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CHAPITRE XIV

L'impératrice et son gouvernement «lu O août an 4 septembre.

L'impératrice et ses ministres ne se préoccupent que de la défense nationale. — Envoi de toutes les forces disponibles hors de Paris. — Désir exclusif d'éviter la guerre civile. — Langage et attitude admirables de l'impératrice.

On voit, par lest résultats obtenus, quelle fut la préoccupation exclusive de l'impératrice et de ses ministres. Les témoignages abondent à ce sujet. Nous les donnons dans l'ordre où ils se présentent :

On a dit que j'avais envoyé à Châlons tous les hommes disponibles pour sauver la dynastie. Singulier moyen de sauver la dyuastie, que d'envoyer, pour appuyer Mac-Mahon, le seul corps d'armée que j'eusse dans Paris, un corps de 30,000 hommes, qui, s'il fût resté dans la capitale, aurait pu maintenir le gouvernement existant ! Jamais, d'ailleurs, je n'aurais préféré le salut de la dynastie au salut de la France, parce que, dans ce moment- là, je les croyais attachés l'un à l'autre.

M. de Palikao, p. 172.

m. iienri chevreau. — Quant à nous, ministres de l'empereur, qui avions accepté le fardeau des affaires à la dernière heure, après Reischoffen, nous comprenions que, devant la formidable

invasion de l'Allemagne tout entière, nous n'avions qu'une chance de salut : l'oubli de nos discussions intestines, la fusion de tous les partis devant l'ennemi, et, comme conséquence, une seule politique à suivre : celle de la conciliation ; aussi n'est-il tombé de nos lèvres, durant ces vingt jours d'agonie, aucune parole qui fût de Dature à raviver les passions ou les colères ; devant les excitations, les attaques iDJustes, les défiances outrageantes, nous nous condamnions au silence ; nous immolions pour ainsi dire notre propre dignité à l'espérance d'une entente, d'une résistance communes, en un mot du salut commun. Si vous vouliez vous reporter à la séance du 27 août, vous verriez que les dernières paroles que j'ai prononcées à la tribune sont un éclatant, un irréfutable témoignage des sentiments que je vous exprime ici.

Il n'en était malheureusement pas ainsi de nos adversaires. Que leur importait la ruine delà France? Leur seul objectif, leur seule espérance, c'était la chute de l'empire ; ils ne se doutaient pas alors qu'ils succomberaient sous le fardeau dont ils se chargeaient si témérairement, prouvant par leurs actes que leur insuffisance était aussi grande qne leur ambition et que la France, appauvrie et mutilée, cette France qu'ils n'avaient pas voulu ou plutôt pas osé consulter, faisant un jour la part de toutes lesresponsabilités, leur demanderait compte d'une guerre continuée sans son aveu et de la perte de deux de ses plus chères provinces.

M. Clievreau, p. 274.

un memrre de la commission . — Depuis nos premiers désastres, l'horizon polilique paraissait sombre, même aux hommes de la dynastie ; je voudrais vous demander si le général mioistre de la guerre et le conseil des ministres n'avaient rien prévu de ce qu'il faudrait faire en cas de malheur ?

m. jules brame. — J'ai déjà eu l'honneur de dire à la Commission que la plus grande partie de nos efforts tendait à éviter les désastres militaires, en envoyant à l'armée tout ce qu'il y avait de solide et d'aguerri, nous soumettant, en cela, au désir exprimé par toute l'Assemblée. 11 fallait se résigner à tous les sacrifices, avoir en yue, avant tout, le salut du p;i.

L'opposition reprochait alors au ministère de laisser des troupes dans Paris.

Il ne faudrait pas aujourd'hui lui adresser le reproche con traire ; 500,000 Prussiens étaient sur le sol français. Plus de la moitié de notre armée était battu*, nous n'étions pas les auteurs des fautes commises, nous nous efforcions d'eu êtr^l-s réparateurs; mais tout était indispensable et tout manquait ; ceux là seuls qui étaient aux affaires peuvent juger de la vérité de la situation.

M. J. Brame, p 197.

L'intérêt dynastique ! Ah ! messieurs, à coup sûr, nous nous en préoccupions et nous eussions été bien indignes de la confiance du souverain, si nous l'avions méconnu, mais nous le subordonnions à l'intérêt de l'armée, & l'intérêt du pays.

L'Impératrice, d'ailleurs, nous donnait constamment l'exemple d'un désintéressement absolu. Dans toute ci constance un peu grave : * Ne vous occupez pas de moi, disait elle, ne vous occupez que de la France. » Et ce ne sont pas là de vaines phrases; je reconnais que, dans ma bouche, des phrases seraient •suspectes ; heureusement, il y a des fa ts, des faits indiscutables. Quel plus granl intérêt dynastique que de faire revenir le maréchal Mac-M-hon sous les murs de Paris avec cent mille hommes ?Je ne crois pas fare injure au courage des hommes du 4 septembre en disant que, dans ces coéditions, le projet d'une insurrection ne serait venu à la pensée de personne. Mais le gouvernement n'avait; qu'une préoccupation, qu'une espérance : Sauver l'héroïque armée de Metz. Est-ce la seule preuve que je puisse fournir? Non, messieur-, il y en a une plus décisive encore. Quand il s'ei-t agi de renforcer l'armée du maréchal Mac-Mahon, à la veille de Sedan, on fit remarquer à l'Impératrice que les vingt-deux mille hommes, commandés par le général Vinoy, constituaient la g»rde de Paris ; que, s'ils partaient, la capitale pouvait d'un moment à l'autre être à la merci d'un mouvement démagogique. Messieurs, je me rappelle les paroles de l'Impératrice et je puis les rapporter rresque textuellement : « Encore une fois, dit-elle, De pensez ni h moi, ni à la « dynastie, pensez à l'armée, pensez à la France ; je ne veux pas a qu'on discute une pareille question. De quels remords ne nous « chargerions- nou« pas devant nos consciences et devantl'his- « toire, si nous nous disions un jour que la présence de ces

« vingt-deux mille hommes aurait pu changer une défaite en « victoire, et que nous les avons immobilisés dans Paris pour « Dotre défense personnelle ? Ne perdons pas une minute ; que « le général Vinoy parte aujourd'hui même. » Et voilà comment les hommes du 4 sept3mbre ne trouvèrent devant eux, ni le brave général, ni son corps d'armée.

M. Chevreau-, p. 272.

On a reproché au Gouvernement de l'impératrice-régente, de ne pas avoir envoyé dans une ville de province, une délégation avec l'impératrice, de manière à opposer une résistance aux revendications djs députés de Paris. On y avait parfaitement pensé, et vraiment il aurait fallu que le Gouvernement de la régente fût bien oublieux de tous ses devoirs pour ne pas songer, au milieu de l'agitation fébrile du moment et en face des événements qui se pressaient, à mettre le Gouvernement hors de Paris. Je le dis hautement et je m'en fais honneur : Nous ne l'avons pas voulu ! Il fallait voir les choses comme elles étaient ; il fallait, — ie répète ce que disait la régente, — il fallait tomber « sans encombrer la résistance. » Il ne fallait pas, s'il y avait assez peu de patriotisme ch< z certains hommes pour qu'ils crussent devoir profiter des événements de façon à nous renverser, il ne fallait pas qu'on put dire un jour que, dans un intérêt dynastique, pendant que le3 Prussiens pénétraient sur notre territoire, nous avions été fomenter en province la guerre civile. Nous ne nous dissimulions pas que le Gouvernement de la régente installé au dehors, c'était la guerre civile ; c'étaient les secours de la province n'arrivant plus à Paris, ou bien ce n'était pas la peine d'y aller; c'était une population de 200,000 hommes armés, livrés à eux-mêmes, prenant le pouvoir et ayant un prétexte pour se porter à tous les excès : c'était — on vivait à cette époque dans des illusions bien grandes, — c'était la résistance de Paris empêchée, et à tout jamais une responsabilité terrible devant l'histoire. Eh bien, en face de ces perspective?, nous avons préféré tomber et ne pas donner au monde le spectacle honteux d'une guerre civile, au moment où il fallait lutter contre l'étranger.

M. J. David, p. 155.

Ce que je tiens à dire, ce que je certifie, c'est qu'à la nouvelle du desastre de Sedan, la question dynastique n'est pas veuuu à

l'esprit de l'Impératrice, elle a été complètement réservée. Il n'y avait plus alors ni à défendre la dynastie, ni à agir en son nom. Il y a eu un devoir : celui de donner au comité de défense les moyens de sauver le pays. Il n'y avait donc rien à renverser, parce que rien n'était affirmé en ce moment au point de vue politique. L'énergie ne nous manqua t pas, nous avions des troupes fidèles; nous avions la g-arde de Paris, nous avions la gendarmerie, le corps des sergvnts de ville. Si nous avions voulu risquer une guerre civile pour conserverie pouvoir, je ne sais pas ce qui serait arrivé, on peut toujours faire la gmerre civile! Eh bien nous n'avons pas voulu la faire. Ah! ti nous avions eu, groupés autour du gouvernement, tous Ls é éments qui devaient le défendre, oui, nous aurions résisté, parce qu'alors nous n'aurions pas eu contre nous et la garde mobile et la g-arde nationale conservatrice. Si le g-énéral Trochu, qui n'a pas donné sig-ue de vie pendant cette journée, et qui était l'idole delà bourgeoisie l'avait réunie et lui avait dit : <c Venez avec moi à la Chambre, je défends ce qui existe par devoir et parce que la chute de ce qui existe porterait un préjudice terrible au pays ; » la question eût été bien différente. La garde na'ionale conservatrice venait alors se ranger autour de la Chambre, la défendait, et nous, nous n'avions plus en face de nous que les hommes de désordre que vous avez rencontrés plus tard dans la Commune. Nous nous serions donc défendus. Dans la situation qui nous était faite, nous ne le pouvions pas, nous ne le devions pas avec la bourgeoisie contre nous, avec le g-é néral Trochu contre nous.

M. J. David, p. 159.

L'Impératrice, je dois le dire, avait été très-nette, elle nous avait dit : Laissez la dynastie de côté, ne vous inquiétez que du pays. Quant à moi, personnellement, je fef**i ce qu'on voudra. En ce moment-ci, occupez-vous di sauver le pays et de défendre la Chambre. Le matin même, le Conseil s'était occupé de sauveg-arder la Chambre. Des mesures avaient été prises par le préfet de police sois la respousaoilité du mini-t e de l'intérieur.

Il y avait déjà eu des troubles sous l'empire, mais ils n'avaient pas eu de suite, soit parce qu iU avaient été réprimés immédiatement, soit qu'ils ne fussent pas graves. Ils avaient été réprimés avec les forces dont disposait le préfet de police. Le système

de défense que le Gouvernement avait adopté, à tort ou à raison, était celui ci : nj. ftire intervenir les troupes qu'à la dernière nécessité, et ne les mettre en présence de la foule que quand elles devraient agir. Par conséquent, les premières forces à mettre en ligae étaient les troupes de police. Le 4 septembre, aux abords de la Chambre, il y avait des troupes de police en quautité considérable, 3,000 hommes, je crois; le préfet de police vous donnerait des détails plu précis. m. lk président. — Où est M Piétri ?

m. clément duvernois. — A Paris. Ces 3,000 hommes on t gardé les abords de la Chambre tant que la poliee a été là. Le fait pourra être constaté pas la Commission, pas un homme n'a pacsé.

Dans la Chambre même, il y avait une grande agitation. La gauche insi tait pour que h s abords de la Chambra fussent gardés par la garde nationale. C'était, disait-on, le Gouvernement qui provoquait l'émeute; c'était une marque de défiance qui excitait i<-s esprits. Pour les apaiser, le seul moyen était de l'aire pa tir la police et les troupes de ligne; M. de Kératry le demanda. On a agi sur les questeurs, et l'un d'eux, je ne veux pas le nommer, parce que je pourrais faire confusion, un des questeurs a donné l'ordre aux troupes de police de s'en aller.

m. le président. — Qu'est-ce que vous entendez par troupes de police ?

m. clément dlvernois. — Quand je parle des troupes de police, je veux dire toutes celles qui ne faisaient pas partie de l'armée proprement dite, c'est-à-dire les sergents de ville, les officiers de paix, en un mot, tout ce qui est placé sous les or 1res du préfet de police.

Don';, un questeur donna à ces troupes de police l'ordre de s'en aller, il y eut un moment d'hésitation parmi les officiers de paix; il finirent par répondre : non. « Si nous étions à l'intérieur de U Chambre, disaient-ils, nous serions sous vos ordres, mais nous sommes à l'extérieur, nous n'avons pas à recevoir les ordres de vous. » Ils restèrent et la foule ne passa pas. A ce moment, la gauche continuait à demander le départ de la police; n'ayant pas réussi par l'entremise des questeurs, elle s'adressa au général Caussade, qui avait le commandement de toutes les troupes placées autour de l'Assemblée, et celui-ci donna l'ordre à la police de s'en aller. Alors la foule se rua nur la Chambre et ce fut fini.

Le préfet de police de ce moment racontera tous ces détails à la Commission, et, entre autres, le fait suivant : Un officier de paix est arrivé chez lui aussitôt après ces événements, a brisé son épée sous ses yeux, en lui disant. « Tout est perda, pourquoi nous a t on fait partir? »

Maintenant, comment le général Caussade a-t-il été nommé au commandement de la Chambre ? Est-ce par le ministre de la guerre ou parle général Trochu ? Je n'en savais rien alors, mais j'ai su depuis que le général Caussade avait été nommé par le général Trochu, et que le ministre de la guerre trouvait ce choix insuffisant ; il m'a dit lui-même qu'il n'avait pas eu à exprimer son opiaion et que le général Trochu s'était chargé de tout. Du reste, le général Palikao avait une opinion tellement arrêtée sur e général Caussade, qu'il considérait d'ailleurs comme un brave et digne homme, mais de peu d'énergie, que lorsque le maréchal Niel avait voulu nommer le général Caussade à Lyon, lui, général Palikao, n'avait pas voulu l'accepter comme commandant de place. Il ajoutait qu'il ne l'aurait jamais choisi pour garder la Chambre.

M. Duvernois p. 123

En ce qui concerne 1 Impératrice, voici ce que furent son langage et son attitude.

Quant à l'impératrice, sa préoccupation constante, pendant •tout le temps que j'ai eu l'honneur d'être son ministre, a été la défense du pays : « Ne vous occupez pas de la dynastie, disaitelle sans esse; occupez -vous seulement du pays. Si je croyais qu'en m'en allant, je faciliterais la défense, je le ferais de suite. » Quand on lui a donné le conseil d'aller à Tours avec une partie du Gouvernement, elle a dit : — « C'est vrai, il faut organiser un gouvernement en dehors de Paris. La Chambre ira, mais moi je reste à Paris. »

Elle a été tout le temps très-nette et très-énergique; et si l'abdication eût été possible et eût paru utile à ses amis, ce n'est pas de ea pa-t que serait venu l'obstacle. Mais je le répète, elle n'avait pas le droit d'abdiquer, et ses ministres ne lui ont pas conseillé de le faire.

M. Duvernois, p, 226.

En quittant les Tuileries, nous prîmes les ordres de l'Impératrice pour savoir ce qu'il fallait faire dans l'intérêt de sa sécurité, car il n'était pas impossible que les Tuileries fussent menaces dans la nuit. L'Impératrice nous fit cette réponse, qu'il fallait donner l'ordre à la troupe de ne pas tirer sur le peuple, qu'elle ne voulait à aucun prix qu'une goutte de sang français fut versée pour la conservation de ses jours. Nous étions tous là, quand l'Impératrice nous fit cette réponse.

Baron Jérôme David, p. 152.

m. le général de palikao. — Tout ce que je puis dire, c'est que la conduite de l'Impératrice, quoique je n'aie pas à le juger, a été admirable. L'Impératrice nous a dit en propres termes : « Messieurs, lauvez la France, ne vous préoccupez pas de la dynastie.;» Yoilàjses propres paroles et celles-là, je les ai entendues : <r Ne songez pas à notre dynastie, ne songez qu'à la France : tout ce que je vous demande, c'est de sauver la France. »

Un membre. — A quelle heure ?

m. le général de palikao. — Le 4, au matin.

Dans la convocation que nous avons eue, l'Impératrice nous a dit : « La France est dans un bien triste état ; nous sommes envahi?, l'empereur est prisonnier, mais, messieurs, je vous en supplie, ne songez pas à la dynastie, laissez-la de côté, sauvez la France. Yoilà tout ce que je vous demande. »

Elle nous répéta les mêmes paroles bien souvent. . m. le président. — Ainsi, il n'e6t pas à votre connaissance que l'Impératrice ait consenti à abdiquer, ni qu'elle ait retiré, ensuite, sur la demande d'un des ministres, le consentement qu'elle avait donné à son abdication.

m. le général de palikao. — Non ; cela est si peu à ma connaissance que, le 4, je lui envoyais le projet que vous connaissez. Il était alors midi passé ; si j'avais cru à l'abdication de l'Impératrice, je ne lui aurais pas envoyé un projet qui maintenait son gouvernement.

M. de Palikao, p. 175.

L'honorable comte de Civrac me demande de luen préciser le moment où l'Impératrice avait semblé reconnaître que la dynastie était perdue et quels furent à partir de cette heuit les agissements du ministère?

La première fois que l'Impératrice a dit, et je répète encore : « Je sais le sort qui peut-être réservé à la dynastie; ne vous inquiétez pas d'elle, sauvez la France ; » c'était le soir où nous avons été délégués près d'elle par les cent députés.

MM. de Dalmas, Josseau, Dug-ué de la Fauconnerie et Dupuy de Lôme doivent avoir conservé le souvenir de ces paroles. Et, comme j'ai eu l'honneur de le dire à la Commission, la seconde fois que l'impératrice avait exprimé cette p ensée qu'elle répétait du reste souvent, sous différentes formes, c'était le jour de la déclaration du dévouement de M. Trochu.

Quant aux agissements du ministère, il mettait en première ligne l'intérêt de la délivrance du sol à-i la patrie, dont le salut était attaché à celui de l'armée du Rhin.

Il dirigeait toutes nos forces vers l'Est, croyant que le sentiment national serait assez puissant au sein de la minorité de l'Assemblée, pour qu'en face du danger commun, il y eût une trêve sur les questions politiques intérieures. Je crois pouvoir déclarer, enfin, que les paro'es de l'Impératrice n'ont eu de résultat sur Dotre esprit, ni pour la pousser à l'abdication ni pour nous arrêter dans la voie du devoir.

M. Jules Brame, p. 211.

L'honorable M. Lefèvre-Pontalis nous demande ce que nous avons fait de cinq heures, moment où nous avons appris la nouvelle, jusqu'à minuit, heure à laquelle le Corps Législatif s'était réuni.

Nous nous sommes occupés des Prussiens, des moyens de les combattre et de retarder leur marche, des dernières dispositions à prendre pour sauvegarder les intérêts de la France. Ceux qui se trouvent dans de pareilles circonstances, atteints d'un pareil coup, peuvent seuls juger de la multiplicité des dispositions qui doivent être prises. Vous le savez, Messieurs, deux ministres seuls recevaient les dépêches: c'étaient le ministre de la guerre et celui de l' intérieur. Peut-on supposer que la dernière dépêche ait été cachée pendant quelques heures? Je ne le crois pas. Et je suis forcé de le répéter, ce n'a été que la division du travail qui nous a permis d'obtenir les résultats considérables auxquels nous sommes arrivés en si peu de temps. Ainsi, souvent, j'étais seul à la tribune pour répondre aux interpellations. Pensez-vous que mes collègues restaient inactifs ?

m. antonin lefèvre-poxtalis. — Vous y êtes aussi resté seul le 4 septembre.

m. jules brame. — Je remercie M. Lefèvre-Pontalis de sa bienveillante observation. J'y suis resté jusqu'à la fia avec M. le Ministre de la Guerre; et je dois à la vérité de déclarer que trois autres de mes collègues étaient au dehors, stimulant les chefs militaires et les questeurs pour s'efforcer de sauvegarder l'Assemblée ; que trois autres s'étaient transportés aussitôt aux Tuileries pour tenter de sauver l'impératrice qui eût été égorgée, si par eux elle n'eût été prévenue à temps ; plus tard, vous apprendrez les détails de sa retraite. Vous nous demandez ce que nous avons fait; mais, von s le savez bien, une détermination en conseil, où il faut délibérer, ne se prend pas avec la rapidité que comporte la décision d'un seul. La circulaire qui apprenait la vérité au pays a été rédigée aussi rapidement que possible.

M. Jules Brame, p. 198.

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