CHAPITRE XLVIII
Inertie et fautes du gouvernement à la veille du 18 mars.
État de Paris à l'arrivée du général d'Aurelle de Paladines. — Les rapports du général aux minisires. — Inertie de. M. Jules Favre. — Lazzis de M. Picard. — M. Thiers prévenu de l'indifférence et de l'apathie de ses ministres. — Fautes commises au sujet de la garde nationale. — Abandon de l'année qui est livrée à toutes les mauvaises influences. — Tolérance coupable envers les délégués des bataillons de la garde nationale. — Ou laisse se constituer le Comité central. — M. Choppin et M. Valentin également impuissants. — M. Thiers décide, malgré le général Vinoy, qu'on reprendra les canons.
Aux causes diverses qui ont amené le 18 mars, et qui viennent d'être indiquées, s'ajoutent les fautes et l'imprévoyance du Gouvernement.
La situation de Paris avait frappé le général d'Aurelle de Paladines, quand il vint prendre le commandement de la garde nationale, et voici comment il expose ses impressions, les avertissements qu'il donnait aux ministres, l'indifférente apathie de ceux-ci et les lazzis du spirituel M. Picard, répondant par des jeux de mots aux rapports qui lui étaient faits:
Général, la question que je vous fais a son importance.
Vous vous êtes aperçu, dès votre arrivée à Paris, dites-vous, de l'état dans lequel se trouvaient les esprits ?
m. le général d'aurelle de paladines. — Oui, et il ne pouvait y avoir de doute pour personne. Ce pouvait être une question de jour, de moment ; on ne savait pas quand l'insurrection éclaterait ; mais il était évident pour tous qu'elle devait avoir lieu.
m. le président. — N'avez-vous pas songé à communiquer l'impression que vous aviez reçue de vos relations avec les officiers, au président du conseil des ministres à Bordeaux ?
m. le général d'aurelle de paladines. — Comme commandant de la garde nationale, je ne correspondais pas avec le chef du pouvoir exécutif, mais avec le ministre de l'intérieur, M. Picard. — Je lui rendais compte jour par jour ; il me disait : « Ce n'est rien ; on est habi-
tué à cela. Vous savez ce que c'est que la population de Paris. » C'est comme cela qu'on accueillait mes communications.
Général d'Aurelle de Paladines, p. 433.
Quand il fut question de l'entrée des Prussiens dans Paris, ce fut un grand mouvement, un grand émoi, dans la garde nationale comme dans la population. Je ne commandais pas encore la garde nationale, mais je me trouvais à Paris dans ce moment, avec la Commission des Quinze, qui avait été chargée d'accompagner M. Thiers pour s'occuper de la question de l'armistice et de la paix. Quand je vis ce qui se passait, il devint évident pour moi qu'une insurrection était sur le point d'éclater. Elle n'a éclaté que le 18 mars; je pensais qu'elle aurait éclaté plus tôt.
m. le président. — Avez-vous rendu compte de vos impressions au président du conseil ?
m. le général d'aurelle de paladines. — Le jour de mon arrivée à Paris, j'ai vu M. Jules Favre. M. le Président du conseil était à Bordeaux, et il n'est arrivé que trois jours avant l'insurrecsi' n, le 15 mars, je crois. M. Jules Favre avait la direction de la portion du ministère qui se trouvait à Paris. Avec M. Jules Favre, il y avait M. Picard, minisire de l'intérieur et M. Pouyer-Quertier, ministre des ûnances, qui venait d'être nommé. Tous les autres ministres étaient remplacés par leurs premiers secrétaires ou par leurs directeurs généraux. En un mot, les ministères étaient représentés, en dehors du personnel dont je viens de parler, par des employés divers.
M. Jules Favre me prévint que le conseil des ministres se réunissait tous les soirs vers neuf heures, et me pria d'assister à ses séances. Je m'y rendis tous les soirs, et mon impression fut que dans la situation difficile où on se trouvait, il n'y avait à attendre aucun secours de la part des ministres qui dirigeaient le pays. Je ne parle pas de M. Thiers, puisqu'il n'était pas là. MM. Jules Favre et Picard étaient les deux hommes essentiels. M. Pouyer-Quertier était nouveau; il s'occupait d'ailleurs plutôt de finance que de politique. — Il y avait là le général Vinoy, commandant en chef des troupes.
Ces réunions commençaient vers neuf heures, neuf heures et demie; souvent il était onze heures que les membres du Conseil n'étaient pas encore arrivés. On disait un mot des affaires publiques, des affaires de l'État, et le reste du temps c'étaient des lazzis, des plaisanteries faites par M. Picard, auquel on répondait quelquefois. M. Jules Favre parlait plus rarement. M. Picard cherchait à intéresser la conversation; il s'adressait à l'un ou à l'autre. — Cer'.es, c'était loin de faire les affaires
du pays; mais c'était ainsi, et cela durait jusque vers une heure du matin. Quelquefois, on apportait une dépêche séance tenante, soit de la prélecture de police, soit d'un ministère, soit des officiers de l'étatmajor, pour nous mettre au courant de ce qui arrivait. Le général Vinoy s'impatientait : je l'avais pour voisin, et nous nous disions : « Ce n'était pas la peine de nous réunir ; autant vaudrait s'en aller. »
m. le président. — Les ministres étaient-ils inquiets de la situasation?
m. le général d'aurelle de PALADiNES. — La situation ne paraissait pas les inquiéter.
m. le président. — Pourquoi?
m. le général d'adrelle de paladines. — Je dirai toute ma pensée. C'était prévu ; il ne leur en coûtait guère de voir changer l'état des choses.
J'ai oublié de dire que l'amiral Pothuau, ministre de la marine, était là. Je le sépare des deux que j'ai nommés, et que je considérais comme les ministres importants du moment.
m. le président. — Votre opinion personnelle était donc que M. Picard était tellement habitué à voir des mouvements dans Paris, qu'il ne s'étonnait pas des préparatifs de l'insurrection?
m. le général d'aurelle de paladines. -— Il disait bien qu'il pouvait y avoir quelque chose. Mais, habitant Paris, ayant vécu longtemps dans l'opposition, il ne paraissait pas inquiet de ce mouvement. A-t-il prévu que les événements auraient cette gravité? Je ne saurais le dire. Mais il était d'une légèreté incroyable dans toutes ces affaires. Je vais vous en donner un exemple.
Général d'Aurelle de Paladines, p, 633.
11. le comte Roger, chef d'état-major do général d'Aurelle, donne les mêmes détails. Lié avec M. Thiers, il le prévenait de ce qui se passait à Paris, sans que le chef du pouvoir exécutif, remit en des mains plus «ores, confiât à un homme plus sérieux, le maintien de la paix publique à Ptfris. Même après la crige, à laquelle son impéritie a eu tant de part, M. Picard a gardé l'amitié et les faveurs de M. Thiers.
m. le président. — Vous nous avez dit que M. Picard, ministre de l'intérieur, quand il était en relations avec vous, n'avait pas attaché à tous les mouvements qui se produisaient plus d'importance qu'aux émotions ordinaires qui traversent la capitale; et qu'habitu é comme il l'était à voir des oémonstralions, celle-là ne lui paraissait pas j. lus grave que les autres ; qu'il avait toute sa liberté d'esprit et mén gaîlé ; vous avez parlé de lazzis faits dans le Conseil ?
m. le général d'aurelle de PAi.ADiNES. — Oui, des plaisanteries. Cela est assez dans sa nature .
m. le président. — N'est-il pas à craindre que M. le Président du Conseil, qui était alors à Bordeaux, n'étant pas informé par le ministre de l'intérieur de l'état de Paris, ne pouvant pas en juger par ses propres yeux, n'ait été mal renseigné sur la situation? Le gouvernement avait alors à Bordeaux une attitude qui ne témoignait point de vive inquiétude. On ne pouvait savoir les faits que par M. Picard, et c'est ce qui expliquerait la confiance que les faits ont malheureusement démentie .
h. le général d'aurelle de paladines. — Je ne peux pas répondre à cette question. Je ne sais pas de quelle manière M. Picard présentait les choses.
m. le président. — Vous avez raison dans votre observation . Mais ne vous êtes-vous pas cru le droit d'écrire au Président du Conseil des ministres, si ce n'est d'une manière officielle, au moins comme collègue, pour lui dire : « Je suis commandant en chef de la garde nationale de Paris. Je vous avertis qu'une insurrection formidable est imminente. » — Ne vous êtes-vous pas mis en relation directe avec M. Thiers?
m. le général d'aurelle de paladines. — J'ai trop le respect des principes hiérarchiques, qui ont été ceux de toute ma vie. En écrivant au Président du Conseil des ministres, j'aurais sauté par-dessus le ministre dont je dépendais. — Je ne peux pas faire d'autre réponse que celle-là.
m. le président. — Je respecte de tels sentiments.
m. le général d'aurelle de paladines. — Je n'avais pas à écrire au chef du pouvoir exécutif; j'avais un ministre de l'intérieur avec lequel je conférais tous les jours. Je ne devais donc pas m'adresser directement à M. Thiers. Je parlais constamment au ministre de l'intérieur, et j'atvrais cra manquer à mes devoirs en écrivant au Président du Conseil des ministres pour lui rendre compte des événements de Paris. Ceût été supprimer celui qni était mon chef direct.
Général d'aurelle, p. 439.
m. le président. — M. le général d'Aurelle de Paladines nous a parlé de la parfaite confiance du minisire de l'intérieur pendant les quinze jours qui précédèrent l'insurrection ; il nous a dit que M. Picard, habitué aux mouvements révolutionnaires, ne paraissait pas croire à la gravité de ce qui se préparait; il n'y voyait que des mouvements de désordres ordinaires, dont on aurait facilement raison.
M. Roger conûrme-t-il cette déposition ?
\b'2 HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE
m. le comte roger. — Oui, M. le ministre de l'intérieur m'a, en effet, paru confiant ; il s'imaginait qu'on trouverait dans la garde nationale un plus grand nombre de défenseurs, et je dois dire qu'en cela, il partageait l'opinion de tous les officiers de notre état-major. Moi, dès les premiers jours, je fus d'une opinion contraire ; mais il y avait beaucoup de gens dans le haut commerce, dans la banque, et des personnes très-coDsidérables, comme M. de Rothschild, qui n'étaient pas de mon avis quand je disais que tout était perdu.
m. le président. — Cet optimisme n'a-t-il pas contribué à induire en erreur M. le Président du Conseil, chef du pouvoir exécutif, qui était alors à Bordeaux, et qui ne pouvait voir les choses par ses propres yeux?
11 devait naturellement s'en rapporter aux renseignements que lui fournissait le ministre de l'intérieur.
m. le comte roger. — Non! d'abord, j'ai écrit à M. Thiers et je lui ai dit ce que je pensais.
Ensuite M. Thiers était convaincu de l'imminence du danger ; il connaissait la valeur des forces dont il pouvait disposer et il avait de grands doutes sur le succès. Quand il est arrivé à Paris, il a vu de ses propres yeux le désordre existant.
Un membre. — Ainsi, il a été prévenu par les lettres de M. Roger (du Nord) de l'imminence du péril ?
m. le comte roger. — C'est pour cela qu'il est arrivé.
m. le président. — M. Roger (du Nord) a écrit à M. Thiers pour lui manifester les craintes qui l'agitaient ?
M, Roger, du Nord, p. 443.
Le général d'Aurelle signale une autre négligence de M. Picard, qui ne fut pas sans effet sur les dispositions des ofûciers de la garde natio- . nale.
Les officiers de la garde nationale qui avaient été mobilisés, avaient reçu l'assurance qu'une solde plus élevée leur serait payée; on leur avait fait la promesse que, pécuniairement, ils auraient les mêmes avantages que les officiers de la ligne, c'est-à-dire qu'ils recevraient une indemnité d'entrée en campagne ; cela leur avait éié promis formellement. On reconnut un peu plus tard, le ministre de l'intérieur le reconnut lui-môme, que c'était onéreux pour l'État, ( t alors il fut décidé qu'ils ne recevraient pas cette indemnité. Cependant, il fallait leur donner une compensation ; il fut résolu qu'on leur allouerait, outre leur solde, deux mois de traitement, comme supplément dû, pour les in.leinuiser des dépenses" qu'ils pourraient avoir faites. Cette indemnité fui
payée pendant les premiers mois. Mais qvand je pris le commandement de la garde nationale, je reçus des réclamations très-nombreuses à cet égard. Je ne savais pas ce que cela voulait dire ; j'en demandai l'explication à l'un de mes officiers d'état-major, qui me donna des renseignements très-nets ; je sus alors ce qui en élait. Les officiers voulaient absolument, ou leur entrée en campagne, ou l'indemnité qu'on leur avait promise ; ils la voulaient cette indemnité, pour le deuxième mois; ils n'avaient touché que le premier.
Je portai cette réclamation à M. ^Picard, qui me dit, avec beaucoup de désinvolture : « Ce n'est rien! S'il ne s'agit que de cela, pour les tranquilliser, faites-leur payer ce mois d'indemnité! » Je répondis : « Il faudrait en donner l'ordre. » — « Eh bien, je le donne; je vais le faire donner. » — « Mais, ajoutai-je, c'est un ordre écrit. » — « Cela vous sera donné. Dites-leur que ce sera fait. »
Je rentrai à l'hôtel.
il était question constamment de cette indemnité. Beaucoup d'officiers s'étant présentés, je leur dis que l'indemnité serait payée, que j'en avais l'assurance du ministre de l'intérieur. J'avais des rapports tous les matins, vers neuf heures, avec les divers chefs de la garde nationale; cette question fut agitée. Mon chef d'état-major, M. Roger (du Nord), me rappelait incessamment qu'il était question de cette indemnité, et qu'il fallait prouver aux officiers qu'ils seraient payés. Je répondis, à lui comme à eux : « Je ne ferai payer qu'autant que M. Picard m'aura donné un ordre écrit. Allez trouver M. Picard, dites-lui qu'il faut que cette affaire soit vidée le plus tôt possible; demandez-lui un ordre de payement... » car, messieurs, il s'agissait d'une somme de près de neuf cent mille francs, et je ne pouvais opérer un pareil payement sans un ordre formel. «M. Roger (du Nord), ajoutai-je, allez trouver M. Picard, pour lui demander l'ordre nécessaire pour que cette somme soit payée le plus tôt possible, et dites-lui que je ne puis pas ordonnancer et payer sans avoir un ordre écrit, qui reste entre mes mains comme pièce à l'appui. »
Général D'Aurelle de Paladines, p. 436.
L'armée était à l'abandon, livrée à toutes les suggestions dangereuses.
Il n'était resté à. Paris que MM. Picard et Jules Favre. Le général Vinoy commandait les troupes à mon départ de Paris. Nous avions été autorisés par la capitulation à conserver une division. Cette division, je l'avais organisée avant mon départ, et je l'avais faite très-forte. La convention nous autorisait à avoir une division de douze mille hommes; je
l.V'i HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE
l'avais portée à quinze mille. C'est-à-dire qu'à une forte brigade d'in- J'anterie, j'avais joint une artillerie as9ez nombreuse et au moins un régiment de cavalerie. Le général Yinoy était resté à la tête de ces troupes. Les mobiles avaient été désarmés et le reste de l'armée aussi. On avait permis, — et c'est là la plus grande faute de la capitulation, — que les troupes restassent dans Paris. J'avais fait quelques observations; il me paraissait plus raisonnable qu'elles fussent réunies dans la presqu'île de (lennevilliers. On se résolut à les laisser dans Paris. Les soldats logeaient chez les habitants, — ils mangeaient la soupe ensemble, passaient les soirées ensemble. 11 était facile de prévoir que l'esprit du soldat en serait perverti. Le général Vinoy, avec ses quinze mille hommes, était dans l'impossibilité de parer aux nécessités d'une situation qu'il n'avait pas faite... C'est là une des fautes les plus graves qui aient été commises.
Général Le Fia, p. 83.
On laissait se réunir et se concerter les prétendus délégués de la garde nationale, et lorsque le général d'Aurelle demandait leur arrestation, il ne pouvait l'obtenir.
Vous avez parlé tout à l'heure des réunions de délégués de la garde nationale; comment pensez -vous qu'on soit arrivé à constituer cette autorité supérieure qui gouvernait deux cent trente bataillons, puisqu'il n'y en avait guère que trente sur les deux cent soixante, qui, selon vous, pussent être considérés comme obéissant à vos ordres ?
m. le général d'aurelle de paladines. — Ces réunions étaient tout à fait illégales ; j'ai dit qu'elles avaient été signalées au ministre de l'intérieur et au préfet de police. — Le ministre de l'intérieur disait au préfet de police : « Faites faire des arrestations I » Et celui-ci ne voulait pas, ou ne pouvait pas les faire opérer.
Général d'Aurelle de Paladines, p. 437.
Qoant au Comité central on fédéral, Je ne sais pas comment il a été constitué. Tout cela a été fait avant mon arrivée ; j'ai trouvé les choses en l'état ; j'en ai été informé, et j'ai voulu faire cesser ces réunions clandestines. Au début, il y en avait un petit nombre. J'ai signalé le fait; M. Jules Favre trouvait la chose grave; il disait qu'il fallait agir1. Tjï préfet de police répondait : « Jl est impossible d'agir. » — Quant à M. Picard, il était impassible, comme toujours; et quant h M. ChoppirJ, le préfet de police, il répondait invariablement : « Je ne dis pas le contraire, mais je ne puis rien ! i
Généra/ (TÂuretle de Paladines, />. '.37.
Par ordre du général d'Àurelle dePaladines, j'ai donné, le 11 mars, cette liste au préfet de police, afin qu'on pût arrêter tous ces gens-là. Voyant qu'on n'arrêtait personne, nous avons essayé, à l'aide d'un bataillon, défaire ces arrestations nous-mêmes : nous n'avons pas réussi. Nous en avons pris quelques-uns, Henri et Duval, entre autres, je crois ; mais nous avons été obligés de les relâcher, parce que tout le quartier réclamait leur mise en liberté ; nous n'étions pas les plus forts, nous ne pouvions pas les garder sans une collision imminente.
M. Baudoin de Mortemart, p. 449.
M. Valentin a succédé à M. Choppin. — Une certaine nuit, il y a eu une réunion, et on y a envoyé des agents de police qui se sont saisis d'un individu suspect ; une arrestation a été opérée, mais cela a été sans résultat. Pourtant, je crois que M. Valentin agissait avec plus d'énergie que M. Choppin. Celui-ci pouvait être bien intentionné, — je le connais peu comme homme politique, je ne me suis pas enquis de ses antécédents; — mais c'était un homme très-embarrassé de sa situation. 11 avait demandé plusieurs fois à en être relevé ; il aurait mieux aimé, je pense, ne pas avoir à s'occuper d'affaires si désagréables.
m. le président. — Il était intérimaire ; il avait remplacé son beaufrère, M. Cresson, dont il avait été le chef de cabinet. — M. Cresson avait précédemment donné sa démission, et on avait prié M. Choppin de rester provisoirement. Ce provisoire s'est prolongé. Il avait envie de se retirer. Je crois qu'il disait vrai en répondant qu'il ne lui était pas possible d'opérer les arrestations.
Général d'Aurelle de Paladines, p. 437.
QtonB encore les déclarations suivantes :
Arrivé à Paris, je voulus, de suite» connaîtra tm peu Tesprit de la garde nationale, par moi-même, non par l'opinion publique. Je me mis en rapport avec les officiers, dès le lendemain; je les convoquai tous par quartiers, successivement, de manière à ce que je pusse voir par jour, à peu près une dizaine de chefs de bataillon. J'avais prié messieurs les maires des divers arrondissements de vouloir bien réunir les officiers de la garde nationale pour pouvoir causer avec eux de la situation de Paris et des craintes qu'elle faisait déjà naître. — Ces réunions durèrent à peu près cinq jours, après quoi je fus complètement fixé sur ce qu'on pouvait attendre de la garde nationale. Il y avait quelques
bons bataillons, quelques officiers dévoués à l'ordre, le reste était excessivement porté à l'insurrection ; le mal était fait.
Général d'Aurelle de Paladines, p. û32.
Lorsque les Prussiens entrèrent dans Paris, le peuple s'empara des canons qu'il avait fait fabriquer; on lui avait représenté qu'il avait d'autant plus le droit d'agir ainsi, que ces canons étaient sa propriété. On lui avait persuadé que le Gouvernement voulait les livrer aux Prussiens; ce n'était pas plus absurde que les victoires dont on l'avait entretenu si longtemps. Le 18 mars, on essaya de lui reprendre ces canons ; mais l'armée était désorganisée et ne tint pas. L'insurrection eut lieu. On convoqua la^arde nationale, elle ne vint pas ; on l'a beaucoup accusée dans cette circonstance de mollesse et d'inertie; il y a bien des causes qui expliquent son abstention : d'abord, elle n'a été convoquée que quand la troupe s'était débandée ; elle n'a été convoquée que le samedi, à midi. C'est le 18 mars, à 11 heures, que les troupes se sont débandées. C'est vers onze heures ou midi qu'on a battu le rappel d'une manière générale et convoqué les bataillons de la garde nationale. La garde nationale est dans une situation particulière. Ce n'est pas une armée ; les personnes qui en font partie ont des affaires, des occupations, et, à celte heure-là, la plupart n'étaient pas chez elles. Quand on les convoque le matin ou le soir, on peut les réunir, mais au milieu du jour cela est plus difficile.
M. Hervé, p. 170.
m. le président. — On a battu le rappel ?
m. le général le flô. — Oui, on a battu le rappel ; je ne crois pas que la garde nationale dût entrer dans le plan d'exécution. Mais tous les membres du Gouvernement, et le général en chef, avaient pensé que les bons bataillons s'uniraient aux troupes, et qu'ils répondraient à l'appel, ce qui n'a pas eu lieu; personne n'est venu.
On veut enfin reprendre le déci e ette opération, malgré
Général Le Flô, p. 87.
les canons. M. Thiers, étant rentré à Paris, l'avis contraire du général Vinoy.
m. le général vinoy. — Je n'avais jamais été parti>an de l'enlèvement des canons. D'abord, je n'en avais pas 1rs moyens.* Vous voulez, disais-je, que je prenne les canons, et vous payez ceux qui les gardent à raison de trente sous par jour? Commencez par ne pas les payer. * Je
n'ai pas pu l'obtenir, et même je n'ai jamais pu obtenir l'arrestation de gens tels que : Henri, Duval, Razoua, etc.
Un membre. — Qui refusaii ?
m. le général vinoy. — Le Gouvernement. Je le demandai au préfet de police, il me dit : « Je ne le puis pas, je n'en ai pas les moyens ; faitesles arrêter par vos troupes. » A cela, je répondais non! très-nettement. — Puisqu'il est convenu qu'il n'y aura que 12,000 hommes de troupes de ligne dans Paris, et que la garde nationale reste armée avec un effectif de trois cents et quelques mille hommes ; les rôles doivent être intervertis.
Général Vinoy, p. 97,
M. Vautrain signale les imprudences, les maladresses, les indiscrétions commises en cette circonstance :
On veut donc prendre les canons le 16 mars.
Vous savez que la première séance chez le ministre de l'intérieur est du 5; je renouvelai ma déclaration à la séance du 13. J'avais été prévenu par un officier d'état-major, qui se trouvait depuis deux jours dans ma mairie, qu'on voulait reprendra les canons. Voulez-vous savoir comment cela s'est passé ? Je vais vous lire le rapport qui m'a été fait. Je n'avais qu'un mot à dire ; je n'avais qu'à lever la main, pour que ceux qui gardaient les canons les rendissent à la troupe. Car c'étaient mes administrés, mes amis; c'était M. Fauvel, mon ami, qu>, à ce moment-là, gardait les canons. Eh bien, voici comment les choses se passent; c'est un rapport de M. Lessault, capitaine : « Le 15 mars, je » me rendis à mon poste, place des Vosges. Vers k heures du soir, je » reçus la visite de deux envoyés de l'état-major, qui me demandèrent » quelles seraient mes instructions si l'état-major voulait reprendre les » canons dans la soirée. J'ai répondu que je ne ferais aucune résis- » tance, qu'au contraire j'aiderais dans la mesure du possible. Ces » messieurs me quittèrent en me promettant un ordre écrit pour » 7 heures du soir. Malheureusement cela n'a pas réussi, par suite de » l'indiscrétion d'un garde de ma compagnie en faction, et devant » lequel les envoyés de l'état-major s'étaient entretenus de cette » affaire avant dem'avoirvu. Cet homme, en rentrant au poste, raconta » tout ce qu'il avait entendu. Le Comité central prévenu envoya ses » bataillons sur les lieux . »
Ainsi, on veut reprendre les canons, et on en parle devant des personnes dont on ne connaît pas les opinions, et aussitôt ces personnes vont à Belleville prévenir le Comité central; et quand on se pré-
10iS HISTOIRE ItÉVOLI TloWAllii.
sente, à huit heures du soir, pour prendre les canons, on trouve devant soi trois bataillons envoyés de Belleville par le Comité central. Ou a écrit que c'étaient les maires de Paris qui avaient désorganisé la résistance! Voilà la vérité vraie. La désorganisation existait bien avant le 25 mars.
M. Vautrain, p. 373.
Messieurs, j'ai tenu à bien constater devant vous que la défense était paralysée depuis longtemps, car elle a été paralysée h partir du jour où on a laissé prendre les canons ; elle a été paralysée le jour où on n'a pas pu reprendre ces canons, et la preuve que ce ne sont pas les maires de Paris qui ont paralysé la défense, c'est que les portes d'Auteuil et de Passy sont restées au pouvoir du Gouvernement pendant trois jours, occupées par la garde nationale de ces quartiers ; que M. Thiers a été prévenu quatre fois de l'occupation de ces positions, afin de n'avoir pas uu second siège à faire, et que l'impuissance militaire était si grande, qu'on n'a pas envoyé un soldat pour garder ces portes. Ce ne sont donc pas les maires qui ont paralysé la résistance et rendu le second siège nécessaire. Voilà la vérité ; je vous le dis, au nom des municipalités.
M. Vautrain. p. 377.
Les fautes politiques qui ont amené le 18 mars ne peuvent être égalées que par les fautes militaires commises dans cette occasion par un gouvernement dont le chef a si amèrement critiqué la manière dont l'Empire avait préparé et dirigé la guerre en 1870. 11 était pourtant facile de bien combiner et de bien diriger les opérations de l'enlèvement des canons, et l'on n'avait pas à lutter contre une organisation savamment étudiée, contre des forces supérieures en nombre, contre un ennemi guidé par une volonté ferme et obéie.
La position de Montmartre avait été rapidement et heureusement enlevée par l'élan de nos troupes, mais on avait fait partir les soldats sans leurs sacs, et on avait oublié d'envoyer les chevaux nécessaires pour emmener les canons.
Voici le témoignage du général Le Flô :
un membre. — M. le général Le Flô nous a dit que les attelages étaient arrivés à huit heures au lieu d'arriver à six : à qui, daus sa penséo, faut- il faire remonter la responsabilité de ce désordre?
Général le Flô, p. 85.
m. le général le flû. — Mon Dieu, selon les principes militaiivs, la faute doit toujours remonter au chef. Le chef est responsable, il n'y a
pas dans l'armée trente-six personnes responsables; certaines peuvent l'être vis-à-vis du général en chef, mais le général en chef est seul responsable vis-à-vis du ministre. Je crois que si les ordres avaient été donnés avec plus de précision et qu'on eût veillé avec plus de soin à leur exécution, de pareils désordres ne se seraient pas produits.
Général Le Flô, p. 85.
Le combat s'engagea le lendemain; les ordres n'avaient pas été parfaitement donnés, j'en avais fait l'observation. Les troupes devaient partir à trois heures du matin, et être en face des pièces d'artillerie à cinq heures au plus tard. Les choses se passèrent en effet à peu près ainsi. Les troupes étaient sur les buttes Montmartre à peu près à six heures, et il n'y avait plus qu'à enlever les pièces. Malheureusement les équipages n'étaient pas là, et il fallait une heure et demie pour qu'ils vinssent de l'École militaire.
Général Le Flô, p. 78.
Je me rendis à neuf heures du matin à l'Hôtel de ville ; il y avait là une brigade commandée par le général Deroja, un fort bon officier, et qui avait pris les meilleures dispositions. Je me rendis de là à la place de la Bastille; elle était à peu près évacuée. Il y avait là une brigade dont la physionomie n'était pas excellente; les soldats se promenaient leurs armes en bandoulière. Je fis quelques observations. Le général donna un peu plus de cohésion à ses troupes. Pendant que j'étais là, je fus prévenu que des barricades se construisaient à la Villette, à Belleville, et même à l'angle du boulevard Richard-Lenoir. Je traversai tout le boulevard. J'y trouvai bien de l'agitation; on y faisait quelques ébauches de barricades ; je ne fus insulté d'aucune façon. Cependant, un moment, sur la place de la Bastille, j'approchai d'un groupe qui me paraissait fort animé. J'entrai en conversation avec les gens qui le composaient, et je leur dis ce qu'on peut dire en pareille circonstance : — qu- le Gouvernement avait bien fait d'enlever ces canons, qui étaient une cause de perturbation perpétuelle, que c'était à eux un tort trèsgrave d'avoir arboré un drapeau rouge, alors que le drapeau de la France était le drapeau tricolore, et qu'ils avaient encore plus grand tort en se mettant à l'état d'insurrection. Ils me répondirent d'abord avec une sorte de politesse, mais ils finirent par devenir brutaux, et je fus entouré. J'étais seul avec mon aide de camp. Un insurgé s'approcha et me dit : « Qui êtes-vous? » Je lui dis qu'il n'avait aucun droit de m'interroger. 11 me répondit : « C'est vrai, j'ai tort. » Avant de m'avancer dans le groupe, j'avais donné l'ordre à un officier, qui commandait un
escadron de la garde républicaine, de venir à moi s'il me voyait lever ma casquette. Je fis le signal convenu, la troupe s'avança et je fus dégagé sans lutte.
Je reviens sur ce que j'ai dit : Les principales causes de l'insuccès de cette journée furent donc le retard dans l'arrivée des attelages, le défaut de précision dans les ordres et la faute très-grave qui fut commise, de laisser les sacs dans les casernes.
Général Le Flù, p. 79.
Voici également les dires de M. Ferry, du général d'Aurelle de Paladines et de M. Choppin.
Lorsqu'à la réunion du Gouvernement, la question nous fut posée par le chef du pouvoir exécutif, je n'hésitai pas à me prononcer pour une intervention matérielle, et à dire que, puisqu'on n'avait pas voulu rendre les canons volontairement, il fallait les prendre de force.
J'exprimai l'avis qu'il ne serait pas très-difûcile, par une opération militaire bien conduite, par un coup de main exécuté la nuit ou de grand matin, d'occuper les buttes Chaumont et surtout la butte Montmartre, où les canons se trouvaient entassés de telle sorte, qu'il serait impossible de s'en servir contre la troupe qui gravirait la butte pour s'en emparer.
Cette opinion fut aussi celle du Conseil, et le 18 mars, suivant les dispositions prises par le général Vinoy, de grand matin, les troupes gravirent les hauteurs des buttes Chaumont et des buttes Montmartre, sans aucune espèce de difficultés, mirent la main sur les canons, tirent prisonniers les petits groupes de gardes nationaux qui se trouvaient là, et nous fûmes tout à fait maîtres du mouvement à cette première heure.
M. Jules Ferry, p. 65.
Quant aux événements, le jour où M. Tbiers décida qu'on enlèverait les canons, — car c'est lui qui a décidé qu'on prendrait les canons par la force, — tout avait été concerté pour agir dans, ce sens. Les troupes de ligne devaient se porter sur le point où se trouvaient les pièces d'artillerie, et devaient, par un mouvement prompt, rapide, y arriver vers les trois ou quatre heures du matin. C'était le moment où on supposait que les canons étaient le moins bien gardés ; par suite des fatigues de la nuit, beaucoup de gardes nationaux quittaient leur poste après avoir monté leur faction.
En effet, les troupes de ligne arrivèrent sur les buttes Chaumont et
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Montmartre, et s'emparèrent des pièces d'artillerie. Mais aussitôt l'éveil fut donné, le monde accourut de tous côtés; les femmes, les enfants vinrent se mêler à la troupe . On eut grand tort de permettre que cette population s'approchât de nos soldats, car elle se mêla à eux, et les femmes et les enfants leur disaient : « Vous ne tirerez pas sur le peuple ! » Voilà comment les soldats du 88% autant que je puis le croire, et d'un autre régiment de ligne se trouvèrent enveloppés et n'eurent pas la force de résister à ces sortes d'ovations qui leur étaient faites. On criait : « Vive la ligne ! »
Général d'Aurelle de Paladines,p. 434.
Un certain nombre de bataillons étaient signalés comme plus dévoués à l'or Jre que les autres; on en comptait une trentaine sur deux cent soixante. Les chefs de ces trente bataillons furent convoqués chez moi la veille, vers onze heures du soir. Je causais avec eux, non de ce qui devait arriver le lendemain, mais je leur demandais, — dans le cas où quelque événement se produirait, des renseignements pouvant faire supposer qu'il y aurait d s troubles, des désordres prochainement, — je leur demandais si on pouvait compter sur leurs bataillons. Tous, — et c'étaient les meilleurs, trente seulement sur deux cent soixante, — tous me répondirent: « On ne peut pas compter sur nos bataillons ! La garde nationale ne se battra pas contre la garde nationale ! »
Général d'Aurelle de Paladines, p. 435.
Le lendemain, à six heures du matin, on fit battre le rappel partout. On comptait réunir à peu près un tiers ou une moitié des hommes; il n'y en eut qu'une dizaine. par bataillon qui répondirent à l'appel. — Parmi les bataillons qui s'étaient réunis et qu'on devait envoyer aux mairies, il y en avait un sur lequel on croyait pouvoir compter ; le chef de ce bataillon m'avait donné toutes les assurances possibles : on l'obligea de partir, de se retirer. Cela ne dépendait pas de lui. — J'envoyai un officier d'état-major pour avoir des renseignements; on voulut l'arrêter. Il fut également obligé de se retirer sans avoir pu exécuter sa mission. Tous ces gardes nationaux étaient disposés à faire l'inverse de ce qu'on leur demandait.
Général d'Aurelle de Palad.nes.p. 435.
Vous savez jusqu'à quel point nous étions embarrassés de l'absence d'un chef de la garde nationale. Le Gouvernement se décida à faire un choix et nomma le général d'Aurelle de Paladines. Le zèle du général a été extrême ; il a fait tout ce qu'il a pu pour tâcher de faire recon-