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CHAPITRE XXIX

Les mourements du 26 seplcmbre, du 5 et dxx 8 octobre

Désordres qui suivent de près le 4 septembre. — Historique des manifestations. — Action de Flourens. — Mouvements de Belleville, de la Villette et de Ménilmontant

Les manifestations et les tentatives insurrectionnelles suivirent de près le funeste coup de main du 4 septembre. Voici le récit des journées du 26 septembre, du 5 et du 8 octobre par lesquelles le parti d'action préluda à la tentative bien plus grave, et qui fut presque triomphante, du 31 du même mois.

Une première manifestation de cent sept chefs de bataillons de la garde nationale conduits par MM. Vallès, Millière, G. Casse, Blanqui, Barbieux, Ulric de Fonvielle, avait eu lieu le 26 septembre. Reçus à l'Hôtel-de- Ville par MM. Picard et Gambetta, ils avaient pris pour texte de leur discours comminatoire l'appel aux élections municipales dans les vingt-quatre heures. C'était le prélude des hostilités. J'écrivis :

A M. le président du gouvernement.

Paris, 3 octobre.

« N'ayant, en qualité de préfet de police, ni voix délibérative, ni voix consultative daDs le gouvernement, et devant, cependant, dégager, dans la limite du possible, la responsabilité qui pèse

sur moi, en raison de la situation grave dans laquelle nous nous trouvons, j'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien m'autoriser à être entendu ce soir dan* le Conseil, pour y développer quelques idées que je crois utiles au service du pays.

« Signé : Comte de Kératry. »

Depuis le 4 septembre, j'avais entrée tous les soirs au Conseil du gouvernement, et j'y assistais en silence ; je répondais aux demandes que les ministres m'adressaie it, et je donnais les éclaircissements nécessaires sur la situation journalière.

Au conseil du soir, je déclarai, au gouvernement que Félix Pyat, Blanqui, Delescluze, travaillaient trè -activement à la Commune qui n' était qu'un mot d'ordre ; que le but réel était le renversement du gouvernement de la Défense. Je connaissais les moindres agissements dts meneurs par des agents surs et très-expérimentés qui avaient été jadis au service de l'Intérieur, sous M. de Forcade la Roquette, chargés qu'ils étaient de soutenir le s candidatures socialistes contre des candidatures républicaines ; i's connaissaient parfaitement toutes les individualités des clubs et leurs affinités. Certains agitateurs avaient eux-mêmes été des agents secrets de l'ancienne police. Je déclarai que la >ituati n était 1res grave, qu'une manifestation des 63% 172% 173e, 174° et 175e bataillonsdu XXe arrondissement avait été concertée à Belleville. Le prétexte devait être la remise des chassepots à la garde natio aie et une plus grand* énergie à apporter dans les mesures militaires. Le but réel était la prise de pouvoir par MM. Delescluze, Pyat, Blanqui et Flourens, ce deruier comme chef milii aire. Je demandai qu'o i revînt à la sage mesure que j'ai ais prise, dès le début du siège, et que M. le général Trochu avait annulée, à savoir, la fermeture des portes, puisque nous étions en état de siège. Sous prétexte, en effet, que les campagnes devaient trouver refuge dans Paris, nous affamions la capitale, et les Prussiens, giàce à la libre circulation de leurs espions/étaient tenus au courant de tout ce qui se passait chez nous, tandis que nous ignori >n > ce qui se passait de leur côté. De plus, tous les repris de justice qui refluaient dans Paris. Après avoir pilV la banlieue, venaient grossûr les bandes de Félix Pyat et de Delescluze. Mais le géuérd Tiorhu crut devoir maintenir cette disposition qui fut fatals : c'était donc en pure pevtft que j'avais l'ait évacuer sur la nrovin e, avant riu\v*us-iw:ir.

2,794 prisonniers valides, 10,132 vagabonds et 1,100 filles publiques, dans la courte période du 4 au 15 septembre, puisque le reflux des vagabonds et des repris de justice était journalier. A mon avis, ce maintien de la liberté des portes était une mesure regrettable.

Je demandai qu'on appliquât aux réunions publiques les lois de l'état de siège, tout en respectant la liberté de la presse. Il me semblât que les réunions publiques, qui dépassaient déjà toute me ure, devaient être absolument supprimées; car c'était là que s'organisait tous les jours le complot qui devait éclater le lendemain.

A cette occasion, je dois dire que j'ai trouvé MM. Jules Favre, Picard, Ferry, disposés aux mesures énergiques qui ^.'atteignaient en rien le respect de la liberté. Il me semblait, d'ailleurs, que nous n'étions pas dans les conditions ordinaires, et que, dans une ville en état de siège, en présence de l'ennemi, le salut commun nous imposait l'obligation de prendre des me -lires exceptionnelles. Je dus me borner à donner l'ordre que tous les cafés fussent fermés à dix heures, que les théâtres fissent évacuer leurs amas de décors et cessassent leurs représentation % peu en harmonie avec la situa'ion, et que tous les- débitants qui allaient enivrer nos soldats sur les remparts en fussent absolument banrjis.

Les mesures prises à la suite de cette séance firent avorter la tentitive du 5 octobre. Huit mille gardes nationaux, de ce:, du s de Bellevil e, sous la conduite de M. Flourens, débouchaient à midi sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Les membres du gouvernement, avertis, étaient présents. M. Flourens, suivi d'un étatmajor nombreux et d'une amputation de divers bataillons, fat reçu par le gouvernement. M. Flourens, décontenancé par l'attitude énergique de M. J. Ferry, donna sa démssion dans l'espoir de provoquer un mouvement par une protestation des gardes nationaux, ses électaurs. A sa sortie de l'Hôtel-de-Ville, tous les tambours battirent aux champs ; il prescrivit le défilé des huit mille gdrdes nationaux présents, aux cris répétés de Vive la Commune! Cette manife dation publique armée, et cette démission préméditée étaient le signal de la levée de boucliers des Blanquistes. Au^si, dès le 7 octobre au soir et dans la nuit, je fus prévenu que le grand mouvement concerté, depuis et avant le 4 septembre, allait éclater le lendemain. Félix Pyat, Blanqui. Delescluze, Flourens, Sapia, Tridon, Tolain, étaient à la tête du

mouvement communeux. Une prise d'armes devait avoir lieu dans les bataillons de Flourens, Blanqui, Millière et Le français.

Je fis immédiatement un rapport que j'envoyai au général Trocliu, à son hôtel, et j'avisai, par le télégraphe, le m'nistre de l'Intérieur, le maire de Paris, ainsi que M. Ferry qui me répondit aussitôt que des dispositions étaient prises. Le général Tamisier avait reçu l'ordre de porter ses bataillons, dès dix heures du matin, à l'Hôtel- de-Ville ; de mon côté, je prescrivais à la garde républicaine à pied et à cheval et à un bataillon de mobiles bretons de se tenir prêts à marcher; quant aux sergents de ville, je vous dirai tout à l'heure pourquoi je ne pouvais en disposer.

A dix heures, le mouvement s'annonça sur toutes les hauteurs de Belleville et de Montmartre; aucune disposition militaire ne se faisait encore pressentir; il n'y avait pas, à l'Hôtel-de-Ville, un seul bataillon. Précisément, deux compagnies de Belleville en avaient la garde des portes. Je télégraphiai à M. Ferry que la situation s'annonçait grave. Le général Tamisier, interrogé plusieurs fois, faisait savoir que ses bataillons arrivaient, qu'il se portait lui-même sur l'Hôtel-de- Ville. A deux heures, on ne voyait arriver ni bataillon, ni général Tamisier, ni personne. J'étais depuis midi et demi à l'Hôtel de-Ville avec M. Ferry, M. Etienne Arago et M. Pierre Véron. Enfin, à deux heures et demie, le bataillon Bixio arriva et se rangea devant l'Hôtel-de- Ville.

Certains membres du gouvernement faisaient grand fond sur le bataillon Bixio ; je ne partageais point cette confiance absolue. A trois heures, en effet, débouchèrent les bataillons de Blanqui, Millière, Lefrançais, la crosse en l'air, criant : Vive la Commune! L'aile droite du bataillon Bixio leva la crosse en l'air; on voulut alorsenvahir l'Hôtel-de-Ville. J'avais fait fermer toutes lesportes. Je fus obligé de rester pendant une demi-heure, assisté d'un commandant d'état-major de la garde nationale, M. Quesneau, ancien capitaine du Ie' chasseurs d'Afrique, qui a donné mille preuves d'énergie depuis le 4 sepfembre, le revolver à la main, adossé au mur entre la grille et les portes, déclarant que je brûlerais la cervelle au premier qui escaladerait la balustrade. C'est ainsi que je les contins.

Enfin, je fus avisé de l'arrivée de la garde républicaine et des mobiles bretons que je prescrivis de faire passer par le souterrain qui faisait communiquer l'IIôtel-de- Ville et la caserne Napoléon. Une fois disposés à l'in'érieur sur tous les gradins

des escaliers, je donnai à M. Chevriau, commandant militaire de l'Hôtel-de Ville, dont la vigueur ne s'est pas démentie un seul instant, l'ordre de faire feu, si on attaquait. Il me réclama un ordre écrit, je le lui signai. Je fis alors ouvrir les portes. Dès que les bataillons communards virent les mobiles bretons en force, et déterminés comme leurs chefs, ils demandèrent seulement à envoyer une délégation, ce qui leur fut accordé. L'expédition était manquée.

M, de Kêratry, p. 660.

Auparavant déjà, entre midi et une heure, j'étais allé avec un petit détachement armé, dans un café de la rue de Rivoli, pour arrêter MM. Lefrançais, Félix Pyat, Delescluze, Cluseret, Sapia et Briosne, retirés dans un café, à l'angle de la place, attendant les événements et prêts à se montrer quand la partie se serait dessinée favorablement, et alors que le péril eût été moindre. Mais l'affaire ayant échoué complètement, les bataillons de l'ordre arrivant, quoique bien tard, il était quatre heures (grâce à l'incurie du général Tamisier), les communards se séparèrent. Une revue des bataillons de l'ordre fut passée sur la place par le gouvernement provisoire, qui fut acclamé, à la grande confusion des agitateurs. Le lendemain soir, en séance du gouvernement, je demandai l'arrestation de Flourens et de Blanqui, que je considérais comme les plus coupables et les plus dangereux des chefs du mouvement; l'un, Blanqui, conspirateur émérite, ne risquant jamais sa vie dans une situation difficile; l'autre, Flourens, un véritable agitateur. J'observai qu'il fallait absolument renoncer à une indulgence aussi dangereuse pour l'ordre que pour la défense de Paris.

La discussion engagée sur ce terrain et sur les noms de Flourens et de Blanqui dura deux heures ; le vote eut lieu : tous les membres du gouvernement votèrent l'arrestation de Flourens et de Blanqui, excepté M. Rochefort, qui s'abstint sur les deux arrestations, et M. Emmanuel Arago qui ne s'abstint que pour l'une des deux, je ne sais plus laquelle.

Je demande pardon à la Commission, mais j'ai commis une légère erreur de date : cette séance n'eut lieu que le 10 octobre, c'est-à-dire le surlendemain du mouvement.

Je demandai au gouvernement que l'arrestation fût faite la nuit même : cela fat ainsi convenu. J'avais fait suivre depuis le matin, par la police, les deux chefs de bataillons insurgés; les

derniers rapports indiquant leurs traces, dataient de neuf heures ; ils établissaient leur présence au club de Belleville. Je réclamai de pleins pouvoirs ; on me les conféra, avec droit de requérir la garde nationale au besoin.

M. de Kératry, p. 659.

Nous avons eu aussi, le 8 octobre, à l'Hôtel-de- Ville un mouvement démagogique qui était dangereux parce qu'il était armé, en ce sens que les bataillons de Belleville étaient descendus leur musique en tête et tambours battant. Arrivés sur la place, au lieu d'attaquer l'Hôtel-de- Ville, ils formèrent les faisceaux et firent monter leurs officiers> qui étaient bien au nombre de cent-soixante ou deux cents. La démagogie avait là de nombreux représentants. Flourens, qui était leur chef parla violemment. Je lui répondis avec calme et fermeté, et m'adressant aux officiers qui l'entouraient, je leur montrai, me plaçant au point de vue militaire, qu'ils manquaient à tous leurs devoirs, qu'ils étaient complètement en dehors de leur droit ; qu'en se faisant suivre à l'Hôtel-de-Ville par des bataillons armés, ils commettaient un acte insurrectionnel, et que j'allais être dans la douloureuse obligation de faire rentrer dans Pari?, pour les réprimer, mes troupes qui étaient devant l'ennemi. Beaucoup m'approuvèrent et le reste se tut.

Général Trochu, p. 280

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