‹ Histoire révolutionnaire contemporaineChapitre 5 sur 92 · EN FRANCK, VU · texte numérisé non relu

EN FRANCK, VU

perdre, contre les indigens qui venaient de faire tomber les barrières (1). » Ce ne fut qu'à l'instigation des ambitieux et des turbulents de l'Assemblée que l'armement des Parisiens fut détourné dé son but, et dirigé contre la monarchie.

Emportée par le premier souffle de l'esprit de révolte au delà des limites de son droit, l'Assemblée avait pris, le 13 juillet, un arrêté réclamant le retour de Necker et le renvoi des troupes. Du même coup, le chef de l'État se voyait enlever l'indépendance de ses conseils, le droit de choisir ses ministres et jusqu'à la disposition des forces militaires. Joignant l'insulte à la violence, l'Assemblée nommait une députation chargée d'aller porter à Paris la réponse du roi, dans le cas où elle serait sage et juste, c'est-à-dire conforme à la demande de l'Assemblée nationale (2). Après un jour de fermeté, le roi céda; il vint lui-même à l'Assemblée le io, lui accorder le renvoi des troupes; et il accordait, le 16, le rappel de Necker.

La députation de l'Assemblée se hâta d'aller porter à l'Hôtel de ville, encore souillé du sang du prévôt Flesselles assassiné la veille, la soumission du roi, et les meneurs profitèrent de l'enthousiasme révolutionnaire de la séance pour prendre les mesures qui assuraient désormais à Paris la domination ; ils nommèrent Lafayette commandant des milices, et Bailly, non plus prévôt des marchand*, mais maire de Paris .

C'était déjà fini, la France n'avait plus de roi !

L'Assemblée était donc victorieuse, elle dominait désormais la monarchie. Cette nouvelle puissance parlementaire, représentée par quelques centaines d'hommes sans principes communs, dirigée ou plutôt tiraillée en sens divers par une cinquantaine d'ambitieux, allait marcher au hasard des événements, incapable à la fois de les prévoir et de les maîtriser, sans cesse harcelée et débordée par cette nuée d'agitateurs, nés du désordre social comme les insectes naissent des mages, dictature mobile et multiple, sans responsabilité et sans nom, dont les membres appartiennent à cette tourbe de brouillons et d'impuissants, caractérisée par la parole originale et énergique du journaliste Carra : Les intrigants sont les rois de la quatrième race (3).

Mais l'Assemblée nationale, si aisément triomphante, ne garda

(1) Marat, l'Ami du Peuple, n" û49.

(2) Moniteur, t. I, p. 155.

(3) Audoin, Journal universel, 3 août 1791.

Vin THÉORIE DES RÉVOLUTIONS

pas longtemps su conquête. Enveloppée comme Charles V par les routiers ses alliés, sans avoir un Duguesclin pour les éconduire ou pour les vaincre, elle est condamnée à subir tour à tour leur contact, leurs outrages et finalement leur domination. Le 15 juillet, Louis XVI était le prisonnier de l'Assemblée-, le t(> octobre, l'Assemblée sera la prisonnière de Paris .

Par le concours décisif qu'il avait donné, Paris était devenu le rival de Versailles ; il voulait avoir le gouvernement, c'est-à-dire le roi et l'Assemblée, pour faire de tous les deux une machine à décrets. Certes, l'Assemblée, par tactique, par conviction ou par peur, ne ménagea pas aux meneurs du Palais-Royal ou de l'Hôtel de ville les adulations les plus basses ou les soumissions les plus viles. Elle déclara inviolables les brûleurs des barrières et les autres pillards du 13 juillet, grâce à la pression de Marat qui s'en vanta (1), et elle ne se contenta pas de ne point faire poursuivre les assassins de de Launay, du major Salbray, de Flesselles, de Foulon et de Berthier ; elle écouta froidement l'apologie de ces massacres, faite le 18 juillet par Gouy d'Arcy et par Mirabeau, et le 23 juillet, par Barnave (2). Toutefois, l'humiliation la plus grande de l'Assemblée fut celle qu'elle subit le 2 août dans la personne de Thouret. Ce député venait d'être nommé président la veille. Comme il passait pour aristocrate, le Palais-Royal lui fit défendre d'accepter cet honneur: il donna sa démission le 3, sans avoir osé occuper le fauteuil, et personne, dans cette Constituante si fière de ses talents, n'osa résister à cette insulte publique.

Mais malheur à ceux qui s'allient aux révolutionnaires 1 les flatter ne dispense pas de les subir. Paris voulait posséder le roi et le siège du gouvernement; il va procéder aux préparatifs de l'abominable attentat du 5 et du 6 octobre, et il l'accomplira en plein jour, sans que du sein de ces pouvoirs déjà courbés devant la démagogie, il sorte, ni à Versailles, ni à Paris, un seul homme de cœur usant tenir tête aux misérables qui foulaient aux pieds les lois, les institutions et la monarchie.

Nous ne voulons pas raconter ici les odieuses journées du S et du

(1) Marat, l'Ami du Peuple, n° MO.

(2) Moniteur, t. I, p. 187.

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