TOME II. Il
naître fon autorité, mais il se heurtait sans cesse aux défiances qu'on avait excitées contre lui. J$ l'ai vu vingt fois à l'état-raajor de la place Vendôme, réunissant le corps d'officiers, les chefs de .bataillons; il était impossible de montrer plus de dévouement, mais , malgré tout, l'insurrection ne désarmait pas, les canons n'en restaient pas moins dans les parcs.
A deux reprises différentes nous avons essayé de les reprendre. Une première fois à Montmartre; le général d'Aurelle, après une conférence avec M. Clemenceau, a cru que les canons lui seraient rendus. On a , envoyé des attelages, mais ces attelages n'ont pu dépasser la mairie de Montmartre. M. Clemenceau a dit qu'on s'était trompé sur sa pensée, qu'il n'avait pas le moins du monde l'intention de rendre les canons, qu'il fallait que le Gouvernement reconnût que ces canons étaient la propriété nationale. Une autrefois, je sus à la Préfecture de police, par un magistrat, que les bataillons réunis place des Vosges étaient fâchés du rôle qu'on leur faisait jouer, et prêts à rendre leurs canons.
Je prévins l'état-major, qui envoya les attelages. L'opération s'est faite comme toujours, avec un peu de décousu. Les attelages sont arrivés; mais aussitôt que les gens du quartier virent les chevaux, une agitation très-vive se manifesta. Il y eut un commencement d'émeute, et on fut obligé de se retirer, parce que si l'on eût persisté, la bataille s'engageait.
Quelques-uns nous disaient : laissez tomber tout cela. — Ce sont des gens qui s'.imusent, ils jouent aux cannns, comme ils ont joué aux fusils, — tout s'arrangera. — On se trompaii! Chaque fois que m. us avons fait des reconnaissances, essayé quelque chose, nous sentions toujours un certain point la résistance. Le doute n'était pas possible, la guerre civile était imminente.
Il y avait encore un fait visible, plus pour nous que pour les autres, qui nous indiquait qu'on se préparait à la guerre civile.
Très-peu de jours avant le 18 mars, alors que les troupes désarmées de province, qui sont devenues depuis l'armée de l'ordre, mais qui ne le furent pas le 18 mars, arrivaient à Paris il arriva des contingents pour l'insurrection; ils ont changé compL tcnunt la physionomie <!r Paris. C'étaient des hommes de l'armée de l'E-t, appartenant à des corps irréguliers qui avaient été dissous à l.yon, des garibaldiens. Nous vîmes arriver à Paris ces hommes à chemises rouges avec des plumes de paon derrière la tôle. C était une mascarade si vous voulez, mais c'était l'armée insurrectionnelle qui achevait de se fermer. Et j'en ai euja preuve plus tard, ici môme. J'ai assisté à l'inlôrrogalaift dos premiers prisonniers faits dans la bande qui suivait Flourens et Du val. J'ai
été très-frappé de voir que sur trois prisonniers, il y en avait au moins un qui venait de l'E^t, de la Haute-Saône et du Haut-Rhin. Je ne sais si le chiffre que je vais vous donner est vrai, mais on m'a dit qu'il y avait dix-huit mille hommes de corps irréguliers qui seraient venus grossir l'année insurrectionnelle de Paris. Je le croirais d'autant plus que lorsqu'on a essayé d'organiser des émeutes provinciales, j'ai été frappé du peu de forces actives de l'insurrection à Lyon et dans les villes du Rhône. Je crois que si l'insurrection a été si peu de chose dans le reste de la France, c'est que la plupart de ses adhérents avaient été dirigés sur Paris, quatre ou cinq jours avant le 18 mars.
M. Choppin, p. 115.
Cette première faute commise, l'issue de la journée ne fut plus douteuse, et lorsque l'évacuation de Paris et des forts fut si précipitamment prescrite par M. Thiers, se hâtant de se réfugier à Versailles, on oublia des corps entiers livrés ainsi à l'insurrection triomphante, et qui, fidèles à leur consigne, restèrent à leur poste quand d'autres abandonnaient le leur.
Voici, à ce sujet, des témoignages qui ne seront pas suspects ; ils émanent de partisans dévoués de M. Thiers.
m. le président. — Sur cette journée du 18 mars, on nous a dit que vous aviez, en effet, donné à l'armée l'ordre d'évacuation, mais que, malgré cet ordre, il était resté dans Paris trois rfgiments oubliés, je crois, six batteries d'artillerie, puis tous les bateaux blindés et les fonds des caisses publiques qu'il eût été possible de faire rentrer à Versailles. Qu'y a-t-il de vrai dans celte assertion ?
m. le général le flô. — Hélas ! elle est vraie ! L'armée était dispersée sur un grand nombre de points, il était cinq ou six heures du soir, la nuit était déjà venue, les troupes avaient fait certains mouvements, le général Vinoy n'avait plus la connaissance exacte de la situation qu'occupaient les troupes, les ordres ont été donnés à la hâte, il y eut dans ces ordres une grande confusion, et des régiments ou du moins des fractions de régiments ont été oubliés. Si les états-majors avaient été mieux constitués, s'ils avaient été plus au courant de la situation des troupes, si à chaque corps de troupes, dans chaque brigade, dans chaque régiment, il y eût eu un officier constamment en relation avec le général en chef, évidemment beaucoup de ces désordres auraient pu être évités ; je ne crois pas qu'ils eussent pu l'être tous, mais il s'est produit des événements qui, à la rigueur, auraient pu ne pas se produire. Aussi je reviens à ce détail : le départ des troupes
de leur caserne sans leurs sacs. Le soir, à six ou sept heure?, nous nous décidâmes à envoyer un bataillon au Luxembourg où il bivouaquait pour y reprrndre ses sacs. 11 y fut entouré et il y resta. Grâce à l'énergie de l'ofucier qui se trouvnit à la tête de ces troupes, vous l'avez vu revenir trois jours après, mais des batteries isolées n'avaient pas de forces suffisantes pour vaincre les obstacles qu'elles rencontraient sur leur route ; des po-t^s de gendarmerie dispersés dans Paris ne furent pas prévenus. A-t-il été bien fait tout ce qui était possible ? Je n'ose l'affirmer, mais je constate que personne au monde n'eût pu évacuer Paris, sans y laisser des portions plus ou moins considérables de troupes .
Général Le Flô, p. 86.
m. le président. — On nous a dit aussi qu'on avait oublié un certain
nombre de batteries d'artillerie .
m. le colonel lambert. — Je ne sais pas. On a bien laissé
3,000 hommes en tout.
Colonel Lambert, p. 243.
m. le général appert. — Les ordres n'étant pas arrivés partout à temps, beaucoup de soldats sont restés, par suite, dans l'intérieur de Paris. Le nombre total de ceux qii n'ont pu sortir s'est élevé à 2,500 ou 3,000 hommes, qui nous sont revenus à différentes époques et dans ces derniers temps ; il faut dire que beaucoup de ces hommes se sont Irès-bien conduits dans Paris.
Général Appert, p. 252.