CHAPITRE XXIII
Les xu.ais.-es d.o F»aris pendant le siège.
Nomination des maires de Paris au 4 septembre. — MM. Arago, Floquet et Gambettale choisissent — Opinion de M Vacherot sur ces ch ix — Elect ons des maires. — Leurs empiétements — Leur insérence dans les questions les plus étrangères à l'administration municipale. — Attributions de la mairie centrale. — Réunions des maires et des adjoint*. — Tendances de ces réunions — Mal qu'elles ont fait. — Comités de résistance et d* surveillance dans les mairies. — Bombes orsioiennes fabriqnées par les soins de certains maires.
L'institution si respectés et ai tntêlaire des maires de Paris ne pouvait échapper aux passions révolutionnaires, et les hommes du 4 septembre ne virent rien de plus urgent que de désorganiser un personnel où la population laborieuse trouvait des hommes tels que M. F. Lévy et tant d'autres, toujours prêts à la servir et à travailler pour elles.
MM. Arago, Floquet et Gambetta se disputent l'honneur des choix qui furent faits.
Mon premier soin a été de constituer les mairies. Tout le monde y amis 1* main; chacun des membres du gouvernement de la Défense nommait certaines individualités, à sa connaissance ; j'y ajoutai quelques noms et les mairies furent ainsi constitué^ s, on peut le dire, par tous les membres du gouvernement. Du reste, ce ne fut pas seulement ce jour-là, que furent formées les mairies ; le lendemain, il y eut des corrections à faire ; certaines personnes qui n'avaient pas été consultées refusèrent d'en faire partie, et ce fut fâcheux.
Un membre. — C'est vous seul qui avez signé le décret nommant les maires?
m. Etienne arago. — Je ne m'en souviens pas.
Le même membre. — Voici ce décret :
« Le maire de Paris nomme pour maires provisoires tel et tel, et les invite à choisir leurs adjoints.
« Signé : Etienne Arago, maire de Paris, Floquet et Henri Brisson, adjoints. »
m. Etienne arago. — Gela se peut, et j'accepte la responsabilité de ce provisoire.
Un membre. — Qui avait nommé vos adjoints?
II. Etienne arago. — C'est moi qui ai choisi les deux premiers : MM. Floquet et Brisson. Les membres du gouvernement m'en désignèrent un troisième, M. Durier, que j'acceptai de grand cœur.
Un membre. — On a dit que M. Gambetta avait nommé les maires, et cependant la pièce officielle est signée de vous seul ; je désirerais savoir si vous avez eu des rapports avec M. Gambetta pour ces nomination?.
m. Etienne arago. — Ce n'est pas M. Gambetta qui a dit de son autorité privée : « Telles personnes seront maires ; » je le décharge de cette responsabilité. Comme tous les membres du gouvernement, il a désigné certaines individualités à lui connues. Ainsi, par exemple, M. Mottu fat très viveme°,t appuyé le lendemain par les membres du gouvernement. Mais je dois ajouter que quand certains abus d'autorité commis par M. Mottu me décidèrent à le destituer, ces membres du gouvernement furent loin de s'opposer à cet acte de justice.
M. Etienne Arago, p. 533.
Pour remplacer les maires de l'Empire, nous choisîmes dans toutes les nuances de L'opinion républicaine. La confe< Lion de cette liste nous prit toute la journée du 5 et celle du (>. Nous avions pris tous les renesig'nements nécessaires en pareille matière. Le 6 au soir, ceite liste fut soumise par nous au ministre de l'intérieur, qui la ratifia et nous la finies afficher. Le lend main, nous apprîmes que le gouvernement s'était fort emu de
ces nominations, et que plusieurs membres étaient d'avis de conserver les anciens maires.
MM. Etienne Arago, Durier, qui n'est resté adjoint que quelques jour^, et moi, nous eûmes, à cette occasion, une conférence avec le conseil de gouvernement. L'un de ces membres nous dit :« A quoi bon changer les maires d'arrondissement qui ne sont que des officiers de l'état civil? » Nous répondîmes que, dans la situation exceptionnelle où nous nous trouvions, à la veille d'un siège probable, les maires auraient forcément à s'occuper de l'armement, de l'habillement, de la nourriture, des ambulances, etc., de tout ce qui intéresserait la vie d'une population privée de toutes les ressources ordinaires de la vie sociale. «Les habitants iront dans leurs mairies réclamer des secours, du travail, toutes les protections en un mot. S'ils ne trouvent dans leurs municipalités que des magistrats sans autorité sérieuse, ils iront plus loin et monteront jusqu'au gouvernement. Il s'agit, dis-je enfin, de savoir si vous voulez centraliser ou décentraliser l'émeute de la faim ? »
Nous déclarâmes, d'ailleurs, que nous ne pouvions accepter la responsabilité de l'administration municipale si on nous enlevé it les collaborateurs que nous nous étions donnés. Le Gouvernement se rendit à ces raisons et force resta à la liste des maires que nous avions choisis.
M. Floquet, p. 281.
m. le comte de rességuier. — Pour les maires de Paris, est-ce vous seul qui avez fait les choix, ou est-ce le gouvernement?
m. gambetta. — C'est le gouvernement tout entier, mais sur ma proposition, et je n'en récuse pas la responsabilité.
m. le comte de rességuier. — Un certain nombre de ceux que vous aviez choisis se sont retrouvés le 18 mars.
m. gambetta, — Ptrmettez-moi de vous dire que si j'avnis eu la puissance de convaincre mes collègues, ce n'est pas des maires que j'aurais nommés, c'est un conseil municipal que j'aurais fût élire ; d'abord, nous nous serions ainsi mis d'accord avec nous-mêmes ; et ensuite, il faut bien reconnaître qu'il n'y a pas d'autre moyen de gouverner que de faire une place, dans la vie publique, en constituant une municipalité à Paris, aux éléments qui ont constitué plus tard la Commune de Paris ; or.
comme je le disais, de deux choses l'une : ou ils y seront à l'état de minorité résignée, auquel cas il n'y a pas de péril ; ou ils y seront à l'état de minorité factieuse, et alors vous les traiterez comme il convient. C'est là une question politique.
m. te comte de rességuier. — Il est constant qu'un certain nombre de maires nommés le 4 Septembre, se sont retrouvés dans les troubles de la Commune.
m. gambetta. — C'est normal ; ce qui est anormal, c'est qu'il n'y en ait pas eu davantage'.
M. le comte de rességuier. — C'est vous qui les avez choisis; c'est vous qui en avez la responsabilité.
m. gambetta. — Je ne la décline pas, parce qu'il est impossible de gouverner Paris avec des hommes qui lui sont antipathiques ; il lui faut des hommes sympathiques ; seulement il est nécessaire que celui qui est à la préfecture de la Seine soit un homme énergique. Alors, au lieu d'avoir un danger à combattre, on a un frein dans les mains. Toute la question politique est de vivre avec ces éléments qui ne se suppriment pas plus par la force que par la pensée.
m le comte de rességuier. — Tout ce que vous dite s là s'applique à l'élection, non -seulement à Paris, mais, ailleurs et ne s'applique pas à des nominations.
m. gambetta. — Al* nomination aussi. Du reste, j'ai convoqué les électeurs, j'ai préparé les listes électorales, et j'ai fait une proclamation à la ville de Paris; les élections n'ont pas eu lieu, mai:; j'eu décline la responsabilité ; vous trouverez au Journal officiel une note dans laquelle il est dit que c'est sans l'aveu du miaistre de l'intérieur que les élections n'auront pas lieu. Je crois que si elles avaient été faites, on n'aurait pas eu le 31 octobre, et la défense intérieure aurait marché avec una toute autre vigueur.
M. Gambetta, p. 5?3.
m. le président. — lia responsabilité de ces choix appartient donc à M. Etienne Arago, qui, d'ailleurs, l'a revendiquée comme vous?
H. floquet. — Oui, monsieur le président.
M. Ftoqvut, p. 282.
Les nominations ainsi faites sont jugées par divers témoins, dont voici les déclarations :
Je lus un jour, dans le Journal officiel, la nomination des maires. Fort surpris, car je n'avais pas vu que le Gouvernement eût été saisi de cette question importante, je portai le journal au conseil. Quoique je ne fusse en réalité, à Paris, que le directeur des affaires militaires, auxquelles je consacrais quinze heures sur vingt- quatre, je suivais cependant de mon mieux les affaires politiques, et celle dont il s'agît me paraissait énorme.
— « Comment, dis-je au conseil, les maires de Paris ont pu être nommés sans l'intervention du Gouvernement? C'est un grave manquement à toutes les règles, même à la bonne foi; et quoique, en présence des événements qui m'ont amené ici, je sois absolument résolu à ne jamais donner ma démission, quelles que soient les amertumes que je sois exposé à rencontrer, voilà une amertume beaucoup trop violente, et je déclare que je me refuse à l'accepter. »
M. Gambetta s'excusa beaucoup ; il reconnut qu'il avait agi avec trop de précipitation, qu'il avait eu tort. Au milieu de la liste des maires, je vis un nom sur lequel je m'arrêtai, et je me rappelle que je lui dis : « Monsieur, je ne connais pas les démagogues comme vous les connaissez, voilà pourtant un nom qui me frappe, et ce nom sera très-mal accueilli dans Paris. Je ne connais pas les autres, mais je crains que vous n'ayez nommé des maires qui, à un moment donné, nous créeront beaucoup de difficultés, parce qu'ils ne s'entendront pas avec nous, et ce sera alors le signal de la crise. »
Je dois dire que plusieurs des membres présents partagèrent ces craintes. MM. Favre et Picari, notamment, étaient de mon avis, et appuyèrent ma réclamation, qui eut cet effet, que lorsqu'il s'agit de nommer les préfets, on lut d'abord et on discuta leurs noms en conseil. Quelle valeur avaient-ils ? Je ne saurais le dire, car ils m'étaient tous inconnus, et j'en fis l'observation pour établir l'impossibilité où j'étais de juger ; mais j'ai entendu dire qu'ils n'étaient pas tous bons et beaucoup d'entre vous s'en sont plaints. M. Gambetta, dans cette occasion comme dans beaucoup d'autres, n'avait pas dû manquer de chercher avant tout à donner satisfaction à son parti. Mais enfin, ces nominations avaient été faites plus régulièrement que celles des mairep.
Cette nomination de maires, dont quelques-uns, pourtant,
iOO HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE
étaient des hommes d'ordre, eut pour la tranquillité et l'esprit de Paris, des conséquences fâcheuses, au point de vue des questions concernant l'armement, l'équipement et la solde de la garde nationale, la distribution de» secours aux indigents, etc. Ces opérations, et beaucoup d'autres, s'appliquaient à des centaines de mille hommes, elles ne pouvaient être faites généralement que par les mairies; or, il est bien évident qu'un maire par arrondissement, quelques adjoints et quelques employés, ne pouvaient exercer une surveillance sérieuse et effective, quand même ils l'auraient voulu, sur des opérations si compliquées, faites au milieu d'un désordre immense et dans des proportions qui dépassaient tout. On peut en inférer ce qui a pu se passer dans les mairies dont les titulaires, avec leurs agents, étaient de complicité avec la démagogie.
Général Trochu, p. 285.
m. le vice-président daru. — MM. Floquet et Et. Aragonous ont dit qu'ils avaient choisi les maires, et que M. Gambetta avait accepté leurs propositions. C'est dans ce sens que l'on peut dire que M. Et. Arago a nommé les maires.
m. j. simon. — Cela est possible, mais je répète que le plus , honnête homme du monde, et le plus habile, peut faire un trèsmauvais choix.
Si vous voulez, maintenant, nous allons parler de Bordeaux
M. J. Simon, p. 504.
Les municipalités avaient été constituées, un peu au hasard, par le maire de Paris, de concert avec le gouvernement. M. Et. Arago, ce n'est un secret pour personne, n'a pas fait de bons choix ; quelques-uns étaient bons, mais il y en avait de trèsmauvais, surtout parmi les adjoints. M. Etienne Arago leur a laissé prendre de détestables habitudes. Ces maires et ces adjoints se réunissaient; ils formaient une assemblée de 80 membres, dans laquelle on empiétait sur le domaine delà politique; on y faisait sans doute les affaires de l'administration, mais on y faisait aussi autre chose.
M. Vacherot, p. 392.
Un membre. — Il y a eu des maires nommés par Eiienne Arago?
m. le général TROCiiu. — Par le ministre de l'Intérieur M. G-ambetta, avec le concours du maire de Paris, M. Etienne* Arag-o et de ses adjoints, M. F;oquet et quelques autres. Ces maires étaient généralement des hommes de parti, dominés par la situation. Dans leur ensemble, malgré quelques exceptions, ils na pouvaient offrir de garanties à l'ordre. Après le 31 octobre, la composition des maires élus fut beaucoup meilleure.
Général Trochu, p. 35.
Bientôt, pour échapper à la nécessité d'élire un conseil municipal, les hommes qui avaient si instamment réclamé sous l'Empire que Par^s choisît ses édiles, décidèrent que les maires seraient élus, et que l'on se bornerait à cette mesure.
J'étais dans les conseils du g-ouvernement l'adversaire énergique d'un Conseil municipal, car il nous aurait amené, dans un temps donné, la Commune. Mais le g-ouverne ment, tout en étant l'adversaire de la Commune, voulait que l'élément électif intervînt dans la constitution des municipalités, et après avoir déclaré positivement dans. le , décret de convocation, dans les notes de l'Officiel et dans les affiches que les maires qui allaient être nommés étaient les ag-ents du pouvoir exécutif, nous appelantes les électeurs à voter. Ces élections donnèrent des résultats presque universeilemeut satisfaisants.
Dans le choix des maires, surtout dans dix-huit arrondissements, sur vingt, la politique du g-ouverne meut, le groupe d'hommes à la fois républicains et conservateurs auxquels il se rattachait, furent consacrés. Deux arrondissements donnèrent des résultats déplorables. Le 20e nomma Ranvier, Millière, Lefrançais, qui avaient été poursuivis ou arrêtés à la suite du 31 octobre ; nous avons dû dissoudre cette municipalité et constituer une commission provisoire, qui, d'ailleurs, a admini-tré, sans rencontrer de difficultés matérielle?, le 20e arrondissement, ce terrible arrondissement de Belleville, depuis le 5 novembre jusqu'à la fin du siég-e.
M. J. Ferry, p. 404.
M. ernest picard. — La nomination des maires a été acceptée unanimement, et elle ne pouvait pas ne pas l'être ; nous n'avions que cette force pour éviter une collision.
M. le comte de REbSÉGUiER. — C'est précisément ce qui nous
fait considérer comme très-dangereux quelques uns des choix qui ont été faits.
m. ernest picard. — Dès le 5 septembre, j'étais d'avis de prendre les devants, de convoquer une Assemblée politique comtituante, puis de donner à Paris un conseil municipal élu. Je crois que, sous le coup des événements qui venaient de se produire, on aurait eu de bonnes élections politiques et de bonnes élections municipales. On ne l'a pas fait, et lorsque la question municipale s'est soulevée plus tard, elle a pris immédiatement la forme de la question de la Commune. Les maires qui avaient primitivement été nommés directement par nous, ont déclaré qu'ils adhéraient bien à cette idée d'nn Conseil munipal, mais qu'ils ne pouvaient pas entrer dans ,1a question de la Commune. Nous nous sommes trouvés en face de maires nommés par nous, choisis par nous, qui nous ont dit : « Nous n'avons plus de pouvoir. » C'est alors que, par transaction, nous les avons fait élire.
M. Picard, p. 4S8.
m. le comte daru. — Vous disiez tout à l'heure que les élections des maires avaient été bonnes.
Il y avait aussi, à côté de celle de M. Mottu, celle de M. Bonvalet et de quelques autres qui lais- aient assez à désirer.
m. jules fekry. — M. Bonvalet était inoffensif.
m. le comte daru. — Nous savons quelle a été sa conduite après le 18 mars, nous savons aussi quelle a été la conduite de M. Léo Meillet.
Ils n'étaient pas tous aussi bons que vous le prétendez.
m. jules ferry. — Je parle des maires. M. Léo Meillet n'était pas maire ; il était adjoint de M. Pernolet.
m. le comte de rességuier. — L'élection a amené des hommes préférables à ceux qui avaient été nommés par le gouvernement provisoire. Ce que nous reprochons à celui-ci, ce sont les choix qu'il a faits au début.
m. LE président. — La question qui a été posée a mis en lumière ce fait, que les maires choisis primitivement valaient moins que ceux nommés par l'élection aprèa le 31 octobre : cela importait à savoir.
il. J, Ferry, p. 405.
Les nouveaux maires s'arrogèrent tous les pouvoirs, 'ceux mêmes qui auraient dû le plus leur rester étrangers.
On ne saurait, à moins dy l'avoir vu, se faire une idée exacte de la situation de l'administration pendant le siège. Certains maires se croyaient investis d'une sorte de dictature, et quand la garde nationale était d'accord avec eux, l'autorité toute morale du gouvernement se trouvait réduite à l'impuissance. En général, nous n'obtenions l'obéisssance que par la persuasion. Ce moyen nous échappait dans certains quartiers, où certains hommes, qui ont été depuis au nombre des meneurs delà Commune, avaient une influence prépondérante. C'est ainsi que M. Blanqui parvenait à échapper à toutes les recherches, comme il y avait échappé, du reste, sous l'Empire. M. Flourens, décrété d'acusation, était cantonné dans Belleville, au milieu d'une partie de ses tirailleurs ; il aurait fallu engager la bataille pour aller jusqu'à lui. Si tout le quartier s'était soulevé pour le défendre, Paris se trouvait divisé en deux par la guerre civile, et il fallait renoncer à soutenir le siège.
M. J. Simon, p. 500.
Ces maires de Paris s'arrogeaient, je vous le répète, tous les pouvoirs, au point que l'un d'eux à fait une véritable loi, portant des dispositions pénales. Ce n'était pas une de nos plus petites affaires que de négocier avec eux pour les engager à nous obéir, et à se renfermer dans les limites de leurs attributions légales. Ils nous rendaient souvent de grands services ; ils se savaient nécessaires ; ils étaient entourés de conseillers qui s'étaient installés sans aucun mandat dans les mairies, et qui, très-souvent imposaient eux-mêmes leur volonté. Il y eut un moment où les maires de Paris demandèrent à délibérer avec le gouvernement. C'est par un miracle, et par des efforts surhumains que nous parvenions, au milieu de tout cela, à maintenir l'ordre dans la rue.
Je ne veux pas faire le procès à M. Mottu.
m. le comte de RESSÉGUiER. — Faites, f dites !
m. jules simon. — Non, je ne veux attaquer personne. Je ne sais d'ailleurs contre lui que ce que je vais vous dire, et je puis
le dire sans le blesser, car il s'en fait certainement un titre d'honneur.
M. Mottu avait résolu de chasser les congréganistes de toutes les écoles de son arrondissement ; c'est une entreprise qui a f a t beaucoup de chemin dans Paris, et qui à continué à en faire en province. Il n'y a pas de question qui cause, en ce moment même, plus d'embarras à l'administration centrale.
M. Mottu rassemble son conseil. Le conseil du XIe arrondissement, était si je De me trompe, composé des adjoints et des délégués de la garde nationale. Ces messieurs décidèrent que les congréganistes seraient remplacés sur l'heure par des instituteurs et icstitutrices laïques. On me dit même alors, mais je n'en ai pas la preuve, et je rapporte cela comme un simple bruit, que M. Mottu avait donné l'ordre d'enlever des classes tous les crucifix qui s'y trouvaient.
M. Gréard, inspecteur de l'académie, qui m'a rendu pendant le siège et me rend encore les plus grands services, m'avertit de ce qui se passait dans le XIe arrondissement.
Cet arrondis -ement forme la moitié du faubourg- Saint- Antoine. Je dois déclarer que le maire y étais fort populaire : ses ennemis en donnaient pour raison qu'il était prodigue des deniers de la ville. Je luis écrivis immédiatement que je ne mettais aucun obstacle à la création d'écoles communales laïques; que je l'aiderais môme, au besoin, à en faire les frais; mais que nous ne devions pas gêner la liberté des familles qui préféraient l'enseignement donné par les religieux, ni rompre brusquement, et sans motifs légaux, des engagements que nous étions, lui et moi, tenus de respecter.
M. Mottu me répondit qu'il ne voulait à aucun prix d'enseignement congréganiste dans son arrondissement, et qu'il avait donné l'ordre de chasser les congréganistes de leurs maisons.
Or, certaines de ces maisons, une d'elles au moins, appartenaient aux congréganistes, de sorte qu'ils allaient se trouver chassés de leurs propres immeubles. Je ne pouvais tolérer une pareile manière d'agir, et j'envoyai à M. Gréard l'ordre formel de se présenter à la mairie et de signifier à M. Mottu qu'il eût à replacer les congréganistes chez eux. M. Gréard exécuta cet ordre, mais il ne fut tenu aucun compte de ses démarches; j'en parlai alors au gouvernement, en conseil. On me répondit d'abord que j'allais, par ma résistance, agiter le faubourg Saint- Antoine. Je n'en doutais pas, et je le regrettais vivement; mais
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je croyais remplir mon devoir, et j'étais résolu à ne pas céder. Je parlai moi-même à M. Mottu sans rien obtenir. C'est alors que je dis au conseil : ce Je sortirai d'ici ce soir avec la destitution de M. Mottu, ou je n'y rentrerai pas. »
Devant cette détermination, M. Mottu fut destitué. Les électeurs de l'arrondisement furent convoqués peu de temps après, et il fut réélu avec 14,000 voix de majorité. Voilà comment s'est terminée cette affaire. Elle m'a valu beaucoup d'impopularité. Je fus traité partout de congre^ -miste; il est vrai qu'on traitait M. Vacherot de jésuite, exactement pour les mêmes raisons. Ce sont des titres, messieurs, que nous n'avons jamais mérités ni l'un ni l'autre. Cette histoire a été mal connue. Elle faillit me coûter cher, le 31 octobre.
Pour revenir à M. Mottu, je dirai que c'est le seul embarras qu'il nous ait causé ; il ne nous a donné du mal que sur ce point-là.
m. le comte de rességuier. — M. Mottu n'avait-il pas été nommé maire par M. Et. Arag-o? Ce fait serait important à établir pour savoir à qui il faut faire remonter la responsabilité de cette nomination.
m. jcjles simox. — Je ne suis pas sûr que vous ayez raison, je dirai même que je ne le crois pas, et j'ajoute qu'il peut arriver à tout le monde de faire un mauvais choix, surtout daus des temps pareils.
m. le comte de rességuier. — Remarquez, je vous prie, l'enchaînement, monsieur le ministre. Vous nous avez dit que M. Mottu s'était acquis une immense popularité dans s>on quartier en disposant avec prodigalité des biens du bureau de bienfaisance. Or, qui avait mis ces biens à la disposition de M. Mottu, sinon le maire de Paris ?
m. le comte de rainneville. — 11 n'y a eu pour cela qu'à inscrire le double de ce qu'il y avait d'indig-ents dans son arrrondissement.
m. jules Simon. — Il ne faut pas attacher aux paroles que vous rappelez une trop grande importance. Ce fait m'a été dit, mais je crois qu'au fond il s'agit tout simplement d'inscriptions extrêmement généreuses au bureau de bienfaisance; je ne pense pas qu'à ce sujet il y ait lieu d'incriminer M. Mottu; il serait certainement hors de propos d'incriminer d'autres personnes. Au reste, je ne crois pas que ce soit M. Et. Arag-o qui ait fait la nomination de M. Mottu.
m. le vice-président daru. — Si! Il l'areconnu.
M. J. Simon, p. 502.
Les maires de Paris qui sont, en définitive, les fonctionnaires les plus restreints dans leur mandat puisque ce ne sont, en réalité, que des officiers d'état civil et des présidents de bureaux ^e bienfaisance, s?- sont crus bons à tout. Ils ont pris des arrêtés à droite et à gauche, s'occupant de l'approvisionnement et de la distribution des vivres — et de toutes cboses, — car nous avons vu un jour un maire faire une législation toute entière, — il avait même constitué un conseil d'état ; je veux parler de M. Bonvalet, qui prenait un arrêté commençant par ces mots : « Ayant consulté notre comité de législation.... » M. Mottu, du reste, faisait de même. M. Bonvalet avait pris un arrêté pour l'instruction obligatoire, il sommait les gardes nationaux de ramasser les petits garçons et les petites filles qui n'iraient pas à l'école et de les conduire au poste. Nous avons vu ces choseslà au commencement du siège, — c'était un peu choquant, mais on avait fini par s'y habituer. Le même M. Bonvalet avait organisé un corps de police armé, avec des uniformes, et il interdisait à la police régulière de pénétrer dans le troisième arrondissement.
Vous connaissez l'affaire de M. Mottu avec les frères qu'il renvoyait des écoles, vous vous souvenez qu'il enlevait les crucifix des ambulances, qu'il interdisait aux prêtres de péuétrer près des malades. MM. Mottu et Bonvalet étaient d'ailleurs absolument menés oar trois adeptes de l'Internationale qui étaient leurs adjoints, et qui avaient plus d'influence qu'eux. M. Bonvalet avait auprès de lui des adjoints qui dépendaient notoirement de l'Internationale.
M. Choppin, p. 119.
La désorganisation qui régnait dans les municipalités est pour moi une des grau les causes de l'insurrection.
La mesure par laquelle le gouvernement a laissé à la population le droit de nommer les maires, a entraîné le bouleversement de tout.
m. le président. — Vous nou9,avez4it quelle était l'organisation de la garde nationale, il faudrait nous montrer maintenant quelle était l'organisation des municipalités. Gomment la
ville de Paris a-t elle été amenée à avoir vingt arrondissements dans le-quels régnaient sans contrôla vingt maires dominés par le parti révolutionnaire.
m. choppin. — Il c'y a que la Préfecture de police qui ait essayé de lutter contre tout ce monde. Nous avons eu plusieurs fois des scènes extrêmement violentes avec l'Hôtel-de- Ville.
M. Choppin, p. 114.
Autrefois, les bureaux de bienfaisance se reliaient par nnlien naturel à l'administration de l'assistance publique, qui était au courant des besoins de la population indigente. Un des premiers actes du gouvernement de la défense — je ne sais s'il a été intentionnel — a été, comme on voulait modifier l'assistance publique, d'instituer une grande commission pour dé ibérer sur le mode de fonctionnement de l'assistancs publique, ce qui fait qu'elle n'a plus fonctionné. Alors, ce sont les maires qui ont seuls distribué tous les secours à domicile.
Il y avait telles mairies qui faisaient arrêter les agents du préfet de police. Cela n'est pas arrivé souvent, parceque j'avais déclaré que si l'on recommençait, j'irais arrêter toute la mairie et que j'emmènerais maire et adjoints.
M. Cresson, p. 13 ?.
Il y avait ensuite des municipalités, composées à l'origine d'hommes qui s'étaient imposés dans les mairies, qui s'affranchissaient de toute obéissance, et refusaient partout de reconnaître l'autorité du préfet de police. Plus tard, lorsque les maires furent élus, ils profitèrent de la force que l'élection leur donnait pour s'ériger en gouvernement et faire la loi, même aux ministres. Par exemple, M. Greppo, maire du quatrième arrondissement, refusait de recoanaître le commissaire de police, nommé par le préfet, et organisait dans son arrondissement une police municipale.
M. Marseille, p. 199.
La mairie centrale fut chargée d'équiper la garde nationale et de loger les habitants des communes suburbaines réfugiées à Paris. On
saura plus tard, autant du moins que le permettra l'încendie de l'Hôtel-de-Ville, comment ont été conduites ces opérations. M. Etienne Arago certifie qu'elles font honneur à son administration.
La Mairie centrale resta charg-ée de pourvoir aux besoins de 300,000 hommes. Les objets à fournir étaient : des couvertures, des vareuses, des pantalons, des souliers, des ceinturons, des képis, des cartouchières, des portes-baïonnettes, des fourreaux de baïonnettes, et, plus tard, j'ajoutai des ceintures de flanelle et des cravates de laine.
La population de Paris a été, je croi*, traitée paternellement. En sept semaines, malgré l'inexactitude des fournisseurs et des fabricants, malgré la mauvaise qualité de certains produits, malgré les indignes procédés de la spéculation, malgré surtout l'hésitation du commerce à livrer les marchandises, la Mairie centrale fit des distributions complètes à 250.000 hommes! Ceci est constaté, mais je crains, hélas! que les registres n'existent plus.
Un membre. — Vous considériez la g"arde nationale comme une troupe dont l'org-anisation vous appartenait ?
m. etienxe arago. — Nous étions chargés par le gouvernement de l'organiser.
M. Etienne Arago, p. 534.
Ensuite, il fallut s'occuper des communes suburbaines, des départements envahis. Ceci était extrêmement grave. Tous ces malheureux qui fuyaient devant l'ennemi devaient trouver, naturellement, des logements. A mesure que ces communes arrivaient à Paris, je cherchais, dès qu'elles étaient assez importantes, à leur créer tout de suite des mairies où tout les ressortissants allaient s'adresser, et Fouvent, avec l'aide de M. Mfehias, l'intellig-ent secuétaire général de la Ma;rie, j'ai taché de créer, à côté de la Mairie suburbaine improvisée, une école pour les enfants.
m. le comte de Di'RFORT de ciVRAC. — A combien de personnes évaluez-vous la population réfugiée?
m. etibnkb arago. — Elle était de près de 200,600 âmes
M. Etienne Arago, p. 534.
Pour ajouter au mal et au péril, on eut l'idée de. réunir les maires et les adjoints en conseils périodiques.
M Floquet s'en félicite, M. Ferry s'en excuse, M. Picard en gémit, M. J. Favre, quoique ministre de l'intérieur, l'a toujours ignoré. Des témoins constatent le caractère et les tendances de ces réunions préparatoires de la Commune.
Nous avions ensuite des réunions de maires une ou deux fois par semaine, qui étaient présidées par M. Arag-oou ses adjoints. On y traitait de questions générales. Ces réunions avaient lieu dans l'ancienne salle du conseil municipal.
m. le président. — Si j'avais à vous parler de ces réunions, je vous dirais que c'était une imprudence de réunir ainsi à l'Hôtel-de-Ville les maires et adjoints de Paris. Il en est résulté, autant que nous pouvons le savoir, un assez grand embarras pour le gouvernement de la Défense nationale.
M. floquet.. — Je crois, au contraire, que des réunions plus fréquentes auraient été le seul moyen d'empêcher le 31 octobre.
m. le président. — Elles paraissent avoir contribué au moument du 31 octobre.
m. floquet. — Je ne peux pas vous empêcher de le croire, monsieur le président; mais je ne le pen^e pas.
m. le président. — Vous avez ainsi commencé la Commune; vous avez fait des élections précipitées, sous la pression populaire, et le conseil municipal, composé des maires et adjoints, exerçait une pression inévitable sur le g-ouvernement.
M. Floquet, p. 287.
Il y avait cependant un esprit de sagesse qui dominait l'assemblée des maires ; je ne dis pas celle des maires et des adjoints; il faut distinguer entre eux. Les maires nommés le premier jour du scrutin avaient été choisis avec soin; les adjoints n'avaient été nommés que le second jour par des électeurs fatigués, et beaucoup moins nombreux. Grâce au bon esprit des maires, l'administration put se continuer pendant toute la durée du siège, sans conflit.
Je me permettrai de dire que, pour éviter les conflits, il a fallu une certaine adresse et que cette assemblée n'était pas toujours facile à manier. En résumé, j'ai présidé cette assemblée des maires, du commencement à la fin, sans avoir eu de conflits, ni de difficultés avec elle.
Dans les derniers temps du siège, nous avons été bien heureux d'avoir près de nous une représentation quelconque de la population de Paris. C'était un devoir de sagesse pour nous de réunir les maires, de les avertir de la situation, de leur dire : « Voilà où nous en sommes pour les subsistances ; il faut aller négocier. » Nous avons reçu de leur part, dans ces tristes jours, un concours dont il faut leur savoir gré.
Je leur sais gré aussi d'avoir, antérieurement à cette époque difficile, expulsé, en refusant de s'associer à lui, un élément très mauvais qui était représenté par Delescluze. Dans les premiers jours de janvier, il y eut une réunion des maires au ministère de l'intérieur, présidée par le ministre, que j'assistais comme maire de Paris.
On entendit la lecture d'un factum de Delescluze, qui était la mise en accusation du gouvernement de la Défense nationale. Il demandait que les adjoints délibérassent au même titre que les maires, et que de ces adjoints et de ces maires on constituât une Commune. Il fut à peu près seul de son avis, et de rage, il donna sa démission et nous délivra de sa présence. L'assemblée ainsi épurée montra jusqu'à la fin du siège le meilleur esprit.
M. J. Ferry, p. 406.
m. jules ferry. — J'ai vu de près les deux périodes, ayant été fréquemment appelé auprès dtrs maires et adjoints, dont les ré unio us constituaient une espèce de conseil municipal assez difficile à conduire. Certains membres de cette assemblée n'avaient, avant le 31 octobre, qu'une préoccupation : se mêler de ce qui ne les regardait pas, demander quand on ferait la grande sortie, s'occuper de toutes les inepties qui étaient dans l'esprit public à ce moment-là. En somme, avec des discours on les apaisait, et il y avait au fond un vrai bon sens. Sous mon administration je n'ai jamais voulu que la réunion des maires et adjointe prît un caractère permanent.
Je réunissais les maires seuls à l'IIôtel-de-Ville, toutes les semaines, pour traiter des intérêts communs. Nous avons eu une ou deux fois à écarter certains adjoints entreprenants, mais enfiu nous avons triomphé de tous les obstacles ; la réunion des maires devint très-pratique, très utile ; et il faut le dire à l'éloge dos maires et de leurs adjoints, parmi lesquels il y avait
des têtes très-chaudes, au momant terrible de la capitulation, la réunion, loin de nous susciter des difficultés, s'attacha à les aplanir devant nous; la population fut prévenue par les magistrats municipaux , et l'intervention de cette assemblée fut comme un tampon dans cette crise.
m. le comte de RSSSÉGUIER. — Paris s'inquiétait extrêmement de ces réunions et s'é'onuait que le gouvernement provisoire n'interdisît pas des délibérations politiques, qui lui paraissaient déjà être l'embryon de la Commune de Paris.
M. J. Ferry, p. 423.
M. jules ferry. — Si dans la première période, on a quelque fois parlé politique dans les réunions municipales, les choses sont ensuite rentrées dans l'ordre, et du 4 novembre à la fin, la réunion des maires et adjoints n'a parlé politique que dans les limites que le gouvernement jugeait convenable ; elle ne l'a fait que dans les derniers jours, alors que la question des subsistances se mêlait à la politique, et quand il fallait préparer la population à la crise finale.
m. le comte de rességuier. — C'est de la première période que le gouvernement est surtout responsable. Il est responsable des maires et des adjoints qu'il avait choisis, il est responsable des réunions illégales qu'il favorisait et qui devaient nécessairement aboutir à la Commune.
m. jules ferry. — Les maires étaient convoqués régulièrement à l'Hôtei-de -Ville. S'ils traitaient des questions politiques, c'était incid emment.
J'ai assisté à plusieurs de ces réunions, et j'ai vu ceux qui les présidaient, M. Etienne Arago et ses adjoints, faire les plus grands efforts pour qu'on parlât uniquement des subsistances,
M. J. Ferry, p. 423.
J'ai réuni chez moi, comme ministre de l'intérieur par intérim, les maires de Paris, je n'y voyais aucune espèce d'inconvénient. Ensuite, les adjoints voulurent venir; ils sont venus. Dans une situation aussi déplorable, il fallait aller au-devant du danger; il faut dire aussi que les maires qui nous ont fait beaucoup de mal, nous ont fait beaucoup de bien; ils ont été chargés d'une besogne affreuse; ils ont distribué des secours, la solde, que sais-je encore ?
m. le comte de resséuuier. — Pour ceux qui comme moi, étaient à Paris, il semblait, au contraire, qu'à partir du 4 septe libre, un gouvernement s'était installé à côté du vôtre, et que cela ré^ult-itde la composition des mairies.
Voilà quei était le sentiment d'une grande partie de la population de Paris.
m. jules 1 avre. — C'est une erreur complète.
m. le comte de RESSÉGuiER. — Il est certain, cependant, que dans les mairies figuraient les hommes les plus avancés, M. Ranc, par exemple.
m. jules favre. — Ranc était en province.
M. le co.mte de rességuier. — Il partit plus tard, mais après le 4 septembre, il était, je crois, l'un des maires comme MM. Àlottu, Dele>cluze et autres. En un mot, la composition des maires et leurs délibérations habituelles à l'Hôtel-de -Ville, inquiétaient les homm-s d'ordre. Aussi, quand la Commune a été proclamée, le 31 octobre, ou a cru que c'était le triomphe de ce gouvernement qui fonctionnait parallèlement au vôtre.
H. jules favre — Je n'ai eu connaissance d'une réunion des maires à l'Hôtel-de-Ville que le 31 octobre, et j'y étais tout à fait étranger; jamai- j« n'avais entendu dire par mes collègues qu'ils s'y réunissent auparavant.
m. le comte de rességuier. — Non-seulement ils s'y réunissaient, mais ils publiaient, tous les huit jours, un bulletin qui était affiché s ir le-i murs de Paris.
m. jules favre. — C'était la mairie de Paris qui publiait ce bulletin.
m. le comte de rességuier. — Oui, elle publiait les délibérations de^ m -lires.
m. jules favre. — Vous pouvez m'accuser d'avoir été un membre du Gouvernement peu vigilant, mais je vous avoue que je n'en ai pas eu connaissance.
M. Jules Favre, p. 349.
m. le président. — Les maires se réunissaient-ils toutes les semaines?
m. choi'Pin. — Ils Fe réunissaient toutes les semaines, aoii à l'Hôtel -d--Vi le, soit au ministère de l'Intérieur.
En geuérrtl, les adjoints étaient beaucoup plus mauvais que les maires. Le scrutin avait été écrasant en faveur du gouver-
nement. On avait eru que c'était fini. Mais il a fallu voter pour les maires Quand les maires eurent été élus, est veaue l'élection des adjoints. — La population était d^jà lasse. Il n'y eut plus que- les ardents qui se présentèrent au scrutin, et ils firent nommer qui ils voulurent. Ces adjoints, aiosi nommés, exercèrent une influence énorme sur les maires. C'est ainsi que Devaux était l'homme le plus influent de Montmartre.
M. Choppin, p. 120.
Le côté politique n'était pas moins dangereux. Il y avait à l'Hôtel-de- Ville, une mairie entre les mains de M. Etienne Arago qui avait pour adjoints MM. Hérisson, Floquet et Brisson. Ces deux dernier* étaient d'opinions trè -avancées. On les a accusés d'avoir pactisé avec les hommes qui ont fait le 31 octobre, il n'y en -e aucune preuve. Mais on recevait volontiers à la mairie toute espèce de députations. J'en ai harangué moi-même deux ou trois pour lesquelles on était venu me chercher. J'ai vu Blanqui et les autres, qui venaient dans la grande salle demander des explications. On les recevait et on les haranguait.
Les maires avaient demandé à se réunir dans la grande salle de l'Hôtel de- Ville; ils faisaient là une petite assemblée. Tout cela était gros de difficultés. J'aurais été d'avis d'un conseil municipal quand la question s'e.st posée, dans les premiers jours ; mais cette question a bientôt changé de caractère et a pris le nom, fameux depuis, de la Commune. De sorte que demander, à ce moment, un conseil municipal, c'était, en réalité, donner la main à un mouvement ayant pour but d'installer à l'Hôtel-de- Ville, une Commune qui devait remplacer le gouvernement, établir une espèce de dictature et faire un comité de salut public.
M. Picard, p. i'i.j.
Je dois vous dire que j'ai été à trois réunions seulement, et que j'ai eu le regret d'y constater qu'on s'occupait beaucoup plus de politique que d'affaires municipales. La politique nous divisait et comme il y avait beaucoup d'.aigreur, beaucoup d'irritation, je ne sache pas qu • nous soyons sortis d'une réunion sans être un peu plus excités les uns contre les autres ; et nous nous éloignions toujours quand il était désirable qu'on se rapprochât.
M. Degouve-Denunques, p. 400.
Indépendamment de ces réunions et des comités de vigilance dont nous allons parler, il y eut des groupes révolutionnaires, qui s'installèrent dans les mairies.
J'avais dans ma mairie un très grand nombre de services et un personnel très nombreux. Je divisai les services entre mes trois adjoints, et je gardai la surveillance générale. C'est alors qu'on commença a introduire dans tous les services une très grande quantité d'homtnes appartenant à l'Internationale. Je les mettais à la porte d'un côté, ils rentraient d'un autre côté ; car l'arrondissement était trop étendu pour qu'on pût exercer une surveillance complète.
M. François Favre, p. 381.
C'était peu de troubler ainsi l'ordre et de violer les lois : un certain nombre de maires ont dilapidé les deniers publics et employa abusivement les fonds destinés à la défense, à l'alimentation ou à l'assistance publiques. M. Floquet lui-même est obligé d'avouer qu'il y a eu des abus.
Avez- vous su les abus qui paraissent avoir été commis ?
m. floquet. — Ces abus ont été réprimés, quand ils ont été connus et surveillés quand ils ont é^é soupçonnés.
m. le président. — Veuillez nous donner quelques renseignements à cet égard.
m. floquet. — A un moment donné, par exemple, la mairie du 14e arrondissement nous a été signalée comme étant dans une situation irrégulière ; le ma're et les adjoints ont été suspendus et remplacé*, et, au moment où j'ai quitté l'Hôtel-de- Ville, une enquête était commpncé à cet égard. J'ignore quel en a été le résultat, parce que j'ai donné ma démission au lendemain du 31 octobre .
Mais, je le répète, tous les anciens secrétaires comptables des mairies avaient été conservés, et c'est à eux que les fonds étaient remis. Les maires n'en ont jamais eu le maniment. Dans la nécessité pressante où l'on se trouvait souvent de faire à la bâte de grandes distributions de secours, quelques abus ont pu avoir leu, les maires ont pu être trompés comme tout le monde aurait pu l'être à leur place, mais il faut se rappeler combien la situation était grave et compliquée. m. le PRÉSIDENT. —Nous la connaissons. Nous avons fait faire
par les commissaires de police de Paris une enquête dans laquelle il a été établi que les maires de certains quartiers, ont reçu en argvnt, en munitions, en objets de toute sorte des quantités proportionnellement plus considérables que les maires des quartiers bien administrés.
m. floquet. — Je demanderai à ne pas accepter comme articles de foi les enquêtes de MM. les commissaires de police ; et, dans un p«iys où l'on veut relever le pouvoir municipal, peut-être n'est-ce pas un très boa moyen que de le faire surveiller par les commissaires de police.
m. le président. — Permettez-moi de vous répondre que la Commission ne saurait accepter vos observations. Elle est chargée de rechercher la vérité ; pour y arriver, elle interroge ou fait interroger les personnes qui peuvent la renseigner, et elle apprécie la valeur des renseignements qui lui sont fournis. Or, il est parfaitement certain que les secours, dans le siège de Pari?, ont été inégalement répartis, que plus un quartier était révolutionnaire, plus il recevait.
m. floquet. — Pardon, plus un quartier était révolutionnaire et mauvais, cela veut dire sans doute, plus il était pauvre et populeux...
M. le président. — Si les distributions avaient été faites en proportion de la population pauvre des quartiers, nous n'appellerions pas cela des distributions inégales et partiales. Mais, je îs répète, il y avait une autre base, d'appréciation.
M. Floquet, p. 282.
J'ai entendu dire, en effet, qu'il y avait eu un grand gaspillage dans certaines mairies excentriques — sans que je sache comment les choses s'y sont passées. — Il y avait surtout la mairie du 19e arrondissement, à la tête de laquelle était M. Delescluze, où le gaspillage était poussé à un point incroyable. M. Delescluze était arrivé à être très impopulaire dans son ^commandement, parc3, que la distribution des vivres s'y faisait •érès mal et qu'on n'y mangeait pas ; tandis qu'il y avait des arrondissements, comme le 20% dont le maire, M. Ranvier, avait été arrêté dès le début, et qui étaient dirigés par des commissions administratives ; — ceux-là étaient biea mieux admi- ■ nistrés.
M, Choppin, p. 120.
M. ansart. — Ils voulaient tout avoir : l'armement, la nourriture ; il y a eu les désordres que vous savez dans certaines cantines : des disiributions. surabondantes de bons, des abus, des désordres de toute nature. Les comptes, je crois, ont été épurés par les incendies, et peut-être, plus d'un maire aurait-il été bien embarrassé sans cela !
m. vacuerot. — Par conséquent, ceux qui avaient des comptes en règle n'en bénéficieront pas ; c'est désagréable.
Mi ansart. — Il est certain que, dans le 11e, dans la mairie Mottu, il s'est passé des faits qu'on ne peut qualifier.
M. Ansart, p. 187.
M. ansart. — Je crois qu'il y a eu gaspillage des deniers pul Lies. L'Iu ernationale réserve son argent pour un meilleur usage.
Un membre. — C'est pour cela que la Cour des Comptes et le ministère des Finances n'existent plus.
m. ansart. — On y aurait trouvé trop de pièces compromettantes pour bien des gen*.
M. Ansart, p. 188.
m. le président. — Ce serait un des côtés inté cessants de l'œuvre de la Commune, que de tâcher de rcrouver la trace de l'argent dépensé dans les municipaliîés.
m. vacuerot. — Je demanderai à M. Ansart la permission d'insister là-dessus, parce que sa déposition est grave. Il ne s'agit pas de savoir si sa déposition peut soulever ou non des contradictions. Ce qui intéresse en ce moment la Commission, c'est d'avoir l'avis de M. Ansart et, si c'est possible, son avis très motivé. Cest pour cela que je le prie de pousser ses révélations aussi loin que possible, et de leur donner un caractère de précision parla tement net. Il m'a semblé, quand je remplissais mes fonctions de maire, que tout se faisait très régulièrement autour de moi, et assurément, ma mairie n'était pas la seule dans ci cas. Je ne dis pas que le système général d'armer toute la g.rde nationale ait, été bon, qu'on n'ait pas dé e,ise ù cela inutilement beaucoup d'argent, mais cet armement gél étant admis, il a bien fallu accorder les trente sous à tous les gardes nationaux, ou du moins, à tous eux. qui voulaient les toucher, et qui n'avaient pas de note Infamante qui les eiu-
péchât de faire partie de la garde nationale. Mais dans mon arrondissement, nous avons été obligés de faire une exécution d'un certain nombre d'officiers, de sons-lieutenants, de lieutenants et même de capitaines qui avaient eu des condamnations judiciaires. Je ne sais si on en a fait auta ,t dans les autres arrondissements.
M. Ansart, p. 188.
m. ansart. — Mais il y a des gens qui touchaient deux, trois et quatre soldes à la fois.
m. vacuerot. — Gette, distribution par.trop abondante de secours de toute espèce, et de bons, n'a-t-elie pas eu quelqu'effet sur l'élection d'un certain nombre de maires et d'adjokts? Après le 4 septembre, les maires et adjoints des arrondissements avaient été nommés directement par le gouvernement de la Défense nationale sur la proposition du maire de Paris, Etienne Arago; au mois de novembre à cette municipalité nommée par le pouvoir, a succédé une municipalité élue, la seule dont j'aie fait partie. Eh! bien, M. Ansart a-t-il appris que la manière dont certains des premiers maires avaient réparti les distri butions, a pu contribuer à faire sortir leurs noms de l'urne, bien qu'ils ne jouissent pas d'une excellente réputation?
m ansart. — Ma conviction est qu'il y a eu là uue manœuvre électorale au premier chef, surtout dans les 17e, 18e et 1 Ie arrondi; sements; mais je ne puis rien préciser.
Un membre. — Qui était maire du 17e arrondissement?
m. ansart. — C'était un homme faible, mais respectable, M. Fabre.
m. vacuerot. — Oui, c'est un très ho anête homme, mais il était mal entouré.
m. de la rochethdlon. — Mais qui a dirigé le gouvernement dans le choix de ces maires? Il y a des gens qui sont sortis on ne !'où.
m. ansart. — Je crois que ces nominations ont été une satisfaction que le gouvernement a été obligé d'accorder aux ambitions de certaines gens qui l'avaient aidé à renverser l'Empire.
M. Ansart, p. 188.
ai. le président. — - 11 ne faut pas comparer la comptabilité
tenue par d'honnêtes gens avec celle tenue par de malhonnêtes
gens.
Ainsi, dans les mairies, il y a eu gaspillages sous toutes les formes, argent, distributions de bons, etc. Il y a eu des armes données de la manière la plus irrég-ulière. Savez-vous quelque chose de plus?
m ansart. — Rien de précis. Mais ceci était de notoriété tellement publique, que je ne retire pas ce que j'ai dit.
M. Ansart, p. 189.
Pour compléter ce tableau, il nous reste à rappeler que des maires fabriquaient et faisaient fabriquer les bombes orsinienues, de celles qui ont servi au 22 janvier, et que l'argent de la Ville servait à préparer ces engins révolutionnaires.
Ainsi, dans le 18e arrondissement, M. Cresson a fini par faire saisir des milliers de bombes que M. Clemenceau faisait préparer; c'étaient des bombes que nous avions déjà vues sous l'Empire. On reprenait les errements d'autrefois. Evidemment, de pareils engins ne pouvaient avoir aucune utilité vis à-vis des Prussiens. Je suis convaincu qu'on a dépensé à cette fabrication des sommes considérables.
M. Ansart, p. 188.