‹ Histoire révolutionnaire contemporaineChapitre 66 sur 92 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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cette classe a, en fait, pris l'habitude d'être nourrie par l'autre, de vivre daus une fainéantise d'autant plus dangereuse, qu'elle permettait de vivre sans rien faire, et qu'elle leur donnait celte satisfaction puérile et malsaine des exercices militaires.

M. Jules Faire, p. Uk-

La gante nationale et le service des secteurs furent aussi desorganisés; on cessa d'obéir, on ne voulait plus travailler; l'armée, privée de ses fusils, participa à la démoralisation générale; on exerça d'ailleurs sur elle une propagande des plus funestes, et une immense population d'ohifs se livra à la fainéantise, au jeu et à la boisson. Voici une série de témoignages qui dépeignent cet état de choses et disent les excitations échappées, même à des hommes relativement modérés :

C'était le k mars, à la suite de l'occupation prussienne, au moment où les Prussiens venaient d'évacuer Paris . On me demandait de Bordeaux des nouvelles. M. Ju'es Simon, qui était alors ministre de l'intérieur, me disait : « Edifiez-nous sur l'état de Paris. »

Alors j'écrivis ceci :

« 4 mars, il heures 50 m. du matin. »

Cette dépêche, je l'airetrouvée dans un journal de la Commune. L'insurrection avait retrouvé au rrinistère de l'intérieur un certain nombre de dépêches, et le journal la Commune les classait sous ce titre : « Le prologue d'un coup d'État. »

Parmi ces dépêches, était celle que je vais vous lire :

« Maire de Paris à Jules Simon, Bordeaux.

» 4 mars 1871, il heures 50 m. du matin.

» Le péril ici est dans l'anarchie de toutes choses; la tranquillité matérielle est maintenue sans difficulté, gTûce à un laisser-aller complet qui est imposé par la nécessité.

» La garde nationale n'est plus qu'un immense désordre ; elle a, depuis la démission de Clément Thomas et le départ de beaucoup de ses officiers, cessé de former un corps. Les secteurs ont été dés >rganisés au même moment; tout l'ancien mécanisme s'est trouvé détruit. Aujourd'hui, une partie des bataillons, la minorité sans doute, obéit à un comité occulte, fort bien organisé, qui, pour le moment, paraît n'avoir d'autre but que de rassembler, en les prenant partout, même par force, fusils, canons, munitions. Belléville et Montmartre sont occupés militairement par la garde nationale, qui obéit au comité, non a ses chefs de bataillon destitués de fait.

* La ma:se prend plaisir à jouer au soldat; les meneurs pensent à

autre chose. Un bon général de la garde nationale pourrait encore reprendre en main les bons éléments qui ne manquent pas, mais qui n'ont plus de centre. Je répète cela depuis dix jours au conseil. »

M. Jules Ferry, p. Q[\.

Dans les derniers temps, aussitôt après la retraite du général Clément Thomas et de M. Montaigu. la garde nationale fut laissée sans direction. Les chefs de secteur avaient quitté leur poste sans nous avertir ; la garde nationale était laissée sans chefs; les postes n'étaient pas relevés. On nomma un général, qui resta pendant sept ou huit jours; mais la garde nationale était désorganisée. J'en avisai plusieurs fois M. le ministre de l'intérieur, qui voulut bien m'autoriser à réunir chez moi les chefs de bataillon et les colonels de mon arrondissement, pour leur demander s'ils voulaient défendre énergiquement l'ordre. Une réunion eut lieu chez moi; nous tombâmes à peu près d'accord. Mais le surlendemain, je reçus, de l'état-major, une lettre m'invitant à ne plus donner d'ordres officiels à la ^arde nationale, i/est alors que le Comité central s'empara de la direction et l'exploita à son profit.

M. François Favre,p. 384.

Au reste, le général Clément Thomas, le jour où nous rendîmes les forts, m'avait dit : « Voyez-vous, tout est perdu, personne n'obéit plus. » Il lui était arrivé, avant qu'il ne quittât le commandement, ce qui nous arrivait à nous. « Je commande trois mille hommes, me disait-il, il m'en arrive trois cents : la garde nationale est maintenant complètement désorganisée, il n'y reste plus que des éléments de désordre fort dangereux ; je vous demande de ne pas quitter Paris. »

M. Roger du Nord, p. fl43.

A ce moment, en effet, le travail reprenait ou du moins les demandes étaient abondantes ; mais les ouvriers ne voulaient plus travailler; ils étaient payés comme les gardes nationaux pour ne rien faire, et l'on s'accommodait mieux; puis ils se plaisaient à jouer au soldat; ils avaient contracté des habitudes de paresse qui s'étaient incarnées chez eux; de plus, une direction occulte leur défendait d'aller aux ateliers et leur ordonnait de rester sous les armes. Aussi gârdèrent-ils tout simplement leurs fusils.

M. Marseille, p. 199.

La capitulation a été faite à des conditions qui vous ont été expliquées et qui ont contribué à aggraver notre situation dans Paris : la garnison

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seule était désarmée, la garde nationale ne l'était pas. D'autre part, les troupes rentrées dans Paris sans armes restaient oisives, démoralisées; elles étaient en communication fréquente avec la plus mauvaise partie de la population ; elles fréquentaient les filles et les cabarets. C'était un spectacle dont vous ne pouvez pas vous figurer l'humiliation et la douleur.

Nous demandions au général Vinoy, qui commandait l'état de siège, et en qui se résumait tout le pouvoir, de faire parlir ces troupes; peutêtre a-t-on commis une imprudence en faisant partir la garde mobile d'abord, en licenciant tous les corps francs, dont les débris sont arrivés à Paris. Alors, Paris s'est rempli d'une population redoutable, qui a immédiatement fait fusion avec ces groupes qui s'étaient ménagés, pendant le siège, et qui attendaient l'heure de faire prévaloir leur système.

Voilà la situation au lendemain de la capitulation ; elle a été aggravée par une circonstance inévitable : la présence de l'Assemblée à Bordeaux ; la question de savoir si Paris serait déchu donnait un aliment à ceux qui, dès ce premier jour, injuriaient l'Assemblée et voulaient la faire considérer comme une Assemblée dont le mandat était impératif et qui devait signer la paix et disparaître.

A ce moment-là, j'ai eu l'honneur d'être appelé par M. Thiers à faire partie du cabinet ; j'aurais dû être à Bordeaux, si je n'avais songé qu'aux affaires de mon ministère, à mes devoirs envers mes collègues et à la constitution de l'administration dans la France ; mais il y avait à Paris un tel péiil et de tels devoirs à remplir, que vous m'avez demandé de m'y consacrer. J'y suis resté avec le général Vinoy. Nous avons été exposés à une épreuve qui est venue encore apporter un nouveau péril, c'est l'entrée des Prussiens à Paris. A ce moment, on a cru que le patriotisme exaspéré nous amènerait un conflit effroyable ; dans la nuit qui a précédé l'entrée, nous avons vu des bandes réunies pour s'opposer à l'entrée des Prussiens; cette entrée a été retardée et ces bandes se sont dissipées.

M. Picard, p. 53.

Alors un fait des plus scandaleux s'est produit. Toute cette foule inoccupée s'est laissée entraîner par la passion du jeu.

Soldats de ligne, mobiles, gardes nationaux, formaient sur toutes les places et promenadt s des quartiers excentriques de grands cercles, épais de trois ou quatre rangées d'hommes, et pratiquaient toutes sortes de jeux de hasard. C'était presque partout quelque zouave qui était l'entraîneur ou le banquier, ou le compère de l'entraîneur. J'ai vu rouler sur la terre des pièces en or ; car on jouait gros jeu,

J'ai fait d'énergiques efforts pour faire cesser ce scandale; j'allais au milieu des groupes, qui se formaient dans mon arrondissement, et je les dispersais quelquefois, mais je finissais par perdre toute autonté et par être injurié. Les commissaires de police que j'envoyais à ma place n'étaient pas écoutés. J'écrivis au préfet de police une lettre très-pressante; il ne me répondit pas. Les commis-aires de police ne voulant plus agir s'ils n'étaient appuyés d'une force armée suffisante, je fis demander au général qui c >mmandait le secteur, duquel dépendait mon arrondissement, de m'aider à faire cesser ce honteux élat de choses; il me fit répondre de ne pas trop prendre à cœur cette manière des troupes de tuer le temps. C'est alors que, écœuré de tout ce que je voyais, et ne pouvant l'empêcher, je donnai ma d mission.

Ce scandale a duré jusqu'au surlendemain du 18 mars. Ce jour-là, le Comité central donna l'ordre, remarquablement motivé, de le faire cesser, et immédiatement il cessa.

Je ferai remarquer que les soldats des deux divisions qui étaient restés armés, peu occupés eux-mêmes, se mêlaient à la masse de leurs camarades, et se livraient aux mêmes jeux, et se démoralisaient de la même manière.

V. Corbon, p. 614.

Le 27 janvier, la cérémonie funèbre eut lieu au cimelière de l'Est; M. Henri Martin fut chargé de prononcer un discours; dans un passage qui fut fort applaudi, il disait : « Gardes nationaux d3 Paris, vous ne rendrez vos fusils à personne. » Tous les gardes nationaux qui avaient pris part à l'affaire de Buzenval étaient là.

Vous connaissez l'affaire du 21 janvier, où Sapia fut tué ; à ce moment, je trouvai sur la place de l'Hôtel de ville des fragments de bombes orsiniennes; on s'en était donc servi.

Je fus chargé par M. Cresson de la recherche de ces bombes. Chaque membre de l'Internationale en avait chez lui un dépôt, et les membres de l'Internationale sont très-nombreux; tout le nouveau Paris, à l'exception de Passy, en est plein. J'étais chargé d'enlever ces bombes ; je dis au préfet de police : Nous n'avons plus de mo; ens d'action, puisque la loi de sûreté g -nérale est abrogée ; nous ne pouvons que profiter des accidents qui se produisent pour aller chez les personnes, et enlever les bombes. J'ai été ainsi chez un grand nombre de membres de l'Internationale, et j'y ai trouvé des pièces dont je vais vous donner connaissance.

Le 21 février 1871, s'est formée l'Association des défenseurs de la République. — Ulysse Parent, Arthur Arnould formèrent une Société

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qui avait son programme et qui était une petite commune en perspective. Le 28 février, naissance du Comité électoral républicain du département de la Seine, et formation d'un comité par arrondissement. Ce qui est plus grave, c'est le 10 mars-, il y eut une séance orageuse an Vauxhdl; les délégués de tous les bataillons étaient réunis; on fit à l'armée un appel qui fut distribué dans toutes les casernes ; on y disait : « Vous ne frapperez pas vos frères ; nous demandons qu'on vous incorpore dans la garde nationale. »

Des meneurs en assez grande quantité se répandaient aux abords des casernes ; je fus détaché pour faire le service à la caserne Napoléon, où des sous-ofGciers devaient se mettre aux fenêtres, et adhérer au renvemement du gouvernement de la Défense nationale.

Le 13 mars, le Comité électoral des républicains radicaux du département de la Seine fut organisé ; il forma un comité central anonyme, qui opérait le 18 mars dans la rue des Rosiers.

m. le président. — Savez-vous quelque chose de plus sur la formation du comité de la rue des Rosiers?

m. macé. — C'est le Comité électoral des républicains radicaux du département de la Seine qui a voulu imposer son programme à tontes les réunions publiques ; il a formé son comité, qui se composait des délégués de chaque bataillon de la garde nationale ; Assi y figurait ; telle était sa formation; il a pris naissance à Montmartre.

Du 1er février au 10 mars, il y eut des manifestations quotidiennes sur la place de la Bastille ; on y venait apporter des couronnes et des drapeaux rouges. C'est là qu'eut lieu la noyade d'un agent de police ; j'ai voulu le repêcher, mais j'ai failli moi-même être noyé ou étranglé par

la population.

J»f. Macé, p. 117.

La police faisait défaut comme le commandement militaire, comme le gouvernement même :

h. le président. — Comment n'avez-vous pas fait arrêter les membres du Comité central?

m. le général viNOY.— Je n'en avais pas le pouvoir ; je réclamais, je voulais les faire arrêter, mai* c'étaient des fies de non-recevoir continuelles ; puis on laissait partir ceu\ qu'on arrêtait. On avait arrêté Razoua; puis on a dit qu'il s'était échappé. 11 est venu un jour à la prison un bataillon de la garde nationale ; l'ollicior s'est enfermé daus sou poste. DM! une prison le poste peut so détendre; il a d'ailluurs une

sonnette pour le directeur. L'officier s'est retiré dans son poste et a donné un coup de sonnette.

Les gardes nationaux sont arrivés et ont voulu parlementer avec les hommes de garde ; on ne l'a pas permis ; mais le directeur est arrivé et a ouvert l<-s portes. On est venu me dire que l'officier n'avait pas défendu les prisonniers, tandis que j'ai vu, d'après les informations que j'ai prises, que c'était le guichetier qui les avait livrés. Le directeur et le guiche ier sont encore en fonctions.

J'avais indiqué l'adresse de Duval, d'Henry et autres, on ne les a pas arrêtés.

Général Vinoy, p. 103.

Notre situation était aussi terrible que possible.

L'Empire nous avait laissé une police dont il était absolument impossible de se servir; il l'avait tellement compromise dans les actes politiques auxquels il l'avait mêlée, que nous ne pouvions pas faire pénétrer d'agents dans la population ; vous avez assez souvenir de cette épouvantable exécution d'un agent de police qui a été jeté à l'eau devant le boulevard Bourdon, et noyé par les misérables qui le poursuivaient.

Il y avait aussi des signes menaçants ; nous avions fait faire des arrestations et les prisons furent forcées. Je me mis en rapport avec le général d'Aurelles de Paladines, qui était à la tête de la garde nationale.

M. Picard, p. 45.

Nous n'avions pas pour agir sur les réunions publiques les éléments que nous possédions autrefois. Les commissaires de police ont fait, dans plusieurs réunions, sommation de se dissoudre, mais ces sommations étaient restées sans tffet, parce qu'on n'avait pas les moyens nécessaires de se faire obéir. C'est ainsi que les réunions publiques, organes extérieurs des sociétés et des conciliabules secrets, préparaient l'insurrection du 18 mars.

De plus, nous avions en face de nous la Presse révolutionnaire. Tous les jours de nouvel!es feuilles faisaient leur apparition, et tous les jours cette presse devenait de plus en plus violente ; elle se livrait vis-à-vis de l' Assemblée nationale à des attaques dont vous avez dû entendre l'écho même à Bordeaux. On essayait bien de l'arrêter en saisissant les journaux. Mais les journaux, en disparaissant, étaient remplacés par des factums éphémères, au titre retentissant , et qui en tretenaient l'agita tion ; on ne pouvait s'en rendre maître.

M. Choppin, p. 109.

Les actes fie résistance, les insurrections armées, les crimes commis en plein jour par une populace sans frein se succédaient rapidement.

Une autre série d'événements graves commence ce jour-là. L'évacuation du 6e secteur (à Passy) ayant été prescrite en prévision d'une entrée des Prussiens qui n'a eu lieu que deux jours plus tard, l'émeute profite de l'émotion produite par cette mesure pour se porter sur le parc W; gram, où se trouvent les canons de la garde nationale. Le poste est forcé, vers quaire heures du soir, avec la connivence de la garde nationale, qui le défendait. Les canons, traînés à bras, sont conduits par la rue Saint-Honoré et la rue de Rivoli à la place des Vosges. Un pillage d'armes a lieu à la même heure à la g?re de l'Est : 300 fusils sont enlevés.

Une manife.-lation très-grave a lieu dans la nuit du 26 au 27. A neuf heures quinze, le rappel bat à Believille; à onze heures, 2,000 gardes, nationaux sont réunis; le rendez-vous indiqué est place du Ctiàteaud*eau. A minuit trente-cinq, le rappel bat au faubourg du Temple, à une heure trente, à la Sorbonne. A deux heures vingt, la manifestation se dirige, par la rue de Rivoli, sur la place de la Concorde, où elle se forme, vers trois heures cinq, par bataillons de 500 hommes chacun. A trois heures quarante-cinq, la manifestation se dirige sur l'arc de Triomphe par les Champs-Elysées.

A la même heures, deux officiers se présantent au 6e secteur, pour y donner des ordres de la part du Comité central, qui intervient ainsi officiellement pour la première fois.

A quatre heures trente, une nouvelle colonne de 3,000 gardes nationaux descend par la rue Royale sur la place de la Concorde. A quatre heures, la prison de Sainte-Pélagie est attaquée. A cinq heures, l'agitation est grande à Montmartre. Toutefois, vers six heures du matin, la manifestation n'ayant pas vu venir les Prussiens, commence à redescendre les Champs-Elysées, et, vers huit heures, les derniers bataillons reprennent le chemin de leurs quartiers respectifs.

Le 27 février, le général Carlier, qui a achevé la veille l'évacuation sur 1 3 Panthéon de 3 millions de cartouch; s, voit, à huit heures du matin, son quartier général cerné; le dépôt de cartouch! s esî enlevé. Il ne peut se retirer qu'en sortant par la zone neutre, et cherchant l'abri des postes de gendarmerie qui s'y trouvent. Le h istion 56 a son magasin de munitions pillé; ïè pil'age du pare Wflgtattj coutinue. V Montmartre, les pièces sont remontées sur leurs affûts.

I' iir mettre fin aux désordres du parc Wagram, toutes les pièces de 7 qui s'y trouvent encore sont enlevées par des attelages d'artillerie de

l'armée et conduites au Luxembourg, mais les pillages continuent sur les remparts, où il est difficile de les arrêter.

Général Vinoy, p. 92.

Il s'est fermé un secteur dissident qui avait pour général Duval ; il avait des mots d'orJre particuliers. Les Gobelins étaient gardés pendant la dernière quinzaine par un poste que je commandais; mais Duval commandait un deuxième poste qui se plaçait en face et qui avait l'air de garder celui que j'avais à commander.

m. le président. — A quelle époque s'est créé ce secteur dissident?

m. le colonel le mains. — Dans les derniers jours du mois de février.

Colonel Le Mains, p. 533.

m. le président. — Le général Vinoy n'a-t-il pas voulu agir aux Gobelins ? N'y a t— il pas eu au moins un projet d'attaque ?

m. le colonel le mains. — Ce n'est pas une attaque. C'était à cause des gardiens de la paix qui étaient là ; la population n'en voulait pas ; mais on n'a pas tiré un coup de fusil. — Le capitaine des gardiens de la paix avait reçu l'ordre d'abandonner ce poste, leur présence étant un motif de surexcitation pour la population. Le capitaine n'a pas exécuté l'ordre qu'il avait reçu de se retirer et dp se replier sur le Luxembourg. Il disait qu'il avait à recevoir des ordres de la préfecture. J'ai écrit au général Vinoy ; l'ordre est arrivé. Le capitaine était fâché de se retirer devant la force, mais il eût été sage de partir plus tôt comme il en avait reçu l'ordre : s'il s'était retiré, le désordre qui est arrivé n'aurait pas eu lieu.

Le premier groupe qui s'est présenté a demandé à parler au directeur des Gobelins, disant que les gardiens de la paix devaient partir, que les gardes nationaux garderaient le poste.

Le directeur a fait ce qu'il a pu pour leur persuader que ces gardiens attendaient un ordre pour partir; il a gagné un peu de temps. — Un deuxième groupe est arrivé, puis un troisième, et voyant que le directeur ne voulait pas faire partir les gardiens, un cri est parti, on a dit : entrons, et on a pris les Gobelins. Le capitaine des gardiens de la paix a été obligé de céder et de partir. 11 avait demandé de laisser ses armes et équipements sous la gard,e d'un piquet et que personne n'y touchât. Les gardes nationaux ont transporté les armes à la mairie, plus tard ils s'en sont emparés.

m. de ricftemont. — À quelle date cela s'est-il passé?

m. le colonel le mains. — Je pourrais retrouver la date dans les dépêches.

m. le président. — M. le général Vinoy avait été d'avis de résister d'abord. Il y a une dépêche du président du Conseil qui le félicite de ne pas avoir persévéré dans cette résolution et d'avoir évalué ce poste. Ainsi s'explique pourquoi le capitaine des gardiens de la paix a tenu pendant quelque temps ; il en avait reçu l'ordre.

Colonel Le Mains, p. 525.

Ils avaient donc formé des bandes de gardes nationaux pour attaquer les Gobelins. J'assistais- tous les soirs au conseil des ministres. J'y appris que l'attaque allait avoir lieu. Je partis immédiatement pour la préfecture de police. Il était entendu, avec le général Vinoy, que je ferais une forte démonstration avec la garde républicaine, et l'ordre fut donné aux gardiens de la paix de tenir le plus longtemps possible.

En effet, lorsqu'ils se virent cernés par les gardes nationaux, au nombre de 4,000 hommes environ, ils se préparèrent à se défendre.

Les douaniers y renoncèrent dès le début. Les gardiens de la paix eurent malheureusement à compter avec le chef de l'établissement, qui était surtout préoccupé de sauver les trésors d'art qui se trouvaient renfermés aux Gobelins. On savait que les assaillants avaient des projets d'incendie ; ils étaient arrivés avec des éponges.

M. Choppin, p. 112.

Il s'est produit, vers la même époque, un autre fait très-regrettable, à propos duquel nous avions voulu aussi employer les troupes.

C'était un dimanche. Il y avait sur la place de la Bastille une de ces manifestations dont je vous ai parlé. Le mot d'ordre donné à la foule était de courir sus aux anciens sergents de ville et aux agents de la préfecture.

Il y avait parmi les agitateurs des gens qui connaissaient d'autant mieux la préfecture, qu'ils y avaient vécu après le U septembre, qu'ils avaient connaissance de nos dossiers, des noms et des figures des hommes que nous employions.

Un malheureux acrent, nommé Vincenzoni, qui appartenait, je crois», au service de sûreté, étant venu à traverser la place do la Bastille, 00 s'était emparé de lui, on l'avait traîné au canal, et a\ec dea raffinements de cruauté abominables, devant 3,0000 spectateurs qui garnis-

saiem les rives de la Seine, on l'avait jeté à l'eau, et chaque fois qu'il s'approchait du bord, on l'avait repoussé avec des gaffes.

Le même jour, un commissaire de police de l'Ile-Saint-Louis, reconnu et poursuivi par la foule, avait été obligé de se réfugier dans la caserne des Célestins.

Il y avait donc, ce soir-là, une grande effervescence sur la place de la Bastille. Je demandai au général Vinoy et j'obtins de lui que la garde républicaine marchât et fît évacuer la place de la Bastille. L'opération se fit sans encombre ; je commençai une instruction contre les auteurs présumés de l'assassinat de Vincenzoni. Il y a tout lieu de croire que les assassins appartenaient à un bataillon de chasseurs à pied.

M. Choppin, p. 112.

J'étais alors commissaire de police au quartier de l;Ile-Saint-Louis. Le 26 février, à deux heures de relevée, on vint me prévenir qu'un agent dj police avait été jeté dans la Seine, en avant du pontd'Austerlitz et de la Tournelle. Il avait les pieds et les mains liés, et les barres de l'ei-tacade l'empêchaient de suivre le courant; on lui jetait des pierres et on s'opposait à ce qu'un bateau-mouche lui jetât une bouée. Je fis ce que je pus pour le sauver ; malheureusement je fus reconnu ; on s'écria aussitôt :« C'est le commissaire qui vient sauver un mouchard! » On voulait me jeter à l'eau. Pendant ce temps, le malheureux agent passa sous les bateaux. Je fus obligé de me réfugier dans une caserne où étaient des soldats du train; ils n'eurent pas l'énergie suffisante pour me d-fendre, malgré mon écharpe et une carte; la caserne fut envahie; j'escaladai le mur d'un jardin contigu; j'étais sauvé. Ceci se passait le 26 février, place de la Bastille. Déjà plusieurs arrestations d'individus soupçonnés d'être des agents avaient eu lieu. Il y avait là vingt mille personnes sur le quai d'Anjou et sur le quai Saint-Bernard, qui assistaient à cette scène, et qui criaient : Bravo! à bas le mouchard! Ce sont des soldats du 20e et du 21e chasseurs qui ont fait le coup; je les ai poursuivis et ils ont été arrêtés. Le 18 mars est arrivé, ils ont été mis en liberté; j'ignore ce qu'ils sont devenus; on a fait sauter la maison que j'habitais, et brûlé mes papiers.

M. Macé, p. 220.

Ce dernier crime, si odieux, accompli avec de tels raffinements de cruautt', sans qu'une voix se soit élevée contre les bourreaux, ce crime, disons-nous, est toujours resté impuni, et il ne paraît même pas qu'on en ait recherché les auteurs.

Pour hâter la crise qui s'annonçait, et mettant à profit la force que leur donnaient les élections de Paris, les blanquistes et les internationaux fusionnèrent.

J'arrive à une époque plus rapprochée du 18 mars. Les élections étaient faites, et le parti du mouvement avait pu se compter. Paris, la majorité des suffrages le prouvait, paraissait être prêt à suivre la voie révolutionnaire. Alors commença l'action politique de l'Internationale. Pour moi, cette immixtion de l'Internationale dans la politique date de l'armistice. Jusqu'à l'armistice, je ne crois pas qu'elle ait fait grand'chose. Il e^t d'ailleurs très-difficile d'avoir des renseignements sur cette Société. Elle se compose de plusieurs groupes fédérés se joignant les uns aux autres, et qui cependant ne sont pas tout à fait unis. Ainsi, il y a la caisse du sou, alimentée par un sou tous les mois pour ceux qui en font partie ; la chambre des unions syndicales, — la fédération ouvrière, — l'Internationale proprement dite. — Il y a aussi la Marmite, un groupe un peu plus localisé, etc. Ces sociétés se groupaient dans l'Internationale, mais tout cela ne constituait pas un tout homogène, une organisation aussi nettement déterminée qu'on peut le croire.

Il y avait dans l'Internationale des blanquistes, des jacobins et des socialises purs qui ne voulaient pas faire de politique. Ils ne se sont lancés que lorsqu'ils ont vu que les événements douloureux du siège leur amenait évidemment la. populaiion. C'est de là que sont sorties les élections de Paris. — Et, à propos des élections de Paris* il faut que je vous dise ceci : des réunions de délégués furent organisées par le fameux Raoul Riga dt. Le but de ces réunions était d'amener un accord, en vue des élections, entre les internationaux et les blanquistes. .Ce fut une œuvre très-diLlcile et qui demanda un temps très-long ; la liste ne fut faite que deux ou trois jours avant l'élection et très-laborieusement.

M. Choppin, P. .08.

Dans cette situation, M. Thiers, de retour à Paris, <■ mpiit enfin le péril, et l'on négocia avec les meneurs de Montmartre la restitution des canons. Joué par les chefs de la résistance, le Gouvernement vit échouer tous ses desseins et tromper toutes ses espérances. Il fut ainsi conduit au jour de l'action.

Les derniers jours seulement, on eut un peu plus d'inquiétude. M. Thiers arriva le 15, je crois; il réunit le conseil des ministres. Ce fut alors une réunion sérieuse, dans laquelle ou s'occupa des affaire^

du pays. Tout le monde manifestait de l'inquiétude ; les choses avaient totalement changé par la présence de M. Thiers. — La situation de Paris ne changea pas pour cela! On prévit une insurrection. Pour y parer autant qu'on pouvait le faire, M. Thiers parla de la question du désarmement, c'est-à-dire de l'intention d'enlever les canons, l'artillerie, à ceux qui les détenaient, principalement aux buties Montmartre, où il y en avait considérablement. Il fut question d'employer les moyens de vigueur pour s'en emparer. Les avis étaient partagés, et dans cette situation tout le monde aurait élé un peu pour la temporisation. Il est certain que ces messieurs faisaient un service très-actif autour de leurs pièces d'artillerie, et que tout cela les fatiguait, les ennuyait.

M. Clemenceau, maire de l'arrondissement de Montmartre, vint me trouver vers le 11 ou le 12 mars, je crois, et me dit que cette situation était très-pénible pour les hommes de son quartier, qu'ils étaient disposés à rendre les pièces d'artillerie qu'ils avaient ; qu'il suffisait qu'on s'engageât à les placer dans un endroit où elles seraient gardées, partie par la garde nationale, partie par l'armée. Je ne voyais pas d'inconvénients à cela.

Je crois que M. Clemenceau parlait avec sincérité, car, pour témoigner de son bon vouloir dans ce moment, il m'écrivit une longue lettre, qui est un monument à conserver, puisqu'elle indiquait quelles semblaient être ses intentions. Cette pièce a été saisie avec d'autres papiers que j'avais au moment de l'insurrection, et elle a disparu.

M. Clemenceau me disait que je pouvais compter sur son -dévouement à l'ordre ; que, malgré ce qu'on disait de lui, il y était attaché ; qu'il comprenait très-bien qu'une révolution ne pouvait conduire le pays qu'à d'autres malheurs que ceux dont on voulait sortir; que, par conséquent, il était disposé à faire tous ses efforts pour que son arrondissement rendît les armes.

Son adjoint, un M. Lafont, je crois, qui l'accompagnait dans la visite dont je vous parle, me dit : « Tout est convenu pour demain. On peut se présenter pour prendre les pièces d'artillerie ; qu'on amène les chevaux en nombre nécessaire, la garde nationale a été consultée, elle consent à rendre les pièces. »

Le lendemain, on arriva dès le matin. Mais, soit que M. Clemenceau se fût trompé, soit qu'il eût trop compté sur son influence auprès des hommes qu'il administrait comme maire, il est certain que le lendemain ces hommes ne se montrèrent pas le moins du monde disposés à rendre les canons, et qu'il fallut s'en retourner comme on était venu.

Je dois ajouter qu'au conseil des ministres assistaient également le maire d»j Paris, M. Jules Ferry, et le préfet de police. Tous les soirs, le général Viuoy et moi, nous signalions au préfet de police des espères de réunions, clandestines d'abord, et ensuite tout à fait ouvertes, des commissaires nommés par la garde nationale, parmi lesquels étaient Duval, Henri et une vingtaine d'autres, qui, toutes les nuits, se rassemblaient dans des locaux qui étaient indiqués aux ministres et au préfet de police, afin qu'on pût opérer l'arrestation de ces individus. Le préfet de police était M. Choppin. Il nous dit que cela était difficile, que son personnel de police était à bout, qu'il avait été fort maltraité, qu'il ne pouvait f.u're opérer ces arrestations. Je le répète, tous les jours, le général Vinoy et moi lui demandions des arrestations de cette nature; il s'y est constamment refusé, en opposant une force d'inertie contre laquelle on ne pouvait rien.

M. d'Aurelle de Paladinas, p. 434.

Enfin, après sept jours de réunions, il était certain pour nous qu'il n'y avait plus de conciliation à faire; l'état de Paris était affreux, le désordre était à son comble, nous ne pouvions envoyer un ordre par un gendarme sans qu'il fût arrêté, insulté, battu ; la plupart disparaissaient, — nous ne savions où les reprendre. — Nous étions constamment en conférence avec le général Vinoy. Le général avait une force matérielle insignifiante, mais il payait d'audace, et, à force de sangfroid, il imposait un certain respect, de sorte que nous n'avions pas d'attaques directes à craindre; cependant on nous prenait de petits postes tous les jours, et l'iusurrection , qui occupait la circonférence, faisait la tache d'huile et pénétrait de plus en plus dans le centre.

Le préfet de police, réduit à quelques gardiens de la paix et à ce qui restait de la garde républicaine, était frappé d'impuissance. Chaque jour il se passait devant les bataillons assemblés de la garde nationale, des scènes de désordres épouvantables. C'étaient des gens qu'on insultait, qu'on traînait dans le ruisseau; personne ne s'y opposait.

Pendant sept jours, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, le général avait fait des efforts surhumains pour ramener les chefs de la garde nationale et les maires ; — il avait été impossible de rien gagner et môme je remirquais que, dans les derniers jours, le* sé.uuvs devenaient plus tumultueuses, c'est-à-dire qu'au lieu de nous (U>m aider purement et simplement, comme dans le commencement, d allumer la République, on nous disait : « Nous ne voulons plus cri éàr II faut que te général commandant supérieur des gardes nati jna v nommé par les gardes nationaux. » Vous comprenez quelle tournure

prenait alors la discussion. Le général d'Aurelle s'est parfaitement contenu et a montré une tiès-grande modération et en même temps beaucoup de fermeté. Tout cela ne pouvait servir à rien. Ces gens-là, évidemment, voulaient la bataille.

J'allais constamment chez le général Vinoy et je lui disais : « Vous recevez les rapports du préfet de police, comme nous. Que croyezvous que nous puissions faire ? »

Le général Vinoy me répondait : « Je n'ai que des forces insuffisantes, il faut patienter et attendre que le gouvernement de Versailles nous envoie des troupes. » Le général Le Flô dirigea, en effet, sur Paris, tout ce qu'il avait de disponible, ce qui porta l'armée de Paris à environ une trentaine de mille hommes, et alors, comme il f-illait ou s'en aller ou tenter quelque chose, on se décida à tenter l'entreprise du 18 mars.

• M. Roger, du Nord, p. 442.

m. le comte roger. — A mon arrivée, à deux heures, à l'état-major, avec le général d'Aurelle, je me suis fait remettre les rapports des jours précédents; j'en ai pris connaissance, et, d'après ce que je savais de l'état de Paris et ce que m'en avait dit le général Clément Thomas dans deux ou trois conversations, je ne doutais pas un instant que l'insurrection ne fût complètement organisée au moment où nous sommes arrivés, et que les forces n'en fussent formidables.

Le Comité central était en pleine activité ; il était très-puissant, trèsfortement constitué; la grande majorité de la garde nationale lui appartenait ; — il n'y avait qu'un certain nombre de bataillons qui fussent bien disposés, mais, même dans ces bataillons, une partie des hommes lui étaient ralliés.

Je trouvai donc à mon arrivée, au dire de ces messieurs de l'étatmajor, quarante-trois bataillons sur lesquels on pouvait faire fond. — Mais les états qu'ils avaient dressés étaient déjà anciens; ils avaient été faits sous le commandement de Clément Thomas, et après les avoir examinés très-rapidement, je reconnus de suite que si nous pouvions, sur ces quarante-trois bataillons, en trouver vingt ou vingt-trois disposés à maintenir l'ordre, c'était déjà beaucoup.

M. Roger, du Nord.

m. jules ferry. — Il n'y a pas eu de négociations entre le Gouvernement et les chefs du Comité.

m. delpit. — Je vous demande pardon des expressions dont je me suis servi. Croyez bien que je n'y attache pas d'importance et que je n'ai eu aucune intention de vous blesser.

ll HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE CONTEMPORAINE

m. pèrhi . — Je ne m'en blesse nullement. Je suis même très-content que votre question me donne l'occasion de m'expliquer sur ce point. 11 y a eu, il est vrai, des négociations et des allées et venues nombreuses enlre le Gouvernement et M. Clemenceau, maire du dix-huitième arrondissement, qui se vantait d'avoir sur ce quartier une grande influence. M. Clemenceau nous dit dix fois de suite : « Prenez patience ; on va rendre les canons, j'en ai la promesse, c'est pour demain. »

M. Clemenceau nous répétait souvent qu'il n'y avait qu'un malentendu, que si le Gouvernement faisait une proclamation affirmant la République, l'insurrection se dissiperait comme par enchantement.

Voilà tout ce qu'il y a eu. Quant à de prétendues négociations entre le Gouvernement et ce Comité, il n'en a jamais existé.

M, Jules Ferry, p. 72.

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