EN FRANCE. V
paume, la prise de la Bastille, la formation de la garde nationale de Paris, et les journées des 5 et 6 octobre.
Le serment du jeu de paume (i), puérilité déclamatoire, qui a trompé les esprits superficiels, ignorant les faits 1 11 y avait deux ans et demi que Louis XVI poursuivait et réalisait, au milieu des résistances de l'opinion publique et des parlements, ces réformes que les députés, réunis le 24 juin au jeu de paume, juraient d'accomplir (2), en dépit de tous les obstacles de la cour. Il était donc à la ibis absurde et injuste de prétendre imposer par force à la royauté des améliorations qu'elle-même avait conçues, poursuivies et inaugurées. Le roi n'avait pas besoin d'être contraint, il avait besoin d'être secondé. L'effet moral et inévitable du serment du jeu de paume fut de présenter à la France comme hostile aux progrès ce même roi, bon, généreux et libéral, qui, le premier, en avait eu la pensée, et qui avait appelé près de lui les Etats pour l'aider à les réaliser.
Pour soumettre entièrement la monarchie, il fallait obtenir d'elle qu'elle se livrât sans défense. Le 8 juillet, Mirabeau proposa une adresse pour demander le renvoi des troupes.
Paris avait pour garnison spéciale et permanente le régiment des gardes françaises et le régiment des gardes suisses, en tout 9,000 hommes. Depuis l'ouverture des Etats, on avait joint à ces forces le régiment de royal-dragons, les hussards de Berchiny, 100 chevaux de royal-cravates et un camp de 6,000 hommes au champ de Mars. Toutes ces troupes étaient sous les ordres du baron de Bezenval, lieutenant- colonel des gardes suisses.
Versailles était gardé par 12,000 hommes, sous les ordres du maréchal de Broglie. Le roi avait donc sous la main assez de forces pour résister à une pression illégale et séditieuse.
L'agitation de Versailles eut naturellement son contre-coup à Paris. Le Palais-Royal, en possession d'immunités qui ne permet-
(1) Voici comment Marat jugeait le serment du jeu de paume : « Je ne songe jamais à leur serment du jeu de paume, que je ne m'indigne de cette pantalonnade, si longtemps célébrée comme un acte d'héroïsme civique, et que je ne me représente les délégués du peuple comme d'avides fripons, qui ne voulaient pas lâcher prise sans avoir trafiqué des droits et des intérêts de la nation. » Marat, l Ami du peuple, a" 557.
(2) Si l'on étudie les préliminaires de la Révolution dppuis la réunion des notables, on verra que c'est le gouvernement de Louis XVI qui l'a commencée. S'il avait employé à l'empêcher le quart de la persistance qu'il avait mise à la faire, elle n'aurait jamais eu Heu.
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taieni ni à la police ni aux troupes d'y pénétrer, offrait un a. naturel aux séditions. Paris s'était peuplé d'inconnus et de malfaiteurs, à la suite du décret insensé du 17 juin, qui avait déclaré tous les anciens impôts de la monarchie illégaux en principe, comme n'ayant pas été consentis par la nation, et amené comme conséquence l'incendie et la destruction des barrières. Le 12 juillet, qui était un dimanche, l'émeute éclate et se propage à la nouvelle du renvoi de Necker, effectué la veille, et à cause de la présence des vagabonds qui parcouraient les rues, en demandant <les armes et du pain (1). Le 13, le Comité permanent des électeurs de Paris, autorité interlope, s'associe au désordre et l'active, en décrétant la création de 60 bataillons de milices, et en envoyant une députation aux casernes des gardes françaises, pour féliciter les soldats d'avoir quitté leurs drapeaux dans la nuit du 13 au 14, à une heure du matin. Le baron de Bézenval, laissé sans ordres, fait retirer toutes les troupes, et livre Paris à lui même. A dix heures du matin, les dépôts d'armes sont pillés -, et dans l'après-midi, la Bastille, assiégée par des passants et des filles, se rend sans résistance, selon le témoignage non suspect de Camille Desmoulins, à des vagabond* et h des brigands, plus ou moins commandés par le garde française Élie (2).
Toutefois, ces troubles de Paris ne prendront un caractère politique que le lendemain, 18 juillet, lorsque l'Assemblée s appuiera sur le Palais-Royal et sur l'Hôtel de ville, pour soumettre la royauté.
Contrairement à toutes les fables répandues sur cette époque par des écrivains, comme M. Thiers et M.Louis Blanc, qui ont rêvé l'histoire avant de l'écrire, la ville de Paris et la France étaient encore monarchiques, même le lî juillet, après la prise de la lias tille. Marat, Camille Desmoulins et Dussaulx, dont le témoignage en ces matières ne saurait être suspeet, le déclarent formellement. « A tort prétend-on, dit le premier, que la prise d'armes du 14 juillet fut une insurrection générale ronire le despotisme; c'était une simple précaution des ciloyeds a\aut quelque chose à
(1) Marmontel, Mémoires, t. I, p. 179, 80, 81,
(2) Voir ces détails dans lu Fvonce libre, de Camille D6imoulins< a» édition^ et dans le nVit l'ait par ÊUe à MarmoiiU'l, qui l'a traits, lit dans sis Mémoires, t. IV, p. l'.U, ainsi que dans nu rapport rédige par les ciiii len fi les soldats de la gamisôfi do la liastille, rapporté par DusaauU, (ï'.'«;
ttpt jours, p. /i/»7 et suiv.