‹ Histoire romaine de m. B. G. NiebuhrChapitre 10 sur 14 · Tite-Live, X, i · texte numérisé non relu

Tite-Live, X, i

^76 TctfOtVTÎvOt TTOXtlJLOV t^OVTtÇ TTfOÇ AtVKtitVOtJÇ i^ P'«-

jjlaIovç* Dîodore, XX, io4.

477 Pour ceux qui savent coÂiprendre l'histoire, en portant^ sur elle un coup d'œil juste , il suffira de la circonstance de cet appel à rétranger^ tandis qi;'on s'en était passé pendant toute la guerre samnite.,* pour se conyaincre que ce qui a été dit dans cette histoire sur les rapports entre les Tarentins et les Lucains, ne se borne pas à de yaines subtilités fondéeiï flur des données insuffisantes.

( 374 > était hors d'état de fournir des secours; çUe né subsistait plus que par la faiblesse de ses voisins* Néanmoins, dans Tintervalle qui s'écoula depuis la bataille de Mantinée jusqu'au dernier Agis, leurs conquêtes rétrécirent les limites de la Laconie à ce que nous les voyons dans la suite. A rinièrieur, Sparte était en proie à l'inconvénient d'institutions dont l'immobilité ne pouvait régénérer l'esprit du peuple. Cet état ne le cède en rien, par ses funestes conséquences, h l'absence de formes et d'institutions déterminées , et même il est pire ; car la lettre morte de la loi règne» sous une apparence de justice, avec tout son orgueil et sa dureté; les plus nobles mou^ vemens de l'esprit et du cœur sont précisément les plus comprimés : au contraire, quand le lien social est relâché, ils ont du moins la faculté de se déve« lopper. Ronie ne pouvait imprimer un caractère éternel À.«es mœurs et à ses lois : ce caractère n'ap* ^rtient pas aux choses humaines; mais elle les nn jeunissait de siècle en siècle, ajoutant toujours à ce qui existait ce qu'exigeait le besoin du temps. Quand pn eut abandonné ce soin, quand toute tentative de raviver des choses éteintes eût été infructueuse ou insensée, alors les mœurs survécurent dans les seor tîmens du grand nombre et dans les actions de quelques-uns. A Sparte , on n'avait pas changé une seule disposition des lois; on les regardait en quelque sorte comme une févéjation divine : les formes ex-

( 375 ) térieures, les repas communs et l'éducation étaient ce qu'ils avaient été des siècles auparavant; mais la richesse et l'usure $ profitant de^ lacunes de cette législation, s'étaient glissées dans la société. Nulle part ne se faisait sentir plus péniblement la division de la nation : d'une part , quelques maisons d'une excessive opulence; de l'autre, une multitude plongée dans la dernière misère, sans qu'il existât de classe moyenne pour les rapprocher. L'interdiction de l'or et de l'argent monnayés avait, dans l'esprit de Lycurgue, le but de combattre l'avarice; mais elle avait eu pour effet d'empêcher précisément qu'on n'en réprimât l'abus par des dispositions dé lois, et l'on mettait une vanité pharisietme à les conserver dans leur sainteté. Plus étroit était le cercle des occupations légales, plus le vice mon^ trait d'âpreté. La littérature, les sciences, qui faisaient la conisolation des autres nations déchues, et qui en protégeaient les mœurs, étaient restées bannie^ de Sparte. Les Spartiates, des Héraclides même, cherchaient à la cour de (Macédoine k s'enrichit par des moyens honteux, et 'se livraient chez l'étranger à des voluptés sans frein. Tel était Clconyme, petit-fils du roi Oéombrote, tué à la bataille de Leuctres, et grand -père du dernier roi de Sparte, Oéomène. Aigri par la juste sentence qui avait adjugé le trône à son neveu Areus, il troublait le repos de son pays par son ambition, et les éphores ac-

(376) cordèrent facilement ce que demandaient les Taren* tins, qui désiraient qu'il levât une armée et les aUàt isecourir. Plus la Grèce dégénérait, plus le besoin s'y faisait sentir 9 et plus aussi il ét^t aisé d'y lever deâT troupes. Celui qui, de l'incendie de sa ville na-taie, n'avait sauvé que sa vie, se joignait, sous les mêmes drapeaux ^' au soldat dont les mains étaient teintes encore du èang de ses concitoyens, et sou-^ vent aussi du sang du chef sous lequel il avait com* }nis cçs meurtre^. Les vaisseaux de Tarente amenée wèrent en Italie Ûjéonyme avec 5ogo hommes d'in- Ëinterie et 2000 cavaliei^s. Parmi les recrues qu'il y lit en pareil nombre, il y eut s^ns doute beaucoup de Samnites; car ils aimaient le service mercenaire, 47^ Les milices de Tarent^ au nombre de 20,000 hom*» mes de pied et 2000 cavaliers, se rangèrent aus^ cous les ordres du généralissime : l'accession des 3alei^tins et de la plus grande partie des Grecs. d'I-* talie, augmenta encore bçaticoup cette armée. Les Lucains demandèrent et obtinrent la paix j le général grec, qui prétendait être vçnu en 'protecteur des Grecs , ies somma de marcher avec lui contre Mé-^ taponte, toujours riche et toujours indépendante, de Tarente, Cette ville fut obligée d'ouvrir ses portesj Cléonyme y prit six cents talens, et sous le titre

47® Le véritable nom de ces mercenaires, celai qu'on cm-» plp^^it sans mauvaise inleniiqu , éi^ii Jairowp^,

(577) d'otages, il emmena deux cents jeunes filles, qui devaient assouvi^^on penchant à k volupté.

Le but pour lequel l'avait appelé Tarente, était atteint En supposant qu'une armée grecque, unie aux Samnites, eût pu donner à la guerre une autre tournure , ce n'était plus le moment de rien entreprendre contre Rome, une. fois que les Samnites s'étaient soumis à une paix malheureusec car il était impossible d'en prévoir les évèneméns, et d'un autre côté, ce général sans foi aurait pu abandonner brusquement ses alliés, ou même s'eniparer de la tyrannie. Cléonyme ne devait être guère disposé à com- IxittreRome; il était attiré par les prières de Siciliens exilés, qui le suppliaient de délivrer leur île de la domination d'Agathocle; mais ils ne lui eussent pas donné, en Cléonyme, un tyran moins méchant et moins méprisable. Tarente réussit donc à le faire partir, et ce fut sans doute à prix d'argent : on le fit passer à Corcyrej'île magnifique, qui depuis long* temps semblait expier les forfaits du temps de sa grandeur : elle était faible alors; il s'en empara sans difficulté, en fit sa pl^ce d'armes et l'épuisa.

Tarente iie fut pas long-temps sans se défaire de cette dangereuse alliance, en vertu de laquelle Cléonyme pouvait toujours revenir, L'année 44^ (4^^) est sans doute celle où la paix fut conclue avec Borne. Une condition du traité stipulait que les vaisseaux de guerre romains ne navigueraient pas

(578) au nord du promontoire lacinien479: cette condi* don démontrera elle seule que T^rente avait complètement réservé son indépendance. Il a pu exister de plus anciens traités entre les deux États ; car^ depuis long-temps sans doute, les relations de Rome étaient beaucoup plus étendues que ne le croit Titelive : seulement les traités antérieurs auront été annulés par la guerre; on ne pouvait plus les invo^ quer. Mais ce qui prouve qu'à l'époque où la grande guerre éclata entre Rome et Tarente, il en existait un pareil) et qu'il durait depuis long-temps, c'est que dans la troisième guerre samnite les Tarenûns furent tout-à-fait neutres.

Les Salentins, qui avaient, comme Tarente, abandonné l'alliance de Cléonyme, ont sans doute recherché la protection des Romains vers la même époque. En effet, lorsque Cléonyme revint avec sa flotte et son armée sur la côte des Messapiens, lorsqu'il prit Thuries et qu'il en emmena les habitans en esclavage, 445 (45*)> ^^ ^^ accourir le consul M.Emilius ou le dictateur G. Junius , et il rendit aux Salentins leur ville abandonnée par les aventuriers grecs. Il parait que Cléonyme n'attendit pas les Romains, et qu'il n'avait pas le courage de rien entreprendre de grand; il se contenta d'avoir pillé ces riches contrées, qui né s'attendaient pas à cette incursion. Il

<79 Appien, Samn,, pag. 56 , Schvt>.

(579) entra ensuite dans les lagunes par la Brenta, et dévasta le pays de Padoue^ mais les citoyens de cette ville firent payer cher aux Gi^ecs le butin qu'ils leur avaient pris : attaquées par les gondoles, une grande partie des galères fut attirée sur des bas^fonds, et tomba au pouvoir des Vénètes. Le récit de Dioderè sur les évènemens de Triopium^^, Ëiit perdre vingt voiles à la flotte dans une tempête » et bien certain nement ce récit s'applique à cette expédition ^ que personne ne devait mieux connaître que Tite-Iive. Il est évident que Cléonyme revint à Corcyre après avoir essuyé de grandes pertes, et quêtons ses projets s'évanouirent. Il ne put mèine tenir dans cette île, et deux ans après elle tomba au pouvoir d'Âgathocle. Cléonyme retourna à Sparte, où il vécut long-temps accablé par un déshonneur de famille; enfin , dans un âge avancé il reparait dans l'histoire comme traître à sa patrie, comme ayant égaré et perdu Pyrrhus.

Les guerres étrusques jusqu'au commence^ ment de la troisième guerre samnite.

' La paix observée envers les Étrusques depuis k prise de la ville par les Gaulois, doit d'autant plus 4étonner que jusqu'à cette époque les deux nations

480 XX, i65-

< 58o ) avaient combattu Tune contre l'autre avec une ardeur et un acharnement qui n'avaient pas d'exemple dans les guerres du Latium. Pendant les cinquante ans qui suivirent re:|pulsion des rois , ce furent les guerres étrusques qui compromirent le plus l'existe^ice de Rome. La destruction d'une des grandes villes étrusques et la conquête de tout son territoire, et Capoue séparée de la ligue dont elle faisait partie, eussent été des^ provocations sufiîsantes , même pour une nation pacifique, et TÉtrurie ne l'était pas; elle ne devait laisser perdre aucune occasion de reprendre ce qu'elle avait perdu. Ses plaies étaient encore saignantes, quand la chute et rafiaiblissement de Rome ouvrirent à ses ennemis les plus grandes espérances, et cependant il n'est fait mention d'aucune autre tentative que de l'attaque de Sutrium et . de Nepet quatre ans après la prise de Rome, et celte guerre est conduite si mollement, que l'on n'y peut reconnaître que l'entreprise d'une seule ville voisine, c'est-à-dire, de Volsinîes. Les Romains ne répètent pas non plus contre cette ville les canipagnes qui offraient si peu de difficultés avant leur désastre; ce n'est qu'à la fin du qtialrième siècle qu'il s'élèVe une guerre contre la seule Tarquinies : je ne compte pas les Falisques, car ils étaient des Èques. En supposant que ces deux villes, Tarquinies et Paieries, fussent liées par des trêves consciencieusement observées » et que les Romains, s'estimaitt.beureux de

( 58i ) la'neutralîté des Étrusques, fussent occupés ailleurs, il n'en demeurera pas moins exact que presque toutes les villes étrusques étaient libres de saisir l'occasion &vorable, et ne le firent jamais. Un système oligàrcubique, il est vrai, affaiblissait les facultés guerrières de l'Étrurie, et des fautes commises dans le gouvernement de Volsinies , renversièrent l'ëtat social de cette ville et la livrèrent aux esclaves. Mais ce n'est pas dans ces causes qu'est la solution de l'énigme; on la trouverait plutôt dans la crainte des Gaulob et dans les malheurs que cette nation répandit sur le pays. La frontière septentrionale, depuis la mer aux sources du Tibre, pouvait être impénétrable; mais le chemin par lequel les Senones vinrent à Clusium et à Rom^y.et qui les conduisit plus d'une fois dans le Latium, aboutissait à une frontière étendue et découverte. Ce danger toujours renouvelé quand une émigration gauloise arrivait près de l'Apennin, aura déterminé les villes menacées à traiter avec Rome, ou à demeurer tacitement sur un pied de paix; car leurs forces devaient être très-épuisées«: Les Romains y trouvaient le double avantage de pouvoir diriger leurs forces vers le sud de l'Italie, et de voir s'élever un boulevard entre eux et les Gaulois. Pendant ce temps , les champs cisalpins énervaient les Gaulois, qui perdaient leur ardeur guerrière, comme plus tard s'évanouit, en moins de quarante ans, la valeur des Goths. Us s'hàbituè-

rent à préférer les riches produits que lé sol accorde même à la paresse, au butin qu'il fallait obtenir au prix du sang. Les Étrusques, au contraire, deve* naient plus habiles et s'aguerrissaient On pouvait conclure une paix avec les Gaulois : l'exemple dei Rope le prouvait. ApAs la bataille de Lautulae, les Étrusques commencèrent à croire que pour eux aussi l'occasion était venue de reprendre leur limite du Tibre, ou bien, si les conséquences de cette ba« taille ne répondirent pas aux espéranèes qu'on en avait conçues, ils comprirent que la chute des Sam^ nites compromettr^t leur propre indépendance.

On a vu plus tard d'autres peuples prendre part à la lutte, lorsque les Étrusques eurent eux-mêmes '* déposé les armes. Ceux-ci commirent la même &ute; quand ils se déclarèrent, les Samnites déjà ne pou* vaient plus tenir. Ils entreprirent beaucoup trop tard une guerre à laquelle ils étaient sans doute déjà provoqués depuis long -temps; elle avait été résolue en assendilée générale de toutes les villes, et les préparatifs en étaient fâiu depuis 436 (44^)* A Rome, l'on savait si bien que les hostilités étaient inévitables, que C Juniùs Bubulcus fut ncvnmé dictateur, et reçut le serment militaire de tous les hommes en état de porter les armes, depuis dix* sept ans jusqu'à quarante -cinq. Tous les peuples d'Étrurie avaient réuni leurs «fions, excepté les Aretins; niais ils se. déclarèrent dans la suite, car

( 585 ) ils conclurent une paix en 438 (444)* ^ ^^^ exception nous ajouterons auasi Ca&re; car elle dépendait entièrement de Rome. Les Falisques' he prirent point de part à la guerreA^i. Les Tarquiniens, depuis la prise de Yeïes , étaient les ennemis qui haïssaient le plus Rome. En Sgg (4o4)f ils avaient conclu une trêve de quarante ans, et si, dès 4^6 (44^)9 ^Is o^^ repris les armes en même temps que les autres Étrusques, ils se sont rendus parjures, à moins que Ton n'ait compté encore par années cycliques 48^; supposition d'autant plus vraisemblable qu'ils avaient laissé passer des occasions {dus &vo-

4^' Autrement on nom dirait sans doate qu'ils ont demandé la paix; car Tite-Live ne les comprend pas dans le nopabre des Tilles qu'il ne nomme pas une à une : il distinguait entre les deax nations [Falîscos quoque arma Tuscis junxisse, X, 45). Dans la seconde guerre étrusque, ils étaient si étroitement liés à Rome, que les bagages romains restèrent à Paieries, qui reçut gai^iison; plus tard^ 4^3 (4^9), on dit que les Falisques étaient depuis beaucoup d'aunées les amis du peuple romain.

4^> J'ai dit plus baut pourquoi je passais l'année 4^2 sans lui attribuer de consuls (on n'a pas trouvé cette remarque de Niebubr), comme le fait Dodwell : à proprement parler^ il ne s'est pas écoulé trente-huit ans depuis le milieu de 4^4 à pareille époque de 44^ > ™ais environ trente-sept et demi. Je fais remarquer à cette occasion que les quarante années pour lesquelles on stipulait ordinairement des trêves avec les Étrusques, font, comme années cycliques, précisément le tiers de cent annéea de douze mois.

(584) rables cTentreprendre quelque chose à eux ^éuk ' l'espérance d-ètre soutenus parle reste de la nation « a pu les déterminer à . attendre encore quelques années après le moment où le bénéfice du temps leur eût donné le droit de satisfaire leur passion.

Le territoire romain était protégé, d'une part contre Volsinies, de l'autre contre Paieries, par deux colonies du droit latin. Sutrium, sur le chemin qui fut depuis la voie Aurélienne, et Nepet, sur celui qui devint la voie Flaminia. Toutes les forces com«* binées des Étrusques marchèrent sur Sutrium, 4^8 (444) > ^^^^ l'armée du consul Q. Emilius protégea ou dégagea ce fort. H est surprenant que, dansscette campagne et dans la suivante, une seule arniée consulaire qui, réunie aux alliés, faisait à peine 20,000 hommes, ait suffi contre les fo)*ces de toute l'Étrurie. Nous en croirons Tite-Live, qui dit que les Étrusques l'emportaient par le nombre et les Romains par la valeur. Cependant les Étrusques déployèrent la constance de soldats d'élite habitués à la guerre. Dès le lever du soleil, ils offrirent la bataille aux Romains; le consul permit aux siens de manger avant de sortir. Les armées furent long- temps en présence; on hésitait à engager la bataille: dans l'après-midi seulement les Étrusques firent retentir le cri de guerre. On se battit avec une égale obstination. Les Romains chargèrent un ennemi supérieur en nombre, et le soir, qviand la réserve vint les re-

Usm^ ranimer le combat, et fondre sur les Étrus* ques fkûgués, la victoire demeura indécise. Chacune ^es deux armées se retira dans son camp, aucune ne se sentit assez forte pour désirer une seconde bataille. Les Étrusques avaient plus de morts, les Romains plus de blessures graves, ou même mor^». telles; circonstance remarquable ^ parce qu'elle peut fâre apprécier la différence des armes.

Ce qui vient à lappui de ce récit, c'est que Tite» Live ne parle point d'un triomphe du consul. Il est donc étoijnant d'en trouver un dans les Fastes; leur rédacteur aura été trompé par des inventions dues à l'orgueil de &mille : on est disposé à le croire ^ q^aIld on réfléchit aux circonstances qui acconf* pagnèrent l'ouverture de la campagne suivante > 439 (445)- Les Étrusques assiégèrent Sutrium , et Fabius, qui conduisait une armée sans doute beau-r coup plus faible4B3, suivait prudemment les dé-^. tours des collines pour éviter le combat Confians en leur supériorité, les Étrusques coururent l'atta^ quer; il concentra ses troupes sur les hauteurs, où un sol jonché de pierres offrait assez de projectiles et dispensait de l'emploi des armes contre un ennemi

qui s'avançait aussi imprudemment Lorsque l'ha*

4^3 ^/ i^c^ paucitaiem suorunt adjuparet : — Etrusd — muhiiudirds suœ — tmmemores. Tite-Live^ IX, 35. y m Tup^

dore, XX, 35.

v. ja5

bile usage que le consul sut faire de cet avantage, eut arrêté, les Étrusques et jeté la confusion dans leurs rangs, une charge générale, le glaive en main, les précipita de la hauteur qu'ils avaient à moitié gravie, et la cavalerie romaine coupa le chemin du camp aux fuyards. Ce camp tomba au pouvoir du vainqueur avec un riche butin: trente -huit drapeaux furent pris, et beaucoup de milliers d'Étrusques tués ou faits prisonniers.

Quelle que puisse être l'exagération de ce récit, il est manifeste qu'il n'a point le caractère de l'invention , et cependant Diodore ne parle pas de la ba* taille; il dit que Fabius dégagea Sutrium, en y arrivant par une autre route 4^4. Cette entreprise était audacieuse jusqu'à la témérité, et le sénat, qui en. redoutait le résultat, n'épargna rien pour l'empêcher. L'Étrurie romaine et TÉtrurie indépendante étaiest séparées par les montagnes de Yiterbe, qu'on appe» lait la forêt Giminienne. On conçoit aisément qu'elle ait été abandonnée à la nature comme rempart com« mun des deux peuples; elle sera devenue impénétrable,, comme la limite militaire de la Croatie: le défaut d'entretien âes chemins et Tépaisseur des bois sont, pour une armée battue, des causes in&ilKbks de destruction. Mais quand Tite-Iive nous dît qu'avant l'expédition de Fabius personne n'avait franchi

■* " ■ ' ^ 1 II l I I I ■ " i n

4«4 XX, 35, NB.

X 587 5 tette forêt, que les marchands même n'y passaîetil pas y et que nul ne pouvait concevoir qu'on l'eût traversée 485^ c'est encore une des aberrations de cette vive imagination qui se plaisait à embellir le tableau des évènemens de l'histoire. Il eût fallu pouf* t^ela que cette limite s'étendît sur toute l'Étrurie tné^ ridionale, et qu'il ne fut pas possible d'y arriver par une autre route, comme par exemple celle de Paieries. Mais quatre-vingts ans auparavant, des armées romaines avaient envahi le territoire de Volsinies; donc elles avaient passé la forêt Ciminienne. A une époque plus ancienne , les marchands romains fréquentaient la foire du temple de Voltumna; sans doute, il est vraisemblable que la forêt ne s'épaissit que plus tard, quand la frontière fut bien fixée, et la foire dont il s'agit pouvait avoir cessé. Toutefois, comment supposer qu'il n'y eut aucunes relations entre l'Étrurie, Rome et le Latium; qu'il n'y en eût psis même d'immédiates entre l'Étrurie et les Falis-

^^ Il compare l'épaisseur de cette forêt à celle des forêts de la Germanie y qui, peu ayant le^ moment où il écrivait^ étaient redoutables aux Romains. Ce passage fixe Tépoque où U rédigea le 9/ livre* Ge fut après les campagnes de Drusus> qui seules purent dissiper les terreurs inspirées par les forêts de la Germanie : ces terreurs revinrent plus fortes encore après la défaite de Yarus. Tite-Live avait alors plus de cinquante ans, et quand Denjs publia son ouvrage^ il n'avait encore rien écrit.

( 388 ) qués? il devait exister des chemins praticables aux bétes de somme. Les Étrusques ne purent arriver devant Sutrium qu'en passant les montagnes, et Fabius lui*méme envoya ses bagages en avant : il n'était donc pas nécessaire de frayer d'abord une route. Or, quand il y a des chemins, il existe un commerce. Ce qui frappait , c'était la témérité de laisser^ au-delà de la forêt, une armée qui, par suite dune bataille perdue, pouvait être détruite entièrement Dans la suite des récits de Tite-Live, les Étrusques reviennent devant Sutrium, et Fabius repasse encore sans obstacle cette terrible montagne, pour les forcer à lever le siège ^ en sorte que dans cette supposition il aurait eu la témérité d'exposer l'armée pour ne faire qu'une simple excursion. Il livre un combat que, d'après ses propres indications, d'autres auteurs placent près de Pérouse. Ces circonstances prouvent que la narration de Diodore , quoi* que dépourvue de détails, est la véritable, tandis que celle de Tite-Iive est la répétition des mêmes évènemens : ce qui ne doit pas étonner, car il avait combiné et réuni des versions toutes divergentes.

Le re'cit de Tite-Live suppose aussi la présence d'une armée étrusque sur le versant romain 4BS ^^ \

^^ U j a en marge da manuscrit un NB. Le passage que Mkbuhr voulait citer est probablement liv. IX, 5j i quanlus non un^fuam antea exfrcitus ad Sutrium veniu

(589) la montagife. Après une bataille comme celle qu'il vient de décrire, le vainqueur l'eût contrainte à une retraite complète, malgré la difficulté des lieux, et il lui devenait aisé de porter les maux de la guerre en pays ennemi. Il en était autrement si cette victoire n'était qu'un avantage partiel sur un corps avancé, et si l'armée étrusque ne leva point pour cela le siège de Sutrium. A supposer que l'on ne pût attaquer des forces supérieures dans leurs re* tranchemens, Fabius aura voulu dégager la place en opérant une diversion. La conscience de son mérite l'affranchissait des entraves d'une prudence excessive. Depuis un temp^ immémorial, Rome se faisait une loi de cette prudence, parce qu'elle la préservait de grandes calamités, et parce qu'il fallait bie^ qu'elle confiât quelquefois ses destinées à des généraux médiocres.

Après la bataille, il garda sa position vis-à-vis des ÉtrusqueSj et il parait avoir informé le sénat de son plan; la création d'une armée de réserve devenait nécessaire : en effet, les ennemis, se souciant peu de la dévastation de leur pays, auraient pu marcher contre Rome. Sur ces entrefaites, Fabius fit avertir son frère, qui savait la langue étrusque, et qui, sous un déguisement, pénétra chez les Ombriens , pour sonder leurs dispositions et pour traiter avec ceux qu'il trouverait hostiles aux Étrusques. JVIais cet émissaire les vit tous si mal disposés , qu'il ne se

( 390 ) fit connaître nulle part juisqu'à son arrivée chez les Camertins. Leur sénat conclut avec lui un traité qui fut très -avantageux à leur nation, et qui subsista jusqu'à ce que tous les peuples d'Italie eussent obtenu le droit de citées?. Cependant ils ne s'engage^ Vent à donner du secours que pour le cas où les Romains pénétreraient jusque dans leurs contrées. Il faut que pendant ce temps le sénat ait interdit à FabiusPexécution de son plan, et que celui-ci ait refusé d'y renoncer; l'envoi de cinq lieutenant accompagnés de deux tribuns du peuple, pour le forcer à l'obéissance, est quelque chose de si extraordinaire, qu'il faut bien en conclure qu'on avait d'at>ord employé des moyens plus doux. La mission des tribuns ne pouvait avoir d'autre objet que de l'arrêter j mais avant l'arrivée de cette ambassade, l'entreprise défendue était commencée : il n'était plus temps. A la première veille, Fabius fît partir tous les bagages : ils/urent suivis de l'infanterie; après le lever du soleil, il conduisit en personne la cavalerie contre le camp ennemi, comme pour faire une reconnaissance; verà le soir, il revint sur ses pas, et avant l'obscurité il regagner ceux qui avaient pris les devans. Au point du jour, l'armée vit s'étendre sous ses regards les riches campagnes de l'Étrurie épargnées depuis bien des années, et dans lesquelles

•i*7 Gicëron> pro Balbo, 20 (46),

( 59» ) personne ne s'attendait à une invasion aussi bnis* que. Le butin fut immense 488. En vain les nobles, qui avaient formé des troupes de campagnards^ voulurent mettre un terme à la dévastation; ils fu*^ rent repoussés et dispersés avec perte. Il se réunit près de Pérouse une armée régulière , levée non* seulement dans les villes des Étrusques, mais encore chez les Ombriens. On ne dit pas que celle qui as*' siégeait Sutrium ait fait aucun mouvement ni sur les derrières de Fabius, ni du côté de Rome, et comme il suffisait des troupes d'une seule cité pour continuer le blocus d'une ville peu importante, on peut admettre que la plus forte partie de cette arr mée se rendit aussi à Pérouse. Quelques Annales sont d'accord avec Diodore, qui place en ce lieu la bataille décisive, entre autres celles que Tite-Iive avait sous les yeux. Il serait difficile néanmoins de prendre ses expressions à la lettre ,' comme si de la narration de la bataille de Sutrium, où serait revenu Fabius, on pouvait faire celle de la bataille de Pérouse, en y adaptant le récit des auteurs qui n'admet* tënt pas celle de Sutrium 489. Ces détails paraissent

4^ Diodore , XX, 35, dit qu'il ravagea rÉtrurie^upérieure : S^di TÎfç tZv ofJiopeov X^pctç (TvvtixfietXeivs il faudrait probablement lire 0'jU.j8p/xA»v* Conf. i^. Dans ce cas les Romains, pour Tenir à Pérouse, auraient traversé les territoires d'Amérie et de Tudar.

4^9 Eam iam cïaram pugnam — ad Perusiam pugnaiam quidam auciores suni. IX^ 37.

(390 tellement fabuleux , qu'on voudrait à peine les répéter, lors même qu'ils seraient formellement rapportés à la bataille de Pérouse; cellerci est assurément un des ^vènemens les plus décisifs de l'histoire du monde. Dans le même temps, une armée de Home était coupée et cernée dans le Samnium , et si les légions de réserve étaient parties pour les tirer de ce pressant danger, Rome, inquiète des évènemens d'Étrurie, n'aurait eu auoun moyen de sauver les débris d'une armée battue. L'anxiété était générale, quand on apprit la victoire complète de Fabius; trois villes principales, Pérouse, Cortoneet Ârretium demandèrent paix et alliance : on leur accorda une trêve de trente ans.

Les annalistes ont assez célébré la gloire du grand Q. Fabius, en lui faisant à leur manière hommage d'innombrables ennemis tués ou prisonniers. Le plus ancien historien de Rome était de sa maison. A vrai dire, nous ne connaissons historiquement presque aucune des actions de l'homme que ses contemporains ont, à juste titre, surnommé très* grand. Dans le récit de cette campagne,' on a, pour ne rien perdre de narrations divergentes, répété plusieurs fois les mêmes faits. La victoire de Pérouse, racontée p^r Tite-Live à la fin de la campagne 49^, cette victoire qui obligea la ville à recevoir

(^95) garnison romaine, et qui força les Étrusques à demander la paix, n'est autre que celle dont parlaient les Annales qui ne reconnaissaient pas celle de Su* trium, et à en juger par Diodore, cette narration' Venait de Fabius-Pictbr lui-même.

On pourrait aussi considérer comme une de ces répétitions^ la bataille de Vadimo, que* Tite-Live raconte entre l'une et l'autre; car Diodore, qui ne là connaît pas, ne rapporte, après la paix conclue avec trois des villes orientales étrusques, que la prise de Castula, place qui a disparu, ainsi que tant d'autres petites villes, dont le nom même est oublié : il ajoute que par là les Étrusques furent contraints de lever le siège de Sutrium. Néanmoins, comme lès villes occidentales n'avaient point encore posé les armes 49^, il n'y a dans cette assertion aucune invraisemblance intrinsèque, et, pour autant que Tite-Live est digne de foi, Ton peut croire à à cette bataille. A l'entendre , jamais les Étrusques n'avaient opposé aux Romains une armée plus nombreuse et mieux choisie; les imprécations et la mort menaçaient quiconque ne se présenterait pas sous les drapeaux, quiconque les abandonnerait à la vue

49^ Les yilies orientales étaient menacées par les Gaulois^ qui n'auraient pas laissé échapper une si belle occasion. Ajoutez que la situation intérienre paraissait peu sûre , ainsi. que le -prouvent les troubles d'Arrelium (X, 3, 5) ^ qui, peu d'années aprés; firent rechefcber ^intervention de Rome.

(594) cle l'ennemi 49^. Cette armée rencontra les Romains près du lac Yadimo , cratère comblé par des eaux sulfureuses et situé sur la route de Paieries à Pérouse. Trente ans plus tard , environ, fut livré sur ses rivages la bataille qui soumit l'Étrurie à Rome. L'ar-* mée des villes occidentales a pu» sans contredit ,

^9* C'est là sans doute le sens d'une loi de guerre appelée satraia. Il j a plus d'obscurité dans les mots guum vir virum iegisset. Probablement ils signifient que d*abord les chefs faisaient un appel aux hommes les plus éprouvés^ et que chacun de ceiix-ci à son tour en appelait un de son choix , et ainsi de suite. On se fatigue i énumérer toutes les choses contradictoires que l'historien romain accueillait sans scrupule : nous en trouvons ici un exemple frappant. Les Etrusques ont perdu près de Sutrium 60,000 hommes, et depuis l'ouverture de la campagne environ 100,000 : les trois plus grandes villes ont fait la paix.... N'importe, ils lèvent une armée plus considérable que jamais, c'est-à-dire au moins 100,000 hommes dans Un pajs qui, après la séparation des trois villes, était beaucoup plus petit que la Toscane actuelle, et qui à coup sûr, déduction fai^ de ces trois villes et de la vallée inférieure de l'Arno , alors toute marécageuse , renfermait beaucoup moins d'habitans que le million qu'en a maintenant ce pajrs. Cette armée si nombreuse, qui pour la résolution et la constance ne le cédait en rien aux Romains, est battue et dispersée par une seule armée consulaire, laquelle, à la fin de la cam^gne, comptait à peine dix mille combattans ; et après cela les vainqueurs remportèrent encore une victoire; et ils eussent été encore assez forts pour prendre Pérouse^ Tune des places les plus formidables , si elle ne se fût rendue!

(595) rencontrer ici telle des Romains 9 qui s'en retournaient pour dégager Sutrium, et qui sans doute avaient battu les Ombriens avant qu'ils eussent opéré leur jonction. On dit qu'il y eut tant d'opiniâtreté dans le combat, que, des deux côtés les réserves étant épuisées , les chevaliers romains mirent pied à terre et décidèrent la victoire.

Après une campagne aussi glorieuse, Fabius reçut les honneurs du triomphe, et une loi permit sa réélection pour l'année suivante. Les Castes le font triompher, en qualité de proconsul, aux ides de Novembre : cela nous apprend^ qu'en cette année les élections furent présidées par des interrois, et que l'année consulaire était expirée avant la mi-Novembre; enfin, qu'à partir de ces élection^, elle ne commença, sans doute, qu'après la date de son triomphe, et probablement à partir du premier Décembre, jusqu'à ce que de nouveaux interrègnes eussent encore amené de nouveaux retards.

, Il ne paraît pas qu'en 439 (44^) aucune armée de la ligue étrusque ait été réunie. Les Tarquiniens . obtinrent la paix pour quarante ans, et après la conquête de quelques places du pays deVolsinies, les villes étrusques achetèrent une trêve d'un an au prix de FhabîUement et de la. solde de l'armée romaine. Quand les Ombriens menacèrent Rome, le consul Décius avait des troupes près de Tusculum ; ou il les avait assemblées à la hâte, ou on les

(596) avait gardées, parce qti'on se fiait peu à la bonne foi des Étrusques. Le consul Fabius reçut l'ordre de revenir promptement du Samnium pour marcher contre l'ennemi, qui était resté debout après la guerre d'Étrnrie. Les' Ombriens se firent vaincre avec une incroyable lâcheté; mais il y a quelque chose d'absurde à dire que, sans se défendre, ils se laissaient renverser et prendre par les Romains. Ce qui paraît certain, c'est que la plupart des peuples de l'Ombrie se soumirent. Toutefois leur sujétion ne fiit pas encore permanente : cela n'est pas probable, car cette protection eût engagé Rome dans des guerres contre les Gaulois. Il parait que les Ocriculani, auxquels on accorda une alliance, furent seuls admis à un traité perpétuel : la situation de leur ville la rendait importante aux Romains. Depuis lors, et pendant six ans, Tite-Live ne parle plus des Étrusques; il semble donc que l'armistice ait été renouvelé d'année en année : on aura toujours exigé de nouveaux paiemens, de nouvelles livraisons. Cela est d'autant plus vraisemblable, qu'après les hostilités momentanées de 44^ (45i)> ^^ li^ii d'une paix conclue pour long-temps et d'une manière indéterminée, les Étrusques achètent encore une trêve de deux ans pour la solde d'une année et l'entretien de l'armée pendant deux mois. En cette année, les dissentions d'Ârretium, d'où les Cilnins furent bannis, appellent dans ces contrées lointaines une armée ro*

(397) maine, qui rétablit les exilée II paraît que dès-lors Rome régnait sur les alliés italiques par l'influence des grands , tandis que le peuple était toujours disposé à écouter ceux qui lui conseillaient de s'afiran-^ chir de sa domination, quoique ces conseils pussent conduire aux plus grands malheurs. Quelques An* nales restreignent à cette intervention le but de l'expédition. Cependant on avait nommé un dictateur, et les Fastes sont d'accord avec ceux qui parlept de grandes batailles et d'une victoire brillante. Mais quel lecteur se souviendrait des circonstances de ces combats, si l'auteur, qui entreprend de présenter l'histoire romaine* tout autrement qu'on ne le disait il y a huit cents ans^ s'arrêtait à donner, même en abrégé, la narration d'une action qui n'est garantie suffisamment dans aucune de ses parties? Cela était inévitable et pouvait d'ailleurs avoir de l'utilité pour une guerre longue et suivie comme celle contre les Samnites, mais ces détails seraient entièrement sans Dbjet quand il s'agit d'évènemens isolés. Remarquons seulement que l'armée romaine vint jusque sur le territoire de Ru^sellae; d'où il suit que les Tarquiniens, conformément aux traités, lui avaient accordé le passage.

Pendant la nouvelle trêve, Nequînum, ville ombrienne, située sur une montagne escarpée, inaccessible, fut livrée aux Romains par trahison, 44? (453)7 après un blocus fort long. lie titre du triom-

( SgS )

pbe qui suivit celte importante conquête, parle aussi des Samnites; ce qui indique des enrôlemens faits dans cette nation, en apparence sans le consente* ment du gouvernement; il leur était permis de prendre du service à l'étranger, et ils auront participé à la défense de cette redoutable place, dont la perte rendait presque impossible la jonctipn du Samnium, de rOmbrie et de TÉtrurie; la tenter désormais, eût été une folle entreprise. C'est pour cela que Rome y envoya une colonie, et le nom de Nequinum fut changé en celui de Narnia.

De nouveaux essaims de Gaulois franchissaient encore de temps en temps les Al pies; et. Comme cela arriva lors des migrations germaniques, ils étaient aussi redoutables à leurs compatriotes déjà établis dans ces contrées, que l'avaient été leurs pères aux anciens habitans; car ils demandaient leur admis^on et le partage des terres. Les Cisalpins, à force de présens et de promesses dé secours , engagèrent une de ces armées à chercher de nouvelles demeures 44? (453), et à marcher contre TÉtrurie. Les Étrusques menacés recoururent aux mêmes nioyens et détournèrent l'orage sur Rome, quoique la paix régnât depuis trente ans entre l^s Cisalpins et la république. Les Romains craignaient toujours de rencontrer les Gaulois en rase campagne, et cependant ils n'avaient pas alors d'autres ennemis. Le territoire romain, ou du moins celui des sujets de Rome, fut donc ravagé

(599) sans obstacle, et les Gaulois repassèrent l'Apennin chargés d'un riche butin ; mais des discordes s'étant élevées au sujet du partage, ils se détruisirent les uns les autres. C'est ainsi que Polybe495 raconte ces évène* mens; il est d'une autorité plus ancienne et plus sûre que la plupart des annalistes, que suivait ordinai-* renient Tite-Live, qui se tait cette fois encore srir la dévastation du t€;rntoire romain. Selon lui, lés Étrusques se rachetèrent des Gaulois, il esi vrai; mais ils furent trompés, parce que ceux-ci gardèrent leur or sans marcher contre les Romains. En la même année encore, les dévastations du territoire romain furent vengées sur les campagnes et les villages de l'Étrurie. En Tannée suivante 44^ (4^4) 9 commença la troisième guerre samnite, qui, par ses évènemens les plus importans, est liée à la guerre étrusque, à tel point que la narration n'en peut être séparée*

Histoire intérieure depuis la paix de Caudium jusquà la troisième guerre samnite.

Capoue étant une portion de l'État romain, on peut comprendre dans l'histoire intérieure l'envoi de préfets 494 dans cette ville en 43 1 (436), et la

Page 1