CHAPITRE X
Plans de campagne dix comte de PaliXao.
Dispositions prises par le général de Palikao — Marche des troupes par étapes. — Le ministre de la guerre n'est en rapport qu'avec le maréchal Mac-Mahon.
Après .avoir établi, par les témoignages de l'enquête, qui a décidé la marche de l'armée vers Sedan, nous avons à faire connaître quel était le plan de campagne proposé par le ministre de la guerre et comment il entendait l'expédition qui a abouti à un tel désastre.
Je dois dire que, dans le Conseil, j'ai fait deux propositions. — Les dépêches que je recevais m'affirmaient qu'arrivés à Bar-sur- Aube, les Prussiens voulaient suivre la ligne que le prince de Schwarzemberg, avait suivie en 18U ; descendre la vallée delà Marne pour prendre la ligne de l'Aube. Voilà ce quejm'annonçait la dépêche d'un chef de gare. Deux plans se présentaient à moi : ou appuyer fortement la droite de l'armée de Ghâlons à La Ferté- i ms-Jouarre, faire faire à cette armée de 135,000 hommes une conversion adroite, de manière à tomber sur les flancs du prince de Prusse au moment où il descendait sur la Marne, ou bien s'il continuait sa marche sur Epernay, me porter immédiatement au secours de l'armée de Bazaine.
J'avais, pour préférer cette dernière manœuvre, plusieurs motils ; Le premier était de ne pas abandonner l'armée de Bazaine que l'on ne pensait pas alors en état de tenir aussi longtemps qu'elle l'a fait ; le second motif était que la réunion de l'année de Bazaine a celle de
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Châlons devait avoir pour résultat de donner de meilleurs cadres à l'armée de Châlons, et le nombre à l'armée de Bazaine ; j'estimais que les deux armées réunies pouvaient former une masse de 280,000 hommes.
Depuis le commencement de la campagne, j'avais remarqué que tous nos désastres taient venus de l'éparpillement de nos troupes, tandis que les Prussiens n'agissaient que par masses. J'avais résolu de changer les rôles et d'opposer aux masses prussiennes des masses françaises. Je savais, à n'en pas douter, que l'armée du prince de Saxe était de 70,000 hommes, qu'elle était sur le Chiers, rivière profonde, assez difficile à passer, et sur la Meuse que vous connaissez.
J'avais calculé que l'armée partant de Châlons le 21 août devait se trouver au plus tard le 24 sur la Meuse à Verdun, et sans aucun danger, parce que, sans blâmer ce qui a été fait, je crois que si cette armée avait passé parles 4 défilés del'Argonne, cela eût mieux valu ; ces défilés n'ont pas la même importance qu'au temps de Dumouriez, mais ils sont d'une défense facile. En faisant passer par là l'armée, je serais arrivé le 24 à Civry en faisant cette marche de flanc dont on a beaucoup parlé sans bien savoir ce que c'était ; le 7e corps, qui était le plus nombreux et qui avait un chef dans lequel j'avais grande confiance, prenait le défilé des Islettes, qui est tout à fait à droite, et qui devait protéger la colonne marchant sur le flanc ; les autres passaient par les défilés dé Grand-Pré et de Grand-Champ, j'ai calculé les éfâpes jour par jour et les différents corps devaient se réunir le 24 à Civry et à Verdun, ces points étaient distants les uns des autres de li lieues, environ d'une demi-journée de marche au plus.
f-e 24, l'armée du prince de Saxe était à peu près à huit lieues au-dessus de Verdun; par conséquent l'armée française faisant un mouvement à droite avait l'avantage d'occuper les hauteurs, et avait en même temps sa droite appuyée sur une place forte comme Verdun. Alors même que notre armée eût perdu 20,000 hommes en route, il lui restait plus de 100,000 hommes à opposer à 70,000. L'armée du prince Frédéric-Charles, avec celle de Steinmetz, formait une armée de 180,000 hommes. Mais l'armée du prince de Saxe qui avait à peine résisté dans différents combats se trouvait alors seule, puisqu'elle était descendue entre le Chiers et la Meuse. Le prince royal avait été trompé par une dépêche télégraphique, concertée entre le maréchal Mac-Manon et moi ; je lui disais : « Remonter sur Paris avec 150,000 hommes, par Reims et Relhel. » Cette dépêche était convenue et nous devions la faire tomber entre les
mains du prince royal pour lui faire croire que l'on marchait ur Taris, et le poussera continuer sa marche jusqu'à Epernay.
En admettant que le 25 il fût à Vitry, point le plus rapproché, si la bataille eût été livrée le 24, il était à 100 kilomètres du lieu de l'action, et il fallait au moins trois marches poury arriver. Le 24, on devait se battre entre le Chiers et la Meuse; pourquoi le prince royal a-t-il pu prendre part à cette bataille? C'est que l'on était remonté vers le Nord, et que le prince royal avait fait des marches de 10 lieues et nous des marches de 4 ou de 2. Si nous avions été vainqueurs, la jonction était faite, et alors nous avions une armée de 250,000 hommes qui forçait le prince Frédéric-Charles à se retirer. Nous avions un succès, et pour qui connait le caractère du soldat français, cela était immense. Ce sont là des considérations qu'il ne faut pas oublier, il faut connaître l'état moral des troupes. C'est cela qui me faisait repousser le plan d'aller à Paris. Le soldat français quand il est découragé perd beaucoup de ses qualités, et depuis le commencement de la campagne, nous ne faisions que des retraites. Là, nous avions encore cet avantage d'avoir un point de retraite, si par le plus grand des hasards nous avions été battus dans ces conditions, nous avions pour retraite l'Argonne, ce qui nous permettait de gagner Reims, Rethel et Paris ; mais pour moi il y avait 50 chances contre une pour que l'armée du prince de Saxe fut battue. Je suis étonné que la marche que j'indiquais dans le Conseil n'ait pas été suivie, car elle était indiquée même par l'histoire. Ainsi, si vous remontez à la eampagne de Sadowa, vous vous rappelez que la pre* mière armée était sous les ordres du roi de Prusse; elle est venue par le Haut-Danube ; la seconde armée, composée de la garde royale, sous les ordres du prince royal, et du 5e corps commandé par le gêné al Steinmetz, a débouché des défilés de Silésie et est arrivée précisément dans les positions cù nous nous serions trouvés en débouchant les défilés de l'Argonne ; seulement les Prussiens avaient alors contre eux deux forteresses, énormes Kœnigsgraetz et Josephtadt, et Je Danube qui leur barraient le passage. Ils ont donc fait cette marche de flanc avec tous les désavantages que nous n'aurions pas eus, et néanmoins ils ont vaincu ; il est probable que nous aurions été aussi victorieux.
M. le général de PaliUo, p. 171.
A cet exposé le général de Palikao ajoute les indications suivant
Voici les dispositions qui devaient être prises dans mon opinion
1er ET 2e CORPS
Le 20 deMourmelon à Suippes 12 kil.
22 à Sainte-Menebould 26 »
23 à Glermont (Argonne). . , 12 »
24 à Verdun • • • 24 *