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CHAPITRE XLV

Formation et Origine du Comité central.

Les conseils de famille de la garde nationale détournés de leur but. — Première organisation du Comité central remontant au 13 février. — Multiplicité des Comités centraux. — Leur attitude hostile et armée.

Le Comité central de la garde nationale, qui dirigea l'insurrection du 18 mars, a pris naissance pendant le siège et peu après le 4 septembre. Nous réunissons ici les témoignages qui sont relatifs à cette dangereuse organisation, que nul n'a osé empêcher ou dissoudre, depuis l'époque où elle se créa, jusqu'au 18 mars où elle produisit son effet.

La garde nationale de Paris comportait dans son sein, au milieu des compagnies, des membres des conseils de famille. Ces membres, qui autrefois avaient été créés pour gérer les caisses de secours formées par les compagnies, ont été le point de départ des essais du Comité central. Les hommes qui avaient intérêt à créer un mouvement, pour entraîner la garde nationale, ont cherché à attirer à eux les membres de ces conseils de famille. Je me suis aperçu de cette tendance ; on a d'abord amené les conseils de famille à se faire représenter par des délégués dans un grand conseil ; enfin on a cherché à créer, à côté des chefs régulièrement élus, un pouvoir nouveau „

J'avais avec moi, parmi les capitaines faisant partie de l'état-major de la garde nationale, M. Lacaille, juge d'instruction au tribunal de Paris. Je priai M. Lacaille de vouloir bien étudier cette question et de m'en faire un rapport.

M. Lacaille prit tous les renseignements possibles; il se procura les instructions que commençaient à publier les délégués de la garde nationale. Il a fait un rapport très-long, très-circonstancié; je l'ai remis à un chef d'état-major. Ce dernier a compris la gravité d'un tel fait; il comprit que l'autorité du chef de la garde nationale serait annulée par ce conseil secret, et il entra dans la voie que je suivais : il proposa la suppression des conseils de famille.

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On alla chez le général Trochu, et là on discuta ; je demandais la suppression totale de la délégation ; le Gouvernement fut saisi de la question; d'après les l mis qu'on a fait courir, M. Jules Favre n'aurait pas été d'avis de supprimer complètement les conseils de famille ; on s'entendit pour défendre la f rmation des comités des délégués établis dans les compagnies et ba aillons, et à ne conserver que des conseils de famille modifiés; ce fut l'objet d'un décret du 10 décembre 1870.

M. Beaudoin de Mortemart, p. 447.

Ce décret n'a point servi. Pendant quelque temps, les comités de délégués établis dans les compagnies et les bataillons ont disparu, ou du moins ils sont restés tranquilles; mais petit à peiit, ils se sont reformés, ils ont repris leur'inlluence, et le Comité central de la garde nationale s'est reconstitué, tant à l'aide de ces délégués qu'à l'aide de nouveaux membres, qui sont venus se mèîer aux anciens ; nous n'avons pas bien su dans ce moment ce qui se faisait. Leur organisation secrète, c'était celle que nous avons voulu détruire ; seulement, elle avait changé de nom.

Les gardes nationaux nommaient un délégué par compagnie ; les délégués de compagnie, réunis entre eux, nommaient un délégué par bataillon; ces délégués de bataillons nommaient un certain nombre d'entre eux pour former le Comité central, qui exerçait dans la garde nationale un commandement à côté du commandement supérieur.

ld. p. 442.

Nous avons trouvé la trace de l'organisation du Comité de la garde nationale dès le 13 février, dans un procès-verbal d'une séance de ce comité, où il est dit que tous les membres prêteront serment de ne pas se dissoudre et de garder leurs armes, même par la force.

m. vacherot. — De quelle date est ce procès-verbal ?

m. le général appert. — Du 12 ou du 13 février.

m. le président. — Comment était formé le Comité ?

m. le général appert. — Il était composé de huit à dix personnes.

Général Appert, p. 250.

Le Comité se montra, pour la première fois, à la (in de féviier, une certaine nuit où le bruit se répandit que les Prussiens allaient entrer le lendemain. Alors toui Paris retentit du bruit d^s ta i bours et des clairons, et une partie des bataillons de la garde n tionale se réunit; je dis une partie, parce que bien qu'on ait sonné le tocsin et battu le

rappel de toutes parts, les gardes nationaux vinrent en très-petit nombre.

M. Ferry, p. 63.

Un membre. — M. Baudouin de Morlemart s'explique bien. Il y avait d'abord un Comité central formé par les membres de l'Internationale. Puis, d'un autre côté, les délégués de la garnie nationale se sont réunis et ont formé une fédération; puis, les deux groupes se sont fusionnés, et c'est par cette fusion qu'ils ont formé la fédération républicaine.

M. de Mortemart, p. 449.

\j. delpit. — Vous avez dû voir comment le Comité central s'est formé, en ce qui concerne le secteur. Comment les délégués de la garde nationale y ont-ils pris part? Quel est le moment précis où ces délégations se sont produites?

m. le colonel le mains. — C'est dans les derniers jours du mois de février. 11 y avait le Comité centrai et le Comité fédéral. Le Comité fédéral était chez M. Demartelay; ils ont fusionné vers la fin du mois de février. C'est à ce moment que le secteur dissident a été formé au neuvième secteur, sous les ordres de Duval.

Les officiers avaient des réunions; ils se réunissaient au Comité fédéral. Il y a eu des affiches par lesquelles on engageait les officiers à se réunir à telle heure pour nommer leur chef. Le Comité a nommé Duval chef de secteur; j'étais au numéro 13, Duval au numéro 5, cela faisait un double service.

m. delpit. — C'était un service régulier à côté d'un service irrégulier, mais comment se sont formés les deux Comités?

m. le colonel le mains. — J'ai peu de renseignements sur le Comité central; il s'est formé à la même époque, par ceux qui cherchaient le désordre ; on a pris pour prétexte la nomination du général d'Aurelle de Paladines.

M. le Mains, p. 635.

A la suite du 31 octobre, il y avait beaucoup d'officiers qui avaient été convoqués; ils étaient rentrés dans le rang, on n'avait pas sévi contre eux; presque tous se promenaient avec leurs galons, et se ralliant aux mécontents des bataillons, ils avaient une certaine influence.

Ces officiers révoqu 's se sont alliés avec tous les orateurs des clubs et du comité Républicain qui siégeait à la place de la Corderie, et là, ils ont eu lidée de faire nommer des délégués. Les compagnies nom-

nièrent un délégué ; elles ne savaient pas pourquoi, elles croyaient nommer un membre du conseil de famille. Quelques bataillons, les cinquante-deux premiers, se disaient: a pourquoi nommer des délégués?» Tous les autres en nommèrent. Ces délégués ont nommé des délégués de bataillons, qui ont nommé des délégués d'arrondissements, et le Comité central s'est trouvé constitué. C'est donc le résultat d'une élection à quatre degrés.

Le Comité central, une fois constitué, a délégué des chefs de légion qui ont fonctionné longtemps d'une manière occulte et qui envoyaient des ordres anonymes. On adressait d'abord aux chefs de bataillons un mot :

« Le citoyen un tel, commandant de tel bataillon, est-il disposé à obéir aveuglément aux ordres du Comité central? » Oaelques-uns ont répoudu : « Oui. » Ou disait : « Nous voulons établir la République et fonder la fédération de la garde nationale. On veut nous donner un général qui nous déplaît; nous voulons un Comité pour commander la garde nationale. » Certains chefs de bataillons ont adhéré.

M. Heligon, p. j65.

Il y a eut d'ailleurs plusieurs Comités centra-ix de la garde nationale. Il y en avait un qui tenait ses assises rue Richelieu, et qui était présidé par Bergeret. Celui-là avait des allures un peu aristocratiques, et il se composait en grande partie d'officiers. Mais il y en avait un beaucoup plus démocratique, qui siégeait à la salle du Wauxhall, rue de la Douane, derrière la caserne du Prince-Eugène.

Au bout de peu de temps, le Comité de la rue Richelieu s'effaça et fit place au seul Comité de la rue de la Douane.

Un fait très-remarquable, c'est que le personnel de ce Comité changeait presque tous les jours. Les premiers noms sont ceux d'hommes qui n'étaient pas des ennemis aussi dangereux de nos institutions que ceux qui leur ont succédé. Il s'e-t opéré là comme un travail d'élimination. Il semble qu'on ait senti qu'il y avait dans cette organisation une arme dont on pouvait se servir pour une insurrection, et que, peu à peu, on ait évincé les gens dont on n'était pas assez sûr, pour les remplacer par des hommes plus résolus. C'est précisément dans ce travail d'élimination que l'action de l'Internationale se fait sintir.

Nous parlions tout à l'heure de la désorganisation de la garde nationale. Il y eut dans certains bataillons un travail qui s'effectua W seus inverse. On s'efforça de faire disparaître tous les officiers ayant un caractère plus ou inoins régulier, pour les remplacer par des officiers du choix du Comité central.

En même temps que ce Comité siégeait au Vauxhall, et que, toutes les semaines il réunissait sept ou huit cents gardes nationaux, des organisations par quartiers se formaient de côté et d'autres.

Il y avait à Montmartre une organisation distincte du Comité central et plus formidable encore, qui, un jour, nommait un général d'infanterie pour garder Montmartre, le lendemain un général d'artillerie, puis un commandant de génie. On y décidait la construction de retranchements, l'établissement de batteries. L'insurrection s'y organisait ouvertement, mais, pour ainsi dire, en dehors de l'action du Comité.

Enfin, à côté de tous ces centres insurrectionnels, il ne faut pas oublier le club de la Mancillaire, grande rue de la Villette, qui avait été longtemps fermé, qui s'était rouvert plus violent que par le passé, et qui remplaçait le fameux club de la salle Favié, à Belleville. Le propriétaire de la salle Favié, peu flatté d'offrir l'hospitalité aux clubistes de Belleville, avait fini par leur refuser sa maison. A côté du club de la Mancillaire, il faut mentionner aussi celui de la salle Robert,, et un autre qui tenait ses séances dans le quartier de la Villette.

Ce n'étaient plus seulement des réunions publiques, c'étaient de véritables centres d'insurrection.

Il y avait à la porte de la salle de la Mancillaire, deux canons chargés jusqu'à la gueule, derrière lesquels délibéraient les orateurs de la maison.

M, Choppin, p. 113.

J'ai, dans vingt séances du gouvernement, en février, en mars, demandé l'arrestation du Comité central de la garde nationale. Le général d'Aurelle a vu que ce n'était pas chose facile.

M. LE GÉNÉRAL D'AURELLE DE PALADINES. — C'est Vrai !

m. jlles ferry. — Le préfet de police répondait toujours que c'était une affaire militaire. Le commandant militaire répondait qne c'était une affaire de police; et comme personne ne voulait se charger de l'arrestation, elle ne se faisait pas.

M. Ferry, p. 423.

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