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CHAPITRE XI

La marche sur Sedan fut décidée, non par le Gouvorment, mais par le maréchal Mac-Mahon, sur nu avis du. niaréclial Bazainc.

Critiques rétrospectives de M. Thiers au sujet de la marche sur Sedan. — M. Routier à Cbalons. — M- JuUs Favre se plaignant qu'on ne marchât pas au secours du maréchal Bazaine. —Le maréchal Ma -.-Manon veut m.rcbtr sur Paris.— Une •• épèctedu maréchal Bazaine le décide à march-r vers Sedan. — Déclaration de M Brame. — Affirmation ds M. Ferry contreiite par M. ;e comte Daru.

La marche sur Sedan a abouti à un si grand désastre que l'acrimonie des partis s'est surtout exercée au sujet du plan de campagne qui la détermina. On a cherché à y voir une préoccupation dynastique opposée à l'intérêt national, comme si le véritable intérêt d'une dynastie ne se confondait pas toujours avec le véritable intérêt de !a nation.

M. Thiers, comme toujours, prétend avoir averti et prévu.

Eq général, on disait que, dans le gouvernement, c'était l'impératrice qui voulait l'expédition, par une sorte de point d'honneur qu'elle s'était fait à l'égard de Metz et du maréchal Bazaine, qu'il était odieux, disait-elle, de laisser périr sans secours. Cette idée aurait été généreuse et juste, si on n'avait pas laissé écouler tant de temps depuis nos premiers revers. Mais je répétais tous les soirs, «l M. le général Trochu avec moi, que les Prussiens avaient eu le temps d'envelopper l'armée de Metz, qu'entre cette armée et Paria, il y avait un mur d'airain formé de ;J0(),OU0 hommes, et impossible & percer; que le seul résultat qu'on put obtenir, c'était de perdre mu-

tilement nos dernières forces organisées, que la défense de Paris se concevait avec une armée de secours campant et manœuvrant autour de ses murs, que sans une armée de ce genre, le siège de Paris serait une affreuse famine destinée à finir par une reddition à merci et miséricorde; qu'on se priverait donc, inévitablement et fatalement, du seul moyen de rendre efficace la résistance de Paris, et que, si l'armée de Sedan ne périssait pas, le moins qui pût lui arriver serait d'être bloquée comme celle de Metz. — « Vous avez un maréchal bloqué, disais-je, vous en aurez deux. »

M. T hier s p. 13.

Mais contrairement aux assertions de ce personnage qui se trompe sur op. point, comme sur tant d'autres, le cabinet de Paris n'a pas imposé la marche sur Seuan et la résolution décisive à ce sujet, a été prise par le maréchal Mac-Mahon, sur une dépêche du maréchal Bazaine qui avait alors le commandement supérieur.

Il est incontestable qu'à Paris on était d'avis qu'il fallait se diriger sur Metz et cela pardes considérations tout opposées à celles que j'ai entendu souvent formuler. J'ai entendu dire, dans le public, qu'on avait été déterminé à se diriger sur Metz par un intérêt dynastique. Eli bien! les hommes qui avaient la prétention d'émettre quelques idées au point de vue politique, disaient au contraire : « Si l'armée revient sous les murs de Paris, tout le monde dira que c'est pour empêcher une révolution dans l'intérieur de Paris, pour conserver le pouvoir tel qu'il est, et on répétera partout : On a abandonné le maréchal Bazaine, uniquement dans un intérêt dynastique. » Et il faut dire que l'on aurait eu raison d'apprécier ainsi cette conduite. La veille même du jour où l'on a décidéla marche sur Metz, il y avait dans les bureaux du Corps législatif une discussion très-vive. Cette discussion avait pour objet de savoir si on enverrait, ou non, des secours au maréchal Bazaine, et l'opposition, entre autres M. Jules Favre, soutenait avec une vivacité extrême qu'on ne voulait pas aller au secours de Bazaine, qu'on ramenait l'armée à Paris dans un intérêt dynastique; que c'était une véritable trahison. L'un des députés qui se trouvaient là, et que vous pourrez entendre, lui répondit : «Vousêteô bien mal renseigné, car le gouvernement est tout à fait d'avis qu'on aille au secours de Bazaine. » — « Eh bien, qu'il le dise tout de suite, c'est une honte de ne pas aller au secours de Bazaine. » Mais les événements ont marché, la révolution a eu lieu, et l'interprétation s'est faite d'une manière toute différente. Du reste,, ce n'était pas

seulement dans les bureaux que se manifestait cette opinion; vous pourrez vouî reporter à l'Officiel, vous y verrez que M. Jules Ferry et M. Gambetta disaient tout au long : « U est inutile de garder des troupes à Paris; il y a encore 20,000 hommes, — c'était la division Vinoy, — il faut les envoyer à Châlons; Paris se défendra lui-même, envoyez toutes les forces au secours de Bazaine. » Et en effet on a envoyé à son secours la division du général Vinoy.

M. Rouhtr, p. 243.

Mais la question a été résolue à Reims, et la volonté définitive et dirigeante a été à Reims. Ainsi l'appréciation du comte de Palikao, qui était à ce moment-là à Paris, n'a pas été décisive, elle n'a pas contribué à !a solution. Lorsque le maréchal Mac-Mahon était à Rélhel, il y a eu, — on me l'a dit plus tard, — de la part du comte de Palikao, un télégramme plus insistant; mais je ne connais pas ce fait-là. i

M. Boulier, p. 243.

Enfin, voici encore des détails donnés par le même dignitaire de l'Empire qui assista aux dernières résolution*.

On rédigea une dépêche qui était faite au nom du ministre de la guerre et au nom du conseil des ministres, par laquelle on suppliait le maréchal d'examiner s'il ne devait pas se décider à marcher sur Metz.

La dépêche fut envoyée' au télégraphe, et elle n'était pas encore sur le fil, que deux dépêches arrivaient au Conseil,', l'une adressée par le maréchal Mac-Mahon au général Palikao, et l'autre par l'Empereur à l'Impératrice. L'une faisait, connaître qu'une dépêche du maréchal Bazaine, arrivée depuis quelques instants, changeait complètement les déterminations prises par le maréchal Mac-Mahon,| et qu'au lieu de marcher sur Paris, il se dirigeait sur Metz; de telle sorte que matconviction absolue est que la dépêche .du ministre de la guerre,' qui conseillait de marcher* sur Metz, n'a pu en aucune manière influencer,! le maréchal Mac-Mahon, parce qu'elle est arrivée trop tard. La détermination a été prise par le maréchal luimême. Il avait, dus la veille, le dimanche au soir, arrêté sa volonté "le marcher sur Paiisle lundi matin. Sur les renseignements qui lui étaient arrives du maréchal Itaznine, il avait changé complètement 'sa marche. J'ai mu dire que cette dépêche était arrivée par un

forestier au maréchal Mac-Mahon . Le maréchal examina la situation, modifia son plan et se décida à marcher sur Metz.

Voilà très exactement le récit de la visite que j'ai faite à l'Empereur. J'ai été témoin de ces deux faits : la volonté du maréchal Mac- Mahon de revenir sur Paris, volonté qui a été manifestée devant l'Empereur et moi; et cette volonté modifiée, changée complètement, c'est-à-dire celle de marcher sur Metz au lieu de se diriger sur Paris, et que nous avons connue par un télégramme qui nous est arrivé en conseil des ministres. La dépêche du ministre de la guerre qui insistait pour que le maréchal Mac-Mahon se dirigeât sur Metz, est de dix heures ou dix heures et demie; et peu d'instants après, nous reçûmes la dépêche du maréchal M ic-Mahon qui nous faisait connaître la résolution qu'i! avait prise.

M. Rouher, p. 240.

De son côté, un des ministres du 9 août, M. Brame, s'exprime ainsi :

Le général Trochu partit pour Chàlons, et le Conseil des ministres fut très-étonné d'apprendre son retour AS heures après son départ.

Il fut admis au sein du Conseil.

Depuis notre entrée en fonctions, tou^ nos efforts avaient tendu à créer une formidable résistance pour nous porter au devant de l'ennemi ; le général Trochu venait nous apprendre que tout était perdu. — « Il fallait, disait-il, autant que mes souvenirs sont précis, faire retraite et se concentrer vers la capitale. Il avait été nommé Gouverneur de Paris par l'Empereur, dont il était désormais le représentant. » La crainte de vous donner des détails qui ne seraient pas d'une exactitude rigoureuse, me force à ne reproduire que la substance de ses paroles ; mes collègues, que vous appellerez sans doute, viendront compléter le récit de ce grave incident.

Je vis, à l'instant même, une altération profonde empreinte sur la physionomie du ministre de la guerre : les déchirements de son âme se sont manifestés pour tous ceux qui étaient présents ; c'est que, dès le début, il avait compris que l'hésitation jetée par le général Trochu dans l'esprit des chefs de Châlone, la marche en arrière, la perte de temps, un plan autre que celui qu'il avait conçu comme ministre responsable, l'apparition d'un chef qui, au lieu d'obéir , sortant de son rôle, venait pour commander : le général de Palikao avait compris, dis-je, que c'était bien là le pronostic le pins terrible de l'anarchie militaire.

lS4 HISTOIRE ni'-VOUTIONNAlRI-:

Tels sont les sentiments que j'ai lus clans les yeux du ministre de la guerre, et j'ajouterai, tels sont ceux que le ministre lui-même m'a confiés au sortir du Conseil.

Quelques jours après, le général Trochu revint au Conseil des ministres, où il fut appelé pour des motifs de service; on avait appris sur ces entrefaites, que ce général ne s'était pas borné à se faire octroyer le titre de Gouverneur en dehors de toute participation du Gouvernement, à jeter le trouble, l'hésitation là où il aurait dû imprimer la décision et l'énergie, à revenir seul de sa personne, sans ordre du ministre de la guerre; on avait appris encore qu'il ramenait avec lui 18 bataillons de mobiles, armés de 12 à 14,000 fusils chassepots.

Le ministère s'était remis à l'œuvre afin de compléter l'armement à tir rapide et de réunir le nombre de soldats indispensable pour repousser l'envahissement. A peine cette nouvelle connue, le ministre de la Guerre ne put contenir son indignation, et adressa au général Trochu les reproches les plus amers, le rendant responsable de tout ce qui pourrait arriver, lui demandant quel était celui qui devait organiser les armées et les diriger vers celles des phalanges destinées à attaquer l'ennemi; et il ajouta : « Il n'y a pas un instant à « perdre, pas un bataillon à conserver. — Il aurait fallu, vous ne « l'ignorez pas; pour se mettre en campagne selon toutes les règles « de la guerre, au moins trois fusils par soldat, ce qui aurait réces- « site un armement trois millions de chassepots. — Nous n'en pos. « séchons an jour du départ, que un million soixante-cinq mille-, « une moitié de ces fusils avait été renfermée soit à Metz, soit à « Strasbourg, — deux villes bloquées. Je réservais donc, avec le « plus grand soin, tout ce qu'il me restait pour en doter l'armée qui « doit combattre en rase campagne, et vous me les ramenez à Paris.

» J'envoie à l'armée 18 bataillons de mobiles, composés d'enfants « de Paris, fermes, vigoureux, invincibles devant l'ennemi comme « le sont les Parisiens, mais toujours révolutionnaires en temps « d'agitation, surtout dans la capitale.

« Ces 18 bataillons pouvaient au dernier moment décider du sort « d'une bataille, et de votre autorité privée, sans me consulter, vous « les ramenez ici en nous suscitant de nouveaux dangers. »

Et en effet, messieurs, mon collègue, M. liusson-Billault, ancien ministre présidant le Conseil d'Etat, pourra vous dire que, le 4 septembre, a 3 heures, c'étaient ces mômes mobiles qui avaient fomenté un commencement d'émeute au camp deSaint-Maur; ils avaient envoyé des délégués à Paris sous prétexte qu'on égorgeait leurs tirerai

ils entouraient le général Trochu, rue. de Rivoli, criant : « Vive Trochu! Vive la République !

Le ministre de la guerre voyait le flot monter d'heure en heure ; ses efforts, disait-il, venaient se briser contre la volonté ou le caprice d'un homme qui ne tenait pas son pouvoir des ministres responsables; il déposa son portefeuille, déclara son intention formelle de se retirer, et ne céda qu'aux instances de l'impérieuse nécessité qu;> commandaient les dangers et la gravité de la situation. Ce qui n'empêcha pas le général Trochu de produire, quelques jours après, la proclamation dont le souvenir est présent à vos esprits, proclamation dans laquelle il disait à ces mêmes mobiles : «Voire droit est de revenir à Paris.» Gs à quoi le ministre de la Guerre répondit : <c Vous « êtes soldat, votre éducation a été toute militaire; je crois n'avoir « jamais appris de ma vie qu'un acte aussi formidable ait été pro- « duit par un général envers des soldats, et au milieu d'une armée « régulière parmi laquelle vous prêchez la désobéissance et lasédi- * tion. » Il termina en disant au général : « Les soldats, en cam- « pagne, n'ont qu'un droit, c'est celui d'obéir; sinon, comment « prétendre vous faire respecter vous-même? »

Le langage du ministre de la guerre fut si ferme et si menaçant que le général Trochu n'y revint plus.

11 est un autre incident, Messieurs, que ma loyauté me fait un devoir de ne pas vous taire, au devant duquel même je dois me porter.

Est-il vrai que le conseil des ministres ait donné l'ordre d'aller dégager l'armée de Bazaine bloquée dans Metz? Le conseil des ministres n'avait pas d'ordres à donner aux généraux commandant en chef.

Est-il vrai que le Conseil des ministres ait été d'avis de ne pas abandonner à elle-même l'armée de Bazaine ?

Le fait est exact ; et au moment où il délibérait sur cette grave question, reculant devant l'idée de n'opérer aucune tentative, de n'envoyer aucun secours, le ministère recevait du maréchal Mac- Mahon une dépêche lui annonçant que, d'après un avis qui venait de lui parvenir de la part du maréchal Bazaine, il se portait à son secours avec son armée.

On s'est, dès le principe, emparé de ce fait, on l'a transformé en un grief politique pour s'en servir contre ceux qui étaient aux affaires avant le 4 septembre, sans se rendre compte de l'époque à laquelle ils avaient pris les affaires, et des honorables motifs qui, au dernier moment, avaient dicté leur acceptation.

Quelle était la situation ? Le ministère du 10 août avait été constitué après les affaires désastreuses de Wissembourg, Reischoffen et de Forbach ; l'armée, formée par petits groupes, ainsi qu'on l'a s justement reproché, avait été, pour ainsi dire, coupée en deux par les efforts des Prussiens .

Le corps commandé par Mac-Mahon avait fait retraite, et s'était replié en désordre sur Ghâlons où il se recontituait.

Bazaine, nommé général en chef, séparé de Mac-Mahon, se concentrait à Metz, et l'on nous assurait alors, qu'après l'affaire de Gravelotte, qui n'a été, pour nos armes, ni une victoire, ni un échec, mais qui a été, suivant la parole mémorable de M. Thiers, « une des plus grandes batailles du siècle » l'armée de Bazaine était bloquée, enlacée dans un cercle de fer sous les murs de Metz, avec l'impossibilité radicale, déjà à cette époque (j'appelle l'attention de la Commission d'enquête sur ce fait) , de se dégager au moyen de ses propres forces .

Ici, Messieurs, il ne m'appartenait pas à moi, ministre de l'instruction publique, pas plus qu'il n'appartenait à mes autres collègues représentant l'élément civil dans le cabinet, de juger, le trancher la question stratégique. Etait-il possible, était-il impossible de dégager l'armée de Bazaine? fallait- il revenir sur Paris, ou se diriger vers Metz? Les hommes de guerre, les hommes du métier qui appartenaient au Conseil, qui s'étaient illustrés par de grandes entreprises et de sérieux travaux, étaient seuls aptes à décider cette grave question.

Ils viendront s'expliquer devant vous ; ils vous donneront les motifs qui ont dominé leur pensée. Quant à moi, je le déclare, j'ai jugé avec mon bon sens, avec ma conscience. — Je me suis dit : « Où est la France ? Là où est le drapeau, là où est l'armée, là où est le danger. » Laisser sciemment mas>acrer ou capituler une armée de 150,000 hommes, serait un acte dont l'histoire ancienne et moderne ne nous a pas jusqu'à ce jour donné l'exemple.

La laisser sans nouvelles, sans secours, dévorée par la famine, au cœur de la France, à la merci d'un ennemi implacable, mieux vaut mille fois succomber avec honneur que s'abriter sous les murs île Paris, où des centaines de milliers de défenseurs seront prêts à recevoir l'ennemi, à le maîtriser, à le repousser peut-être, grâce à l'appui formidable que leur donnent nos forteresses et nos remparts inexpugnables; ramener l'armée vers Paris, c'est nous faire accuser de la donner comme cortège à l'empereur pour sauvegarder sa personne, de n'avoir qu'une pensée, qu'un mobile, le salut de la dynastie, en

sacrifiant l'honneur, le sort de la patrie. Tout cela, je vous le déclare, mes cher collègues, révoltait mon bon sens et ma conscience, et, réduisant ma pensée à sa plus simple expression, je me disais : — Lorsqu'un homme tombe dans un gouffre, dix citoyens courageux s'y précipitent pour le sauver, et ils y périssent souvent avec lui ; lorsqu'un vaisseau est pris, engagé dans les glaces à deux mille lieues de la métropole, on dépêche dix équipages, on expose l'existence de milliers d'hommes pour le dégager ou rechercher les épaves du navire, les ossements des naufragés ; et avec une armée de près de 180,000 soldats en formation, avec cet esprit de vengeance patriotique qu'un échec donne toujours aux hommes de notre nation, nous irions abandonner 150,000 Français en proie à toutes les tortures de la faim, de la capitulation et de la captivité, sans avoir rien tenté, rien, pour les sauver ?

Le moment était solennel, la décision devait être prompte ; lorsque des hommes politiques acceptent sans bénéfice d'inventaire, la situation des affaires, en de telles extrémités ; n'aspirant qu'à une récompense, celle d'avoir coopéré à sauver la patrie, ils doivent faire abnégation d'eux-mêmes, et compter pour rien leur existence et leur avenir. Je vous le demande, Messieurs, supposez un instant que nous eussions donné le signal de la retraite vers Paris ! Veuillez reporter vos souvenirs à l'époque, à l'heure, où nous étions appelés à décider? de quelle façon se serait manifestée l'opinion publique sur ce mouvement de retraite ? qu'eussent dit ces hommes décidés à tout pour renverser ?

Ils n'eussent pas manqué de profiter de notre faute pour ameuter contre nous les sentiments de patriotisme déjà très-surexcités, en déclarant que nous venions de sacrifier la France à la dynastie ; ils eussent ajouté, avec quelque raison, cette fois : Paris n'est pas la France, le danger n'est pas à Paris ; en agissant ainsi, vous commettez une lâcheté envers l'armée et une félonie envers le pays.

Et, incontestablement, nous hâtions l'action révolutionnaire, sans honneur pour la patrie, et sans avoir rien tenté pour sauver notre armée, bloquée sous les murs d'une ville française.

Nos discordes, on le sait, mais on l'a trop oublié, centuplent les chances de nos ennemis.

Cette vérité n'est que trop démontrée aujourd'hui.

Il me suffira, pour vous en donner la preuve, de rappeler la conduite du comte de Bismarck, le 31 octobre dernier.

Au moment où il allait signer l'armistice, il apprend le mouvement populaire qui a lieu dans Paris, et se refuse, dès lors, 5 toute adhé-

sion ; et durant trois longs mois, des milliers de soldats tombent sur les champs de bataille, des milliards sont dépensés en pure perte.

C'était donc pour nous un devoir impérieux d'éviter tout acte qui pouvait amener un mouvement révolutionnaire, et de nous servir des forces vives pour combattre et repousser les envahisseurs.

M. Brame, p. 192.

L'enquête vous apprendra si la marche a été aussi rapide, la direction aussi intelligente que le nécessitaient les circonstances; quelle est la cause et la nature des hésitations qui se sont produites; si toutes les précautions ont été prises, toutes les garanties assurées dès le début pour la mise en œuvre du plan; quelles sont les défaillances qui se sont révélées; les incidents qui ont surgi et qui, pour me servir des expressions d'un grand publiciste, étaient de nature à tromper toute prévision humaine!

Depuis la catastrophe, beaucoup d'hommes de guerre ont discuté ces questions, indiqué des fautes commises; mais, ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'est pas arrivé à ma connaissance que M. le maréchal Mac- Mahon se soit opposé à cette marche; il avait certainement trop de patriotisme pour la faire s'il ne l'eût pas cru exécutable; il s'y est décidé par suite d'une dépêche de Bazaine, lui indiquant qu'il venait de se diriger vers le nord.

M. Brame, p. 193.

Nous ferons remarquer ici, que, quoi qu'eu ait dit M. Ferry, le Constii de défense ne s'est point opposé à la marche sur S jdan. Cela résulte des paroles mêmes de M. le comte Daru, relevant les affirmations de 'M. Ferry sur ce point.

On discuta, soit dans le comité de défense, soit dans une réunion qui eut lieu en dehors du comité, la question de savoir si l'armée du maréchal Mac-Mahon devait revenir sous Paris, ou au contraire se diriger vers le théâtre des hostilités et faire la tentative de jonction qui nous a perdus. M. le général Trochu pourra préciser le l'ait.

m. le comte daru. — Je puis le préciser. Lorsqu'après le désastre de Reischoffen, M. le maréchal Mac-Mahon demanda le corps du général Vinoy, composé de ;»û,0U0 hommes et formé dans Péris, M. le général Trochu protesta et tint à faire insérer dans le procèsverbal de la séance du comité de défense, sa protestation, dans laquelle il disait qu'on ne pourrait pas défendre Paris si le OOïpi du général Vinoy s'éloignait.

J'ajoute que M. Tliiers était de cet avis et déclarait que l'éloignement du corps d'armée de Vinoy rendrait la défense de Paris impossible; ce à quoi M. le maréchal Vaillant répondait que l'on constituerait un nouveau corps d'armée sous les ordres du générai Renault, que ce corps remplacerait le corps du général Vinoy. On a discuté, mais le comité de défense n'a pas été consulté sur cette question par M. le ministre de la guerre; il s'est saisi accid«ntellement de cette question.

M Ferry p. 378.

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