CHAPITRE XXXII
Composition d.e la ' délégation de Tours
M. Crémieux a d'abord tous les ministères. — Le portefeuille de la guerre change de mains. — Rôie de M. Glais-Bizoin. — Dissentiments au sen du trmmvirat. — Arrivée de M. Gambetta. — Effet qu'elle produit sur ses collègues. — Sa voix prépondérante. — Il s'arroge le ministère de la guerre avec celui de l'intérieur. — Sa dictature.
A la veille de l'investissement de Paris, le gouvernement du 4 septembre envoya à Tours une délégation qui était d'abord composée du seul M. Crémieux, chargé de tous les ministères.
Je dois vous faire remarquer, Mes>ieurs, que jusqu'au jour où l'on a envoyé MM. Fourichon et Glais-Bizoin, j'ai été le seul ministre à Tours, même pour la guerre. Or, avocat, j'étais bien peu compétent pour diriger ce ministère, quoique je ne visse pas la France engagée comme elle l'a été plus tard. Mais je trouvai en arrivant à Tours, des hommes marquant dans l'armée, les généraux Lefort, Véronique, La Motterouge et le brave major-général Borel. Je leur dis: «J'ai besoin de vous; c'est moi qui viens vous demander, et qui me ferai un devoir d'écouter vos conseils; dirigez-moi, présentez-moi les décisions qui sont nécessaires. » Seulement comme j'engageais ma responsabilité, j" ne donnais ma signature qu'après un examen, qui était toujours pour moi une instruction.
Heureusement cette situation ne dura pas longtemps. Au bout de quelques jours, on m'adjoignit l'amiral Fourichon,
comme ministre de la marine et de la guerre, et mon collègue Glais-Bizoin.
M. Crémieux, p. 581.
Bientôt à ce seul membre de gouvernement on adjoignit M. l'amiral Fourichon, qui dut prendre, au grand déplaisir de M. Crémieux, les portefeuilles de la guerre et de la marine, et M. Glais-Bizoin, qui, après la démission de l'amiral, reçut non le titre, mais les fonctions de ministre de la guerre.
Ce gouvernement ainsi constitué fat bientôt laissé indépendant de Paris, les fils télégraphiques ayant été coupés.
M. Crémieux était parti de Paris ayant tous les ministères. Il nous vit arriver avec un certain déplaisir, d'ailleurs assez naturel, puisqu'il se voyait dépossédé d'une portion de ses pouvoirs.
Il fit même le premier jour insérer, à ce sujet, quelque chose d'équivoque dans le Journal officiel.
Amiral Fourichon, p. 638.
M. glais-bizoin. — L'amiral Fourichon eut la Guerre et la Marine. Crémieux avait par délégation les autres ministères. Il élait parti avec cette délégation, mais ne pouvait l'exercer que dans le cas où l'interruption des communications aurait lieu; de sorte que lorsque nous arrivâmes, nous trouvâmes Crémieux en possession des ministères des finances, des travaux publics de l'intérieur, et titulairement du ministère de la justice. Les travaux de ces départements se faisaient sous la direction de Crémieux, par des chefs de service qui assistaient au Conseil, jusqu'à l'arrivée de l'amiral, qui ne voulut pas délibérer en présence des divers chefs de service, dont les rapports auraient été cependant très-avantageux, lorsque nous voulions délibérer sur les affaires générales.
Après la rupture des communications télégraphiques, l'amiral eut deux portefeuilles; les autres se trouvaient entre les mains de Crémieux. Lorsque l'amiral quitta le portefeuille de la guerre pour la seconde foi:?, Crémieux, qui était titulaire de tous lei portefeuilles avant notre arrivée, dit que ce portefeuille de la «merre devait lui rester entre les mains, en vertu de la délégation générale qui lui avait été donnée à Paris. Il y tenait par amour-propre ; mais ne connaissant pas les affaires do la guerre
il me dit: — Glais-Bizoin, chargez-vous-en, mettez -vous -en rapport avec le général Lefort, les choses n'en marcheront que mieux ; — et pour tout ce qui regardait les choses de la guerre, on s'adressait à moi, assisté du général Lefort.
m. de rainneville. — Alors, vous étiez ministre de la guerre?
m. GLAis-Bizow. — C'était plutôt le général Lefort.
m. le comte daru. — C'était ni l'un ni l'autre, puisque M. Crémieux signait.
m. glais-rizoin. — C'était en effet Crémieux, mais il ne s'en occupait pas.
m. le comte daru. — Vous vous occupiez donc du ministère de la guerre officieusement; mais le ministre titulaire était M. Crémieux.
M. Glais Bizoin, p. 615.
Tous les ordres venaient de Paris, et c'est à partir du jour de la rupture des fils télégraphiques que nous dûmes agir comme si le gouvernement de Paris n'existait plus.
Un, membre. — C'est à ce moment que M. Gambetta est arrivé ?
m. glais-bizoin. — Gambetta n'est arrivé que le 8 octobre, c'est-à-dire vingt-et-un jours après.
m. le comte daru. — Pendant cette période de vingt-etun jours M. Crémieux était chef de l'administration [française, les fils télégraphiques étaient coupés.
M. Glais Bizoin, p. 615.
L'acco'd ne fut pas long entre ces trois gouvernants et M. Crémieux nous raconte quelqu'une de leurs luttes intestines.
Notre accord ne dura que jusqu'au 3 octobre. Vous verrez dans la brochure que je vous ai remise, qu'une grande discussion s'éleva entre nous. Le gouvernement se sépara en deux : d'un côté l'amiral Fourichon, de l'autre Glais-Bizoin et moi.
Si vous saviez dans quel état était la France en ce moment ! dans combien de grandes villes des républicains dévoués se mettaient en opposition (non pas en révolte) avec nous 1 ils voulaient la République, mais ils ne la voulaient pas comme nous. Et ces dissidences, il n'est pas facile de les apaiser, quand on a devant soi, non pas des ennemis à combattre, mais
des amis qui veulent servir à leur manière le nouveau gouvernement. Malheureusement, dès les premiers jours, l'autorité civile se trouva en conflit avec l'autorité militaire, et le peuple se promu ça contre l'autorité militaire et pour l'autorité civile. Glais-Bizoin et moi, après bien des discussions en conseil, nous prîmes le parti de faire prédominer l'autorité civile. L'autorité militaire, liée par son règlement et fa hiérarchie, élevait des difficultés qui entravaient notre marche. Un jour, à ce propos, eut lieu une grave discussion. Une querelle très-vive s'était élevée entre M. Challemel-Lacour, préfet de Lyon, et le brave général Mazure. Glais-Bizoin et moi nous fûmes d'avis que le général devait se rendre aux ordres qui, envoyés par la délégation, lui seraient remis par le préfet. L'amiral Fourichon fut d'un avis contraire ; nous persistâmes. Contre notre volonté définitivement déclarée, il nous annonça qu'il abdiquait le ministère de la guerre. Je dois reconnaître qu'à cette occasion, il se conduisit de la façon la plus distiaguée, la plus noble : * Mes chers collègues, dit-il, à mon âge, avec mes précédentsmilitaires, soumettre l'autorité militaire à l'autorité civile ! mais je serais dégradé aux yeux de tous mes compagnons d'armes. Je ne le puis pa?, je ne le veux pas, au moment surtout où la discipline est chose si importante. J'abdique mon ministère, si vous persistez tous deux dans votre opinion. »
Voilà comment j'ai conservé le ministère de la guerre, depuis le 3 octobre jusqu'au 12, jour où il a passé entre les mains
de M. Gambetta.
M. CrémifH», p 582.
Mais après avoir ainsi repris ce titre de ministre de la guerre qu'il tenait à conserver avec tous les autres, M. Crémieux ne tarda pas à le perdre et à perdre en même temps la réalité du pouvoir. M. Gambetta fut envoyé de Paris. M. Ducrot expose que ce choix lut imposé par la démagogie. MM. Jules Favre et Picard en donnent d'autres raisons.
Un fait encore qui a été une conséquence du système révolutionnaire, — car c'est là surtout ce que je reproche à ces hommes, c'est qu'ils étaient complètement dominés par l'idée de parti ; faire triompher leur parti passait avant tout, — c'est l'euvoi de M. Gambetta en province ; on savait que les armées n'étaient pas bien organisées, que la direction manquait, et beaucoup de gens avaient la peusée que, puisque avant tout il
fallait se préoccuper de la défense nationale, il eût été convenable d'envoyer un militaire. Je vous le dirai franchement, et sans y attacher d'importance personnelle, beaucoup de personnes vinrent me dire : « Général, vous feriez mieux d'aller en province; vous y seriez plus utile qu'à Paris. »
Beaucoup de ces messieurs doivent se rappeler que plusieurs journaux m'avaient fait partir en ballon, tant ma présence dans les armées de province paraissait naturelle.
Pressé par mes amis, j'allai trouver le gouverneur de Paris ; je lui dis : « Nous n'avons personne en province, ici je suis votre doublure, n'est-il pas plus avantageux pour le pays que j'aille le servir hors des remparts de Paris pour tâcher de seconder nos camarades et de concourir avec eux à la délivrance commune? »
Je tenais ce langage au général Trochu avant le départ de M. Gambetta.
Le général Trochu me répondit : « Ce que vous me demandez, j'en ai eu plusieurs fois la pensée. Oui, certes, d'un côté, je vous verrais volontiers à l'extérieur ; mais, d'un autre côté,' ce serait fort imprudent. Si je venais à manquer à la défense de Paris, je ne vois que vous pour prendre le commandement en chef. Toutefois j'y réfléchirai. »
Quelques jours après cette conversation, M. Gambetta fat envoyé à Tours auprès de la délégation du gouvernement.
Général Ducrot, p. 5.
Au moment de l'investissement de Paris, nous avions envoyé en province trois d'entre nous. Je dis trois, parce qu'aux deux premiers, l'amiral Fourichon et M. Crémieux, s'était joiat M. Glais-Bizoin. Nous avions l'habitude de considérer M. Glais- Bizoin comme un homme très-courageux, très-ferme. Notre opinion était que dans le pays il pouvait exercer une grande influence. Et puis enfin, — que voulez-vous? blâmez-nous-en, si vous trouvez que nous le méritons, — mais c'était à qui ne quitterait pas Paris. Et pourquoi, messieurs? Parce que Paris était le lieu du danger, que chaque jour nous courions le risque d'être égorgés, que nous nous attendions à tout, que nous sentions que nous allions être bombardés. Pour ma part, je croyais que l'attaque aurait été plus prompte, et l'idée d'aban-
doiinvr Paris, cette ville alors si menacée et si malheureuse, en face' de si grands périls, cette idée m'était extrêmement pénible. Peut être aurions-nous dû nous élever au-dessus de ces considérations; mais le conseil a pensé à M. Gambetta qui était jeune, plein d'énergie, qui d'ailleurs était ministre de l'intérieur ; c'est là, pour mon compte, ce qui m'a surtout déterminé; que M. Gambetta, en sa qualité de ministre de l'intérieur, devait avoir de l'action sur les préfets ; ceux-ci ne me connaissaient pas, et si je leur avais parlé, ils [ne m'auraient peut-être pas obéi. C'est pour cette raison que Gambetta est parti. Nous avons tous la responsabilité de son départ : pour moi, je ne la repousse pas, je trouve même, permettez-moi de le dire, que M. Tbiers a eu tort de séparer notre cause de celle de l'extérieur. Nous ne sommes pas certainement responsables des faits et de leur exécution, mais quanta l'intention, il est bien vrai que nous avons voulu soulever la France, jusqu'à ce qu'elle ne pût plus réellement se défendre, et je coDfesse que si. c'était à refaire, je le referais; si nous étions en face d'une nouvelle guerre, et si je croyais que la France eût quelques chances de succès, j'agirais de même.
M. Gambetta est donc parti pour la province.
M. Jules Favre, p. 336.
Le gouvernement résolut d'envoyer près d'elle M. Gambetta. qui, du reste, demandait lui-même à partir. M. Gambetta s'en alla en ballon, ce qui était fort courageux, et réussit à franchir les lignes prussiennes. Je crois que quelque temps après, il fut rejoint par M. Ranc, sur la permission qu'en donna le général Trochu, qui, évidemment, en ces matières, était assez inexpérimeuté, et qui aurait dû s'adresser à nous. Cela a été évidemment malheureux. M. Ranc avait été présenté au général Trochu, comme pouvant nous rendre des services dans les départements.
if. Picard, p. 488.
Quant à M. Trochu, il affirme que M. Gambatta fut choisi parce qu'il était le seul qui pût envisager, sans en être troublé, le vovage en ballon.
Mes collègues, qui le connaissaient beaucoup mieux que moi, le jugèrent plus apte qu'aucun d'eux à remplir cette mission de délégué ; je sais bien que, quant à moi, sans la moindre hésitation, je considérai M. Gambetta comme étant le seul qui pût envisager le voyage en ballon sans en être troublé.
Et c'est ainsi que souvent dans les affaires humaines, des faits
qu'on attribue à des vues et à des combinaisons d'une haute
portée, ont pour origine, je ne dis pas unique, mais principale,
des nécessités ordinaires. J'en donne la preuve, en rappelant
qu'on était unanime dans le conseil à reconnaître que c'était
M. Jules Favre, vice-président du conseil et très-autorisé, qui
convenait expressément à cette mission. Mais, outre qu'il avait
déjà exprimé sa volonté de rester dans Paris par des motifs que
j'ai fait connaître, on ne pouvait guère proposer le ballon à un
homme de cet âge.
Général Trochu, p. 283.
Quoi qu'il en soit, cette arrivés consterna la délégation. M. Gambetta arrivait avec deux décrets : l'un ajournant les élections, l'autre lui donnant voix prépondérante. Ce dernier décret surtout froissait M. Crémieux et ses collègues.
Son arrivée au milieu de nous était une force nouvelle. Nous lui aurions fait une réception enthousiaste. Mais à ce premier élan sucééda la consternation. Gambetta était porteur de deux décrets : l'un, qui le précéda dans une dépêche qu'il nous expédiait en descendant de son ballon, et que nous fîmes immédiatement connaître par sa publication au Moniteur, annulait le décret de la délégation qui fixait les élections au 16 octobre; il le3 ajournait indéfiniment. L'autre, qu'il nous commue iqua, dont nous ne voulûmes pas autoriser l'impression, donnait au nouveau délégué voix prépondérante, en cas de partage, dans le constil.
œ Je voulus donner ma démission de membre du gouvernement et me retirer.
« J'étais, moi, président du conseil, j'étais ministre de la justice, j'avais voix prépondérante. »
M. Crémieux, p. 585.
M. Fourichon songea à se retirer; mais une lettre d'un de ses amis, ministre à Paris, qui exaltait Gambetta, et faisait la part de ses ardeurs méridionales, le retint.
i&2 HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE
Je vis bien là poindre la dictature, et je déclarai que je me retirais. Tout le conseil insista pour me détourner de ce projet ; M. Gambetta fut pressant comme les autres. — « On croira que c'est mon arrivée qui vous a fait quitter, ne me mettez pas dans cette situation. » Il m'apportait une lettre d'un des ministres de Paris, qui vous expliquera pourquoi je ne me suis pas retiré dès cette première séance. Voici quelques passages de cette lettre :
t M. Gambetta est un homme d'une rare élévation d'esprit et a de cœur: la nature particulière de son magnifique talent le « rendait le plus propre que je sache à l'importante et impé- « rieuse mission qu'il va remplir. Vous trouverez en lui, j'en « suis sûr, le plus précieux comme le plus puissant appui. (A Paris, on me croyait encore chargé de l'intérim de la guerre.)
« Le gouvernement tout entier compte absolument sur votre c ardent concours et sur votre amour passionné du pays. Gamc betta et vous, pouvez faire de grandes choses.
« Surtout, mou cher ami, et j'y reviens, ne vous étonnez pas « des premières ardeurs méridionales de Gambetta. C'est une « grande et belle âme, une nature riche et une puissante intel- « ligence ; je suis convaincu que vous vous entendrez tous les a deux bien vite et complètement. »
Sur de pareilles assurances je me décidai à rester, au moinsprovisoirement, malgré ma répugnance à accepter les pouvoirs excessifs que le gouvernement de Paris venait de conférer à M. Gambetta. Je déclare tout de suite que je n'ai jamais eu à me plaindre de mes rapports personnels avec ce collègue et que. j'ai confiance dans ses bons sentiments pour moi.
Amiral Fourichon, p. 036.
Le fait de la prépondérance attribuée à M. Gambetta est certain et résulte des dires suivants :
D'après une autre version, M. Gambetta aurait eu seulement voix prépondérante en cas de partage.
m. glais-bizoin. — Il n'avait pas d'autre pouvoir que chacun des membres de la délégation ; nous ne l'aurions pas souffert , en cas de partage, il avait seulement voix pivpouderuute.
m. le président. — Il fut nommé ministre de la guerre, grâce à sa voix prépondérante ?
m. glais-bizoin. — Si l'amiral Fourichon ne lui avait pas donné sa voix, il n'aurait pas été ministre de la guerre. Du reste, je puis vous affirmer que nous lui avons imposé la loi plus souvent et plus durement que nous ne l'avons reçue de lui. Ce qu'il a fait en dehors de nous, et ce qui nous était inconnu, ce sont des signatures qu'il a données pour des détails de l'administration de la g-uerre, des nominations déplorables de gens qui devaient présider à l'organisation, et qui ne servirent qu'à le discréditer. A côté de cela, il fit d'excellents choix, en nommant Chanzy, d'Aurelle de Paladines, qui, cependant, perdit Orléans.
M. Glais-Bizoin, p. 619.
m. jdles ferry. — Voici dans quelles conditions M. Gambetta était parti de Paris.
Il était parti de Paris avec de pleins pouvoirs et on les lui avait donnés sous cette forme, qu'il aurait voix prépondérante.
La délégation, vous le savez, se composait de MM. Crémieux, Glais-Bizoin et de l'amiral Fourichon. Eh! bien, pour donner à M. Gambetta le caractère que nous voulions lui donner, nous rendions un décret par lequel il était décidé qu'en cas de division entre les membres de la délégation, M. Gambetta aurait voix prépondérante.
Un membre. — Quelle était la raison de son départ?
m. jules ferry. — La Taison avait trait aux élections, mais sa mission était plus générale. Il devait surexciter le sentiment de la défense; car les personnes qui faisaient partie de la délégation n'avaient pas l'activité, la jeunesse nécessaires pour réveiller le pays et exciter son patriotisme.
Notre pensée sur le siège de Paris à ce moment, comme toujours, était celle-ci : Il faut tenir jusqu'au bout parce qu'il est impossible que l'Europe n'intervienne pas, — nous croyions à cette époque encore que l'Europe interviendrait, — ou que les départements ne se lèvent pas en masse. Les départements ont des armes, des hommes; si Paris tient bon, avec ses ressources d'armes et d'hom eues, la province débloquera Paris. Tel était notre raisonnement, il était bien simple, et la résistance de Paris n'aurait pas eu de sens si l'on n'avait pas cru à l'une de ces deux choses : soit à l'intervention étrangère amenant un
OtW HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE
armistice et par conséquent une assemblée, soit à un'secours venu des départements. C'était notre seul mobile, et si nous avions pensé que les départements ne se lèveraient pas, nous n'aurions pas envoyé M. Gambetla en province.
Sa mission était donc d'organiser la défense, d'exciter, de réchauffer, de donner la vie, de mettre de l'ordre dans cette confusion que nous sentions, même à travers la distance, dans le gouvernement de Tours. En même temps, M. Gambetta avait mandat de ne pas faire les élections.
Je crois du reste, et on l'a dit depuis, que l'arrivée de M. Gambetta fut aiDsi comprise dans les départements; la nouvelle de sa venue les anima et fut une cause de confiance et d'espérance.
M. J. Ferry, p. 333.
Il a été commis une très-grande faute dont on ne parle pas; je vais vous la dire. On a donné à M. Gambetta des pouvoirs trop étendus que n'avaient pas les autres membres du gouvernement. Je l'ai combattue, cette faute, en montrant que l'amiral Fouricbon, bomme considérable, très-dévoué et très-sûr, qui était alors tout à la fois ministre de la guerre et ministre de la marine, ne pourrait pas supporter la situation qu'on allait lui faire. J'admettais que M. Gambetta pût très-utilement seconder les autres membres de la délégation avec l'activité de son esprit et l'activité de son âge, mais je ne pouvais pasm'imaginer qu'il allait s'entourer d'un état-major, s'instituer général en chef, conduire les affaires militaires. Son arrivée et la direction violente qu'il donna à tous les services publics, contribuèrent certainement au développement très-rapide et vraiment trèsremarquable de l'organisation improvisée des armées.
Mais ces avantages furent neutralisés par le trouble qu'il jeta dans l'esprit public, et par les défiances qu'il fit naître. Tous les directeurs d'affaires militaires qui étaient attachés à la délégation donnèrent successivement leur démission.
m. LE président. — Pardon, soyez assez bon, général, pour revenir à la question qui vous avait été posée. Comment et par qui a été décidé le départ de M. Gambetta pour les départements?
M. LE GÉNÉRAL ihociiu. -- Mais j'ai surabondaninuMit répondu à cette question, en montrant que ce départ fut décidé par tout
CONTEMPORAINE <3u5
le monde dans le Conseil, daDS les circonstances et par les raisons que j'ai dites.
Un membre. — Pourquoi n'a-t-on pas pensé à envoyer un général au lieu d'un avocat pour diriger les affaires militaires de la France ?
m. le général trochu. — Mais le gouvernement même, en donnant à M. Gambetta des pouvoirs très-étendus, ne prévoyait pas qu'il se ferait général en chef, raisonnant et fixant la stratégie des opérations. Les généraux ne manquaient pas plus à la province qu'à Paris. Il y avait le général d'Aurelle, le général Bourbaki et beaucoup d'autrts. Aussi, quand vers la fin du siège, le général Ducrot qui considérait et exprimait qu'il n'y avait plus rien à tenter à Paris qui put réussir, vint me demander de l'envoyer en province, où il croyait pouvoir rendre de plus utiles services, je ne fus nullement de son avis et n'accédai pas à sa demande. Il était mon meilleur et plus énergique collaborateur, et je pensais qu'à Paris nous devions continuer nos efforts jusqu'à la dernière heure.
Général Trochu, p. 283.
M. J. Favre, qui a ignoré ou oublié tant de choses, ne savait pas que M. Gambetta eût autre chose que des pouvoirs ordinaires, et il ne comprend pas qu'il se soit fait ministre de la guerre. M. le général Le Flô ne croit pas que le gouvernement ait voulu donner la dictature à son nouveau délégué.
m. le président. — On prétend que M. Gambetta en a eu.
m. jules favre. — Pour M. Gambetta, c'est autre chose. Quand il est parti, nous étions pleins de souci sur les élections du 16 octobre; nous avions peur surtout que, pour Paris, elles n'aboutissent à un antagonisme et à la guerre civile; c'était toujours notre grande crainte, et M. Gambetta était chargé de faire connaître à nos collègues notre jugement au sujet de ces élections. Or, nous nous étions dit que M. Gambetta allait se trouver vis-à-vis de trois membres du gouvernement; qu'il allait en être le quatrième, qu'il était chargé de faire exécuter les ordres du gouvernement, que, s'il y avait discorde, il fallait qu'il eût non pas des pouvoirs dictatoriaux, mais voix prépondérante. Il n'y avait pas autre chose dans ses instructions. Je crois me rappeler que c'est moi qui les ai rédigées, et qu'elles doivent subsister quelque part.
On a parlé de nos procès-verbaux ; je n'en ai jamais vu. Je ne me suis jamais couché avant trois heures du matin depuis le A septembre jusqu'au mois de février, et jamais, je la répète, je n'ai lu le procès-verbal de nos séances.
Quant aux instructions de M. Gambetta, elles étaient telles que je les ai indiquées. Ses pouvoirs étaient des pouvoirs ordinaires; comme ministre de l'intérieur, il pouvait destituer les préfets, en nommer d'autres; mais en ce qui concerne les mesures générales qu'il pouvait avoir à prendre, il ne devait pas prendre une décision sans nous en rendre compte et sans nous consulter ; cela va sans dire, c'était une question d'appréciation ; s'il a fait le contraire, ce ne peut être que par un sentiment très-louable.
Un membre. — La mission de M. Gambetta était-elle d'empêcher les élections?
m. jules favre. — Ce n'était pas toute sa mission; il était parti pour s'associer à la déléguation du gouvernement, qui se tenait alors à Tours. Il n avait d'autre mission que de réunir, comme ministre de l'intérieur, les éléments de la défense nationale.
Comme je pensais que les élections pouvaient avoir lieu en province le 16, et qu'elles ne pouvaient se faire à Paris, je voyais là des éléments de discorde. M. Gambetta devait faire connaître à nos collègues de Tours que le gouvernement avait décidé que les élections seraient ajournées.
M. J. Favre, p.. 338.
m. le président. — Il résulte de tout ce que vous venez de nous dire, Monsieur le ministre, que M. Gambetta s'est fait, à lui seul, ministre de la guerre par sa propre volonté, et sans qu'il y eût de la part dn gouvernement de Paris aucune autorisation, à lui donnée, de décider des affaires militaires, comme il décidait des nominations de préfets, des dissolutions des conseils généraux et des conseils municipaux.
m. jules favre. — M. Gambetta, en réalité, est devenu ministre delà guerre, je ne sais pas trop comment; mais je pense, quoique je n'aie jamais pu le vérifier, qu'il a été nommé par l'amiral Fuurichon, Crémieux et Glais-Bizoin. Je crois étrr certain qu'un décret de ces Messieurs a nommé Gambetta délégué à la guerre.
Lorsqu'il s'est agi de faire partir quelqu'un de Paris, il eût été très-important de songer à un homme de guerre; mais j'étais complètement étranger au personnel militaire, et je ne pouvais pas avoir une voix bien utile au chapitre.
On a choisi AI. Fourichon; ce sont les généraux Trochu et le Flô qui L'ont désigné. On a dit que l'amiral Fourichon serait le meilleur organisateur de la défende dans les départements; c'est de cette manière qu'il a été nommé et qu'il est parti.
Quand M. Gambetta est arrivé à Tours auprès de Messieurs Fourichon, Glais-Bizoin et Grémieux, on a cru qu'il pouvait être utile comme ministre de la g-uerre; j'ai été surpris, quand j'ai reçu la nouvelle que l'amiral Fourichon avait donné sa démission.
m. le comte DARU. — M. Crémieux n'était-il pas ministre de la guerre quand M. Gambetta est arrivé à Tours?
m. jules favre. — Je ne le savais pas alors. Vous me rappelez,
en effet, qu'un instant M. Crémieux a été ministre de la guerre;
quand je l'ai appris, j'en ai été fort surpris, car c'est l'amiral
Fourichon que nous avions chargé de la conduite des affaires de
la guerre.
M. J. Favre, p. 340.
m. le général le flô. — Je ne crois pas qu'il entrât dans la pensée des membres du gouvern émeut de donner à M. Gambetta la dictature qu'il a usurpée plus tard.
Général Le Flô, p. 621.
Voici, d'ailleurs, comment M. Gambetta se donna le portefeuille de la guerre, l'ajoutant à celui de l'intérieur qu'il avait pris dè3 le 4 septembre.
Le ballon qui arrivait nous apportait M. Gambetta. Nous avions, à cette époque, je crois, une organisation suffisante pour délivrer Paris. Chartres était encore à nous, et Metz ne s'était pas rendu. M. Gambetta avait d'autres idées que nous ; il crut qu'il fallait former rapidement de grandes armées ; mais nous savions bien que les armes manquaient, malgré les appels que nous avions faits aux puissances étrangères.
M. Gambetta dit que dans quelques semaines nous aurions une armée de 500,000 hommes, et que nous serions alors plus surs d'arriver à la délivrance. Des dissidences assez vives se
produisirent dans le conseil, et il demanda à avoir le portefeuille de la guerre. Je m'y opposai, M. Crémieux aussi; l'amiral Fourichon lui donna sa voix ; il l'a bien déploré depuis.
M. Gambetta fut donc ministre de la guerre. Il avait déjà le portefeuille de l'intérieur et la police. Souvent, des ordres furent donnés à notre insu. Malgré cela, tous les décrets ont été délibérés très-librement, et acceptés très-volontairement ; il n'y a eu de dictature que dans les nominations ; par exemple, lorsqu'il forma des camps, et qu'il mit à leur tète Lissaguaray à Toulouse, Détroyat et un autre qui a refusé, à Cherbourg, il demandait qu'on leur donnât le grade de général ; ils n'exerçaient, du reste, jamais de fonctions. Un général de l'armée commandait le camp. Ils n'ont été que ridicules, et ont jeté beaucoup de discrédit sur le ministre de la guerre.
Les ordres étaient signés de la délégation, et approuvés par elle; il lui en a souvent beaucoup coûté, mais il s'agissait d'éviter la guerre civile, qui était imminente dans toutes les parties de la France, dans le Midi surtout.
M. Glais-Bizoin, p. 6 17.
Lorsque vous avez été envoyé à Tours, vous étiez porteur d'un décret.
m. gambetta. — J'en avais même plusieurs.
m. le président. — Il vous conférait la prépondérance?
m. gambetta. — Oui; j'avah double voix ; mais, par respect pour mes collègues, je n'en ai jamais usé, et, surtout, je ne l'ai pas publié.
m. le président. — Vous vous êtes contenté de l'influence qui s'attachait à votre personne, et vous n'avez jamais produit ce décret?
m. gambetta. — Je leur en ai parlé, parce qu'il le fallait, mais je n'en ai jamais fait usage.
m. de uainneville. — D'après une déclaration qui nous a été faite, il y aurait eu cependant, un jour, où vous auriez usé de cette voix prépondérante : c'est lorsque vous avez réclamé le portefeuille de la guerre.
m. gambetta. — C'est une erreur absolue.
m. de uainneville. — Vous auriez eu la voix de l'amiral Kouriolion et la vôtre, ce qui aurait fait la majorité contre celles de MM. Crémieux et (ilais-liizoin.
m. gambetta. — Il n'a jamais été question de cela. Et voilà bien pourquoi je ne veux pas entrer dans les questions de détail; c'est que je ne veux pas me mettre en contradiction avec mes collègues sur des choses sans valeur. J'ai offert à l'amiral Fourichon de rester à la Guerre ; il ne l'a pas voulu, il en avait assez, disait-il.
M. Gambetta, p. 555.
Nous verrons, dans un autre chapitre, les effets de la direction militaire de M. Gambetta et ceux de sa politique à l'intérieur. Nous nous bornerons à donner ici quelques lignes de M. Jules Simon, une appréciation de M. de Kératry et la constatation que le gouvernement de Tours, ainsi constitué, fut opposé à celui de Paris dont il était censé n'être qu'une émanation.
Or, je voyais, dans le Moniteur, des nominations de. préfets et de maires de Paris, sur lesquelles je n'avais pas été consulté, dont quelques-unes me blessaient profondément. Je me trompais même sur un point. M. Greppo, notre collègue, était nommé maire du IVe arrondissement ; je ne sais comment je crus qu'il était nommé maire du XIIe arrondissement, dont j'étais le député et auquel je m'iatéressais très-vivement. Je pensai qu'un membre du gouvernement ne pouvait pas apprendre ainsi par le Moniteur des nominations qui le touchaient d'aussi près. Je m'en plaignis amèrement à M. Gambetta. Ma mauvaise humeur eut un bon résultat , après tout ; car le conseil décida qu'à l'avenir les préfets et les maires seraient nommés, après délibération, par le gouvernement.
Je conclus de ces souvenirs qui me sont restés fort présents, que les nominations étaient faites par M. Gambetta.
M. J. Simon, p. 504.
Je trouve qu'on est trop sévère envers lui dans certains partis, et que sur beaucoup de points il peut se défenlre des accusations dont on le poursuit. On oublie trop, quand les événemements sont accomplis, les difficultés, les périls et les incertitudes. On trace facilement une ligne de conduite. On dit : « "Voilà ce qu'il fallait faire » ou même : « Voilà ce que j'aurais fait. » J'ose dire ;que bien peu de personnes, de l'âge de M. Gambetta, arrivées dans la politique depuis un an, et aux affaires depuis un jour, y auraient déployé autant de courage et d'habileté que lui. J'en parle en toute liberté, car
nos relations personnelles ont cessé, presque à partir du début de la révolution.
M. J. Simon, p. 504.
Mais à partir du succès de Coulmiers qui le grisa, il s'est fait dictateur dans toute la force du terme, il devait succomber fafatalement sous ce poids surhumain des ministères de l'intérieur et de la guerre, puisque le premier avait déjà cette énorme tâcbe de fournir à la guerre, hommes, matériel et subsistances. Au lieu d'avoir eu la sagesse, dès le début, de s'entourer d'une consulte compétente, qui lui eut épargné de cruelles méprises et des revers inévitables, à partir de la grande déception d'Orléans, il brisa tout sur sa route, éperonné par son imagination de feu, surexcité par les voix venues de Paris, par des amis des fournitures à outrance qui exploitaient sa soif d'attacher sen nom au salut du pays. Gambetta n'est plus alors qu'un patriote en délire; et quand il sent le pays se retirer de lui, l'invasion monter jusqu'à Tours malgré ses généreux efforts, la capitulation de Paris prête à annihiler le gouvernement central, il songe que la capitale, que les provinces du Nord et de l'Est vont être séparées dureste de îaFrance; alors, pour retenir les autres provinces prêtes à lui échapper soit par suite de l'invasion, soit par suite de la réaction contre ses tentatives militaires mal conçues, je crois qu'il songea au moyen suprême, à l'organisation de la Commune dans le Midi comme moyen de gouvernement; incapable en honnête homme qu'il était, de vouloir un seul des crimes de la Commune parisienne, mais pensant que la ligue du Midi qu'il avait tenue en laisse, comme aussi en réserve, pouvait ressusciter utilement, et que le drapeau rouge, qu'il avait eu le tort préconçu de laisser flotter à Lyon, pouvait encore apporter la victoire dans ses plis jusqu'à Bordeaux. Puis à l'heure suprême, où déjà entré en lutte avec M. J. Simon, sous l'inspiration de ees amis Ranc et Spuller, on voulut le proclamer à Bordeaux, chef de la Commune française, l'énergie lui fait défaut; il recule, il refuse de paraître au balcon de la préfecture et finit, à l'exemple de Dioclétien fatigué du pouvoir et se retirant à Salone, par prendre le chemin de Saiut-Sébastien. Ce dénouement était certain parce que jamais M. Gambetta n'a été et ne sera un homme d'action. Il n'a que de l'imagination parlementaire et de l'éloquence, ce qui suffit à peine à un homme d'iïtat.
M. i» Kérairy p. 07 S
Comme membre du gouvernement, avez-vous eu connaissance dans les premiers jours de novembre, de deux dépêches envoyées par M. Gaaibetta à M. Jules Favre, col cernant la conduite qu'avait tenue le gouvernement à l'occasion du 31 octobre, blâmant le gouvernement d'avoir fait appel à une espèce de plébiscite, lui disant qu'il compromettait ainsi la situation delà délégation, qu'il la rendait insoutenable en province. Ce sont des dépêches dont la Commission n'a pas encore constaté l'existence Ct-rtaine, qui ont pu être détruites et il est important de savoir si vous avez eu connaissance de ces dépêches.
m. jules ferry. — Je n'ai à cet égard aucun souvenir. Je suis un peu surpris de ce que vous me dites. Le fait était sorti démon souvenir.
m. de rainneyile. — Qui peut avoir ga-dé ces dépèches?
Un membre. — C'est peut-ê 're M. Jales Favre.
m. chaper. — Le fait serait important à établir.
m. juces ferry. — Je ne me rappelle rien au sujet de ces dépêches, ce qui ne prouve nulle ruent, d'ailleurs, qu'elles n'aient pas été communiquées au gouvernement.
m. le président. — llya une partie de ces dépêches, imprimées dans l'ouvrage de M. Jules Favre.
Un membre. — Oui! mais une partie seulement.
u. chaper. — Vous avifz dû être frappé du reproche qu'on vous faisait de recourir à une sorte de plébiscite.
m. pkrrot. — Indépendamment de cette dépèche, il y en avait une autre qui contenait une demande formelle, de créer en province une magistrature souveraine; — on soutenait la convenance de faire disparaître tout ce qui restait de fonctionnaires de l'empire daus l'instruction publique, dans les finance^, etc., etc.
m. jules ferry. — Cela est très-possible.
m. le comte daru. — Cela est dans l'ordre des idées de M. Gambetta.
M. J. Ferry, p. 433.
Vous avez pu voir par les fragments de correspondance de M. Jules Favre à M. Gambetta, publiés il y a quelque temps, que lui aussi conspirait contre le gouvernement de Paris et contre nous, contre les agents militaires qui le secondaient. Ces dépêches sont parfaitement authentiques. Le gouverneur
en avait connaissance jour par jour parce que l'administration des dépêches les lui communiquait. M. Jules Favre disait que le gouverneur de Paris était un homme sans valeur, qu'on songeait à le remplacer, et qu'on y arriverait.
Général Ducrol, p. 2.