‹ Histoire révolutionnaire contemporaineChapitre 34 sur 92 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Le -1 septembre a rotnpxx nos alliances , désorganisé la défense, et livré la France à la démagogie,

Premiers effets de la journée du 4 septembre en ce qui touche la défense nationale. — Travaux de fortifications arrêtés. — Relations internationales rompues. — Alliances perdues. — désordres intérieurs. — Résultats du * septembre. — Cette journée n'est pas l'œuv e des ouvriers qui y sont restés étrangers, mais d'un groupe parle nentaire et d'une fraction de la bourgeoisie.

Pour échapper à la réprobation qui les frappe, les hommes du 4 septembre prétendent que leur action a préservé la France de la démagogie et qu'elle a eu pour effet d'accroître la résistance à l'invasion.

Nous avons déjà vu que le premier résultat de la révolution fut la désertion des chantiers de Montretout. Les fortifications commencées sur ce point et à Châtillon, firent défaut à la défense et l'investissement put être complet.

Au point de vue de nos relations extérieures, les déclarations du duc de Gramont ne hissent aucun doute sur ce point que l'Empire eût obtenu des alliances et des sympathies agissantes qui se sont refusées à la république. Nous donnons sur ce point la déclaration suivante de M. Jules Favre et de M. Chevreau, et nous rappellerons au lecteur la lettre si noble et si touchante de l'Impératrice exilée et les démarches de nos ambassadeurs à Saint-Pétersbourg et à Constantinople, déjà démissionnaires, mais usant de leur influence peur le pays qui subissait un gouvernement de hasard.

M. le comte daru. — Avez-vous 1 ii un article de journal que voici ? Cet article raconte que M. Jules Favre, en prenant possession du ministère des affaires étrangères, le 5 septembre, a

trouvé une note du général Fleury annonçant les bonnes dispositions de l'empereur de Russie pour la France, et le désir de l'empereur Alexandre, qu'un traité stipulât les indemnités financières qui pourraient être accordées, sans concession territoriale. Le gouvernement russe paraissait disposé, alors, à intervenir dans ce but.

Si nous n'avions lu cette nouvelle que dans un journal, nous ne vous en parlerions pas. Mais il y a quelques jours, dans d'autres dépositions, des témoins ont affirmé l'existence de cette dépêche. Il paraît que le prince de la Tour-d'Auvergne en aurait même parlé.

Avez-vous eu connaissance de cette dépêche ?

m. jdles favre. — Il faut que l'on m'ait supposé bien peu de

bon sens Si la Russie avait envoyé une note pour appuyer

ce que j'ai toujours été prêt à accepter, la paix avec une indemnité, — car, lorsque je suis allé trouver M. de Bismarck je lui ai dit que la France était prête à payer une indemnité de guerre; — si j'avais trouvé une note semblable, moi qui réclamais sans cesse de la Russie ce qu'on a supposé qu'elle a fait spontanément, je n'aurais pas refusé un pareil secours. Mais toutes mes notes existent encore ; il est facile de voir que je n'ai pas reçu celle dont il est question. C'est une pure fable, et rien de plus. Je n'ai pas le droit de prouver sa fausseté, puisqu'on ne peut prouver un fait négatif : mais je n'ai rien vu de semblable, et quand je me suis mis en rapport avec la Russie, elle m'a refusé son appui, tandis que d'autres puissances me l'ont accordé. Ainsi, l'Autriche, mais surtout l'Italie, l'Espagne et la Turquie m'ont proposé plusieurs fois d'aller au quartier-général pour y intervenir en notre faveur. Mais tant que je n'avais pas avec moi l'une de ces deux puissances qui s'appelle l'Angleterre et la Russie, toute démarche était inutile, je me serais fais fait moquer de moi, et M. de Bismarck n'aurait même pas reçu les délégués de ces quatre puissances. Aussi, n'ai-je pu profiter de leur intervention.

m le président. — N'avez vous pas eu quelques rapports avec M. le prince de la Tour-d'Auvergne?

m. jules favre. — Oui, Monsieur le Président. Il s'est exprimé avec moi dans des termes très-affectueux. Je n'avais pas l'honneur de le connaître et je ne l'ai vu que cette fois-là. M. de la Tour- d'Auvergne m'a dit que la Russie ne s'était pas engagée par un traité (il disait la vérité puisque cela s'est vérifié plus

tard), mais qu'il croyait qu'elle interviendrait pour empêcher l'Autriche d'agir. Il ne m'a parlé en aucune façon de la note dont il est question.

m. le comte daru. — Elle n'a donc pas existé !

m. jules favre. — Je puis affirmer que c'est une fable. Car les échanges diplomatiques que j'ai eus avec la Russie ont été de telle nature, qu'ils sont exclusifs de cette pensée de secours qu'on lui a prêtée à tort.

m. le président. — Puisque vous avez vu le prince de la Tour- d'Auvergne, si cette note avait existé, il vous en aurait probablement parlé.

m. jules favre. — C'eût été son premier soin.

M. callet. — Du reste, M. Thiers est allé plus tard à Saint- Pétersbourg, et si la Russie avait envoyé cette note, il se serait entendu renouveler cette proposition d'intervention.

M. le comte daru. — La note paraît être antérieure au 4 septembre. Or, depuis cette époque, les événements survenus ont pu changer les dispositions de la Russie.

il. Jules Favre, p 316.

m. chevreau. — Messieurs, si j'éprouve une certaine émotion en vous parlant de ces douloureux événements , c'est que je suis convaincu, en dehors de toute question personnelle, de toute question de dynastie, que le 4 septembre est le plus grand malheur qui ait pu frapper la France. Après Sedan, il n'y avait qu'un moyen : la paix, douloureuse à coup sûr, mais enfin elle sauvait nos provinces de l'Est. Nous perdions deux milliards, peut-être trois, ce qui importe peu, en comparaison du reste , et nous conservions la plus grande partie du territoire qu'il a bien fallu céder après une résistance héroïque, mais impossible, et de nouveaux désastres. Si je m'exprime ainsi, c'est que je suis certain qu'après le 4 septembre, un gouvernement régulier pouvait atténuer nos malheurs. Je me rappelle, en effet, que dans la journée du 3, plein d'inquiétudes, j'allai faire part de mes angoisses à mon collègue des affaires étrangères, le prince de la Tour-d'Auvergne. Je crains bien, lui dis-je, que notre rôle militaire ne soit fini et que celui de la diplomatie ne doive commencer. Le prince me répondit qu'il partageait mes impressions, mais que d'après ses renseignements, il croyait pouvoir compter sur une médiation de l'Europe, et il me donna des

raisons que je trouvai péremptoires, mais qu'il serait trop long de développer ici. Je veux pourtant vous citer un fait. On peut mettre en doute les appréciations, dire que les espérances étaient chimériques, mais les faits s'imposent ; ils sont ou ils ne sont pas, et quand ils sont, il est impossible, même à la mauvaise foi, de les discuter et de les nier.

Eh bien ! immédiatement après le 4 septembre, notre ambassadeur h Constantiaople, quoique démissionnaire, prit l'initiative d'une démarche qui lui fait, à mon avis, beaucoup d'honneur. Il se rendit auprès d'Ali-Pa?ha, lui peignit notre situation et lui demanda si la Porte ne voudrait pas s'entremettre en faveur d'une médiation. L'éminent homme d'Etat auquel il s'adressait, avait en Europe une autorité considérable ; il la mit toute entière à notre service. Savez-vous, messieurs, ce qu'on jui répondit unanimement, de toutes les chancelleries : Qu'il n'y avait pins en France de gouvernement régulier, que toute intervention diplomatique devenait impossible.

H. Chevreau, p. 274.

La prétention qu'ont les hommes du 4 septembre d'avoir préservé la France de la démagogie n'est pas mieux justifiée. L'enquête et les citations que nous lui empruntons prouvent que le 4 septembre a eu pour conséquence naturelle et nécessaire le 31 octobre, et que le 31 octobre a fatalement produit le 18 mars. Nous allons voir que le désordre a été permanent à Paris aussitôt après la révolution, que le règne de la loi a cessé et qu'il a fait place à la domination et à l'arbitraire des plus audacieux et des plus violents.

De plus, il est constant que le 4 septembre est l'œuvre de la gauche parlementaire et non celle des faubourgs, et que le succès de cette journée amena aussitôt les prétentions de la plèbe radicale. C'est là ce qu'établissent les déclarations suivantes, contrairement à celle de M. Thiers, que nous avons placée avant les autres, et qui, sur ce point comme sur tant d'autres, est en dehors de la vérité.

Quoi qu'en disent les partisans de l'empire déchu, si la gauche qui, depuis quelques jours, n'agissait qu'à la tribune, ne s'était pas portée à l'Hôtel-de-Ville, le pouvoir, dès ce jour même, eût passé aux mains de la Commune, et Dieu sait ce qui serait arrivé ! Sans doute ce qui est arrivé a été bien triste, mais si la Commune s'en était mêlée dès le premier jour, les résultats auraient été plus affreux encore, car l'ennemi victorieux, provoqué par des violences inouïes, se serait porté peutêtre aux deruières extrémités de la guerre.

M. 1 hier s, p. 18.

Je ne dis pas que l'Internationale n'ait pas été pour beaucoup dans les menées révolutionnaires qui ont précédé le 4 septembre. Mais il ne faut pas s'y tromper, ce n'eï«t pas elle qui est à la tète du mouvement du 4 septembre, c'est plus haut qu'elle qu'il faut chercher pour trouver la direction.

M. Ansarl, p. 186.

il. callet. — Pensez-vous que les hommes qui, le 4 septembre, se sont rendus à l'HôM-de-Ville pour se constituer en gouvernement, étaient au nombre des meneurs des sociétés révolutionnaires, socialistes et communistes*, en ce sens qu'ils auraient eux-mêmes préparé le complot qui devait éclater à heure fixe, ou bien auraient-ils é'é plutôt poussés ? Nous inclinons à penser qu'ils ont été en quelque sorte les bénéficiaires par nécessité de la révolution ?

m. mouton. — Je crois qu'ils voulaient se servir des membres de ces associations, ils partageait leurs idées, au moins en apparence. Pour en avoir la preuve, il suffit de se repoiter aux réunions électorales de 1869. Paitout où M. Jules Simon se présentait, il disait : « Il n'y aura de liberté pour lepeup'e que lorsque chaque citoyen aura un fu il pour se défendre, comme il a ua bulletin de vote pour affirmer son droit. *

Dan? toutes ces réunions, on professait hautement la séparation de l'Eglise et de l'Etat, e' vous savez, Messieurs, ce qu'on entendait par là. Il ne s'agissait pas de laisser l'Eglise libre avec sa dotation indépendante, il s'agissait de la spolier et de l'empêcher d'acquérir, de lui enlever la subvention de l'Etat et le droit de posséder.

Dans une réunion privée chez Budaille, où nous avions des agents, le fameux Brio- ne po-a cette question à M. Jules Simou : « Citoyen, êtes -vous candidat démocrate socialiste ? »

A quoi M. Jules Simon répondit : « On me demande si je suis communiste! (Ce n'était pas cela qu'on lui avait demandé). Non, mille fois non !

» On veut savoir si je suis socialiste. Si par socialiste on entend un homme qui désire voir réorganiser la propriété, et organiser le travail, oui, je suis Socialiste. »

Alors r>riosne, qui prêchait oiu ertement la liquidation sociale, dit: « Citoyens, vous avez entendu ! Je n'étais pas, je l'avoue, partisan du citoyen Jule^ Simon, je n'étais pas résolu à

voter pour lui, mais après la déclaration qu'il vient de faire, je l'accepte comme candidat démocrate socialiste de la 9e circonscription. »

Voilà ce qui s'est passé en 1869. Les journaux, à cette époque, l'ont publié sans être contredits.

M. Mouton, p. 33.

Nous étions fatalement amenés à voir après la révolution une contre-révolution. Il en sera ainsi tant que les révolutions se feront par surprise ou par force et qu'elles ne seront pas le résultat d'une révolution pacifique.

Le soir du 4 septembre, on n'avait pas encore installé le gouvernement, que déjà les groupes se formaient et qu'on disait : « Prenons garde au socialisme, » et que les socialistes se disaient : « Surveillons la réaction. » Prenez deux hommes pacifiques, n'ayant aucun motif de s'en vouloir, mettez les face à face avec une canne et dites à chacun d'eux que celui qui est en face de lui est son ennemi, s'ils ne veulent pas causer ensemble, ils se donneront des coups de canne.

M. Fribourg, p. 569

Je blâmai le 4 septembre ; je trouvai qu'on avait eu tort ce jour-là de proclamer la République sans le consentement du pays entier, et j'ai dit à M. Gambetta quels étaient mes motifs pour penser ainsi.

Je ne me bornai pas seule aient à le dire devant mes amis, je l'écrivis et je le publiai. Je trouvai assez de résistance à ce moment-là; cependant il y a un article du Temps qui rappelle que M. Vautrain vient d'écrire au Ministre pour lui faire connaître qu'il n'accepte pas les fonctions de préfet : « M. Vautrain a fait connaître au Ministre de l'Intérieur les motifs qui l'empêchaient d'accepter ces fonctions. »

M. Vautrain, p. 270.

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