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CHAPITRE IX

Préparatifs militaires du ô août au 4 septembre.

Cab'net du 9 août. —Mesures militaires. — Création de nouveaux corps, —d'une nouvelle armée. — Organisation et armement de la garde mobile. — Répartit on des attr butions enira les divers ministres. — Armement et approvisionnement de Pari». — Appel des marins, des douaniers, des gendarmes. — Conseil de défense.

Pendant que la gauche parlementaire, s'appuyant sur la démagogie et sur les orateurs et habitués des clubs, exploitait nos premiers échecs et oubliait les soins', de la défense nationale pour ne songer qu'à renverser l'Empire et escalader le pouvoir, l'Impératrice et son gouvernement ne se préoccupaient que de repousser l'ennemi.

Le cabinet du 9 août venait de se constituer. Il était composé de serviteurs fidèles de la dynastie, résolus à ne pas faire de politique, à ne s'inquiéter que de la défense. M. Brame nous dit comment les ministres se répartirent les so ins réclamés par la gravité des circonstances.

Dès la première réunion du Conseil des ministres, nous organisâmes les services pour procéder à une défense énergique et intelligente.

M. J. David, ministre des travaux publics était, avec moi, chargé de la surveillance de l'armement des fortifications, de leur approvisionnement, des travaux à élever dans les parties faibles qui entouraient la capitale, et de toutes les mesures à prendre, dans un rayon de dix lieues, pour retarder, autant que possible, l'arrivée de l'ennemi sous les murs de Paris.

Le général comte de Palikao passait ses journées et une partie de ses nuits à recevoir des dépêches et à donner des ordres ; il créait

un corps d'armée nouveau destiné au général Trochu, un autre sous les ordres du général Vinoy, un autre confié au général Renault, et l'armée, composée de près de 180,000 hommes en moins de quinze jours, pouvait, sans doute, faire face aux plus grands événements.

De son côté, M. Clément Duvernois, ministre du commerce et de l'agriculture, appliquait tous ses efforts à la tâche immense qui lui avait été dévolue. Il organisait avec soin, selon l'indication du Conseil des ministres, des commissions composées d'hommes compétents qui devaient, selon leur spécialité, veiller à l'exécution des marchés, à l'entrée et au classement des nombreuses têtes de bétail qui arrivaient dans les forts et dans l'intérieur de Paris; puis enfin, il créait d'autres commissions dont le but était d'établir une sage division dans l'économie et la répartition des vivres, afin qu'aucun désordre, aucune perte, aucun scandale ne pussent se produire dans cette œuvre considérable de l'alimentation d'une ville de plus de deux millions d'habitants.

L'honorable M. Magne, ministre des finances, s'efforçait de subvenir à toutes les dépenses, quelque considérables qu'elles fussent, mais en imprimant à ses opérations cette sévérité dont il a donné tant de preuves pendant qu'il était au pouvoir.

Le ministre de l'intérieur et le ministre présidant le Conseil d'Etat étaient, de leur côté, chargés de l'organisation^des mobiles et des mobilisés, de leur équipement, qui comportait des détails considérables. Car tout était à faire. Ils étaient chargés également de rechercher les armes dont la rareté constituait un véritable malheur public.

La France entière a rendu justice au ministre de la marine et ù la forte organisation de cette arme.

Le Conseil avait compris que c'était de la division du travail que l'on devait attendre les meilleurs résultats.

Mais il fallait prévoir l'investissement de Paris, qui devait être transformé en un grand champ de bataille. La régente avait formellement manifesté sa volonté de ne pas quitter la ville. Il y avait donc nécessité absolue de créer une délégation hors de l'enceinte.

M. le prince de la Tour d'Auvergne, ministre des affaires étrangères, M. le ministre de la justice furent appelés à organiser, dans la ville de Tours, tous les services des ministères et des assemblées. I lette délégation du pouvoir central devait ordonner la concentration des corps d'armées, dont le but était de tomber sur les derrières de l'ennemi et de tenter de dégager la capitale.

Dès mon entrée au ministère, ma première pensée tut ■ lo me

rendre un compte exact de Uétat où se trouvaient les fortifications de Paris. J'allai visiter, le lendemain, les remparts et les différents forts qui l'entourent.

M. Jules Brame, p. 188.

Le général de Palikao s'occupa de constituer de nouvelles années et confia au ministère de l'intérieur l'organisation des gardes mobiles. De grands résultats furent promptement obtenus.

Gomme ministre de la guerre, mon premier soin a été de créer des armées qui pussent venir au secours de l'armée de Metz. Pour moi, l'armée de Metz était le seul objectif que l'on dût avoir. En cela j'ai été imité plus tard par ceux dont le seul but a été de lever des armées qui pussent délivrer Paris. Ma pensée était de délivrer Metz, comme la pensée de ceux qui ont gouverné plus tard a été de délivrer Paris, et ils avaient pour cela de moins bonnes troupes certainement que celles que je voulais envoyer à Metz.

A mon arrivée au ministère, j'ai dû commencer par organiser des armées. J'ai pu organiser le 12e corps d'armée qui a été envoyé à Châlons où sa formation a eu lieu, comme celle du 7e corps. Dans ce 12e corps j'avais compris les dix-huit bataillons des mobiles de la Seine.

Je remis ce commandement au général Trochu, je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit sur ce sujet dans ma lettre. J'avais grande confiance dans les talents militaires du général Trochu, et j'espérais que, s'il arrivait quelque malheur au maréchal Mac-Mahon, M. le général Trochu sauverait la situation.

Quand je fus au ministère, on discuta deux questions ; ce fut moi qui les présentai, je ne dénie pas ma responsabilité. Je dis à ces Messieurs : « Il y a trois corps nouveaux ; ils sont chacun de 32,000 hommes, sans compter l'artillerie ; dans le 7e corps, l'artillerie était au complet, mais l'artillerie de réserve n'était pas prête encore. Gela formait une armée de 135,000 hommes ; avec les débris du corps de Mac-Mahon, qui étaient d'une quinzaine de mille hommes, et ce qu'avait laissé le maréchal Ganrobert, qui avait passé à Frouard, mais en partie seulement, une division était restée en arrière à Châlons, cela faisait encore 15,000 hommes. Ces quatre corps d'armée formaient une armée d'environ 130,000 hommes parfaitement équipés et armés, ayant tout ce dont ils avaient besoin, des vivres plus qu'il n'en fallait, puisque au camp de Cliâlons on en a brûlé. Le matériel de campagne était au complet, même celui du 5e corps qui

était resté à Bitche, mais qui avait perdu ses bagages. On n'avait payé aux officiers qu'une demi-entrée en campagne, je fis payer immédiatement l'autre demi-entrée.

il. U général Palikao, p. 169.

Avant le 10 août 1870, quelques bataillons de gardes mobiles des départements, compris dans les huit premières divisions militaires, avaient été armés par les soins du ministère de la guerre, mais aucun n'était équipé, sauf les mobiles delà Seine, et les autres n'existaient que sur le paiper.

En 18 jours, le ministère de l'intérieur a rassemblé aux chefslieux de département et d'arrondissement, a logé et nourri les mobiles de 14 divisions militaires, et a procuré un équipement provisoire composé d'une blouse, d'un képi, d'un ceinturon et d'une cartouchière à plus de cent cinquante mille hommes. Beaucoup ont reçu en outre des vareuses, des ceintures de flanelle. Dans le même espace de temps, toutes les armes disponibles dans les arsenaux ont été distribuées à 100,000 mobiles, par les soins des préfets. Les dépenses ont été faites avec la plus scrupuleuse économie et presque toutes sur place. Le ministère de l'Intérieur, à Paris, ne s'occupait que des équipements qu'il était impossible de se procurer rapidement en province; enfin, Messieurs, le premier septembre 1870, le directeur général du ministère de l'intérieur portait au général Colson la liste des bataillons prêts à marcher et, le jour même, l'ordre était expédié à 100,000 mobiles, environ, de se rendre à Paris. Ce sont ces jeunes troupes, commandées par des officiers pleins de patriotisme et d'énergie, qui ont contribué si puissamment, le 31 octobre, à la répression de la tentative insurrectionnelle du parti radical. Si j'entre dans ces détails qui font, je crois, quelque honneur, à mon ministère, c'est, je le répète, parce que le vrai ministre de l'intérieur, pour cette partie du service, était le directeur général du ministère.

M. Chrcrcau, p. 269.

On s'occupa d'armer et d'approvisionner Paria. Yoici à cet égard les déclarations du ministre de la guerre, et du ministre de l'agriculture et du commerce.

m. le président. — Pendant votre administration, du 10 août au h septembre, n'avez-vous pas fait des eilorts considérables pour l'ar-

mement et l'approvisionnement de Paris? Dans quel état se trouvaient cet armement et cet approvisionnement le 4 septembre?

m. le général de palikao. — Vous pouvez voir dans les ministères les états de ces armements et approvisionnements. Le premier septembre, je suis monté à la tribune, et j'ai dit: Il y avait encore à cette époque, si je ne me trompe, à peu près 2 millions de fusils en France, mais ils étaient disséminés à Metz et dans d'autres grandes villes. A Paris, il y en avait beaucoup; on a armé 100,000 gardes nationaux sur la demande de la gauche, avec ces fusils. J'ai résisté aussi longtemps que j'ai pu, mais il a fallu céder.

31. le président. — C'est vous qui avez fait délivrer ces fusils?

m. le général de palikao. — C'est moi qui l'ai fait d'après les demandes du ministre de l'intérieur. J'ai encore la dépêche par laquelle M. Chevreau, ministre de l'intérieur me demandait 90,000 fusils pour armer quatre-vingt-dix nouveaux bataillons de garde nationale. Ces armes ont été délivrées. Si vous vous êtes promenés dans Paris, à cette époque, vous avez dû rencontrer des voitures découvertes dans lesquelles il y avait des hommes en bourgeois transportant des fusils. La garde nationale a reçu ce contingent. Ensuite on m'a demandé de faire venir des armes du Havre. Il y avait une maison au Havre qui avait acheté des armes à très-bon marché; c'étaient des armes qui pouvaient encore parfaitement servir. Le marché n'avait pas été conclu en entier, et il y avait une clause qui permettait de reprendre les armes comme elles étaient, j'avais donné l'ordre de les faire revenir : elles pouvaient servir très-bien derrière les murs.

Indépendamment de cela, il est venu une quantité de personnes au ministère de la guerre offrir des armes, mais nous ne voulions plus avoir que des armes de précision, c'est-à-dire des Remington, des Snider et des Chassepot. Dans ce moment, la France .était une proie tur laquelle tous les fournisseurs tiraient à vue; je me défiais beaucoup de tous ces gens-là, de telle sorte que j'ai fait passer des marchés d'armes, — ils sont encore au ministère, et vous pouvez le vérifier, — à cette condition que les fournisseurs d'armes fourniraient 400 cartouches par arme, et qu'avant de recevoir les armes, dix cartouches seraient brûlées par chaque fusil pour s'assurer de sa bonté.

J'avais donc pris toutes les mesures de précaution pour être certain de la qualité des armes. Aussi, de toutes les offres qui me furent faites à cette époque, très-peu ont été réalisées à ces conditions qui

devenaient difficiles pour les fournisseurs. Il y avait une autre question.

Comme le crédit de la France paraissait dans ce moment là un peu compromis, les étrangers, les Anglais, les Américains voulaient bien envoyer des armes, mais ils exigeaient que le paiement se fît avant la livraison. Je n'y ai jamais consenti parce que nous avions autant d'armes qu'il nous en fallait alors, sauf les chassepots dont la quantité n'était pas suffisante. J'avais fait passer des marchés pour 800.000 fusils pendant que j'étais au ministère delà guerre. Je parle de marchés sérieux, je ne parle pas de ceux qu'on est venu nous offrir de tous les côtés, et qui n'étaient appuyés par rien, mais de marchés qui pouvaient nous fournir réellement des armes. lien a été passé pour 800,000 fusils, 38,000 seulement ont été livrés.

m. le président. — Les forts étaient-ils complètement prêts?

m. le général de palikao. — Les forts .étaient complètement armés: il y avait, au premier septembre, dans les forts, et sur les fortifications de Paris, 2,600 pièces de canon. Je l'ai annoncé à MM. les députés; la séance du Corps législatif en fait foi. Je m'en étais assuré moi-même.

m. le président. — Les hommes destinés à défendre ces forts, les marins et les soldats, étaient-ils à leur poste avec les officiers qui les commandaient?

H. le général de palikao. — Les hommes étaient tous dans les forts; j'attendais 100,000 mobiles que je faisais venir à Paris, et que j'avais formés en régiments avec les bataillons d'un même département.

m. le président. — Indépendamment des mobiles, les forts avaient-ils reçu leu rs garnisons complètes en marins, soldats ou douaniers?

m. le général de palikao. — Tout ce qu'il y avait de marins, de douaniers ou de troupes dans Paris, était dans les forts; mais ils n'étaient pas encore complètement garnis, parce qu'il y avait l'armée du général Vinoy qui n'était pas rentrée dans Paris. Cette armée était de 32,000 hommes, 22,000 avec Vinoy et 10,000 avec le général d'Exéa. A Reims, ils ont reçu l'ordre de battre en retraite sur Paris, et ils sont rentrés après le 4 septembre, je ne sais pas ce qui s'est passé depuis. Mais avec cette armée, avec les marins, les forts étaient parfaitements garnis. Quant aux 100,000 mobiles que je faisais venir des quatre coins de la France, ils devaient arriver en très peu de temps ; ils sont tous entrés h Paris avant l'investissement ,

entre le 4 septembre et le 17, jour où l'investissement a eu lieu

Tous étaient armés.

Quant aux approvisionnements, je n'ai pas besoin de vous dire qu'il en existait, on ne savait plus où les mettre ; le parc de Boulogne était rempli de bestiaux ; les fours fonctionnaient parfaitement. La grande question était le Mont-Valérien, celui des forts qui avait été organisé en dernier lieu, parce que son organisation exigeait beaucoup plus de travail que celle des autres forts. Quant à Montretout, c'était une position que je trouvais excessivement importante, on y avait mis jusqu'à près de 10,000 ouvriers; j'ai su qu'à partir du k septembre le nombre en avait ] été réduit à 500. Je ne sais pas ce qu'ils ont fait, je ne sais pas si Montretout a été mis dans un état respectable de défense, mais certainement c'était là un point excessivement important. Les Prussiens l'ont bien senti, car ils ont cherché aussitôt à s'en emparer.

Général de Palikao, p. 173.

On a formé, en quelques semaines, une armée considérable qui était, je crois, de 140,000 hommes ; on a formé en même temps des corps d'armée destinés à rejoindre les armées en campagne ; on a organisé la défense de Paris ; et, de plus, l'armée placée sous les ordres du général Vinoy et celle du général Renault.

Perdait ce temps, on s'occupait beaucoup de l'organisation de la garde mobile en province, et le chiffre en était considérable ; le ministre de la guerre étant très surchargé, son collègue de l'intérieur fut chargé d'armer et d'équiper cette garde mobile.

Un peu avant le 4 septembre, le ministre de l'intérieur présenta au Conseil son rapport sur l'armement de la garde mobile en France ; Il y avait, dans ce moment, 210,000 gardes mobiles organisés et formés en bataillons : je me rappelle le chiffre très-exactement. Il y avait par conséquent, au point de vue purement militaire, deux ou trois jours avant le h, septembre, une armée de U0,00O hommes au camp de Cbâlons, 210,000 hommes de la garde nationale mobile, plus le corps du général Vinoy et le corps du général Renault.

En même temps nous devions nous préoccuper d'une question très-importante : celle de la défense de Paris.

La défense de Paris comprenait trois questions: les fortifications proprement dites, l'approvisionnement de Paris et les travaux qui pouvaient coopérer à la défense de la capitale.

Au point de vue des fortifications, je ne fournirai pas de rensei-

lluS HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE

gnements 5 la Commission, par la raison que je ne m'en suis pas occupé. J'étais plus particulièrement chargé de la question de l'approvisionnement, qui avait une grande importance. Je sais seulement qu'il y a eu un comité nommé pour les fortifications ; ce comité a été extrêmemement actif; tous les jours il rendait compte au gouvernement de ce qu'il avait fait la veille, et même il y avait un compte-rendu autographié qui était délivré à chacun des membres du conseil des ministres.

Quant à l'approvisionnement de Paris, j'en revendique complètement la responsabilité, mais je ne m'en attribue pas exclusivement l'honneur, parce que l'approvisionnement de Paris a eu lieu sous la direction et avec la coopération de tous mes collègues, qui s'en préoccupaient autant que moi. Tous mes collègues venaient à mon secours ; c'était une œuvre un peu collective.

Lorsque je suis venu aux affaires, rien n'était prêt. Le ministre qui me précédait avait donné des ordres à ce sujet la veille seulement, et, par conséquent, il n'avait pas eu le temps de les faire exécuter. Nous avions résolu de faire un approvisionnement plein pour Paris, pour un siège de deux mois seulement. Pour cet approvisionnement plein, j'avais pris pour chaque denrée, le chiffre de la consommation de Paris pour un jour; j'avais multipliéce chiffre par 60, ei j'avais ainsi obtenu le chiffre de la consommation de ces denrées quelconques pour deux mois.

A cô.é de cet approvisionnement, nous devions avoir celui du commerce, celui des particuliers, qui serait surexcité par les achats mêmes de l'Etat ; nous pouvions compter ainsi sur un approvisionnement pour quatre mois de plus.

L'approvisionnement du commerce ne fut pas amoindri par les achats que nous faisions ; autant que je l'ai pu, je me suis attaché à n'acheter que des marchandises qui n'étaient pas à Paris. Pour les farines, par exemple, pour un approvisionnement de deux mois, mon prédécesseur avait fait entrer dans ses prévisions la réserve réglementaire de la boulangerie ; je n'avais pas à en tenir compte: je n'avais à tenir compte que de mon approvisionnement à moi. Il y avait aussi dans Paris des farines que les marchands de Paris sont venus m'offrir. J'aimais mieux acheter au IIAvre ou a Liverpool, parce que ces farines qu'on m'offrait, je voulais les utiliser plus tard par réquisition, s'il arrivait que Paris fût complètement investi.

L'approvisionnement de farine était donc en quelque sorte illimité.

Il y avait d'abord un approvisionnemant de deux mois que j'a»

fait ; il y avait ensuite l'approvisionnement de la boulangerie, l'approvisionnement du commerce, et enfin, mettant à profit le conseii qui m'avait été donné par M. Thiers, j'avais fait un appel à tous les blés des environs de Paris. La préoccupation de M. Thiers, c'était la néeessité de faire entrer dans Paris autant que possible tous les grains qui étaient dans les environs, afin d'éviter que de grandes quantités de céréales ne tombassent entre les mains des ennemis.

Parmi les propriétaires de blés, il y en avait qui ne voulaient pas vendre immédiat ement, parce qu'ils espéraient que, plus tard, la ville de Paris leur offrirait une grande augmentation sur le prix. On a donné à ceux-là la faculté d>mmagasiner gratuitement leur blé dans la ville.

Il y avait donc, et j'insiste sur ce point, un approvisionnement en farine extrêmement considérable et dont il n'est pas possible de donner le chiffre, par la raison que je n'ai pas l'état des blés qui étaient vendus ou emmagasinés au jour le jour.

Mais ces grains, il fallait les moudre. Cette question de mouture nous a préoccupés. Je voulais, d'accord avec le ministre des travaux publics, résoudre ce problème de la mouture dans Paris ; nous avions commandé dans divers établissements une centaine de meules, plus si c'était possible, qui devaient nous donner un chiffre de mouture assez considérable. A ce point de vue, je crois que le résultat du changement, et surtout du changement révolutionnaire de gouvernement, a été de diminuer considérablement pour Paris l'approvisionnement des blés et farines.

D'abord, dans les premiers jours du siège, on n'a pas ordonné le rationnement du pain, qui a été plus tard jugé nécessaire. On avait rationné l'avoine, maison n'avait pas rationné le pain. lien est résulté que l'avoine était extrêmement rare, quand le pain était abondant ; et il est arrivé qu'un grand nombre de chevaux ont été nourris avec du pain, parce que le pain était plus facile à se procurer que l'avoine. 11 y a eu, par ce fait, une certaine diminution de l'approvisionnement.

Une autre faute qui est venue se joindre à celle-là, c'est la lenteur avec laquelle on a commencé la mouture. Gomme on avait des farines en assez grande abondance, on ne se préoccupait pas assez de cette opération, et je crois pouvoir dire qu'on a commencé la mouture beaucoup trop tard; qu'on n'a pas apporté dans la mouture les soins nécessaires, ce qui a produit ces farines grossières qui ont servi à la fabrication du pain pendant les derniers jours du siège.

Je crois que si l'approvisionnement de Paris, tel que l'avait réglé

le gouvernement dont je faisais partie, avait fonctionné d'une façon complète, d'abord par le rationnement opportun, ensuite par la mouture immédiate, je suis convaincu que l'approvisionnement de Çaris aurait pu durer au moins deux mois de plus.

Quant aux autres branches d'alimentation, je ne veux pas fatiguer la Commission par de longs détails, mais je lui parlerai d'une question qui était plus difficile a résoudre qu'il ne parait : celle de la viande.

Pour la viande, mes prédécesseurs avaient pensé qu'il était impossible de nourrir le bétail vivant dans Paris; moi je pensais, au contraire, qu'il était impossible de nourrir une ville comme Paris si on lui donnait uniquement des salaisons. Les salaisons ont de trèsgrands inconvénients pour une grande ville, séquestrée comme l'a été Paris pendant plusieurs mois. J'ai donc fait beaucoup d'efforts pour amener des bestiaux dans Paris, difficulté énorme au point de vue de la nourriture et au point de vue de l'emplacement. Il fallait que ces troupeaux qui étaient immenses, fussent entourés de précautions et de soins pour qu'il n'en résultât point une grande mortalité pour eux-mêmes et un danger pour la salubrité publique.

Je me suis occupé naturellemeut de cette question quand j'entrai au ministère; mais, à partir du h septembre, il y a eu dans le service une certaine hésitation. Quand le ministère a été remplacé, le h septembre, très brusquement, je n'ai pas besoin de le dire, il y a eu une certaine hésitation, non pas dans les bureaux, car au ministère du commerce, j'ai rencontré, je dois le dire, un dévouement extrême de la part d'un personnel très expérimenté. J'avais besoin de son expérience, étant nouveau moi-même.

On m'a informé qu'alors, dans les premiers jours, ces troupeaux étant en très grande quantité, la difficulté de les parquer et de les entretenir a fait qu'on a vendu une portion du bétail qui avait été acheté, par conséquent on n'en a pas fait entrer de nouveau.

Le seul point que je veuille constater, et je ne crois pas qu'il puisse être démenti, c'est que l' approvisionnement de Paris a été l'ait d'une manière complète par le cabinet dont j'ai lait partie, et d'une manière tellement complète que non-seulement on n'a rien ajoute en quantité à cet approvisionnement, mais qu'on Ta au contraire diminué. Je réclame en outre le bénétice des huit ou dix jours qui m sont écoulés entre le i septembre et l'investissement, et pendant lesquels j'aurais pu faire rentrer des marchandises qui se trouvaient au Havre et d;ms les ports du Nord et qui y sont restées, je le «tins

bien, parce qu'il fallait être au courant des choses pour donner promp tement les ordres nécessaires.

M. Magnin, que le 4 septembre porta au ministère précédemment occupé par M. Cl. Duvernois, et qui a su si peu se servir des ressources accumulées par son prédécesseur, reconnaît lui-même que l'approvisionnement de Paris était complet en viande sur pied, au 4 septembre, et que les seules farines introduites après cette date, l'ont été pour le service de la guerre, et par les soins de l'Intendance.

Du 4 août au 19 septembre, on n'a donc rien fait pour assurer l'alimentation de Paris pendant le siège.

m. magnin. — Les animaux vivants ont tous été amenés sous l'administration de M. Clément Duvernois. Je dis tous, parce que ce qui a été amené sous mon administration a été minime ; c'est à lui, je le reconnais très-loyalement, que revient l'honneur, si honneur il y a, d'avoir approvisionné Paris en animaux.

Quant aux farines, il en est venu une certaine quantité après le départ de M. Duvernois. C'était principalement la guerre qui avait été chargée de faire une partie de cet approvisionnement pour le compte du ministère du commerce ; elle devait en fournir pour une somme de 20 millions. C'était M. Perré, sous-intendant militaire^ qui était chargé de ce soin, et qui, tous les jours, m'apportait un état des quantités qu'il mettait à ma disposition.

Je crois me souvenir, — vous le verrez du reste par les comparaisons des états, — qu'il en était entré un peu plus de la moitié de ce qu'il fallait avant le 4 septembre, je ne parle que des farines achetées directement par l'Etat, emmagasinées pour le compte de l'Etat, parce qu'il y a eu d'autres opérations pour les farines appartenant aux particuliers, et existant dans Paris ; elles s'y trouvaient dans la proportion des autres denrées alimentaires. Il en est entré une certaine quantité après le 4 septembre; vous verrez que le trèsgros approvisionnement avait été fait sous l'administration de M. Clément Duvernois, plus de la moitié, les deux tiers ou les trois quarts, je ne saurais vous donner le chiffre exact. Il n'y avait qu'une chose qui manquât un peu, c'était le sel.

M. Magnin, p. 512.

Quant à l'armement de Paris, M. Thiers nous dit :

A peine entré dans le Conseil de défense, je voulus tout voir pour m'assurer par mes yeux de l'état des choses. Tous les matins, ac-

compagne quelquefois par M. le général de Chabaud-Latour, plus habituellement par son neveu, M. Chaper, j'allais sur les ouvrages, je notais tout ce qui manquait, je le signalais le soir au Conseil, et là commençaient des discussions qui duraient quelquefois jusqu'à une heure ou deux heures du matin. Les détails passés en revue, nous nous occupions de la direction générale des opérations, ejt bientôt l'expédition de Sedan devint notre principale affaire. Ce qui me révoltait dans cette expédition projetée, c'était de penser qu'on allait prendre notre dernière armée pour l'envoyer périr dans les Ardennes.

Les motifs qu'on avait pour tenter cette expédition étaient obscurs, difficiles à pénétrer, et nous fermions toutes sortes de conjectures.

M. Thiers, p. 13.

M. l'amiral Rigault de Genouilly et M. Daru repoussent les allégations mensongères du Gouvernement, dit de la Défense nationale, et contrairement aux allégations que ce Gouvernement publia par voies officielles, ils établissent l'état d'armement de l'enceinte et des forts.

m. le comte daru, — Les faits dont vous nous avez parlé sont d'un haut intérêt, mais ils ne regardent pas précisément notre Commission. Je n'ai donc pas à insister davantage. Ils constatent ce dont nous avons tous été témoins, et ce dont j'aurais pu déposer comme vous; c'est que le conseil de défense, pendant tout le mois d'août, n'a cessé de s'occuper de l'armement de l'enceinte et des forts. 11 est bien vrai que, le 4 septembre, il y avait 10,000 marins et 220 pièces de canon en batterie dans les forts. Lorsqu'on est venu dire à la tribune que rien n'était prêt, qu'il n'y avait pas une seule pièce de canon en batterie, on se trompait, ce n'était pas exact.

M. l'amiral rigatjlt de genouilly. — Les bataillons de marins arrivaient successivement à Paris pendant le mois d'août, au furet à mesure qu'ils étaient formés : ils étaient alors placés dans les forts, et ont contribué à l'armement, non-seulement pour le placement des pièces, mais en faisant des terrassements.

m. le comte daru. — Nous visitions tous les jours les forts, et nous avons au les marins à l'œuvre. Comme ministre de la marine, il vous appartenait de donner les chitires exacts qui prouvent que votre préoccupation s'était portée de ce côté.

Amiral R. de Genouilly, p. 137.

Enfin M. Brame déclare :

Je visitai pendant toute une journée les fortifications avec M. Thiers. — Je serais obligé d'entrer dans de trop longs détails si je devais vous faire connaître les efforts inouïs que nous avons faits pour être prêts à temps. Qu'il me suffise de vous apprendre que, du 10 août au h septembre, quand nous avons été forcés de quitter les affaires, Paris était en état de défense. Si nous avions eu quelques jours de plus, les travaux eussent été entièrement achevés.

En vingt-cinq jours il avait fallu suffire à tout, et vous pouvez vous rendre compte des détails immenses que nécessite l'armement d'une place avec un périmètre tel que celui de Paris, et des forts aussi nombreux.

M. Brame, p. 188.

Ainsi, nous avions, à Montretout, le dimanche, 4 septembre, 6,000 ouvriers; le lundi, après l'avènement du gouvernement nouveau, il n'en restait plus que 500, vous pouvez le faire constater; le malheur était proche, le jour fatal arrivait ; nous nous étions efforcés cependant de ne pas perdre uu jour, de ne pas nous écarter un moment du but que nous voulions atteindre.

En moins de vingt-cinq jours, nous avons donc obtenu ces grands résultats que personne ici, ni au dehors ne pourra contester.

La réorganisation d'une armée de 180,000 hommes;

L'armement et le ravitaillement de Paris pour une longue durée, si l'ordre avait présidé à la distribution des vivres ;

Les dispositions prises pour retarder, autant que possible, la marche de l'ennemi ;

La commande et la création d'une quantité considérable d'armes pour faire face aux pertes de celles qui nous échappaient.

M. Brame, p. 185.

On le voit, la défense de Paris et les travaux du génie, nécessités par les progrès de l'artillerie, ont été arrêtés par le 4 septembre , ainsi que l'approvisionement de la place. On s'est occupé de prendre le pouvoir, de distribuer les emplois, d'arrêter les gens honnêtes, d'effacer les emblèmes impériaux, de graver la devise républicaine ; on a laissé de côté les soins de la guerre ; on a oublié les devoirs de la défense nationale, au nom de laquelle on prétendait exclusivement agir.

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