvernement de la régence convoqua les grands corps de l'Etat; le Corps législatif se réunit; et, à sa première séance, le 9 août, des groupes nombreux se portèrent autour du Palais-Bourbon pour l'envahir, pour chasser la représentation nationale. Le 9 août serait devenu un i septembre, si le commandement militaire n'avait résolument soutenu les forces municipales.

M. Piciri, p. 2J3.

M. le président. — Au moment où les malheurs de la France sont arrivés, quel était l'état des esprits dans les sociétés secrètes?

m. lagrange. — Ah ! Monsieur, ces hommes-là demandaient tous que nous fussions vaincus, .le n'ai jamais reçu de rapports sur les réunions des comités socialistes, où il ne fût constaté qu'on y demandait que la France fût battue à plate couture. C'était leur désir le plus ardent ; ils disaient : si la France est battue, la révolution est inévitable et nous triompherons.

m. le président. — Ainsi, ils faisaient ouvertement des vœux pour le succès des Prussiens?

m. LAGRANGE, — Et ils se livraient à une propagande très active parmi les militaires pour semer le découragement dans leurs rangs.

m. le président. — Parlez-nous avec plus rie détails de ce que vous pouvez savoir sur ce point.

M. lagrange. — Us faisaient delà propagande surtout parmi les soldats de la caserne du Prince-Eugène. Ils embauchaient, autant qu'ils le pouvaient, les soldats, les emmenaient dans les cabarets où ils leur faisaient de la politique, et autant que possible les conduisaient aux cubs. On défendait bien aux soldats d'aller dans les cubs mais ils enfraignaient toujours la défense. Fayolle, Lieaury, par exemple, et encore d'autres dont les noms m'échappent, éiaieni les amis intimes de Flourens. C'est avec Flourens qu'ils se sont iéfugiésà Londres, c'est avec Flourens que Fayolle, Tibaldi et Beaury ont tiré au sort à qui viendrait tuer l'empereur.

m. de meadx. — Pourrait-on trouver la preuve de ces sentiments antipatriotiques des révolutionnaires.

m. lagrange. — Mon Dieu, Monsieur, ils les manifestaient même sur la voie publique. Tous les soirs il y avait des bandes d'individus qui couraient le boulevard en criant : Vive la guerre, à Berlin ; les autres : Vive la paixl 11 y avait des discussions très vives entre

eux.

M. Lagrange, p. 214.

Ecoutons M. Ferry et M. Gara 1er- Pages racontant les impatiences de leuïs adeptes, les efforts qu'ils disent avoir essayés pour les contenir et avouant, M. Ferry du moms, le regret de ne pas avoir fait le 31 août ce qui se fit le 4 septembre.

Je prends les choses à la dernière réunion du Corps législatif, lorsqu'il fut convoqué après le désastre de Reischoffen, le 7 août, pour le 9.

Il y avait à ce moment dans la population parisienne une excitation, une agitation toute naturelle, mais il y eut, il ne faut pas l'oublier quand on juge le peuple de Paris à cette distance, un grand sentiment patriotique dominait l'excitation politique et la colère légitime. Que ce sentiment patriotique ait été bien inspiré dans cette occasion, et qu'on ne puisse pas regretter que, puisqu'une révolution devait se faire, elle ne se soit pas opérée ce jour-là, c'est ce que les historiens examineront plus tard. 11 est évident que le si Corps législatif ou la population de Paris avait pu à ce moment prendre la direction des affaires, la partie militaire n'eût pas été aussi complètement perdue qu elle Ta été depuis, par cette très bonne raison qu'après la faute d'avoir déclaré la guerre, d'avoir opposé à l'ennemi une préparation insuffisante et des dispositions militaires tout à fait puériles, il y eut une faute qui couronna toutes les autres et amena la catastrophe finale, ce fut de priver Paris de son armée de secours, en envoyant le corps de Mac-Manon à la recherche d'une jonction impossible avec l'armée qui venait d'être battue. Si la révolution eût été faite à ce moment, ou si le Corps législatif eût voulu prendre le pouvoir, il pouvait empêcher cette fatalité qui était la dernière, et qui impliquait la condamnation absolue de nos efforts.

M. J. Ferry, p. 37T.

Je voudrais, m'arrêtant au 3 septembre, vous faire remarquer quelle était la vraie situation du parti auquel j'appartiens, et notamment de la députation de Paris, pendant toute cette période. Notre attitude apparaît dans les débats publiés, et bien plus encore ns les délibérations sans nombre tenues soit avec des personnages e marque, soit avec de simples députés, dans les couloirs et les bureaux de la Chambre.

Je crois qu'aucun de ceux qui faisaient partie du Corps législatif à cette époque, et qui se sont trouvés en rapport avec nos amis Jules Favre, Gambetta, Picard, avec quelconque d'entre nous, ne contestera que notre attitude était celle d'hommes profondément attristés et préoccupés des événements, profondément découragés et prévoyant le dénoûment épouvantable de toute cette crise contre laquelle nous avions lutté, et ne cessant de répéter à nos collègues : Vous n'avez plus qu'une chose à faire, c'est, en face du gouvernement personnel qui s'est perdu dans une entreprise impossible, de prendre le pouvoir, d'être enfin le pays qui vous a nommés, de constituer un Gouvernement dans la Chambre. Respectez, autant que la situation des choses vous le permettra, les formes, les formules constitutionnelles, mais prenez la réalité du pouvoir, la direction de la défense ; ne vous confiez pas aveuglément, après le ministère Ollivier, au ministère Palikao. Le conseil que nous vous donnons est bien désintéressé, nous ne voulons pas être de ce Comité de défense, de cet organisme parlementaire qu'il faut constituer Nous n'y avons pas intérêt, nous ne voulons pas que le Gouvernement, qui est l'idéal de notre vie politique, soit inauguré dans les aventures. Il faut, pour tirer la France de la crise oîi elle est, un Gouvernement anonyme.

Ceci, nous le disions à nos amis, aux impatients qui nous entouraient; nous le répétions à satiété dans tous les conciliabules.

M. J. Ferry, p. 239.

Quand l'armée a quitté Paris, des faubourgs on venait nous dire : il n'y a plus de force, il n'y a plus de troupes ; nous allons vous donner le pouvoir. Eh bien, j'ai résisté, avec mes collègues, presque avec colère. Et ce n'étaient pas des agents provocateurs, ceux qui venaient nous faire ces propositions; c'étaient des gens sérieux, je ponrraisles nommer. Eh bien, j'ai résisté pendant cinq jours en leur disant : Non, non ! Nous avons subi une première défaite, mais

le maréchal Bazaine se bat encore ; le maréchal Mac-Mahon marche en avant. Parce que nous avons été battus sur notre frontière, ce n'est pas une raison pour désespérer. Si vous faites une révolution en ce moment, vous êtes bien coupables; une révolution peut compromettre le succès de nos armes, dans le cas où nous pourrions nous relever ; si nous sommes encore battus, on ne pardonnera jamais à la République de venir s'implanter dans une situation telle qu'on lu i devra les défaites et les désastres du pays.

Ceci est la vérité même, Messieurs ; nous avons dû lutter jusqu'au dernier moment; mes collègues et moi, nous avons voulu empêcher tout mouvement; nous avons conseillé au peuple de Paris de se montrer prudent et réservé en présence de l'ennemi.

M. Gar nier -Pages, p. 441.

Voici encore une réponse de M. Crémieux avouant la continuité des menées révolutionnaires survivaut à Fag-itation anti-plébiscitaire, et prenant une activité nouvelle après nos malheurs :

Je me rappelle très- bien qu'il y a eu chez moi une réunion considérable. Nous avions convoqué des journalistes de divers pays ; il en est venu un grand nombre, qui ont assisté à cette réunion avec les députés de la gauche. Quelques-uns de nos amis ont pensé, quand on a voulu signer le procès-verbal de la séance, que les signatures des députés seulement devaient y être apposées et que les journaistesne devaient pas faire partie de nos réunions. D'autres, et j'étais du nombre, ont pensé qu'ayant été admis et ayant pris une part active à noire débat, nous ne pouvions leur refuser de signerr et que, si des convocations spéciales ne devaient pas leur être envoyées, rien ne s'opposait à ce qu'ils assistassent à nos réunion.

M. lefèvre-pontalis. — La réunion a eu lieu, si je me trompe, à l'occasion du plébiscite. Dans cette réunion, qui avait lieu chez' M. Crémieux, un grand nombre de députés et de journalistes avaient été convoqués. On cherchait à organiser une campagne contre le plébiscite. Plusieurs rédacteurs de journaux prétendirent signer avec les députés; à l'occasion de cette prétention, un des députés, qui doit être M. Picard, se retira, entraînant une fraction de la gauche, qui se réunit rue de la Sourdière.

m. crémieux. —Tout ce que vient de dire M. Lefèvre-Pontalis revient, en effet, à mon souvenir, peut-être un peu confusément ; mais si vous ne l'aviez pas rappelé, tant d'événements se sont passés depuis que ma mémoire ne m'aurait pas ramené ces détails.

1 'tS HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE

m. le président. — On nous a dit que ces réunions, qui se sont formées aniérieurement au plébiscite, se sont continuées depuis.

m. crémieux. — Il n'y a pas eu d'autre réunion chez moi; mais nous en avions rue de la Sourdière, où plusieurs journalistes ont quelquefois assisté. Jamais il ne s'est produit aucun fait, aucun incident qui vaille la peine d'être porté devant vous.

M. Crt}m;evx, p. 576.

Aussi les déclarations suivantes établissent elles, que le 9 août la révolution eût éclaté si l'armée n'eût eu pour chef le maréchal Balaguey d'Illiers qui donna alors, au général Trochu, un exemple que celui ci ne devait pas imiter

m. macé. — Le 9 aoiV, j'étais à l'Assemblée, deservice. On nous avait dit, au cabinet du préfet, que les ateliers devaient être fermés ce jour-là. Le maiéohal Baraguey d Illiers était à la tête des forces qui devaient défendre le Corps Législatif; nous savions que les ateliers n'avaient pas travaillé et qu'il devait y avoir un mouvement. Je dus m'occuper de barrer le pont et d'empêcher même les députésde sortir, parce que rendez-vous avait été pris sur la place de la Concorde pour proclamer la République. M. Carré-Kérisouët voulut forcer la consigne ; je l'empêchai de passer ; nous eûmes une discussion assez vive; néanmoins, il ne passa pas.

.le retrouvai à peu près les mêmes hommes quelques jours avant le 4 septembre, vers le 16 août ; on ne travaillait pas dans les ateliers, et les membres de certaines remuons, que nous connaissions, venaient aux abords de l'Assemblée; mais je n'ai particulièrement personne à vous signaler.

M. Macé p. 117.

Si au lieu de se porter- de sa personne au Corps législatif et d'affirmer, par son altitude très nette, par un langage sans aucune espèce de réticence ou d'ambiguïté, adressé à quelques membres de la gauche qui voulaient parlementer avec lui sur la voie publique, M le maréchal Baraguey-d' 'lliers s'était abstenu, il est certain que ce jour là, la révolution pouvait réussir, car la population, qui entourait le 9 août le Corps législatif, était composée d'éléments semblables à ceux qui triomphèrent le 4 septembre.

M. Piétri, p. Toi

Blanqui, et les futurs meneurs de la Commune, entrèrent en action et le Préfet de police déjoua, par sa vigilance et sa fermeté leurs détestables complots.

m. piétri. — Le 9 août la révolution, avorta parce qu'elle trouva l'armée résolue à la combattre et à l'écraser.

Quelques jours après, une seconde tentative se produisit à la Villette. Nous étions sur la voie d'une conspiration blanquiste, et le 12 du mois d'août, je fis faire une double perquisition : la première au domicile d'un individu qui a été un des généraux de la Commune, du nommé Eudes; la deuxième au domicile d'un cordonnier dont j'ai oublié le nom.

M. Piélri, p. 233.

Nous saisîmes un dépôt d'armes toutes neuves, de revolvers qui sortaient de fabriques étrangères, de larges poignards et un nombre assez important de drapeaux rouges et de pièces compromettantes.

m. le président. —C'était le 12 août?

m. piétri. — Oui, et le 14 dans l'après-midi, la caserne des sapeurs-pompiers de la Villette était attaquée. Le caporal de service et une jeune tille furent tués. Les agents du quartier se jetèrent très énergiquement sur les éraeutiers, et, aidés de la population, ils en arrêtèrent plusieurs. L'auteur même du double assassinat, Eudes, qui avait pu échapper aux poursuites des sergents de ville, fut arrêté, une heure après, au quartier latin, sur la désignation et avec le concours de très bons citoyens.

il. Piétri, p. 253.

Les députés de la gauche s'associaient à ces coupables menées. En éance législative, voici quelle était leur attiiude.

A deux heures, nous entrions en séance au Corps législatif, et là, es irréconciliables, par leurs discours, tendaient à atteindre deux buts :

Eloigner de Paris tout ce qui appartenait à l'armée régulière et donner des armes à tout ce qui composait la multitude; or, pour obtenir ce résultat, ils nous calomniaient, nous poursuivaient, nous harcelaient pendant de longues heures que nous aurions pu employer d'une manière plus fructueuse aux nécessités suprêmes de la défense.

Nous avions vu le danger, mais on nous répétait chaque jour tout

en excitant les passions: — « Comment vous conservez dans la » capitale des régiments entiers? Vous n'avez qu'un bat : sauver la » dynastie ; vous perdez la France. »

Eh bien! non, Messieurs nous voulions avant tout sauver la France; et dans nos esprils la dynastie n'était qu'au second rang. Nous comprenions que le jour où la dynastie viendrait à s'effondrer, la guerre civile surgirait et compromettrait plus que jamais notre force morale et notre action devant l'ennemi; mais nous espérions encore qu'aucun parti ne pousserait l'impiété envers la pairie jusqu'à vouloir enter la guerre civile sur la guerre étrangère.

Nous nous sommes efforcésîde faire arriver des départements la force armée; nous nous sommes refusés jusqu'aux derniers jours à armer les masses populaires; et il faut enfin que j'aborde le sujet le plus délicat de l'interrogatoire que vous dicte votre mission.

M. Brame, p. 189.

Nous arrivâmes au ministère, uniquement animés par des sentiments patriotiques; nous étions complètement éloignés de toute passion de parti, nous apportions une telle sincérité dans nos actes et dans notre attitude, que nous ne supposions pas un seul instant soit à la Chambre, soit dans lé pays, des pensées différentes de celles qui nous animaient nous-mêmes. Il nous paraissait tellement évident que la moindre hostilité contre le pouvoir exécutif existant était un appui apporté à la Prusse que nous étions sans craintes; nous ne pensions pas avoir à redouter un conflit avec une fraction de l'Assemblée, et je peux dire que nous poussions nos illusions assez loin pour ne pas supposer qu'il y eût dans le pays des hommes assez égarés pour s'alliera l'ennemi en renversant un gouvernement qui seul pouvait donner à la résistance la cohésion et l'unité. Notre illusion ne lut pas de longue durée. Dès la première séance, 1 opposition tint un Langage qui nous émut profondément.

Le 10 août, M. Picard disait à la Chambre : « L'altitude du gouvernement et de la majorité d \i m telle que nous serons forcés de faire un appel au peuple contre le pouvoir cl. contre la majorité.» Cette déclaration se trouve au Journal officiel. Le 11 ouïe 12 août, nous étions au pouvoir depuis le 10 août, M. Cari: bel la s'écriait; a 11 faut que nous basions une « guerre républicaine » et sur la protestation d'un membre de la majorité, il ajoutait: « oui, cette majo- « rite Mirroiube sous le poids île la houle el du mépris 1 »

Je signale ces paroles pour prouver que. dès ce moment, il y avait tendance à frapper non seulement le pouvoir exécutif, mais cette majorité dont le concours faisait notre force ? Dans ce moment où la simple réflextion devait amener tous les cœurs à battra dans une étreinte commun?, i! y avait des passions féroces qui cherchaient à semer dans les cœurs la division et la haine. Lorsque nous demandions à réparer nos désastres, lorsque nous demandions à prendre des revanches, il y avait des hommes qui espéraient les désastres de leur pays, qui les épiaient, qui les guettaient pour s'emparer d'un pouvoir qu'ils convoitaient depuis longtemps. La pensée nationale trouvait leurs cœurs insensibles ; leurs ambitions personnelles, leurs rancunes et lours haines les dominaient au plus haut degré.

M. J. Davtd, p. 148.

Écoutons encore à ce sujet M. Thiers.

Deux ou trois jours se passèrent en véritables convulsions. A chaque instant, comme il arrive dans ces cas-là, on interpellait les ministres sans leur donner presque le temps de répondre, sans écouter même des réponses qui n'en étaient pas. Que pouvaient-ils dire en effet, qui signifiât quelque chose dans une situation presque sans remède? Désarmer l'opinion publique en écartant la famille impériale, arrêter l'ennemi au moyen d'un armistice, signer la paix, la signer vite pour éviter qu'elle ne devînt plus mauvaise en prolongeant la résistance, était la seule chose possible. Mais le gouvernement impérial lui-même pouvait-il rien de semblable? Évidemment non. Et si la révolution avait lieu, les hommes qui surgiraient de son sein pourraient-ils arrêter le mouvement imprimé aux choses? Pas davantage. Tout était donc en péril, solution ou impossible ou effrayante.

On se débattait dans ce gouffre d'impossibilités, et d'heure en heure devenait plus évidente la nécessité de la déchéance. L'opposition ne voulait plus laisser prononcer le nom de l'empereur ni de l'impératrice, et la majorité n'osait plus les faire respecter. Ceux que j'aii appelés les bonapaitistes purs poussaient encore quelques cris, qu étaient plutôt des gémissements que des éclats de colère, et ils étaient devenus tout-à-fait incapables d'opposer la moindre résistance.

M, J hier s p. 16.

M Lagrange rend compte des relations de la gauche parlementaire atec les sections de Belleville et de La Villette.

m. le président. — En votre qualité de directeur de la police politique, vous auriez pu savoir ce qui s'était passé dans les différentes réunions aux derniers jours du gouvernement que vous serviez.

m. lagrange. — J'ai eu l'honneur de vous dire que toute mon attention était portée sur la Chambre pour ne pas la laisser envahir. Je ne sais pas ce qui s'est passé dans les réunions, mais ce que je répète, c'est qu'à chaque instant des membres de l'Internationale et de toutes les sociétés secrètes, venaient causer avec des membres de la Chambre, et partaient de toute la vitesse de leurs jambes. Il y avait même des voitures toutes prêtes sur le boulevard. On a vu de ces hommes y monter et partir dans la direction de Belleville, de Montmartre et de la Villette.

m. le président. — Gela a-t-il duré plusieurs jours?

m. lagrange. — Quatre ou cinq jours M. le Président.

M. Lagrange p. 215.

M. de Kératry, de son côté, constate les rapports et l'entente de la g- che avec le gouverneur de Paris et il parle même d'un accord a~ le maréchal Bazaine. Sur ce sujet, nous lui laissons la responsa- 1 é de son assertion.

• elle visite au général Trochu me remet en mémoire une autre visite faite au ministère de la guerre, plusieurs jours auparavant , par M. Jules Favre M. Picard et moi, délégués par la gauche; nous étions allés dire au ministre que le maréchal Bazaine nous avait fait savoir qu'il entendait ne plus obéir à l'empereur.

m. le président. — Quelle est la date de cette visite?

m. le comte de kératry. — 18 à 20 jours à peu près avant la révolution.

Le maréchal m'avait fait déclarer par madame la maréchale Bazaine, qui m'avait rendu visite le matin, que laprésence de l'empereur compromettait les opérations militaires, qu'il n'en acceptait plus la responsabilité, et qu'il désirait se retirer. Nous nous rendîmes auprès du ministre Nous lui fîmes cette déclaration; il nous répondit que, conformément au désir delà Chambre, le maréchal allait être investi du commandement suprême. Restait une seconde question non moins grave à traiter. Je mis le général de

Palikao en demeure de se prononcer sur une éventualité de conflit entre l'empereur et le maréchal.

Je posai cette question au ministre de la guerre : « Dans le cas où un conflit s'élèverait entre le maréchal Bazaine et l'empereur, pour qui prendriez-vous parti? » Le général Palikao répondit : « Pour le maréchal Bazaine. » Par conséquent, dès cette époque, le maréchal Bazaine, dont je n'entends nullement agiter ici la conduite postérieure, dès cette époque, le maréchal avait rompu avec le régime impérial.

m. le comte de rességdier. — Croyez- vous que cela impliquât à la fois la question de gouvernement et la question militaire?

m. le comte i>E kératry. — Je suis certain que cela n'impliquait que la question militaire.

Je tenais à faire cette déclaration, parce qu'elle éclaire un point d'histoire resté inconnu jusqu'ici pour l'opinion publique.

Cette visite au ministre de la guerre, en son hôtel, a été faite par MM. Jules Favre, Picard et moi, vingt jours à peu près avant le h septembre.

M. Kératry. p. 25.

Le même témoin parle de réun ons parlementaires où la révolution fut décidée et préparée.

Je me souviens que M. Grévy prit la parole en sens contraire, déclarant, d'ailleurs, qu'à ses yeux la population honnête de Paris, efféminée par l'Empire, ne lui paraissait pas capable d'un mouvement viril. D'autres députés, Jules Favre, Arago, Jules Simon et Picard se prononcèrent contre l'action, parce qu'ils estimaient qu'elle était prématurée et peut-être compromettante pour les progrès déjà obtenus pas l'opposition. Ce soir là M. Gambetta s'abstint.

Mais, le lendemain à onze heures, dans la seconde réunion à laquelle assistait M. Lefèvre-Pontalis, ici présent, j'ai renouvelé ma proposition d'agir vigoureusement si, après la demande de la déchéance qui avait été faite dans la nuit, la couronne ne prenait pas le parti radical de l'abdication. Nous fûmes pour l'action, M. Gambetta et moi. Nos autres collègues persistèrent dans l'opinion qu'il fallait attendre les événements ; moi je prétendais que les événements avaient besoin d'aide et de direction, et qu'après l'émotion immense qu'allait répandre le désastre de Sedan dans une ville déjà remuée comme Paris, il fallait agir sans retard, si on ne voulait pas que les événements devinssent indomptables.

15 i HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE

Une seule chose fut. arrêtée. Il y avait une liste de membres du Gouvernement toute prête, en cas d'événement; liste de noms sur laquelle on vola ; elle était composée d'hommes pris dans le centre gauche et surtout dans la minorité. Voilà sur quoi portèrent les discussions ; elles étaient, je l'avoue, peu pratiques, et si les événements n'avaient pas été aussi écrasants qu'ils l'étaient, ce n'est pas l'opposition qui eût fait la révolution en dehors de l'Assemblée.

M. de Kératry, p. 655.

Interrogé au sujet d'une autre réunion la mêma témoin répond:

Je ne saurais rien dire de'celte réunion. Je ne puis me rappeler exactement, que celle qui a eu lieu le 3 septembre au soir, et la dernière qui a eu lieu, une heure avant la révolution, à laquelle assistait cette l'ois, outre la gauche, une quinzaine de membres du centre gauche.

Celle du 3 septembre comptait environ trente-et-un ou trente-trois membres de l'opposition. M :-agnin, d'ailleurs, doit avoir entre lés mains tous les procès-verbaux d3 ces séances. Connaissant les événements, je fus d'avis, le 3 au soir, qu'il ne fallait pas attendri que le pouvoir tombât et que, si le Gouvernement ne voulait pas céder aux circonstances qui rendaient le nom de Napoléon 111 désormais impossible, il fallait agir les armes à la main.

.1/. de Kératry, p. 655.

Et il ajoute :

Le 3, vers onze heures du soir, ayant rencontré le général Le Flô, le proscrit du 2 Décembre, dans la salle d'entrée du palais Bourbon, je le pressai d'accepter le portefeuille de la guerre, en prévision du mouvement inévitable du lendemai: . Le général Le Flô, après une minute de réflexion, m'objecta qu'il eu. t engagé vis-à-vis le général Trochu dont il venait d'accepter le c .unandement d'un secteur, et que, par conséquent il serait oblige le conformer sa condnite à celle du général. Je lui répondis : j Le général Trochu rentrera nécessairement dans l'ordre de choses que l'Assemblée inaugurera demain. Vous rendre/, service en ace taat h; portefeuille de la guerre, parce que vous êtes un général ai i m, dé>igné parle 2 Décembre, parce que le pays aura besoin de wrtne élargie pour en imposer au\ mauvaises passions qui ne tardorolBl pas ;i se l'aire jour. »

M. de Kératry, p- 550.

Nous en restâmes là : je rapportai immédiatent cette conversation à la gauche réunie en délibération.

M. le général Le Flô cor firme le même fait qui ne laisse aucun doute sur la préméditât on du ODSip de main du 4 septembre et suc les auteurs de Cii atteniat.

m. callet. — Le général peut-il nous dire, au nom, je ne dirai pas de qui, mais de quel parti lui a été faite, le 3 septembre, l'offre d'un portefeuille?

m. le général le flo. — C'est M. de Kératry qui me fit cette première ouverture à onze heures du soir, par conséquent à l'ouverture delà séance de nuit qui a précédé le 4, à laquelle je pus assister, grâce à ma qualité d'ancien questeur, ayant conservé quelques relations avec des employés du palais.

m. le président. — M. de Kératry parlait-il en son nom ou au nom de plusieurs personnes»

m. le général le flo. — Il ne me nomma pas les personnes qui devaient faire partie du Gouvernement, mais il est évident que les six ou sept membres de l'opposition, qui sont demeurés les membres du Gouvernement, en étaient les membres désignés. J'ignorais complètement, dans ce moment, que le général Trochu devait être associé au Gouvernement et en deven»:- îé rinéf.

M. le général Le Flo, p. 620.

M. Thiers lui-même redit les paroles encourageantes qu'il a alresseês daus li nuit du 3 sep-f mbre à des émeutiers.

Le samedi 3 septembre on faillit en finir, mais la solution fut remise au lendemain. Nous quittâmes l'Assemblée à minuit. Des groupes s'étaient formés sur la place de la Concorde. Les sergents de ville qui gardaient la tête du pont me les signalèrent, et comme ces groupes n'étaient pas très nombreux et qu'il semblait possible de passer entre eux, surtout avec un cheval rapide, je me hasardai à traverser. A ce moment je trouvai M. Jules Favre à pied, je lui offris de monter dans ma voiture, ce qu'il accepta. Nous fûmes poursuivis par les groupes et atteints près du garde-meuble, ils nous arrêtèrent, se jetèrent à la tête de mon cheval et ceux qui étaient un peu plus loin crièrent : « Arrêtez! Arrêtez! Tuez le cheval ! » — Ces émeutiers nous reconnurent bientôt et se mirent à crier : « Smveznous ! Sauvez-nous ! La déchéance ! » — Nous leur dîmes que la

13l> HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE

déehéance était proche, et que, s'ils voulaient l'obtenir, il ne fallait pas qu'ils se rendissent effrayants. Ces paroles plusieurs fois répétées finirent par agir sur les plus rapprochés de nous, qui firent des efforts et eurent beaucoup de peine pour nous délivrer. Mon C tcher qui était prisonnier sur son siège, fut laissé libre, et un coup de fouet vigoureux lançant le cheval au galop, nous fûmes délivrés, poursuivis encore, mais point atteints.

Nous nous séparâmes, M. J. Favre et moi, et nous fûmes plusieurs jours sans nous revoir. Il ne songeait, en ce moment, pas plus que moi, à mettre la main à une révolution.

Le bruit d'un coup d'Etat, contre nous tous, et dont l'effet serait de nous incarcérer était très répandu. Je n'y croyais guère. Cependant on y croyait parmi mes amis, et la nuit se passa dans des inquiétudes assez grandes. La fatigue et l'incrédulité me procurèrent un profond sommeil.

m. Thiers, p. 16.

M . Créniieux. raconte ainsi qu'il suit ses excitations au renversement de la dvnastie.

ai. crémieux. — Depuis le 2 septembre ma conviction, — qui n'a pus varié depuis, — est que la Chambre avait alors un devoir rigoureux à remplir. Je l'ai dit, non seulement au public, mais amicalement à tous les députés avec qui j'étais en rapport . « Constituez « donc un Gouvernement. Debarrassez-nous donc de ce détestable c gouvernement que nous subissons encore, quoiqu'il ne puisse a plus être maintenu. »

M. Crémieux, p. 5Ô9.

M. Glais-Bizoin parle à son tour de la dernière réunion de la rue de la Sourdière.

m. le comte daru. — Quel jour la dernière réunion de la rue de la Sourdière eut-elle lieu?

ai. glais-rizoin. — Le l] septembre. Nous nous séparâmes de bonne heure, en nous donnant rendez-vous pour le lendemain dans nos bureaux.

ai. le comte KAiui. — N'y a-t-il pas eu une autre séance dans la nuit du 3 au h septembre?

m. (ii.vis-RizoïN. — C'est après la séance ie la Chambre que nous

nous sommes réunis le soir ; c'est la seule séance qui ait eu lieu ce jour là, autant que mes souvenirs peuvent être fidèles.

m. le comte nARO. — Cn prétend que dans cette dernière réunion se trouvaient des individus étrangers à la Chambre, résolus à donner le branle et à imprimer le mouvement à la garde nationale. C'était la réunion de la rue de Sourdière qui dirigeait, dit-on, l'insurrection.

m. GLAis-Bizom. — La réunion dont je parle n'était composée que de députés.

M. Glati Ëi.zoin p. G09.

M. Brame expose ce qu'il a appris à ce sujet, et à son récit, les membres de la Commission d'enquête s'étonnent qu'on n'ait pas empêché ces conciliabules, ou arrêté les individus qui y conspiraient.

m. de lasicotière. — M. Brame voudrait-il nous parler de la réunion de la rue de la Sourdière? il nous a dit, je crois, que tout avait été arrêté et convenu dans cette réunion.

m. jules brame. — Je n'ai rien su de positif à ce sujet. Le bruit est arrivé jusqu'à moi que des députés de l'extrême gauche auraient été réunis rue de la Sourdière; remarquez, messieurs, que je ne fais que rapporter le bruit. MM. Delescluze, Blanqui et leurs adhérents auraient assisté à la séance.

Un membre. — A quelle date ?

M. jules brame. — Le 3 septembre. C'est la qu'auraient été préparés les événements du lendemain, et que les tentatives d'envahissement auraient été décidées. M. de la Sicotière doit être convaincu qu'à celte heure-là, la fidélité du chef militaire, le dévouement des troupes pouvaient seuls éviter le 4 septembre et ses conséquences.

m. de la sicotière. — Je me suis bien gardé d'exprimer une opinion, monsieur, je me suis borné à une question de fait.

m. jules brame. — Aussi me suis-je borné, de mon côté, à vous dire ce qui m'avait été rapporté, afin qu'il vous fût plus facile d'élucider ce fait important.

m. le président. — M. Brame a répété ce qu'il a entendu dire et ce qui, déjà, nous avait été appris à nous-mêmes.

Un membre. — Pourquoi ne pas avoir arrêté les personnes composant cette réunion, ou du moins ne l'avoir pas empêchée?

Un autremembre. — Je crois qu'on aurait pu tout au moins faire une perquisition pour fouiller dans leurs papiers.

M. Bram> p. 213.

158 HISÏ01KE RÉVOLUTIONNAIRE

La conspiration était si manifeste et si permanente que l'on s'attendait à un acte de vigueur, et qu'il ne semblait p»s que l'inviolabilité parlementaire pût couvrir et prologer de telles menées, l'ennemi approchant et l'état de siège résultant des faits eux-mêmes plus eneore que du décret qui l'avait établi.

A cet égard, M. le comte de Palikao et M. J David ont fait les déclarations que l'on va lire.

On a dit encore qu'il avait été question de faire arrêter les députés de la gauche. Cela est d'une fausseté incroyable. Voici un fai qui va vous prouver quelles étaient nos intentions : M. Jules Favre, dans un moment d'emportement oratoire, parla à la tribune des services particuliers que l'armée rendait à une cause qui n'était pas celle de la France. Je ne me rappelle pas bien les expressions, mais tel était le sens de ses paroles, qui suscitèrent dans la Chambre un toile général, et je me rappelle que moi, comme ministre de la guerre, je me levai, et je dis : « 11 est épouvantable quand nos enfants vont se faire tuer pour la défense du pays, quand ils font leur devoir, que 'on vienne les accuser de cette façon. » Cet incident m'avait beaucoup ému, j'avais aussi mon fils à l'armée: j'étais hors de moi, et je sortis de la salle des séances pour ne pas dire des choses blessantes. Au moment où j'arrivais dans la salle des Pas-Perdus, M. Beihmont, avec qui j'avais toujours eu de bons rapports, vint me rejoindre et me dit: « Mon général, on dit que vous allez faire arrêter M. Jules Favre. » Je lui répondis que je n'avais jamais eu une pareille idée ; que nous n'avions aucune intention d'arrêter personne, et que nous ne voulions pas de coup d'état, pas plus d'un côté que de l'autre. Pour nous, nous n'en avons pas fait, mais il en a malheureusement été fait par d'autres.

M. le gcnéral de ïalutao. j>. 172.

m de la sicotière. — Voudricz-vous dire comment, dans votre pensée, à un certain moment, le ministère se disposait à agir?

N'était-ce pas contre certains membres du Corps législatif?

ai. le daron jérome David. — Les insurgés qui aujourd'hui passent devant les conseils do guerre .le Versailles étaient les soutien.-, les électeurs et les adeptes de quelques députés de l'apposition; je ne veux pas laisser ma pensée s'égarer jusqu'à dire les adeptes es ce qui concerne les actes criminels et épouvantables dont ils se sout rendus coupables, mais, il y avait, chez les uns et chez les autres, les mêmes haines, les mêmes avidités et la même exaltation politique.

Je trois que les principes qui ont produit la Commune, ont été

puisés dans un certain enseignement révolutionnaire, professé par les hommes du 4 septembre. Voilà, en mon âme et conscience, quelle est ma conviction sur ces hommes et sur leurs disciples.

m. de la sicotière. — Que vouliez-vous dire tout à l'heure en disant que le ministère pensait agir au moment convenable ?

m. le baron jérome DAVID. — En présence de la gravité des événements extérieurs, et des attaques dirigées contre les ministres qui ne faisaient aucune espèce de provocation, je pensais que, dans l'intérêt même du pays, il y aurait lieu de prendre, le cas échéant, certaines mesures. Il était évident pour moi que ces atlaques se produisant continuellement, le Pouvoir exécutif, qui avait ia responsabilité de l'ordre public, devait songer à se défendre. Après le h septembre, le premier acte du pouvoir a été de dissoudre le Corps législatif. Il y a quelquefois pour les gouvernements des mesures de cette nature à prendre dans un intérêt public; et si j'ai un reproche à me faire, c'est, quand j'ai été au pouvoir, de ne pas les avoir appuyées avec plus de ténacité.

Un membre. — Est-ce au nom du cabinet que vous parlez, ou est-ce en votre nom personnel?

m. le baron jérome david. — Je ne parle que pour ce qui me concerne; nous nous trouvions tous les jours en présence des attaques les plus violentes, et nous ne devions pas nous laisser tous les jours traiter de cette façon.

m. le président. — Votre opinion, vous ne l'attribuez qu'à vous seul.

m. le baron jérome david. — Je n'ai pas changé d'opinion à cet égard.

m. le président. — Il faut préciser votre réponse. M. le baron Jérôme David ne peut pas engager des collègues absents. Je le prie de s'expliquer. Tous les ministres qui ont déposé devant la Commission, ont déclaré que, dans aucun cas, pendant la durée de leur ministère, ils n'ont eu la pensée de porter la main sur le Corps législatif. M. Brame l'a déclaré, M. le comte de Palikao, en a dit autant. M. le baron Jérôme David parle en son nom personnel, et \\ ne doit donc pas faire réagir sur d'autres la responsabilité de l'opinion qu'il exprime, leur attribuer une pensée qui ne paraît pas avoir été la leur.

m. antonin lefèvre-pontalis. — Il pouvait y avoir un courant d'opinions à cet égard. Selon M. le général Trochu, c'était la pensée, non pas des ministres, mais de l'Impératrice et du préfet de police.

H. le baron jérome david. — Je me serai sans doute mal exprimé. Porter la main sur le Corps législatif n'est jamais venu en discussion; mais il est évident, et, parlant pour moi, je crois pouvoir parler pour mes collègues, que si nous avions pu prévoir le dénoûment du h septembre, nous aurions certainement agi dans le but de le prévenir. Nous aurions cherché à l'éviter. Toutefois, il est une chose absolument vraie, c'est que nous ne nous sommes jamais consultés sur cette éventualité. Je dirai plus, c'est qu'il y avait dans le sein du conseil un parti parlementaire très-fort, à la tête duquel était le comte de Pahkao.

M. J. David, p. 161.

Le Gouvernement ne songeait donc qu'à l'ennemi qui s'avançait, et à la défense du pays. C'était là sa seule préoccupation, la seule pensée de l'Impératrice pendant que de basses ambitions s'agitaient, et exploitaient à leur profit les maux et les dangers du pays.

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