CHAPITRE XV
Causes et auteurs dix 4 septembre.
Explica ions de M. Ferry. — Le général Trochu contredit par M. le commandant Daru. — Il défend ses collègues du gouvernemens provisoire. — La défection de ce général assure le succès de la révolution. — Allégati ns contradictoires du géoeral Trochu et de M. J. Favre. —M Thiers ch rchant à préparer la révolution au sein du Corps législatif. — Démarches des questeurs auprès du général Trochu qui se refuse à leurs instances. — Particip-tion de M Laurier, de MM. A. Picard et Ch. Fe ry à l'invasion de la Chambre. — MM. Fribourg, Héligon, Ansart, Corbon, déclarent que les ouvriers sont restés étrangers au coup de main du 4 septembre. — Aveux de M. de Kératry. — M. Pelletan et le général Palikao. — Pourquoi l'iupératnce n'a pas résisté à l'émeute
On a recherché les causes du 4 septembre.
On a vu que M. Thiers les explique par un défaut de concordance entre l'ordre qui fit retirer les troupes de garde au Corps législatif et celui qui appelait la garde nationale à les relever. C'est là une bien étrange méprise sur les faits et sur le rôle qu'a joué la garde nationale.
Voici les explications de M. Ferry :
Je ne crains pas de dire que la première origine du 4 septembre est dans le plébiscite de mai 1870. Ce n'est pas là un paradoxe ou une attaque rétrospective contre un gouvernement tombé.
Le plébiscite a eu, sur les événements du 4 septembre, une double et désastreuse influence. Il a d'abord inspiré au gouvernement personnel une infatuation qui l'a mené jusqu'à la g-uvrre : il a ensuite infligé au Corps législatif qui, pendant
toute cette période, était le le m&ître de la situation et pouvait la sauver, il a infligé, dis-je, au Corps législatif, une faiblesse incurable, et l'histoire de ses débats le prouve.
M. J. Ferry, p. 377.
M. Trochu, dont la défection amena la catastrophe, cherche aussi à l'expliquer et à innocenter ses complices, et il reçoit de M. le comte Daru une réplique qui, sous sa forme courtoise, a dû lui paraître cruelle, mais qui semblera à tous méritée.
m. le général trochu. — Ce sont des hommes de la garde nationale établie au palais de rindu.-trie, sur le quai ou ailleurs, par suite d'ordres auxquels j'ai montré que j'ai été absolument étranger, qui ont envahi avec la foule le Corps législatif, après que la garde municipale, la gendarmerie et l'infanterie, dont disposait également le général Palikao, te furent laissées pénétrer par elle. Outre les envahisseurs sans armes, il y a eu les envahisseurs en uniforme de garde nationale ; mais sur le quai, dans cette immense réunion de peuple que j'évalue à un demimillion d'hommes (très approximativement, bien entendu) , il n'y avait pas une arme; je n'ai personnellement été menacé que par des cris de : « Vive la Sociale ! vive la République ! » mais je n'ai pas vu une arme depuis les Tuileries jusqu'au pont de Solférino, point où j'ai été comme figé dans la foule et dans l'impossibilité d'avancer ou de rétrograder.
m. le comte daru. — Si vous aviez été plus près de la Chambre, vous y auriez vu des armes. Les bandes de Belleville et même des gardes mobiles s'y trouvaient armées.
M. le général Trochu, p. 279.
Un membre. — Je n'étais pas alors à Paris, mais quelqu'un que je ne puis nommer, avait la bonté de m'écrire jour par jour ce qui se passait. Quatre ou cinq jours avant les événements, je reçus une lettre de cette personne qui me disait : « La situation est perdue; * — c'est une personne qui, dès le principe, avait regardé la situation comme perdue, et qui se connaît assez aux choses politiques; — « l'empire *st perdu et probablement la Chambre disparaîtra, car nos collègues de la gauche ne nous cachent pas qu'ils retiennent à grand'peine les hommes des clubs, les hommes des faubourgs ; à un moment donné, ils lelâcheront, et le Ilot débordera. »
Dans votre pensée, les membres du gouvernement provisoire — il n'est pas question de vous, — étaient-ils ou n'étaient-ils pas en connivence avec les bas-fonds de la société parisienne, prêts à saisir l'occasion de s premiers désastres pour faire triompher leur opinion particulière?
m. le général trochu. — Faire triompher mon opinion devant les armées prussiennes absolument maîtresses de la situation! Je suis d'un sentiment tout à fait contraire et ma conviction est fondée sur ce que la lutte du gouverneme et provisoire a commencé le soir même avec la démagogie, lutte qui devait devenir plus tard très inquiétante. Mais personne n'était préparé, personne n'était armé. Les esprits étaient dominés par la grandeur du péril d'invasion que créait le désastre de Sedan. Je commençai à comprendre en ce moment beaucoup de faits qu'il m'avait été d'abord impossible de m'expliquer et que la suite des événements éclaircissait.
Conformément à mes habitudes de hiérarchie et à mes principes, j'avais été avertir M. le ministre de la guerre de ce qui se passait à l'Hôtel-de-Ville, et je recueillis de sa bouche ces paroles : « Si vous ne prenez pas la direction des affaires, tout est perdu, si vous la prenez, tout sera peut-être encore perdu, mais l'armée se ralliera à vous. » Quand je revins à l'Hôtel-de- Ville, je trouvai M. Rochefort annexé au gouvernement provisoire. J'eus un haut-de-cœur très vif, car il y avait quelque chose de contraire à la bonne foi, puisque je trouvais modifiée la liste qu'on m'avait fait connaître d'abord. Je le dis à l'un des membres du gouvernement, qui me répondit : — a Oh! si vous attendez encore quelques heures, vous verrez de quel intérêt il est que cet homme soit parmi nous, * — J'ai dû, en effet, le reconnaître. La place de l'Hôtel-de- Ville, les escaliers, les salons étaient remplis de bandes, obéissant à la démagogie. Ces gens-là délibéraient à côté de nous, avec cette différence que nous délibérions dans un bouge et qu'eux remplissaient les salons.
Si le Gouvernement provisoire a pu vivre Cette nuit-là a pu vivre le lendemain et le surlendemain, — j'insiste sur ces trois jours parce que trois jours ont été nécessaires pour donner une apparence de cohésion aux troupes dispersées et désorganisées qui étaient dans Paris, — c'est parce que la démagogie, qui aurait eu le temps de se réunir et de s'armer, et qui n'aurait trouvé en nous aucune résistance possible, b'est divisée autour du nom de M. Rochefort. Les uns
disaient : « Nous ne devons pas renverser ce Gouvernement, puisque l'un des nôtres y tst ; — les autres disaient : « C'est un leurre, vous voyez là Trochu, Favi e et d'autres qui sont nos ennemis. » Je crois même qne des coups ont été échangés entre eux autour de l'Hôtel-de -Ville ; un tumulte que nous avons entendu a été expliqué ainsi.
Ensuite, si des membres du Gouvernement provisoire avaient eu entre eux une entente préalable quelconque, si le mouvement avait été préparé par eux, je ne les aurais pas trouvés dans l'état de profonde émotion où ils étaient a l'Hôtel-de- Yille. Pendant les premières heures que j'ai passées près d'eux, j'ai eu le sentiment qu'il leur serait impossible de se constituer, et que nous allions être enlevés par la foule.
M. le général Trochu, p. 279.
Le même témoin dit encore en s'exaltant lui-même et en prétendant au renom de Lamartine.
Il m'est impossible d'admettre un seul instant que la révolution du 4 septembre ait été préparée par les hommes qui ont été sous mes yeux à partir de cette date, plus ou moins, selon leur tempérament et leurs précédents, en état de lutte permanente contre la démagogie et les agissements démagogiques.
Ma conviction profonde est que l'événement du 4 septembre est dû à un de ces mouvements d'opinion qui sont absolument inévitables et absolument irrésistibles ; il a été l'effet d'un naturel et très-explicable entraînement des esprits, motivé par la succession des désastres de "Wissembourg, Reischoffen, Forba^h, et finalement Sedan. Si la démagogie avait été préparée, c'est elle qui aurait eu le gouvernement de Paris pendant la défense, car rien ne pouvait l'empêcher de le saisir. Si elle ne l'a pas eu, c'est uniquement parce que ce gouvernement provisoire, aujourd'hui chargé de toutes tes iniquités, chargé même trè -injustement des fautes trop souvent injustifiables du gouvernement qui était hors de Paris, échappant a toute direction et à tout contrôle, a été, pour le pays, le 4 septembre, ce qu'a été le gouvernement de Lamartine, le 25 février 1818.11 a sauvé la situation qui était perdue. Il a empêché la démagogie de prendre la défense de Pans et de produire- dans la France entière un immense boulevi ment ,-ocibl. Ma situation et celle de Lamartine ont un/ frap-
pante analogie, avec cttte différence que je n'avais pas les précédents politiques de Lamartine, les miens étant très conservateurs et religieux ; avec cette différence encore plus frappante, pour les hommes de bonne foi, que Lamartine n'avait devant lui que la démagogie, alors que j'avais devant moi l'ennemi quatre fois victorieux envahissant le territoire, et la démagogie derrière moi !
Lamartine a rendu à la France l'immenfe service de faire prévaloir le drapeau tricolore sur le drapeau rouge. Si, le 4 septembre, le drapeau rouge n'a pas été arboré dans tout Paris, alors qu'il n'y avait nulle part un moyen de résistance, c'est parce que le gouvernement provisoire s'est trouvé là et que, par fortune, il n'a pas été enlevé dans les vingt-quatre heures. S'il n'a pas été enevé, c'est uniquement parce qu'il n'y avait aucune sorte de préparation ; car si vingt Bellevillois armés de fusils s'étaient présentés le soir du 4 septembre, à l'Hctel-de- Ville, nous étions sans aucune défense, il n'y avait ni garde nationale, ni troupes pour nous protéger.
M. le général Trochu, p. 278.
En terminant, je répète ce que j'ai dit au commencement de cette conférence. Vous discutez les grands événements qui ont accablé le pays, en les jugeant par les effets. Vous n'aurez la vérité, que lorsque vous vous serez mis en présence des causes, en appelant l'empire à votre barre, par les personnes dont les actes et les vues ont préparé ces douloureux événements.
M. le général Trochu, p. 305.
Je répète d'abord que personne n'a fait la révolution du 4 septembre. Elle s'est faite toute seule, inévitablement, invinciblement, par l'arrivée à Paris de ]a nouvelle d'un désastre immense, succédant à beaucoup d'autres, qui supprimait à lui seul l'Empereur, et supprimait par conséquent l'Empire. Mais alors, dit-on, pourquoi la République? Il me semble qu'on s'étonne là d'une chose qui était toute naturelle.
Quelqu'un, dans cette crise, s'est-il montré pour fane prévaloir la politique impérialiste, légitimité ou or'éaniste? Non, assurément. Et alors, que restait-il? La République ou l'anarchie démagogique. Cela est plus qu'évident.
Si M. Gambetta et ses collègues de la députation parisienne avaient eu en vue les événements dont nous subissons aujourd'hui les conséquences désastreuses, la Commune et le second siège de Paris, je les regarderais comme des scélérats. Mais c'est le contraire qui ett vrai. Ils se sont entendus en un instant, et sous la pression des événements, en vue de leur donner une direction dans le sens de leur opinion politique, ils ont voulu empêcher et ils ont empêché en effet, je l'ai vu de mes yeux, le drapeau rouge de prévaloir au 4 septembre. Leur erreur, je le redis, a été de croire que le drapeau tricolore ne pouvait être bien placé, pour l'œuvre de la défense nationale que nous allions entreprendre, qu'entre les mains des hommes de leur parti, alors qu'il devait être confié à tout le monde, sans distinction d'opinion.
M. le général Trochu, p. 288.
Quoi qu'en dise M. le général Trochu, lorsqu'il s'applique à justifier les autres, la voix publique lui jette cette parole de l'Écriture : Tu es Me vir.
Il est incontestable aussi que certains hommes et ud certain parti étaient parfaitement décidés à saisir l'occasion des désastres de la patrie pour les exploiter au profit de leurs haines, de leurs passions et de leurs intérêts : ceci est hors de doute. L'insurrection de la Villette était le prélude ; seulement c'était dans les bas-fonds du parti démagogique qu'elle avait pris naissance, c'étaient les hommes perdus du parti qui la dirigeaient ; il y en ava t d'autres, moins courageux et beaucoup plus habiles, qui pensaient que l'empire n'étaient pas suffisamment affaibli par la défaite de Reischoffen, mais que si un nouveau désastre le frappait encore, ils pourraient en profiter pour le renverser. Je ne crois pas qu'on puisse mettre en doute cette vérité ; elle résulte de tous les rapports de police qui parvenaient chaque jour au gouvernement. Mais, au fond, la réalisation de ces odieux calculs ne dépendait pas de ceux qui le$ faisaient. Si nous remportions une victoire, il n'y avait pas à s'en préoccuper ; les adversaires les plus violents de l'Empire, ceux qui ont osé dire que sa chute les consolait des malheurs de leurs pays et de l'humiliation de l'invasion prussienne, eussent été h>s premiers à cacher leur secret dépit, la perte de leurs plus chères espérances sous les apparences d'une joie patriotique. S'il y avait
une seconde et grande défaite, la situation devenait très-grave ; pour la dominer, il fallait, comme je l'ai dit tout à l'heure, que l'amour du pays fut chez certains hommes , supérieur aux rencun^s et à l'intérêt personnel et que, d'an autre côté, il n'y eût, au dernier moment, aucune défection dans le gouvernement impérial. Or, ni l'une ni l'autre de ces conditions ne s'est rencontrée ; voilà l'explication du 4 septembre, voilà la vérité vraie ; elle est incontestable.
M. Chevreau, p. 272.
Mais, je le répète, quand j'ai su à cinq heures que le général Trochu s'était entendu avec les chefs du mouvement insurrectionnel, je n'ai plus conservé ancnn espoir; je n'ai même pas su qu'un certain nombre de députés devaient se réunir le soir, dans la ealle à manger de la Présidence, pour essayer courageusement de s'opposer à l'émeute, ou au moins de la contenir et de sauvegarder la représentation légale du pays. Peut-être, à cette dernière heure, tout n'étaît-il pas encore perdu, si le gouverneur de Paris, qui n'avait pas cru devoir se mettre à la disposition de la Régente, s'était mis du moins à celle du Corps législatif. Mais à cette heure il était déjà installé dans les fonctions de chef du gouvernement insurrectionnel ; et d'ailleurs, dans cette même séance, ne vous rappelez-vous pas qu'un des membres les plus éminents du Corps législatif, un de ceux .qui pouvaient exercer, sur 'a résolution de ses collègues, la plus décisive influence, conseillait lui-même l'abstention et la soumission aux hommes de l'Hôtel-de- Ville?
M. Chevreau, p. 271.
Le 18 aodt, M. le général Trochu, nommé par l'Empereur s'installe au Louvre et prend possession de ses fonctions de gouverneur de Paris.
La proclamation du gouverne tir de Paris, sa théorie sur la force morale, alors que l'agitation révolutionnaire était à son comble, la retour des mobiles à Paris et les motifs donnés à ce retour, personne ne le contestera, remplirent d'une grande confiance tous les ennemis de l'Empire et portèrent du même coup une atteinte sérieuse à l'autorité spécialement investie de
la mission de veiller au respect de l'ordre et de la sécurité publique.
Je me borne à consiater le fait, je ne l'apprécie pas.
M. Piétri, p. 254.
M.Jules Favre, embarrassé pour expliquer ses rapports avec M. Trochu etla contradiction qui existe entre eux au sujet d'une entrevue antérieure au 4 septembre, refuse de répondre.
m. de rainneville. — Il n'y a pas une chose qui vous soit exclusivement personnelle dans la première entrevue que vous ayez eue avec le général Trochu. Il a déclaré qu'il vous avait vu pour la première fois ce jour-là.
m. jtles favre. — J'ai parfaitement le droit de ne pas répondre sur ce point. Le fait nous regarde personnellement, le général Trochu et moi. Il importe peu, pour l'éclaircissement des faits, que ce fût la première ou la dixième fois que nous nous voyions.
M. Jules Favre, p. 334.
Quanta l'entente des députés de la gauche avec les émeutiers, et à leur projet de renverser l'Empire, voici des déclarations qui nous édifient :
Telle était donc la situation : l'empire déjà ruiné, s'adressant àTtous ceux qu'il croyait pouvoir lui prêter secours, et l'ancienne opposition tentée de saisir le pouvoir, mais hésitant, et renonçant presque à y toucher. Pendant ce temps, l'ennemi victorieux marchait sur Paris, et la crise finale s'annonçait ouvertement et bruyamment.
M. Thiers, p. 15.
C'est au sein du Corps législatif lui-même que la crise allait éclater. Ce corps, troublé, éperdu, se sentant appelé à prendr la responsabilité du pouvoir dans la défaillance visible du gouvernement impérial, était effrayé de la tâche qui le menaçait, et n'osait se décider entre l'impossibilité de maintenir ce qui était, et le danger de créer aulre chote.
Quant à moi, ce qui me semblait désirable, je viens de le dire, c'est que le Corps législatif, éclairé par ses failles, se sasît du
pouvoir, s'en servît pour négocier la paix ou an armistice, et convoquer une assemblée qui déciderait du sort de la France. Mais, dans cette solution qui était la seule raisonnable, car il valait cent fois mieux que la révolution se fît dans le palais Bourbon que dans la rue, j'entrevoyais, pour ce qui me concernait, un sombre et cruel avenir auquel je voulais échapper à tout prix, celui d'être chargé du fardeau du pouvoir, et surtout de signer moi-même une paix qui me désolait. Je n'hésitais pas à dire que j'étais l'homme de France à qui la Providence devait le plus épargner cette douloureuse tâche. Hélas ! je ne me doutais pas que je serais bientôt obligé de la subir.
M. Thiers, p. 15.
Après la séance, un des membres de l'extrême gauche donna rendez- vous, pour le lendemain, sur la place de la Concorde, au groupe très nombreux qui l'escortait.
M. Piétri, p. 255,
J'étais resté à Paris après le 4 septembre ; j'y rencontrai quelques-uns de mes collègues de la députation, entre autres : MM. Goerg, le comte d'Hesecques (de la Somme) , Monnier de la Sizeranne. Tous, surtout M. Goerg, m'apprirent le fait suivant que je vous prie de contrôler :
Est-il vrai qu'une lettre aurait été trouvée adressée à un député de l'opposition, aujourd'hui ministre, membre du cabinet actuel ? Cette lettre communiquée à plus de quarante députés, dispersés aujourd'hui sur tous les points de la France, signée par un des maires de la banlieue, contenait ces mots :
« J'ai l'honneur de vous apprendre que, selon votre désir, j'en- « voie à l'Assemblée la garde nationale à midi, etc. »
Y avait-il ces mots : qui se tiendra à votre disposition ? le souve nir m'en reste sans que je puisse l'affirmer, cependant.
D'un autre côté, M. le général Lebreton, dès qu'il vit poindre le danger, remplissant son plus strict devoir de questeur, se rendit avec son collègue M. Hébert, chez M. le général Trochu pour le supplier de venir protéger l'Assemblée. Est-il vrai que ce dernier, causant avec son aide-de-camp, aurait fait attendre le questeur plus de trois quarts d'heure dans son antichambre , disant qu'il avait tenté de se rendre à l'Assemblée, qu'il en avait
été empêché par la foule ? malgré les vives observations des deux questeurs, le général Trocliu se serait-il refusé à faire une nouvelle tentative ?
Est-il vrai que l'honorable député Estancelin ait fait auprès du général Trocliu les instances les plus vives pour l'engager à venir au plus tôt, lui prédisant d'affreux malheurs s'il ne se rendait pas là où son devoir l'appelait ?
Le général aurait répondu au député Estancelin ce qu'il avait répondu déjiaux questeurs ; il persista même, lorsque M. Estancelin lui répliqua : « Pourquoi ne pou -riez -vous donc pas y aller, puisque j'en viens? »
il. Brame, p. 195.
Quelques semaines après, M. de Kératry a déclaré qu'il était venu à Paris pendant la dernière session avec l'intention de renverser l'empire et de proclamer la République. Lorsqu'il était dans le cabinet du ministre des travaux publics, il t-nait un langage tout différent; il me déclarait qu'il considérait comme nécessaire le maintien du gouvernement et que, sans prendre d'engagement pour l'avenir, il était décidé à nousr soutenir à tout prix, d'autant plus qu'il reconnaissait avoir joué un rôle très actif pour décider l'empereur à la guerre. Si j'indique cet incident concernant M. de Kératry, si j'ai indiqué le langage tenu par MM. Favre, Picard et Gambetta à la Chambre, c'est que nous allons nous retrouver, le 4 septembre, devant les mêmes hommes, jouant un rôle très opposé à leurs engagements, et qu'il n'y arien d'insignifiant dans les actes antérieurs à leur prise de possession du pouvoir.
U. 3. David, p. 155.
Je veux seulement signaler qu'en sortant de la séance avec le ministre de la guerre, nous vîmes entrer, par la place Bourgogne, dans la cour du Corps législatif, un détachement très nombreux de gardes nationaux.
Un membre. — A quelle heure ?
m. le baron Jérôme David. — Après la séance, sur les deux heures du matin.
Ce que je puis affirmer, c'est que M. Laurier et le frère de M. Picard, et aussi, m'a-t-on dit, le frère de M. Jules Ferry 6D faisaient partie, C'était la compagnie qui devait nous garder te lendemain. E'ie était étrangement choisie, il faut Le dire, car
on y trouvait réunis des hommes connus pour être les plus ardents ennemis de l'ordre et du gouvernement, les plus décidés à le renverser.
M. J. David, p. 155.
M. le baron jérome david. — Je vous ai rapporté ce qui m'a été affirmé. Maintenant il y a un autre fait. Le frère de M. Picard nous a été signalé par différents rapports, comme promoteur de l'invasion. Le commissaire de police du Corps législatif m'a dit que le frère de M. Picard était mêlé aux groupes populaires, qu'il les haranguait, les encourageait à pénétrer dans l'Assemblée, ajoutant que c'était leur droit, qu'on ne pouvait pas empêcher le peuple d'entrer dans la Chambre, etc., etc.
M. J. David, p. 158.
M. Fribourg, qui vivait au milieu des internationaux et des clubistes, constate, ainsi qu'il suit, que ses amis et lui ne songeaient pas à faire éclore une révolution.
Je suis arrivé à Paris vers le 20 août. J'étais en Suisse, et apprenant qu'on appelait tous les hommes valides, et ne tenant pas compte de la forme du Gouvernement à cette époque, cela m'était égal en face des Prussiens, je suis revenu à Paris me mettre dans la garde nationale.
Nous n'avions pas confiance dans ceux qui pouvaient prendre le gouvernement à la suite de l'Empire; nous savions que c'était la gauche qui le prendrait; nous connaissions personnellement tous les membres de la gauche à peu près. Les membres du Gouvernement de la Défense nationale appartenaient au Gouvernement de 1848 et s'il y avait quelque chose à Paris qui fût anti-populaire, c'étaient les gens de 1848 ; on n'en voulait à aucun pr. x.
M. Fribourg, p. 571 M. Héligon, confirme ce témoignage et M. Ansart y ajoute le sien.
Ce ne sont pas les ouvriers qui ont fait le 4 septembre, ce sont les bourgeois ; lts bataillons n'étaient pasarm^s. — Quinze jours à l'avance, je m'étais fait inscrire; on me traitait de bonapartiste, parce que j'avais pris un fusil pour pouvoir me trouver en face de l'ennemi si j'y étais appelé.
Le 4 septembre les a surpris; habituellement cela dure plusieurs jours; ils ne sortent ordinairement que quand tout est fini. Nous nous sommes trouvés un certain nombre de personnes pour empêcher le mouvement de se développer à l'Hôtel-de- Ville.
M. Héligon, p. 542.
Je ne dis pas que l'Internationale n'ait pas été pour beaucoup dans les menées révolutionnaires qui ont précédé le 4 septembre. Mais il ne faut pas s'y tromper, ce n'est pas elle qui est à la tête du mouvement du 4. septembre, c'est plus haut qu'il faut chercher pour trouver la direction.
M. Ansart. p. 186.
Et encore :
Le 4 septembre n'a pas eu seulement pour cause la capitulation de Sedan. Elle en a été plutôt l'occasion. Les hommes d'opposition qui se sont servis alors de la force révolutionnaire pour renverser l'Empire, ont dû nécessairement compter avec elle plus tard. Les nommes de révolution qui avaient aidé au mouvement politique réclamèrent leur ealaire.
M. Ansart, p. 182.
Enfin voici la déclaration formelle et explicite de M. Corbon, p. 609-
Dans les jours d'anxiété patriotique qui ont précédé le 4 septembre, j'avais eu occasion d'assister à une assemblée des chambres syndicales ouvrières. Là, j'avais pu m'assurer qu'on ne songeait qu'au salut de la patrie. Le 3 septembre au soir, il y eut dans Paris une manifestation à laquelle je me mêlai. On n'y acclamait point encore la République. Notre cri était: Vive la France ! Un comité de défense ! »
Le lendemain, 4 septembre, je me dirig-eai du côté de la place de la Concorde, et là je rencontrai des membres de l'Internationale, Tolain, Murât et autres, accompagnés d'un certain nombre de membres de la chambre syndicale des ouvriers. Je leur dis : « Il serait très-facile aujourd'hui de profiter de cette agitation pour provoquer un changement de gouvernement; m.iis nous ne devons avoir en vue que la question patriotique; nous devons crier exclusivement: « Vive la France!» Nous
trouvons que la défense va mal; bornons-nous à demander un comité de défense composé d'hommes énergiques. » Ils se rallièrent avec empressement à cette pensée, et nous allions ensemble au-devant des colonnes de la garde nationale qui débouchaient sur la place pour crier notre mot d'ordre à cette bougeoisie armée, car vous savez qu'il n'y avait à cette époque que des bourgeois dans la garde national.
m. le président. — Ce n'est pas tout-à-fait exact, on avait formé de nouveaux bataillons.
m. corbon. — Je vous demande pardon; tout ce qu'on avait fait alors, c'était de recevoir un certain nombre de nouveaux venus dans les mêmes bataillons, et encore cela n'avait pas eu lieu dans les quartiers excentriques.
m. le président. — Je pourrais vous citer des faits qui contredisent, dans une certaine mesure, ce que vous avancez, mais j'aime mieux vous laisser continuer votre récit.
m . corbon. — Il est vrai qu'un certain nombre de citoyens étaient entrés depuis quelques jours dans les bataillons de la garde nationale, mais cet élément nouveau était encore un élément bourgeois; et quand bien même c'eût été un élément ouvrier, il n'était pas assez considérable pour modifier sensiblement le caractère de cette force armée.
Eh ! bien, ce que je tiens à constater c'est que la g-arde nationale criait : « vive la République ! » à tue-tête et que nous avons été débordés par le cri de la bourgeoisie armée ; — nous ne demandions pas mieux, au fond de notre âme, que d'être ainsi débordés. — Eu nous abstenant, nous faisions un sacrifice à notre idéal particulier. Quand nous vîmes la bourgeoisie nous donner l'exemple, naturellement nous fîmes chorus ; — mais la vérité n'en est pas moins que nous avions pris une résolution et fait des efforts pour ne point faire surgir en ce moment si critique la question républicaine. C'est doue une chose digne de remarque que les socialistes criant : « Vive la France ! »;leur cri fut étouffé sous celui de « Vive la République ! » poussé avec un étonnant entrain par la bourgeoisie armée.
M. Corbon, p. 608.
A ce témoignage d'un homme que ses accointances, ses antécédents et ses relations plaçaient si bien pour savoir ce qui se passait et se préparait dans les ateliers, nous ajouterons celui de M. Chevreau, qui,
en sa qualité d'ancien préfet de Lyon et de ministre de l'intérieur, pouvait, mieux que personne, apprécier le mouvement, e connaître les causes, le but et les chefs.
>i. henri chevreau. — Voici ma conviction à cet égard : l'in surrection de Lyon, comme l'insurrection de Marseille, est due à l'élément socialiste.
Quant à Paris, mon appréciation ne serait pas la même. Je crois que si, à Paris, la partie la plus ardente de la population n'avait pas rencontré son appui dans les chefs de l'opposition, l'envahissement du Corps législatif n'aurait pas eu lieu. Je crois qu'on était certain qu'on trouverait là, un concours à un moment donné, que ce concours était formellement promis, mais je ne puis me permettre de nommer personne, puisque je n'ai pas de preuves absolues, irréfutables et que les événements ont naturellement rendu impossible toute constatation régulière.
M. Chevreau, p. 274.
Nous compléterons ces preuves par l'aveu de M. de Kératry qui, oubliant ses diverses dénégations, et tenant à faire parade de ses services à la cause révolutionnaire, a dit, dans un discours tenu à un meeting de Nantes :
« Trois semaines avant le 4 septembre, j'accourais à Paris pour préparer la proclamation de la Répub ique... Dans la nuit du 3 au 4 septembre, je hâtai, j'activai la déchéance impériale. Je poussai Gambetta à la tribune, je m'emparai avec lui de l'Hôtel de- Ville, puis de la préfecture de police. Voilà ce que j'ai fait. »
M. de Kératry, grar.d meeting de la Renaissance, à Nantes.
Lorsque le général de Palikao s'opposait énergiquernent, de sa personne, à l'invasion de la Chambre, et donnait des ordres aux soldats placés à l'intérieur, il se produisit un incident qui ne laisse aucun doute sur la conduite des députés de la gauche.
Je dois dire qu'avant mort départ, dans la salle des Pas-Perdus, je fus apostrophé d'une manière assez peu obligeante par un député, M. Pelletan, je crois, qui m'avait désigné à la foule, en disant : « Voilà un général du 2 décembre ! » — Les généraux du 2 décembre valent bien les autres; mais à cette épo«
que, je n'étais pas en France, j'étais en Afrique, je ne l'ai pas quittée, par conséquent je n'ai pas contribué au coup d'Etat. — Si j'avais été là, y aurais -je contribué? Je n'en sais rien. Un militaire doit obéir, c'est son devoir; si mes chefs m'avaient commandé, j'aurais obéi. Mais je n'ai pas besoin d'endosser une responsabilité comme celle-là, puisquej'ai été étranger à ces événements. Le but de M. Pelletan était d'ameuter la foule contre moi ; je lui répondis d'une manière excessivement verte ; je fus bousculé, et je fus tiré de cette foule par mon aide-decamp.
M. le général de Palikao, p. Ï68.
M. Pelletan a cherché, il est vrai, à se justifier à cet égard; mais celui qui écrit ces lignes assistait à l'altercation, et il a entendu le ministre de la guerre relever les paroles du député radical.
Au moment où nous nous retirions dans nos bureaux, me trouvant avec mes deux collègues Esquiros et Javal, je rencontrai dans un couloir le général Palikao, accompagné de ses deux aides-de-camp, auxquels je l'entendis donner les ordres les plus sévères; il ne s'agissait de rien moins que de tirer sur le peuple, dans notre pensée.
Je lui dis alors : * Général, c'est une responsabilité bien grave que vous assumez sur votre tête ; je ne vois pas ce qui pourrait amener l'effusion du sang. » Le général Palikao me répondit avec des formes militaires passablement brutales. Je ne lui ai pas dit : « Vous êtes un homme du 2 décembre, » mais bien : « il ne faudrait pas recommencer un 2 décembre à Paris. » Il me répondit alors : « Je ne suis pas un homme du 2 décembre, » ce que je savais parfaitement. Je répliquai, et comme cela prenait un certain degré d'animation, MM. Javal et Esquiros crurent alors devoir nous séparer, et je me rendis à mon bureau, où se trouvai, je crois, notre honorable collègue, M. de Civrac, qui m'écoute.
Je fis part à mes collègues des ordres que je venais d'entendre donner par le général Palikao. A ce moment même, on voyait parla fenêtre dubureau,les troupes prendre leurs chassepots que jusque-là elles avaient laissés eu faisceaux. J'étais extrêmement animé, je n'en disconviens pas, carjs'il avait été tiré un coup de fusil par la t-oupe, ce jour-là, je ne sais pas ce qui se serait passé à Paris.
250 LUSTOIUE RÉVOLUTIONNAIRE
Voilà l'exacte vérité sur mon altercation avec le général Palikao, et je demanderai à la Commission de vouloir bien entendre sur ce point MM. Esquiros et Javal, qui y assistaient.
Je veux croire que c'est involontairement que le général Palikao s'est trompé en affirmant que j'ai ameuté le peuple contre lui, moi qui, au contraire, ai tout fait pour empêcher des représailles, et qui, le lendemain de la révolution, ai tenu tête à l'émeute qui voulait aller saccager l'imprimerie du journal de M. Dréolle.
M. Pelletan, p, 401.
On a demandé pourquoi l'Impératrice n'avait pas combattu l'émeute. M. Brame et M. Chevreau répondent à cette question :
Il est de la dernière évidence que, dans des circonstances aussi douloureuses, l'armée de Metz enfermée, l'armée de Sedan détruite, l'Empereur prisonnier, il fallait, pour résister à une insurrection préparée de longue main, dans une ville comme Paris, presque complètement dégarnie de troupes, le concours absolu, énergique, sans réserve, de toutes les volontés et de toutes les forces. Du moment que le général gouverneur de Paris, commandant la garde nationale et l'armée, ayant de plus à sa disposition les 20,000 mobiles de ka Seine, se mettait à la tête du nouveau gouvernement, il n'y avait rien, absolument rien à faire.
M. Urievreau, p. 270
On a demandé quel jour et à quelle heure le conseil des ministres avait appris la reddition de Sedan et la captivité de l'Empereur.
C'est le samedi, 3 septembre, vers cinq heures du eoir. Avant ce moment, je l'atteste, rien n'avait été appris par nous officiellement, rien n'avait transpiré qui pût nous le faire croire. Je dis nous, car je comprends le Conseil des ministres tout entier, et j'avais appris à ne pas douter de la loyauté et de la sincérité de mes collègues.
Le 3 septembre, avant hu;t heures du matin, le Conseil des ministres était réuni ; il continuait à prendre des disposions pour compléter nos armées, la défense et l'alimentation île Taris. A deux heures, la plupart des ministrt s se rendirent au
Corps législatif; ceux présents à la séance recevaient, comme chaque jour, les bordées de l'opposition, et renouvelaient l'assurance déjà donnée de ne prendre aucune mesure politique extra légale.
Je ne m'étendrei pas sur les incidents qui se sont produits à cette séance,, ils sont relatés au Journal officiel.
Vers cinq heures, les ministres furent prévenus qu'il y avait séance du Conseil aux Tuileries; là, ils apprirent la vérité par une lettre que leur communiqua le ministre de la guerre ; ainsi que je l'ai déclaré à la tribune, les ministres de la guerre et de l'intérieur seuls, recevaient les dépêches, qu'ils communiquaient ensuite à leurs collègues.
La missive reçue ne contenait aucun détail, ne renfermait aucun commentaire, elle vous passera sans doute sous les yeux.
Quelles étaient les dispositions immédiates à prendre dans un aussi terrible moment ?
Le manque de détails nous plong ait dans une angoisse profonde.
Nous prîmes les mesures nécessaires pour retarder la marche de l'ennemi, décidés à combattre jusqu'au moment où la raison et les lois de l'humanité nous forceraient à nous arrêter.
Une circulaire fut rédigée pour apprendre au pays le véritable état de choses.
il. Jules Brame, p. 193.