‹ Histoire révolutionnaire contemporaineChapitre 3 sur 92 · IV THÉORIE DES RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

IV THÉORIE DES RÉVOLUTIONS

opéré en France, comme dans toutes les autres nations de l'Europe, c'est-à-dire naturellement, paisiblement, et sans la révolution.

Deux choses ouvrirent l'abîme au fond duquel la France se débat encore : — l'esprit d'utopie de l'Assemblée nationale et l'alliance des ambitieux avec les forces aveugles et révolutionnaires de la rue. La pensée du gouvernement de Louis XVI avait été simple et pratique : il reconnaissait les abus, et il proposait de les réformer par des mesures successives et progressives. Les ambitieux de l'Assemblée constituante, avides de pouvoir et de renommée, avocats comme Pétion et Barnave, écrivains comme Sieyès et Mirabeau, fauxlibéraux comme les Lameth, apportèrent dans la politique des idées vagues et spéculatives, propres au dix-huitième siècle; et, au lieu d'approprier à la société existante, aux temps, aux circonstances, les améliorations à introduire dans le régime politique, administratif, judiciaire et financier de la France, ils conçurent le dessein irréfléchi et redoutable de tout détruire, pour réédifier ensuite une société idéale, sur un terrain nu et déblayé du dernier vestige des traditions nationales et séculaires.

Cette fureur de l'idéal, née dans les états généraux, s'exagéra encore dans les assemblées qui les suivirent ; et l'on vit Hérault de Séchelles, rapporteur de la Commission chargée de rédiger la Constitution de 93, demander à l'administrateur de la Bibliothèque nationale, par un billet resté célèbre, la communication des lois de Minos (1).

Si Louis XVI, le plus honnête des hommes, avait eu l'énergie d'un roi, il eût arrêté dès leur éclosion ces imprudentes et folles visées des Etats. Malheureusement il ne montra que la bonté là où la fermeté était nécessaire. Néanmoins, les meneurs supposèrent et redoutèrent dans Louis XVI les qualités royales qui lui faisaient défaut ; et, afin d'accomplir avec sécurité pour leurs personnes l'ébranlement social qu'ils rêvaient, et sous lequel ils seront finalement écrasés avec leur patrie, ils imaginèrent de chercher un appui dans l'opinion publique excitée et égarée. L'exécution de ce plan amena ces manifestations successives, toutes inutiles, certaines odieuses, qui s'appelèrent le Serment du jeu de

(i) On sait que le texte de ces lob n'existe pas, il n'en est resto que le souvenir,

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