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EN FRANCE. IX

6 octobre. On sait qu'elles avaient pour but et qu'elles eurent pour résultat d'enlever le roi, la reine et la famille royale et de les conduire à Paris (1). Mais notre sujet nous oblige à exposer la conduite des pouvoirs publics qui s'étaient substitués à la royauté, et de dire comment Bailly et Lafayette à Paris, l'Assemblée constituante à Versailles, défendirent contre les entreprises d'une seule ville le dépôt des droits et de la dignité de la France, dont ils s'étaient constitués les gardiens.

Tant qu'il s'était agi d'escalader le pouvoir, Lafayette et Bailly avaient trouvé l'insurrection utile; dès qu'ils furent nantis et repus, ils trouvèrent l'insurrection indiscrète et coupable.

Bailly, modeste académicien, recevant tout à coup et à la fois la mairie, un palais, cinquante mille francs de frais d'établissement et soixante mille livres de traitement, était bien payé pour se plaindre des turbulents qui venaient troubler son repos. «Les premières agitations du Palais-Royal, dit-il, avaient été utiles; mais, dès le 5 août, nous étions occupés d'établir une bonne police, et de prévenir les commotions dirigées par des malintentionnés, commotions qui désormais ne pouvaient être que dangereuses. Rien de plus heureux, en ces circonstances, que le mauvais temps, et les jours de grande pluie j'étais à mon aise (2). »

C'était aussi Favis de Lafayette, qui ne trouvait plus que l'insurrection fût le plus saint des devoirs, depuis qu'il avait à la réprimer ; et, comme il était plus prudent décompter sur la force régulière que sur l'intermittence des orages, ils firent prendre, le

7 août, par le Conseil de la Commune, un arrêté contre les attroupements séditeux (3).

Que Bailly, homme de lettres, vaniteux et timide, manquât de l'énergie nécessaire dans l'exercice du pouvoir aux époques troublées, nul n'en saurait être surpris; mais que Lafayette, un soldat, se soit montré sans cœur et sans honneur devant le crime, c'est ce qui pèsera éternellement sur sa mémoire.

Il avait organisé un corps de milices de 48,000 hommes, auquel il donna le nom de garde nationale, par opposition à celui de gardes françaises. 9,'JOO hommes formaient une garde soldée, chargée du

(1) Voir mon Histoire fies causes- de la Révolution française, t. III, chap, m, t. VII.

(2) Bailly, Mémoires, t. III, p. 25 Pt 39.

(3) Bailly, Mémoires, t. III p. 39.

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service réguMor | :s7,:i00 hommes composaient les bataillons des citoyens. Nommé par hasard, sur la proposition de Brissot, par une réunion tumultueuse, il était moins le chef que l'esclave de ses soldats, trois circonstances décisives le prouvèrent bien.

Lagardo soldée comprenait les déserteurs des gardes françaises ot des autres régiments, en l'honneur desquels Lafayette avait demandé une médaille (t). Son autorité sur ces hommes flattés et démoralisés par lui était nulle.

Le. 22 juillet, la populace se met en devoir d'assassiner le contrôleur général des Finances, Foulon. Lafayette, qui veut empêcher ce meurtre, parle ainsi à ses soldats : « Je suis connu de vous, vous m'avez nommé pour votre général, vous voulez faire périr sans jugement cet homme qui est devant vous; c'est une injustice qui vous déshonorerait et qui me flétrirait moi-même (2). » Quel fut l'effet de ces paroles? Foulon lut immédiatement pendu, en présence de Lafayette, qui n'osa pas donner un ordre à ses soldats.

te 23, la même populace amène et veut assassiner l'intendant général Berthier. Lafayette qui avait harangué inutilement ses soldats la veille, change de méthode : « Il accourt, se jette à genoux, dit le Moniteur, et, prosterné devant le peuple, il implore sa miséricorde (.1). » 11 eut le succès qu'on peut espérer des démagogues lorsqu'on leur parle à genoux. Foulon fut pendu à la lanterne de la Grève, et Lafayette monta à l'Hôtel de ville pour délibérersur les affaires publiques.

Le crime et la honte l'y suivirent. « Une personne effrayée entre au Comité, dit un témoin oculaire ; ses yeux hagards cherchent M. de Lafayette. .Monsieur le marquis, s'écrlé-èlle, ili veulent vous apporter son cœur. M. de Lafayette, à ees mots, troublé, hors de lui,

ClUi: CET UOMME DÉ LEUR DIRE QUE L'ON ESÎ A DÉl.USKRhR ; que. . . il Ë6|

interrompu, un second arrive: Monsieur le marquis, ils vous l apportent, son cœur. 11 n'avait pas prononcé ces paroles, qu'un troisième so précipite, tenant dans ses mains sanglantes ce cieui encore palpitant: Voilà, dit-il, vôita le avur... c'est 'moi qui l'ai

(1) Bailly, Mémoires t. III. p. 27. Cet appel honteux à la désertiou toi ai i>icn entendu, que, te 19 août, Lafayette toi obligé de (aire prendre les armas pour repousser les Boldats qui arrivaient do tous cotés. Voy. Li.uiu, i/c" . .

t, III, p. Vh

(2) listi Uy, Mém. t. Il, page -J00.

(:i) Moniteur^ t. I, p, 2.s£>.

f.N FRANCE, vr

arraché (i). Lafayette et Bailly continuèrent à délibérer plus que jamais. « Lorsque l'homme entra, dit le bon maire, portant un morceau de chair ensanglantée, nous avons détourné la voé, et on l'a fait retirer; alors, il fallait prendre des prétextes pour se refuser à ces atrocités (2). »

Voilà en quelles mains était la France. Vienne le «i octobre, Lafayette se mettra à la tête de ses soldats par leur ordre, et, parvenu à Versailles, à l'heure nocturne où les porteurs de piques ébranlent la porte de la chambre à coucher de la reine, gardée par le fidèle Miomandre de Sainte-Marie, qui y périt, le héros des deux mondes dormait d'un profond sommeil à l'hôtel de INoailles.

Témoin de ces attentats, provoqués par son obséquiosité envers la plus hideuse populace, l'Assemblée constituante ne 6era ni plus patriotique, ni plus digne, ni plus brave.

Il était trois heures et demie, le 5 octobre, lorsque les bandes parties de Paris se présentèrent à l'Assemblée constituante. L'huissier Maillard, le futur assassin de septembre, les conduisait. 11 entra tenant à la main une épée nue. C'était celle d'un suisse des Tuileries, que les femmes qu'il conduisait avaient assassiné en partant (3). L'Assemblée se révolta d'abord contre le langage de ces bandes ; mais Maillard finit par lui intimer l'ordre de nommer une Commission, chargée d'aller demander au roi une audience pour lui et pour ses femmes. L'Assemblée obéit. Mounier, qui la présidait, nomma la Commission, se. mit à sa tête et alla présenter au roi ces émissaires des clubs de Paris (4).

Cependant la masse de ces femmes, mêlées à d'affreux bandits armés de piques et de haches, resta dans l'Assemblée, insultant les députés, criant à bas lescalotïns, et forçant le vice-président, l'évêque do Langres, à recevoir leurs immondes baisers. Les bandits, assis au milieu des députés, prennent part à la discussion et volent avec eux.

Mounier, rentré à dix heures, trouva la salle des séances pleine

(1) Corsas, Courrier de Paris à Versa' lies, n" 17.

(2) Bailly, Mém. t. II, p. 303.

(3) Moniteur, t, II, p. 539. — Déposition de Maillard,

{'a) Mounier, Faits relatifs à la dernière insurrection, p. ]:>, 1G, 17.

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