EN FRANCE. XV
Roland à l'Intérieur, Clavière aux Finances ; quelques jours plus tard, ils obtiennents Servan, à la Guerre; mais hélas! avec le succès étaient venues les jalousies. Collot d'Herbois, ancien comédien sifflé à Lyon et condamné naguère, dit Madame Roland, à un an de prison pour une vilaine action, lorsqu'il courait les trétaux, et pour laquelle plusieurs juges avaient opiné aux galères (!), Collot d'Herbois avait voulu être ministre de l'Intérieur ; et Louvet, Fauteur de Fmblas, s'était cru un instant garde des sceaux, avec la slmarre de chancelier sur les épaules (2). Déçus dans leur ambition, ils commencèrent la guerre au club des jacobins. Voilà le parti girondin scindé.
Être au pouvoir, ce n'était pas assez pour les girondins; ils voulaient être le pouvoir, tout comme les constituants. Il fallait donc s'imposer au roi, et, pour le soumettre entièrement, le désarmer. Louis XVI avait une garde constitutionnelle de dix-huit cents hommes, composée par moitié de troupes soldées et de gardes nationaux. Soulevée par lesjacobins,une émeute, armée de fusils, de fourches, de piques et de bâtons, vint à l'Assemblée le 28 mai et la traversa aux applaudissements des tribunes, après avoir demandé le licenciement de cette garde (3). Elle fut dissoute le lendemain. Ce ne tut pas assez. Ayant désarmé sa personne, les girondins voulurent encore désarmer son âme; et ces hommes, dont pas un ne croyait en Dieu, prétendirent lui donner un confesseur (4). Tenus en échec par la résistance morale du roi, fondée sur son droit de vélo, les girondins firent décréter, le $ juin, la réunion de vingt mille fédérés, destinés à former un camp sous Paris. C'étaient les janissaires de Fémeule, dont les jacobins devaient naturellement s'emparer, et dont ils s'emparèrent en effet.
Révolté par ces violences, le roi renvoya, le 12 juin, Roland, Servau et Clavières. C'était pour les girondins une affaire capitale. Ils résolurent de ressaisir à tout prix les portefeuilles perdus; et ils organisèrent immédiatement la grande et ignoble émeute du
il) Mral; Roland, Mëm. pâr'Â, t. 1. p, 5o.
(2) Louvet dit k ce Mijet : « Je ne craignais ptn d être ministre; (n képw bti'jw: <iti lit suuvéel » — AJémnires, p. il.
[&} Prudlionmic, H&voluHonde Paris, t. XII, p. 379.
('() Lire dans Dumouriez la scène qui eut lieu au Conseil à ce sujet. i)umooriez, Mémoires, t. II, p. 236 et 257.