‹ Histoire révolutionnaire contemporaineChapitre 61 sur 92 · COIN TE M POU A1:VE · texte numérisé non relu

COIN TE M POU A1:VE

Sur ces 33,000 chevaux, même en consommant ceux de la guerre, on n'en pouvait compter que 22,000 pour la subsistance, parce que Paris ne peut passe passer de chevaux plus que de pain, ne fût-ce que pour le service des farines qu'il fallait transporter tons les jours des moulins chez les boulangers.

On consommait à Paris 650 chevaux par jour, en comptant l'armée et la population civile; ce qui mettait la ration de viande à 25 ou 30 grammes par jour. C'est avec cela que Paris vivait depuis le 25 décembre, et, depuis dix jours, la ration de pain n'était que de 300 grammes.

Nous comptions donc que dans dix jours, c'est-à-dire quand il n'y aurait plus de pain, on aurait mangé 6,500 chevaux.

Nous avions une réserve de 3,000 vaches, que nous gardions pour les malades et les petits enfants. On aurait pu les manger; mais, comme il n'y avait plus de pain, il aurait fallu tuer encore 3,000 chevaux. Nous aurions pu, de cette façon, fournir pendant une semaine encore à l'alimentation de Paris.

Voilà, Messieurs, l'exposé fidèle des faibles ressources qui nous restaient; ce triste tableau, chacun pouvait le commenter avec ses souffrances personnelles, et, cependant, la nouvelle de la capitulation fut acceptée, fut subie par la population avec un profond chagrin et une grande déception, ia plus grande qui ait pu jamais frapper l'esprit d'un peuple.

Nous avons dû, dans ces conditions, capituler, dans le même moment où nous apprenions les derniers revers de Chanzy, l'insuccès de l'armée du Nord, la défaite et la mort de Bourbaki.

M. Jules Ferry, p. 417.

M. Jules Favre se rend auprès de M. deBismark qui, par une feinte diplomatique, lui déclare qu'il a déjà traité avec la famille impériale. C'était une assertion complètement fausse. M. Favre le reconnaît lui-même, et nul n'ignore le refus absolu opposé par l'Empereur et par l'Impératrice aux propositions qui leur étaient faites de comprendre le rétablissement de la dynastie dans les conditions de paix.

M. de Bismark me reçut immédiatement, et lorsque je lui dis que je venais pour savoir s'il était possible de faire cesser l'effusion du sang, que peut-être parviendrions-nous à nous entendre; il me répondit : « Il est trop tard, j'ai traité avec la famille impériale. »

M. Jules Favre, p. 358.

m. JULES favre. — Je n'ai vu personne auprès de M. ^e Bismark. Nous

avons causé, il m'a dit qu'il avait traité, et j'ai vu par la suite de la conversation que ce traité n'était qu'une fiction ; car d'abord il me dit qu'il avait traité avec l'Empereur, et ensuite qu'il se trouvait an face de trois prétendants : l'Empereur, la régence et le prince Napoléon, et qu'il pouvait traiter avec l'un ou l'autre de ces représentants du régime impérial.

M. Jules Favre, p. 359.

m. le président. — Il vous a parlé aussi d'une députation de l'ancien Corps législatif?

m. JULES favke. — Il m'a parlé d'une personne qui s'était chargée de la négociation; mais j'ai pensé de suite que cette personne n'avait pas joué ce rôle.

m. le comte daru. — La personne qui a été désignée déclare que cette prétendue négociation est une pure invention de la part de M. de Bismark.

m. jlles favre. — Aussi n'ai-je pas voulu nommer cette personne dans mon ouvrage.

Un membre. — C'était une ruse diplomatique!

M. Jules Faire. />. 339.

Le lendemain, à une heure, je repris la conversation avec lui; il me dit que le roi l'avait autorisé à entrer en négociations avec moi; c'est alors que les négociations commencèrent.

M. Jules Favre, p. 360.

Avec une imprudence inexplicable et que n'eût pas commise le gouvernement le moins éclairé, les collègues de M. Jules Favre et M. Trochu l'avaient laissé partir seul, sans un général pour traiter les questions militaires. Ce fut sur l'observation de M. de Bismark que cette ineroyab'e omission fut réparée.

m. chaper. — On avait refusé, à grand tort, selon nous, de vous faire accompagner par un général.

m. jlles favre. — Je crois qu'il n'y a aucun inconvénient à dire ce qui s'est passé.

Je ne m'explique pas le refus que j'ai éprouvé, mais enfin, le fait est exact; lorsque je suis revenu de Versailles, le 2ù, le mardi soir, après avoir exposé ce que j'avais fait, j'ai demandé un généra), bien plus encore à M. le général Trochu et à M. le général Vinoy qu'au Conseil. Je m'étais trouvé placé, dès le principe, dans une position qui était aussi

dangereuse qu'anormale. Je ne suis pas militaire, et cependant je me trouvais forcé de débattre des questions que je ne connaissais pas, et j'étais exposé à commettre des fautes qui auraient pu compromettre l'armée. J'ai donc demandé un générai ; on ne me l'a pas refusé précisément; on m'a dit : attendons, nous verrons demain.

M. Jules Favre, p. 361.

Je dis donc que si j'ai demandé un général c'est uniquement pour éviter de commettre une faute; quant à ma signature, elle appartenait à ce déplorable traité auquel nulle puissance humaine ne pouvait nous soustraire... On m'avait promis de signer avec moi, on ne l'a pas fiait. Je ne fais aucune espèce de récriminations. Je ne demandais pas un général pour signer la capitulation, je voulais couvrir mes collègues, et je voulais également protéger l'armée. Je ne savais pas comment les choses tourneraient*, elles auraient pu amener des résultats tout contraires à ceux qui se sont produits.

J'étais avec des militaires qui avaient dit qu'ils ne voulaient pas capituler, ce que personnellement je ne pouvais admettre. Je vous ai fait à cet égard ma profession de foi; tout chef d'armée, toute personne ayant l'honneur de c ommander doit épuiser tous les moyens de protéger ceux qui sont placés sous F es ordres, et j'admets très-difficilement qu'un militaire ne signe pas un e capitulation. Je n'ai jamais demandé un général qui signât avec moi; j'aurais été satisfait qu'on le fît, mais j'étais trop Ger pour le demander; puisqu'on m'avait laissé seul, j'allai seul.

Lorsque je retrouvai M. de Bismark, le 26, il y eut une discussion tout à fait militaire. Je lui renouvelai mon observation ; il en avait parlé à M. de Moltke. Il me dit : « Je vous avais dit cela hier, mais je ne savais pas si nous traiterions; il faut que vous ameniez demain un général. » Il ajouta : « Je veux le chef d'état-major du général Trochu. »

Or, vous savez tous quelle était à Paris la situation de M. Schmith. 11 avait été, à tort, j'en suis convaincu, très-vivement attaqué. Puisque j'en rencontre l'occasion, je lui rendrai hommage; il s'est comporté comme un brave soldat, et je suis sûr qu'il a servi la France fidèlement. Mais enfin, on l'avait accusé d'abominations : nous étions entourés d'espions. Il était très-difficile d'emmener le général Schmith pour conclure une convention qui devait exposer à toutes les calomnies.

Du reste, il y avait une raison pour que ce ne fût pas le général Schmith qui fût chargé de ce soin, c'est que le général Trochu n'était plus gouverneur de Paris. M. de Bismark me dit : « Nous ne connaissons que la règle : celui qui doit signer une capitulation, c'est le chef d'état-major du commandant en chef. »

OU HISTOIRE UÉVOLUTIOWMIU.

On me dit : « Alors c'est le chef d'élat-major du général Vinoy. » Je ne pouvais pas retourner auprès de M. de Bismark sans être accompagné d'un général, puisqu'il en avait demandé un. On chercha quel général on pourrait nommer, parce que le général Vinoy refusa de le faire. On proposa le général de Valdan, qui était le chef d'état-major de M. le général Vinoy, mais on se dit : Il faut un général plus considérable. On pensa au général Callier; il était deux heures du matin; on alla le chercher très-loin, à Belleville : quand il arriva, il était trois heures; le général ne se -souciait pas beaucoup d'aller à Versailles; il donna, pour refuser, une raison quelconque qui était sans doute trèsbonne à ses yeux, mais qui me contrariait beaucoup. On pensa au général de Beaufort ; M. le général Callier le présenta comme un général éminent. Il fut convenu que j'irais prendre le général de Beaufort ; et, en effet, je l'amenai à Versailles. Seulement le général de Beaufort, après cette journée, ne m'a pas paru être celui qu'on avait supposé le plus capable de réussir dans de pareilles négociations ; il me donna assez d'inquiétude et lorsque je revins avec lui, je dis : Je ne peux pas laisser le général de Beaufort retourner à Versailles; il faut suivre la règle proposée et envoyer le général de Valdan.

M. Jules Favre, p. 36/|.

Laissons raconter à M. Jules Favre lui-même les conditions qu'il posa, les discussions qu'il soutint, les nécessités qu'il subit :

La première chose que je Voulais obtenir, c'était la convocation d'une Assemblée; la seconde, c'était que la garnison de Paris n'allât point en Allemagne.

Je voulais que l'on conservât les armes des officiers et celles de la garde nationale. C'est vrai. Si j'ai eu un tort ce n'est pas de l'avoir demandé, c'est, dans un moment de trop grande effusion, d'avoir dit à la tribune que j'en demandais pardon à Dieu et aux hommes. Je n'aurais pas dû faire une pareille déclaration parce qu'elle n'est pas juste; il était impossible de faire autrement, et je porte le déli à qui que ce soit de nous dire comment il eût amené à rendre ses armes une population qui avait perdu la tête à ce point de vouloir assassiner celui qui allait essayer de la sauver. J'ai donc obtenu ce que j'ai demandé, et mes amis considéraient comme impossibles à espérer ces conditions d'armistice pour lesquelles j'ai été en butte à de si nombreuses accusations.

La négociation a été laborieuse; je disais à M. de Bismark : « Vous ne voulez pas de ces conditions, eh bien ! nous allons nous battre, j'ad-

mets que vous serez victorieux ; eh bien ! vous entrerez dans Paris, vous ferez de la France ce que vous voudrez, et vous verrez qu'elle vous donnera encore fort à faire. » C'était là mon thème. Quand j'arrivai près de M. de Bismark, j'étais très-anxieux ; je lui dis que nous venions de livrer une bataille dans laquelle nous avions obtenu un certain succès, et que, malgré la vivacité de leur attaque, les Prussiens n'avaient pas forcé nos lignes et étaient rentrés dans les leurs. Cela était vrai; le 19 au soir, quand j'ai été au Mont-Valérien, j'avais eu peur qu'il en fût autrement, mais les Prussiens ne sont pas téméraires.

J3 dis à M. de Bismark : « Nous sommes en mesure de recommencer, et je vous en donne pour preuve que le général Trochu, croyant très-loyalement qu'il fallait s'en tenir à la défense, la population de Paris en a été tellement irritée, qu'elle a fait une émeute hier et que le général Trochu a donné sa démission ; par conséquent, si vous voulez éviter une nouvelle bataille, il faut que nous traitions. La situation est difficile, je le reconnais; si vous voulez traiter, je viens vous dire les conditions. »

J'ignorais alors complètement l'état de nos armées à l'extérieur, nous n'avions reçu que des bulletins incomplets ; je savais bien que le géaéral Chanzy avait été battu, que le général Faidherbe l'était aussi; mais je croyais que l'armée de Bourbaki était victorieuse; cela résultait des dépêches que j'avais reçues. Je savais donc bien que la résistance était impossible à Paris, mais j'ignorais ce qui pouvait se passer en province.

M. de Bismark me dit : — « Vous arrivez trop tard ; je n'ai pour traiter que l'embarras du choix, je suis persécuté par l'Empereur, par le prince Napoléon et par la Régente. J'ai traité avec l'Empereur et je crois cette combinaison fort bonne. »

Je lui dis : — « Ce que vous me faites l'honneur de me dire n'est pas sérieux ! »

— « Je suis sûr de rétablir l'Empire , me dit-il, nous avons 100,000 prisonniers qui demandent à ramener l'Empereur; nous entrerons dans Paris, et soyez sûr que l'on sera trop heureux de faire la paix avec lui. »

La conversation continua, et je vis que M. de Bismark cherchait à me tromper; il passa à d'autres combinaisons et me demanda si j'appuierais celle de la réunion du Corps législatif.

« Nous sommes indifférents à la forme du gouvernement, me dit-il; mais nous cherchons l'autorité qui nous donnera le plus de garanties pour faire la paix, et nous la trouvons dans l'Empereur, qui a été nommé par la grande majorité de la nation. Si nous ne la trouvons pas dans

18 HISTOIRE MtVQLUXIQNNAIRE

l'Empereur, nous la trouverons dans le Corps législatif, qui représente la volonté populaire. »

Je lui dis que le Corps législatif était impossible.

— « Vous vous trompez, me répondit-il, il y a une commission du Corps législatif, et je suis en rapport avec elle. »

11 me cita un de nos collègues que je ne veux pas nommer, parce que je suis persuadé que M. de Bismark ne m'a pas dit la vérité ; c'est un personnage très-important, et il serait inutile de jeter son, nom au milieu de toute cette affaire.

M. de Bismark me demanda mon avis: — « Je vous consulte comme avocat, » me dit-il. — « Eh bien, comme avocat, je vous dirai qu'il est d'une très-grande honorabilité; mais je ne crois pas qu'il ait autant de rapports avec vous, et d'ailleurs, si, dans un intérêt patriotique, il a songea quelque chose, pour moi, je m'y refuse. Arrangez-vous avec l'Empereur et le Corps législatif. Quant à moi, je ne représente que Paris; si nous sommes battus, vous entrerez dans Paris, vous ferez ce que vous voudrez. » Peu à peu, je passai aux détails; ces négociations ont duré pendant cinq jours. M. de Bismark m'a d'abord demandé à prendre la garnison de Paris tout entière ; je m'y suis opposé. On me la beaucoup reproché et peut-être avec raison; j'ai en cela été trèsimprudent, par des sentiments que vous apprécierez. M. de Bismark m'a averti, avec une très-grande loyauté, du danger au-devant duquel j'allais. Je lui dis : « Je ne traite pas avec vous si vous ne concédez pas que la garnison de Paris n'ira pas en Allemagne » — « Je ne vous fais pas une grande concession, me répondit-il, car nous avons déjà beaucoup de prisonniers. »

Je ne crois pas, en effet, que cela ait été un grand miracle que d'avoir obtenu cette concession; mais ce qui a été k résultat d'un effort trèsgrand, c'est d'avoir obtenu que nos troupes ne fussent point parquées. M. de Bismark et M. de Moltke voulaient disposer deux camps, l'un à Gennevilliers, l'autre à Saint-Maur; les officiers devaient être internés dans un troisième camp, sans armes et séparés des soldats. Je lui ai (ht : « Je n'accepterai pas cela, la population de Paris en mourrait de douleur. Que les prisonniers soient gardés en Prusse, très-bien; mais en France, jamais. Mous aimons mieux mourir que de subir une telle humiliation. » M. de Bismark me dit : « Vous êtes insensé, les soldats qui seront dé-armés dans Paris seront une cause permanente de dangers. »

J'ai répondu : « Ils sont animés de bons sentiments, nous les maintiendrons; nous sommes très-malheureux, mais je ne consentirai j un a à ce qu'ils soient parqués, à ce qu'ils subissent sous nos yeux les Q vai- traitements de leurs gardiens! >

Après de longs débats, M. de Bismark accorda que nos soldats n'iraient pas en Allemagne et resteraient à Paris. — « Quant à la garde nationale, me disait M. de Bismark, voici quel est le plan du roi : il veut bien que les soixante anciens bataillons de la garde nationale gardent leurs armes, mais il veut que les autres soient désarmés. » Je lui ai dit: « Venez les désarmer : je ne m'en charge pas. Nous amènerions la guerre civile que nous avons toujours voulu éviter. La garde nationale renferme des éléments très-mauvais. On a donné des armes à tous ceux qui venaient en chercher. J'ai moi-même été ministre de l'intérieur par intérim pendant trois mais; j'ai vainement cherché à y mettre de l'ordre, je m'y suis épuisé, et je n'y suis pas parvenu ; je ne suis arrivé à rien, si ce n'est à prolonger cet état de désordre effroyable qui résultait de ce que la garde nationale était payée et de ce que la plupart de ses soldats ne cherchaient que leurs trente sous ou leurs 2 francs 75 par jour. — C'est un état terrible, ajoutai-je, qui nous condamne presque inévitablement à une liquidation sanglante. Mais nou^ la ferons sans vous, et j'espère encore que les éléments excellents de ïa garde nationale seront suffisamment forts pour réprimer ceux qui sont mauvais; mais, encore une fois, si vous voulez les désarmer, entrez dans Paris, et faites-le vous-mêmes; pour moi, je ne m'en charge pas. »

Pour vous d mner une idée des difficultés qui se soulèvent dans les choses militaires, je vous citerai le fait suivant : nous sommes restés quatre heures pour que l'armée conservât ses drapeaux ; il fallut envoyer chez le roi et chez M. de Moltke pour obtenir cette concession, que je considérais comme un honneur et une consolation, quoique l'armée, n'eût pas de drapeaux par le fait : elle en avait quatre dont elle ne se servait pas; mais, en tout cas, elle les a conservés.

M. de Bismark demandait en outre un milliard pour la ville de Paris. Je trouvai la chose un peu forte, et je parvins à réduire sa demande à 200 millions.

Je posai donc mes conditions, et je dis que c'était à prendre ou à laisser. « Si vous n'acceptez pas les bases dont je viens de vous parler, il n'y a rien de fait; nous nous battrons; après la bataille, vous entrerez dans Paris, vous ferez ce que vous voudrez, vous le régirez comme vous voudrez ; quant à nous, nous nous effacerons complètement; vous gouvernerez Paris, et nous ne prendrons en aucune façon la charge de diriger les affaires quand le drapeau prussien flottera dans Paris ; vous nous emmènerez prisonniers si vous le jugez convenable. Voici mes conditions : un armistice, — je me refusai à traiter de la paix ; — convocation de l'Assemblée; l'armée prussienne n'entrera pas dans Paris; notre armée restera prisonnière dans Paris, n'ira pas en Allemagne. » Il

Oïl HISTOIRE 'RÉVOLUTIONNAIRE

n'était pas encore question du sort qu'elle aurait, et à plus forte raison pour la garde nationale de marche. M. de Bismark voulait d'abord prendre la garde nationale de marche, je m'y refusai ; c'était une condition de rupture. La garde nationale conserverait ses armes.

Telles sont mes conditions que je posai à M. de Bismark. A la On de la conversation, comme il voulait se retirer, il me pria de les lui formuler par écrit. Je lui fis quelques observations à cet égard, et lui dis que si les négociations échouaient, il pourrait se servir de cet écrit ; il me répondit: « — Sur ma foi de gentilhomme, ce n'est que pour les montrer au roi, pour lui faire connaître les bases de notre conversation. »

Je pris un crayon et j'écrivis ces quatre conditions.

M. Jules Favre, p. 359.

J'ai débattu pendant cinq jours pied à pied les conditions de l'armistice. Je me suis efforcé de défendre les intérêts de l'armée avec toute la sollicitude dont je suis capable. J'ai fait conserver aux officiers leurs armes et leur équipement, aux régiments leurs drapeaux ; j'ai sauvé le soldat de l'humiliation et des souffrances d'un parquement dans des camps retranchés; j'ai cru mettre à couvert toutes nos forces de province par une suspension d'armes devenue inévitable, mais qu'on aurait pu me refuser ; loin d'exiger la signature d'un général au pied de la convention, j'ai été heureux de me sacrifier seul, en signant seul, ne me dissimulant pas que cette signature deviendrait le prétexte d'accusations et de calomnies sous lesquelles je succomberais, et lorsque, brisé de fatigues et d'émotions de toute nature, j'ai dùi sous le regard et avec l'adhésion du vainqueur, écrire le télégramme qui m'est reproché, l'autorité militaire qui m'assistait n'a pas fait une observation. Eile, qui avait pour mission spéciale défaire exécuter l'armistice, n'a pas cru plus que moi que ma réfaction fût incomplète ! Elle l'a considérée comme tellement suffisante, qu'elle s'est refusée à faire partir un officier qui, en passant par Versailles, pouvait, comme je le désirais, être le lendemain soir à Bordeaux! et maintenant c'est moi seul qu'elle accuse, et, quand je viens devant la Commission qua vous présidez dire loyalement la vérité, on s'empresse de travestir mes paroles et de soulever contre moi une tempête de calomnies, au risque de provoquer un débat qui pourrait être funeste à nos relations diplomutit;

;)/. Jules l'atre, i>. ;>7'i.

m. jules favre. — INous sommes tombés d'accord avec M. de Bismark dans cette séance du ^26, qui commença à une heure, sur les points principaux. A cinj heures nous arrêtâmes cette conversation.

Ces pointsprincipaax étaient que l'armisticeserait accordé; que l'Assemblée serait réunie ; quant à l'entrée dans Paris, je ne pus obtenir immédiatement qu'elle n'aurait pas lieu; ce n'est qne trois jours après, je crois, peut-être est-ce le lendemain que je l'obtins ; comme je tiens à être exact, je ne veux pas préciser; ce qu'il y a de sûr, c'est que j'eus beaucoup à insister à cet égard. M. de Bismark me disait que cette condition rencontrerait un ( bstacle presque absolu dans la volonté du roi et des généraux. Je suis arrivé au Conseil rapportant l'armistice, la convocation de l'Assemblée, la promesse qu'on n'emmènerait pas l'armés prisonnière de guerre, que les officiers conserveraient leurs armes; j'obtins aussi, et j'attachai à cette clause une importance bien naturelle, qu'on ne parquerait pas nos soldats. Vous savez qu'on me l'a beaucoup reproché , mais vous comprendrez le sen'iment qui m'a guidé. M. de Bismark me dit: Quant aux prisonniers, je parlerai au roi de votre désir que nous ne les emmènerions pas en Allemagne; nous n'en voyons pas, d'ailleurs, l'utilité. Je ne considérais pas cela comme une concession de M. de Bismark, la Prusse avait déjà un nombre énorme de prisonniers et n'avait aucun intérêt à s'imposer des charges nouvelles. ÏÏ fut dit que les prisonniers resteraient à Paris, mais qu'ils seraient divisés en deux camps, l'un dans la plaine de Gennevillïers, et l'autre à Saint-Maur; que, de plus, les ofûciers seraient internés à Saint-Denis. Voilà le sort qu'on réservait à nos soldats. Je m'y opposai, je dis que je ne le souffrirais pas ; j'aimais mieux tout rompre que de voir nos soldats prisonniers sous les murs de Paris. M. de Bismark me fit toutes sortes d'observations; il me dit : C'est dans votre intérêt, parce que des militaires désarmés, vaincus, dans une grande ville, au milieu d'excitations de toute nature, deviendront un danger considérable. Je lui répondis que je ne me dissimulais pas ce danger, que je le sentais comme lui, mais que j'avais dans la population de Paris une grande confiance, ainsi que dans la garde nationale; j'e-pérais que ces militaires seraient contenus; M. de Bismark, après avoir consulté M. de Moltke, accéda à ma demaude. Je revins, le 2k au soir, avec ces conditions ; je les fis connaître au conseil, et il fut convenu que le lendemain je retournerais à Versailles, parce que ce n'était, bien entendu, que des conditions générales.

M. Jules Favre,p. 36G.

Ici se place la déplorable méprise dont l'armée de l'Est a été la victime- M. Jules Favre explique à sa façon cette erreur impardonnable :

Dans votre pensée, l'armistice devait comprendre même l'armée de l'Est?

m. jules favre. — Parfaitement. Dans la pensée de M. de Bismark et dans la mienne, ce retard apporté dans la délimitaiion de la zone

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