CHAPITRE XVII
Le général Trocliiz jusqu'au 4 septembre.
Nomination du général Trochu cimme gouverne urde Paris — Sa présence à Châlons. Rappel des mobiles de la Seine. — Sa proclamation aux Parisiens — Sa théorie de la force morale encourage les émeutiers. — Ses protestations à l'Impératrice. — Ses rapports avec le préfet de police. — Ses relations avec le ministre de la guerre. — Comment il explique son absence le 4 septembre an Corps législatif. — Réponse du général de Palikao a ces explications. — M Brune. — Ses déclarations et ses appréciations. — M. J. David — Rapports fréquents et entente du général Trochu avec la gauche du Corps législatif.
Le général Trochu a joué, au 4 septembre, un rôle si prépondérant et si funeste qu'il est nécessaire de recueillir ici les diverses données de l'enquête à son sujet.
MM. Clément Duvernois et J. David exposent, ainsi qu'il suit, les faits relatifs à la nomination de ce général, d'abord comme chef d'un corps d'armée, ensuite et sur ses instances et protestations de dévouement à l'Empereur, comme gouverneur de Paris.
m. clément duvernois. — C'est sur les approvisionnementsque je croyais qu'allait porter la question ; mais puisque vous le désirez, j'aborde immédiatement la question du 4 septembre.
La journée du 4 septembre remonte, selon moi, au jour où le général Trochu a été nommé gouverneur de Paris. C 'est sur ce point que j'entends m' expliquer.
Le Gouvernement était très préoccupé de la question intérieure ; tous les membres du ministère ne l'étaient pas également ; les uns ne croyaient pas que le danger fût immédiat ; d'autres étaient très-inquiets, et j'étais du nombre.
il)» HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE
Quelques jours après notre arrivée aux affaires, il fut question de M, le général Trochu comme gouverneur de Paris. On examina sérieusement dans le grand Conseil les titres de M. le o-énéral Trochu ; il fut convenu presque tout de suite que le général Trochu devait avoir un commandement, que c'était un tort de ne pas lui en avoir donné un. Le ministre de la guerre fut un des plus ardent à soutenir cette opinion. Mais il fut convenu en même temps que M. le général Trochu ne paraissait pas d'une manière générale présenter les conditions que l'on désirait rencontrer chez un gouverneur de Paris ; il fut en conséquence nommé commandant du camp de Châlons ; il s'y rendit immédiatement pour aller rejoiudre l'armée du maréchal Mac-Manon. — Quelques jours après, au moment où je m'y attendais le moins, je reçois le Journal officiel à mon ministère, et j'y vois la nomination de M. le général Trochu comme gouverneur de Paris avec le contre-seing du général Palikao. C'est ainsi que j'en ai eu connaissance Je fus très- ému de cette nomination, cpmme vous pouvez penser, et à plusieurs égards. Je trouvais mauvais que M le général Trochu fût allé à Châlons solliciter de l'Empereur un commandement qu'il n'avait pas obtenu par la voie hiérarchique. Il y avait là un mauvais exemple, un mauvais procédé ; le fait était accompli, il a fallu l'accepter, nous nous trouvions en présence de la nomination de M. le général Trochu...
h; le président. — Je croyais que vous aviez dit que c'était en conseil que M. le général Trochu avait oie nommé au camp de Châlons?
m. clément duvernois. — Nous l'avions nommé commandant un corps au camp de Châlons ; il est revenu nommé par l'Empereur gouverneur de Paris. Sa nomination s'est donc faite en dehors du ministère qui était responsable. Nous en avons pris la responsabilité, c'ait vrai, puisque nous avons contresigné le décret; nous ne repoussons pas la responsabilité; le géuéral Palikao, mes collègues et moi, nous l'acceptons; seulement je veux montrer combien l'entrée de M. le général Trochu dans la place de gouverneur a été insolite dès le premier jour.
J'ai été bien autrement surpris lorsque j'ai su qu'il avait ramené à Paris les dix-huit bataillons de mobiles. A notre outrée aux affaires, notre premier acte, avant même de nous être présentés chez l' Impératrice, notre premier acte I ete d'éloiarner ces mobiles. Nous nous sommes dit : Voilà des soldats
admirables au feu, très-ardents, très- énergiques ; dans une armée, ils seront un élément excellent ; à Paris, certainement, d'après les incidents qui s'étaient produits, ils seront un élément de désordre ; au point de vue militaire aussi bien qu'au point de vue politique, la |rarde mobile doit quitter Paris. Le départ s'effectuait déjà, mais lentement ; nous insistâmes donc pour que les dix-huit bataillons quittassent aussitôt Paris, et ils partirent dans les vingt-quatre heures pour Ghâlons. Quand nous tes vîmes revenir avec M. le général Trochu, nous trouvâmes là une coïncidence qui devait nous frapper. Il avait fait plus que de les ramener, il leur avait dit une parole très-grave dans la bouche d'un général et qui devait nous étonner; il avait dit à ces mobiles qui avaient déjà donné des marques trèsgraves d'indiscipline : * Vo-re droit est d'être à Paris. » C'était donc très-inquiétant. En même temps, dès qu'il avait été nommé, et dans la nuit de son arrivée, il adressait dr ectement à la population de Paris une proclamation qu'il n'avait soumise ni au ministre de la guerre, ni au ministre de l'intérieur, et qu'il avait faite en dehors de tout le monde. On a parlé souvent, dans des conversations privées, on a parlé de pensées de coup d'État qu'aurait eues le ministère ; pour ma part, je n'ai jamais entendu parle:- de rien de i emblable ; s'il y a eu un acte qui ressemble à un coup d'État, je déclare que c'est le retour de M. le g'éaéral Trochu avec les g-ardes mobiles ; c'est le retour d'un g-énéral nommé gouverneur ma1 gré le ministère parlementaire
m. lefévre-pontalis. — Nommé par l'Empereur.
.m. clément duvernois. — Il ne s'agit pas de l'Empereur ■ M. le général Trochu a été nommé sur sa demande personnelle par l'Empereur, et sachant très- bien que le ministère responsable avait refusé de le nommer ; il est revenu à Paris à la tête de troupes indisciplinées qui avaient été éloignées de Paris dans un intérêt militaire et dans un intérêt politique ; il le savait.
m. le président. — Vous supposez donc que ce retour des troupes n'a pas été ordonné par l'Empereur ?
m. clément duvernois. — Je ne sais pas ce qui s'est passé au camp de Châlons ; je n'ai pas fait d'enquête à ce sujet. Je suis convaincu que si M. Rouher était interrogé, il fournirait à cet égard des détails très-précis.
m. le président. — Vous vous êtes servi d'un mot grave vous avez dit que c'était en quelque sorte un coup d'État commencé.
M. clément duvernois. — Parfaitement, et cous en trouverons tout à l'heure les péripéties et le dénoûment.
M. le général Trochu est donc revenu à Paris ; nous entrâmes en rapport avec lui. Je dois dire que dans le Conseil il y avait deux sentiments à son égard ; les uns avaient en lui la plus grande confiance, les autres en avaient moins, et j'avoue que j'étais des seconds. Les raisons pour lesquelles je n'avais pas confiance étaient celles que je viens d'indiquer, et les incidents journaliers qui se produisaient. Ainsi, un jour, le général venait au Conseil et nous racontait qu'il avait passé une soirée avec le sergent Boichot, et qu'il avait étudié avec lui un système de barricades très simple ; il nous disait qu'il ne fallait pas faire seulement du Sébastopol mais du Sarragosse, et que le sergent Boichot dirigerait la construction des barricades. Une autre fois, il avait vu un ancien officier de l'armée qui avait proposé d'organiser tous les repris de justice en un petit corps de troupes, afin, disait-on, d'employer pour la défense toutes les forces possibles. 11 y avait donc, ea dehors de la longueur des discours que le général prononçait au Conseil, tout ce qu'il fallait pour qu'on n'eût pas grande confiance en lui .
Un autre fait très-grave, c'est l'incident relatif à l'élection des officiers de la garde nationale. Une fraction de la Chambre avait désiré que les officiers de la garde nationale fussent élus par leurs corps ; le cabinet avait été un peu divisé sur la question et après quelques hésitations, s'était rallié à l'opinion soidisant libérale. On avait cependant fait une réserve formelle, c'est que les anciens bataillons existants conserveraient leurs officiers. On avait objecté à cela que ce serait peut-être difficile et que l'on créerait ainsi deux catégories d'officiers; on disait : la Chambre n'acceptera pas, et, dans la pratique se montreront des inconvénients. Les partisans de l'élection répondaient : Non, il n'y aura pas deux catégories ; en présence de l'ennemi il n'y a pas de démissions possibles, les bataillons de l'ordre resteront organisés tels qu'ils sont.
Qaand il s'agit d'appliquer la loi, le fait qu'on avait prévu se produisit, les anciens officiers voulurent donner leurs démissions ; on convint d'avance de ce qu'on devait leur répondre. Il y eut à cet égard une entente entre les deux personnes les plus intéressées à la question, le gouverneur de Paris et le ministre de l'intérieur. Il fut convenu que lorsque les officiers de la garde nationale viendraient chez le ministre de l'intérieur pour donner
leurs démissions, le ministre répondrait qu'ils ne pouvaient pas donner leurs démissions devant l'ennemi ; que d'ailleurs le gouverneur de Paris, qui était l'autorité principale en cette matière, refuserait de les accepter. C'était pour le mieux, car aufond,beaucoup d'officiers de la garde nationale ne désiraient pas donner leurs démissions, et du moment qu'ils se trouvaient couverts par le général Trochu qui leur disait : Vous n'avez pas le droit de vous retirer en face de l'ennemi, il n'y avait plus de difficulté. C'était une chose absolument convenue. Les officiers arrivent chez le ministre de l'intérieur qui leur tient le langage que je viens de vous indiquer, et finit par leur dire : Allez voir M. le général Trochu, il n'acceptera pas votre démission. — Ils vont, en effet, chez le général Trochu. Le lendemain matin, nous apprenons que non-seulement le général n'a pas refusé, mais encore qu'il a accepté les démissions, et qu'ainsi, d'un coup, il a désorganisé toute la garde nationale de l'ordre. Il y a eu une explication à cet égard dans le Conseil ; le ministre de l'intérieur s'est ému très-vivement, et a demandé au général Trochu les causes de sa conduite ; M. le général Trochu a répondu tout simplement que les officiers qu'il avait entendu lui avaient donné de si bonnes raisons qu'il avait changé d'avis ; le matin il avait bien partagé notre opinion, disait-il, mais le soir il en avait une autre. Ce changement eut pour résultat la désorganisation des bataillons de l'ordre.
Ainsi, on commence par nous amener les mobiles de Paris, qui rentrent en criant : « Vive la république ! » Puis on désorganise notre garde nationale!
M. le général Trochu a dit qu'avant le 4 septembre, il n'avait jamais eu de rapports avec les membres de la gauche. Il y a un fait que je veux raconter et qui vous édifiera sur ce point d'une manière complète.
Le gouvernement avait nommé un comité de défense. C'était une grosse affaire ; la Chambre désirait qu'il y eût un comité de défense nommé par elle. J'ai eu à m'expliquer devant elle au nom du Cabinet ; la Chambre voulait avoir au sein de ce comité de défense plusieurs membres qu'elle aurait nommés ; le Cabinet ne le voulait pas. Une des critiques de la gauche consistait à dire : Vous avez nommé le comité de défense malgré et contre le général Trochu ; voilà pourquoi nous voulons avoir des députés dans la commission. Je répondis : « Non-seulement le comité n'a pas été nommé contre le général Trochu, mais il l'a
été avec son assentiment. » Le comité de défense était organisé avant que M. le général Trochu ne fût arrivé à Paris ; seulement la nomination n'avait pas encore paru à l'Officiel. Dans une séance du Conseil, à laquelle M. le général Trochu a assisté, on a examiné devant lui cette question de la composition du comité de défense. Le maréchal Vaillant, qui était président, donna sa démission pour laisser cette place à M. le général Trochu. M. le général Trochu insista vivement pour que le maréchal Vaillant conservât cette présidence qui fut plus honoraire qu'effective ; il y eut à ce sujet, entre eux, un combat de politesse dans le Conseil. — Au moment où je disais donc que M. le général Trochu avait été consulté, M. de Kératry m'interrompit et me dit : « Il y a un membre ici qui sait absolument le contraire. » Je reprends très-vivement:— J'affirme que M. le général Trochu a été entendu et qu'il a été d'accord avec nous ; je suis surpris qu'on suspecte mes paroles, et je vous défie d'apporter une affirmation contraire du général Trochu!... On ne m'interrompt plus. Quelques instants après, je rencontre M. de Kératry dans un couloir ; il y avait entre nous ces rapports personnels qui existent dans les Chambres entre collègues même ayant les opinions les plus opposées. — « Mon cher ministre, me dit-il, vous avez abusé tout à l'heure un peu de la parole ministérielle, vous savez très-bien que le général Trochu n'a pas connu la composition de la Commission. » Je lui répondis : — « Je vous l'affirme de nouveau, maintenant, comme tout à l'heure. » « Comment voulez-vous que nous vous croyions, répliqua M. de Kératry, le général Trochu a dit le contraire hier soir à
Picard?»
Voilà le fait, il est grave ; pendant que M. le géEéral Trochu délibérait avec nous en conseil sur certains points, il allait trouver des membres de la gauche et il leur disait que ces points avaient été résolus malgré lui, contre lui, de manière à nous
créer des embarras dans la Chambre.
.1/. Duvernoit p. 218.
Le général Trochu avait été proposé pour remplacer le maréchal Baraguay-d'IIilliers, et, je dois le dire, il fut proposé par le ministre de la guerre. Cette proposition fut repoussée par le conseil des ministres, à l'unanimité, car le général de Palikao qui avait patroné le général Trochu, après les observations qui lui furent soumises, abandonna sou candidat.
J'avais des relations particulières avec le général Trochu ; nous avions servi ensemble en Afrique et en Crimée ; il venait me voir quelquefois au ministère des travaux publics. Un matin, il vint me trouver avec son chef d'état-major, le général Schmidt, et il me fit un exposé de principes très clair, très explicite, concernant son désir d'être employé pour la défense du pays et aussi de donner la preuve de son attachement à la dynastie. Le général Trochu connaissait mes relations particulières avec l'Empereur, et ne pouvait ignorer que les conversations que j'avais avec lui étaient immédiatement écrites à Sa Majesté. Le général Trochu reçut un commandement. Le jour de son départ pour le camp de Châlons, il vint chez moi à cinq heures du matin ; il était en uniforme, en tenue de voyage ; il me dit qu'il se rendait au poste qui lui était assigné et manifesta combien il était désespéré d'aller prendre le commandement d'une division qui lui paraissait formée d'éléments incapables de soutenir une lutte en rase campagne. Cette division était composée d'une brigade d'infanterie de marine et des gardes mobiles de Paris. Nous échangeâmes nos idées. J'étais très peu porté pour le mouvement du côté de Metz ; le général Trochu avait des idées très arrêtées sur ce point et regardait ce mouvement comme devant être funeste ; il était d'avis de rapprocher les troupes de Paris et non de les envoyer au secours du maréchal Bazaine. Après avoir échangé nos idées, il prit congé de moi et se rendit à son poste.
Arrivé au camp de Châlons, il alla trouver l'Empereur, et avec cette vivacité, cette chaleur de langage que nous lui connaissons, avec cet entraînement de la parole, de l'âme, du cœur, qu'il sait donner aux inflexions de sa voix, il représenta àl'empareur que la situation nécessitait le retour des troupes vers, Paris ; il exprima à l'Empereur que la défense de Paris lui paraissait devoir résumer la défense de la France entière, qu'il avait beaucoup songé à cette question, et il discuta avec un grand talent tous les événements qui s'étaient accomplis; enfin il montra avec beaucoup de lucidité les événements qui s'accompliraient dans les différentes hypothèses où l'on pouvait se placer. Il témoigna également à l'Empereur les sentiments profonds d'attachement qu'il avait pour la dynastie ; combien il serait heureux de concourir à la défense du pays et de prouver cet attachement à l'Empereur. Cet exposé fit beaucoup d'effet sur l'Empereur, et,malgré les rapports de l'Impératrice régenta
malgré les correspondances particulières des amis de l'Empereur, le gvnéral Trochu — pardonnez-moi cette expression vulgaire, mais qui peint la situation, — empoigna tellement l'Empereur, que malgré la régente, malgré le ministère entier, il fut nommé gouverneur et commandant en chef des troupes de Paris, et reçut l'ordiv de quitter Châlons et de revenir à Paris. Je vous ai dit tout à l'heure, que le général Trochu avait dans sa division les gardes mobiles de la Seine. Dès son arrivée au camp, il écrivait au ministre de la guerre pour lui déclarer que c tte troupe lui paraissait incapable d'aborder l'ennemi, qu'elle ne savait pas se servir des chassepots, qu'elle était, il est vrai, pleine d'énergie et susceptible de montrer un grand courage, mais que néanmoins c'était envoyer la jeunesse de P .ris à une destruction certaine, que de la mettre en rase campagne en présence des Prussiens. La lettre fut communiquée au conseil. Le général Palikao, tout en combattant les appréciations du général Trochu sur le rôle que pouvaient remplir les mobiles de la Seine, finit cependant par lui dire — (sur ce point ma mémoire e*t parfaitement exacte) — que, dans le cas où les mobiles ne resteraient pas au camp de Châlons, il lui donnait l'ordre de les diriger sur les places fortes da Nord, où ils compléteraient leur éducation militaire. Cet ordre fut communiqué deux fois au général Trochu. Dèï pon arrivée à Paris, le général alla trouver l'Impératrice; il parut ensuite au conseil des ministres ; et là, devant nous tous, il déclara au général Palikao qu'il était suivi immédiatement par les gardes mobiles de la Seine. Il tira même sa montre, et devant les objections qu'on lui faisait, il répondit : « Ces objectons ne sont pas opportunes, car, au moment où je parle, les mobiles doivent être arrivés en gare; il faut que je m'occupe de leur campement; ils arrivent, rien n'est préparé, ces jeunes gens ne peuvent rester ainsi cUns la rue ; au lieu de discuter sur la façon dont j'ai compris des ordres, il faut s'occuper de l'installation d'une troupe pour laquelle rien n'est prêt. »
Le départ des gardes mobiles avait été précédé d'un ordre du jour dans lequel le général Trochu leur faisait connaître sa vo'onté de les ramener à Paris, et cela, malgré les ordres du ministère de la guerre. Il ajoutait : « Vous étiez exposés par le gouvernement à aller pendant de longs mois, dans les l'orteivsses du nord, jouer un rôle inactif : je veux que vous défendiez
vod foyers. » il était évident que cette jeunesse était animée de
très mauvais sentiments eontre l'Empire; elle les avait manifestés à difiérentes reprises, et avait montré au camp de Châlons un esprit d 'indie cipïine déplorable. Le général Trochu, en ramenant derrière lui les garde» mobiles de Paris, s'était assuré une garde prétorienne; et dans le cas où nous aurions rejeté la décision de l'Empereur relative à sa nomination, nous provoquions dans les rues de Paris la sédition de 15,000 jeunes gens armés qui avaient leurs familles et leurs relations sur tous les points àilsi capitale.
M. Rouher nous fait connaître comment le général Trochu fat appelé à commander un des corps de l'armée de Châlons, et la déposition de M. le maréchal Mac-Mahon, reproduite en entier dans un chapitre antérieur, confirme ces faits: Elle y «joute les particularités relatives à la décision de l'empereur, qui envoya le général à Paris et consentit, non sans peine , à y faire retourner les mobiles de la Seine.
J'ai été témoin de deux particularités relatives au général Trochu ; la première avant sa nomination. J'ai été appelé au conseil des ministres et là, on a prononcé le nom du général Trochu pour le ministère de la guerre, à ce moment occupé par le général Dejean, qui remplissait les fonctions d'intérimaire.
m. le président. — C'était encore sous le ministère OUivier?
m. rouher. — Oui ; c'était la première ou la seconde séance à laquelle j'assistais. Là, on parla du général Trochu que je ne connaissais pas ou du moins que je n'avais eu l'occasion de voir qu'une seule fois, à propos du projet de loi que la grande commission militaire avait préparé à la fin de 1866, àCompiègne. On parla, dis-je, du général Trochu, comme ministre de la guerre. MM. Schneider et OUivier prirent successivement la parole, et dirent : « 11 ne peut pas être question du général Trochu; nous avons eu avec lui un entretien qui nous fait considérer son acceptation du ministère de la guerre comme impossible ; les idées qu'il a ne sont pas enharmonie avec les nôtres. Du reste, il n'en veut pas. ■» — * Mais alors le général Trochu ne peut pas rester à Paris inoccupé! » et on le nomma, — ce fut, je crois, le général Palikao, qui le jour même venait de succéder au général Dejean, — on le nomma an commandement de l'un des corps de l'armée de Châlons. C'est en arrivant à Châlons que M. le général Trochu a eu une conférence avec l'Empereur, et s'est fait nommer gouverneur de Paris.
M. llouher, p. 242
M. Chevreau raconte l'arrivée de M. Trochu à Paris, sa première audience de l'Impératrice et le fait relatif à sa proclamation et au changement qui y fut apporté.
J'étais dans mon cabinet, vers minuit ou minuit et demi, je travaillais avec mon chef de cabinet et le chef de division de la sûreté générale. M. le général Trochu entra; il était en costume militaire, suivi de son chef d'état-major et d'un aide de camp. Sa première parole fut celle-ci : * Je suis nommé gouverneur de Paris et je vous apporte le décret de l'Empereur qui me donne ce commandement. »
Je fus très-étonné ; je lus le décret ; l'Empereur mettait sous les ordres du g-énéral Trochu toutes les forces, garde nationale et armée, qui pouvaient concourir à la défense de Paris. Voyant la surprise que j'éprouvais, le g'énéral me montra une lettre que l'Empereur lui avait écrite, et dans laquelle Sa Majesté faisait appel à son dévouement et lui térnoiguait sa confiance.
Le général Trochu insista très- vivement pour que ce décret fût inséré la nuit même au Journal officiel. Je lui fis observer que c'était très difficile, qu'il me fallait prévenir mes collègues du Conseil, et en tous cas, certainement S. M l'Impératrice; que c'était un retard de ving-quatre heures qui ne pouvait pas avoir d'importance. — Il me répondit que cela avait, au contraire, une grande importance, parce qu'il précédait l'Empereur de quelques heures seulement : — « Vous vous trompez, lui dis-je; l'Empereur ne vient pas à Paris. » — Il fut très-étonné à son tour et me dit : « Je viens de quitter l'Empereur; il me suit. Mais, il y aune autre raison pour que le décret paraisse demaia. Je ramène de Châlons les mobiles de Paris; ce sont des troupes très-jeunes, tèsr-ardentes; elles ont confiance en moi, je crois même qu'elles n'ont confiance qu'en moi et dans le général l'.ertaud, qui les commande directement; il est indispensable que ma nomination paraisse au Journal officiel avaut l'arrivée des mobiles; ils lieront à Paris ce matin, entre six et huit heures. »
Je lui répondis que c'étaient des raisons que Sa Majest '■ aurait à apprécier; qu'entons cas, il fallait le contre-seing d'un ministre'; h me demanda de contre- signer U décret moi-même, .le refusai en lui disant que cela regardait le ministre de la guerre. — a Au reste, lui dis-je, allons voir l'impératrice, vous vunpliquerezavec elle. » Ncus allâmes aux ruileries; je lis prier Sa Majesté de se lever; elle nous reçut immédiatement. Le général
Trochu lui montra la lettre et le décret de l'Empereur. Il y eut un entretien très-long" entre le général Trochu, S. M. l'impératrice et moi ; l'amiral Jurien de la Gravière assista aussi à la conversation.
Le général Trochu voyait la situation sous un jour extrêmement sombre ; il ne dissimula pas que l'armée de Châlons ne présentait pas, à son avis, des éléments de résistance suffisants ; il fut très-étonné de ce que l'Empereur ne revenait point.
L'Impératrice était émue des nouvelles que le général apportait. Je me rappelle qu'elle fit appel à son dévouement dans les termes les plus chaleureux, et que le g-énéral répondit comme il devait répondre ; il donna à l'Impératrice des assurances for melles de son dévouement, et promit de faire tout ce qui serait possible au monde pour défendre Paris.
J'avais, quant à moi, une très grande coûfiance dans l'honneur du général Trochu, quoique je le connusse très peu, ne l'ayant rencontré que deux ou trois fois dans le monde. Mais j'avais toute confiance, je le lui ai dit moi-même, dans son dévouement à l'Empereur et à la dynastie impériale.
Dans le cours de cette émouvante entrevue, l'amiralJurien de la Gravière donna plusieurs fois à Sa Majesté des assurances de même nature ; il disait : « Il n'y a aucune crainte à avoir, c'est le plus honnête homme que je connaisse ; il tiendra ce qu'il promet. »
L'Impératrice me dit alors : «. Il faut que le décret paraisse, et qu'il paraisse tout de suite. »
Je ne dissimulai pas à Sa Majesté que je craignais quelques objections de la part du comte de Palikao; — « Allez vous-même le voir, me dit-elle; parlez-lui, dites-lui ce que vous venez d'enteadre et obtenez son contre -seing-. »
Je partis immédiatement pour le ministère de la guerre; je ne m'étais pas trompé, le général de Palikao fit des objections trèsvives ; il parla même de sa démission : — * Dans ce cas, lui disje, je vous suivrai. » Pourtant, lorsque je lui eus rapporté les paroles de l'Impératrice, il signa; et, autant que je puis me le rappeler, ce fut le général Schmith, le chef d'état-major du général Trochu, qui porta le décret au Journal officiel.
m. le président. — Ainsi, à propos du retour de l'Empereur à Paris, le général Trochu croyait que Sa Majesté arrivait derrière lui ?
312 HISTOIRE RÉVOLUTIONNAI II K
m HENRI chevreau. — Il me l'a dit en entrant dans mon cabinet.
il. le président. — A ce moment vous étiez déjà informé que l'Empereur n'arrivait pas.
m. hexri chevreau. — Je savais que l'Empereur avait eu la pensée de revenir à Paris, mais qu'il avait fait savoir à l'Impératrice qu'il avait renoncé à ce projet. 11 me serait impossible de dire pour quelles causes ; je les ignore.
m le comte daru. — Croyez-vous pouvoir nous donner quelques détails sur la conversation qui eut lieu entre le général Trochu, l'Impératrice et vous? Lorsque le g-énéral Trochu annonça l'arrivée de l'Empereur , l'Impératrice lui dit-elle : « Non? l'Empereur ne revient pas ! »
m. henri chevreau. — C'est parfaitement exact ; et je vous remercie de m'avoir fait cette question, parce qu'il y a un incident sur lequel il importe que l'on soit absolument d'accord ; c'est en ce qui concerne le nom de l'Empereur qui se trouvait dans la proclamation. Le fait matériel qui a été raconté par M. le général Trochu est vrai; mais je suis convaincu que son appréciation est fausse. Il a cru que l'Impératrice considérait comme un danger que le ncm de l'Empereur se trouvât dans la proclamation. Toute la conversation qui a eu lieu donne un démenti formel à cette appréciation. Le général Trochu commençait ainBi sa proclamation : « Nommé par l'Empereur, que je précède de quelques heures, etc. » Ce ne sonc peut-être pas exactement les termes, mais c'est certainement le sens. L Impératrice lui dit alors : « Il ne faut pas mettre cela, ce ne serait pas exact , l'Empereur ne revient pas. » Et alors, le général Trochu quitta le cabinet de l'Impératrice et corrigea sa première phrase. L'Impératrice n'a eu qu'une pensée : empêcher le général Trochu do mettre dans une proclamation officielle un fait faux.
M. Chevreau, p. 263.
Voici encore des détails précis sur la première proclamation du général Trochu qui fit tant d'effet et tant de mal, et sur le Conseil où ce général assista dès son arrivée à Paris.
m. le comte de rességitkr. — Vous avez dit, monsieur, que la proclamation du général Trochu n'avait pas été BOumise au Conseil. M. Trochu a dit qu'à la demande de l'Impératrice, il
avait retranché le nom de l'Empereur; il la lai avait donc soumise ?
m. clément ddvernois. — Je ne sais pas si le général a montré la proclamation à l'Impératrice, mais alors ce serait pendant la nuit. Il est arrivé à Paris le soir avec la nomination de l'Empereur. Le Conseil n'a pas été saisi. Le général Trochu est a'.lé aux Tuileries, et a causé avec l'Impératrice. Je ne sais pas ce qui s'est dit dans cette conférence, mais le lendemain matin, la proclamation était affichée sur tous les murs de Paris, et quand le Conseil s'est réuni, il n'en avait pas connaissance. Quant au fait du nom de l'Empereur enlevé de la proclamation, si je me rappelle bien, voici ce qui a eu lieu. M. Trochu avait mis dans cette proclamation ces mors: « Nommé par l'Empereur, que je précède de quelques heures. » L'Impératrice lui dit que l'Empereur ne revenant pas à Paris, on ne pouvait pas laisser subsister ces mots-là, et elle les lui fit retrancher.
Je me souviens qu'il y a eu alors au Conseil une séance trèsvive où j'ai personnellement demandé au général Trochu si, oui ou non, il était décidé à défendre l'ordre et à employer au besoin la force matérielle. Je faisais allusion aux « forces morales » dont il avait parlé dans une lettre récente. — « Oui, me répondit- il; mais vous me parlez sans cesse de l'Empereur, de la dynastie, et vous n'osez plus prononcer le nom de l'Empereur à la tribune : moi, je l'avais mis dans ma proclamation, et je ne l'ai retranché qu'à cause de l'Impératrice. » Je tenais à obtenir une déclaration formelle, j'insistais, et c'est alors que le général promit de se faire tuer sur les marches du Trône, si les Tuileries étaient envahies. Après le Conseil, j'allai trouver l'Impératrice pour lui demander pourquoi elle avait fait retrancher le nom de l'Empereur de la proclamation : elle me raconta ce qui s'était passé comme je l'ai fait tout à l'heure. Il y a donc là une imputation peu sérieuse, et j'ajoute qu'elle a un caractère regrettable de la part du général Trochu vis-à-vis d'une
femme.
M Duvernois, p. 22G.
Le général Trochu resta penlant tout le temps du Conseil, nous exposa sa situation personnelle, nous parla de l'appréciation qu'il faisait de son rôle, nous dit qu'il fixerait son traitement à telle somme, etc. ; il était inutile d'entrer dans tous ces détails. Il nous parla de sa paternité adoptive, des charges
nombreuses qui pesaient sur lui, et du dévouement qu'il apporterait à ses fonctions. Mais il ne fut question, en aucune façon, du retour de l'Empereur sur Paris, ou du retour de l'armée de Reims sur Paris. Lorsque j'ai quitté la capitale le 20 août, j'étais parfaitement ignorant des intentions qu'on avait, ou de se diriger sur Metz, ou de revenir sur Paris. D'ailleurs je n'allais pas là pour autre chose que pour la satisfaction d'un sentiment personnel. Cet incident, relatif au retour de l'Empereur à Paris, avec ou sans armée, s'est passé dans la nuit, et s'est vidé dans la nuit, tellement que la rédaction de la proclamation du général Trochu s'en est ressentie et en a été modifiée.
M. liouher. p. 245.
Cette théorie de la force morale, le général Ducrot, un ami dugénéral Trochu, la condamne lui-même, et M. Urame expose comment le nouveau gouverneur de Paris entrava la Défense nationale, pour laquelle il prétendait apporter un plan nouveau et des moyens connus de lui seul.
Le général Trochu m'avait fait souvent sa théorie sur la force morale. Il me disait que, daus son sentiment, et dans la situation qui lui était faite, il ne pouvait se maintenir que par la force morale; que le jour où il serait obligé d'en venir aux coups de fusil, en présence des Prussiens et au milieu de la démagogie armée (car M. de Bismarck avait fait entrer, dans ses calculs, la guerre civile) ; que, de ce jour, la défense était impossible, et qu'il fallait maintenir l'ordre avec la seule force morale.
A cela je répondais que la f jrce morale était une très-bonne chose; que je ne comprenais pas l'emploi de la force matérielle sans l'emploi de la force morale ; mais qu'il fallait se résoudre à appuyer la force morale par lu force matérielle quand cela était nécessaire.
Général Ducrot, p. 7.
Il est absolument nécessaire de vous rappeler que le général Trochu, parti à la tète du l?a corps, au lieu d'eu accélérer l'organisation, au lieu de devenu-, ainsi qu'on avait lieu de l'espérer, l'âme de l'entreprise, d'imprimer partout l'activité, l'enthousiasme et le patriotisme, revenait quelques jours plus tard prendre le commandement de Paris, et Qu'il avait jele l'iueerti-
tude là où l'implacable résolution devait dominer. Le temps était précieux et pouvait décider de la victoire.
Le général Trochu ne recule pas devant la responsabilité de créer une compétition de plans, il entrave la marche en avant, et détermine par ses conseils un mouvement de retraite de l'armée de Châlons vers Reims; et, outre les trois jours perdus durant cette marche, il en fait perdre trois autres. Qu'il me soit permis de rappeler encore que le général ministre de la guerre, prévoyant le cas où le maréchal Mac-Mahon serait blessé ou tué, avait choisi le général Trochu pour le remplacer.
Revenu inopinément au cœur de la capitale, ce général créait un vide qu'il fallait combler ; ce fut alors qu'on se vit forcé, au dernier moment, d'appeler le générol Wimpffen du fond de l'Algérie.
.1/. Jules Brame, p. 193.
En même temps qu'il déclarait ne vouloir user contre l'émeute que de la force morale, et qu'il rassurait ainsi d'avance les émeutiers sur la répression que ceux-ci pouvaient redouter, le général Trochu exigeait le renvoi des pompiers de province, accourus à Paris aux cris de; Vive l'Empereur! et qui y représentaient le pays lui-même, le pays qui travaille, contre les tentatives de la démagogie parisienne et cosmopolite.
Nous avions assisté, au Comité de défense, à des incidents qui ne pouvaient nous laisser le moindre doute sur le rôl eprémédité du général Trochu. Quand toutes les troupes avaient quitté Paris, on avait fait venir des pompiers. On pourrait retrouver dans les procès-verbaux du Comité de défense, la preuve de l'insistance du gouverneur de Paris pour renvoyer ces auxiliaires de Tordre, donnant pour raison l'impossibilité de les loger et l'embarras qu'ils occasionneraient.
Plus tard, pour tenir en équilibre les mauvais éléments qui étaient à Paris, nous avons eu l'idée de faire venir des gardes nationales mobiles en grand nombre. Des messages furent expédiés du ministère pour les faire arriver sans retard.
On pourrait retrouver encore, dans les procès-verbaux du Comité de défense, la preuve de la résistance du général Trochu à la venue de ces mobiles, alléguant encore l'impossibilité de les loger, de les placer dans les maisons particulières sans inconvénients pour la discipline. 11 ne voulait à aucun prix que les forces conservatrices de la province tinssent en respect les
forces révolutionnaires. Le moral du général Trochu était bien inférieur à son esprit d'intrigue ; il était extrêmement découragé et décourageant ; il apportait au Comité de défense un tel affaissement, que nous eûmes uu jour le spectacle d'une scène qui ne sortira jamais de ma mémoire. C'était peu de jours avant le 4 septembre. Le général Trochu arriva au Comité, et nous tint, comme d'ordinaire, un langage désespérant. Lui, chargé de la défense, il la déclarait impossible ! Un officier général se trouvait parmi nous ; il ne put pas y tenir, il se leva et dit ; « Mon général, tenez! Il faut que je vous dise une chose que j'ai sur le cœur. Quand je viens ici, je suis un brave soldat. Je ne suis plus jeune, mais je suis confiant dans les éléments de résistance qu'une nation comme la nôtre peut opposer à l'ennemi. Si je vois une difficulté, je cherche à la surmonter; si je rencontre une objection, je cherche à la résoudre, je crois avoir une àme bien trempée. Mais quand je vous ai écouté pendant un quart d'heure, il faut bien le dire, je ne vaux plus rien. En vérité, vous êtes président, non d'un comité de défense, mais d'un comité de défaillance. »
Ce fait, Messieurs, m'a frappé. Je regardais le général Trochu; je me disais qu'un homme, un officier, ayant le sentiment du rôle qu'il a à remplir et qui entend un inférieur lui tenir un pareil langage, ne doit pas le souffrir et doit le relever. Eh bien! l'attitude du général Trochu fut plus que modeste; il discuta son opinion, se bornant seulement à se plaindre un peu de lasévérité des termes employés à son égard. Je me rappelle que M. Thiers, qui se trouvait là, se mêla à l'incident et prononça quelques mots en faveur du gouverneur de Paris. Je cite le fait; il instruit sur le caractère d'un homme appelé à jouer un triste rôle historique. Cet incident s'est profondément gravé dans ma mémoire ; lorsque nous tombâmes du pouvoir, j'emportais la conviction que les destinées de Paris étaient confiées aux mains d'un homme incapable sous tous les rapports.
M. J. David, P- 1^7.
Nous n'avions à opposer à la population de Paris, aux gardes nationaux de récente formation et aux gardes mobiles de la Seine, que la garde de Paris et la gendarmerie.
Considérez que, depuis le 11 août, pins de cent mille fusils avaient été distribués conformément à la volonté de la Chambre,
de sorte que toute la population était armée. Il était évident que si la garde mobile se mettait en insurrection, nous n'avions pas les moyens de la réprimer. J'indste sur ce fait, car je tiens à établir qu'à partir du 17 août, le général Trochu est devenu le suprême arbitre, aussi bien des destinées du gouvernement que de la défense de Paris. On pouvait désapprouver les ordres du général Trochu, lui faire des observations, mais il est certain, je le dis franchement, qu'on ne pouvait pas le renverser; car en le renversant, on s'exposait à susciter, dans Paris, une de ces commotions profondes qu'il fallait éviter à tout prix.
.)/. J. David, p. 151.
m. antonin lefévre-pqntalis. — J'aurais une autre question à adresser à M. le baron Jérôme David. Les pompiers des différentes communes de la France ont été appelés à Paris, non pas dans une pensée de défense extérieure de la capitale, mais un peu pour l'ordre intérieur. Comment se fait-il que cet ordre ait été révoqué? Vous avez paidé de difficultés que le général Trochu aurait soulevées à cet égard. Pourquoi ces pompiers ont-ils été appelés? Pourquoi ont-ils été renvoyés?
m. le baron jérome david. — Les pompiers ont été appelés d'abord pour tenir en échec les passions politiques que nous savions agitées dans certaines régions de la société. Comme les corps des pompiers eont formés, dans les communes, de sujets laborieux, honnêtes, exercés au maniement des armes, nous pensions pouvoir nous en servir comme opposants aux agitations révolutionnaires. C'est dans cette pensée que nous les avions fait venir.
m. le président. — Pourquoi les avez-vous fait partir?
m le barqn jérqme david. — Le général Trochu se plaignait de la présence des pompiers à Paris; ils ne servaient à rien, disait-il, et il ne pouvait les loger.
M. J. David, p. 161.
Cependant le gouverneur de Paris prodiguait à l'Impératrice les protestations de sa fidélité et son dévouement.
Le général Trochu était revenu de Châlons gouverneur de Paris; il lui incombait le devoir de maintenir l'ordre dans la capitale et de faire respecter la Constitution et l'Assemblée. Mais il ne possédait plus notre confiance. Fallait-il le harceler, en faire une victime, un point de rariement pour les mécon-
tents? Nous préférâmes aller droit à lui. Sa réputation d'homme d'honneur était établie, et l'un de nous fut chargé de lui dire, au nom du Conseil tout entier : « Général, le Conseil des « ministre me charge de vous apprendre qu'il doute de votre « degré de dévouement à remplir vos fonctions ; il vous demande « de vous expliquer à ce sujet. »
Le général Trochu parla près d'un quart d'heure sans répondre à la question qui venait de lui être posée.
Le même membre lui posa de nouveau la question, en lui déclarant qu'elle lui serait posée dix fois, s'il ne répondait pas d'une façon catégorique. Alors, le général Trochu s'exprima de cette façon : « J'ai lieu de m'étonner que l'on s'obstine à poser » une telle question à un général français. En acceptant les ■» fonctions de gouverneur de Paris, j'ai dû me placer en face » de cette supposition, que la dynastie ou l'Assemblée pouras raient être menacées, et, s'il en était ainsi, je réponds, avec * ma vieille foi bretonne, que pour défendre la dynastie, je » viendrai me faire tuer sur les marches des Tuileries. »
L'Impératrice lui répondit : « Pensez avant tout à sauver la » France; je sais le sort qui peut être réservé à la dynastie. En » ce qui me concerne, je désire me retirer dignement. »
Le conseil terminé, M. le général Trochu partit avec M. Jérôme David, qui lui-même était accompagné de son secrétaire, dont j'ai oublié le nom.
Un membre. M. Lara-Minot.
m. jules brame. — C'est cela. M. le général Trochu dit à M. David en parlant de l'Impératrice et de ses dernières paroles : « Cette femme est admirable, c'est une Romaine; je suis trèsc impressionné de sa tenue, de sa conduite ; elle a tout mon défit vouement.
« Puis-je aller lui répéter vos paroles? lui dit M. David. « Certainement, » répondit le général.
Voilà des détails que je voulais éviter de donner, dans la crainte de paraître entrer dans le domaine d'une politique personnelle.
Mais, je le demande à chacun de vous, Messieurs, qu'il veuille bien se rappeler l'auréole dont était entouré à cette époque le général Trochu. Ne devait-il pas nous donnor teute sécurité après de telles paroles? Quel est celui d'entre vous qui aurait osé douter de lui? Quels sont les faits qui ont réveillé les doutes du ministre de la Cfuerre? Je l'ignore. S'il a donné diivcte.ineiit des ordres au général Soumain, l'avenir nous a appris a reoon-
naître que cet excès de précautions était fondé ; mais, en tout cas, le général Trochu devait être à son poste, et le ministère être couvert par ces précautions.
M. J. Brame, p. 201.
m. le baron de vinols. — Je voudrais que M. Chevreau voulût bien préciser dans quels termes il lui a paru que M. le général Trochu avait donné à l'Impératrice l'assurance de son dévouement. Vous nous avez dit, d'une manière assez vague, que le général avait promis qu'il défendrait Paris. Or, à ce moment, il y avait certainement, dans la pensée de l'Impératrice, deux ennemis redoutables ; les Prussiens d'abord, puis les révolutionnaires de la capitale. L'Impératrice a-t-elle fait comprendre au g'énéral Trochu que l'ordre, la paix publique, la société et, par suite, la dynastie pouvaient être sérieusement menacés dans la 'capitale, et a-t-elle reçu de lui l'assurance qu'il mettrait à défendre la dynastie le dévouement que vous avez signalé?
m. henri chevreau. — Sans aucun doute, il s'agissait des entreprises révolutionnaires; je comprends votre pensée, mais il m'est difficile de vous dire les mots mêmes qui ont été échangés; la conversation fut très-long-ue et très-expansive, elle dura jusqu'à près de quatre heures du matin. C'est après cette conversation que l'Impératrice me dit :« Il n'y a aucune crainte à avoir, il faut absolument que la nomination du général Trochu paraisse demain. Courez chez le général de Palikao, et obtenez de lui qu'il contre-signe le décret. »
Le langage de Sa Majesté et le désir qu'elle manifesta de faire paraître immédiatement la nomination du général Trochu, me semblent répondre suffisamment à votre question.
M. Clievreau, p. 205.
Maintenant, quant aux mesures à prendre contre l'insurrection, le général Trochu avait vu l'Impératrice le 4 septembre au matin, et lui avait répondu de tout en terminant par une phrase qui résumait les assurances les plus formelles de fidélité.
M. J. 'David, p. 158.
Avec le préfet de police le gouverneur avait des rapports de tous les instants et il recevait de ce magistrat tous les avis, toutes les informations qui intéressaient l'ordre publie, l'état intérieur de Paris et les agitations révolutionnaires.
M . le présidentI — Oserai-je vous demander si, dans l'intervalle des faits que vous venez de raconter, vous avez eu quelques relations avec le gouverneur de Paris. Lui envoyiez -vous des rapports? Lui demandiez-vous des ordres? Aviez-vous avec lui des relations personnelles ?
m. piétri. — Depuis que le gouverneur de Paris avait pris possession de ses fonctions, je lui adressais,, comme c'était mon devoir, tous les avis, tous les rapports qui touchaient à la sécurité publique.
H. le président. — Ainsi, dans cette journée du 4, vous l'avez prévenu régulièrement comme vous aviez coutume de le faire?
m. piétri. — Le gouverneur de Paris a reçu ce jour-là, comme les précédents, mes rapports. Voici, d'ailleurs, comme je procédais : J'envoyais des rapports à S. M. l'Impératrice, au ministre de l'intérieur, au ministre de la guerre, au gouverneur de Paris et au général commandant la place de Paris. Depuis le 18 août, au matin, jusqu'au 4 septembre, les mêmes rapports, les mêmes relations ont eu lieu.
.1/. Piétri, jo. 257.
là. piétri. — Je prie M. le président de me permettre d'ajouter que, depuis le 18 août jusqu'au 4 septembre, je n'ai pas cessé un seul jour d'adresser mes rapports au gouverneur. Outre les rapports écrits, j'allais très souvent de ma personne l'informer de ce qui se passait.
Non, le préfet de police ne s'est pas tenu à l'écart du gouverneur ; il le voyait fréquemment au Louvre; il lui adressait tous les jours le rapport général sur la situation; il lui faisait parvenir aussitôt tous les avis, tous les renseignements qu'il recevait et qu'il transmettait en même temps à l'Impératrice , aux ministres de l'intérieur et de la guerre.
M. Piétri p. 288;
Les relations du général Trochu avec le ministre de la guerre étaient moins cordiales et moins faciles, mais il n'en conservait pus moins ses attributions et ses prérogatives de gouverneur d'une place à la veille d'un siège. Après l'événement, qui pourrait blâmer les déflanOQI du général comte de l'ai kao ?
Sur cette question du commandement des troupes, il y avait tous les jours des conflits. Le général Trochu avait des pouvoirs
tellement étendus, qu'il se croyait le droit de dénier au général de Palikao la possibilité de faire sort r des troupes de Paris. Les mouvements de troupes ne pouvaient se faire que par l'intermédiaire du commandant de place, le général Soumain. Le général Trochu disait au ministre de la guerre : « Voilà les pou- « voirs de l'Empereur, vous ne sauriez faire mouvoir les troupes <t qui sont dans Paris sans me prévenir. » Or, l'idée fixe du ministre de la guerre était d'envoyer à l'armée le plus de forces possible ; vous vous rappelez qu'on le lui demandait tous les jours à la Chambre. Dans l'intérêt de la défense, le général de Palikao se croyait le droit, en sa qualité de ministre de la guerre, de disposer des troupes qui étaient à Paris et d'en jeter dehors le plus possible, sans prévenir le général Trochu. Il répondait au général Trochu : « Je ne vous conteste pas le maniement des « troupes qui sont dans Paris ; mais vous ne pouvez pas avoir « la prétention, par le fait seul que ces troupes sont dans Paris « d'en ayoir la disposition exclusive, d'en faire votre chose, votre « propriété. Ces troupes m'appartenaient avant d'arrivtr à Paris « ellei ont été placées sous votre main en qualité de gouverneur « je ne vous en dispute pas l'emploi ; mais quand on me demande * des troupes pour l'extérieur, pour les nécessités de la guerre, a quand il y a un contingent à former, je donne tout simple- « ment des ordres pour le mettre en mouvement, et je n'ai pas « à cet égard, à prendre votre autorisation. »
YuiU le conflit. Je n'ai point à me prononcer sur ce point. Je veux seulement établir comment et pourquoi le conflit existait ; il n'avait rien de commun avec l'interpellation que je viens d'entendre.
M. J. David, p. 160.
J'étais présent à la séance du conseil des ministres où le seul conflit qui ait existé entre les deux généraux a eu lieu ; j'en trouve le souvenir dans de? notes que )a commission d'enquête me permet de consulter, et je précise d'après ces notes mêmes C'est après la circulaire du général Trochu, dans laquelle il déclarait qu'il n'ententait procéder que par la force morale, c'est à la séance dans laquelle on a appris que le général Trochu ramenait avec lui 18 bataillons et 12 à 14,000 chissepots, que le général ministre de la guerre s'est indigné de la dislocation d'une a^mée qu'il s'efforçait de former, et qu'il a déposé son porte-
ooo HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE
feuille. 11 est vrai qu'il a fallu les plus vive* instances pour le lui faire reprendre.
Quant à l'Impératrice et au conseil des ministres, ce n'est pas au général Trochu qu'ils ont donné raison. Vous pouvez en juger- ils ont été profondément affligés de cet incident. Je suis certain de mes souvenirs et je crois que pas un des membres du Conseil ne me contredira.
M. Brame, p. 203.
Lorsque le général Trochu a été nommé gouverneur de Paiis, j'ai été témoin de certains dissentiments, qui se sont manifestés dans le «ein du conseil des ministres, mais qui n'ont jamais eu un caractère d'hostilité msrquée. Il y a eu là des tiraillements d'attributions. Un jour le général Trochu, à propos de l'exécution d'un espion prussien dont on ne l'avait averti que la veille, se plaignit de n'avoir pas été mis en mesure de donner un avis préalable, disant qu'on ne pouvait pas procéder à une telle exé cution sans son autorisation. Je l'ai vu une autre fois ékver, sur des questions de pouvoirs, certaines controverses, le comte Palikao insistant pour ses>opres attributions. Et puis, il faut dire tout : la proclamation du général Trochu adiessés au* mobiles nous émut beaucoup; quelques-uns de nous l'interprétèrent, dune façon a*sez vive. Il y avait là une expression que nous considérons comme malencontreuse, mise peut- être sans intention. On disait aux mobiles, dans cette proclamation : « C'est votre droit de revenir à Taris, » ou une phrase analogue. Mais tous ces dissentiments n'ont pas été a.^sez grands, à mes yeux, pour comporter des mesures de démission de la part du gênerai Trochu, ou de révocation de la part du gouvernement. Le général de ralikao était jaloux de ses attributions comme aussi le général Trochu, mais il n'y avait pas là matière à un desordre mte-
rieur- m. nôuht
Quant à la passion qui aurait dominé le général de Tal contre le gtafeal Trochu, i endant Vmgt- cinq jours, jeu , n ai pas vu l'apparence; veuillez vous rappeler sa bienveillance, à son égttPd dès le début. Si vous vous relu m .. ;, ne eroue, c *At alors aux deux généraux qu'il faut vous adre.
Lorsque se produisit l'envahissement du Corps législatif, n'écoutant que son devoir, M. Trochu avait à défendre la, reprétentation légale du pays.
Il cherche pourtant à justifier son inertie qui était de la complicité et il s'exprime ainsi qu'il suit :
J'ai plus qu'une opinion sur la journée du 4 septembre, j'ai une conviction profonde. On a cherché, dans un intérêt politique très-apparent, à donner à cette effroyable crise l'apparence d'une combinaison préparée, d'une conspiration. Oui, il y avait une conspiration, celle des événements, produisant un effet absolument semblable à celui des eaux qui, en temps d'inondation, s'élèvent subitement et envahissent la plaine, défiant toute puissance humaine de s'y opposer. La révolution du 4 septembre fut de même un fait absolument invincible et imprévu, dont la veille on n'avait aucune idée. J'avais dit au conseil des ministres : «L'empire est à la merci d'un nouveau désastre militaire » ; mais on pouvait prévoir une nouvelle défaite, non pas une catastrophe immense et sans précédent comme celle de Sedan. Tout entier aux travaux du siège de Paris, j'avais passé la journée du 3 septembre, comme les précédentes, aux forts d'Issy et de Vanves qui étaient, comme vous le savez, les points les plus dangereux du périmètre. Je n'en revins qu'à la nuit. Je passais vers sept ou huit heures du soir à cheval dans la rue Saint-DomiDique, avec mes aides-de-camp, quand le général Guiod, de l'artillerie, sortant du ministère de la guerre, courut à moi et me dit: « Oh! mon géuéral, un irréparable malheur! L'armée vient d'être enveloppée et prise toute entière avec l'empereur à Seda > ! La nouvelle en est venue dans l'après-midi; il y a dans Paris beaucoup d'agitation ! »
Voilà les prémices des événements du lendemain, 4 septembre.
J'étais si peu préparé, dans le cours de ces événements, à la pensée qu'un jour ils seraient discutés devant l'opinion et que l'opinion aurait besoin d'être éclairée à leur sujet, que, lorsque j'en ai parlé devant l'Assemblée nationale, je n'avais étudié des textes, aucun des documents écrits qui s'y rapportaient.
J'ai cru avoir rencontré quelque chose de précieux au sujet de la garde de l'Assecublée, en retrouvant la lettre dans laquelle un de mes sous-ordres, le général Soumain, m'informait qu'il avait reçu directement de3 ordres du ministre de la guerre pour
AompqtrouoeB et les placer suivant un plan de défense aS-MSKlX--**- Palais ae H,
duf & TÎSSZiïy** i» cetle lettre- ua de nos cf ègr
Apres la séance ou j bien bon
tre de la guerre, le 4 ^^^que. Le ministre de la y* lu ce discourt t *-~£é r.Sfcq a^ qu. iu.
nSSSWSï^ au sujet de la garde du Corps
: ir PIS ? ïSE !W * W5ion5 exlé-
« tieures ! * (Jownai o/yto! du 4 septembre )
Si ce précieux document n'avait pas été retrouvé , l'empire
^Tles tri ïf™ dSemolé, et une 3e les . spores de manière à ce qu'elle fût envahie I
Général Trochu, p. 278.
A une aussi piètre excuse, M. le général Palikao répond :
Beconde lois le 4 MP*?^ , ^ u.avalt pag
communiquer avec lui. Mais voici le motif de l'ordre que j'ai donné :
Je savais que M. Trochu avait beaucoup de confiance dans ses gardes mobiles. Je n'y avais, moi, aucune confiance, et j'ai là une lettre qui va vous prouver que ma défiance était bien justifiée. M. Trochu aurait pu donner l'ordre de garder l'Assemblée par ses 13,000 mobiles, qui étaient à peu près la seule force existante dans ce moment à Paris, puisque le corps du général Vinoy avait été envoyé à Mézières, pour soutenir l'aile gauche du maréchal Mac-Mahon si le maréchal avait dû soutenir un combat, ou pour battre en retraite sous Mézières.
Comme je ne voulais à aucun prix que les gardes mobiles fussent chargés de la garde de l'Assemblée, ainsi que cela aurait pu arriver, le général Trochu ne m'ayant pas consulté, j'écrivi» au général Soumain, afin que si on lui donnait cet ordre, il ne l'exécutât pas.
Voilà les motifs qui m'ont guidé, et ils étaient si bien fondés, que voici une lettre que j'ai reçue depuis peu de jours, — depuis celle que j'ai écrite au général Trochu, — d'un homme qui a eu une certaine position et qui dit avoir vu et entendu :
Orléans, 7 juillet 1872.
a Mon général,
Je crois de mon devoir de vous signaler un fait qui, arrivé le 4 septembre, prouve que vou. avez eu raison de dire dans votre lettre au général Trochu, que la présence à Paris des mobiles de la Seine devait faire naître des dangers et compliquer encore notre situation.
En effet, le 4 septembre, il y eut au camp de Saint-Maur un commencement de révolte; les nnbiles voulaient marcher sur Paris, et ca commencement de révolte ne s'apaisa que lorsque le général qui les commandait eut consenti à laisser part r six célégués des bataillons, accompagnés d'un de ses officier^ d'ordonnance. J'étais chez le général Trochu lorsqu'ils arrivèrent à la tombée de la nuit. Cet officier d'ordonnance rendit compte de sa mission à l'officier d'état-major qui se trouvait présent. Je l'entendis très distinctement dire que les mobiles voulaient marcher sur Paris, parce qu'on leur avait dit que les troupes avaient tiré sur leurs frères et qu'ils étaient délégués de leurs
camarades pour connaître la vérité de la bouche même du gouverneur de Paris. Le général Trocliu étant absent en ce moment, ils furent invités à l'attendre ; je ne sais pas ce qui s'est passé après mon départ.
Vous avez encore bien raison de dire aussi, mon général : a Personne n'ignorait alo^s la confiance que l'extrême gauche <■<■ accordait au général Trocliu. »
M. Arago y était sans doute pour quelque chose, et lorsque le général, dans son discours à l'Assemblée nationale, le 14 janvier dernier, dit qu'arrivé à l'Hôtel-de-Ville, au milieu de ces hommes qu'il voyait pour la première fois, excepté M. Jules Favre, il oubliait certainement que M. Arago lui avait fait une visite, au Louvre, entre neuf et dix heures du matin, le jour de son installation dans ce palais. J'étais dans le cabinet de service avec son chef d'état-major, lorsque M. Arago fut introduit par un huissier demandant à voir le général Trochu.
Je n'apprécie pas le fait. Je le constate.
Si ces lignes vous paraissent de quelque intérêt, mon général, vous pourrez les signaler.
J'ai entendu le rapport de l'officier des mobiles; j'ai vu les six délégués qu'il avait l'ordre de ne pas quitter.
J'ai vu M. Arago ; c'est une figure que l'on n'oublie pas.
J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, mon général, votre très-humble et très-dévoué serviteur.
Signé : Coste.
Ancien commandant militaire du palais du Louvre, lieutenant-colonel de cavalerie en retraite, à Orléans.
Cette lettre m'a été envoyée par un colonel qui est lui-mèma un homme très honorable.
Ce n'est donc pas sans raison que j'avais des défiances contre les gardes mobiles, qui avaient déjà donné au camp de Chàlons des sujets de plainte très grives, puisque le maréchal Canrobert avait été obligé de sévir vigoureusement contre aux.
néral comte de Paiik*o,pi É8B.
Le ministre de la guerre ajoute ces mots qui ferment le débat.
m. le général de palikao. — Non, il n'a pas reçu d'ordre de moi; mais, comme gouverneur de Paris, il entrait dans ses attributions d'empêcher toute espèce de désordre dans Paris. Je n'ai pas à juger le général Trochu, cependant je crois que s'il était venu me trouver dans les moments critiques, nous nous serions entendus.
Général de Palikao, p. 179.
M. Brame insiste sur cette même réflexion.
m le comte de rességuier. — M. Brame rend le général Trochu responsable de l'envahissement de la Chambre. M. Brame ne trouvera-t-il pas juste de tenir compte à ce général de la situation qui lui était faite par ]a conduite même du comte de Palikao, quand il déclarait qu'à lui seul appartenait le droit de disposer des troupes qui devaient sauvegarder le Corps législatif? N'était-il pas nat irel, de bonne discipline, de penser que le général Trochu, pour éviter un conflit d'autorité qui eût été bien regrettable en face de pareils événements, se fût abstenu de prendre un commandement qui ne lui appartenait pas et dont il ne pouvait disposer? Le comte d^ Palikao avait déclaré que c'était lui seul qui devait défendre la représentation nationale; il était naturel que le général Trochu, dans cette situation, n'ait pas revendiqué cette mission.
m. jules brame. — Vous tirez de mes paroles des conséquences que je n'en ai pas tirées moi-même. Je vous expose les faits, sans vouloir les compliquer d'une discussion. Maintenant, si je comprends bien votre question, elle s'applique à un fait particulier, savoir : l'ordre donné par le ministre de la guerre au général Soumain en dehors du général Trochu; et je vous certifie que je n'ai eu connaissance de ce fait que par le général Trochu lui-même, lors de son discours à la tribune, en mai dernier. Du reste, je le répète, en doublant le généraL Trochu du général Soumain, le premier n'était pas privé de son commandement; c'était, delà part du ministre, une précaution salutaire. La conduite de M. Trochu en est la preuve.
M. Jules Brame, p. 203.
La môme député et M. J. David disent encore :
Aux heures critiques, nous nous sommes demandé ce qu'était devenu le général Trochu. Le 3 septembre, nous avions entendu M. J. Favre, à la Chambre, demander non-seulement que le Gouvernement fut renversé, mais que « le pouvoir » — et je crois bien me rappeler ses expressions — « fût remis entre les » mains de ce g-énéral dont le nom était aimé et chéri. » Ce général devait, le lendemain, le faire vice-président du gouvernement de la Défense nationale, dont il devenait le président. Cependant nous nous rappelions que le général Trochu avait promis à l'Empereur de défendre l'Impératrice, de défendre la dynastie. Nous nous rappelions que le général Trochu avait juré à l'Impératrice « comme chrétien et comme Breton » qu'il était incapable d'un acte de « félonie. » Nous ne pouvions pas croire que nous le verrions le lendemain à la tète du gouvernement qui nous renversait. Il ne nous donna pas signe de vie pendant toute la journée du 4. Il était resté dans son hôtel et n'avait pas paru aux environs de la Chambre. Il n'avait pris aucune mesure, tandis que le maréchal Barag-uey-d'Hilliers, lorsqu'il était gouverneur commandant de Paris, toutes les fois qu'un danger quelconque menaçait la Chambre, venait au milieu de nous pour nous couvrir, et'pour donner des ordres au troupes.
M. J. David, p. 156.
Le général Trochu était tellement considéré par nous comme chargé de la défense du Corps législatif, que nous fûmes trèsétonnés lorsque, à son arrivée à Paris, il fit une proclamation dans laquelle il disait qu'il ne se mêlerait pas de politique ; que les questions politiques ne le regardaient pas ; que les manifestations politiques n'appelleraient pas particulièrement son attention. Voilà le sens de sa proclamation. Nous en fûmes émus ; nous fîmes appeler le général Trochu au conseil des ministres ; nous lui dîmes : « Vous êtes gouverneur de Paris, chargé de protéger l'Impératrice et le gouvernement, vous commandez les troupes de la capitale et vous prétendez que les agissements politiques ne vous regardent pas ? c'est inadmissible, puisque vous devez maintenir l'ordre dans dans Paris. »
L'attitude du général Trochu dans le conseil fut très-»' ses réponses n'étaient p*s de nature h nous rassurer comp] ment; puis, comme il était pressé, il dit vivement : * Je fais et
je ferai mon devoir. Je ne veux pas examiner en ce moment l'hypothèse d'un mouvement politique ; mais, si cette hypothèse se produisait, je ferais mon devoir. »
Nous avons tous cru que le général Trochu prendrait des dispositions pour la défense du Corps législatif. Il n'en fut rien.
Je raconte simplement le fait, je n'en tire pas de déduction.
Le général Trochu était nommé gouverneur de Paris par l'Empereur; il commandait les troupes le 4 septembre au matin; le sot, il était président d'un nouveau gouvernement. Voilà les faits ; ils parlent d'eux-mêmes.
M. J. David, p. 159.
m. le baron jérome david. — Il n'y a aucune contradiction entre ce que vous dites et ce que j'ai eu l'honneur de vous dire tout à l'heure. Nous n'avons donné des ordres, le 4 septembre, que quand nous nous sommes aperçu qu'aucune mesure n'avait été prise par le 'général Trochu pour la sûreté du Corps législatif.
M. J. David, p. 1G0.
En envoyant des troupes à l'armée selon le désir de la Chambre, nous appelions des départements toutes les forces disponibles pour défendre la capitale. On avait appelé la gendarmerie départementale, mais cette troupe peu exercée à la guerre des rues, aurait ouvert ses rangs, dit-on, à la garde nationale, lors qu'elle l'a vue arriver tambour battant, croyant qu'elle venait défendre l'Assemblée. La garde nationale a-t-elle passé au moyen de la lettre dont je vous ai parlé plus haut? En tous cas, l'amour-propre le plus profondément blessé ne devait pas empêcher le général Trochu d'être à son poste, le 4 septembre, comme s'y trouvait le maréchal Baraguey-d'Hilliers, le 10 août, et toujours, lorsqu'il y eut des mouvements qu'il sût maintenir par sa présence au milieu des groupes.
M. Brame, p. 202.
m. le comte de REssÉGLTER. — Le général Trochu vous répond : Je ne devais pas y être, puisque le comte de Palikao revendiquait pour lui seul le droit de défendre l'Assemblée.
m. jules brame. — Le général Trochu était nommé Gouverneur de Paris par l'Empereur en dehors Uu ministre de la guerre,
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Le général Trochu avait donné au ministre de la guerre et au Conseil des ministres de graves motifs de suspicion.
Peut-on reprocher à ce dernier d'avoir pris de doubles précautions ? Dans des circonstances aussi solennelles le général Trochu pouvait-il hésiter entre son devoir, son serment, et un froissement d'amour-propre ?
M. Brame, p. 203.
m. le comte de RESSÉGUiER. — Vous avez dit que si M. le général Trochu avait été là où il aurait dû être, on aurait évité le 4 septembre.
m. jules brame. — Parfaitement, et je le soutiens, pour Paris au moins. Le 10 août, à une époque où l'émotion était grande, par suit i des nouvelles des désastres de Wissembourg, Forbach, Reischoffen, où nos armées étaient ramenées de nos frontières jusqu'à Châloas, en ce qui concerne le maintien de l'ordre intérieur, le maréchal Baraguey-d'Hilliers parcourait les groupes, et malgré ses soixante dix-huit ans et avec son bras de moins, il maintenait tout par son attitude seule ; si le général Trochu eût agi de même, le résultat eût été identique.
M. Brame, p. 203.
m. le baron jérome david. — Surlj< premier point, la décision à prendre pour la défense de la Chambre, l'Impératrice nous a dit : « J'ai vu ce matin le général Trochu, nous sommes à sa disposition, mais il faut compter sur lui; nous le pouvons, je crois à ce qu'il m'a promis. »
M. J. David, p. IjS.
Mais si décisives et si convaincantes que soient ces déclarations, elles le sont moins encore que les faits avérés. M. Trochu recevait depuis le 17 août, les chefs de la gauche; il l'a nié depuis, mais M. J. Favre l'a convaincu d'ère ur; on l'attendait à l'Hôtel-de-Ville et M. Claiz-Bizoin a eu l'honneur de l'y conduire. Le général n'a mis qu'une condition à l'oubli de .son devoir et de ses serments, c'est qu'il présiderait le gouvernement et que M. Favre lui céderait ce poste. L'un et l'autre étaient dignes de l'occuper
M. LE PRÉSIDENT SAINT-MABC-C.IBAUDIN. — VOUS aV6Z dit que vous pensiez bien, en sortant de la chambre, le I septembre, que vous rencontreriez le général Trochu.
m. le comte de KÉRATRY. — Oui, mon opinion est faite, à ce sujet-là.
m. le président. — Vous pensiez donc qu'il viendrait à la Chambre?
m. le comte de kératry. — Je ne savais pas les engagements du général avec la Couronne ; mais j'étais convaincu que, dans la situation d'esprit où il était, préoccupé surtout du sentiment de la défense nationale, j'étais convaincu que le général Trochu ne voudrait pas compliquer la situation, et qu'il ne prendrait part au mouvement que dans l'intention de l'endiguer. Je m'en réfère à la conversation que les délégués avaient eu avec lui, et dans laquelle il leur avait dit qu'il ne voulait pas s'occuper de politique.
M. de Kératry, p. 656.
J'étais, en effet, au bras de M. Jules Favre quand nous le rencontrâmes sur le quai, venant à cheval, suivi de quelques officiers d'état -majors. M. Jules Favre lui dit : « Général, il n'y a plus de Corps législatif, le Corps législatif est complètement dissous ; nous allons à l'Hôtel-de-Ville; veuillez aller au Louvre, nous aurons l'honneur de vous y faire prévenir. »
M. le général Trochu rentra au Louvre.
M. Ferry, p. 381.
Lorsqu'on eut proclamé le gouvernement de la Défense nationale, je fus chargé d'aller trouver le général Trochu. J'allai chez lui et le fis demander ; il vint; je lui expliquai l'objet de ma mission; il réfléchit. Je lui dis : « Général, H n'y a pas un instant à perdre; il faut que vous veniez sur le champ à l'Hôtelde-Ville ; votre présence y est nécessaire ; nous venons vous demander votre concours; vous avez une autorité qui pourra contenir la population de Paris. »
Le général resta immobile pendant quelques instants. Je pris de nouveau la parole, et je lui dis : « Général, il n'y a pas de réflexion à faire, il faut partir. »
11 me regarda avec une certaine émotion, prit son chapeau et nous descendîmes. Il entra avec moi dans la voiture qui m'avait conduit et nous partîmes pour 1 Hôtel-de-Vîlle. Au moment où nous sortions, nous famés aperçus par un bataillon de garde nationale, qui nous acclama. Nous rencontrâmes presque immédiatement après, le groupe de Rochefort, qui avait déjà traversé
3 11 HISTOIUI-: RÉVOLUTIONNAIRE
la place. On avait mis Rochefort sur une espèce de char surmonté d'oriflammes. Je dis à mes collègues : « Je vous amène 1^ g-énéral Trochu qui est très-populaire et qui balancera l'influence de Rochefort. »
On s'est trompé, je le répète, quand on a dit que c'est M. Steenaekers qui a amené le g-énéral Trochu à l'Hôtel-de- Yille; c'est moi qui ai été le chercher et qui l'ai ramené dans ma voiture.
.)/. Glais-Bizoin, p. 611.
Lorsque le g-énéral Trochu vint à l'Hôtel-de-Ville, on lui demanda s'il voulait faire partie du g-ouvernement. Il répondit: « Je ne puis faire partie du g-ouvernement que si vous me donnez la présidence. » C'était la condition du g-énéral. M. Jules Favre s'effaça et le g-énéral Trochu fut comme président du g-ouvernement de la Défense nationale.
M. Garnier Pages, p. 442.
Pour résumer les faits qui précèdent, nous ne pouvons mieux faire que de donner ici le passage de la déclaration de M. Brame, où la loyauté de cet homme de cœur fait le tableau rapide et fidèle des actes du général Trochu,
Le g-énéral de Montauban, dèsle commencement de lag-uerre, le 16 juillet, réclame un commandement à l'armée active ; il le réclame de nouveau dès le 6 août.
Il est appelé au ministère de la g-uerre, il arrive et produit les résultats que vous connaissez.
Quant au g-énéral Trochu, je vais simplement procéder par des faits sans commentaires.
Il reçoit un commandement en chef dans l'armée active ; et en dehors de celui qui l'a nommé, dont il connaît les projets, il revient g-ouverneur de Paris, et renverse ainsi les combinaisons qui avaient été concertées d'abord. C'est un fait.
Sans ordre, il ramène avec lui dix-huit bataillons de gardes mobiles destinés à l'armée que cette mesure pouvait compromettre. C'est un fait.
Il ramène également dans l'intérieur de Paris, avec ces mobiles, 1 1,000 fusils Chassepot, affaiblissant de nouveau l'année. C'est un l'ait.
Il dit à ces mobiles, contre tout précédent militaire, contre tout respect de la hiérarchie :
c Vous avez le droit de revenir à Paris. » C'est un fait.
En dehors de toute entente avec le ministère, il fait afficher une proclamation, où il avertit les citoyens que, pour maintenir toute agitation, il entend ne se servir que de la force morale. C'est un fait.
Devant le Conseil des ministres assemblés, il renouvelle, dans les termes les plus chaleureux, son serment de fidélité. On sait comment il l'a tenu. C'est un fait.
Le moment du danger arrivé, chacun est à son poste, ministres et députés. Lui seul n'y est pas. C'est un fait.
Des questeurs et des députés vont le solliciter d'arriver au plus tôt. Il fait attendre les uns , répond évasivement aux autres, et ne vient pas à l'Assemblée. C'est un fait.
Cependant six députés, dont je vous ai donné les noms plus haut, à l'heure où le général prétendait que l'encombrement l'empêchait d'arriver jusqu'à nous, se transportent du Corps législatif au château, et reviennent du château au Corps législatif. C'est un fait.
Puis, au dernier moment, nous assistons au plus attristant spectacle, sans exemple jusqu'à ce jour dans l'histoire de notre nation ; un homme se lève général-gouverneur de Paris, ayant prêté serment à un gouvernement, et, sans être relevé de sa parole, il se couche chef d'un autre gouvernement.
M. Brame, p. 210.
Le châtiment d'une telle défection ne s'est pas fait attendre, et nous verrons, dans la suite de ce livre, ce que l'enquête nous apprend sur le gouvernement de M. Trochu, sur ses complaisances pour la plus basse démagogie, sur son impéritie à commander, sur la juste impopularité qui l'atteignit, pour aboutira ce discrédit dont nous sommes les témoins, pour affronter un procès en Cour d'assises où une voix éloquente a réuni sous la même qualification le nom du gouverneur de Paris, nommé par l'Empereur, le 17 août, qui était, le 4 septembre, le chef du pouvoir révolutionnaire et c lui du dernier ministre de François II, de Naple3, Liborio Roraano, celte rare figure de tra't<-e, comme l'a dit l'évêque d'Orléans.