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CHAPITRE XXXIV

3L«o gouvernement de Tours et la dictature de M. Gambctta en ce qui touche les opérations de la guerre

Organisation de l'armée avant l'arrivée de M. Gambetta.— Malgré les avis de M. Thiers, M. Gambetta veut la guerre à outrance. — M. Crémieux à la recherche d'un général. — M. Gambetta et son état-major d'ingénieurs civils. Il donne des plans, dirige lui-même les armées. Ses différends avec le général û'Aurelle de Paladiaes. — Expéditions sur l'Est, dunt le plan a été suggéré par M. Trochu. — Concours de M. de Kératry refusé— Abus dans la révision des mobilisés et dans l'achat des armes. — La Défense subordonnée à l'exclusivisme politique et compromise par l'esprit de part:.

Lorsque M. Gambetta arriva à Tours, la défense a /ait été organisée* par le général Lefort. du ministère de la guerre, et M. Glais-Bizoin constate les résultats obtenus.

Le général Lefort fat un de nos coopérateurs les plus actifs. Au bout de vingt et un jours, il avait organisé une armée de 110,000 hommes; nous avions dans les départements 50,000 hommes de bonnes troupes ; cela faisait 160,000 hommes; nous occupions Chartres, Lorient et le Loiret tout entier; mou avis était que nous pouvions, avec ces 160,000 hommes, délivrer Paris à cette époque.

Gambetta croyait ne rien trouver en fait d'organisation militaire, et il fut fort étonné lorsque le général Lefort lui prouva, pièces en maine, que nous pouvions avoir une armée de 120,000 hommes.

M. Glait-Bbtoin, p. 812,

M. Gambetta ne paraîtras avoir rendu justice à ces efforts, et il s'exprime ainsi qu'il suit sur l'œuvre à laquelle il dit s'être consacré :

Une fois cette unité rétablie, ma préoccupation unique fut d'appeler aux armes, sans distinction de partis ni d'opinions, ni d'antécédents politiques, tous les hommes de cœur et de bonne volonté, tous ceux qui, sans qu'on s'informât de leurs convictions, ni de leur origine, avaient bien le droit de réclamer leur part dans la défense de la patrie ; c'est pour cela qu'à côté des éléments révolutionnaires les plus ardents, on vit être l'objet d'une faveur et d'une sollicitude particulière de ma part, les représentants les plus autorisés du parti légitimiste. Je ne reculai même pas devant l'emploi d'hommes qui avaient été liés au régime impérial, mais en la loyauté et en la bravoure desquels j'avais absolument foi.

Nous organisâmes une armée, plusieurs armées ; on en a beaucoup médit, mais il y a eu des efforts énormes dont je pesx parler sans vanité, car ils ont été le fruit de la collaboration assidue du pays tout entier; je ne partage pas le moins du monde cette opinion qui nous abaisse devant l'étranger et à nos propres yeux, et qui consiste à dire que la France était dans un état de décadence morale et matérielle si grand qu'elle n'a pas fait ce qu'elle devait faire. Au contraire, le pays a tout donné, et les hommes et l'argent, sans compter; on s'est bien 'battu, aussi bien que pouvaient le faire des troupes inexpérimentées, qui n'avaient à leur tête que le petit nombre d'officiers qui nous restaient, et quand il était si difficile de s'en proc i;r.

M. Gamlella, p. 549.

En vain M. Thiers déclarait que la résistance n'était pas possible.

Je disais aux représentants de l'armée et de la diplomatie qui se trouvaient à Tours : * Il faut conclure la paix. La résistance n'est plus possible ; vous ne ferez rien qui vaille en vous obstinant. La position d'Orléans n'est pas tenable, vous serez tournés, ou emportés de "vive force, et voire ligne sera coupée. » Malheureusement, ce que j'avais prévu pour le commencement de la guerre, je le prévoyais pour la fin, et j'ai le regret d'avoir eu raison deux fois.

M. Thiers, p. 7.

M. GambetU proclama la guerre à outrance, et voulut agir seul sans même consulter M. Fourichon, sans faire un seul rapport au général Le Flô.

M. le président. — Pendant que M. Gambetta était ministre de la g-uerre, chargé de conduire les affaires militaires en province, vous faisait-il des rapports ? En avez-vous reçu? Pouviez-vous juger de ce qui se passait loin de vous ?

M. le général le flo. — Il ne m'a pas été fait un seul rapport. M. Gambetta écrivait souvent, soit à M. Jules Favre, soit au général Trochu ; mais à*partir du départ de M. Gambetta pour Tours, j'ai cessé d'être en relations directes avec lui.

Général Le Flô, p. 627.

Un membre. — Ainsi, toutes les opérations militaires ont été faites en dehors de vous, qui, cependant, représentiez l'élément militaire dans la délégation de Tours.

m. l'amiral fourichon. — Ni moi, ni M. Crémieux, ni M. Glais- Bizoin n'avons été consultés. Je crois que les choses auraient dû se passer autrement. Mais je dois déclarer que, dans ses relations privées avec moi, je n'ai jamais eu à me plaindre de M. Gambetta.

Le même membre. — Tous les ordres militaires étaient donnés en dehors de vous par M. Gambetta?

m. l'amiral fourichon. — Oui.

Amiral Fourichon, p. 041.

Cependant M. Crémieux était à la recherche d'un général qu'il voulait choisir sur sa mine.

m. le général le flo. — Ces messieurs avaient admis en principe que, pour être un bon capitaine, il fallait ue pas savoir un mot de son métier. M. Crémieux, par exemple, arrêtait dans la rue un homme dont la physionomie lui revenait et lui disait: « Seriez-vous capable de commander une armée? . . . . N'avez-vous pas un plan, une idée militaire quelconque? Nous ferons de vous n'importe quoi. »

Général fa Rlù. [>. 6

M. Gambetta, lui, ne cherchait pas de général; confiant dans son propre génie, il s'était entouré d'ingénieurs civils qui imaginaient des plans, et les imposaient aux chefs de l'armée.

m. perrot. — Permettez-moi de revenir sur un fait qui n'a été qu'effleuré, et qui a exercé une grande impression sur l'opinion publique: c'est que la direction des opérations militaires, des plans militaires, la direction donnée aux généraux, ait été confiée exclusivement à des ingénieurs civils ?

m. gambetta. — C'est une erreur!

m. perrot. — Le grand directeur était M. de Freycinet ! Où était l'élément militaire ?

m. gambetta. — Mais les généraux eux-mêmes ! On discutait, on délibérait avec les généraux qui devaient exécuter les opérations. Ce n'est qu'à la suite de ces délibérations, et avec l'agrément des généraux que les opérations leur étaient confiées. M. de Freycinet n'a jamais mis un général dans cette situation : Voici un plan, vous allez l'exécuter.

m. pebrot. — Vous vous inscrivez en faux contre l'assertion de tous les généraux que nous avons entendus. Ils nous on dit: * Nous avons été obligés d'exécuter les plans de M. de Freycinet. » Tous les généraux, je le répète, nous ont fait cette déclaration de la manière la plus positive.

m. gambetta. — Je n'aurais qu'à vous montrer leurs lettres et leurs dépêches pour vous prouver le contraire.

m. perrot. — C'est avec des dépêches en mains qu'ils nous ont fait cette déclaration.

m. gambetta. — C'est qu'ils ne les ont pas fait voir toutes.

m. le président. — Je dois ajouter que la plupart des généraux que nous avons entendus, disaient que lorsque vous interveniez ils trouvaient une meilleure audience auprès de vous qu'anprès de M. de Freycinet. Quand ils avaient affaire à vous, ils trouvaient quelq'un qui écoutait leurs observations et qui, de plus, y déférait ; et pour M. de Freycinet, c'était le contraire.

m. gambetta. — Je ne sais ce qui a pu se passer entre M. de Freycinet et les généraux ; quant à moi, entendez -le bien, je n'avais qu'une préocupation, un but: leur fournir, à force d'ativité, d'énergie, de volonté, les moyens de, faire ce qu'ils pourraient; je n'ai jamais joué d'autre rôle vis à-vis d'eux, et toutes les fois qu'ils avaient besoin de quelque chose, je le leur fournissais. Il sont obligés d'en convenir. Maintenant je n'ai vu

de mes yeux, que les deux principaux plans d'opérations militaires. C'étaient des plans voulus, concertés, débattus avec eux. Que voulez-vous que je dise' de plus! C'e^t un fait. Ainsi» pour l'opération militaire qui a amené la bataille de Coulmiers, il y a eu deux conseils de guerre. Je n'ai assisté qu'à un seul, dans lequel il y avait le général Borel, le général d'Aurelle de Paladines, un général revenu d'Afrique, dont le nom m'échappe, un autre général divisionnaire et M. de Freycinet. C'est là qu'on a résolu cette affaire, qui s'est teminée un mois et demi après.

Il en a été de même pour l'affaire de l'Est. Maintenant,, je ne connais pas les autres opérations; celles du général Clianzy, lequel a toujours été son maître, et celle du général Faidherbe qui n'a jamais reçu d'ordres. Je sais encore qu'il y avait des corps isolé?, disséminés soit à Tours, soit àBlois, soitauHavre, qu'on pourrait appeler des &porades, lesquels relevaient du ministère de la guerre, qui n'avaient aucun plan, aucune opération de longue haleine à exécuter, mais purement et simplement des opérations faciles, immédiates et momentanées.

M. Gambetla, p. 564.

M. l'amiral fouricuon. — M. Gambetta était à la fois ministre de la guerre et ministre de l'intérieur. Son entourage tenait des deux. 17 était difficile, à vrai dire, de 'préciser l'administration à laquelle les uns et les autres appartenaient. Je crois que M. Cavalier, qu'on appelait Pipe-en-bois, n'a jamais rien fait dans Vadmiwstration de la guerre. Il était probablement attaché au ministère de V intérieur .

Un membre. — On a dit que M. Gambetta avait cinquantesept secrétaires. Est-ce qu'on était obligé de passer par ces cinquante-sept secrétaires pour arriver jusqu'à lui?

m. l'amiral fouricuon. — Ils étaient nombreux ; mais je n'ai jamais eu affaire à eux. Pour l'administration de la guerre, je crois qu'il n'y avait pas tant de confusion.

Amiral Fourichon, p. G42.

Un membre. — Qui avait nommé M. de Freycinet à l'administration de la guerre?

M. l'amiral fouricuon. — C'est M. Gambetta. Il avait d'aKml

choisi M. Detroyat, et puis, quelques heures après, ce fut M. de Freycinet. Celui-ci devint un délégué dont le nom figurait au bas de tous actes du ministère de la guerre.

Un membre. — Qu'est-ce que c'était que M. de Freycinet?

m. l'amiral fourichon. — M. de Freycinet était un ingénieur des mines ou des ponts et chaussées ; il avait été employé aux chemins de fer du Midi.

Ce n'était pas lui qui taisait les plans d'opérations militaires ; c'était, disait-on, M. de Serres, un autre ing-énieur.

Amiral Fourichon, p. 642.

m. de maillé. — Si la Commission le permet, je lui donnerai, par un petit détail, une idée des connaissances militaires de M. de Freycinet. C'était dans le département d'Indre-et-Lcire. Le général Clerc reçoit de M. de Freycinet cet ordre: a Portez vous à Saumur pour défendre le pont de la Poissonnière.» Le général répond: «Le pont de la Poissonnière esta dixsept lieues de Saumur. » M. de Freycinet réplique par le télégraphe : « Un ordre est un ordre; exécutez-le immédiatement. »

Amiral Fourichon, p. 643.

On s'est étonné que, au ministère de la guerre, ce fût un ingénieur civil, qui eût été chargé en quelque sorte d'être..., je cherche le mot — votre chef d'état-major...

m. gambetta. — Un ingénieur civil ?

M. le président. — Je veux vous parler de M. de Freycinet.

m. gambetta. — Du tout ; c'est un des plus distingués élèves de l'école polytechnique, c'est un homme qui a dirigé l'administration des mines et des chemins de fer.

m. chaper. — Enfin, il n'est pas militaire; c'est là le sens des paroles de M. le président.

m. gambetta. — Oui, il n'y a pas là de quoi s'étonner. C'est un homme parfaitement capable, tout à fait à la hauteur des fonctions dont il a été chargé, qui les a admirablement remplies et, véritablement, je ne vois pas qui aurait pu le remplacer.

M. Gambetta, p. 557.

Devant la Commission d'enquête, l'ex-dictateur nie, il est vrai, cette ingérence funeste.

m. le président. — Ainsi la plupart des généraux qui ont été entendus ici, sont unanimes pour déclarer qu'ils recevaient du ministère de la guerre des ordrps qu'ils appelaient les plus déraisonnables du monde, auxquels ils étaient souvent obligés de refuser d'obéir pour ne pas compromettre leurs armées, et que, quand le succès ne couronnait pas leurs efforts, si mal dirigés, c'était sur eux qu'on faisait retomber le blâme aux yeux de l'opinion publique, alors que les plans venaient du ministère de la guerre. Veuillez nous donner quelques explications sur ce point.

M. gambetta. — Je ne sais pas ce que cela veut dire. Pour moi, ces allégations n'ont aucun sens, et rien ne pourrait en établir la justification. On n'a jamais donné aux généraux que des ordres qui avaient été délibérés avec eux, que des ordres d'exécution. Quant à des ordres et des plans d'ensemble, ce sont toujours eux qui les ont donnés ou choisis. Je ne vois pas à quel genre d'ordres ils se seraient dérobés; je ne sais pas à quel genre de prescriptions on fait ici allusion.

m. le président. — Mais les plans de campagne arrivaient de votre miDistère?

m. gambetta. — Cela dépend. Il n'y a eu à proprement parler que deux plaus de campagne, parce que MM. les généraux Faidherbe et Chanz}'- ont toujours fait leurs affaires eux-mêmes. On a toujours demandé aux généraux des plans : ils n'en envoyaient pas. Quand on leur en demandait, ils ne répondaient rien, ou ils répondaient qu'ils n'avaient pas de plans. La première campagne de la Loire a été délibérée devant moi par tous les généraux qui y ont pris part ; par conséquent ce n'est pas à ce plan là qu'on fait allusion. Quant au second plan, celui de l'Est, il a été délibéré et arrêté à Bourges, entre MM. les généraux Bourbaki et Clinchant et le représentant du ministère de la guerre. Par conséquent, il a été parfaitement accepté. Il n'a même été accepté, celui-là, qu'après le rejet d'un autre plan proposé par le ministère de la guerre, de telle sorte que j'ai la réponse écrite des généraux à ce sujet, et on peut établir qu'il y avait là parfaitement concert et adhésion. Quant à cette accusation, qu'on faisait retomber sur eux la responsabilité de l'exécution malheureuse d'ordres mal donnés, cela n'est pas

«xact. Rien n'est moins fondé que cette prétention ; elle n'a aucune Taleur.

M. Gambelta, p. 558.

m. le comte daru. — Vos souvenirs ne vous servent pas bien au sujet des opérations militaires que vous avez dirigées. Vous ne nous avez parlé que de l'affaire de Coulmiers et de l'affaire de l'Est. Mais il en est d'autres qui ont été dirigées de votre cabinet. Je vous rappellerai celle de Beaune la Rolande, le mouvement de Nevers sur Gien.

m. gambetta. — En effet, il y a le mouvement de Nevers •sur Gien, et de Gien sur Beaune-la-Rolande; il y a eu effectivement un temps intermédiaire où les 18e et 20e corps ont été dirigés par le cabinet ; mais à partir du 30 novembre, ces corps ont été rattachés à l'armée de la Loire, placés sous les ordres du général d'Aurelle de Paladines.

m le comte daru. — Ils y étaient déjà.

M. GAMBETTA. — Non.

m. le comte daru. — Je crois pouvoir répéter que les deux corps qui or t été dirigés l'un sur Beaune-la-Rolande, l'autre sur Pithiviers, fa'saient partie de l'armée du général d'Aurelle.

m. gambetta. — Je vous demande pardoo. Comment voulezvous qu'il en soit aimi puisque l'un de ces corps venait de l'armée de Lyon, et l'autre de l'armée de Bourges ?

m. le comte daru. — La déposition du général d'Aurelle est, s je ne me trompe, contraire à ce que vous avancez.

m. gambetta. — C'est un fait matériel; il en donc facile à vérifier. Il y a une dépêche qui dit : « A dater d'aujourd'hui, ces corps qui étaient isolés, sont placés sous votre commandement » et on résume : « votre commandement se compose donc de tel, tel, tel corps » Je me rappelle parfaitement cette dépêche.

m. le comte dàrt. — Je Le poursuivrai pas ce débat. Je crois que dans plus d'une circonstance, en drhors et indépendamment des généraux commandant en chef l'armée, des ordres ont é é donnés à des corps particuliers.

m. gambetta. — Dans quel cas?

m. le comte daru. — M. de Freycinet, interrogé sur ce point l'a reconnu lui-même.

m. gambetta. — C'est pour cela que je vous demande dans

quel cas, pour savoir si cala est ou n'est pa< à ma connaissance.

m. le comte dauu. — Il y a deux faits déjà cités. En outre, le

général Chaozy, après la défaite du Mans, vous a demandé de porter l'armée de Bourbaki sur Orléans par la Haute-Loire?'

m. gambet ta. — Non, pas sur Orléans, mais sur Blois, et c'est à ce moment que le général Bourbaki s'y opposa, en médisant que je voulais lui faire perdre le reste de son armée. Le général Chanzy était à Marchenoir, et me disait : « Faites marcher Bourbaki vers moi. »

m. le comte i>aru — Nous confondons. Après la défaite du Mans, vous avez reçu plus tard, un plan du général Chanzy, lorsque vous étiez à Lyon ?

m. gambetta. — C'est une autre question, et c'est vous qui confondez; quand le général Chanzy appelait le général Bourbaki, c'était après la perte delà bataille d'Orléans.

m. le comte daru. — Ce n'est pas de cela que je vous parle en ce moment.

m. cambetta — La question que vous me posez maintenant est de savoir si le général Chanzy m'a envoyé un plan à Lyon, Eh bien, voici : en erïet, le général Chanzy m'a envoyé un plan à Lyon. Coctme je lui avais dit : « Faites ce que vous voudrez, vous êtes le maître, j'ai absolument confiance en vous ; décidez, seulement n'allez pas trop loin ; prenez Paris pour objectif et tablez là-dessus, LTm'envoya à Lyon un plan ; il me demandait certains approvisionnements en chaussures, vêtements, armes et me disait qu'il avait bessin d être appuyé par un certain contingent qu'on formait alors sous le nom de 19e corps du côté de Fiers. J'approuvai le plan qu'il m'envoyait et le lui retournai par la voie la plus directe, c'est-à-dire par son aide-de-camp qui prit le chemin de fer; et aussitôt qu'il put, il commença. Je pourrais vous montrer des lettres desquelles il résulterait pour vous que ce n'est que par une sorte de contrainte qu'on arrivait à presser les généraux ; ce n'était que lorsqu'il n'y avait pas moyen de faire autrement qu'ils se décidaient à agir. On leur disait : a Faites par vous même, » on les tournait et retournait de mille manières afin qu'ils agissent eux-mêmes et fissent preuve d'initiative.

m. le Pi É&TDENT. — Je cro?s que si vous aviez la complaisance d'ajouter quelques unes de ces lettres à votre déposition, nous y trouverions des renseignements utiles.

m. •; \mbktta. — Il y a dedans des choses très-dures pour certaines personnes.

»/. r.iunbelht, p. Ht.

Voici d'ailleurs, sur ce point, les témoignages de MM. Glais-Bizoin et Crémieux et celui du général d'Aurelles, ainsi que Les explications de M. Gambetta :

Huit jours après l'affaire d'Orléaus, je me rendis au ministère de la guerre, comme j'avais coutume d'y aller, pour avoir connaissauce des plans de campagne.

Le ministre ne voulait pas me les communiquer ; j'insistai, et je m'aperças que c'était un plan qui ressemblait beaucoup à celui de l'empereur au début de la guerre. Je dis alors à M. Grémieux : « 11 faut aller trouver le général d'Aurelle de Paladines, et savoir s'il est l'auteur de ce plan, ou s'il l'accepte. » M. Crémieux n'était pas de cet avis. Cependant, lorsqu'il sut que M. Gambetta s'y opposait, il consenti à m'accompagner.

Nous partîmes pour l'armée de la Loire, et nous nous rendîmes auprès du général d'Aurelle : « Général, lui dîs-je, nous ne sommes pas militaires, mais nous avons eu connaissance du plan de la bataille, et nous venons vous demander si ce plan est accepté par vous ? »

Il nous dit que c'était au ministre de la guerre à répondre. « Général, lui dis-je, puisque le ministre de la guerre m'a donné connaissance de ce plan, permettez-moi de vous demander si vous l'acceptez, si vous ne trouvez pas que votre champ de bataille soit trop étendu? — Je le crois, me dit il. — Vous êtes, repris-je, devant l'ennemi, et vous commandez en chtf; trouvezvous ce plan acceptable ? Ne vous paraît-il pas qu'il ressemble beaucoup au plan impérial? Vous seul disposez des troupes; c'e»t à vous de suivre vos inspirations. »

m. de ruxneville. — Puisque le général almettait vos observations, il n'était pas maître de son plan ?

m. glais-bizoin. — Nous étions tous des dictateurs ; je lui disais : «Un général en face de l'ennemi, ne doit suivre que son inspiration, ou donner sa démission ; il n'y a pas d'autre alternative. »

Il perdit la bataille, et, plus tard, on voulait le faire passer devant un conseil de guerre.

M. Glais-Bizoin, p. 619.

M. LE GÉNÉRAL D'AURELLE DE PALADINES. — Je VOUdrais VOUS

adresser une que&tion.

Vers la fin de novembre, quand M. Crémieux et M. Glais" Bizoin sont venus au camp...

m. crémieux. — Oui, monsieur, j'ai eu l'honneur de vous y voir.

m. le général d'aurelle de paladixes. — Auriez-vous la bonté de nous dire comment s'est terminé votre voyage, quel a été le résultat de la conversation entre vous, M. Glais-Bizoin et moi ?

m. crémieux. — Si vous vouliez bien me rappeler les faits ?

m. le général DAiuKLLE de paladixes. —J'aime mieux guq vous fas-iez appel vous-même à vos souvenirs.

m. crémieux. — Je sait que nous avons été très contents de votre réception, des paroles que vous avcz dites ; que j'ai été visiter la batterie d'artillerie qui était là ; que j'ai donné quelque argent au lieutenant pour les soldats afin qu'ils pussent se rafraîchir un peu, et qu'enfin j'ai été très satisfait de Ja conversation que nous avons eue ensemble. Voilà ce dont je me souviens.

31. le général d aurelle de paladines. — Dans ce voyage que vous avez fait au camp, vous aviez apporté une certaine quantité de bail ts d'effets d'habillement et de linge, qui était le produit de sou-cripuons et d'appels faits au dévouement et au patriotisme par Mme Thiers et dVutres dames charitables. Ces ballots étaient destinés aux troupes. Vous aviez l'intention de les distribuer vous même ; mais les troupes ne se trouvaient pas là, sous la main. Vous avez voulu néaumoins voir quelques unes de ces troupes, et vous avez visité la batterie d'ar.illuie dont vous venez de parler.

Maimenautètes-vous venus à Orléans, vous êtes vous rendus au camp, ou plutôt au quartier-général, vous et M. Glais-Bizoin, avec l'mttnuon de me parler d'un plan qui pouvait avoir été concerté avec M. Gambetta? Avez vous donné une opinion quelconque, M. Gluis-Bizoin a i-il donné une opinion sur ce point ? Avez vous dit notamment au généial en chef : « Eu tout état de cause, voi à un plan d ;nt vous accepterez la responsabilité ; si vous n'approuvez pas ce plan, retirez -vous. »

m. crémieux. — Moi ! Après les services que vous veniez de rendre, je vous aurais dit : « Retirez-vous! » Non, certes, général, si cette parole vous a été dite, ce n'est pas par moi ; peut être par M. Glais-Bizoin; mais je déclare ne pas l'avoir dite,

ne pas lavoir entendue.

M. LE GÉNÉRAL n'AUnBLI I MB l'A! A IMM S. — M. ( '«luiri - 1 ".uoill I

avec nous; nOUB ne nous sommes point ; épurés. NotW BBATi

a eu lieu îe 20 ou le 25 novembre. M. Glais-Bizoin a-t-il tenu le laDgage dont je vous parle ?

m. crémieux. — C'est possible ; je ne vous dis pas non ; mais je ne l'ai pas entendu.

m. le général d'aurelle de paladines. — Vous étiez présent; il n'a pas été échangé une seule parole entre M. Glais-Bizoin et moi que vous n'ayez entendue. Je vous demande s'il est à votre connaissance que M. Glais-Bizoin m'ait parlé de plan, de vérification de plan; m'ait parlé d'nn projet qui devait avoir été concerté entre vous, et que, si ce projet ne me satisfaisait pas, je n'avais qu'à me retirer.

m. crémieux. — Je vous affirme, en rappelant mes souvenirs, je vous affime que je n'ai pas la moindre pensée, la moindre idée d'avoir entendu Glais-Bizoin vous dire ces paroles. Je vous déclare que, si je les avais étendues, je vous aurais dit devant Glais Bizoin ce que je viens de vou-i dire. Je suis allé au camp après avoir déjeuné chez ce malheureux Pereira, le préfet, qui est mort depuis, et je lui ait dit : « Je voudrais bien voir le général d'Aurelle de Paladines. »

Dans ce moment-là nous étions dans les meilleurs termes.

Nous n'avions qu'à nous louer du général d'Aurelle. Le préfet nous a dit : « Allez y, le camp n'est pas loin. » Nous sommes partis, Glais Bizoin et moi, sans avoir l'honneur de vous voir. Comme nous avions une quantité considérable d'objets réunis par les soins de ma femme et de ma fille, et qui leur avaient été envoyés, sur l'appel qu'avait provoqué Mme Crémieux, avec le concours de Mines Thiers et Fourichon, nous voulions profiter de l'occasion tour distribuer toutcelaaux soldats. Nous sommes allés sur le terrain, la distribution n'était pas possible.

Après ou avant, nous avons eu avec vous la conversation que nous pjuvions avoir avec un général de votre valeur. Je crois, en effet, me rappeler que quelques plans ont été présentés par vous, ou que nous en avons parlé, mais je n'ai pas entendu ces mots de la part de Glais-Bizoin : « Si ces plans ne vous plaisent pas, donnez votre démission. ■» Vous l'auriez donnée de suite.

m. le général d'aurelle de paladines. — Non, ce n'est pas sur la demande de M. Glais Bizoia que j'aurais donné ma démission.

m. crémieux. — Vous auriez bien fait, mais je n'aurais pas toléré que Glais-Bizoin vous dît rien de pareil.

M. LE GÉNÉRAL D'AURELLE DE PALADINES. — La question 6St lé-

solue ; je vous la posais, parce que je voulais avoir votre témoignage sur ce point.

Je ne dis pas que rien de semblable n'ait été dit, mais M. Glais-Bizoin, dans sa déposition, a ainsi raconté cette conversation.

m. crémieux. — Si Glais Bizoin vous l'a dit, vous n'avez pas besoin de mon affirmation, à moi ! J'affime encore que je ne l'ai pas entendu.

m. le général d'aurelle de palarines. — J'affirme que cela n'est pas.

m. crémieux. — Nous sommes d'accord. Je déclare sur l'honneur que je ne l'ai pas entendu; et moi, comme président du gouvernement, je n'aurais pas souffert que Glais Bizoin, qul n'était pas ministre de la guerre, qui n'était pas compétent, vous eût dit : « Si vous n'êtes pas content de ce plan, donnez votre démission. » Je ne l'aurais pas toléré.

Mes souvenirs, vous le comprenez, ne sauraient être toujours précis sur tant de faits qui se sont passés, mais je crois me rappeler que Glais-Bizoin vous a dit un mot dont il a été question avec Gambetta, à notre retour ; il vous a dit : « Enfin, monsieur, vous êtes général, vous voyez mieux que personne ce qui doit être fait. »

Vous rappelez-vous cela ?

m. le général d'aurelle de PALADiNEs. — Parfaitement. Voici ce qui a été dit : « Ètes-vous satisfait ? m'a-t on demandé. » J'ai répondu : « La dissémination des troupes est trop grande ; je voudrais que les troupes fussent plus concentrées. » Voilà la seule chose qui ait été dite. m. crémieux. — Je me rappelle très bien cela. m. le général d'aurelle de paladines. — • Il n'apas été parlé de projets Di de plans ; et je dois dire une chose, c'est que si M. Glais-Bizoin, qui n'était pas ministre de la guerre, m'avait demandé mes plans, m'avait parlé de ce qui avait été concerté entre moi et M. Gambetta ou son délégué, je lui aurais probablement répondu avec beaucoup de politesse que cela ne le regardait pas.

Maintenant, monsieur Crémieux, voulez-vous me permettre une autre question ? Dans votre ouvrage, il y est dit, pag ou :>8, Note communiquée :

« Il lui restait cependant une armée de plus de deux cent mille hommes, pourvue de plus de cinq cents bouches à feu, retraïu-luV.

dans un camp fortifié de pièces de marine à longue portée. »

Cette note est signée Gambetta, Glais Bizoin, Crémieux et Fourichon.

Acceptez-vous la responsabilité de la vérité de ce qui est déclaré dans cette note, ou bien est-ce une pièce que vous avez signée parce qu'elle vous était présentée ?

m. crémieux. — Je ne dirai jamais que j'aie signé une pièce parce qu'elle m'a été présentée. Ma signature est en bas de la pièce, j'en suis responsable. Ceci a été fait en gouvernement. Par qui cela fût il proposé ? Je ne puis vous le dire, le gouvernement tout entier a signé, le gouvernement entier est responsable. S'il avait été dit une chose qui ne fut pas vraie, et que ce fût le résultat d'une volonté réfléchie, nous serions coupables; mais, encore une fois, nous n'avons dit que ce qui était pour nous la vérité. Je ne puis pas dire autre chose.

m. le général d'aurelle de paladines. — Je prie les membres de la Commission de vouloir bien prendre acte de cette déclation comme je le fais moi-même.

m. crémieux. — Je suis responsable de tout ce qui est dans cette note, puisque ma signature y est, et je ne désavoue rien de ce qui a été déclaré par le gouvernement.

m le général d'aurelle de paladines. — Je vous demanderai si vous étiez certain que ce qui est déclaré dans cette note fût la vérité.

m. crémieux. — Il est certain que lorsque je l'ai fcignée, j'ai cru que ce qu'elle disait était la vérité.

m. le général d'aurelle de paladines. — J'aurai à discuter, preuves en main, cette note du gouvernement de la Défense nationale, lorsque le moment en sera venu.

M. Crémieux, p. 600.

m. MAUiucE. — Permettez-moi de revenir un peu en arrière, à ce que disait M. Gambetta, à propos de l'armée de la Loire, après l'évacuation d'Orléans.

J'ai préseat le souvenir de diverses dépositions, et l'une d'elles déclare qu'après l'évacuation d'Orléans, le général d'Aurelle avait placé son armée dans des conditions qu'il considérait comme très fortes...

m. gambetta. — Il n'avait rien placé du tout!

m. Maurice. — Permettez! Avant la division de l'armée entre ChaDzy et Bourbaki, le général d'Aurelle avait placé son armée dans des positions qu'il jugeait très fortes, qu'il nous a même indiquées sur la carte ; et il comptait tenir là contre le mouvement ag-ressif des Prussiens ; c'est alors que l'ordre est venu de M. de Freycinet de diviser l'armée en deux parts ; même en trois, car un corps spécial, le 15e, est resté sur les lieux, une partie de l'armée est allée vers le Mans avec le g-énéral Chanzy, et l'autre s'est dirigée vers l'Est. Nous avons entendu un diplomate qui nous a dit, que depuis que la paix avait été signée, et qu'il était entré en rela' ions avec les diplomates PrussiensT il avait acquis la connaissance de ce fait, que l'armée de la Loire sous le commandement du g-énéral d'Aurelle de Paladines, dans les positions . qu'il avait choisies, inquiétait énormément l'arasée d'investissement de Paris, que si cette position avait été maintenue, si l'armée de la Loire était restée comme une menace sur ce point, on aurait été obligé d'agiter à Versailles la question de savoir s'il n'y avait pas lieu de débloquer Paris.

m. GAMUETTA. — H y a, dans les observations qui viennent d'être faites, uue inexactitude matérielle. En effet, la première partie de l'armée, le 16° et le 171' corps, qui avaient retrouvé en route le 21% étaient sur la rive droite de la Loire, entre Beaugency et Mer, après la retraite d'Orléans ; quant au 18e et au 20% ils étaient en retraite par Gien et Cosne, sans avoir reçu d'ordres. Quant au 15e corps, qui avait fait sa retraite par la Sologne, dans l'intérieur du triangle formé par la Loire, il s'était retiré à Salbris et notre intention était qu'il y restât.

Quant à la dépêche adressée au général du 15e corps, dans laquelle on lui aurait ordonné de se concerter avec le g-énéral d'Aurelle dn Paladines, qui n'était plus en fonctions, sur l'opportunité qu'il y avait de rester à Salbris en couvrant Vierzon, ou de prendre une autre direction vers les 18e et 20e cor^s ; cette dépêche, dans laquelle on ne dit pas que c'est sur les conseils du g-énéral d'Aurelle qu'on a évacué Salbris et qu'on a remonté dans une direction qu'on appelle Saint -Martin-d'Auxigny ; — le général d'Aurelle, après la prise d'Orléans, n'a plus rien fait, absolument rien; — il n'a pu écrire cette dépêche, puisqu'il m'a envoyé sa démission avant cette époqm\

M. Q imbettit, p. 587.

Dirigées par des hommes aussi incompétents, les opérations de guerre ne pouvaient tourner qu'à la perte de la France.

Voici comment M. Gambetta s'excuse de l'erreur qu'il avait commise, en annonçant que l'armée de Paris était arrivée à Lonjumeau.

m. le comte de rességuieu. — M. Gambetta pourrait- il nous dire ce qu'il y a de vrai dans l'assertion suivante ?

On a dit que par suite d'une erreur grave, il avait confondu Epinay près LoDJumeau avec Epinay près Saint-Denis, et que cette méprise avait eu pour conséquence des ordres regrettables donnés par lui aux généraux ?

m. gambetta. — Du tout. Je ne suis pas fâché de trouver l'occasion de m'expliquer là-dessus. C'est une erreur absolument matérielle qui a été commise, qui vient purement et simplement de la dépêche que nous avons reçue, mais quin'a, je vous en donne ma parole, pesé en rien sur nos déterminations. C'est même la première fois que j'entends dire qu'on a pu partir de cette donnée pour aboutir à un ordre quelconque.

J'ai en effet commis une erreur matérielle. Voici comment : je recevais par ballon des dépêches sur les événements accomplis à Paris ; seulement elles étaient de deux genres : ou bien c'étaient des dépêches sur la politique, qui étaient fort longues, des généralités ; ou bien c'étaient des dépêches Havas, mais faites par l'administration et tiès rapidement, et par conséquent souvent fort mal composées. Le jour où Paris avait fait une tentative de sortie sur presque tout son périmètre...

m. le comte de BESSÉGUiEu. — La sortie par les vallées de la Marne et de la Seine.

m. gambetta. — Eh bien, le texte de la dépêche, arrivé à

cet endroit, était parfaitement confus : c'était un compte-rendu fait en style télégraphique, et il était ain&i rédigé : C\i nous disait qu'on avait enlevé la Gare aux bœufs, Chevilly, L'Hay, et puis immédiatement après, sans changer de côté dans la dépêche, sans dire le moias du monde que c'était l'effort tenté par un autre corps du côté de St-Denis, on ajoutait qu'on avait enlevé Epinay: et on ne disait pas Epinay près Lonjumeau, ci Epinay près St-Denis. Non; il n'y avait aucune espèce de désignation. De telle sorte que nous avons étudié cette dépèche comme un logogriphe et en nous servant de la carte. Nous nous sommes dit: « Mais enfin, s'ils ont eu ces succès, s'ils ont enlevé successivement la Gare aux bœufs, l'IIay, Chevilly,

Epinay ! — remarquez que cela se suit dans la dépêche, — ma/oi, c'est bien possible après tout! il n'y a que 8 kilomètres entre Epinay et Lonjumeau: ils sont arrivés près de LoDj'umeau!

Nous avons discuté la question, parce que nous avons dit: « Il y a deux Epinay, il y a Epinay-St-Denis. Mais si c'était Epinay-St-Denis, on nous annoncerait ce qu'on a fait devant St-Denis, avant d'enlever Epinay. Or, on ne nous annonce rien. » Et remarquez que Epinay se trouvait venir à la suite de cette énumération sur la rive gauche de la Seine. Vous pourriez encore avoir, si M. Dalloz a conservé mon manuscrit, la transcription de la dépèche et vous verriez qu'elle était raturée à deux reprises différentes. Mais enfin on m'a dit: « Évidemment si c'était Epinaj'-St-Denis, la dépêche l'indiquerait. » Ainsi nous avons commis, ou plutôt on nous a fait commettre une erreur matérielle. Mais cela n'a eu aucune espèce de conséquences, au point de vue des ordres donnés.

m. le comte de rességuier. — Alors, ce rendez vous donné dans la forêt de Fontainebleau n'était pas la conséquence de cette erreur?

m. gambetta. — Du tout. Car, remarquez que, lorsque nous avons conçu le plan d'aller vers la forêt de Fontainebleau, c'était un moyen pour nous de sortir de la ligne d'Orléans, de ne pas rester en tête de poots adossés à la Loire et de faire une marche sur Paris par ce que, relativement, on peut appeler la haute Seine. Mais nous n'étions pas mus, dans cette détermination, par cette confusion d'Epinay-St-Denis avec Epinay près Lonjumeau. Personne n'y a pensé.

M. Gambetta, p. 660.

Mais une erreur bien plus grave, et qui devait être funeste, fut commiîe dans l'élaboration du pian qui envoya vers Belfort le général Bourbakt.

M. Gambetta répond, ainsi qu'il suit, aux questions qui lui sont faites à cet égard :

m. le président. — Dans la déposition du général Bourbuki, nous avons recueilli des plaintes sur les ordres qu'il lui avaient été envoyés de Tours, quand il était chargé du commandement d'un corps d'armée, ordres qui auraient amené La destruction

presque inévitab'e de ce corps b"il les eût exécutés. Le général

Fierreck nous a signalé aussi un ordre duquel il aurait été obligé de l'écarter.

m. gambetta. — Le général Fierreck? Je ne le connais pas ; il n'est pas de mon administration.

m. le comte daru. — Vous ne l'avez pas connu, mais il a commandé sous vos ordres.

m. gambetta. — Ah! oui, tout-à-fait au début et fort peu de temps. Mais quant au général Bourbaki, je ne sais pas à quoi on fait allusion. Est-ce l'affaire de Gien?

m. le président. — Non, c'est l'affaire de Blois.

m. gambetta. — Eh bien ! pour l'affaire de Blois, je puis vous faire voir les dépêches. C'est une série de demandes instantes du général Chanzy appelant Bourbaki à son aide. Je me suis borné, et voilà tout le travail que j'ai fait, à les présenter à celui-ci, et comme je voyais que le général Chanzy attachait un très grand prix à l'exécution de cette opération, je suis allé voir le général Bourbaki à son quartier-général, porteur de ces dépêches et porteur de la lettre du général Chanzy, pour lui demander s'il pouvait exécuter ce mouvement. Il m'a dit « : Je ne pois pas, j'y périrais ! » Et alors, de son quartier-général j'ai envoyé une dépêche au général Chanzy, lui expliquant pourquoi ce mouvement ne pouvait passe faire et ne se ferait pas.

m. le comte de rességuier . — L'ordre d'aller à Melun, sur lequel le général Bourbaki s'est expliqué, aurait pu amener des désastres irréparables.

M. gambetta. — AMelun?...

m. le comte de rességuier. — Oui, le plan, qui consistait...

\r. gambetta. — Oh! je vois ce à quoi vous faites allusion, mais vous confondez tout.

Après l'affaire du mois de décembre, la funste affaire d'Orléans, il y a eu un plan élaboré au ministère de la guerre et auquel on avait associé non-seulement l'armée du général Bourbaki, mais encore l'armée qui était de l'autre côté de la Loire. Dans ce plan on proposait, en effet, une marche de Cien sur Montargis et Fontainebleau. Est-cela dont vous voulez parler'.'...

M LE COMTE DE RESSÉGUIER. — Oui.

m. gamiutïa.. — Voici l'origine de ce projet. A ce moment-là nous avions reçu de Paris la nouvelle que Paris ne pouvait guère -aller plus loin que le 15 ou le 20 décembre, ce qui ne s'est pas

trouvé justifié. Il faut que je vous dise qu'une des conditions difficiles, malheureuses, dans lesquelles ni>us étions placés, c'était d'avoir pour objectif Paris, ce qui était un objectif excentrique, ce qui nous obligeait à hâter nos préparatifs, nos efforts, et en même temps ce qui nous indiquait une ligne d'opératiou fatale.

Eh bien! à ce moment-là nous estimions, d'après les données que nous recevions, et qui, malheureusement, n'ont pas été toujours exactes, que Paris ne pouvait tenir bien longtemps On nous annonçait, au mois d'octobre, qu'on n'avait de vivres que jusqu'au mois de novembre ; au mois de novembre, qu'on n'en a^ait que jusqu'au 15 décembie; au 15 décembre, qu'on périrait à la fin de l'année, et vous comprenez par là dans quelle situation ces doutes nous plaçaient au point de vue des opérations militaires ; nous n'étions pas libres de nos mouvements Eh bien! autant que j'en ai souvenance, c'tst en effet vers le 15 décembre que, à raison de l'état de Paris et d'un suprême effort qu'il fallait tenter, nou-. avons proposé au général Bourbaki de monter vers Montargis et Fontainebleau. Et si je me rappelle bien, ce plan n'a point été élaboré au ministèie de la guerre. Je me trompe ; il a été élaboré au ministère de la guerre mais il a été communiqué aux généraux, et, dans l'état-major du général Bourbaki, parmi au moins tes divisionnaires, il y en avait qui étaient de cette opinion et qui regrettent, encore aujourd'hui, qu'au lieu de se prononcer pour la pointe sur l'Est on n'ait pas suivi cette première idée. Mais lui, au contraire, avec une très-grande énergie...

m. le président. — Le général Bourbaki ?

m. gamcetta — Oui; lui, au contraire, livec une très-grande énergie, me dit, — et vous allez voir comme c'est bizarre : — « Nous ne pouvons pas aller là, parce que si je remonte, si je m'engage dans la direction de G;en, de Fontainebleau, de Pithiviers,leprince Frédérick-Charles lâchera Chanzy, reviendra sur mui et je serai absolument coupé. »

Quand un général en chef ne voulait pas accepter une affaire, J'y renonça's. Je renonçai, en effet, à ce plan, et c'est alors qu'on adopta le projet d'aller dans L'Est. Je dois le dire, j'ai la plus grande confiance dans le général Buurbaki ; je l'ai défendu avec acharnement contre toutes les attaques dont il a été L'objet c'est un très brave soldat et un loyal patriote. Sa sort e de ttft i est restée une énigme pour beaucoup de personnes*, mais enfin

il m'a fait l'honneur de me confier la vérité là- dessus et je l'ai supplié de rester avec nous. Il voulait rentrer dans Metz et il se considérait même comme déshonoré vis-à-vis de ses camarades, de n'y pas retourner.

J'ai en lui, et en sa loyauté, une absolue confiance. Mais il faut que je vous dise qu'il éiait très-ébranlé, malheureusement, dans sa confiance de soldat. Il avait vu fondre, en quelque sorte, ce qu'il appelait la plus belle armée de l'Europe et il avait une sorte de désespoir noir dans l'âme, une inquiétude, et puis la peur que, à la première défaite, on ne fît porter tout le tort sur lui. Ce n'est pas sa bravoure que j'attaque, c'est certainement le plus brave soldat qui soit au monde, c'est son moral. En sorte que toutes les fois qu'il pouvait refuser la bataille, il ne résistait pas à son découragement, et, évidemment, placé entre deux plans, ou marcher de Gien ou Cosne sur Pithiviers, ou au contraire incliner fortement sur sa droite, t'en aller par B urges, Châlons-sur-Saône et Besançon, faire une pointe sur Belfort, évidemment, de ces deux opérations, celle qui correspondait le plus à l'état de son esprit, de son âme, à la médiocre confiance qu'il avait dans ses troupes, c'était le plan le plus éloigné, c'était la marche dans l'Est, et c'est pour cela qu'il l'a préféré, car c'est lui qui l'a agréé. Voilà la vérité pure.

M. Gambetta, p. 558.

Le plan dont il s'agit dans les lignes qui précèdent était d'autant plus dangereux et impraticable que M. Gambetta savait, quoi qu'il en dise, le terme des ressources alimentaires et de la résistance de

Pari si.

Un membre. — M. Gambetta connaissait-il cette situation?

m. magn'in. — Oui, il la connaissait; il avait eu connaissance des déc arations faites au comité des subsistances, Seulement, j'ajoutj, qu ■•■ pour les ressources particulières, pour les approvisionnements privé-, quand, à Paris, qui n'est pas une ville ordiuaire, on veut dres:er un inventaire exact de ces denrées alimentaires, on rencontre des difficultés, et l'on trouve des embarras considérables. Mais dès le 10 décembre, j'avais été absolument certain d'aller jusqu'au 25 ou 26 janvier; dès les premiers jours de décembre, j'ai pu annoac-r au Conseil, et particulièrement au général Trochu, que j'irais jusqu'au 28

janvier; et à c:tte époque-là, grâce aux ressources que la Guerre mit à notre disposition, et que j'ai énumérées dans le détail que je vous ai donné tout à l'heure, je me suis chargé, à la condition de faire entrer dans le pain un peu moins de blé et un peu plus d'avoines, de riz, d'orge, de seigle, de marcher pendant cinq ou six jours de plus, et de mener la consommation jusqu'au 7 février. Arrivés là, nous étions très-certains de nos chiffres, nous nous trouvions dans l'impossibilité d'aller plus loin et de prolonger davantage la résistance. Puis, il fallait tenir compte du temps nécessaire à la reconstitution des approvisionnements, nous savions que nous ne pourrions pas» ravitailler Paris en vingt-quatre heures. J'avais demandé à chacune des compagnies de chemin de fer des renseignements sur l'état de leurs lignes. Toutes savaient très-bien à quoi s'en tenir à ce sujet, et chacune m'envoya communication de ses dossiers de renseignements; entre autres M. Say, notre collègue, qui me donna des indications très-précises sur l'état de la ligne du Nord. Toutes les Compagnies, du reste, demandaient quinze j ouï s, deux semaines pour pouvoir permettre aux trains de ravitaillement d'entrer dans Paris.

M. Magnin, p. 515.

m. de sugny. — Il a été "donné des renseignements contradictoires à ce sujet. Maintenant, pourriez-vous nous éclairer sur un autre point? Saviez-vous, en partant de Paris, jusqu'à quelle •époque on pouvait tenir, en raison des vivres accumulés?

m. gambetta. •— Nullement. Je dirai que je n'ai jamais pu obtenir, ni à Paris, ni en province, non pas des réponses, car j'en ai eu trop, mais une certitude approximative. Cependant, rien n'était plus simple que de procéder à une statistique exacte. Eh bien ! en sortaat de Paris, je n'ai pu l'obtenir. J'estimais que Paris pouvait aller jusqu'au 15 décembre, au maximum, c'était mon sentiment ; je m'étais trompé, puisqu'il pouvait aller, d'après certaines personnes, jusqu'au mois de mars, et qu'il est allé certainement jusqu'au 15 février, puisque ce n'est qu'à cette époque qu'a eu \Uu le ravitaillement.

.1/. GomloCla, i>. 5(12.

Il faut d'ailleurs, pour être juste, reconnaître que le généralTrochu a Lut-mêau conseillé la désastreuse expédition vers 1 liât.

m. pioger. — Nous avons reçu une brochure sur le mouvement du général Bourbaki dans l'Est. Cette expédition avaitelle été ordonnée par le gouvernement de Paris ou par la délégation de Tours ?

m. le général le flo. — Elle a eu lieu par l'ordre du gouvernement de Paris ; elle a été i»sinuée, prescrite par le général Trochu ; ça été une malheureuse inspiration du général.

m. le président. — Ainsi, l'expédition du général Bourbaki aurait été ordonnée par je général Trochu?

m. le général le flo. — Je le crois ; il a donné des instructions à ce sujet.

Général Le Flû, p. 632.

M. Gambetta, de son côté , avait, paraît-il, paralysé le plan de M. Trochu, ce fameux plan, qui a eu les honneurs de la complainte, et qui a coûté si cher à la France.

Voici la déposition du général Ducrot :

J'avais repassé la Marne ignorant encore l'occupation d'Orléans. C'était une opération stratégique commandée par les circonstances. Puisque nous n'étions pas parvenus à surprendre l'ennemi, que nous avions rencontré des obstacles et des difficultés imprévue?, il était rationnel de repasser la Marne, pour reprendre nos opérations, soit du côté du Bourget, soit du côté de Chelles, soit ailleurs; tel était bien mon projet alors que je comptais encore sur la prétendue arrivée de l'armée delà Loire dans la forêt de Fontainebleau.

Ici, je dois vous dire que nous avions précédemment un plan qui était, je crois, très-sage et très-rationnel, dont nous avions préparé tous les éléments pendant six semaines ou deux mois et que nous avons été à la veille d'exécuter. Ce plan, c'était le passage de la Seine à Bezons, la marche sur Cormeilles, Pontoise, Rouen et le Havre. Nous l'avons abandonné du jour au lendemain, parce que M. Gambetta nous annonçait que l'armée de la Loire marchait et qu'elle serait le 6 décembre dans la forêt de Fontainebleau. Lorsqu'il en fut question, je protestai énergiquement : « Comment, dis-je, c'est sur des données aussi vagues que nous allons abandonner notre plan? L'armée de la Loire sera le 6 décembre dans la forêt de Fontainebleau ! oui, à la condition qu'elle sera victorieuse. Si par hasard elle est battue, tout manque alors. Et voyez dans quelle situation nous

nous trouverons. Nous serons en présence de l'armée victorieuse du prince Frederick -Charles, dans un pays ravagé à trente lieues de dislance, sans munitions, sans vivres ! Cela me semb'e insensé. » Et ces messieurs de nous dire : * Mais l'opinion ? que dira l'opinion ! Elle ne vous pardonnera jamais d'avoir lourné le dos à l'armée de la Loire ! »

Nous avons donc renoncé à notre projet qui était fort rationnel, parce que l'opinion publique le voulait, disait-on.

Général Ducrot, p. 16.

M. Trochu dit de son côté qu'il avait chargé M. Rinc de confier à M. Gambetta ses vues et ses projets; mais M. Gimbetta prétend avoir tout ignoré. Entre ces deux affirmations contradictoires, nous nous garderons bien de faire un choix.

Je voulus informer M. Gambetta, et je profitai pour cela de l'occasion de M. Ranc qui partait en ballon pour Tours. Je ne le connaissais pas, mais il vint au quartier- général avant son départ, et jelni dis : <* Monsieur, vous allez faire à M. Gambetta verbalement, la communicaiion tout à fait secrète que voici :

(f Je prépare une opération sur la basse Seiue avec 50,000 hommes de nos meilleures troupes et des moyens spéciaux. Nos échanges avec le gouvernement extérieur sont tellement difficiles et raivs qu'il est impossible de rien combiner à point nommé. Au moins fau Irait-il arriver à ce que nos opérations ne fussent pas tout à fait coulradictoires, et j'ai le devoir de dire au g-ouvernement de Tours, sous le sceau d'un secret dont la révélation serait très-dangereuse, comment les opérations de Pans sont réglées (1). Je ne de uande pas à M. Gambetta, qui est peut-être engagé dans d'autres entreprises concertées avec les généraux des armées extérieures, par des motifs que j'ignore, de renoncer absolument à ses entreprises, mai* il est. indispensable que ces armées ai-mt un gros détachement opérant dans la direction de la basse Seine et prêts à donner la main à mes troupes de sortie.

(1) Je croyais être soûl avec M. Uanc .[uaïul je lui ai tait o.<lie communication, «-t je l'.'i M F la On mmUsioo. M«s souvenir* me wv*nl mal Deux A* mai offlci r#. comme l'ufi o>ui me l'a rappelé depuis, !<• coaruandun» Bibtaco <-t le capitaine Urunet, étaient présents.

Un membre. — M. Ranc est venu déposer devant nous, et quand nous lui avons fait, d'après le discours que vous aviez prononcé à la tribune, des questions relativement aux communications qu'il avait reçues de vous, il a répondu : « Je n'ai reçu aucune communication du plan du général Trochu sur la basse Seine. Comment le général Trochu m'aurait-il appris, sept jours après le départ de M. Gambetta, des choses dont il aurait pu parler à M. Gambetta lui-même? Il m'a simplement dit : J'ai prié M. Gambetta de préparer ce que vous venez de dire; mais il ne se rappelle pas que vous lui ayez parlé de votre projet d'opérer de ce côté. »

m. le général trochu. — J'affirme d'abord, mais je ne me borne pas à affirmer, j'explique. M. Ranc aurait dit : « Comment M. Gambetta, partant pour la province, sept jours avant moi, n'a-t il reçu aucune espèce de communication relative à ce secret? »

Je réponds à part la raison toute simple, que* M. Gambetta n'est pas parti de Paris pour commander et gouverner en province comme des événements l'y ont conduit; il est parti pour aller fortifier la délégation de Tours, et pour y exercer selon le vœu de la majorité du conseil, une certaine prépondérance dont pour mon compte j'avais vivement contesté l'opportunité,

Général Trochu, p. 315.

Il y a, général, une question que la Commission désire vous adresser et à laquelle elle vou- prie deréuon ire, si vous pouvez éclairer ses doutes. Avez -vous conservé !a dépêche du 18 novembre annonçant la nouvelle de 1 arrivée de l'armée du général Chanzy? Non* n'en avons pas le texte exact.

m. le général trochu. — Je ne sais, j'en ferai la recherche.

Un membre. — A la réception de cette dépêche, vous avet modifié du tout au tout vo're plan d'opération sur 1* basse Seine. Cette modification a été causée par la dépêche de M. Gimbetta du 18, je crois, dans laquelle il vous annonçait pour le 3 ou le 6 décembre, 1 arrivée dans la forêt de Fontainebleau de l'armée de la Loire qui devait marcher sur deux colonnes dans deux directions?

m. le général trochu. — Votre souvenir est exact au fond, mais manque de précision. Cette d'pêch* relative au mouvement de l'armée de la Loire n'est cependant pas unique. Il y

avait eu d'autres avis antérieurs, et il y avait eu des faits dont le principal fut le succès de Coulmiers, à partir duquel il devint impossible de réaliser les immenses efforts préparés pour faire une sortie vers Rouen. Il fallut les transporter du côté où l'armée de la Loire prononçait les siens.

Quant à la dépêche de M. Gambetta, annonçant la présence de l'armée de la Loire, pour le G décembre, dans la forêt de Fontainebleau, je l'ai eue entre les mains et lue, mais elle ne m'était peut-être pas adressée. Il correspondait ordinairement avec M. Jules Favre.

m. le président. — Vos souvenirs, mon général, confirment les nôtres.

Un membre. — Il y a eu, avant votre départ d e Paris, un plan pour la province ; qui consistait à s'appuyer sur le Cotentin et la Normandie. Je croyais que vous aviez même été en relation avec le général Trocbu à l'occasion de ce plan. Il avait l'intention de faire une sortie du côté de la Basse-Seine et il comptait sur un mouvement de l'armée de la Loire, qui, au lieu de se faire par Orléans et Etampes, devait se faire par la presqu'île du Cotentin et par la Normandie. Je vous demande si vous avez eu connaissance de ces projets ?

\r. gambetta. — Je n'ai jamais eu connaissance de cela, et ce qui m'aie plus étonné, c'est que, lorsque je suis parti pour la province, personne dans le gouvernement, ni le général Trochu, -ni le général Le Flô, personne enfin ne m'a levé la langue, je ne dis pas d'un plan, mais d'une opération militaire quelconque. Un jour, — c'était déjà vers le milieu d'octobre, — M. Ranc est arrivé de Paris. 11 avait eu, avant de partir, verbalement avec le général Trochu une conversation, qu'il était chargé de transmettre à l'amiral Fourichon. Cette conversation, autant que je m'en souviens, car je ne puis pas prendre cela pour un plan, portait sur deux choses : Il y était dit qu'on tenterait, vers la fin d'octobre, un immense effort à Paris. D'abord, on ne croyait pas à la province et on ne pensait pas qu'on pût y lever, y trouver un homme, ni un fusil. Il était question, en effet, dans cette conversation, d'opérer une sortie par les petits plateaux. Gela s'appelle comme cela. Et puis, si eu province ou avait des forces, on devait les faire remonter du Havre vera Paris. Et je mêle rappelle, Bourbaki venait de sortir de Metz, il était à Lille. L'amiral Fourichon lui écrivit une lettre, dans laquelle il lui apporta cette conversation, et dans laquelle il lui ttenwndftit

son opinion sur la possibilité de faire remonter les troupes dont nous pouvions disposer, vers Rouen, pour les faire remonter ensuite vers Paris ; l'amiral Fourichon m'a délivré copie de la réponse du général Bourbaki, qui trouvait l'opération impossible.

Un membre. — Il nous l'a donnée.

m. gambetta. — C'est tout ce que je sais en fait de plans d'opération* de Paris vers la province. Ainsi, quand on a fait cette fameuse sortie du 1er au 2 décembre, on m'annonçait par un ballon, un seul, — ce qui était déjà une grave imprudence, — qu'on sortirait le 29 novembre. Ce ballon est allé à Christiania, il me fut signalé par une dépêche télégraphique, et j'écrivis au consul de vouloir bien m'envoyer la dépêche qu'il devait contenir. Je reçus seulement le 29 cette dépêche qui m'annonçait la sortie, c'est-à-dire qu'elle était faite ou allait se faire ; c'est ce qui explique la précipitation que nous avons mis à agir à Orléans, pour inquiéter et retenir un certain nombre de troupes prussienne-?; puisque cette sortie devait avoir lieu dans 1h direction de Champig-ny. Et pour tout vous dire, dans cette dépêche il n'est question, que de la sortie de Paris, et quant à nous demander quelque chose, nous engager dans un concert quelconque, il n'en est pas question le moins du monde.

M. Gambetta, p. 56 t.

m. le président. — Et vous n'avez jamais eu aucune communication du plan du géoéral Trochu ?

m. gambetta. — Je n'ai jamais eu aucune communication de ce genre, en dehors, cependant, de ce que je vous ai exposé tout à l'heure.

m. le président. — Oui, la conversation avec M. Ranc.

m gambetta. — Oui; j'ai, du r-ste, toutes les lettres qu'il m'a adressées, il y est question de tout, excepté d'un plan.

M. Gambetta, p. 564.

Après le désastre du Mans et à la veille de la capitulation de Paria, un sauveur se présenta, M. de Kératry. Créé général de division par M. Gimbetta, il avait doané sa démission, ne voulant pas obéir, comme il le dit lui-même, à un dividioamùre, nommé de la veille., et sur lequel il avait cinq semaines d'ancienneté.

708 HISTOIRE 11ÉVOLUT10NNAIRF.

Il est vrai que ce divisionnaire était régulièrement capitaine de vaisseau, et que M. de Kératry n'avait été que capitaine do cavalerie. Voici comment celui-ci expose son grief :

Il est usuel, contrairement, à l'assertion du délégué, que le plus jeune en grade obéisse au plus ancien. J'avais cinq semaines de plus d'ancienneté de grade, et, en outre, j'étais général en chef d'un corps d'armée spécial levé et organisé par moi seul. D'autre part, si j'étais incapable de manœuvrer une frégate ou une escadre, le général Jaurès, marin de profession, pouvait-il utilement, et du premier coup, réunir 40,000 hommes non manœuvriers sous ses ordres?

1/. de Kératry, p. 676.

Oubliant ce déni de justice, M. de Kératry offrit généreusement de servir encore, à condition qu'il serait cette fois ministre de la guerre. Il demandait un mois pour sauver la Frrnce. M. Gambetta ne lui répondit même pas.

« La France touche au plus effroyable désastre qu'elle ait jamais subi; encore huit ou cjuinze jours, si la province ne vient pas à son secours, Paris est livré. La Commune y triomphe et le pays reste sans gouvernement devant l'ennemi qui lui imposera toutes les humiliations, tous les sacrifices, et peut-être la régence. A mon avis mûrement réfléchi, le pays peut encore et sûrement êire sauvé. Je vou& demande pour un mois le ministère de la guerre et de la marine ; vous conserverez seulement l'intérieur. Nous serons ensemble à la peine et à l'honneur. Nous signerons ensemble les résolutions graves qu'il faut prendre immédiatement et que je prétends devoir assurer le salut du pays d'ici à un mois, le temps juste que Paris peut encore tenir s'il se sent secouru. »

M. de Kératrij, p. 681.

« Bordeaux.

« Les mobilisés bretons ont lâché pied dans le désastre d'hier. Je vous en redemande le commandement absolu, avec pleins pouvoirs et ordre de lever immédiatement sur la côte de nos cinq départements tous les marins inscrits de '.'>?> à '»."> ans. Je m'engage d'ici trois semaines, à revenir au l'eu avec soixante mille hommes qui sauront se faire tuer, et alors je me concerterai avec le général Chair/) dont

je reconnais les puissantes qualités. J'attends votre réponse avant de

quitter Nantes.

« Keratry. »

M. de Kératry, p. 681.

La reddition de Paris et l'armistice arrivèrent sur ces entrefaites, et loin de reconnaître ses fautes, M. G-ambetta persiste à dire qu'il allait délivrer le pays, et qu'il voulait continuer une guerre impossible dans laquelle d'ailleurs il a couru fort peu de dangers, et n'a jamais été exposé à rendre son épée.

m. le PdÉsiDENT. — C'est au moment où a été signé l'armistice que vous avez donné votre démission. Vous pensiez, qu'à ce moment encore, l'état militaire de la France était tel que la résistance était possible?

m. gaairetta. — Ah! certes, oui, Monsieur le Président, et je le crois encore. Je suis convaincu que si le gouvernement de Paris, qu1 était un gouvernement prisonnier, n'avait capitulé que pour Paris, ce qui était son droit manifeste, mais ce qui était tout son droit, et s'il n'avait pas engagé le pays, en stipulant la reddition de la France entière, je suis convaincu qu'avec les ressources dont on disposait, qu'on pouvait accroître et qui s'accroissaient effectivement tous les jours, le pays aurait fini par se débarasser de l'invasion. Il n'y a pas de peuple en Europe, qui n'ait eu, à un moment donné, l'étranger sur son sol, qui ne l'ait gardé longtemps, et qui n'ait fini par l'expulser. Et à force de quoi? A force de génie et de combinaisons militaires? Non; par le courage, la ténacité, la persévérance dans la lutte. Cela est crrjvé aux Autrichiens, aux Russes, aux Espagnols, aux Anglais; nous, nous avons voulu en être débarassés subitement, en quarante jours, à échéance fixe, comme s'il s'était agi d'un effet de commerce.

Les gens de Paris, en capitulant, ont capitulé pour le reste de la France, contrairement à leurs engagements les plus solennels et les plus multipliés. On m'écrivait encore, au moment où on traitait avec M. de Bismarck, qu'on ne traiterait que pour Paris. Je suis convaincu qu'avec les soldats qu'on avait, avec les armées qu'on pouvait faire et celles dont on disposait, adossée au littoral, avec les ressources de la marine et du crédit, la France, qui n'était pas prise tout entière, — on pouvait occuper le Cotenlin, l'Auvergne, les Gévennes, la vallée du Rhône, — la France serait arrivée à épuiser l'ennemi, à forcer

l'Europe à un concours effectif; on aurait sauvé ce qu'il fallait sauver au prix des sacrifices les plus surhumains, l'intégrité de la France. On aurait payé ce qu'il aurait fallu, mais qu'est-ce que cela aurait été, en comparaison de l'indépendance et de l'honneur!

M. Gambella, p. 555.

Je suis convaincu que ces efforts, auxquels on avait associé les représentants de tous les partis, auxquels la France tout entière se consacrait de plus en plus, allaient devenir efficaces par le seul effet de la persistance et de la durée, et qu'à ce prix on aurait sauvé ce qu'il importait avant tout de sauver, l'intégrité du territoire; cette conviction, Messieurs, ne m'est pas exclusivement personnelle, et au moment où nous sommes, il y a des gens qui avouent, qui reconnaissent, qui écrivent toutes ces choses, ce sont les Allemands. 11 sera facile d'établir, dans quelques jours d'ici, en prenant la collection déjà nombreuse des critiques, des études, des monographies faites par les Allemands sur la guerre, de montrer que ce qu'ils redoutaient le plus, c'était la persistance de l'effort militaire; c'est qu'ils sentaient fort bien qu'ils étaient arrivés à celte limite où leurs institutions militaires étaient sur le point de s'épuiser ; c'est pourquoi je pensais et je pense encore qu'il fallait persister. Ma conviction à cet égard s'était formée, Messieurs, en face d'un pays qui, absolument surpris, absolument désarmé, avait trouvé, en quatre mois, moyen de mettre sur pied huit cent mille hommes!...

M. Gambetta, p. 549.

Nous ne quitterons pas ce trifte sujet sans reproduire les extraits suivants relatifs aux actes arbitraires commis dans les opérations de l'appel des mobilisés et de la révision et aux achats d'armes qui ont donné lieu à tant de scandales, de procès et d'enquêtes, et dont le pays n'éclaircira jamais tous les mystères.

On vous a prêté à tort ou à raison une grande part de responsabilité dans les mesures qui ont amené l'annulation des décisions de conseils de révision, en ce qui concerne la désignation des soutiens de famille. Cela a été une grosse affaire dans certains départements. Je serais bien aise que vous pussiez dire aujourd'hui si vous assume/ une part de responsabilité dans ces mesures. Los conseils de révision régulièrement formés ont régulièrement exempté comme soutiens de

famille un certain nombre d'individus. Pourquoi n'avoir pas respecté leurs décisions !

m. gambetta. — Il y avait beaucoup d'abus, la proportion d'exemptés était excessive en présence de la détresse où se trouvait la France; il y avait des privilèges, et nous ne sommes venus à prendre ces mesures que poussés par le cri public.

m. de lasicotière. — Vousagissiez contre une décision régulière, et la révision a été plus funeste que n'eût été l'exécution.

M. Gambetta, p. 566.

m. l'amiral fourichon. — Il y avait une commission d'armenent. On trouva que cela ne suffisait pas ; alors on forma une commission d'études de l'armement, et j'ai appris plus tard que cette commission d'études de l'armement avait fait elle-même des marchés. M. Naquet en élait membre.

A Tours, avant que cette dernière commission eût été instituée, M. Koy, directeur général au ministère des finances, nous avait signalé, dans un rapport sur les opérations de la commission Lecesne, un achat scandaleux, fait en Italie, de vieux fusils français vendus par le Trésor k fr. 50 et qui nous revenaient au prix de 24 francs. Je crois être sûr de ces chiffres.

Il résulta de là une décision du gouvernement mettant fin à toutes ces acquisitions de la commission d'armement. Mais il paraît que les nécessités de la guerre firent revenir sur cette décision, car une demande considérable de crédits ne tarda pas de nous être présentée par M. Lecesne, montrant que les marchés avaient suivi leur cours.

Amiral Fourichon, p. 642.

Un membre. — Est-il dans vos souvenirs qu'à Tours trois ou quatre Américains soient venus vous trouver, porteurs de l'annonce de l'arrivée de ces 75,000 fnsils?

m. gambetta. — Je n'ai jamais vu quatre Américains ensemble.

Le même membre. — Ils sont venus deux par deux. Je les ai rencontrés dans le parcours de Brest à Tours, et ils m'ont dit qu'ils venaient vous apporter des offres de services, pour des armes et même pour une légion française venant d'Amérique?

m. gambetta. — Oh ! les Américains auraient traité avec moi nonseulement pour des armes, mais pour des armées et même pour une victoire à forfait, si on avait voulu !

M. Gambetta, p. 564.

m. de la sicoTiÈiiE. — N'y a-t-il pas eu une grande quantité d'armes de précision qui sont arrivées à Tours par la voie de Brest? et n'avez-vous pas connaissance qu'aucune de ces armes n'a été refusée? n'ont-elle pas été envoyées au camp de Conlie?

m. l'amiral fourichon. — Je ne saurais vous dire comment la distribution a eu lieu.

Des personnes qui avaient visité le camp de Conlie en faisaient une peinture affligeante. Le casernement, l'habillement, l'armement et l'équipement y manquaient.

On a vu des fusils dont les cheminées n'étaient pas perforées. Mais je n'ai pas eu une connaissance personnelle de toutes ces choses.

Amiral Fouriehoii, p. M2.

Enfin, pour résumer les jugements qui découlent de ces constatalions, et pour préciser la cause de nos désastres, ajoutons ici l'appréciation si juste de M. de Rességuier et les réponses qu'essaye de lui faire M. Gambetta.

m. le comte de rességuier. — L'opinion publique attribue nos désastres à deux causes: la première c'est la subordination de l'autorité militaire à l'autorité civile; M. Gambetta s'est expliqué sur ce point; il a dit que c'était inexact, que jamais l'autorité militaire n'avait été subordonnée à l'autorité civile. L'Enquête éclaircira ce point.

La seconde cause à laquelle on attribue nos désastres ne paraît pas contredite par M. Gambetta. C'est à sa direction politique, préoccupée surtout de faire prévaloir une forme de governement plutôt qu'une autre.

Je demande à M. Gambetta s'il ne croit pas que les premières nominations qu'il fit, à Paris, de certains maires, tels que MM. Rane et Greppo, en province de certain préfets, tels que MM. Challemel- Lacour, Duportal, Esquiros; n'étaient pas la négation pratique de la théorie qu'il formulait au commencement de sa déposition, quand il nous disait: « Nous n'étions pas, en définitive, un gouvernement; nous étions le gouvernement de la Défense nationale; il n'y avait pas de question politique engagée, et nous faisions appelai! dévouement de tous. »

Je crois qu'il se trompe absolument et je suis convaincu que le radicalisme de sa politique et le radicalisme de ses choix a con-

tribué beaucoup à épouvanter l'opinion publique en France, et à désorganiser la défense nationale.

m. iianri vinay. — Ajoutez y les commissions municipales.

m. gambetta. — Je me suis expliqué là-desus; je vous ai dit quelle est, à mons sens, la vérité politique, en ce qui touche le choix des agents que je considère comme essentiels pour représenter un gouvernement qui a des principes, et qui toutefois ne veut pas les imposer; le plus important de ces agents, c'est le préfet. Je n'aurais donc qu'à répéter ce que j'ai dit pour répondre à l'honorable M. de Rességuier; c'est que le choix des préfets a été un choix politique, et qu'il ne pouvait pas avoir un autre caractère.

m. le comte de rességuier. — Vous n'aviez aucun corps élu en France ; la France était privée, par votre fait, de toute représentation.

m. gambetta. — Ce n'est pas par mon fait.

m. le comte de rességuier. — Vous avez empêché la représentation nationale, puisque vous n'avez pas voulu convoquer d'Assemblée ; il n'y avait pas de conseils municipaux, puisque vous les aviez dissous et que vous ne les aviez pas fait réélire; pas de conseils généraux, puisqu'ils n'ont pas été, non plus, réélus; et alors vous avez, pour ainsi dire, livré la France à la direction politique d'un seul et unique parti. Cela est contraire à la théorie que vous exprimiez, qu'il fallait faire appel à tous les dévouements.

m. perrot. — Cela a beaucoup nui à la défense.

m. gambetta. — Je ne le crois pas. Ce qui explique les élections du 8 février, c'est le découragement du pays, la présence de l'étranger, le désir de la paix quand même; voilà ce qu'expriment ces élections.

Maintenant, sur le fond des choses, il ne faut pas se payer de mots; le gouvernement de la Défense nationale avait surtout la préoccupation de la guerre ; cela' n'est pas douteux. Cependant, il ne pouvait pas oublier, au point de vue préfectoral, — car je n'admets pas cette idée pour les autres administrations, — qu'il était un gouvernement de principes républicains, et c'est ce qu'il a fait.

m. le comte de rességuier. — Il n'y avait plus en Fance que des préfets républicains et omnipotents.

m. gambetta. — Il n'y avait plus en France que des préfets 1 11 y avait des généraux! il y avait le combat, et on n'avait pas autre chose à faire pour le moment; nous étions dans une situation absolument exceptionnelle, dans une période de lutte. A l'instant où la lutte aurait pris un autre aspect, où Paris aurait été assez heureux pour pouvoir

"714 HISTOIRE RÊVOLUTIONNAIKE

nous ouvrir une éclaircie, tout cela aurait changé. Il était bien entendu qu'on ne voulait pas se passer de la représentation du pays, puisque toutes les fois que nous avons pu voir jour, nous avons essayé défaire appel au pays; quand on a demandé à M. de Bismarck l'armistice avec ravitaillement, c'était pour faire des élections. Mais nous ne pouvions pas nous débarrasser de ce poids qui retombait sur nous à chaque instant ; on ne pouvait pas voter d'une main et combattre de l'autre.

m. le comte de REssÉGuiER. — Vous ne vous êtes pas rendu compte de ce que vous faisiez, je le veux bien; mais soyez certain qu'en envoyant M. Duportal à Toulouse, par exemple, vous ne faisiez pas un choix utile à la défense nationale.

m. gambetta. — Je crois, au contraire, que, sauf à la fin, le choix de M. Duportal, précisément parce qu'il était en relations [avec certains groupes, et que, d'un autre côté, c'est un homme très-doux dans le fond et dans la forme, permettait dans la ville de Toulouse une sorte de transaction et d'entente qu'on n'aurait pas pu obtenir avec un préfet d'une nuance moins colorée.

m. le président. — Cependant, vous pensez que, vers la fin, l'opinion avait changé, non-seulement à Toulouse, mais dans toute la France, à partir du 15 décembre?

m. gambetta. — J'ai forcé M. Duportal à se démentir lui-même. Je crois que l'opinion avait changé au point de vue électoral, c'està-dire que j'avais constaté, — je maintiens le fait, — en arrivant de Paris, que jusque-là la majorité de l'opinion était contre les élections, et qu'à dater de la fin de l'année, soit lassitude, soit par suite de commencement de cette défaillance qui préparait la paix, le pays voulait des élections-, c'est mon sentiment.

m. le président. — L'opinion avait changé; vous pensiez que c'était lassitude; on pouvait croire aussi que c'était répugnance de la forme d'administration et des hommes qui gouvernaient le pays; chacun est libre d'avoir son interprétation.

M. Gaiulclta, p. 571.

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