‹ Histoire révolutionnaire contemporaineChapitre 77 sur 92 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Évacuation des forts autour de Paris.

Dire de M. Thiers. — Il est contredit par tous les autres témoins. — Ordre donné et répété par M. Thiers d'évacuer le Mont-Valérien. — Le minisire de la guerre ignore cet ordre. — Insistances auprès de M. Thiers pour faire réoccuper ce fort. — Elles sout enfin accueillies.

En racontant comment il a repris Paris sur la Commune, M. Thiers s'exprime ainsi, en ce qui touche les forts qui entourent la ville :

Je fis occuper le Mont-Valérien. On y envoya un excellent régiment. Il y avait là un immense matériel, et, de plus, une position dominante qui commande tous les environs. Quant aux autres forts, nous nous serions affaiblis, si nous avions voulu les garder, car il nous aurait fallu au moins 8,000 hommes pour les occuper. Njus aurions perdu là, sans profit, une partie notable de nos forces. Je ne gardai donc que le Mont-Valérien, et je ramenai tout le reste. J'eus ainsi 22,ôu0 hommes bien liés et bien commandés.

M. Thiers, p. 14.

Cet abandon des forts du Sud fut une faute et rien n'en imposait la nécessité. 11 eût été facile de les conserver pour ne pas avoir à les reprendre au piix de tant d'efforts et de sang. M. l'amiral Pothuau le constate.

Ln membre. — Que savez-vous, M. le vice-amiral, de l'évacuation du Monl-Valrrien? Le général Le Flô a dit que cette évacuation avait été faite en dehors de lui et sans qu'il le sût.

m. lk vick-amiral. — Je ne pais rien de co qui concerne les forts; il n'y avait que quelques jours que ceux de la rive gauche avaient élé abandonnés par les Prussiens. Selon moi, quelques hommes Éliraient suffi pour les garder, car le pont-levis une fois levé, on était à l'abri de toute attaque. Quand nous nous sommes repliés, nous avons appris

que tel et tel fort étaient tombés au pouvoir de l'insurrection, que le Mont-Valérien avait seul été conservé.

M. Pothuau, p. 512.

Quant au Mont-Valérien, dont la possession eût donné à Commune une force tiés-grande, M. Thiers se trompe quand il dit simplement qu'il le fit occuper. Il ordonna formellement son évacuation le 18 mars, et c'est dans la nuit du 19 au 20 que, sur des instances multipliées, il consentit enfin à y laisser rentrer une garnison. Ces faits sont établis par les dépositions suivantes, desquelles il résulte que, personnellement, M. Thiers a fait évacuer tous les forts du sud, le Mont-Valérien compris, et qu'il a fallu le supplier pour obtenir que celui-ci reçût une force sûre et suffisaute. M. Thiers tenait avant tout à s'entourer à Versailles du plus grand nombre possible de soldats disciplinés.

M. Thiers part pour Versailles, entre trois et quatre heures, sous la protection de l'escorte du commandant en chef, commandée par M. Goëbb, lieutenant. Avant son départ, il prescrit de donner l'ordre de faire rallier à Versailles toutes les troupes et d'y envoyer, de suite, la brigade Daudel qui occupe les forts du sud. 11 réitère cet ordre par écrit, au crayon, en passant au pont de Sèvres, et le remet à M. Goëbb, pour le porter au commandant en chef. C'est sur cet ordre que les forts du sud ont été évacués.

Le soir, l'ordre est transmis aux troupes d'avoir à évacuer Paris ; la brigade Derroja (109e et 110e de ligne) , se trouve bloquée par l'émeute dans la caserne Napoléon et à l'Hôtel de ville. Le général qui la commande ayant reçu l'ordre de se replier, fait ouvrir les portes et sa tête de colonne se fraye un chemin à la baïonnette.

Toutes les troupes étant ralliées, le départ pour Versailles commence à une heure du malin, le 19 mars, et continue pendant toute la nuit et la journée du 19 mars.

Général Vinoy, p. 97.

Il fut question alors de s'en aller à Versailles. Mais on ne pouvait s'en aller ainsi sans réunir les troupes. M. Thiers partit, je crois, à trois heures et demie ou quatre heures; il fallait le faire «artir, parce que s'il tombait aux mains de l'insurrection, c'était le Gouvernement désorganisé. Prévoyant cela, j'avais doublé mon escorte, j'avais fait préparer sa voiture et toit était prêt. Je lui dis : mettez votre pardessus, la porte du bois de Boulogne e-t gardée, votre sortie est assurée par là. — J'y avais envoyé un escadron. — Mais avant de partir, il me donna l'ordre d'évacuer Paris et surtout de lui envoyer la brigade Daudel qui occupait tous les forts du sud et même le Mont-Valérien et

Courhevoie. 11 jugeait important d'avoir à Versailles cette brigade, qui était celle sur laquelle on pouvait le plus compter.

m. le président. — Ainsi, on évacuait tous les forts?

m. le général viNOY. — Oui, M. le président; c'était la brigade Daudel qui les occupait, et M. Thiers voulait l'avoir à Versailles, parce que je lui avais dit que c'était ce que j'avais de mieux. Elle n'avait pas été en contact avec Paris.

Je donnai donc l'ordre à la brigade Daudel de quitter les forts.

Général Vinoy, p. 99.

m. le président. — M. le général Le Flô nous a dit que non-seulement il n'avait pas donné l'ordre d'évacuer les forts, mais qu'il n'avait connu l'existence de cet ordre que deux jours après son accomplissement.

m. le général vinoy. — Nous étions réunis à l'École militaire et

m. le président. — Est-ce à l'École militaire que l'ordre a été donné?

m. le général vinoy. — Non, c'est M. Thiers qui a donné l'ordre.

m. le président. — Un billet a été remis, en effet, à Sèvres, par M. le président du Conseil, à votre aide de camp. Avaut de passer le pont de Sèvres, M. Thiers vous a recommandé de ne pas oublier la brigade Daudel, qui occupait les forts, et de l'envoyer à Versailles.

M. Thiers est sorti du ministère des affaires étrangères vers trois heures et demie, il est revenu à Versailles par le Point-du-Jour. Avant de partir, vous avait-il donné cet ordre?

m. le général vinoy. — Oui.

m. le président. — Cet ordre avait-il été pris en Conseil au ministère des affaires étrangères?

m. le général vinoy. — Tout le Conseil était en permanence.

Tous les ministres étaient présents. Je ne m'occupais pas de ce qu'on disait, je m'occupais de ce qui se passait. Les bataillons ùv Grenelle défilaient avec leurs képis sur les baïonnettes devant l'hôtel du ministère des affaires étrangères. J'ai fait fermer la grille et rentrer la troupe, sans m'occuper beaucoup de ce qui se disait.

Général Vinoy, /'. 101.

Maintenant, on a parlé du Mont-Valénen. Voici ce qui s'est passé : Le général Daudel avait fait évacuer ses troupes à lui, mais il y avait au Mont-Valérien deux bataillons de chasseur;*, le 21'' et le Wi Ces deux bataillons étaient mauvais, je les avais fait sortir de Paris par punition et ils devaient aller en Algérie.

A mon arrivée à Versailles, j'appris que le Mont-Valérien était évacué par le général Daudel. J'écrivis alors à M. ïhiers, et je lui expliquai qu'il était impossible d'abandonner cette forteresse; je lui dis que les deux bataillons qui s'y trouvaient devant quitter le lendemain, je lui demandais de la faire réoccuper.

Un membre.— Quel jour? Cela aune sérieuse importance. C'est dans la sa'le des conférences que s'est passé l'incident, auquel je crois que le général a voulu faire allusion tout à l'heure. J'y étais présent.

Un autre membre. — Je vous demande pardon, il s'est passé vers quatre ou cinq heures.

m. le président. — Mais vous êtes d'accord.

Le premier membre. — Non, c'est le dimanche que s'est passé cet incident. Le fait dont parie le général est antérieur, je demande de combien d'heures?

m. le président. — Le général vous a dit que c'était dans la nuit du dimanche au lundi, qu'il avait eu une entrevue avec M. Thiers. Comment voulez-vous que cette entrevue ait eu lieu dans la nuit du samedi au dimanche, puisque cette nuit-là on opérait la retraite sur Versailles. C'est dans la nuit du dimanche au lundi que, sur la demande du général, le Gouvernement s'est déterminé à réoccuper le Mont-Valérien.

m. le général vinoy. — C'est nécessairement quand je me suis aperçu que le général Daudel avait fait évacuer le Mont-Valérien, comme tous les autres forts, par le bataillon qui s'y trouvait, que j'ai pensé à le faire réoccuper.

Général Vinoy, p. 99.

m. le président. — Nous étions tous ici dimanche 19 mars, dans une des salles du palais, située au rez-de-chaussée. M. le président du Conseil nous racontait pourquoi il avait évacué Paris. Nous avons insisté pour qu'il n'évacuât pas les forts et surtout le Mont-Valérien. Il ne s'est pa=î rendu à nos instances. Le soir, plusieurs membres sont retournés à la préfecture.

Un membre. — Je ne le savais pas.

m. le président. — Il était environ neuf heures du soir. — u.i a supplié M. le président du Conseil de ne pas ordonner l'évacuation des forts. — Le général Vinoy est intervenu, fort heureusement, vers une heure du matin, et avec son autorité militaire, il a décida M. le président du Conseil à frire ce que les députés n'avaient pas obtenu.

m. lk général vinoy. — Je lui ai écrit d'abord, et je lui répétai le vive voix ce que je lui avais écrit: c'est qu'il était impossible que nous restassions à Versailles sans la possession du Mont-Valérien.

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