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TOME II

HISTOIRE IlÉVOLUTIONNAIRE

qu'une seule. Mais jamais M. de Mullke n'a proposé autre chose que de laisser armés les 60 bataillons de la garde naiionale ancienne. Quant h L'année, il est complètement faux qu'on ait parlé de lui laisser ses armes.

Un membre. — Cette division valait plus que toute la garde nationale !

m. jules favre. — Peut-être, comme valeur; mais noyée au milieu de la population elle était malheureusement insuffisante.

M. Jules Faire, p. 3C3.

Par un mouvement oratoire qu'il a plus tard regretté et désavoué, M. J. Favre a demandé pardon à Dieu et aux hommes d'avoir sollicité et obtenu de M. de Bismark que la garde nationale conservât ses armes. 11 prétend, devant la commi:-sion d'enquête, qu'il eût été impossible d'enlever ces fusils sans le concours des Prussiens. Nous avons des témoignages autorisés qui prouvent le contraire :

\i. le vicomte de me aux. — Il me semble, général, que si dans la capitulation on avait stipulé le désarmement de la garde nationate, en même temps que le désarmement de la troupe, le 18 mars n'aurait pas eu lieu. Eh bien, il nous a été dit, dans de précédentes dépositions, que si le dé armement de la garde nationale n'avait pas été stipulé, c'est qu'on n'avait pas les moyens pratiques de la désarmer. Le général pense-t-il qu'à ce moment là on aurait pu désarmer facilement la garde nationale ?

M; i.i: général vixoy. — Dans ce moment-là, les Prussiens présents, je crois qu'on aurait pu la désarmer. Et alors ce contact de l'armée avec la population n'aurait pas eu lieu ou n'aurait pas amené les conséquences que vous savez. C'est là une appréciation personnelle.

Général Vinoy, p. lG'i.

Un membre. — Comment justifiez-vous que la garde nationale pouvait être désarmée? "

m. cresson. — La justification de mon opinion est bien simple. L'armée était dans un état d'exaspération extraordinaire contre la garde nationale, et elle lui en voulait à ce point qu'il faillit y avoir une rixe entre des soldats et des gardes nationaux à la porte Saint-Denis. L'exas- I -('•ration de l'année et de la mobile se traduisait à chaque instant pailles menaces qui faisaient craindre des collisions. Je crois qu'à ce moment on eût pu profiler de celte disposition des troupes pour désarmer la garde naiionale. Je l'ai proposé au général Clément Tlu'inas ci à M. Jules Favre, dont le grand cœur et la grande âme prêtent aux autres, ses propres sentiments, et qui me répondit que je calomniai

!a garde nationale. Je me proposais de faire venir cinq ou six mauvais bataillons sur la place Vendôme, de faire cerner la place et de les désarmer. L'armée, qui était irritée et exaspérée de sa situation vis-àvis de la garde nationale, n'aurait certainement pas fait comme au 18 mars. Voilà quel était mon projet; maintenant, il est évident que, si je l'avais mis à exécution, les choses auraient pu tourner d'une tout autre façon, et que, si l'armée s'était mise d'accord avec la garde nationale, il y aurait eu un cataclysme. Mais je crois ne pas me tromper en disant que le 23 janvier le désarmement était possible.

M. Cresson, p. 135.

m. le président. — Pensez-vous qu'il eût été possible de désarmer la garde nationale sans le concours des Prussiens ?

m. le vice-amiral. — Oui, avec des précautions. Il est certain que l'esprit de la population était très-monté à ce moment ; il eût fallu y meLtre beaucoup de prudence et d'adresse ; on aurait pu désarmer la garde nationale avant la troupe ; il fallait surtout la désarmer avant la garde mobile. 11 régnait un certain antagonisme entre la garde natio^ nale de Paris et la garde mobile. Quand nous étions en présence de l'ennemi, je me suis efforcé de le faire disparaître; j'y ai réussi. Je crois que si on avait voulu désarmer la garde nationale, on y serait arrivé en faisant venir les bataillons les uns après les autres, et, au besoin, en faisant intervenir la force armée. A ce moment, la garde nationale avait beaucoup d'éléments d'ordre qui, une fois que la place a été rendue, ont, en grande partie, quitté Paris; ces éléments ne devaient pas faire de difficulté pour le désarmement, et auraient été un exemple entraînant pour les autres. Enfin, je crois qu'avec de la prudence, de la vigueur, de la fermeté, on aurait réussi.

Amiral Pothuau, p. 507.

Évidemment, ce qu'il y avait de mieux à faire, c'était de désarmer la garde nationale, après la reddition de Paris; ce fut donc une grosse faute que de ns pas en exiger le désarmement. S! on l'avait opéré alors, tout était dit; il y aurait peut-être eu, plus tard, quelque tentative de mouvement, mais que peuvent faire des gens sans armes? Pas grand'chose. Au contraire, on a laissé armés un grand nombre d'hommes qui avaient pris des habitudes de paresse et qui voulaient conserver leurs armes et leur solde de 1 franc 50 centimes. C'était là une armée toute prête, toute organisée.

Amiral Pothuau, p. 507.

m. le comte de RESSÉGUiEu. — M. Jules Favre a dit qu'il avait eu

beaucoup à lutter pour conserver les armes à la garde nationale. Croyez-vous que l'on aurait pu désarmer la garde nationale?

m. i.k uénéral ducrot. — Quand Trochu m'a fait connaître cette clause, je dis : « C'est insensé, on ne nous laisse que 12,000 hommes et la garde nationale; il aurait mieux valu 15,000 hommes sous les armes et pas de garde nationale. » Trochu me répondit : « Nous ne l'avons pas pu. Il y a certaines considérations politiques que tu n'apprécies pas. » Et, en effet, je ne les appréciais nullement, et j'aimais mieux, je le. répète, 3,000 hommes de la ligne de plus.

Nous avions alors dans Paris une armée qui était bonne, et surtout une mobile excellente. Je citerai les groupes des mobiles bretons, des mobiles de Seine-et-Marne, de Tarn-et-Garonne, de la Côte-d'Or, du Loiret, qui étaient animés contre les hommes de désordre d'un sentiment très-hostile, surtout après le désarmement. Il y avait en eux un élément puissant, qu'il eût fallu maintenir, surtout en présence de l'insurrection qui était inévitable, que tout le monde voyait venir; en face de Y Internationale, dont je connaissais bien les agissements, puisque des délégués étaient venus, après la capitulation, me demander de me mettre à leur tête pour fonder une république générale de tous les États de l'Europe, et pour renverser tous les souverains.

m. le comte de rességuier. — Croyez-vous qu'il y ait eu un moyen pratique de désarmer la garde nationale au moment de la capitulation?

m. le général ducrot. — Oui. J'aurais demandé aux Prussiens la suspension des hostilités, et elles étaient suspendues par le fait. Puis, avec mon armée, j'aurais donné l'ordre à la garde nationale de rendre les armes. Le général Trochu disait que cVtait honteux en présence de l'ennemi. Il espérait gouverner, il a en effet gouverné pendant un certain temps par la force morale. Il ne faut pas se le dissimuler, il y a quelqu'un plus coupable que Trochu, que moi, que nous tous, c'est le ministre de la guerre et le commandant de l'année de Paris, qui n'ont pas pris les mesures nécessaires pour étouffer dans son germe l'insurrection. On s'est fait des illusions; on s'est cru maître. On répétait : Ce n'est rien, tout cela va s'arranger; et on n'a pris aucune précaution. On aurait dû enlever les culasses des canons qui étaient entre les maifiS de la garde nationale ; on pouvait noyer les poudres ; on n'y a pas songé. On aurait pu, après la capitulation, former d'excellents corps à l'aide des mobiles ; vous eussiez formé des volontaires excellents avec chaque régiment.

tiénéral Ducrot. />. 25.

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