‹ Histoire révolutionnaire contemporaineChapitre 62 sur 92 · TOME U · texte numérisé non relu

TOME U

66 HISTOIRE RÉVOLCTIOWAIRE

neutre ne voulait pas dire que la guerre continuerait dans l'Est et que l'armistice ne comprenait pas l'armée de l'Est. C'est ainsi que M. de Bismark l'entendait ou me paraissait l'entendre; il me semblait que lorsque nous écrivions, M. de Bismark et moi : « Faites exécuter l'armistice » ?ans y ajouter aucune restriction, il ne pouvait y avoir ni exception ni équivoque.

m. le comte DAKu. — Les dépêches prussiennes portent la preuve que M. de Bismark ne comprenait pas ainsi l'armistice. Il a été écrit le 28 à 11 heures du soir : « Le général Minteuftel continuera ses opérations; l'armée de l'Est n'est pas comprise dans l'armistice. »

m. jules favre. — Le texte de la convention proteste contre cette interprétation. J'affirme que l'armée de l'Est a été comprise dans l'armistice; mais la réglementation de la délimitation de la zone neutre ne pouvait pas être fixée immédiatement. Pour les armées de l'Est, ou attendait des nouvelles, des pièces respectives, pour en faire la délimitation.

m. chaper. — La délimitation se fait sur place. Ce qu'il y a d'inouï dans le traité de l'armistice, c'est que la délimitation a été faite à Versailles, et chose plus grave encore, qu'elle a été faite seulement par des officiers prussiens.

m. le comte DARU. — Et sur des cartes prussiennes !

kl chaper. — J'allais y arriver.

Ce sont les Prussiens qui ont tracé, comme ils l'ont entendu, les lignes de délimitation, avee des caries tellement fausses, nous a-l-on dit, que M. le général Loysel affirme que si l'on avait suivi rigoureusement ces lignes de délimitation, il aurait été rejeté dans la mer.

Par suite de ces délimitations, le département de la Côte-d'Or a été remis aux Prussiens; celui de Loir-et-Cher également; Abbevide, je crois, l'a été, ainsi qu'une grande partie de la presqu'île que défendait le général Loysel, et dont le Havre était le centre. Nous avons été obligés d'évacuer tous ces points que nous occupions.

Vous apercevez la gravité militaire de ce fait, elle est énorme et d'autant plus considérable que cela constitue un exemple peut-être sans précédents. Quand on traite d'un armistice, il est certain que l'on doit prévoir que les deux armées seront enchevêtrées l'une dans l'autre, toutes les deux tenant la campagne; on ne peut pas, dans son cabinet, tirer une ou plusieurs lignes droites, allant invariablement dans telle ou telle direction. Il faut, au contraire, aller surplace, — voir les points qu'occupe l'une des armées, ceux qu'occupe l'autre, faire des échanges, consentir des transactions. C'est ce qui a été opéré pour certaines parties de l'armée du Nord. Ainsi le chef d'état-major du général Kaid herbe. a été chargé d'aller reconnaître les lignes sur place; tuais pour tout le reste, c'est une vraie capitulation, car cet armistice était conclu c.oiu-

plétement à la volonté d'un seul des traitants, qui abusait de sa situa ion jusqu'aux hmites extrêmes de la mauvaise foi, pul^H ro s ," toujours pns et ne nous a jamais donné q S a

Il nous a pris des positions d'une grande importance. Le général Cfoanzy nous a éclairés là-dessus; on lui a enlevé tout ,,n i- ? Dans l'Est on a enlevé aussi un département ° departeraent-

Vous-même, en ce qui concernait le département de la Côte d'Or vous avez soupçonné que la réserve faite et la querell à nr 1'

m. chaper. —Oui, c'est vrai.

M. JULES FAVRE. — Je VOUS 1p rpnpro Af A~ xi , j

^je le reconnu, dansée %&££$$£&$* n étais pas présent au moment de la délimitation il „ f ' , Je «ranger E,le a été faite ^ £g&^g*»£

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J/. /w/es Favre, p. 3C7.

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68 HISTOIRE ItLVOLUTIONNAIHK.

Débandée, démoralisée, sans vivres, sans vêtements, pouvait-elle combattre?

M. Jules Favre, p. 341 .

Et cependant on a répété partout, on imprime encore dans les feuilles bonapartistes et démagogiques que je suis responsable de la perte de l'armée de l'Est.

Je crois avoir victorieusement établi qu'une telle accusation est absolument fausse.

Je crois avoir éga'ement démontré qu'il est dans tous les cas impossible de me re:idre seul responsable de ces faits.

Je n'ai jamais cherché et je ne cherche pas davantage aujourd'hui à fuir la responsabilité que j'ai assumée.

Mais, alors que ceux au secours desquels je suis venu m'abandonnent et m'attaquent, j'ai le droit et le devoir de déterminer nettement la part qui revient à chacun.

Lorsque, après trois conseils de guerre successifs, il a été reconnu, par l'autorité militaire et par le gouvernement, que toute défense était impossible, et que Paris n'avait pas pour dix jours de vivres, il était du devoir de l'autorité militaire de joindre son action à celle du gouvernement pour stipuler au nom de l'armée et obtenir les meilleures conditions possibles.

Il était de son devoir de surveiller tous les détails des choses militaires dans la convention et dans l'exécution.

Elle s'est abstenue. Elle m'a laissé seul en face de l'ennemi, forcé de débattre les questions les plus graves et qui la concernaient exclusivement.

Si la famine n'eût pas été à nos portes, je n'aurais jamais accepté une pareille mission.

Convaincu que, si je reculais, rien ne serait fait, j'ai assumé cette terrible responsabilité dont je devinais toutes les angoisses et toutes périls.

Quand j'ai » u déblayé le terrain, j'ai de nouveau réclamé le concours de l'autorité militaire, — elle me l'a refusé — et je ne l'ai obtenu que lorsque l'ennemi l'a exigé.

A partir du moment où un général m'a assisté, l'autorité militaire a été s<su!e chargée des objets de sa compétence.

On m'a dit cependant qu'aujourd'hui elle le conteste et qu'elle me reproche d'avoir usurpé ses droits, lorsque le 2G janvier au soir, ren tia.it de Vers, illes, je donnais l'ordre de cesser le feu.

Si celte critique m'était réellement adressée, elle me paraîtrait tout à fait incompréhensible.

J'aurais voulu, je n'ai pas besoin de le dire, que l'effusion du san S'arrêtât le jour même où je suis allé à Versailles.

Cependant il fallait que les deux belligérants se missent d'accord.

Le 26 au soir, cet accord semblant certain, M. de Bismark et moi nous convînmes, à Versailles, à huit heures, de suspendre le feu à minuit.

Avec les lenteurs forcées du retour, je ne pouvais arriver à Paris qu'à dix heures. Je n'avais pas un moment à perdre.

Cependant je ne rédigeai mon ordre ni de Versailles ni des affaires étrangères; je me fis conduire chez le général Vinoy pour le faire donner par lui.

M. le général Vinoy était absent. Le chef d'escadron que je rencontrai n'avait pas une autorité suffisante. J'écrivis et je signai cet ordre en recommandant la plus grande diligence pour son exécution.

A ce moment même l'ofûcier supérieur qui me recevait ouvrait une dépêche du commandant de l'un des forts qui couvrent Saint-Denis. La dépêche demandait du renfort et faisait craindre que la garnison ne pût plus tenir.

M. Jules Favre, p. 374.

A leur tour M. Pelletan et M. Trochu sont entendus à ce sujet :

m. le président daru. — Dans tous les cas, pourquoi a-t-oa excepté l'armée de l'Est de l'armistice ?

m. e. pelletan. — Les négociateurs n'ont pu alors tracer une ligne de démarcation entre les armées belligérantes. M. Jules Favre a dû vous donner à cet égard toutes les explications. Étions-nous libres, alors, de discuter les conditions de l'armistice ? Nous avons résisté jusqu'à la dernière minute. Il était possible que si nous avions tardé de deux jours, Paris se réveillât avec la famine. Comprend-on la famine à Paris? Se figure-t-on cette population, ces malheureux habitants sortant de leurs maisons pour se jeter sur un morceau de pain? C'eût été terrible. Nous avons résisté encore un coup jusqu'au dernier moment, et, quand est venue l'heure de la capitulation, nous n'étions pas maîtres des conditions; nous avons dû les subir. M. Jules Favre a, dans ces désastres, dans ces douleurs, évidemment accepté le rôle le plus pénible dont un grand citoyen puisse être chargé. Il a dû discuter pied à pied ces hontes, ces humiliations, ces souffrances de la capitulation. Il l'a fait cependant, et pour ma part, je crois qu'on lui en saura gré quand toutes les fumées et toutes les poussières qu'a soulevées l'esprit de parti seront tombées.

m. le président daru. — Veuillez, le remarquer, ces considérations sur la famine et sur les malheurs effroyables. qu'elle eût entraînés no sont pas une réponse à la question que je vous ai posée. Je vous demande la permission de vous y ramener purement et simplement.

Toutes nos armées, celle du Nord, celle de l'Ouest, celle de la Loire, ont été comprises dans l'armistice, c'ejt-à-dire que les ofûciers ont suspendu les hostilités et déterminé la zone neutre qui devait séparer les troupes françaises des troupes ennemies ; une seule armée a été exceptée de l'armistice, c'est l'armée de l'Est. Nos généraux n'ont même pas été prévenus de cette exception, et alors que, conformément aux lois de tout armistice, ils restaient immobiles à la place où l'armistice les avait saisis, les généraux prussiens continuaient leurs mouvements, informés que les armées de l'Est n'étaient pas comprises dans la capitulation.

Je vous demande, à vous, membres du Gouvernement, pourquoi vous avez laissé les armées de l'Est en dehors de l'armistice et dans l'ignorance de la situation qui leur était faite?

m. eugène pelletan. — M. Jules Favre a dû répondre à cette question.

m. le président. — C'est un des actes les plus graves de votre Gouvernement, et nous vous interrogeons pour savoir ce que vous pouvez nous en dire.

m. pelletan. — Ce que je puis affirmer, c'est que M. de Bismark a exigé la reddition de la place de Belfort ; c'est précisément parce qu'on ne voulait pas rendre Belfort que M. de Bismark a dit : « Nous ne pouvons pas tracer une ligne de démarcation puisqu'il y a encore des hostilités ; nous ne savons pas où sont les corps d'armée puisqu'ils sont en marche; laissons cette question à l'écart; on tracera une ligne de neutralité pour les autres armées, mais puisque vous ne voulez pas donner Belfort, les opérations continueront dans l'Est. »

M. PclUtan, p. l\lù.

m. le comte daru. — Vous auriez su alors que l'armée de l'Est n'était pas comprise dans l'armistice.

m. le général trochu. — Oh! pardon; vous voulez toujours me faire dire cela, mais je vous rectifierai toujours, mon cher collègue. Je déclare par continuation que, dans ma pensée, il y a eu à cet égard incertitude, et que cette incertitude reposait sur le sentiment où j'étais par expérience que les Prussiens voulaient que cette incertitude régnât. Ce sont eux, maîtres du télégraphe à Versailles, qui ont fait partir l'avertissement de M. Jules Favre, et vous voyez bien qu'aucune objection n'a été faite par eux à celte dépèche qui ne parlait pas des trois jours et suspendait immédiatement les hostilités. Mais cette objection, il leur a plu de la faire au général Clinchant. Voilà qui est clair.

Je vous le dis, tout ce qui s'est passé là a été le résultat, non des formes et des conditions de l'armistice, non des efforts, Weo ou mal entendus, ni de la compétence ou de l'incompétence de M. Jules Favre.

mais des vues bien arrêtées des Prussiens, de leur résolution d'agir comme ils l'entendraient avec la France, qui ne pouvait plus combattre. Vous avez vu l'absolue bonne foi avec laquelle j'ai raisonné et cherché à rappeler mes souvenirs, vieux de dix-huit mois, et auxquels je ne pensais guère, puisque je suis venu ici sur la demande de M. Ferry pour parler exclusivement du 31 octobre. Ce sont les faits que vous m'avez appris ou rappelés qui m'ont mis sur la voie pour trouver et prouver la vérité. Oui, ces événements sont le résultat des circonstances de force majeure ou, si vous voulez, de violences majeures, que j'ai exposées. Si vous entendez à leur sujet discuter les personnes, vous êtes assurés d'être hors de la vérité et de la justice.

M. Trochu, p. 327.

Le 31, trois jours après la signature de l'armistice, vous avez, au sein du Conseil, vous d'abord, M. Ferry ensuite, manifesté de vives inquiétudes, en disant : « Mais, quelle est donc la situation de l'armée de l'Est? Quelle énorme responsabilité va peser sur nous si elle est battue et prise ! » Cette discussion n'aurait pas eu lieu si, dès le 28 au soir, après avoir fait la convention, le Conseil avait pu croire que l'armée de l'Est était comprise dans l'armistice, et qu'on ne se battait plus de ce côté.

m. le général trochu. — Je ne me rappelais pas cette discussion; mais c'est là la preuve évidente, éclatante, de ce que je vous ai dit, à savoir que mon esprit gardait des doutes, des préoccupations à ce sujet, et que je réclamais des explications.

m. le comte daru. — Je vous demande si dans le Conseil vous n'avez pas entendu soutenir l'opinion contraire.

m. le général trochu. — Jo n'ai aucun souvenir à cet égard; mais après ce que vous venez de dire, et après ce que je vous ai dît moimême, il me semble que vous pouvez choisir maintenant; — ce que vous venez de dire démontre que, par le fait, l'incertitude régnait sur ces choses. M. Jules Favre dit : Je crois qie l'armistice s'étend à l'armée de l'Est; moi, sur ce point, j'ai des doutes. Pourquoi cette incertitude, ces doutes, ces divergences d'opinion? Parce que cet armistice n'en était pas un, parce que c'était, au fond, une capitulation à merci, comme les faits uhérieurs'que j'ai énumérés le prouvent. Les Prussiens ont voulu rester maîtres de la situation. M. Jules Favre a, paraît-il, entendu que l'armistice s'étendait à l'Est, à toutes les armées, à Bitche, à Besançon, àBelfort? Mon Dieu, je ne suis pas étonné qu'il l'ait cru; mais j'ai eu des doutes, et d'autres en ont eu aussi, d'après ce que vous venez de dire. Je n'ai jamais vu, encore moins signé, ce que vous appelez les procès-verbaux des séances du Gouvernement. Mais s'ils disent que j'ai voulu éclaircir la situation de l'armée de l'Est, c'est que j'avais

des incertitudes et des inquiétudes à son sujet. Cela confirme les souvenirs que j'ai exprimés devant vous.

Général Trochu}p. 325.

Avoir exclu l'armée de l'Est de l'armistice, c'était une faute immense, mais M. Jules Favre et ses collègues ont su encore l'aggraver ; le premier, en envoyant au gouvernement de Bordeaux une dépôche qui parlait d'un armistice général à faire observer partout et sans retard ; les autres en ne rectifiant pas l'erreur du funeste diplomate, en ne provoquant aucune explication, en laissant tout aller au hasard, en ajournant le départ de leur délégué pour Bordeaux, où il est arrivé ignorant les véritables conditions de l'armistice et où il les a apprises par les communications de l'ennemi. Pour rejeter loin de lui la responsabilité qui l'écrase, M. Favre reproche à M. de Bismark une mauvaise foi insigne ; mais cette mauvaise foi n'excuse point l'imprévoyance et la coupable légèreté qui ont coûté à la France une armée de plus et la vie de plusieurs milliers de ses enfants.

m. le comte daru. — La dépêche était conçue dans les termes suivants : « Nous avons s'gné un armistice, faites-le immédiatement exécuter partout. »

Vous ne laissez, dans ce télégramme, aucun doute sur l'universalité de l'application de l'armistice partout. Cette dépêche a été expédiée de Versailles à onze heures du soir. Étiez-vous seul quand vous l'avez écrite, ou bien étiez-vous avec M. de Bismark?

m. jules favre. — Hélas! ceci prouve que vous vous faites bien peu d'idée de la situation dans laquelle j'étais à ce moment : j'étais, comme je vous l'ai dit, tout à fait à la disposition de M. de Bismark. Relativement à cette armée de l'Est, j'ai donné des explications, mais puisque vous désirez qu'elles soient présentées aujourd'hui d'une manière plus complète, je n'y fais aucune opposition.

Le projet d'armistee que j'avais rédigé portait, bien entendu, que l'armistice s'appliquerait à toutes les forces qui étaient en présence, et j'avais compris, que, l'armistice étant proclamé, chacun devait s'arrêter sur ses positions et qu'on devait ensuite établir sur place la délimitation des armées. Lorsqu'il fut question de réaliser ce plan, M. de Bismark me fit connaître qu'il voulait positivement exclure Belfort de l'armistice. M. de Bismark m'a demandé la livraison de Belfort comme condition de l'armistice. Je ne sais pas si c'est quand M. de Valdan était là; mes souvenirs sur les points de détail bontparfcdlemenl pi Quoi qu'il en soit, nous ne sommes arrivés à poser d'une raçûni bien nette les conditions de l'armistice que lorsque les militaires ont é M. Beaufoit d'abord, et puis M. de Valdan. 11 avait été question toat d'abord, de la part 'le M. de Bismark, de la ces-ion de Belfort ; je m'y

suis refusé. — Eh bien, m'a dit M. de Bismark, Belfort ne serapaa

CONTEMPORAINE ' o

compris dans l'a rmistice. — Je loi ai dit: Mais alors que faites-vous de l'armée qui est autour de Belforf? — Je croyais que Bourbaki était victorieux.

m. le comte daru. — C'était avant le 23?

m. jules favre. — Oui, le 23, je croyais que l'armée de l'Est était la seule armée qui n'eût pas été battue; c'était ma pensée avant que j'eusse c-u^é avec M. de Bismark.

M. de Bismark me dit que le général B jurbaki avait été battu devant Héricourt, 'que les opérations étaient engagées et qu'il était absolument impossible de savoir où étaient les deux armées. Ce fut la raison pour laquelle il me proposa de ne pas assigner la ligne de démarcation qui devait séparer l'armée de l'Est de celle qui était vis-à-vis d'elle, parce que, disait-il, il attendait constamment une nouvelle décisive. Le télégraphe était coupé, il n'était pas possible de recevoir des dépêches autrement que par cavaliers. Et même M. de Bismark disait : « Attendons des nouvelles de l'armée de l'Est pour conclure l'armistice. » 11 r.e comprenait pas encore pourquoi j'étais si pressé.

.)/. Jules Favre, p. 3G j.

C'est au moment où j'ai signé la capitulation, et avec la même plume, que j'ai écrit cette dépêche à M. Gambetta sous les ypux et avec le contrôle de M. de Bismark. Nous n'avions à notre disposition aucune espèce de moyens de communication ; ce n'est que cinq ou huit jours après que j'ai obtenu avec la plus grande peine, et parce que l'armistice était en plein cours d'exécution, l'autorisation d'envoyer des dépêches à Tours.

m. chaper. — Est-ce vous qui avez rédigé la dépêche, ou M. de Bismark ?

M. JULES FAVRE. — C'est moi.

m. chaper. — On avait cru voir dans la généralité des termes employés une manœuvre de M. de Bismark; car, grâce à la généralité de ces termes, l'armée de l'Est paraissait comprise dans l'armistice.

Cette dépèche, expédiée à onze heures du soir, arrive le matin à Bordeaux. Au^sHôt, tous les généraux français sont avertis qu'une trêve est conclue; les hostilités sont immédiatement suspendues.

Les termes de la dépêche étaient fort généraux. Les chefs d'armée ont cru, de la meilleure foi du monde, que, comme cela se fait en pareille circonstance, chacun devait garder ses positions, et négocier avec l'ennemi pour la délimitation des lignes neutres. Pas du tout. Il y a d'abord ce l'ait énorme, que l'armée de l'Est n'était pas comprise dans l'armistice, n'en était pas prévenue, et que l'ennemi continuait à marcher contre elle. De plus, la délimitation, pour toutes les armée?,

n'était pas faite, sur place, par les généraux intéressés, mais à Versailles, par M. de Moltke et par vous, sur les plans et par la main de l'ennemi. Le premier fait est le plus grave, mais le second a sa gravité aussi.

m. jules favre. — La dépêche a été faite immédiatement après la signature de l'armistice. Le général de Valdan était présent. Nous avons arrêté avec M. de Bismark les termes de la dépêche. A ce moment j'étais dans un très-grand état de trouble, et cela se comprend. J'ai fait cette dépêche, et je suis rentré avec la pensée de h faire porter à Tintant même, car j'ai demandé à M. de Bismark un officier qui irait en porter le texte à Bardeaux. Je ne savais pas que l'armistice dût être retardé de deux ou trois jours. L'armistice portait qu'il serait exécutoire immédiatement pour Paris, mais trois jours après seulement pour la province.

m. ulric perrot. — Quoi! on laissait trois jours pour se battre dans les départements.

m. jules favre. — Dans ma pensée ce délai de trois jours n'était stipulé que pour la mise à exécution de l'armistice dans les départements, et c'est ainsi que la convention a été appliquée.

m. le comte daru. — Ceci, il faut l'avouer, est bien extraordinaire ! — Vous savez ce qui en résulte : le général Clinchant était à Pontarlier, en retraite. M. Gambetta lui télégraphie le 29 au matin : « L'armistice est signé. » 11 reçoit cette dépêche; il a vingt-quatre heures d'avance sur le général Manteuffel; il est encore libre de ses mouvements. L'armistice est signé ; ordre est donné aux troupes de rester dans leurs positions. Néanmoins les troupes pru-siennes s'avancent; on dit au général ennemi : l'arnvstice est signé ; le général prussien répond : « J'ai reçu des ordres ; je suis prévenu que l'armistice ne concerne pas l'armée de l'Est. » Le général Clinchant n'était prévenu de rien de pareil. Les Prussiens en profitent; ils nous enlèvent une division, les généraux qui la commandent et que l'on emmène prisonniers.

M. Gambetla devait croire que l'armistice était immédiatement exécutoire et applicable à toutes les armées.

m. chaper. — Cette question est très-grave. Nous avons la dépêche adressée à M. Gambetta.

m. le comte daru. — Cette gravité, vous l'avez vous-même sentie. C'est le 28 au s >ir que l'armistice est signé et qu'il est signifié dans la nuit à M. Gambetta. Eh bien, à la date du 31, nous trouvons dans les procès-verbanx du conseil du gouvernement de la Défense nationale une discussion des plus vive-; à ce sujet. Le génaral Trocliu demanda : « M m l'armer de l'Est est-elle, oui ou non, comprise dans Parmisti» On ne savait donc pas à ce moment quelle était la signification dfla termes de la convention. On ne savait pas à ce moment, d'une manière

précise, quelle était l'étendue de l'armistice ; on ne savait pas s'il comprenait ou s'il ne comprenait pas l'armée de l'Est. Comment cette discussion a-t-elle pu naître?

m. jules favre. — Il n'était pas possible qu'on se méprît sur la signification de l'armistice, puisque pendant trois jours nous en avions examiné les conditions, puisque d'ailleurs j'en avais apporté le texte, et qu'en arrivant, le 28, j'avais demandé au Gouvernement, et notamment au ministre de la guerre, de taire partir immédiatement un officier pour faire exécuter l'armi-tice.

J'ai un regret extrême que cette dépêche ait pu prêter à une équivoque; je ne croyais pas que l'armistice pût s'appliquer sans qu'un officier fût envoyé dans nos armées, et qu'il pût communiquer, soit verbalement, soit par écrit, les ordres du ministre de la guerre.

Je ne dis pas que ce soit cela qui m'ait fait écrire cette dépêche ; non, j'ai écrit cette dépêche pour résumer les conditions que nous voulions pour nos soldats. Mais, par le fait, l'armée de l'Est n'était pas exclue de l'armistice. Il était seulement dit que la délimitation serait faite quand on en aurait reçu la nouvelle à l'armée de l'E->t. J'ai dû comprendre que, d'un moment à l'autre, on pouvait faire parvenir des nouvelles et fixer la délimitation de l'armée de l'Est. C'est alors que j'ai fait cette demande au général Le Flo. Le général Le Flô, après avoir eu connaissance de l'armistice, me dit qu'il s'en occuperait. Dès ce moment, j'ai été dégagé de la responsabilité militaire. J'ai mis le ministre de la guerre à même d'agir ; c'était à lui plutôt qu'à moi à s'occuper de ces détails.

m. le comte daru. — N'est-ce pas M. de Bismark qui vous a dicté cette malheureuse dépêche ?

m. jules favre. — Nous en avons arrêté les termes ensemble, je l'ai écrite avec un sentiment d'amertume que rieu ne peut rendre. Mais enDn, les choses ainsi faites, j'ai cru ma responsabilité dégagée en ce qui concernait les détails militaires.

Je suis encore resté, après l'armistice signé, à peu près quinze jours à aller presque tous les jours à Versailles pour régler les conditions de détail; j'y passais presque ma vie. Le soir du 31, ou le 31 dans la journée, M. de Bismark me dit que s'il pouvait prendre Garibaldi il le ferait fusiller. Je vous déclare que je pris cela pour une mauvaise plaisanterie. M. de Bismark, ce jour-là, — c'est encore un incident que je me rappelle parfaitement, — M. de Bismark, étant très-souffrant, me dit que je le condamnais à un régime qui le faisait périr : c'était son expression habituelle. Nous travaillions toute la journée; il ne pouvait plus sortir ni monter à cheval. Un jour, il me demanda un congé pour le lendemain.

J'étais moi-même extrêmement fatigué; j'avais, à Paris, beaucoup

■ l'affairés en retard; il fut convenu entre M. de Bismark et moi que je ne reviendrais pas. le lendemain à Versailles. En rentrant, à minuit environ, je rendis compte au Conseil de ce qui s'était passé, et ce fut en effet à cette occasion que le général Trochu me dit : « Mais vous ne connaissez pas ces gens-là ! »

Nous n'avions aucune espè:e de nouvelles de l'armée de l'Est ni de Ganbaldi. Nous ne pouvions laisser cet incident sans solution. Je partis le lendemain pour Versailles. J'eus avec M. de Bismark une conversation extrêmement vive. M. de Bismark ne paraissait pas se rendre compte de ce que je lui demandais. J'allai chez M. de Mollke, qui, du premier mot, me donna complètement raison. M. de Bismark prétendait que le général Garibaldi était un chef de partisans et qu'il n'avait ras le droit de porter les armes contre la Prusse. Je lui répondais que Garibaldi sous notre drapeau était protégé par nous, et qu'il était impossible qu'il ne fût pas compris dans l'armistice.

.V. Jules Favre, p. 36j.

m. delsol. — Dans tout cela, ce qui frappe, c'est la ruse de M. de Bismark, qui, lorsque vous êtes convaincu que l'armistice est signé pour l'armée de l'Est, regarde, lui, cette clause comme suspendant l'existence même de l'armistice pour cette armée. De sa part, il y a eu une mauvaise foi évidente.

m. jules favre. — J'ai cru qu'on devait envoyer un officier pour faire exécuter l'armistice sur toutes les lignes. Nous attendions d'ailleurs sur l'armée de l'Est des renseignements qui pouvaient arriver d'un moment à l'autre, et dès l'instant qu'ils nous seraient parvenus, nous aurions recouvré notre liberté d'action. Mais nous ne les avons eus qu'au moment où l'armistice était déjà signé. Nous sommes restés trois jours sans communications directes avec la province.

m. antonin lefèvre-pontalis. — M. Gambetta a-t-il transmis la dépêche intégrale que M. Jules Favre lui a envoyée ? savait-il que l'armée de l'Est était comprise dans l'armistice, mais que, par suite d'une ruse, elle allait en être exceptée pendant un certain temps ?

m. jules favre. — M. Gambetta ne l'a pas su.

m. chai'er. — C'est vrai, il ne l'a pas su.

m. le comte daru. — La dépêche, datée de Versailles, porte que i oa a signé un armistice applicable à toutes les années; rien de plus.

m. antonin lefèvre-pontalis. — Eh bien ! si malgré l'incertitude où l'on pouvait être on avait transmis les conditions de l'armistice tel qu'il avait été stipulé, avec l'indication des trois jours après lesquels il était exécutoire, seulement pour la province, le général Clinchant n'avait plus de raison de s'arrêter dans sa retraite.

m. j'ules favre. — Mais M. Gambetta ne l'a pas su.

m. antonin lefèvre-pontalis. — C'est un malheur.

m. chaper. — Pour moi, il y a là évidemment une preuve de la duplicité prussienne.

m. delsol. — M. de Bismark aurait dû vous faire ajouter dans la dépêche : « Faites exécuter l'armistice, à l'exception de l'armée de l'Est. »

m. antonin lefèvre-pontalis.. — Si on avait seulement indiqué cette exception, tout était sauvé.

m. delsol. — Du reste, cette dépêche est en contradiction avec celle où le roi de Prusse déclare que l'armistice est général, et qu'il le fait exécuter partout.

m. le président saint-marc girardin. — Ceci est une axusation contre M. de Bismark, mais je vous ferai remarquer que, lui, nous ne pouvons pas l'interroger...

M. Jules Favre, p. 3C9.

Lorsque la convention fut signée, le 28 janvier au soir, je demandai à M. de Bismark un sauf-conduit pour un officier et un membre du gouvernement. Je croyais indispensable d'envo\er ces deux délégués, le premier pour faire exécuter l'armistice, le second pour convoquer l'Àssenïb'ée de concert avec M. Gambetta. M. de Bismark me proposa d'expédier une dépêche que nous rédigeâmes ensemble, en présence du représentant de l'autoiité militaire; il est parfaitement vrai que cette dépêche, conçue en termes généraux, ne mentionnait pas les conditions pardculières faites à l'armée de l'Est ; mais, loin de le croire nécessaire, je supposais qu'en annonçant un armistice d'une manière générale, et en donnant l'ordre de l'exécuter, la clause restrictive de la convention disparaissait, et que l'armée de l'Est était protégée comme les autres, sauf pour la question de délimitation, qui était ajournée aux informations que nous attendions d'un instant à l'autre.

Je devais d'autant plus le penser ainsi, que la dépêche était revêtue du contre-seing de M. de Bismark, avec lequel je l'avais rédigée; et si, en rentrant à Paris vers une heure du matin, j'ai encore insisté pour le départ immédiat d'un officier, c'était pour empêcher les malentendus, toujours à redouter en pareille matière, mais non spécialement pour l'armée de l'Est, que je ne croyais plus menacée.

M. Jules Facre. p. 311.

Ajoutons encore ces déclarations, dont la dernière est de M. Gambetta, tout heureux qu'une des plus grandes fautes de la dictature ne lui soit pas, cette fois, imputable :

m. le comte d vru. — Ce n'est pas la vie du général Bourbaki, c'est le salut de son armée qui a été compromis par l'armistice.

Monsieur, si vous pouvez nous donner encore un moment, j'aurais une autre question, que je crois importante, à vous adresser.

Voilà l'armistice signé, réglé; nous sommes le 28 au soir. Pourquoi M. Jules Simon ne part-il pas le 29 au matin pour Bordeaux ? Pt ut-être que si son départ avait été immédiat, bien des faits ne se seraient pas produits. M. Gambetta s'est peu à peu irrité ; il ne l'était pas le 29, et si l'on avait fait partir pour Bordeaux M. Jules Simon avec deux ou trois membres du Gouvernement dont la présence n'était plus nécessaire à Paris, vous auriez pu éviter la crise. Pourquoi M. Jules Simon n'est-il parti que le 31, et pourquoi est-il parti seul?

m. jules favre. - Sur ee point, je ne peux pas vous répondre. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en arrivant de Versailles le 29, je demandai qu'on envoyât un officier et M. Jules Simon. Et mon intention était si bien qu'il partît, que j'avais annoncé dans mon télégramme à M. Gambetta ce départ pour le soir mène.

m. le comte daru. — Comment ! dans la nuit du 28 au 29 on convient que M. Jules Simon partira, et l'on attend trois jours, dans des conjonctures aussi graves, pour l'exécution de cette décision! Pourquoi M. Jules Simon ne part-il pas avec M. Garnier-Pagès, par exemple, pour aller s'entendre avec le gouvernement de Bordeaux, lui faire exécuter la convention que vous veniez de conclure et faire procéder aux élections 1 Connaissez-vous les motifs de ce retard ?

m. jules favre. — Oh ! du tout. Tout ce que je puis dire, c'est que je l'ai ardemment désiré, et, si j'eusse été libre, je serais parti.

-V. Jules Favre, p. 3C8.

m. de sugny. — Alors, il y a eu de votre part un oubli considérable; vous auriez dû prévenir le gouvernement de Bordeaux que l'armée de l'Est n'était pas comprise dans la capitulation, pour que, de là, on pût avertir le général Clinchant. Tous les généraux ont été unanimes pour se plaindre de ce fait que, le général Man'euffel, sachant qu'il n'y avait pas d'armistice, ait continué à les envelopper, tandis qu'eux se sont arrêtés et ont perdu la chance, minime mais réelle selon eux, de pouvoir passer par la vallée de Pontarlier, pour arriver par le Jura du côté de Lyon, échappant ainsi à un désastre affreux.

C'est sur cet oubli que nous voudrions avoir quelques renseignements; on a télégraphié de Bordeaux au général Clinchant que l'armistice s'étemlait à toute la France, et alors cette armée s'est trouvée dans une situation épouvantable.

m. pelletan. — Je ne puis pas vous donner de renseignements sur ce point. Comme je vous le disais tout à l'heure, il y avait un pouvoir exécutif dans le Gouvernement; nous autres, nous étions appelés aux

délibérations ; les dépêches, qui étaient envoyées par Jules Favre et par le général Trochu nous étaient lues souvent. Quant à moi, je ne puis donner aucune explication qui repose sur des faits suffisamment authentiques ; je ne les connais pas assez, et je pourrais commettre des erreurs.

M. Pelletan, p. 471 .

m. l'amiral fourichon. — M. Jules Simon nous annonça le décret sur les élections; mais il n'en avait pas apporté le texte. Il ignorait la clause de l'armistice qui stipulait la continuation des hostilités autour de Belfort. C'est par M. de Bismark que nous l'avons apprise.

Amiral Fourichon, p. 624.

m. le président. — La Commission me demande de vous adresser cette question : Pourquoi les dépêches envoyées à l'armée de l'Est, pour annoncer !a conclusion de l'armistice, ne mentionnaient-elles pas l'exception faite pour cette armée?

m. gambetta. — Gomment ! Mais c'est là une chose qui m'exaspère dans la conclusion de l'armistice ! C'est le crime de M. de Moltke et de M. de Bismark, qui savaient très-bien ce qu'ils faisaient, d'avoir inséré subrepticement cette clause dans la convention d'armistice, et c'est la faiblesse des représentants de la France d'avoir souscrit à de pareilles conditions, Quand on fait une trêve, on consulte les généraux, les chefs de corps; ceux-ci ne connaissaient pas cet armistice; s'ils l'avaient connu, ils ne l'auraient pas accepté.

m. le président. — Vous avez complètement ignoré l'exception faite relativement à l'armée de l'Est?

m. gambetta. — J'ai reçu cette dépêche : Armistice général pour les armées de terre et de mer; faites-le exécuter. Comment voulez-vous que j'a:e soupçonné qu'on avait mis en péril l'existence d'une armée?

m. de rainxeville. — Est-ce que M. de Moltke aurait changé la dépêche écrite par M. Jules Favre ?

m. gambetta. — Je crois que le gouvernement de Paris, qui était dans une situation particulière, a reçu pour argent comptant ce que lui ont dit. sur la situation des armées, MM. de Moltke et de Bismark, et qu'il a accepté la rédaction qu'ont faite ces messieurs du télégramme qui m'était adressé. Voilà comment je suppose que les choses se sont passées.

On n'a pas oublié que l'armée de l'Est; il y avait encore les corps de Blois et de Nevers, qui n'ont pas été prévenus; trois sur cinq.

m. de sugny. — Quelle faute à la charge du gouvernement de Paris !

m. chaper. — L'impression reçue à Paris de l'armistice et résultant

80 HISTOIRE RÉVOL1 TIONNAIRE

des communications du Gouvernement, était que l'exception était faite dans l'intérêt de la France, parce que nous avions des succès dans l'Est, et que Belfort, à l'heure où on parlait, devait être débloqué par l'armée de Bourbaki ; les dernières nouvelles reçues de province étaient déplorables du côté de la Loire et favorables du côté de l'Est.

m. gambetta. — C'était pour l'accabler dans les vingt-quatre heures que les Prussiens l'exceptaient de l'armistice.

m. mairice. - Le moins était de prévenir l'armée de l'Est qu'elle était exceptée.

m. le président. — C'est un oubli de la part des négociateurs français, qui espéraient, en consentant à cette exception, favoriser les succès de l'armée de l'Est; M. Gambetta n'en a rien su.

m. chaper. — Pour moi, je n'ai jamais pu comprendre qu'ayant consenti à cette exception, on ne l'ait pas fait connaître; il y a là un fait dont l'intention m'échappe complètement.

M. Gambetta, p. 573.

Après s'être débattu contre des reproches que sa conscience ne peut écarter, M. J. Favre n'a plus qu'une ressource, il récrimine contre l'Empire, et il s'indigne qu'on lui demande compte d'une armée perdue par la faute la plus grossière qui fut jamais. Il demande qu'on réclame des comptes à l'Empire, et il trouve impolitique que les hommes du 4 septembre aient à se justifier.

Je ne me suis jamais trompé sur le sens des investigations dont les membres du gouvernement de la Défense nationale sont l'objet ; elles ont surtout pour but de faire ressortir leurs fautes et de les livrer aux récriminations d : ceux qui ont précipité la France dans la guerre qui lui a été si fatale. On en fait des usurpateurs, quand on sail qu'ils se sont épuisés en vains efforts pour que h>urs adversaires prissent le pouvoir ; on leur fait un crime d'avoir résisté à l'étranger, et on ne leur tient aucun compte des nécessités terribles qu'ils ont subies. L'histoire sera plus juste. Mais ce qu'elle ne comprendra pas, c'e>t qu'alors qu'on se montre inexorable pour ceux qui ont entrepris l'œuvre impossiMe dfi triompher de l'invasion, on soit si indulgent pour ceux qui l'ont si cruellement provoquée, pour ceux qui, pendant vingt ans, ont exploité et corrompu le pays Je crains que cette sévérité contre les uns et cette tolérance envers les autres ne soient une grande faute politique. La France a besoin de justice. Elle n'en peut pas espérer quand les artifices dolosifs qui ont entraîné le vote néfaste du 15 juillet 1870, ne sont pas même l'objet d'une enquête, quand les scandales de Pexpédition et des piperies financières du Mexique sont impunis, quand le crime du % décembre ne donne lieu à aucune instruction, Csux qui par lent si haut de la nécessité de régénérer le pays etd'y rétablir le règne

des lois, ne devraient pas oublier que c'est en payant les légions et en faisant assassiner les femmes et les enfants, en transportant 50,000 citoyens, que Napoléon III a inauguré le pouvoir qui devait s'abîmer dans la honte de Sedan ; ils ne devraient pas oublier qu'il a été rendu contre le parjure, contre le violateur audacieux de la loi, un arrêt de la haute Cour déchiré par le sabre de ses agents, mais qui n'en subsiste pas moins avec toute sa force légale.

M. J. Favre, p. 37,'|.

Mais, à mon sens, il serait aussi impolitïque que dangereux d'essayer de faire peser sur lui la responsabilité de nos désastres, quand ceux qui en sont les seuls auteurs, forts de l'impunité inexplicable dont ils jouissent, demandent hautement qu'il leur soit donné de ressaisir la France et d'achever sa ruine .

M. J. Favre, p. 375.

Perdre par tous les moyens possibles les hommes qui, en face des défaillances et de la désertion du Corps législatif, ont dû prendre le pouvoir dans le but unique de repousser l'ennemi, est une œuvre poursuivie avec un zèle infatigable- par les politiques qui travaillent au retour du bonapartisme ou au triomphe de la démagogie ; il est dès lors naturel que ces alliés aient exploité dans ce sens la communication qui leur a été faite .

M. J. Favre, p. 376.

En ce qui concerne la garde nationale, dont le désarmement eût été si désirable et si facile, M. J. Favre, en réponse à M. Daru, affirme qu'il ne lui a pas été offert de laisser ses fusils à l'armée si on enlevait les siens à la garde nationale.

Nous donnons cette affirmation pour ce qu'elle vaut.

m. le comte daru. — lia été dit qu'on vous avait proposé ce jour-là de laisser à la troupe ses armes si vous vouliez consentir au désarmement de la garde nationale.

m. jules favre. — Jamais une pareille proposition ne m'a été faite. Je commettais un acte très -hardi en laissant la garde nationale armée ; mais il y avait impossibilité de la désarmer. II aurait fallu laisser entrer les Prussiens et renoncer à toutes négociations telles que je les avais conçues.

Un fait qui est présent à mon souvenir, c'est celui-ci : lorsque je revins le 2k dans la nuit, M. le général Trochu et M. le général Vinoy me firent observer, et avec raison, et c'est pour cela qu'un général était si nécessaire, qu'il failait absolument qu'on laissât dans Paris une portion des troupes; qu'on nous donnât une force militaire quelconque; et on me chargea de demander trois divisions ; je n'ai pu en obtenir

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