‹ Histoire révolutionnaire contemporaineChapitre 27 sur 92 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

La préfecture <le police avant le 4 septembre,

Allégation* d-i M. de Koratry. — M Router les réfute. — Dires de M. Garnier- Pagès. — Il en m s en demeure par M. Daru de prouver ses accusations et il s'y refuse. — M. Choppin. — Destruction de papiers à la préfecture. — La vérité sur ce point. — M J. Favre protégé par la police impériale.

Il y aurait beaucoup à écrire au sujet de ce qui a été dit par divers témoins de l'enquête sur la préfecture de police avant le 4 septembre.

M. Thiers a lui-même attaqué les actes de cette administration à laquelle il doit en très-grande partie d'avoir pu rentrer dans Paris, et d'y maintenir aujourd'hui la paix publique. Il n'a pas craint cependant d'affirmer que c'étaient des gens de police qui, en juillet 1870, couraient les rues de Paris en criant : A Berlin !

Le chef actuel de la police municipale, en qui M. Thiers a mis sa confiance, a contredit cette affirmation, et nous avons reproduit dans un autre chapitre l'une et l'autre déclaration.

M. de Kératry n'a pas manqué d'incriminer la gestion de son prédécesseur qu'il avait eu le regret de ne pouvoir faire arrêter, le 4 septembre, malgré des ordres activement transmis par le télégraphe à tous les préfets, à tous les parquets, à toutes les gare* de frontière.

Nous allons donner, à la suite l'une de l'autre, les parties de sa déposition qui se rattachent à ce sujet :

Au 4 septembre, les polices abondaient dans Paris. L'Impératrice avait la sienne, l'Empereur en avait une autre, M. Rouhet et M. Piél ri avaient chacun une police distincte; au-dessous d'eux, M. Nusse et M. Lagrange comptaient encore un personnel spécial, et tous ces agents, inconnus pour la plupart les uns des autres, étaient

chargés de se surveiller ; mais celui qui tenait véritablemeut en main tous les fils policiers, et qui possédait tous les secrets, le véritable préfet de police, c'était M. Lagrange. C'était en même temps l'homme le plus dangereux pour l'ordre public; dans ma conviction, il est l'auteur du complot des blouses blanches et de Bories; les interrogatoires Ballot, Grœco et Madrassi, dont je vous ferai adresser un exemplaire, vous édifieront pleinement à cet égard.

M. Bernier, juge d'instruction, qui faisait en partie ses réquisitoires dans le cabinet de Lagrange, mérite d'être interrogé par vous. Un dossier confidentiel sur M. Bernier est adressé au ministre de l'intérieur. Lagrange pourra vous donner lui-même d'amples renseignements sur les papiers qu'il a brûlés.

M. de Kératry, p. 658.

L'enquête que j'ai fait poursuivre et que je vous livre établira, comme vous le verrez, (je cite les mots du texte) , « que sauf le « complot d'Orsini, toutes les affaires séditieuses des dix dernières « années ont été machinées par la police occulte et que, sans l'inter- « vention de celle-ci, ou elles n'auraient point eu lieu, ou elles « n'auraient point produit d'éclat. »

Vous pourrez vous convaincre, par les interrogatoires que je vais déposer entre vos mains, que MM. Piétri et Lagrange donnaient des sommes considérables à de coupables complaisants, que des magistrats complaisants poursuivaient et condamnaient, et qui, une fois écroués à Mazas, au lieu d'aller subir leur peine, en sortaient nuitamment pour aller vivre aux Etats-Unis, où ils recevaient des pensions du régime impérial par les mains inconscientes de la maison Rothschild, dont on peut interroger les livres à ce sujet.

M. de Kératry, p. 654.

Quant aux prétendus projets d'arrestation que motivaient d'ailleurs les menées révolutionnaires des promoteurs du 4 septembre, M. de Kératry n'hésite pas à dire, p. 655.

m. le comte de kératry. — Pendant ma gestion de préfet de police, j'ai acquis la conviction qu'il y avait eu des ordres policiers donnés dans ce sens, du 3 au 4 septembre. Le même agent devait arrêter M. Crémieux et moi. Ces ordres ont-ils été donnés sous l'inspiration de M. Piétri ou sous celle d'un ministre ? Je ne veux pas faire de jugement téméraire. Mais le seul ministre qui, à mon

sens, eût pu oser donner de tels ordres était le général de Palikao qui, il faut le dire, est celui de tous les ministres qui a le plus longtemps résisté à la tourmente. Je ne l'en accuse pas, car je n'ai aucune preuve. Ce qu'il y a de certain, c'est que des ordres d'arrestation ont été donnés, et que les agents ont faibli à la dernière heure. J'ai entendu des révélations dans ce sens. Ces arrestations, d'ailleurs, pouvaient se rattacher à un plan général de coup d'Etat préparé en permanence rue de Jérusalem, qui datait des origines de l'Empire» et tenu à jour jusqu'à la tin de 1869.

Le même témoin dit encore, page 657 :

Je sus, après avoir fait visiter tous les appartements etlesbureaux , que des masses considérables de papiers avaient été brûlées par M. Lagrange pendant la nuit.

M. Piétri avait évidemment enlevé, de son côté, ce qu'il lui avait convenu de faire disparaître. J'appris, en outre, dans la journée du 7 septembre, que tous les dossiers de la famille Piétri venaient de disparaître, et je découvris qu'ils étaient encore là le matin. Je réunis les chefs et sous-chefs de service des archives, ainsi que tous les employés de ce ressort, dont plusieurs servaientdepuis 26 ou 30 ans; je leur déclarai que je prenais les clefs des archives ; que je dissolvais le service et que je brisais impitoyablement les carrières de tous les fonctionnaires compromis, si je ne retrouvais pas, avant deux heures, tous les dossiers de la famille Piétri. Due heure après, ils étaient rentrés à leur rayon habituel. Aucun dossier n'en a été distrait pendant tout le temps où je suis resté à ce poste, malgré certaines tentatives faites par bien des gens qui venaient au nom du Gouvernement, sans mandat, pour réclamer leurs dossiers originaux. Je transmis seulement en communication à M. Gambetta, comme ministre, sur un ordre et une décharge signés de sa main, son dossier et celui de M. Spuller qui, d'ailleurs, n'avaient qu'un caractère politique.

Et il ajoute, page 670 :

Je reviens un instant à M. Cluseret. M. Cluseret a un frère qui a été nommé percepteur sous l'Empire, »'t qui a, je crois, conservé sa Charge. Malgré l'hostilité apparente du général contre l'Kmpire, M. Cluseret, venu à Taris après la guerre du Mexique, a contribue ;'i

]a rédaction du Courrier français avec M. Vermorel, lequel écrivain recevait 500 francs par mois de M. Roulier.

Un membre. — Etes-vous sûr de ce fait ? Il a été contesté.

m. le comte de kératry. — La copie exacte de ses dossiers judiciaires et politiques vous en donnera la conviction comme à moi. 11 y a eu bien des agents occultes que l'Empire a entretenus et qui ne sont pas encore démasqués.

M. Cluseret avait donc travaillé à côté de M. Vermorel.

Après le 4 septembre, il entre dans Paris, et vient se mêlera la politique avec Félix Pyat, Blanqui, Delescluze. M. Cluseret reçoit de l'or de l'étranger ; il a été saisi une lettre de lui, où il demande en Belgique qu'on lui envoie, sous le couvert d'une légation, non pas du papier, mais de l'or. La distribution de ce même or étranger se fait et se retrouve a l'époque, dans le quartier de Montrouge.

En ce qui touche Vermorel et Cluseret, M. de Kératry oublie un détail. C'est lui qui a donné, le 4 septembre, l'ordre de mettre en liberté Cluseret que M. Piétri avait fait arrêter la veille sur la frontière du Nord. Il se borne à dire qu'après le 4 septembre, Cluseret entra dans Paris. Il fallait s'exprimer ainsi : e Le 4 septembre, je donnai l'ordre de laisser « M. Cluseret libre de venir à Paris. Ce fut là ma seconde dépêche ; « la première avait pour objet de faire arrêter M. Piétri. »

Voici d'ailleurs la réponse faite par M. Rouher lui-mêms à l'affirmation hardie de M. de Kératry.

m. rouher. — J'aurais à opposer maintenant une dénégation à un renseignement qui paraît avoir été donné à la Commission. Je l'ai su parce que la déposition à laquelle je veux répondre a été publiée par son auteur lui-même. Je veux parler delà déposition de M. de Kératry. Je l'ai lue.

M. le président saint marc-girardin. — Il a publié un livre.

iu. rouher. — Oui, et dans ce livre qui contient sa déposition, il a énoncé deux faits qui me sont personnels. Il a dit que M. Rouher était en rapports avec M. Vermorel.

J'oppose à cette allégation la dénégation la plus absolue et la plus formelle.

Il en est de cette allégation comme d'une autre qui fait de moi une sorte d'incitateur du nommé Assi, lors de ses pratiques et de ses menées au Creuzot.

C'est tout simplement une calomnie.

Quant au sieur Vermorel, il est venu me voir une fois. 11 était alors l'objet de poursuites pour je ne sais quels articles. — 11 venait me

demander qu'on procédât par la voie d'avertissement administratif au lieu de procéder par la voie de poursuites judiciaires. Je lui répondis : « Ceci regarde le ministre de l'intérieur, il sait ce qu'il a à faire, moi je ne me mêle pas de ces procès. »

Plus tard, lesieur Vermorel me fit de mander une seconde audience. 11 avait, disait-il, des communications très-importantes à me faire. Je reçus M. Vermorel. 11 me dit : « Je suis encore poursuivi, je défends des doctrines qui ne sont pas les vôtres, mais après tout, j'ai le droit de les défendre, comme je le fais, avec modération. Vous devez le comprendre.» Je lui répondis: t Si vous êtes poursuivi par l'autorité judiciaire, adressez -vous à M- le garde des sceaux, je n'ai pas à me mêler des questions qui le regardent, je ne peux pas m'occuper de vous. »

Voilà les seuls rapports que j'ai eus avec cet individu.

Je tiens à constater que M. de Kératry a été absolument mal renseigné lorsqu'il s'est permis d'alléguer que M. Vermorel était mon agent, et que je lui aurais donné des sommes de 500 francs sur les fonds secrets. 'Quand j'étais ministre d'État, je nTai jamais disposé d'un centime de fonds secrets, par conséquent je n'en ai jamais donné au sieur Vermorel ni à d'autres. Ce sont là des allégations complètement erronées.

Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de vous parler du général Cluseret. Toutefois, si je ne me trompe, il me semble que, sur ce point, il y a quelque chose dans la déposition de M. de Kératry. Si vous tenez à ce que je vous donne des renseignements sur les rapports du gouvernement impérial avec le « général » Gluseret, je suis en position de vous dire quelle a été, vis-à-vis de lui, notre opinion et notre conduite.

m. le président SAiNTMARc-GiRAiiDiN. — Ceci ne regarde pas particulièrement les travaux de la Commission. Cependant, si vous croyez devoir dire à cet égard ce que vous savez, nous ne nous y opposons pas. Il est même peut-être bon que vous le disiez.

M. callet. — D'autant plus, Monsieur le Président, que nous aurons justement à parler du général Cluseret.

m. le président SAh\T-MARc.-<;iu\Ri)iN. — Eh ! bien, si M. Rouher veut continuer son récit....

m. ROiniER. — Voici les faits.

11 me semble, si ma mémoire me sert bien, qu'on a dit que le « général » Cluseret était dans la situation d'un agent seeret pour qui on aurait eu de la bienveillance. Or, voici comment l'on a agi à son égard.

Cluseret était officier dans l'armée, il avait des notes mauvaises au ministère de la guerre. Un jour il disparut, s'en alla en Amérique; là, il obtint, ou prit, je ne sais lequel des deux mots est le vrai, le titre de gênerai. Il revint en France, et, immédiatement, se mit à la tête d'un journal, je ne sais plus lequel, précisément avec Vermorel. Dans co journal il fit, paraître des articles de polémique ardente, passionnée, notamment contre l'armée, et portant atteinte aux pria cipes de discipline qui doivent la régir.

La question parut assez grave pour être portée devant le Conseil des ministres. Là on se demanda ce qu'on pourrait bien faire contre ce « général » Cluseret. Le ministre de l'intérieur proposa son expulsion: mais tout d'abord nous rencontrâmes une difficulté dans ce fait., qu'il était Français d'origine. Nous nous dîmes qu'il exciperait de sa qualité de Français. « Mais il n'est plus Français, il a pris du service à l'étranger; par suite, il est devenu citoyen américain. — Oui, c'est vrai, il le dit partout, il prend le titre de général; mais le jour où on voudra l'expulser, il invoquera sa qualité de Français. — Alors, il faudrait pouvoir faire constater que lui, Français, a pris sans autorisation du service à l'étranger ; s'il a le titre régulier de général, comme il le prétend, il en justifiera, et alors on pourra l'expulser comme étranger. »

Il fut donc décidé, en Conseil, qu'on exercerait des poursuites contre Cluseret, pour usurpation du titre de général. On commença immédiatement l'instruction ; Cluseret comparut, il déclara au juge d'instruction qu'il avait parfaitement acquis le titre de général, comme ayant pris part à la dernière guerre d'Amérique.

« Mais alors, lui dit-on, vous avez servi à l'étranger avec autorisation du ministre delà guerre? Sinon, vous auriez perdu votre qualité de Français? — Certainement, répondit Cluseret. — Vous acceptez cette situation? — Oui, complètement, je suis maintenant citoyen américain. »

On n'en demandait pas davantage. Lorsque le fait fut constaté juridiquement, lorsque ce titre de général eut été Tevendiqué aussi formellement par Cluseret lui-même, un ordre d'expulsion intervint, et M. Cluseret fut ramené à la frontière.

Voilà à quels actes j'ai participé, en ce qui concerne Cluseret, et tout ce que je sais à son égard.

M. le comte dard. — Ce qu'il j a de curieux, c'est que l'un des premiers actes de M. de Kératry, devenu préfet de police, fut de faire élargir Cluseret.

m. callet. — Comment élargir? 11 était donc rentré en France?

220 II1STOIRK ItÉVOLUTIOXNAlRK

Je voudrais demander à M. Rouliers'il ne sait rien des antécédents militaires de Cluseret. Vous avez dit, je crois, qu'il avait de mauvaises notes?

H. rocher. — A l'époque où nous nous sommes occupés de cette affaire, le ministre de la guerre a donné des renseignements sur le dossier militaire de Cluseret, mais sans que je puisse vous dire ce qu'il contenait. On s'est borné à nous dire que les notes étaient mauvaises. En quoi étaient-elles défavorables? Je n'en sais rien.

M. Rovher, p. 249.

Nous ne chercherons pas ici à défendre les personnes incriminées par M. de Kératry ; quand il attaque de Lagrange et M. Bernier, il obéit au même mobile qui lui fît ordonner des perquisitions chez M. Zingiacomi, et chez M. Dupré-Lasalle, deux éoainents magistrats bien au-dessus de ces insultes adressées au corps judiciaire, au verdict d'un haut-jury, à l'arrêt d'une haute-Cour.

11 faut bien le remarquer, en effet, ces condamnés que M. de Kératry prétend être les victimes d'une machination policière ont tous été des membres de la Commune; tous sont aujourd'hui fusillés, transportés ou forçats. Voi! à les innocents dont M. de Kératry prend le parti, et quand il invoque la lettre de Ballot pour appuyer ses appréciations, il oublie que cette lettre contient l'aveu le plus explicite.

L'ami de Flourens et de Beaury a livré pour de l'argent les complices de ses projets d'assassinat. Flourens lui-même s'est vanté, après le 4 septembre, du complot que M. de Kératry prétend avoir été imaginaire, et après cet aveu, il n'en a pas moins été caressé et bien accueilli par M. le général Trochu.

Pour venir en aide à M. de Kératry, M. Garnier-Pagès, à son tour, a prétendu qu'il avait la preuve que les meneurs du 5, du S et du 31 octobre, étaient les mêmes agents qui organisaient les émeutes de 1868, 1869 et 1870. Mis en demeure de préciser les faits, de donner les noms qu'il affirme avoir livrés aux divers préfets de police, il se dérobe, et se refuse à une affirmation, sous prétexte qu'il pourrait se tromper. Voici cette curieuse et significative réponse, p. 410 :

m. le comte i>\m\ — Voulez-vous nous dire leurs noms?

M. (iAKMKii-i'Ac.KS. — Monsieur, dans mon sentiment, c'est impossible. Remarquez qu'il y a sur les listes que j'ai remises aux préfets!, des gens qui sont de très-bonne foi, comme il y en a qui ne le sont pas.

H. LE COMTE n.vuu. — Mais les coquins?

m. GARMKH-i'ACKS. — Je les nommerais peut-être à l'un de VOUJ confidentiellement, mais non dans une enquête publique. Si je tombais sur des innocents, si je calomniais quoiqu'un !...

m. le comte daru. — Vous savez les noms des agents provocateurs, faites-les connaître.

m. garnier-pagès. — Je crois que les préfets de police pourront, mieux que moi, vous les nommer.

m. le comte daru. — Il s'agit d'une question facile à vider immédiatement, vous avez une liste de ces noms; vous pouvez nous la lire.

m. garnier-pagès — Je ne pourrais pas déférer à votre désir.

Un membre. — Mais puisque vous les avez nommés à tous les préfets de police, vous pourriez bien répéter leurs noms devant la Commission.

m. garnier-pagès. — Non, non, je ne le peux pas; c'est une affaire de dignité.

m. le comte dard. — Enfin, vous aimez mieux vous taire. Nous pourrions peut-être insister, parce que vous avez promis de nous dire toute la vérité.

m. garnier-pagès. — Je suis prêt à vous répondre sur toute autre chose, mais pour ceci, à mes yeux, ce serait une iniquité.

m. le comte daru. — Et pourquoi ! Puisque vous êtes sur des provocations qu'il y a eu! N'est-ce pas une partie de la vérité que les noms de ces agents? Vous dites : je suis sûr du fait, j'ai retrouvé dans les émeutes du 8, du 13 octobre, du 31 octobre les mêmes gens qui, en 1868, 1869, 1870, excitaient des troubles dans Paris; ce sont des agents provocateurs ; je les ai revus partout et toujours travaillant à cette œuvre de désordre, j'en suis sûr. Nous avons bien le droit de vous demander leurs noms.

A l'invraisemblable allégation de M. Garnier Pages, un membre de la Commission répond par une observation fort judicieuse, et le membre du gouvernement de la Défense nationale ne peut que balbutier des généralités, et insinuer que les incendies de la Commune, ont été allumées au profit et parles soins de l'Empire. Il s'étonne que l'on n'ait brûlé aucune des propriétés de la famiile impériale ou des anciens ministres.

Un membre. — J'adresserai une autre question à M. Garnier- Pagès. Comment se fait-il qu'étant, comme il nous l'a dit, parfaitement au courant des agissements révolutionnaires, qu'ayant toujours suivi de près les hommes qui ont ag-i comme révolutionnaires, tout en étant des ag-ents de l'empire, il se soit contenté, lorsqu'il avait une partie du pouvoir entre les mains, de donner leurs noms au préfet de police et n'ait p3s, d'accord

avec ses collègues, décidé que ces hommes seraient poursuivis ou, tout au moins, entravés dans des menées si criminelles.

m. r.ARNiER-PAGÈs. — Il me sera facile de vous répondre.

Vous avez un gouvernement, voilà trois mois qu'il existe ; pourquoi n'a-t-il pas fait ce que vous exigez de moi. Cela est très-facile à dire, mais avant tout il faut être pratique. Qu'est-ce qu'un gouvernement peut faire ? Il fait des recherches, constatée des faits; ce n'est pas dans un jour que cela s'exécute, surtout lorsque les documents ont été brûlés, de môme qu'ont eu soin de le faire les gens de la Commune.

Dites-moi pourquoi on a brûlé tous les dossiers, pourquoi on a brûlé le Palais de Justice, la Préfecture de police, les Tui'eries, la Cour des comptes, le Ministère des finances ; dites-moi pourquoi il n'y a pas eu une seule propriété de la famille impériale, ni des ministres de l'empire qui ait été incendiée ; puisque vous me forcez de parler, voilà ce que je dois vous dire.

M. Garnier-Pagès, p. 4-iS.

On ne s'arrêtera pas à réfuter de telles déclarations.

M. Choppin, qui a succédé à M. de Kératry, se montre plus persistant dans ses affirmations. Il attaque aussi M. Lagrange, mais d'après des ouï-dire; il soutient que le procès de Blois n'était pas sérieux, mais il reconnaît que d'autres complots s'ourdissaient en même temps sur lesquels celui de Blois a fait prendre le change. Voici d'ailleurs sa déclaration.

M. choppin. — H y a eu, entre l'époque où M. Lagrange était à la Préfecture et celle où je m'y suis trouvé, l'intervalle qui sépare le 4 septembre du 4 novembre. Quant à la réputation de M. Lagrange, avant mon arrivée à la Préfecture de police, je dois confesser que c'était une réputation très-douteuse. M. Lagrange y passait pour un homme fort habile, mais plutôt à son point de vue qu'au point de vue de l'intérêt public. On le considérait comme un homme qui cherchait à se donner une importance considérable. Je n'hésite pas à croire, quani à moi, que quand il était nécessaire d'avoir un complot, M. Lagrange, je ne dirai pas l'inventait, mais savait le faire naître. C'était un fait de notoriété à la Préfecture. Ainsi, comme je l'ai dit, l'affaire du procès de Blois était une affaire qui manquait de ! sérieuse, mais à côté il y en avait d'autres qui avaient leur

réalité ; on les laissait Cm côté et on trouvait tous les éléments d'une mise en scène habile pour l'instruction d'un complot qui certainement n'était pas une chose fantastique, mais à laquelle la sincérité faisait un peu défaut

M. Choppin. p. 118.

Ce que nous avons déjà dit répond suffisamment à ces appréciations, et il nous reste à parler des papiers brûlés.

m. de rainneville. — On a dit qu'on avait brûlé beaucoup de papiers à la préfecture de police.

M. ansart. — Oui, avant de se retirer, M. Piétri en a brûlé beaucoup. Lagrang-e en a brûlé plus encore dans la première partie de la journée du 4 septembre.

m. de rainneville. — Avez-vous vu cela ?

m. ansart. — Je l'ai entendu dire, mais je ne l'ai pas vu.

m. le président. — Nous entendrons M. Lagrang-e, qui, peutêtre, niera le fait, et quand il niera, si nous avions une affirmation positive de votre part, nous la lui opposerions.

m. ansart. — Tout le monde s'est rejeté l'accusation d'avoir brûlé des papiers, et il est probable qu'on l'a fait. Je dirai même plus : je considérerais cela dans certains cas comme un devoir. Il y a des g-ens qui se sont livrés à nous, c'est à nous à savoir les couvrir.

M. Ansart, p. 190.

La vérité sur ce point, qu'élucide d'ailleurs la réponse de M. Ansart, c'est qu'on a brûlé les minutes des rapports journaliers à l'Empereur dont plusieurs ont été retrouvées aux Tuileries, et publiées sans que la malveillance ait pu s'en armer en quoi que ce soit. On a brûlé en outre les rapports d'agents secrets dans l'intérêt même de ces individus, dont plusieurs, victimes des recherches de M. de Kératry, ont été fusillées sous la Commune.

Que de gens, peut-être haut placés aujourd'hui, se félicitent que Ton ai brûlés ces rapportst, et s'applaudissent que l'incendie delà préfecture J'ait complétée. Ils seraient pleinement rasurés aujourd'hui si l'on pouvait leur garantir qu'aucune pièce compromettante ne se trouve dans quelque main inconnue, et qu'aucun hasard ne divulguera le secret de leur déshonneur au grand péril de leur fortune nouvelle. H M. de Kératry assure qu'il a eu la preuve qu'on devait arrêter M. Crémieux le 3 septembre. Il aurait bien dû fournir celle qui lui a été livrée.

Que l'on interroge tous les chef» de service restés à la préfecture, aucun d'eux ne confirmera ce qu'avance l'ancien préfet.

Quant aux prétendues listes de suspects, auxquelles M. de Kératry donne lui-même ce titre, il n'en existait pas au cabinet. M. de Kératry y a trouvé des boîtes remplies de ficbes classées par ordre alphabétique, et portant des noms d'adversaires connus de l'Empire et de serviteurs dévoués de la dynastie, de meneurs révolutionnaires et de personnalités aussi respectables que respectées.

Pour finir, nous donnerons une réponse de M. Choppin, relative à Yermorel et une déclaration de M. J. Favre avouant que la police l'a protégé contre les outrages et les voies de fait. (Que ne l'avait-il à son aide plus tard pour être garanti contre les indiscrétions de Millière ) Nous ajouterons quelques mots de M. Mettetal, caractérisant le rôle modéré et tutélaire de la police impériale.

m. delpit. — Est-ce que vous savez quelque chose sur les relations de Yermorel avec l'Empereur ? Croyez-vous qu'il ait été subventionné par le ministre de l'intérieur?

m. choppin. — Pour moi, ce n'est qu'un on-dit.

M. Choppin, p. 114.

En sortant de ces réunions, j'ai été plusieurs fois aecompagmé par les invectives et les outrages les plus «extraordinaires : on m'accusait d'avoir trahi ; je ne sais pas ce que j'ai trahi, je crois avoir été fidèle à tout ce que j'ai professé. Un soir — c'est malheureux pour moi — j'ai été protégé par la police; on avait formé le dessein de renverser ma voiture, on m'aurait renversé aussi.

M. Jules Favre, p. 40.

Lorsqu'on s'est trouvé en présence de certaines émotions populaires, la principale préoccupation de la police était d'éviter le conflit, elle qui était accusée toujours de provocation !

M Mettetal, p. 103.

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