‹ Histoire révolutionnaire contemporaineChapitre 38 sur 92 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

H.a garde nationale pendant le siège.

Armement hâtif et imprévoyant de la garde nationale. — composition de cette troupe où entrent, môme comme officiers, des repris de justice. — Opinion du général Ducrot. — Influence de Flourens — Ce qu'étaient lés régiments de marche de la garde nationale. — La garde nationale élément de désordre et hostile aux gardiens de la paix qu'elle traque, arrête et expulse. — Appréciation de M Bethmont. — ME. Picard soutient tncorele principe de la garde nationale.

Sous prétexte d'accroître la force de résistance à opposer à l'ennemi, le pouvoir du 4 septembre constitua et arma à la hâte la garda nationale sans prendre aucune des précautions que la prudence la plus vulgaire imposait. Aussi, la nouvelle milice fut elle composée de la manière la plus déplorable.

On ne rf gardait pas en ce moment le fait de former une légion comme un acte délictueux, tout le monde en formait ; cela m'amène à dire un mot de la garde nationale et de son influence sur nos malheurs. Après le 4 septembre, la garde nationale ne s'est pas formée sous une direction administrative : des individus se nommaient eux-mêmes chefs de bataillon ou plutôt recrutaient un bataillon, dont ils se faisaient nommer les chefs.

Il y avait la garde nationale de l'Empire, qui comptait 60 à 70 mille hommes; tout ce qui aimait le pays et l'ordre s'était empressé d'y entrer. S'il n'y avait eu que cette garde nationale, on aurait évité bien des malheurs. Mais à côté de ces bataillons on en a formé d'autres. La topographie des quartiers y était

sans doute pour quelque chose, mais c'était l'homme le plus entreprenait du quartier qui recrutait le bataillon et se faisait élire d'une façon plus ou moins régulière.

11 y a eu ainsi une i remière garde qui était excellente, puis une seconde et une troisième qui ne valaient rien du tout.

M. Choppin, p. 107.

Quand on arma la garde nationale après le 4 septembre, en a réelemeht donDé des armes à tout le monde. La chose s'est faite dans un grand désordre, comme cela devait airiver dans une grande ville qui sentait l'approche de l'ennemi. Les états régulf rsqui existent partout où la garde nationale s'organise n'étaient pas dressés ; pour savoir si on donnait une arme à quelqu'un qui avait été condamné ou non, il aurait fallu recourir au casier judiciaire, ce qui n'était pas très-praticable à ce moment-là. On en a bien écarté quelques-uns ; mais il est évident qu'il a dû se glisser dans les bataillons dus d'un repris de

ju-tice.

il/. Ferry, p. 50.

m. vacherot. — C'est un fait aussi que parmi les gardes nationaux qt.i avaient des casiers judiciaires, il y avait des souslieutenants , des lieutenants et même des capitaines. Comme maire du 5e arrondissement, j'ai eu occasion de constater le fait et, soit dit eh passant, non-seulement mon administration, mais l'administration municipale qni m'avait précédé avait fait ellemême de - efforts pour faire sortir certains officiers de la garde nationale, parce que c'était un scandale. Nous n'y avons réussi qu'en partie. Le fait est constant et M. Claude le savait.

M. CLAUDE. — Oui.

m. vacherot. — Maintenant, je désirerais demander à M. Claude s'il peut nous expliquer comment ces repris de justice ou ces gens ayant un casier judiciaire pouvaient être admis dans la garde nationale, soit comme simples gardes, soit comme officiers. Vous n'avez jamais été consulté?

m. cladde. — Non. Le casier judiciaire aurait pu être examiné, et alors ces gens-là n'auraient pas été gradés dans la garde nationale. Le fait même qu'ils l'ont été indique qu'on n'a pas consulté le casier.

jU. Claude, p. 2M

Un membre. — N'y avait-il pas 25,000 repris de justice dans la garde nationale?

m. cresson. — Il y en avait plus que cela.

Même membre. — On dit qu'il y en avait même parmi les officiers ?

M. Cresson, p. 129.

Il n'y a pas eu de recherches administratives. Elles étaient impossibles. Nous avons fait quelques épurations; c'est à l'étatmajor de la garde nationale que se faisait la plus grande partie de ces épurations, après ren-eignements pris à la préfecture de police. Il est probable qu'il est resté des repris de justice en certain nombre dans les rangs des simples gardes nationaux, plusieurs venaient des provinces dont les habitants s'étaient réfugiés à Paris. Ils s'étaient tous enrôlés dans la garde natiotionale à cause de la paie, et en général ils ne faisaient rien pour être remarqués.

M. Adam, p. 157.

La garde natianale elle-même faisait en quelque sorte la police. Quand, dans une compagnie, quelqu'un était soupçonné d'avoir eu affaire à la justice, des délégués venaient à la la préfecture demander des renseignements. Si le fait était vrai, l'individu était immédiatement chassé.

Il est arrivé quelquefois que les soupçons ont porté sur des officiers élus, c'est-à-dire sur des gens assez honorablement connus dans leurs quartiers, et qui cependant n'étaient pas sans reproche. Fallait- il, à ceux-là, leur faire perdre le bénéfice des efforts qu'ils avaient faits pour effacer la souvenir d'une faute de jeunesse? Dans ce cas, j'y mettais quelques précautions.

Je n'ai pas toujours donné les renseignements qui m'étaient demandés ; mais toujours, j'ai fait inviter les personnes suspectées à donner leur démission et à se retirer sans bruit.

M. Adam, p. 157.

Vous connaissez l'origine de l'armement de la garde nationale, et s'il n'y avait eu que la garde nationale, ce n'aurait été rien ! mais, d'après les renseignements que m'a donnés M. le Préfet de police, il y avait 40 à 50,000 repris de justice qui se

trouvaient armés, qui l'avaient été par l'autorité pendant le siège de Paris. Il y avait donc des armes qu'on n'était pas disposé à rendre; au contraire.

M. d'Àurelles de Paladines, p. 432.

J'ai évalué, dis-je, à peu près à 35,000 hommes, les indignes faisant partie de la garde nationale. M. Trochu en a évalué le nombre à 23,000, moi à 35,000.

M. Montaigu, p. 418.

J'ai voulu prendre, à propos de ces indignes, une mesure gui n'a pas été adoptée. J'en choisis une douzaine, ceux qui avaient le casier judiciaire le plus complet,. et je fis un ordre du jour dans lequel je signalais ces hommes à toute la population de Paris ; et je proposai d'afficher cet ordre du jour dans les vingt arrondissements de Paris et de l'insérer au Journal officiel. On trouva que c'était de la diffamation, et je ne pus mettre mon projet à exécution.

.)/. .Montaigu, p. 418.

Pour ne parler que du Xe arrondissement, nous avions à la tête d'un bataillon, auquel j'ai appartenu avant d'être à la mairie, un homme qui avait été condamné à la prison et à l'amende pour abus de confiance. Pendant plusieurs semaines, le drapeau du bataillon est demeuré chez cet homme qui avait encore à subir sa peine.

M. Dcgouve Denuncque, p. 405,

m. le général trochu. — Il y avait peut-être 25,000 repris de justice, quoiqu'on eût tout fait pour les envoyer au dehors avant l'investissement.

Quant à la question de savoir pourquoi nous n'avons pas épuré la garde nationale de ses mauvais éléments, je répondrai comme je l'ai déjà fait, que pour faire ces choses, il faut que l'autorité soit établie, respectée, qu'elle dispose d'une police puissante appuyée par des troupes sures. Autrement, ses ordres n'ont pas de sanction. Or, cette sanction a toujours mauqué au gouvernement de la Défense nationale.

Général Trochu, p. 288.

Parmi les chefs de bataillon, aviez vous des membres de l'Internationale, des Blanquistes et des Jacobins?

m. le colonel montaigu. — Il y en avait beaucoup !

m. le président. — Dans quelle proportion?

m. le colonel montaigu. — Je ne puis pas le dire exactement, mais dans une proportion assez forte. Ainsi Blanqui était chef de bataillon. Je me suis arrangé de manière à ce qu'il disparût à la suite de l'élection, sans violence. M. Longuet était chef de bataillon. Je l'ai fait se parjurer trois fois. — Il avait pris part au 31 octobre, et je lui ai fait signer trois fois qu'il n'y avait pas pris part. — M. Jaclard était chef de bataillon, M. Flourens aussi.

Un membre. — Tous les membres de la Commune n'étaient-ils pas chefs de bataillon?

Un membre. — Non, il y en avait un certain nombre seulement. Vous aviez Eudes...

Un membre. — Mégy.

m. le colonel montaigu. — Non, Mégy était porte-drapeau. Je ne l'avais jamais reconnu, j'avais contesté son élection.

M. Montaigu, p. 417.

m. le président. — L'ancienne garde nationale, celle qui existait sous l'Empire, se composait de 60 bataillons; une ordonnance en avait porté le nombre à 120, et cette ordonnance était à peine en cours d'exécution que la révolution en a porté le nombre à 260.

Nous avons lu le rapport du commandant des gardes nationales qui explique comment l'effectif s'est trouvé ainsi élevé successivement à un chiffre énorme. Comment organisa-t-on ces 300,000 hommes.

m. Etienne arago. — Chaque maire fut chargé, dans son arrondissement, d'organiser la garde nationale, et de faire un rapport sur le nombre de bataillons qu'il pouvait fournir; l'armement fut dévolu à l'intendance de la guerre.

Un membre. — Ainsi chaque maire organisait la garde nationale dans son arrondissement, sous sa responsabilité, comme il pouvait, et ou ne prenait pas de mesures pour empêcher que les hommes dangereux, les repris de justice et les forçats fussent armés?

m. Etienne arago. — Je vous demande pardon ; il y avait une

surveillance ; malheureusement, elle n'était pas aussi complète et aussi facile qu'on l'aurait désiré; les bataillons s'improvisaient, ils sortaient de dessous terre, comme on l'a dit; et 1* état-major les acceptant, je les babillais.

M. Etienne Aragof p. 530.

L'armement de ce ramassis de gens indignes se fît avec la même imprévoyance que leur incorporation, et la responsabilité de ce désordre n'e^t pas seulement imputable aux municipalités; elle l'est au gouvernement lui-même.

m. tolain. — Je crois qu'au moment du 4 septembre, il n'eût pas été difficile de rendre plus régulière la distribution des armes dans les mairies. Nous nous sommes trouvés dans une situation beaucoup plus difficile souvent que celle dont il vient d'être question.

Il y a tu un fait très-curieux ; comme adjoint à la mairie du XIe arrondissement, j'ai demandé à diverses reprises à l'étatmajcr, une e; quête sur un chef de bataillon atteint du vice d'ivrognerie. Je n'ai j* niais pu obtenir cette enquête. Ce n'est qu? d'une manière tardive que ce ch f de bataillon, après avoir été appelé sur ma déclaration devant la commission de contrôle de la g'arde nationale, a dû restituer 2,500 francs.

M. Tolain, p. 559.

Je signale ceH pour répondre au g-énéral Trochu qui a prétendu que les municipalités délivraient des armes Je dis que c'est l'état-major qui est responsable de la délivrance de ces armes. A Vincennes, au Mont-Valérien, on délivrait un fusil à tout homme qui se présentait avec une carte d'électeur ou un papier constatant son identité.

.1/. Tolain, p. 559.

On a reproché à certaines municipalités d'avoir donné des arm^ s à la g'arde nationale d'une manière inconsidérée. Cène sont pas les municipalités qui sont coupables de cela, elles n'avaient pas d'armes, et elles n'en délivraient pas. Elles organisaient les bataillons de g'arde nationale ; elles appelaient les citoyens à faire les élections, et quand elles étaient faites, sur le vu des procès -verbaux de nomination des chefs, elles

donnaient une autorisation d'aller à l'état-maj jT de la garde nationale, pour obtenir la délivrance des armes. Quelquefois, on délivrait des armes dans les municipalités, parce que les chefs de bataillons y faisaient amener des voitures de fusils; alors on les distribuait dans la cour des mairies. Mais, généralement les municipalicés ne délivraient pas d'armes.

M. Tolain, p. 559.

Il y avait des cbefs dont l'élection était incompréhensible; ils arrivaient débraillés, faisaient du bruit, demandaient des armes et des vêtements; ils obienaient ce que n'obtenaient pas les bons bataillons. Je vous citerai les Vengeurs de Flourens qui ont obtenu des chassepots, quand les boas bataillons n'en ava'ent pas. J'affirme qu'il n'a jamais été refusé quoi que ce soit aux bataillons de Bel le ville, delà Villette, de Montmartre. La solde était quelque chose de fantastique ; il y avait des capitaines qui se faisaient des rentes en touchant la solde pour 1,500 hommes, quand ils en avaient à peine 800, il y en a qui ont dû faire fortune.

M. Ossude, p. 469.

Il y a surtout un certain nombre de chassepots que je regrette bien d'avoir distribué. J'ai eu le t'es grand tort, ou plutôt la faiblesse, de livrer 500 de ces armes à M. Flourens. Je ne le connaissais pas du tout, alors qu'il vint chez moi me demander 10,000 chassepots. Je me récriai fort à cette demande; je lui répondis que c'était beaucoup de fusils, que nous n'en avions pas ; qu'il nous fallait armer toute la garde nationale mobile qui était arrivée de province avec de mauvais fusils. Et en effet, Messieurs, je suis parvenu à armer de chassepots cette armée tout entière, et il y avait près de 100,000 mobiles. Je discutai dune le chiffre de 10,000 fusils avec M. Flourens, qui le réduisit d'abord à 5,000 puis à 2,000, puisa 1,000. J'en référai au gouvernement, et le gouvernement étant intervenu, je consentis à livrer à M. Flourens 500 fusils chassepots qui servirent à armer ses fameux tirailleurs. Je dois avouer que j'avais été presque séduit par le langage de M. Flourens, qui avait fait grand étalage de son patriotisme, de son dévouement, de son ardeur à combattre. Je ne le connaissais pas du tout, et je lui demandai qui il était. — « Je suis Flourens, * me répondit-il.

— « Comment vous êtes le fameux Flourens ! Oh ! alors, je ne peux pas mettre en doute que ces fusils ne soient destinés à tirer sur la troupe, et je serai probablement la première victime de cet armement. »

Là-dessus, grande protestation de dévouement personnel. Je le laissai aller; le gouvernement étant intervenu, je donnai les 500 fusils à ce drôle.

Général Le Flô, p. 627.

Le général Ducrot juge ainsi qu'il suit ces fautes si graves au point de vue de l'ordre intérieur et de la défense.

Le général Trochu pouvait chercher à renforcer cette armée en puisant dans la population parisienne les éléments vigoureux et sains qui s'y trouvaient. Il fallait pour cela prendre les hommes de 30 à 40 an*. Avec cette ressource, nous pouvions reconstituer une armée régulière et ne conserver, pour défendre Paris, qu'une garde nationale composée d'éléments choisis, de personnes honorables, de pères de familles, présentant toutes les garanties nécessaires, capable de maintenir l'ordre dans la ville et de faire le service des remparts. Je crois que celte organisation aurait beaucoup mieux valu; nous aurions certainement obtenu de ces hommes, bien encadrés et bien surveillés, ce que nous avons fini par obtenir des mobiles des départements qui, dans le principe n'étaient ni mieux instruits, ni mieux disciplinés.

Mais cela n'entrait pas dans le plan des révolutionnaires, qui voulaient armer tout le monde; et alors, on donna des armes à tous les citoyens, quels qu'ils fussent, àceuxdeBelleville comme à ceux de Montmartre. Et comme cependant les maires de Paris étaient souvent tourmentés par ces gens turbulents, ils cherchaient à s'en débarrasser en nous les envoyant, pour le service des avant-postes, sous le nom d'éclaireurs, de francs tireurs, de corps francs, etc. Leur nombre s'élevait au chiffre de 12 à 15,000 hommes en permanence dans nos avant-postts.

J'avoue, messieurs, que j'en étais souvent fort embarrassé.

Général Duorct, p. 4.

Je vis la discipline rentrer dan-; notre armée; et, sauf ces bandes que nous envoyaient les maires de Paris, notre armée

était à peu près organisée, disciplinée, et nous pouvions compter sur elle. Mais ces bandes nous arrivaient tous les jours; on nous envoyait surtout les éclaireurs de la Seine, qu'on appelait les éclaireurs du colonel de Joinville,

Il nous en arriva d'abord 300 armés et équipés ; puis, leur nombre grossissant de jour en jour, je découvris bientôt qu'il y en avait plus de 1,500, dont les deux tiers étaient sans armes. Je faisais tous mes efforts pour avoir une armée véritable ; et je refusais d'une manière absolue d'en recevoir un plus grand nombre : je gardais ceux que j'avais, puisque c'était un élément de désordre enlevé à Paris ; j'aimais mieux les avoir aux avantpostes, mais sans compter sur eux; je n'ai jamais consenti à ce qu'ils fussent seuls devant l'ennemi. Les éclaireurs des Ternes ayant commis quelques actes d'indiscipline, je les fis désarmer et le> licenciai, mais je les g'ardai à Courbevoie pour éviter les inconvénients de leur retour à Paris.

Voilà donc une première mesure révolutionnaire qui a eu uneinfluence funeste : l'armement en masse de la population parisienne. Je crois qu'on aurait pu éviter bien des malheurs en s'opposant à cet;te mesure dès le principe.

Un membre. — Se sont-ils armés eux-mêmes en prenant des fusils ? ou le gouvernement les a-t-il armés sciemment et volontairement?

m. le général DCGRor. — C'e.stle gouvernement qui les armait: c'est le ministre de la guerre qui a toujours donné des armes à lapopu'ation.

Je protestai souvent contre cette mesure; j'ai eu beaucoup de peine à empêcher que les éclaireurs de la Seine, qui étaient à Neuilly, reçussent des arxes. Je n'ai pas pu l'empêcher d'une manière absolue.

Plus tard, quand cela a dép ndu de moi, je m'y suis toujours refusé.

Général Ducrol, p. 5.

C'est pour vous donner une idée de la situation qui nous était faite par l'insistance de ces me -sieurs à vouloir emp oyer la garde nationale, et cela uniquement, pour donner satisfaction à l'opinion publique ! J'ai enteudu des parole . cooime celles-ci dans les conseils du gouvernement où je luttais avec beaucoup d'énergie contre les funestes théories émises tous les jours : * Gé-

Itérai, vous aurez beau dire, mais l'opinion publique ne sera sate que quand il y aura 10,000 g-ardes nationaux par terre. » A cela, je répondais : — « En vérité, messieurs, en ma qualité dégénérai d'armée, je ne puis pis accepter la direction d'une • pératiOn quia pour but unique de faire tu r 10,000 g-ardes-nationa' x. D'abord, la chose n'est pas aussi facile que vous le, pensez. Pour celi, il faudrait être sur qu'ils voudront se battre. Vous V( ulez les porter en masses sur un point. Il pourra se f ire, que, grâce à l'énergie et à la bravoure de quelques individus, ia tête de colonne s'engag-e, mais la masse ;e débandera bien vit , et tout fuira en desordre. » C'est en < ffet, ce qae nous avons vu plus tard.

Général Ducrot, p. 18.

La solde donna lieu aux mêmes abus, et les finances de la Ville subiront longtemps les conséquences de ces désordres.

H fallait aussi payer l'allocation de 1 fr. 50. D'après le décret du 13 septembre, on ne devait la payer qu'aux nécessiteux ; elle fut bientôt étendue à tous le monde et beaucoup d'hommes riches la prenaient.

m. le comte de durfort de civRAc. — Vous en avez des preuves ?

m. Etienne arago. — Certainement.

m. chaper. — Il le fallait abso'ument; les journaux et les officiers l'imposaient au nom de l'égalité.

Un membre. — Dansl'ordonnauce du 4 septembre, il était dit : On espère que l'indemnité ne sera réclamée que par des nécessiteux.

m le président. — Sans doute, mais ceux qui recevaient cette indemnité étaient offensés de voir à côté d'eux des hommes qui la refusaient.

M. le comte de resséuuier. — Il y avait des bataillons oii des conseils de famille faisaient la distinction des g-ens qui devaient toucher la solde et de ceux qui Q6 devaient pas la recevoir.

m. Etienne ARAGO. —Oui, il y a eu quelques bataillons OÙ l'on n'admettait pas que certains gardes nationaux reçussent la paie de 1 fr. 50.

il. Klicnne Aitujt, p,

Au point de vue militaire, les témoignages que voici nous édifieront sur la valeur et les services de cette troupe essentiellement révolutionnaire.

31. roger du nord. — Dans les premiers mois, j'étais de l'étatmajor, œ aïs je n'y avais aucune fonction, je ne puis donc vous rat nt r que ce que je voyais en passant. Eh. bien, à cette époque, j'y rencontrais constamment Flourens. On l'appelait le major Flourens ; il se donnait com - e un homme des mieux disposés p?ur le maintien de la chose publique ; il paraissait raisonnable, et il offrait de lever, à ses frais, une légion de qui: z? nulle boiimes; il avait réuni beaucoup de monde à Belleville ; il intriguait, il allait voir les ministres, et il obtint une grande quantité de choses pour l'armement de sa troupe.

La première fois qu'un de ses bataillons est sorti, le général Clément Thomas me demanda d'aller en prendre le commandement à Belleville. Je l'y trouvai en insurrection. Le? hommes n'avaient pas reçu leurs trente sous le matin, je les leur fis distribuer et je voulus les emmener. Quand j'arrivai à Charenton, il y en avait les trois quarts ivres. Je les mis entre les mains du général M..., on les consigna parce qu'on craignait le désordre. — Puis, quand ils se trouvèrent en présence de l'enneni, aucun d'eux ne voulut se battre, et on a été obligé de les renvoyer. Ils voulaient « se conserver, disaient -ils, pour la République. » C'est cet incident, et d'autres, qui ont été cause de l'assassinat de Clément Thomas qui avait flétri leur conduite dans uu ordre du jour.

M. Roger du Nord, p. 444.

C'était le 27 janvier ; le général Clément Thomas avait reçu avis du ministère qu'on se préparait à capituler. Il a été abasourdi; mais enfin-] on lui avait donné mission de rassembler les chefs de» mauvais bateillons de la garde nationale et de les préparer à cet événement, car on s'attendait aune explosion de mécontentement. Il les convoqua le 27 janvier. Un h isa^d faisait que je me trouvais là; le général m'avait fait demander pour un renseignement, j'étais dans son cabinet quand on annonça les chefs de batuillons de Belleville et de Montmartre ; ils étaient soixante ; on craignait qu'ils ne tirassent sur les Prussiens; ils se sont emportés, ils ont traité le général Clément Thomas de lâche, de vendu, — Le général a été admirable de

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patience pendant une demi heure ; mai^ ces gueux, voyant qu'on ne leur répondait pas, ont renchéri ; il y en a même qui sont venus lui mettre le poing" sur la figure. Alors, il n'y a plus tenu et leur a dit : * Voulez-vous que je vous dise, vous avez la réputation de vous êtres défendus et vous êtes des lâches ; vous, un tel votre bataillon s'est caché tout entier. Vous venez parler de défendre Paris à outrance; un jour, on vous a menés contre les Prussiens, à tel endroit, et vous vous êtes sauvés. Vous êtes des lâches. »

M. Osiude, p. 473.

Et ici, je dois vous dire ce qu'étaient ces régiments de marche de la garde nationale.

Lorsqu'ils arrivaient dans nos ligne-, on était prévenu de leur arrivée par le bruit de leur musique jouant invariablement la Marseillaise.

La tête de colonne apparaissait, entourée d'une foule de gamins et de femmes , et puis alors, les gardes nationaux en désordre, plus ou moins ivres, faisant porter leurs fusils par leurs femmes ; et derrière tout cela, les omnibus portant les matelas, les lits, lesbttteries de cuisine, des cheminées à la prussienne pour ces messieurs ; je les ai vus s'installant dans les tranchées, en y établis-ant leurs cheminées à la prussienne. C'est un fait, messieurs. Eh bien, cela m' arrivait par bandes de 5, de 6, de 8,000 hommes. Jugez de la situation que cela nous faisait. Pendant toute la nuit, ils nous donnaient des alertes continuelles, et tous les jours je recevais des dépêches du général Paron, de l'aminal Saisset, du colonel Reille, ainsi conçues : « Mon général, je vous en supplie, ne nous envoyez pl«$ de gardes nationaux, ils jettent l'indiscipline et le désordre dans nos troupes; ils nous font avoir les incidents les plus fâcheux. »

C'est ainsi qu'à Bondy, par exemple, en abandonnant son poste, la garde nationale avait permis aux Prussiens de pénétrer jusqu'au milieu du village ; les braves mobiles de Tarn-et-Garonne n'en furent pas ébranlés, et se retournant contre les ennemis qui étaient déjà sur leurs derrières, ils leur firent payer cher cette au lace, et changèrent en un succès ce qui, gràee à la garde nationale, pouvait être un désastre. Nou> avons cette satisfaction de pouvoir dire : Les Prussiens ne nous ont jamais enlevé un p jeté. Ils l'ont essayé souvent, mais toujours sans réussir.

A Bondy, après un bombar lement de trente jours, les Prussiens ont fait des attaques de vive force, très hardies, de jour et de nuit, et ils ont toujours été repoussés. Il n'y a qu'un seul our où la garde nationale ayant lâché pie 1, ils sont entrés dans nos ligne?.

Général Ducrot, p. 17.

Je vous donnerai encore un détail sur la garde nationale. Un régiment avait pour objectif le parc de Buzenval. J'avais placé ce régiment de garde nationale entre deux régiments solides de l'armée ; quand il arriva au parc de Boispréau, le colonel de Miribiel, qui commandait la brigade, pressa le colonel de faire avancer son régiment. Les gardes nationaux qui entouraient le colonel, en entendant cet ordre, s'écrièrent : « Nous ne pouvons pas marcher, nous sommes fatigués, nous n'avons pas mangé depuis hier, nous vouIods faire la soupe. *

Ils sont restés ainsi dans le parc de Boispréau à faire la soupe. Ils l'ont même fait- deux fois. Le colonel de Miribiel les envoya chercher par son aide-de camp ; ils ont trouvé je ne sais quel prétexte et ne sont pas venus. Le soir, ils sont rentrés à Paris, et ce régiment, dont je viens de vous citer des exploits, a reçu à son retour huit croix, huit médailles et six citations. Il fallait bien les contenter, donner satisfaction à l'opinion publique qui était convaincue que la garde nationale était héroïque.

Général Ducrot, p. 24.

Un membre. — Vous parliez de récompenses abusives données à de mauvais bataillons. A qui en revient la responsabilité ?

m. le général ducrot. — C'était une des exigeaces imposées à ce pauvre Clément Thomas , qui était toujours en équilibre instable, entre l'ordre et la révolution.

Un membre. — Ainsi, c'est le général Clément Thomas qui a commis ces erreurs?

m. le général ducrot. — Nous-mêmes souvent nous commettons des erreurs ; nous donnons des récompenses à des gens qui ne les méritent pas, et nous laissons de côté ceux qni les méritent. Quand on a 100,000 hommes entre les mains, il est presque impossible de ne pas commettre d'erreurs. Clément Thomas était dans cette situation ; il avait 200,000 hommes sous

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ses ordres. On lui avait cité un régiment comme s'étant signalé, il l'a cru.

Général Ducrot, p, 25.

Quant au rôle de la garde nationale en ce qui touche l'ordre intérieur, quant à son esprit, les renseignements ne manquent pas.

Un fait significatif, qai prouve qu'on a beaucoup trop flat'é la garde nationale, qui ne valait pas grand chose, est celui-ci : au mois de janvier, on voulut installer dans leurs postes les o-ardieus de la paix. A peine étaient- ils insi allés dans le 4e arron dissement, qu'an marchand de vins de la rue Saint Paul, sergent dans la garde nationale, vint avec quelques. filles galantes et des marchands ambulants, enlevé*- les sergents de ville, qui furent r.-mplacés par des garde* nationaux. On n'osa rien dire, et cependant les gardiens de la paix avaient été institués avec l'assentiment de la mairie. Moi-même, je retenais an poste de la caserne Napoléon, deux voleurs qui avarient été arrêtés par la vindicte publique; je suis allé pour les interroger, on me traita de mauvais citoyen, et les voleurs furent mis en liberté.

C\ tait avant le 18 mars; il n'y avait plus ni gouvernement, ni autorité; c'était le comble de la faiblesse, chacua cherchait à conserver sa popularité.

M. Macé, p, 22 î.

Les gardes nationaux, qui se composaient en grande partie de petit* marchands colporteurs que les agents chassaient et de certains hommes dont la profession est infâme, les gardes nationaux se sont groupés, se sont jetés pur les postes et en ont chassé mes agents. Sur quoi, je me rendis au gouvernement et je dis : «Les chos-s ne peuvent pas aller hinsi ; si demain les journaux racontent ce fait, une véritable bataille s'engagera dans tous les quartiers où il y a des agents. Il faut que je les rétablisse à tout prix » Le général Trochu, avec un esprit! èsjuste peut-être, voulant éviter la bataille, me dit : « Il faut accepter ce que nous .ne pouvons pas empêcher» ce qui était vrai.

M. Cresson, p. 132.

Par s°ite de la situation dans laquelle se trouvait la gouvernement du 4 septembre, delà, désorganisation des services publics, de la désorganisation de la police, que le gouvernement s'était vu obligé: de sacrifier aux exigences du parti républicain il était alveinu que la garde nationale avait été chargée de faire la police pendant le siège, où l'on s'en était accomodé parce que mieux vaut une police mêœe médiocre que point de police du tout. Je faisais partie de la garde nationale; je sais que les officiers s'étaient habitués à faire des perquisitions domiciliaires; je faisais partie du 2e bataillon et j'ai vu eouvent de nos camarades montant la garde, arrêter sous le p!us frivole prétexte un passant, une femme, les accusant d'espionnage : quelquefois on est venu nous chercher pour monter dans des maison-' et tes fouiller p*rce qu'on avait vu d-? la lumière à dix heures du soir à une fenêtre, parce qu'il y avait des personnes sur un point stationnant dans tel ou tel costuma la garde nationale s'était hibituée à ces actes arbitraires, «lie les commettait sans scrupules ; continuellement. Dans le cen're de Paris, on ne s'ap avevait pas trop de la tyrannie qui en résultait, mais cette tyrannie était très grande dans les quartiers excentriques; on y faisait des per juisitions, de véritables spoliations, de nature à fhire prévoir des pillages plus considérables. Peu à peu, insensiblement tout avait été préparé pour un coup de main, la garde ua-ionale du désordre s'était emparé des quartiers excentriques et s'y retranchait.

if. Hervé, p. 169.

Aussi M. François Favre et M. Bethmcmt disent-ils :

m. favre. — La garde nationale a causé aux maires des désagréments de toute espèce ; pourtant, c'était la seule force que nous eussions sous la main. Dans les premiers temps, tout allait assez bien; mais, peu à peu, l'indiscipline se mit parmi les hommes, et ne fit que s'accroître, jusqu'au 18 mars.

M. François Favre, p. 382.

De telle sorte qu'avec la garde nationale en dehors de l'armée, alors surtout que le suffrage universel existe, et qu'elle n'est pas composée comme autrefois de censitaires, il est impossible qu'un gouvernement subsiste. Avec le système du cens, ou

comprend la garde nationale comme une sorte de contre-poids vis-à-vis du gouvernement ayant à sa disposition une autre armée composée d'hommes ayant sept ans de service. Mais sous le régime du suffrage universel, si vous faites une garde nationale et que vous donniez des armes à tout le monde, vous arriverez nécessairement à des journées de juin ou à des journées comme celle du 18 mars.

M. Bethmont, p. 178.

Mais M, Picard conserve son optimisme, et il déclare :

C'est l'organisation de la garde nationale qui a fait notre malheur. Je vais peut-être vous étonner, Messieurs, mais je ne suis pas de ceux qui condamnent le principe de la garde nationale ; c'est son organisation seule qu'il est nécessaire d'améliorer. Je suis encore partisan de la garde nationale, et je ne crains pas de le dire, même après ce qui s'est passé. La révolution du 18 mars a vu dans ses rangs, non-seulement des gardes nationaux, mais des soldats de l'armée.

M. E. Picard, p. 489.

On ne saurait s'étonner d'un tel aveuglement quand on songe qu'après la Commune, M. Thiers résistait aux exigences et aux désirs de l'Assemblée, et ne se résignait qu'avec peine au désarmement général des gardes nationales.

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