‹ Histoire révolutionnaire contemporaineChapitre 81 sur 92 · LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ

» Paris, te 23 mars 1671 » Chers concitoyens,

» Je m'empresse de porter à votre connaissance que, d'accord avec les députés de la Seine et les maires élus de Paris, nous avons obtenu du gouvernement de l'Assemblée nationale :

» 1° L't reconnaissance complète de vqs franchises municipales',

(1) M. Tir.inl I lùen voulu <14d;iivi ilr[uu< qui', le jugeant utile a la situation. avait fait afficher une des rédactions de lui-mèsaa.

» 2° L'élection de tous les officiers de la garde nationale, y compris le général en chef;

» 3° Des modifications à la loi sur les échéances i

» k° Un projet de loi sur les loyers, favorable aux locataires, jusques et y compris les loyers de 1,200 francs.

» En attendant que vous confirmiez ma nomination ou que vous m'ayez remplacé, je resterai à mon poste d'honneur, pour veiller à l'exécution des lois de conciliation que nous avons réussi à obtenir, et contribuer ainsi à l'affermissement de la République!

» Le vice-amiral commandant en chef provisoire, » Saisset. »

Cette affiche, ainsi modifiée, fut remise à l'imprimeur Dupont sans le bon à tirer de l'amiral, qui n'en eut connaissance que lorsqu'elle était déjà affichée.

Oi comprend que MM. les maires, dans un but de conciliation et alors qu'ils faisaient de généreux efforts pour éviter l'effusion du sang, aient cru devoir pousser les concessions à leurs extrêmes limites.

Désavouer l'affiche, c'était amener un conflit et faire les affaires du Comité ; les faire enlever était naturellement impossible.

Il ne restait à l'amiral d'autre parti que laisser courir, n'ayant pas les presses de l'Officiel à sa disposition.

Vn membre. — Vous n'aviez pas donné le bon à tirer, mais qui avait fait le projet?

m. l'amiral saisset. — Il y eut toujours quatre points principaux : « les franchises municipales, les loyers, les échéances, les élections de la garde nationale », qui séparaient les dissidents, comme on les appelait alors, les. maires de Paris représentant le pouvoir exécutif .

Amiral Saisset, p. 311.

Enfin, l'amiral rejette la responsabilité de ce grave incident sur les maires, qui l'ont roulé,, et que M. Thiers avait faits les arbitres de la situation.

Nous donnons ici ces allégations, l'affirmation de M. Tirurd, quant au bon à tirer, et l'explication du retour à Versailles de l'amiral après la capitulation des maires et leur composition avec la Commune et le Comité central :

Lu membre. — Amiral, c'était donc la réunion des maires, d'accord avec vous, qui déterminait les points que l'Assemblée aurait plus tard à accepter ou à ratifier?

m. l'amiral saisset. — Parfaitement. Seulement, je n'avais là-dessus ni instructions écrites ni instructions verbales, je n'avais pas autre chose que la parole de M. Thiers.

Un membre. — Vous suiviez les instructions de M. Thiers ?

m. l'amiral saisset. — Il m'a dit que les maires avaient ses pleins pouvoirs pour consentir les sacrifices jugés nécessaires à la dernière heure.

Le même membre, — Ils étaient les arbitres de la situation, les juges des sacrifices qu'on devrait accepter ?

m. l'amiral saisset. — Oui, moi je ne devais que mon avis et mon assistance militaire.

Un membre. — Ainsi, les maires étaient autorisés par M. Thiers à traiter ?

m. l'amiral saisset. — Permettez. M. Thiers a certainement fait ce qu'il devait faire ; qui pourrait en douter ? mais il faut bien savoir dans quelle mesure les maires étaient autorisés à traiter, et quelle portée, quelle limite avait leur procuration. C'est là, — vous étiez, je crois, à l'Assemblée le lendemain de mon retour, — c'est là, je l'ai avoué alors, et je l'avoue encore aujourd'hui, que, personnellement, j'ai été roulé par eux ou du moins par ceux qui voulaient aller beaucoup plus loin que nous.

Un membre. — Par les maires ?

m. l'amiral saisset. — Ohl non pas par Vautrain, mais, par exemple, par Mottu, par Bonvalet et d'autres. Ce sont eux qui ont saisi l'occasion.

Amiral Saisset, p. 312.

M. l'amiral Saisset affirme qu'il n'a pas donné le bon à tirer de son affiche et que sa proclamation a été publiée sans autorisation.

m. tirard. — J'affirme sur l'honneur que M. l'amiral Saisset m'a apporté les deux affiches dont j'ai parlé, toutes deux écrites et signées de sa main, et portant en plus le bon à tirer.

M. Tirard, p. 3û4.

Et pour en terminer avec l'affaire de l'amiral Saisset, je vous affirme de nouveau sur l'honneur que c'est lui-môme qui m'a remis l'affiche qui a été publiée, en même temps que celle-ci, qui est restée entre mes mains.

Vous voyez que, sur ce manuscrit, le bon à tirer est signé de l'amiral.

)/. Tirard, p. 3.'|3.

Enûn, le 25 eut lieu ce que j'ose appeler la capitulation des maires. Cette composition avec la Commune et le Comité central me décidèrent à me retirer; j'étais convaincu que, quelles que fussent les concessions, vous n'auriez pas pu empêcher la lutte, et que plus vous eussiez cédé, plus on vous aurait demandé.

Aussi, le 25 mars, considérant la situation comme plus que compromise, après avoir réussi à contenir le mouvement et avoir donné au chef du pouvoir exécutif quelques heures de plus pour essayer de reformer l'armée, je me décidai à donner aux gardes nationaux l'ordre de rentrer chez eux et d'attendre un moment plus favorable pour agir; j'ai prescrit à mes aides de camp de se retirer, et moi-même je suis venu à pied à Versailles.

Amiral Saisset, p. 312.

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