‹ Histoire révolutionnaire contemporaineChapitre 7 sur 92 · XII THÉORIE DES RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

XII THÉORIE DES RÉVOLUTIONS

d'étrangers, et une femme dans le fauteuil de. la présidence. La foule veut un décret; mais comme la séance avait été levée, et que les députés étaient chez eux, Mounier fait battre le rappel dans les rues pour les faire revenir. La séance reprise, on rend, à la demande de ces femmes, un décret qui fixe le prix du pain, de la viande et des chandelles (1). Le décret rendu, les bandes demandent à souper. Mounier, toujours docile, fait, apporter tout le pain qu'on put trouver chez les boulangers, avec du vin, des raisins et des cervelas, et l'orgie commença. « On soupa, dit Camille Desmoulins, qui soupait aussi, dans le fauteuil et dans la tribune aux harangues, et l'on fut obligé de rappeler l'ordre du jour et la chasteté du lieu à des profanes qui semblaient vouloir profiter de l'éloignement des lumières dans les galeries (2).»

Ce pandémonium de journalistes, de curieux, d'escrocs et de filles, cuvait son vin, lorsque, vers 0 heures du matin, le 6 octobre, des coups de fusil le réveillèrent. On commençait l'assaut du château. Les bandes se secouèrent à l'instant comme des fauves, et volèrent à la curée.

Que fit l'Assemblée constituante, ce pouvoir si hautain, qui, la veille, avait forcé le roi a donner son approbation aux fameux décrets du 4 août? — Le voici. Mounier avertit l'Assemblée qu'en ces graves circonstances le roi serait heureux d'avoir les députés près de sa personne, api de recevoir leurs conseils. Il fallut discuter et délibérer, et Mirabeau déclara qu'il était « contre la dignité de l'Assemblée de. se rendre auprès du monarque, et qu'on ne pouvait délibérer librement dans le palais des roi (3). » On avait délibéré, la veille, en présence de Maillard, et rendu un arrêté sur l'ordre des prostituées.

Livrés par cette Assemblée ambitieuse, et imprévoyante, le roi, la reine, les enfants de France, le gouvernement partirent à midi pour Paris, où la démagogie les attendait. Les députés reçurent l'ordre de s'y trouver le 19; ils s'y trouvèrent, esclaves humiliés de ces mêmes maîtres qu'ils avaient donnés à la royauté.

Sous prétexte d'imiter les institutions anglaises, la Constituante détruisit le principe fondamental de nos anciennes lois politiques,

(1) Mounier, Faits relatifs à la dernière visurrection.

(2) Camille Desraoulins, Révolution de France, t. IV, p. 318.

(3) Mounior, Faitt relatifs à la dernière insurrection, p. 28.

EN FHANCE. XIII

lesquelles laissaient l'initiative et la direction à la couronne, et n'attribuaient aux États et aux parlements que l'examen, le conseil et le contrôle. L'initiative et la direction, désormais confisquées au profit des Assemblées, inaugurèrent ce qu'on a appelé le régime parlementaire, système qui condamne le souverain à subir l'impulsion des corps délibérants, et à demeurer spectateur des naufrages, sans pouvoir prendre le gouvernail. La constitution, œuvre de l'Assemblée, montra toute l'inefficacité de son principe. Le temps de son élaboration dépassa de beaucoup celui de sa durée. Promulguée le 13 septembre 1791, elle périt le 10 août 1792, après avoir régi la France pendant onze mois.

Transporté désormais au sein des Assemblées, le pouvoir y subira leurs fluctuations, sans jamais pouvoir retrouver la fixité qu'il avait due à la tradition, même sous les rois faibles. Le mal était donc fait, et les assemblées qui suivirent le continuèrent sans le dépasser. La Convention ne put tuer que le monarque ; la Constituante avait tué la monarchie.

En substituant à l'initiative et à la direction toujours plus fixes du souverain l'initiative et la direction toujours plus vacillantes des assemblées, la Constitution avait en outre créé le mal jusqu'alors inconnu du fractionnement du pouvoir, résultant du fractionnement inévitable des assemblées. Avec elle prirent naissance ces forces gouvernementales nouvelles, qui s'appelèrent la droite, la gauche et les centres, source inépuisable de luttes et d'instabilité, et qui, la plupart du temps, furent moins la forme des principes que le drapeau des ambitions.

La fuite du roi et son arrestation à Varennes, le 20 juin, et sa suspension, le 25, opérèrent le premier déchirement de la Constituante, et créèrent ce parti intermédiaire, qui prendra le nom de girondin, et qui, dans le langage moderne, s'appellerait le centre gauche.

Prise en masse, la Constituante était fortement monarchique, comme la France qui l'avait nommée; et ce fut la manie de l'utopie philosophique qui l'entraîna, à son insu, à ruiner la royauté. Le parti des girondins, dirigé par une trentaine de meneurs, dont les principaux, Roland, Pétion, Vergniaud, Brissot, Barbaroux, n'étaient pas du département de la Gironde, était également monarchique, mais il était encore plus ambitieux. Son programme était double, et comprenait cette alternative ; servir le roi s'il consentait,

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le remersers'il résistait. Ouaiil aux moyens à employer, c'étaient eeu\ qui avaient réussi nu\ constituants: la pression extérieure et l'émeute. Los premiers avaient eu le. M, juillet et les !> et ti octobre; les seconds auront le 20 juin et le loaoùl. Tous arriveront au même but : le panier de la guillotine.

Le? ambitieux de la première heure, Lafayette, Bailly, les Lamelb, Pâmas e attachés au Bérl de la mouarehie parlementaire, qu'ils avaient créée, sentaient bien qu ils étaient perdus s'ils ne soutenaient pas Louis Wf, fort affaibli parsa fuite, parson retour et par sa suspension. Los ambitieux de ladeuxième heure, Robespierre, Pétion, Sieyès, Laclos, Sillery, Brissot, qui n'avaient pas eu leur couvert dressé au banquet du pouvoir et des places, poussaient au contraire à un changement de règne. Hœderer, Danton, Real, Robespierre, Pétion demandèrent que le roi fût jugé et déclaré déchu du tronc (t). Les défenseurs de l'inviolabilité royale acceptèrent la lutte : et le déchirement définitif s'opéra le 17 juillet, au champ de Mars, sous les coups de fusil que Lafayette, poussé à bout, fit tirer sur les clubistes, réunis autour de V Autel de la patrie, pour signer la pétition qui demandait la déchéance (2).

Voilà le parti des girondins fondé et à l'œuvre, et mêlé à quelque* hommes encore non classés, éléments d'une troisième couche, qui s'appelleront dans quelques mois les montagnards. Appuyés sur les deux mille sociétés de jacobins, ils entrent en vainqueurs dans l'Assemblée législative, le 21 octobre 1701; et le 2ii décembre, ils mettent les scellés sur la porte du club des Feuillants, refuge de la Constituante vaincue.

Donc, poussés par les clubs, les girondins prennent la place dea constituants dès le mois de novembre 1701 ; iU chassent Bailly et donnent la mairie à Pétion. Le 23 mars 1 7 9 *J , ils oui deux ministres

(i) Camille Desiaoulins, Révolution de France, t. VU, p. 29b.

(2) (>-' Cl i an-là qui' se fonda la traditi LjoonairCj oui consiste

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Pans, i. IX, p. 67 ; et rémérés, Mémoires, i. Il, p. !|7S.

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