‹ Histoire romaine de m. B. G. NiebuhrChapitre 4 sur 14 · IM · texte numérisé non relu

IM

trente, apparurent tout à coup comme des cités m^ dépendantes... •• Toutes ces yicisntudes nous les avons exposées en leur temps.

Lorsque les plébéiens prirent part au consulat» le Latium renfermait encore ces mêmes États iao* lés, qui se formèrent après la destruction de Rome par les Gatdois. Tibur et Preneste existaient par elles-mêmes, régnant cbacune sur un territoire séparé. Les ckés qui étaient restées latines après lea conquêtes des Yolsques, ont dû être liguées entre elles, sans cependant que cette alliance empêchât aucune d'elles de se lier tout aussi étroitement avec Rome, comme le fit Tusculum. Antium était un État entièrement étranger; il en était de même de Vélitres et de Privemum. Des possessions romaines assignées ou occupées étaient mêlées aux terres latines,

n est fort douteux que les Latins réunis ou qud* ques-unes de leurs villes se soient rendus complices des hostilités commises contre Tusculum r il &M les attribuer plutôt aux Prenestins et à leois sujets. Quoi qu'il en soit, il est évident que depuis l'année 58 1 jusqu'à Sga (597), époque où l'on voit repraitre des contingens latins sous les dnK peaux romains ^^, il ne survint aucun trouble dans

«^ Po^be^ D, 18. Petfio&t -— T«i Kùurùi roOç Aterivcjùt m^H TTfdyfUÊT» (rvrcrrvVfltVTO te rapports à ceci.

les rdatioBs andcajes établies, et par consécpent ce tt'esi que par un abus de mots qu'on a pu dire* qu'on accorda aux Latins la paix qu'ils solEottaient.^^ Cest le résultat de la confusion qui si'étaUit souvent entre b paix eH l'alUance. Or, ce fiit un yérilaUe tfaité d'alliance, sans que Rome élefftt aucune espèce de prétention à fiôre recomndtre sa souteraineté, et sans qu'aucun des contractans pût empédier l'outre de faire la guerre à qui il voudrait >^7« Le traité de Spurius Gassius aura é^ rétabli purement et nm- Cernent. L'assemblée générale des Latins, réunie aux sources de la Ferentinai^ jusqu'à la dissolution de l'État en 4^0' (41^)9 était redevenue souveraine comme ou troisième siècle, depuis que la nation s'était délivrée de la domination de Rome, tandis qvte sous les Romains elle ne peut i^étre réunie tout au plus que pour accomplir des usages religieux* U n'y avait plus, à la vérité, trente villes, comme autrefois; outre les villes détruites, il manquait à ce nombre celles qui n'avaient pas encore accédé à cette ligue.

On nous dit que dans l'année où le commandement appartenait à un général romain, les troupes

»« Tilc-IiTe, Vn, 12.

*^ Tile-Liye , YIII, 2. Infceien Laiîno nMl esse fuo leUare

qmbus ipsi velini proiibeaniur* ■^ FestnSy s. v. Prœtar ad pQrtanu Tom. III, peg. 44*

Iatiiies.le reGonnaissaient et le saluaient leur che£^^ Rojne n'avait point le commandement tous les ans: il alternait C'est bien ici le caractère d'un traité sur le pied d'une parfaite égalité, et cela se sera pratiqué ainsi à toutes les époques où le traité de Cassius ^t en vigueur; mais cela est formelleme&t attesté pour le temps le plus voisin de celui oilt Gincius écrivait, et depuis Decius il ne s'était guère écoulé que i5o ans. On ne peut supposer qu'on eût fait ici mention de cette circonstance , si ce droit, pratiqué dans l'origine , eût été changé de^ puis.

Quant à la réunion des armées des deux États en une seule, par la fusion des centuries en manipules, bien qu'on attribue cette institution au second Tarquin, il est fort douteux qu'elle existât après le traité de Cassius; mais il est certain que cette réunion avait lieu à la dernière époque de l'alliance. Lorsque T. Manlius et Publius Decius conduisirent leurs lésons contre les Latins, dix-huit ans de durée avaient tellement consacré cet ordre de choses, que le choc dès deux armées prit le caractère d'une guerre civile ^7o. Le commandement de chaque mar nipule alternait d'année en année du centurion romain au centurion latin 171. U devait en être de

«69 Festus, 1. cit.

»7» Tite-Live, VIÏI, S^fail cmU maxime hello pugna similis^

*7». Voyez tom. III; pag, 56.

( »^5 ) même du commandement suprême de l'armée; règle qui convenait d'ailleurs à la parfaite égalité. Il fitut donc admettre cette indication comme certaine pour l'époque de ce dernier traité, quoiqu'elle puisse s'appliquer également au premier. L'égalité des <3en-» turies dans le manipule n^^t point dérangée , si le nombre des soldats des unes et des autres n'eût pas été le même : néanmoins l'égalité des hommes et des avantages suppose la plus grande égalité pos- ^le dans ce nombre. Originairement elle résultait de la répartition d'une part en trente tribus, de l'autre en trente villes; et Rome, au moment du renouvellement de l'alliance , ayant trente-cinq tribus, on aura porté au même chiffre les vill^ latines, ou, en cas d'insuffisance, on aura obligé les plus grandes à un plus fort contingent. Pour y parvenir, on aura partagé des communautés, admis des étrangers, ou assigné ausT Latins des sujets placés d'abord sous la domination de Rome. D'après toutes les apparences, des colonies de la république romaine ont alors passé aux Latins : mais non pas toutes; car il en est resté quelques-unes des premiers temps, qui étaient comme le type de la répartition du peuple en trois tribus, et dont les colons étaient exclusivement Romains. Tite-Iive fait mention de ce changement ^72, et bien qu'il paraisse dans son

*7* Tite*Liye, YllI, 5 5 cohnias vesiras LaHnum Ronumo prœfulisse impcrium.

(ia6)

texte qae ces coIobîcs sont devenues ktines pea ATant le moment oà la guerre éclata, il n^est pas du tout certain qu'il l'entendit ainsi. Que s'il Ta compris de la jTÔrte, c'est une erreur de date comme il en commet tant; de même qu'il y a erreur quand il considère ce Bût comi||e une défection que Rome ne put ttnpëcher, parce qu'elle avait le sentiment de sa faiblesse. Quant à Signia, Setîa et Circé}!, nous savons positivement qu'en leur qualité de colonies elles étaient unies au Latium^?^. U en est de même de Norba et Gora , villes voisines ; enfin il en est de même d'Ardée. Toutefois je n'entends pas soutenir par là que ce fut Rome qui^ après la chute de la puissance volsgue, restaura comme cdionies Norba et Gora. Le Latium a pu le faire après l'inva* sion des Gaulois, ou bien les deux États ont pu les rétabUr conjointement. Ainsi dans la mention d^une colonie à Setia, on a pu se méprendre et regarder comme un complémaat l'adjonction de colons romains, tandis qu'il s'agissait d'un établissemoit simultané ^74. Norba était un fort dans les pays

•7*11 faut en exclure Vclitres, qui, en cet endroit, est nommée à côté âe Signia; car rien n'autorise à admettre que la guerre qui suppose l'expulsion des colons, se soit terminée piur leur rétablisseoie^t. Ce qui à trompé, c'est la fréquente mention d'une colpnie romaine dans cette yllle, puis son incorporation dans l'État latin ayec les colonies.

'74 Tite-Liye, VI; 3o; noçi coiani adsçripti. Nulle part il n'est parlé d'une colonie plus ancienne. .

pomptkis ^7&. Or, rassignation do teriiioire que d'Ecetra est présentée comme mie nouvelle fondation de Signia 176, située dans ces régions. On peui donc conjecturer que l'asâgnation dans le territoire |K>mptin en SyS , répond à la création de la colonie de Norba, et peut-être aussi à celle de Cora. Cinq citoyens fur^at choisis à Rome pour prédider au partage ^77; c'est un nombre inusité dana ce genre d'affaires, qui ^tait ordinairement confié à des triumvirs ou à des décemvirs. U est permb d'en conclure que, s'il n'est question que de cinq, c'est que les Latins en donnèrent autant pour compléter le dé» cemvirat d'une fondation commune. U est évident que Sigma était une j[X>lome restaurée; mais si quel* qu'un me refusait cette concession, il demeurerait cependant expliqué à ses yeux comment, dans l'ori"* ^e, cette ville était colonie romaine, comment elle n'est pas citée avec les autres parmi les trente tannes, et comment ensuite, au temps de la guerre d'Annibal, elle figure parmi les colonies latines. Ce noni resta à celles que Rome céda à cette époque ài'État latin après sa destruction, et c'est aussi ce qui sert à fortifier la conclusion contraire, c'est-à-^ dire que des villes comme Sutrium et Nepet, qm

*7^ Quœ arx in Pompiino esscU Tite-Liye, II, 34* >7^ Tom. m, pag. 127.

*77 Tite-Liye, VI, ai.

( ia8 )

avaient reçu laurs colonies avant la tiissolntion du . Latium, et que Ton compta dans la stiite parmi les ool<^nies latines^ ont servi à compléter le nombre . des trente. La distance ne pouvait être un obstacle; on a déjà fait remarquer que les districts des deux États unis étaient morcelés ei mêlés; les services de leurs contingens étaient plus importans pour Rome quand ils étaient répartis dans les centuries et incorporés aux légions. Quoique primitivement Lavici fôt latine et colonie, on ne peut admettre qu'elle soit alors échue au Latium, et cela précisément parce qu'elle ne paraît pas parmi les colonies latines .-probablement qu à la conclusion du traité renouvelé ses colons entrèrent dans la tribu Publilia , qui Ait fonnée dans ce moment, et dont la région était située sans doute dans cette contrée. La seconde des tribus créées alors, làPomptina, aura été composée, non du marais de ce nom, mais des coteaux de montagnes que le voyageur laisse à sa gauche en parcourant la voie Appienne» Comme les villes arcadiennes opposèrent souvent la violence à leur réunion à Megalopolis, il se peut que des bourgeoisies que Rome et le Latium s'attribuaient sans les consulter, aient refusé de se soumettre et soient devenueis leurs ennemies; c'est ce qui expliquerait les hostilités contre Vélitres et Privernum ^7^, qui écla-

'78 Vojez ci-dessuÂ; pag. 11 5.

tèrent précisément en Fannée Sgii (397), celle de l'exécudon du traité renouvelé, comme le prouve la levée du contingent latin et l'organisation de ces tribus. Ces communautés rebelles faisaient des incursions sur les territoires voisins. Si ]a guerre n'avait d'autre but que de les forcer à accepter la décision, on conçoit pourquoi les valeureux Privernates se rendirent sans en venir aux dernières extrémités, SgS (398). U prait que les Vélitemiens se soumirent dès qu'ils virent paraître une armée.

Tibnr ne peut pas avoir été comprise dans ce Lalîum, pas plus que Preneste, car elle ne conclut un armistice que trois ans plus tard. Cependant elles étaient réunies quand éclata la guerre contre Rome*

Il y eut un changement remarquable dans le Lalium restauré; cest qu'on ne vit plus à sa tête, comme autrefois, selon les usages albains, un dictateur, mais deux magistrats élus annuellement, comme à Rome, sous le titre de préteurs '79. Nous n'avons point de mention formelle sur les assemblées de la nation : il n'y a pas non plus de trace d'un sénat permanent, et il est vraisemblable que les réunions ne se formaient que dé délégués des sénats particuliers. Il suffit cependant, pour prouver l'existence d'un sénat, de rappeler la mention des decemprimi qui accompagnaient le préteur en qualité

•79 Titc-Iive; Vni, 3.

Digilïzed by

( i5o ) d'ambassadeurs^^. Il résulte des expresâons em-^ ployées pour raconter les négodations par lesquelles on prévint la mission du préteur Annius, que, sous le nom de concilium des Latins , il ne faut pas en-» tendre une assemblée générale sans représentans^ mais plutQt une assemblée de représentans dont les décisions étaient ensuite pour la forme confirmées par le peuple. Ces expressions dans les affaires s'ap pliquent toujours au sénat ^^^

Le danger dont menaçaient les Gaulois, qui paraissaient décidés à s'établir dans le Latium j comme leurs tribus s'étaient assises à l'orient de la mer Adriatique, fut évidemment la cause qui fit accorder aux Latins des concessions que leurs prétentions oe pouvaient pas surpasser. Il y avait sagesse à accorder dans cette vue ce qui, dans toute autre circonstance, aurait paru, de la part de l'inférieur, une outrecuidance sans mesure; vers la même époque Athènes en agit souvent ainsi. Mais pour les patriciens il y avait un avantage auquel ils sacrifièrent, sans hésiter, l'orgueil et la prééminence de la république. Ils pouvaient désormais braver leurs adver* saires à l'aide de leurs alliés; ils pouvaient espérer qu'ils arracheraient bientôt au peuple l'égalité qu'ils lui avaient concédée.

'8° Tite-Live, VUI, 3.

»®» Tile-Live, VIU, 3, 4- Prœtores — quidnam ad ea responderi piaceai , reftrunU Cum aliud alii tensereni'^.

Une fédération cle républiqaes sans autorité per- BiaDente, ne peut avoir d'autre espérance que sa propre conservation; encore faut-il pour cela qu'elle se compose d'un assez grand nombre de cités pour cpie les suffrages de leurs délégués retiennent quel-* que chose du caractère auguste d*un tribunal : il &ut, pour le cas où s'élèveraient des discordes , que quelques membres de cette fédération aient assez d'impartialité pour pouvoir être acceptés comme arbitres et* comme médiateurs. L'union de deux États libres sur le pied d'une parfaite égalité, lorsqu'elle na pas un but passager » lorsqu'il s'agit d'une société, d'une alliance durable, peut à pmne se maintenir sotts la puissance d'un souverain commun , sultout quand des intérêts opposés excitent les uns contre les autres des esprits jaloux.

La première organisation de la légion manipidaire.

Au dix-septième siècle , lorsque les armes à feu fur^t perfectionnées et devinrent d'un usage plus ferile, on s'aperçut bientôt qu'une troupe qui présenterait un front plus étendu, aurait.de grands avantages siir les masses profondes armées de piques^ et que, le soldat une fois exercé à ce genre de combat, il y aurait plus d'avantage que d'inconvénient à s'exposer aux dangers qui résultent quelquefois du

( »5a ) choc des masses. Ces considérations étaient semblables à celles qui, vers la centième olympiade, avaient déterminé Iphicrate ; il pensa que la phalange ne pourrait être vaincue que par des masses dont l'immense profondeur augmaiterait encore les forces physiques et que Ton armerait de lances plus longues; ou bien il comprit qu'à défaut de cette innovation il fallait que chaque soldat fût instruit isolément et exercé à un service qui tînt le milieu entre celui du phalangite et celui du tirailleur. Quant au premier de ces deux partis ^ on devrait croire qu'en peu de temps tout serait remis en équilibre; car ceux qui en éprouveraient les efiets n'avaient , pour contrebalancer ce système, qu'à l'adopter eux-mêmes; en effet, il n'avait de bornes que dans la possibilité de manier ces longues lances. La seconde innovation ne pouvait s'appliquer à des milices, et devait assurer une prépondérance marquée aux troupes permanentes. C'est par ce motif qu'Iphict*ate imagina le service des peltastes, auxquels il donna une lance prolongée de moitié. Il les rendit propres à combattre l'ennemi corps à corps en doublant la longueur de leur glaive. Les Gt'ecs n'avaient eu jusqu'alors qu'un petit coutelas, comme celui des Albanais : aussi dès que la phalange était rompue , l'ennemi triomphait, pourvu qu'il fût armé d'un véritable sabre. Cette nouvelle institution eut d'abord beaucoup de succès; mais comme elle ne fut. ad-

Digitizecf by

( 155 ) imse que dans un cercle très-restmnt^ comme od s'en tint au premier pas, au lieu dé la perfectionner, Philippe, qui voulait assurer de prompts succès, put recourir à l'autre système, plus accommodé à son peuple et àf sa situation. Il aura réfléchi sans doute qu'il se passe bien du temps avant qu'on abandonne de mauvaises voies, lors même qu'ott en connaît tout le vice. Il en fut ainsi, et la Grèce fut subjuguée avant que personne s'avisât d'opposer la tactique macédonienne à elle-même. Elle se transmit ensuite de génération en génération; mais à côté de la phalange, en second ordre, et sans recevoir dis développement, se maintint l'arme des peltastes*

Un passage de Tite-Iive, bien fécond en renseignemens ^^^, nous apprend que primitivement l'or* dre de bataille était celui de la phalange; ce qui suppose que les Romains aussi portaient alors une bnce de moyenne grandeur, et qu'au lieu du glaive ils avaient un coutelas. Beaucoup d'anciens usages continuèrent chez eux, quand déjà les Grecs les avaient abandonnés, par exemple celui dej^bouctiers ronds de l'Ârgolide, tandis qu'Iphicrate les trouva dqà beaucoup plus grands : tel était aussi l'usage du

»^ Tite-Livc, VIII, 8. Il m'arrire souvent de transcrire les jKissages cités, parce que riadioation, mèmp la plus exacte^ dérange le lecteur quand il n'a quç peu de mots i rçcher* cher, parce qu'ils peuvent même lui échapper; mais un pas^* taJH aussi étendu doit frapper 9ts regards sur-le-cbamp.

(,54) bronee, qui pendant long-temps encore fut très-> commun et a vil prix en Italie. Dans Salluste*^^, César dit que les Romains ont emprunté leurs armes aux Samnites. Si le dictateur eût éc^rit cela lui-métne, toute objection tomberait devant son témoignage ; car il serait irrécusable sur un objet sur lequel il avsuLt aussi pftfondément médité ; mais comme il est évident que c'est Salluste qui parle , l'on ne peut s'empêcher de remarquer que l'armement des Samnites au cinquième siècle est l'ancienne armure des Grecs, ainsi qu'on le voit encore dans les ruines de Pompéies par les représentations de gladiateurs. Sans chercher ici une solution qui ne reposeraitque sur de vaguas possibilités, je vais faire connaître les caractères propres au système manipùlaire. U est peu de passages anciens sur lesquels la critique se soit exercée avec autant d'intempérance que sur celui de Tite-Live : on ne Fa pas du tout compris ^34. U est indispensable de démontrer qu'il est un point sur lequel Tite-Live n'a pas entendu les excellentes indîtoations qu'il avait sous les yeux : le résultat de •— - ■ • " • ' ' ' j

'^ Catil, c. 5i.

'*4 II est des philologues d'une puissante érudition cl d'un tsprit fort Iticide^ qui cependant liront pas compris que dans Tantiquité aussi le cours du temps changeait Ifeft formes , en sorte «que pour un objet déterminé^ politique ou militaire, il j aurait plutôt à rechercher si quelques siècles plus tàt, quelques sièdeft plus tard, un iQéme nom s'applique aux

( i55 ) cette démcrnstration sera de maintenir contre les violences de la critique un lette dont tous les ma* nnscrits attestent la pureté.

D'après Tite^Live donc^ au commencement du cinquième siècle, la légion consistait en cinq divisons ou cohottes, mot qu'il ëvite, parce qiïe plus tard il prit deux significations toutes différentes; mais nous l'emploierons, ou bien, en usant de la liberté que se permisttaient nos devanciers en pareille matière, nous appellerons ces divisions bataillons. C'étaient les hastaires, les princes, les triaires, les rorarii et les accensi. Les deux premières divisions ensemble s'appelaient ahtesignùni otl anlepUa'm, partie qu'elles étaient rangées devant les drapeaux et devant les, triaires, qu'on appelait aussi pUanL Chacune contenait quinze manipules ou trente centuries, et d'après le nombre donné par les trente tribils plébéienne^, chaque centurie, sans égard aux Variations dfe ce nombre, avait trente liomméà, saùs compter lé centurion. Jusqu'ici tout est clair dans Tite-Live; mais plus loin il trouva que les trois

mêmes cborà. Pcdybè àjant décrit la légion telle qu'elk était au temps de Marins, on yonlut appliquer son texte à ime époque pliis ancienne, et il fallut bon gré, mal gré faire application de toot ce qu'il disait. C'est comme si l'on tôulait, dans ce que noi» appelons aujôuird'htii un bataillon-, retrouyer lé bataillon de là guerre des Pà^s^Bas ou de celle de trente ans.

( i56 ) dernières divisions étaient aussi partagées en quinze manipules, et que ces manipules, prb trois par trois, un dans chaque cohorte, ou six centuries, étaient réunis en un vexillunij ou 180 soldats, sous le commandement de six centurions ^^^ : pt ici Titetive a perdu toute trace de la vérité. Toutefois son erreur ne peut égarer personne; car d'après ses indications, les trois dernières cohortes auraient ren* fermé :24)5oo soldats ^^^, et toute la lé^pn 26,100^ outre 870 centurions, bien que dans ce même chapitre il dise qu'elle s'élevait tout au ; plus à 5poo hommes. La cohorte complète, sans égard à la réduction des tribus au-dessous du nombre primitif *^7, non plus qua leur restitution progrès-

>^S II fallait que l'on d'eux eût le commandement de tout le vexilhim; cette dignité ne pouvait alterner, et devait toa- }oars appartenir aux triaires; ainsi dans la légion organisée comme la décrit Poljbe, YI, 24, les armés à la l^re nV vaient point de chefs particuliers. De la le piimus pilus. La mémoire de sa prééminence s'était conservée.

>% Quinze crdines, chacun de trois prind piH, chacun de ceux-ci de trois vexilla, desquels chacun comptait 186 hommes; savoir : 180 soldats et 6 centurions, i35x i8o* Ici la réunion des trois cohortes, plui loin la circonstance que les triaires étaient composés de trois parties (ce dont il sera parlé plus tard) , ont suffi pour égarer Tite-Live^ qui certes n'a pas compté^ et c'est fort heureux^ car arrivant à un résultat impossible y il n'eût pas manqué d'efïaoer ce' renseignement

>^ Néanmoins comme il j a des annalistes qui ont tenu

( i37 ) sive, contenait trente centuries de trente hommes y donc 900, et personne ne contestera que dans une institution aussi régulière, toutes les cohortes n'aient dû ^re d'égale force, et que d'après cela la légion ne comptât 45oo hommes ^^^. Sur ce nombre , il y avait 400 hastaires, 900 princes, 900 triaires, 2200 hommes, pesamment armés (troupes de ligne), 300 hastaires et 900 rorarii, 1 100 armés à la légère. Ce rapport est le même qu'en Grèce, entre les armés à la légère et les hoplites. Chez les Romains, il n'aura pas

compte de ces yariations^ on parle aussi de cohortes de 600 hommes. Tom. Il, pag. 24^, remarque Soj.

, '^ L'indication de Tite^Lîye, 5ooo^ ne cadre point ayec ceci : an temps de la guerre latine ^ quand il n'y ayait que yingt-sept tribus^ la cohorte ne pouyait ayoir que 810 hommes, la légion que 4o5o; cela s'accorderait ayec la correction quaterms miîlîbus; mais cette correction n'aurait jamais dû être essajëe tant qu'il j ayait encore possibilité d'obtenir une explication d'après laquelle le nombre était le résultat naturel des élémens constitutif. Peut-être existe-t-il en effet une faute ' de copiste en cet endroit ; peut-être que l'annaliste que Titoliye consultait, donnait la force réelle, sachant bien qu'il n'ayait d'abord donné qu'une figure, une forme. Cependant fe ne youdrais pas changer le texte, d'abord parce que Titeliye est tombé dans l'erreur , sans que nous puissions suiyre la trace de cette erreur; ensuite parce qu'il a pu être égaré par son annaliste , si celui-ci n'a youln qu'exprimer en nombre rond la force à laquelle serait arriyée la légion , après que Jes tribus eurent atteint le nombre 35, si l'oi|;anisation de ces l^ons n'eût pas été changée. Dans ce cas les cohortes eussent été de io5o hommes.

(i38) été changé tant que Tordre de bataille fut celui de la phalange^^^. Les 960 accensi composaientlebataillon de dépôt qui suivait la légion en campagne. ^9^

Varron nous dit, sur les trois cohortes d*hoplites^9S que les hastaires portaient des lances, les princes des épées, les triaires des pila, à raison de quoi on le^ appelait pilant : il ajoute q^e les chaiigemens apportés à l'art militaire ont rendu ces noms inintelligibles. Et en effet, non-seulement le nom de pilani disparut, mais, par un caprice du sort y il arriva que dans la légion manipulaire (celle que décrit Poljbe, et que , pour obtenir une plus rânple expression 5 nous appellerons la moyenne),, personne ne porta plus de lances que ceux que l'on désignait alors sous le nom de triaires, tandis que les deux divisions du premier ordre de bataille furent nommées pila^ sans égard à la dénomination de l'une d'elles. Ce que l'indication de Varron nous dit po^tîvement, les noms de pilani et d'antepilani suffiraient pour nous l'apprendre par voie de conséquence. Il n'en résulte pas que les princes aient absolument abandonné la lance; car il n'est pas vraisemblable que, dans cet état de désarmement

>«9 Tom. n, pag. 241.

•9» Uid.

>9' D. L L V, 16 (IV, pag. 26). Hastati dicti qui prînU hastis pugnahant, pilani gui pilis, principes qui a principio gladiis : ea post commutata re militari minus illusiria suni.

• (»59) , apparent, ils eussent inspiré beaucoup d^eflroi à un ennemi armé de la sorte. Je crois plutôt qu'il faut «Qtendre par là que les hastaires gardèrent les couteaux usités jusque-là, et que les autres reçurent des glaives plus forts, plus droits, à double tranchant, et qu'ensuite on leur enseigna à s'en servir.

Bans les hastaires, il y avait des troupes pesamiment armées et des troupes légères; ces dernières' étaient armées comme le furent dans la suite toutes les troupes légères de la légion. Les frondeurs dis* parurent dans la nouvelle organisation; ce sont les rorarii de Tile-Iive. L'armure des troupes légères est celle de la quatrième classe de Servius, et dans l'origine, il faut que norariï ait signifié frondeurs*9«: c'était la troupe légère de la cinquième classe; ce qui n'empêche pas que plus tard ce nom n^ait passé aux hastaires légers, et ne les ait encore désignés du temps de Plante '9^. La phalange était formée des trois premières classes : tant que dura l'organisation des centuries, quelque changement qu'on fit dans l'armure, il ne peut s'en être opéré ni dans les phalanges ni dans les troupes légères. ïas notions que nous avons sur les principes et les iriarii, nous font

connaître leur répartition intérieure. Il faut chercher

'9* Ici les anciens étymologîstès ont touché le but; il est rrai qu'il était difficile de le manquer : quod rorat, avant la pluie d'orage.

'93 Varron, de II, VU, 3 (VI, pag^ga).

dans la prcfmière classe lés princes^ cela' est înapossible à contester : leurs belles armes ^94, leur nom même, en font foi; mais leui^s trente centuries ne suffisaient pas pour épuiser les juniores de cette classe. Les dix autre! se trouvaient sans doute parmi les triaires, dont le nom ne peut avoir aucun rap^ port avec leur nombre >9^; il vient de ce que leur cohorte se partageait en trois parties, qui étaient les contingens des trois dasses.^S^; savoir : les dix centuries qui restaient de là première, dix de la seconde et dix de la troisième classe, qui donnaient un parai nombre aux hàstairi^s, à raison de la forcé de leurs centuries, comparées à celles de la première classe.^37 n résulte de tout cela que, selon toute apparence, sans déposer leurs lances, trente centuries de la première classe reçurent d'excellens glaives; dix autres des pila au lieu de lances, et qu'il en fut de même ^our dix des vingt centuries, que fournissaient cha* cune des deux autres classes. L'autre moitié de leur

>94 Insignibus maxime armis* Tite-Live, 1. cit.

'95 TriarU ne peut signifier les troisièmes : il faudrait Tertîam.

>96 II nous en apparaît une laenr à travers les erreurs de Tite-Lire sur les trois parties de chaque orda, dont chacune en renfermait trois autres. De là sans doute yient la dénomination primus pilus : naturellement les jdlani de première classe ayaient raug sur ceux de la seconde^ et ceux-ci à leur . tour avaient leur préséance. (Voyez remarque iS^i.)

'97 Tom.II, pag. a4i.

contingent ne subit point de changement d'organisa*tion , pas plus que le contingent des dernières classes. Quand Tite-Lîve nous dit qu'à partir des hastaires , les trois premières cohortes étaient formées de soldats toujours plus anciens, toujours plus exercés, il en es( de cela comme du tableau qu'il nous fidt des triaires, c'est qu'i^ applique mal à propos ce qui appartient à la légion moyenne, et cette méprise le conduit à un résultat entièrement faux. Ce ne fut que quand on n'eut jius égard aux 170 centuries, quand les levées se firent immédiatement par tribus, que. les soldats furent répartis dans les quatre ordres de l'in&nterie selon leur âge et leur expérirace, comme le dit Polybe.

Il y a sans, doute autant d'erreur dans ce que nous dit Tite-Live de la disposition et des mouve» mens des cinq cohortes dans l'action; mais pour la marche ^9^, j'admets l'ordre selon lequel il les place. Quant aux accen^i, dépourvus d'armes comme ils l'étaient, on ne voit pas pourquoi on leur assigne une position dans le combat, les hommes nécessaires

• '9^ Dans Vagmen guadratum, où le front de l'ordre de bataille «tait celui de. la marche $ au lieu que dans Vagmen longum les manipule^ de chaque cohorte étaient, selon les circonstances, à Taile droite on à l'aile gauche, et par un quart de conversion formaient des têtes de colonnes. Il devait arriver aussi que chaque colonne de cohorte passât derrière une autre.

pour remplacer les morts, eniraâent loiir à tour dans les rangs. Les roraiîi ne pouvaient occuper de position derrière les triaires, que dans le cas où ceux-ci auraient cédé le terrain; car c'était aux rorarii à engager le combat II en était de même des hastaires légers, qui se rangeaient ensuite derrière les troupes de ligne du même nom, et devaient former les derniers raiigs de la phakoige de leur cohorte. La disposition des manipules en échelons, que Tite«*Live applique évidemment aux cinq cohortes, ne regarde tout au plus que les trois premières. Toutefois il n'y avait pas, sans dout«, de règle invariable ; c'était une sage maxime de la tactique romaine, de ne commencer les batailles qu'avec le moins de forces possible, et d'exiger d'elles des efforts extraordinaires, pour, épuiser l'ennemi, afin d'employer ensuite les masses pour déôder le succès et pour achever la victoire. Mais quand l'ennemi attaquait s^vec un nombre supérieur, ou quand lui-même adoptait le système roqiaiil, on n'engageait pas certainement les manipules des différens ordres les uns après les autres. U est évident qu'ar lors on >s'avançait en réunissant toutes ses forces. Quand les manipules des hastaires et des princes formaient altemativemei^t la tête de l'armée, c'était bien au fond la disposition de Pyrrhus, qui alternait entre ses phalangistes et ses bataillons armés à la romaine. Il est clair qu on laissait des ouvertures

pour le passage des troupes légères, et si Torganî-* satioa qui prévalut dans la suite , existait déjà, elles servaient aussi aux triaires pour s'avancer. L'arrivée d'une troupe qui lançait le trait, pouvait ébranler un ennemi fatigué de lutter contre la lance et le ^ glaive; elle pouvait lui arracher les avantages qu'il avait déjà conquis. Toutefois elle ne donnait pas la même protection aux rangs enfoncés , que la sarvenance de triaires armés de lances. Je croirais que, contrairement à ce que Tite-Live nous rap<r porte, d'après ce qui se pratiqua dans la suite, les pilani prenaient part à la bataille avaât que les rangs des bastaires €t des princes s'engageassent : il y a là-dessus plus qu'une simple possibilité; car c'est ainsi que cela ae pratiquait noounémeat dans les guerres gauloises, et Ton nous dit, avec beaucoup d'apparence de vérité, que ce furent ces guerres qui mirent cette arme en usage. Les Celtes cherchaient à coEobattre homme à homme; c'est alors que leur impétuosité était redoqtable aux Romains: ils eussent saisi les Is^ces, les eussent arrachées, et se seraient . (rayé tm passage, tandis qu'un pilum enfoncé dans un bouclier grand, mais Ëdble, en paralysait Tusage, lors même qu'il ne le traversait pas ; le corps, n'étant plus protégé, demeurait exposé à recevoir d autres coups, avant que les lignes se rencontrassent. D'ailleurs, pour que le pilum pût produire son efiet, il fallait une distance, et il n'y avait plus

de place pour le lancer, une fois que les deux premières cohortes étaient engagées.

n y a sans doute beaucoup d'exactitude dans Tindication qui nous dit que les boucliersfurent agrandis pour résister à l'épée des' Gaulois ^99; car le& bcmdiers d'airain de l'Ârgolide protégeaient mal contre ses atteintes. L'enchérissement de l'airain après la prise de Rome, dut être un nouveau motif d'adopter d'autres boucliers. On les fabriqua donc avec des lattes recouvertes de peaux de bœufs *°^, et l'on en garnit le pourtour d'une bande de fer. En général, le fer prit la place du bronze dans les armures, et ce fut probablement à raison de la cherté de ce m^ tal, et non pas parce qu'il était d'un meilleur usage.

En faisant connaître la légion moyenne, dont l'organisation suivit immédiatement celle-ci, je dirai comment, sur dix rangs de profondeur, les soldats se servaient du pilum et du glaive.

On ne comptait pas encore pouvoir donner à toute la troupe de ligne l'instruction qu'exige l'usage de ce genre d'armure. La transition se fit pas à pas, et l'ancienne méthode se maintint, quoique toujours plus restreinte, à côté de la nouvelle Enfin le temp donna à celle-ci tous ses développemens, et l'autre

'99 Plutarque, CamUL, 4o.

^^^ Au surplus cela n'était pas nouyeau , ainsi que le prouve le bouclier sur lequel est tracé le traité de Gabies. Toin. Il, pag. 289.

diminiia d'importance et devint bientôt inutile. Pour le soldat romain, qui jusque-là était comme pétrifié dans la phalange, ce fut une époque d'individualité, une vie nouvelle : son mente personnel n'était plus restreint à un service mécanique. Les gouvemans reconnurent la nécessité de satisfaire ces besoins de l'époque, de leur ouvrir de nouvelles voies, d'abolir ce qui n'était plus qu'entrave; mais dans les formes du gouvernement, ces mêmes hommes méconnurent cette nécessité, parce que ce qui était juste, ce qui était progrès, contrariait leurs intérêts. L'inflexible temps fut plus puissant que leur entêtement^ l'excès du mal donna les moyens de le réformer.

Première pierre samnite.

Lès Samnites étaient alors dans la plénitude de leur puissance : pour l'étendue du territoire, pour l'importance de la population, ils l'emportaient de beaucoup sur Bome et sur ses alliés. Us habitaient depuis la mer inférieure (où ils séparaient la Gampanie de la Lucanie) jusqu'à la mer supérieure ^?^ ; leur territoire atteignait le Liris, entrait dans les montagnes de la Lucanie, descendait dans les plaines de l'Apulie; et l'espace marqué sur les cartes du nom de Samnium, ne remplit pas à beaucoup près leurs

«•« Tom. I, pag. i32.

Page 1