V. lô V
(i46) •ncieniies limites. Cependant les Lacains et les Cam* pami^s étaient étrangers à la mère- patrie; mais le omnium ne faisait pas un État unique; c'était une fédération d'États séparés» indépendans et par censéquent jaloux les uns des autres. Au fort de la guerre contre les Romains, les Pentriens s'abstinrent de prendre part à une campagne '^^ : une portion des Samnîtes reçut le municipium romain ^^^ c'étaient les Caudiniens, dont Sp. Postumius fut le municeps.^^ Selon toute apparence, il y avait quatre peuples sam^ ni tes, d'après le nombre sacramentel des Sabelli.^^ Ainsi la ligue marse comptait les Caudiniens, les Hirpins, les Pentriens, les Frentanes. Ces derniers ne s'en étaient sans doute pas encore séparés, puisque les étrangers les nomment parmi les Samnites. Le pays méridional de Surrentum au Silarus pourrait bien n'avoir renfermé que des villes sujettes, sans avoir tsit lui-même partie de la fédération. Le lien des peuples samnites était aussi celui qui unissait la fédération romaine , savoir : le municipimn réciproque ; il y avait des diètes, pu se réunissaient les magistrats de la nartion et les députés des sénats. U est bien entendu que leurs délibérations ne décidaient rien, et qu'il fallait les soumettre préalablement au.sénat et à la cpnif-
«<>• Tile-Lire, XXII, 61?
««» Veîléjus,!, 14.
••4 Tom. m, pag.' 87.
••5 Tom. in, |Mig. 114.
nuine de cbaque État en particulier. Mais quand l'opinion pubKque avait parlé, quand depuis longtemps elle réclamait ce que les députa venaient de décider, ils pouvaienf , sans inquiétude et sur leur responsabilité, ordonner, exécuter ce qui n'avait pas encore été soumis au souverain. Il est bien entendu aussi, et les exemples le prouvent, que les gouvemans des pays pouvaient convoquer des diètes extraordinaires. A juger par analogie et d'après l'essence même des institutions samnîtes, il est certain que le commandement suprême alternait^ entre les divers États. Lé dictateur de tout le Samnium portait le nom d'imperator^^, soit que chez chacun des peuples ce fut le titre de la souveraine magistrature, soit que l'honneur en appartînt au préteur ou Meddix du peuple dont c'était le tour. Les Samnites étaient mélangés d'Osques et de Sa- Uns : peut-être y avait-il difFérens rapports entre les diSerens peuples. Il est évident que les conqué»rans dominaient autrefois; mais ils se fondirent avec les habitans en une seule nation , et n'en restèrent pas séparés comtne les Lucains. Cest cette loyale réunion qui donna tant de force à la nation : les raceurs et le caractère étaient sabelliques, mais la langue était osque.
L'Italie ne pouvait contenir l'un à coté de l'autre
»** Tom. I, pag. iSa.
( i48 ) Rome et le Samnium; il fallait qt|e les Sàmnites soumissent les Romains, ou subissent leur joug. Si ce peuple ne se fôt point borné à se comparer à Rome sous le rapport de la population, du courage^ de l'art de la guerre; sll eût concentré ses forces dans une capitale, comme les peuples italiques du septième siècle, ce qui était la seule manière dont ces peuples eussent pu être réunis en un seul État, les Samnites eussent triomphé des* Romains, et ils eussent conquis la suprématie. C'est ce qu'atteste Thi»* 'toire de leurs guerres, de leur inébranlable résistance, de leurs souffrances, de leur chute, quoique cette histoire ait été fabi^e et rapetissée à dessein. On ne peut méconnaître que ce qui les a perdus^ eux et tous les grands peuples de l'Italie, c'est cet aveuglement de n'apporter, dans une lutte où il s'agissait de vaincre ou de périr, que ces mêmes moyens, ces mêmes institutions, qui dans une première guerre étaient demeurés impuissans, quoique alors ib fussent encore entiers. Les Romains, au contraire, ne perdirent pas un instant de vue quel était le but; ils se préparèrent en conséquence; ib se formèrent au sein même des victoires de VtUr nemi, comme se forme, sous un maître sévère, le robuste jeune homme qu'il châtie.
Depuis l'an 53 1 des Samnites dominaient à (Papoue; mais la plus grande partie des habitans étaient des Osques et des descendant des andens Tusd,
(i49) inâés avec eux. Quoique les Sabeiti dominans aient, sous le nom de Campaniens, formé un papuius à part, comme 1^ Lucains, la douceur des moeurs sabelliques fut favorable à la conservation ou' à l'étaUissement des libertés d'une p/e£5. Pour quiconque est familiarisé avec les caractères des castes en Italie, il sera évident <{ue les 1600 chevaliers qm ne pren* nmi point part à la défection contre Rome, sont les &milles sabelliques ^% formant les quatre tribus qui refuserait de sanctionner l'alliance avec les ^Latins et leurs alliés contre Rome et le Samnium. Cette révolution n'alla pas assez loin pour chasser les Sabelb, ni pour les abaisser au point où le furent les chevaliers de Florence par l'ordonnance de justice; mais elle leur enleva le pouvoir, et en rendit au peuple ancien une partie assez notable pour qu'il {ràt décider, contrairement au vœu des patriciens campani^is; cela explique Tinimitié que fait paraître Capoue contre Te Samnium. Je ne nie point que dan9 l'aiftiquité on n'ait vu des colonies ingrates, et que depuis quatre générations, à dater de la prise de possession de Vulturne par les'Samnites, le sang et les mœurs des races sabelliques n'aient dû itre fort mélangés, et ne se soient beaucoup éloignés du caractère samnite; cependant ce sont ces circonstances, qui expHquent le mieux comment,
*<'7 Toui. III, pag. ii5 etvfiuiv. '
( »5o ) aburacdon &ite de toule colonie ftanmite» il s'éta* blit tine haine et un mépris profond entre les citadins et les bergers des montagnes; ces sentimens furent aussi amers qu'autrefois entre les citoyens efféminés de Vultumum et les anciens Sabelli qui descendaient des^nontagnes pour s'emparer de cette ville, le plus riche trésor de toute Fltalie. Ces divisions entre le populos et la plebs, expliquent la faiblesse de Capoue; sans avoir pour ses puissans voisins la piété d'une colonie dévouée ^ le populus les voyait sous un tout autre aspect que la plebs; il en attendait protection et assistance. Capoue est nommée après Rome et Carthage; il lui était permis de rêver la domination de l'Italie, et certes elle ne le cédait à la Rome d'alors ni pour l'étendue ni pour la population; mais la {population contenue dans Fenceinte des murailles d une ville ne donnait point la mesure de la force militaire ; die nlndiquaitpas même le nombre des hommes libres. Il y aura eu nécessairement beaucoup d'esclaves daAs la ville qui vit naître les jeux des gladiateurs. Bien que dans les anciennes républiques les arts fussent dîr rigés par des hommes libres, c'étaient les esclaves qui les pratiquaient; on peut donc en conclure q«e partout où ils étaient florissans, il y avait uagnaad nombre d'esclaves. Il se peut que beaucoup d'hiHnmes libres aient été occupés à la culture des terres les plus fertiles du monde. Mm Thistoire a jugé cette
fîlle^ dont là rue principale» appelée Seplasia, étaii bordée de boutiques de parfums; elle a flétri son luxe effréné et ses honteux déportemens. On se sourient quel méprisable^ peuple et quel indigne sénai Pacuvius Galarius excita -Fun contre Tautre, au com-^ mencement de la seconde guerre punique : le peuple avait effrontément déposé tout respect de l'autorité» et de sa part c'était oubli de toute dignité, ce n'était pas même de l'indignation contre la majesté pro* &née. En vain un arrêt terrible avait frappé toutes ses notabilités; cette ville n'en continua pas moins ses honteuses débauches, quand déjà il n'y restait plus que la plus infâme populace. ••• Oui, l'histoire a condamné Capoue. Néanmoins les Campaniens se montrèrent fidèles, leur conduite fut noble après le désastre des Fourches caudines : à côté des plus iUttStres Romains, on peut citer Decius Magius. Nous n'oublierons pas non plus de rappeler que dans la Campanie les arts plastiques étaient parvenQ3 à la perfection des Grecs : il n'y a d'infériorité ni dans les peintures ni dans les monnaies. Les artbtes avaient atteint cette grâce qui demeura tou-» joi4*s étrangère à l'Étrurie; ily avait dans leur travail grandeur et délicatesse, et l'exécution mécanique est aussi belle que l'avait conçue l'imagination de l'artiste. La mythologie grecque règne dans les sujets; ce qui suppose que l'on connaissait la langue; et la poésie de h Grèce, et sans doule il y eut des
poètes et des auteurs campaniens qui écrivirent eu gréa Néanmoins il ne s'est conservé aucun ntpnur ment de cette littérature, en quelque sorte greffée âur celle de la nation. Celle-ci consistait en comédies burlesques; ce sont les AteUanes, qui paraissent avoir été ordinairement improvisées : le publia ro- . main goûtait beaucoup les représentations, lès imitations, les traductions. C'est de là qu'est originaire le merveilleux Polichinelle, qui, sous la domination de divers peuples,* s'est maintenu inaltérable comme le ciel et les champs.
lie nom de Campanien, il est vrai, signifie citoyen de Capoue; mais il n'est pas restreint à la ville. L'Italie de cette époque avait déjà une Campanie, dont lés limites étaient beaucoup plus étroites. que celles de la région qui fut étendue par Auguste jusqu'au liris. Capoue ayait été guerrière, et possédait, conformément au Droit public de l'Italie., des cantons assez étendus. Outre la banlieue campanienne et les champs phlégriens, nous savons que la ville avait le district de Païenne, celui de Stella, et les territoires de ce qui fut plus tard la colonie de Yultume, enfin celui de litemum, et de l'antique ville grecque Dicéarchie^^^. Telles étaient les possessions
*^ Salemum et Boxentum, (jui appartinrent à Rome après la chute de l'État campanien, ne peuvent pas encore avoir été sa propriété au temps dont il s'agit ici : nous Cirons plus tard à quelle époque il est probable qu'elles le devinrent.
de <>poue; mais on comptait aussi comme Campanie ces villes groupées autour d'elle,: qui avaient avec eQe les mêmes relations que les villes latines avec Rome. Les bourgeoisies souveraines de Cumes, Atella, Acerr», Calatia, Suessula, Casilinum, descend daaent des conquérans sabelliques de Capoue. Nur ceria et Noie, grandes et populeuses, étaient des villes sujettes, fidèles aux Samnites : à en juger par les inscriptions des médailles, et par ce qu'en disent Ifes Grecs, Noie avait une population helléniséct
Alors les Samnites s'avançaient en conquérans du Vulturne supérieur vers le Liris : d'anciennes tribus ausoniennes s'étaient maintenues dans ce pays. Parmi celles-ci, les Sidicins étaient le peuple le plus important; leur ville Teanum était appelée grande, mtaie parmi les grandes villes de l'Italie 209, et leur territoire s'était autrefois étendu jusqu'à Fregelles.^*^ Mais quand les Samnitis les envahirent, ils désfôpérèrent de leurs propres forces, et demandèrent du secours aux Campaniens.
Dès le quatrième siècle, les lésons campaniennes comptèrent pour beaucoup dans les troupes étrangères qui vendaient leurs services en Sicile ^^'. On
*«9 Slrabon, V, c. 3, S- 9*
««• Tilô-Lire, Vffl,a2.
*** Il faut que dans Forîgine les régimens campaniens aient été lerés en Campanie, et probablement aussi complétés^ le toat en vertu de capitulations $ dans la suite d'autres nations
ne les accusait ni de manquer de courage , ni d'igno-^ rer l'art militairey mais on se plaignait de leur peu de foi. A Texeinple des barbares les moins civilisés et sans aucun sentiment d'honneur, ils se livraient au pltis offrant; ils étaient redoutables aux villes où on les mettait en garnison : toujours ik cherchaient à s'en emparer, et quand cela leur réus-: sîssait, ils se conduisaient en véritables brigands, égorgeant les hommes et se partageant les femmes et les en&ns. En général, le service de Sicile était tellement attra,yant pour la race débauchée de ces contrées, que nous lisons qu'au temps de Platon on tremblait que les Grecs de File ne fussent exterminés et que leurs villes ne devinssent osques ou puniques 31'. Les Campaniens s'étaient déjà rendus, nudtres d'Entella et habitaient aussi iEtna. Les milices de Capoue ne ressemblaient guère que par le nom ■' ■ ■ ■ " ■ " '<
j seront futiles pour le plus grand nombre, par exemple des Samnites et des Lucaîns, comme on rit depuis des soldats de toutes les nations entrer dans le& rëgimens vallons de l'Espagne. Les Romains ne souffraient pas de recrutemens étrangers chez eux; une fois maitres de la Gampanîe, ils les attront interdits. Toutefois le nom de ces régimens a pa sur* in?re long-temps avec leur ancien nojrau. Apres la mort d'Agathode il n'est plus parlé de Campaniens, mais de Mamertins ; c'est désormais le nom des mercenaires^ sabelliques. Au cinquième siècle on voit aussi des troupes tjrrbéniennes en Sicile^ mais pas plus t6U
>'? JEp. VU, pag. 353, €> parmi les lettres de Platom
( i55 ) à ces flibustiers. Aussi, dès k prenûèrie bataille, furmt-elles battues près de Teanum par les Saoïnites ; elles se retirèrent aussitôt dans leur capitale^ Les vainqueurs les suivirent, et remirent à un autre temps leur guerre contre les Sidicins; ils passtavni donc le VuHume et campèrent sur la montagne Tifata, qui domine Capoue. De là ils ravagèrent la riche plaine qui entoure la ville, jusqu^à ce que rincendie des fermes et des maison^ de campgne fit sortir les Campaniens, et fournit aux Samnites : l'occasion de la bataille qu'ils désiraient La victoire fut £icile; il parait qu'ils se contentèrent du butin et de la dévastation : la suite de l'histoire prouve qu'ils quittèrent même le territoire de Capoue. Probablement que leurs levées servaient sans solde, et pour le seul prix du butin; c'est ce qui expliquerait commeAt leurs campagnes n'eurent jamais ni la' suite ni la durée de celles des Romains.
Capoue avait sans doute peu à craindre d'un siège : mais son territoire était exposé sans défense aux incursions annuelles des Samnites. L'alliance d^ua État puissant pouvait seule la préserver de ce malheur, ou de la nécessité d'accepter la paix telle que la dictaient les vainqueurs.
Elle tourna ses regards vers Rome, comme le dit Tite-Live; car Rome seule pouvait soutenir la lutte contre les Samnites; seule aussi elle pouvait la vouloir. Mais depuis 5g6 (4ûi) les deux natio9iS;
étaient unies par une alliance. Deux- dioses pai^issent y avoir contiimié; d'une part le rapprochement de leurs limites, autretbîs séparées par des peuples considérables; en second lieu, le danger dont menaçaient à cette époque les invasions gauloises. Sans doute dans l'idée des peuples italiques un traité d'aï- Uance était loin d'emporter l'obligation de secours mutuels. D'après leur Droit public, nul neppuvait gérer ses affidres par lui-même chez un peuple étran- ^ger, si la nation dont il faisait partie n'avait pas ac- ^ quis ce droit par une concession rédproque. U allait un traité pour rétablir ces rapports entre nations qui s'étaient Eût la guerre; il en fallait un^pour les établir entre nations qui n'avaient pas eu de relations antérieures. Dans ces traités on restreignait réciproquement le droit de guerre; on traçai^les limites dans lesquelles il serait.permis à chaque État de conquérir et de soumettre des villes; et en supposant ^e la guerre entraînât l'autre État jusque-là , il pouvait sans doute conquérir, mais il ne devait enlever que les hommes et le butin; pour les villes et le sol, il s'engageait à les céder à ses alliés 3^^. Capoue ne pouvait manquer d'avoir un grand commerce avec Rome; la supposition contraire n'est pas ad-
''3 C'est ce que prouyent les anciens traités entre Rome et Garthage, Rome et les Étoliens. Pour le Samnium, yojez Tite-LiVe, YDI, i. Pacem — belUque jus ^çersus Sidicms peiierunU
( i57 ) misâble : l'on serai; fondé à résider c(mii!ie~ùne démonstration le nom de la Porta Càpena. Il aura donc existé un traité pour régler les rapports des dtdjens entre eux.
Il est possible que le traité des Romains avec le SanMiium ait gardé le sil^ice sur les Campaniens, et n'^t nullement accordé aux Samnites le droit de les soumettre; maisdims aucun cas cette concession n'eat été &ite par Rome seule sans la participation des deux peuples , ses alliés » bien plus intéressés ^'dle à cette question par le seul fait de leur voi^ sinage. Il n'est pas possible que les Latins qui étaient unis avec Rome en un seul État, n'aient pas eu une part égale à la conclusion du traité. Ce n'est pas non plttStde Rome seule que les Campaniens auront in^ voqué le secours, soit en vertu du traité, soit en reccmnaissAiit sa suprématie. Tite-Iive s'égare, parce qa% vjtw^ que le Latium, quoique sa fidélité ait été douteuse depuis quelques années, était alors subordonné à k république romaine ^^4. Il est établi que les L;riins étaient aussi libres envers Rome que le pouvait être aucun État fédéré. Jamais ils n'auraient Ëât la guerre aux Samnites par pure complaisance pour elle, et cependant, d'après son propre récit, ils y prirent partais, L'année 408 (4i5), pendant laquelle Farmée romaine se révolta, est comprise dans
»'4 TitcLirc, Vm,2,3.
•'* Ibidem.
k durée de cm& guerre, et, chose étrange, il n'est pas fait mention des Samnites : ils ne cherchent pas a réparer les pertes de l'année précédente en profitant de l'inaction des Romains. Un an plus tard, le consul mène son armée dans le Samnium; ainsi le; fruit des victoires remportées jusqu'alors n'avait point été perdu. Les Latins, qu'on représente comme prêta à marcher contre Rome dès l'année précédente ^^^, ne profitent pas davantage de la circonstance. Les armées qui en 407 (4^^) ^^ disputent la souveraineté de la Campanie, sont très-nombreuses; et quand bien même on retrancherait quelque dliose des cent mille Samnites qu'on oppose aux deux armées romaines, quatre légions, ce qui était la plus grande force que Rome pût livrer à elle seule, n'auraient pas suffi pour les vaincre avec le seul secours des Campaniens et des Sididns. Â l'occasion de la guerre contre les Latins, on nous dit avec une précision qui n'a rien de l'arbitraire des idées de l'annaliste^ que cette guerre ressemblait à une guerre dvile; que les officiers avaient été ccdlègnes dans la même légion, que les soldats avaient senri les uns à coté des autres dans les m^es manipules.''7 U faut remarquer de plus qu'alors les Marses et les Péligniens étaient amis des Samnites ^1^, çt que pen-
>»« Tile-Livc, VII, 38.
"7 ft«/., Vffl, 6 et 8.
*«« nid., vni, 6.
(.59) liam la première campagne les Latite envaliîrent le territoire des Pélîgniens.^i9
Il n'y a pas plus de vérité , sans doate» dans Tasser* tien de Tite-Iive, qui veut que Rome ait conscien* cieusemcnt repoussé Falliance desCampaniens, mais que, les députés ayant offert à la république la propriété de leur patrie, elle ait préféré, comme pour accomplir un devoir plus impérieux, la protection qu'elle devait à des sujets, à Falliance du Samnium.^^ Gapoue n'était point envers Rome en de tels rapports de soumission; les Romains eussent puni bien plus sévèrement la défection de sujets qu'ils ne le firent envers Cafpoue après la guerre latine. On n'aurait point traité sur le pied d'égalité ^'^ avec ceur qui, après s'être faits les bommes liges de Rome, lui seraient devenus infidèles; mais on pouvait rendre à des ifliés égarés d'anci«is alliages, surtout si le gouvernement était confié aux partisans de Rome.
Le soin religieux de la bonne réputation des ancêtres était une qualité naturelle aux Romains; on cîberchait avec une sorte d anxiété à déguiser leurs injustices et à donner à toutes leurs prét^tions l'apparence de la bonne cause et de la pureté <le con» science. Outre cette fraude pieuse, qui avût son
•'9 Tilc-Live, VII, 38.
>«o D'après le même principe qui ordonnait de protéger le client contre le parent.
«• Tîte-Live, XXOI, 5.
prindpe en un sentiment Jouable, un, autre mobile encore dbposait inyariablement les Romains à cacher cette vérité, que la république n'avait pas toujours été beureuse, grande et dominante. Us n'avouaient ni ses humiliations ni sa faiblesse, et plus ils s'él<»gnaient de leur antiquité, plus cette manie faisait de progrès. Leurs plus anciens annalistes du moins ont un vernis d'impartialité : les autres se perdent en déclamations ampoulées qui ont trompé Tite-Live. S'est-il abandonné aussi aux inspirations de ç^ mensonges pieux? Â-t-il donné dans les erreurs de ce patriotisme sans les reconnaître? c!est ce cpk% nous ignorons. Quoi qu'il en soit, toutes ces causes ont contribué à nous transmettre une infidèle image des rapports de Rome et du Latium, et par conséquent de la protection accordée aux Campànienst
Trop souvent m#qJiistoire s'est bornée à nuetlre en évidence la fausseté des récits de Tite-Iive; néanmoins il fallait bien qu'elle les répétât : il en serait encore de même ici, si nous n'avions sur ces évènemens des notions assez complètes pour en restaurer l'esquisse, qu'on avait défigurée à dessein. Il faut absoliHnent à l'bistoire un récit suivi des grands évènemens qui ont élevé Rome à cette hauteur d'où elle a pu aspirer à la domination de toute lltalie. J'entreprendrai ce récit, bien persuadé qu'il sera plus près de la vérité que celui qui se prétend historique. Je n'ignore pas néanmoins que si l'on peut
iwoiiMitre avec certitude ce qui est d'invention , ûB ne peut, après l'avoir effacé, remplir les lacune$ de la narration qu'au hasard et par forme d'ap- {Ht»xmation. Mais les dieux se refusèrent-ils à res* susciter Pélops, parce qu'il fallut lui donner une épgxàe d'ivoire? Notre travail ressemble beaucoup à cdui du naturaliste qui dégage d'élémens étrangers un squelette d'ossemens fossiles rassemblés avec trop de légèreté. SS la fortune lui sourit, ce qui manque après cette opération, il le restaure, et d'après l'ensemble de la constitution de l'animal il reproduit dans ces dessins cet être autrefois animé. Ce naturaliste conviendra néanmoins qu'il peut errer dans certaines parties; car il est impossible pour lui conune pour tout autre, de retrouver, aujpioyen d'une sorte de divination, l'œil, la couleur et les formes de tous les membres. Cependant il en a Êiit assez pour la sàence.
En l'an 407 (412) il vint des députés campaniens ^'assemblée des Romains et des alliés, ils soUici-taâftQt leur admission dans la ligue, et demandaient pFOtectîoD contre les Samnites. Capoue était la ville la plus riche de l'Italie; elle amenait tous ses sujets; elle offrait tout ce qui pouvait tenter l'ambition. Sans doute que les Sidicins furent reçus en même temps en leur qualité d'alliés de Capoue.
Rome, dans cette année, était l'État dominant, le Fbrori; le sénat fit dénoncer l'alliancei aux Sam-
viles 9 et demanda que Ton cessât toute bostîlké eor vers les Gampaniens et les Sidicîns ^^^: Le» Sanmkeft, au contraire, yirent une violation des traité» dans le fait de cette alliance avec leurs ^inemis déclarés* Ils acceptèrent la guerre avec fierté, et les che& de leurs cohortes reçurent l'ordre de faire une incornon en Campanie.
Les deux consuls y conduisirent des armées :
Tune, destinée à chasser l'ennemi du territoire des alliés, était cotiimandée par M Valerius Corvus; la seconde devait occuper les: montagnes et couvrir Capoue; enfin, porter les désastres de la guerre dans le Samniian même.
Valerius trouva l'enQ^ni répandu dans le pap qui est compris entre le Yultume et le golfe de ParthoQope. Les Grecs, maiacés par les Gampaniens, s'étaient ligués avec les dévastateurs de leur métropole, avec les Samnites^^^; car toujours l'existence d'un voisin redoutable pousse les peuples. qui le , craignent à s'allier avec ses ennemis. Valerius cani^ au-dessufr de Cumes, au pied du Gaurus ^^4, monta-
>** Sansvela les Samnites ne se seraient pas, dans le traité de 4o4 (4o9)^ réservé le droit de guerre contre les SÊdicâns. Tite-Liye, VIII, i.
"3 TileJiTc, Vin, 22. Denjrs, Exe de Légat., p. 2324, H
*^ Ce qui arriva après la bataille prouve qu'elle eut lien
prés de cette montagne et non près de celle du même nom qui
est voisine /le Nuci^ia (Echhd, Ihctr. num., l, p. 11 4)- Si
( »65 ) gtte alors couverte de fertiles vi^ioUes, mais depuis llnyasioD des Sarrasms elle est nue et déserte. Cette position nous apprend assez que son armée éteât r^oussée dans un angle» qu'elle était interceptée de Capoue, accolée à la mer, et. séparée de la route de Rome par le profond Yultume : une fois battue, elle éuit perdue aans ressource. Quels sont les premiers faits de cette campagne? quels combats ayaiesat forcé le consul à se. retirer sur. ce point? quels avantages avaient donné aux Samnites la con- ' fiance de la victoire? ce sont choses enfouies dans une nuit éternelle, ainsi que beaucoup^ d'autres qui nous auraient miaix fait comprendre les guecres samnites.
Qumqoe l!on parle rarement de la bataille du Gaurus, c'est l'une des plus mémorables de l'histoire du monde; elle décida de la grande lutte dans laquelle les Sabelli. et les Latins se disputaient la domination universelle. Pour le courage et l'armement, les Samnites. étaient les égaux des RamaiDis ; ceux-ci leur avaient emprunté leurs .meilleures arme&^^^s Dans cette journée la ^xatégie n'y fut pour
die eàt été livrée pré» -de Naoerk , les Samnite» se scnûeot afranoés sav Suessula, ils ne se seraient point retirés 5 d'ailleurs cette montagne n'était point en Gampanie.
««^ Salluste^, CaL, 5i (rojez ci^dessus, p. i3o). L'èxpresnon muant hastœ est peut-être hasardée (Tlte-Lifv, VU^ 33). D'ailleurs cela n'eiclnt pas le pUum chez les Romains;
rien; ce fut la constance, ce fut probablement le désespoir de l'armée qui remportèrent : il fidlait vaincre pour ne pas périr. Toute la force des Saaar nites montagnards était dans l'in&nterie. La cavalerie, la plus mauvaise arme des Romains, chercba vainement à entamer ces rangs hérissés de fer. Ta* lerius la retira et la distribua sur ses ailes : des milliers d'hommes étaient tombés autour «des drapeaux samnites, et les Romains chargeaient toujours avec une ardeur nouvelle. Selon la belle expression de tite-Iive, les deux armées avaient décidé qu'elles ne se laisseraient vaincre que par la mort. La journée était fort avancée : une dernière attaque, une attaque désespérée fut décisive. Les Samnites cédèrent; le désordre et la fuite se mirent dans leurs rangs avant qu'ils pussent regagner leur camp retranché ^^^. Ils l'abandonnèrent dans la nuit Les soldats samnites dirent qu'il leur avait paru que les yeux des Romains étaient enflamiâés, que leurs physionomies exprimaient le délire, et qu'il n'avait pas été possible de tenir à cet aspect
Du Gaurus les Samnites se retirèrent à Suessula, située au pied des collines sur la route de Gapoue
car il j ayait an moins une cohorte &aniesigmm armée de lances.
**^ Les régies de la critique conjecturale ne permettent pas d'ajouter ou de retrancher une nation ; mais ici je lirais Tolontiers iumtafd, non accUi Samms {YU , 33).
( i65 ) k Noie : la retraite s'opéra tranquillement au milieu ^-ttn pays ennemi , derrière des ponts et des villages •incendiés. Les Campaniens reçurent Yalerius a¥M ^entbousiaœie, maïs un second comliat Tattraidait «vant que la contrée fôt dâiyrée de l'ennemi : Pendant qu'il était vainqueur au Oaurus, Farmée de son collègue se vit à deux doigts de sa perte , dans les mêmes lieux où vingt et un ans plus tard Rome subit l'affront des Fourches caudines, ou du moins dans des défilés voisins. La limite du Sam^- . nium était assez près de Capouè; la première ville samnite était Saticula; de là on arrivait, en passant les montagnes 9 à Bénévent, au milieu de vallée fertiles et riantes. Les chaînes de l'Apennin sont pa^ rallèles et courent du nord au sud : entre dies soxDt des champs bien arrosés; la route passe sur les montagnes et traverse les vallées qu'elles entourent, ^^7
Le iïonsul conduisait son armée sans défiance par ce Imème chemin ; car il ne se montrait nul ennemi, et c'est précisément ce qui aurait du l'inqpiéter. Mais quand^la tète de colonne fut descendue dans la yallée, on aperçut les Saqmite& sur la hauteur : ib étaient sur les càtes^ 4^ns une forêt qui couvrait toute la montagne ^3^. Cétiiit une arqiée entité; déjà
**7 G>inparez Tite-Live, IX, 2, ayec.le récit presque înintelligible qu'il fait, yn, 34.
*^ Je reproduis de c^ éfénemeat^ raconte par Tite-Iive^
elle se û^ettait en mouvement pour prendre les Rch mains en queue : sur les montagnes o^posiée^ le dhemin était fei'tÀé; fl ny dvait de sdut possible (pCk retourtier sm* se^ pas. CTest dans cfet effroyable danger que le tribun P.'Decius offrit d'ailer,- avec les princes et les hastairès d^ûne légion (seize cents hommes^), occuper un soiiimet qui dominait le chemin par lequel arrivaient ks Samnites. Il y parvint, et l'ennemi, harcelé pai* cette petite troupe, chercha d'abord à k chasser de sa position. La résistance opiniâtre et même* leis attaques dès deuxcolioftes les retinrent : Foticatsion ftit perdue, et Tàrméerbéiainé' atteignit la dbaine opposée, d'où idlîe put regagner une in^illeurd position, en bon
ordre dé bataille.
Decius cependant ne cè^sait^ de combatte à la tête des siens. La nuit étant tenue, les Sànitiites se couchèrent autour de cette hauteur et se livrèrent au -sommeil. A la seconde veillé , les Romains de^ cehdirent pour se frayer un cheibin vers Farinée du cônsuL Quand ils fiirent dédbuVérts, ils étaient déjà au milieu des Samnites ifetii^ valeur les conduisit heureusement àù but' Dèdus leur fit 'foire halte daii^ le voisinage' du^camp en' attendant le
la seule yersioii qui me j^àniSsse plausible après j aroir beaucoup réfléchi.
**& i6ao : la centurie avait alors yingt-sept hommes.
jour, disant cpi'3 n'éuât pas conyenable que de tek hommes fissept leur entrée dans les i&i^res de la waiti Quand' on sut que ceux qui s'étaient déroués à la mbrt pour le salut de l'armée étaient sauvés M qu'ils aj^rochaient, tous coururent à.lenr ren* contre : le tribun entra dans le camp avec toute la splendeur dW triomphe décerné^ vdlontairement^ et le consul le salua, en le remerciiÉit au nom de l'armée. Decius interrompit cet inurile* panégyrique : il dit qu'il Mlait profiter de la consternation qu'avait jetée une double dée^ition dans Ternît de l'ennemL On ajoute que les légions -furent immé- ^tement conduites vers les montagnes, que beaucoup d'ennemis furent tués, que beaucoup s'enfuirent; qu'enfin trente mille hommes qui s'étaient jetés dans le camp y furent taâlés en pièces. Sans parler de l'exagération visible du nombre, je raconte cette victoire avec beaucoup d'hédtation; car on ne voit pas que l'on ait poursuivi le but de la campaghe, qui était la dévastation du Samnium. Le triomphe du consul ne prouve rien; car il aura pris part à la batdlle de Suessula» D-'iui autre *c6té on pourrait penser que ce- fût la retraite de son collègue sur Cumes qui l'empêcha de profiter de la victoire, n'est possible que l'armée contre laquelle se battit A. domelius, fût composée dé- levées faites à la hâie pour couvrir le pays, tandis que le noyau de larmée &isâit la guerre sur lé terrîtoirr ennemi. ^
Googk
U y a quelque plaisir à rapporter, d'après les au^ teurs romaiift, les récompenses que reçurent Dedus et ses guerriers : outre les distinctions' ordittairès,* on donna au tribun une couronné d'or, cent bosikf» et un magnifique taureau blanc au^ cornes dorées^; C'est la récompense que jadis avait obtenue Minuçius. Les soldats eurent à tout jamais douUe ratiote; on fit cadeau à chacun de deux hàbillenïens et d'un bœuf. L'armée , approuvant de ses acclamations les libéralités du consul, offrit à Decius une couronne de gazon , signe d'honneur qM l'on décernait habituellement à ceux qui avaient dégagé un corps d'armée; elle en décerna de semblables à ses soldats* Decius immola le taureau blanc au dieu de la guerre, et distribua les cent bœufs à sa troupe; afin qu'il ne manqua^ rien à la fête, chaque soldat de l'armée donna aux guerriers de Decius une livre de gndns et une ration de vin.
Probablement les deux armées avaient été réunies à Suessula sous le commandement suprême de Valerius : toujours est-il que quand il poursmvit l'ennemi, il y laissa deux légions; or, un camp consulaire n'en avait pas plus, si l'on en excepte les auxiliaires.
L'armée battue près du Gaurus s'était concentrée et renforcée; elle recommençait à dévaster la Campanie. Aussi prudent que brave, Valerius n'entreprit point l'attaque du camp retranché; il renvoya tous
(»69) les bagages, dont il pouvait se passer d'autant plus aisément, qu'il était voisin de Capoue; puis^ il alla occuper un camp fort resserré, qui ne contenait que les guerriers, et dans lequel probablement étaient réunies les deux armées» comme plus tard celles de C Claudius et de M. livius. Trompés par l'apparence et calculant le nombre des ennemis par cdui qu'en renferment odinairemént les camps de cette dimension, les Samnit^ demandaient l'attaque, mais leurs che& s'y opposaient Obligés bientôt à parcourir le pays pour chercher des vivres, ils furent encouragés par l'indction du cousul et don* fièrent plus d'extension à leurs courses. Cest ce qu'il voulait II s'empara subitement de leur camp mal défendu : deux légions y restèrent, le reste de l'armée se partagea pour aller attaquer les Samnites dispersés, pour les empêcher 4e se rejoindre et leur couper la retraite l^out réussit à Valerius : les soldats qui, à la bataille du Gaurus, avaient combattu jusqu'à la mort, n'étaient plus que des fuyards, ou bien ils rendaient leurs armes. On dit qu'après la bataille on entassa devant le consul quarante mille iKmdiers de morts ou de fugitifs , et soixante-dix drapeaux. Le soupçon d'exagération plane toujours sur ces récits que font les Romains : ils enflent sans but le nombre des ennemis tués et des enseignes conquises. Cette habitude se manifeste surtout pour ce qui concerne la maison Valeria; on dirait que
( i7o) les invendoiis d« Ydlerios d'Antiuin ont tofloé sur tout eeci; lui, <{ai ayait du goût pour ces contes, aura cru- rtmpUr un devoir.
Rome n'avait pas encore* vu de pareils triomphes.
MYalerius^était le premier général de son temps ^; S09 ^cal^actère affable ne lui donnait pas notoins de pouvoir que l'admiration et la confiance qu'il inspirait : au lieu 'de se livrer à ces ignobles jeux de dés de la guerre de trente ans^^S 1® soldat romain coursdt^ sautait, maniait de lourdes armures ^^^ : Valerius, quand ce n'était pas. l'heure du corn* mandement, se mesurait avec le dernier fantasân : il plaisantait ftmiHèrement avec les soldats ^t ne s'eiffensait point de leurs saillies ^3^. A la guerre comme au fprum, ce fut le principal appui de sa patrie; il rétablit la paix entre les ordres. Il est sans exétifple de voir une aussi longue vie accompagnée d'un bonheur aussi constant. Dans^ sa vingt-neuvième année il vainquit les Samnites; en la vingfrtroisième il avait étjé élevé au consulat : quarante-six ans plus tard' il fut nommé pour la sixième fois , et ce ne fut point un vain honunage de l'amour du peuple. La république, dans des circonstances diffidlés, rap-
»3«» Tite-Liye, VIO, 16.
*3' Leurs mœurs sont décrites avec beaucoup de vérité dans Simplicissimus.
•3i Salluste, Fragm. Hûi., pag. 284, éd. Bip. *« Tite-Live, VO, 33.
( 17» ) pdbât son vieux héros. Il est doux pour une grande ame d*ètre appréciée^ dès la première jeunesse, et de soràr des voies ordinaires pour prendre une posi^ lidon méritée. Il est plus rare qu'un homme de cette distinction smt de la part de sa nation l'objet d'un demi -siècle de constance, surtout lorsqde, comme Valerius, il vit dans un temps qui, par le nombre de ses hommes iHustres, efface l'éclat des anciens jours. Talerius occupa vingt et une fois la chaise curule, et atteignit sa centième année 9^. Il est vrai qu^ors il ne se voyait plus "environné de ces grands caractères, et qu'il n'était plus dans l'heureuse époque qui engendre et féconde l'avenir; ^^^
»34 Pline, H. iV., Vn, 48.
*^^ Nos pères reconnurent avant notre naissance dans Gœtz de Berlichingen et dans d'autres ouvrages d'un jeune homme qui ayaît alors fâge de Yalerius à son premier consulat, le {K>étë qui surpassait de beaucoup tons ceux de notre nation, et qui jamais ne pourrait être surpassé. Il j a plus d'an demi-siècle que Gcethe jouit de cet hommage; Toîd déjà la troisième génération d'hommes adultes qui le regarde comme le premier de la nation , comme l'homme sans second , sans lÎTâl : les enfans apprennent son nom comme ceux des Grecs autrefois sayaient celui tiraomère. Il ar yécu assez pour yoir^ griees à loi sortout^ notre littérature honorée et admirée par l'étranger; mais il a survécu à l'époque de création et de jeunesse^ et lui s^l est resté. Pnisse-t^il néanmoins^ jouis» sant de son éternelle rigueur, demeurer encore long-temps parmi nous! Puisse- t-il, dans des jours sereins, recevoir de notre yieillesse les mêmes hommages qu'il reçut de notre
En la mtoid année 407 (^i^)» ^^^ année latine a^iarée envahit les Peligniens, de même soucbe que les Samnites , et leurs alliés. Cette expécituon, pour tout homme impartial, paraît ein évidente connexité avec l'ensemble des opérations de cette glorieuse campagne.
Il &ut que l'année suivante le tour de comman<^ dément ait appartenu aux Latins ; car Rome était paralysée par la révolte de l'armée. On ne parle pas d'un seul Hait militaire, et nous avons déjà fait re* marquer qu'en dépit de cette apparente inaction, tous les avantages précédemment conquis demeurèrent aux alliés : il est même vraisemblable que pendant l'année 408 (4i3) on en obtint de nouv^ux, mais qu'on les dut aux armées des Latins. Malgré les batailles qu'ils avaient perdues, les Samnites font des excursions sur les deux rives du Vuliume, et même jusqu'à Suessa^^. Elles eurent lieu à la fin de 407 (4^^)» ^^^^ ^^ peuple était loin de se laisser abattre par les plus grands malheurs. En 469 (4i3) une armée consulaire, sous le commandement de L. Emilius, pénétra sans obstacle dans le Samnium.
en&nce! Enfin puissé-je, qaand elle sera complète, lai pi^
senter cette histoire qa'il accueille avec bonté ! — Niebahr
Scriyait cette note en 1829 : il moorat en i83i et Gœthe
en iSSâ.
. *^ Tite-Live^ YS^ 38. Les habitans de Suessa demandèrenf
garnison.
C »75 ) Cesc, sans doute ^ que Tarmée sabelfiqtie était opposée k un autre ennemi dans une autre région : déjà la guerre entre Rome et le Samnium était ter^^ minée dans tous les esprits,
U y avait nécessité de rétablir la paix y de ne point épuiser ses forces en faisant couler le sang des guerriers sur des frontières éloignées; car.il était à craindre que les fruits de victoires chèrement achetées ne devinssent le profit d'autrui, tandis que la république s'affaiblirait et courrait un double danger. Après les victoires des premières campagnes , on pouvait regarder comme imminente l'entière soumission du Samnium : Rome alors n'aurait plus eu de contre-poids à opposer à la formidable puissance du Latium ligué avec la Gampanie. La paix fut donc aisée à conclure : il suffît à l'honneur romain que le Samnium payât la solde d'une année, et fournît à l'armée des approvisionnemens de grains pour trois mois. Les Samnites ne perdirent pas un pouce de terrain; les Romains promirent même de ne pas les empêcher de soumettre les Sidicîns, qui avaient donné lieu à cette guerre, et dont le territoire séparait le Latium de la Gampanie. Une alliance offensive et défensive entre les deux États suivit ce traité, ou fut stipulée dans ce traité même ^^7. Elle
*^7 Gela est évident parles premières opérations de la guerre latine. Les consuls traversent le pajrs des Marses et des Peli-
(>74) ne pouvait être dirigée que contre ceux à c6té desquels les soldais romains venaient de combattre; car leur puissance croissante excitait la méfiance et le mécontentement.
La guerre latine.
 cette époque, Tannée consulaire commençait en été, à peu près en même temps que celle de rOIympiade. U est à présumer qu^en général les campagnes avaient lieu en automne : l'hiver amenait un repos pendant lequel se préparaient les changemens politiques. En 409 (4^4)9 atant la conclusion de la paix avec les Samnites, le consul C. Plaulius marcha contre les Volsques de Privemum et d'Antium; ce qui était encore la conséquence de Tancienne alliance. Privemum acheta la paix en cédant deux tiers de son territoire; il est manifeste que le Latium obtint son tiers comme Rome ellemême. On se battit de nouveau contre les Ântiates au sujet de Satricum; une victoire péniblement obtenue eut pour résultat la dévastation de leur pays jusqu'aux rivages de la mer.
Mais dès que Rome se fut débarrassée de la guerre contre le Samnium par une paix qui sans aucun doute, violait l'alliance latine, il dut se former de
goiens^ et la fronlÂèrftdes Samûitei^ auxquels Us se réunissent près de Gapone.
( »75 ) nouvelles ^relaiioiis. Les ^ickis fiirent alxmdoimés aux SuDiiites, et quand les garnisons romaines eu<real été retirées « les Campaniens ne virent plus de salut que dans la continuation de leixr alliance avec les Latins : réunis, ces deux peuples se trouvèrent assez forts, au printemps de la même année con* sulaire , pour entrer dans le Samnium avec une grande armée.
Comme Rome et le Samnium s'étaient unis, les Latins, de leur coté^ conclurent la paix avec les Volsques d!Antium et tout ce qui restait du nom volsque le long de là mer ; puis ils se liguèrent avec etix ^^^ : de même les Âurunces , qui sont les Volsques du Lins. Fundi et Formiae s'abstinrent néanmoins et donnèrrat passage aux Romains. Les Fastes triomphaux nous attestent que les Berniques ne firent point cause commune avec les Latins, et la continuation des relations avantageuses établies par le traité, prouve, d'une manière décisive, qu'ils restèrent les alliés des Romains. Les inimitiés ordi* naires entre voisins expliquent leur éloignement pour les Latins. Cependant Rome ne pouvait, même réunie avec eUx, atteiiidre, par sa population, au nombre des Latins et de leurs alliés.
On ne pourrait^U^^ Rome ni le Latium de s'être séparés : la fin de relations aussi mal établies
»38 Titc-Ltre, VDI, 3.
(176) était inérilable, et ne devait, tout au plus, qu'être différée. Dè»-lors, il était impossible de croire qcM ces États, une fois indépendans et séparés, vivraient en bonne amitié* U ËJlait que désormais une lutte terrible décidât si Homp deviendrait une ville latine, ou si les Latins seraient les sujets de Rome. La nation éleva donc au consulat, avec T. Manlius, P. De* cius, le sauveur de Tannée de Cornélius dans le Samnium. On était en l'année 4^0 (4^^)*
Cependant les Latins désiraient éviter k guerre au moyen d'une réunion; mais le projet en était assis sur la parfaite égalité de deux peu{4es entiè* rement libres, et elle était proposée par celui des deux qui comptait le plus de combattans nationaux et alliés : ce fut donc plutôt une concession qu'une prière, et la demande en ^ fut £sâte avec quelque présomption. En tant que la narration de Tite-Iive peut être regardée comme historique, il &udrait admettre que les Romains se constituèrent, du moins en apparence, médiateurs entre les Latins et les Samnites. Des ambassadeurs latins , les dix premiers de leur sénat, et même les deux préteurs, vinrent à Rome : le sénat les reçut au Capitole. Ils déclarèrent^ au nom de leur nation, que désormais les rapports établis par leurs ancêtres , ne cdlivenaient plus aux circonstances, et qu'il fallait les changer par des traités nouveaux ou par la guerre. Us étaient, disaient-ils, prêts à reconnaître la préséance de Rome,
( 177 ) et quitteraient même le nom commun à tout leur pays, pour prendre celui de la première de toutes les villes latines. Ainsi ils consentaient à ce que le nom romain prévalût sur le nom latin. Mais , ajoutaient-ils, il n'y a pour le Latium ni nécessité ni raison de souffrir la moindre atteinte à sa liberté ou à sa dignité; surtout si l'on considère que ce pays est le cbef-lieu de tous les peuples voisins. U n'y a pour deux peuples qu'un moyen de s'aUier véritablement, c'est de gouverner en commun dans une parfaite unité. Que Rome et le Latium se fondent donc en une seule nation, et que la moitié du sénat et l'un des consuls soient pris dans le Latium. -— La conséquence nécessaire de cette proposition eût été le doublement du nombre de tribus, pour en admetttre tout autant de latines : la participation eût été étendue à toutes les magistratures composées de deux membres, et toutes les autres eussent été mises sur le même pied , pour rendre le partage possible. On eût difficilement conservé la constitution des centuries; car si les assemblées se fussent tenues à Rome, ce qui n'est pas douteux, les Laûns devaient bien prévoir qu'ils y paraîtraient toiqours en minorité.
Cette proposition ne déplut guères moins à char cun des Quirites qu'à la caste des gouvérnans; car chacun voyait amoindrir et décroître sa part de souveraineté. On se demandait après cette conces-
(178) sion déciderons-nous nous-mêmes de nos affaires ? les étrangers, ne fût-ce ^e pour nous dominer, sWiront pour composer une Ëiction, et de la masse de leurs voix feront, quand ils le voudront, prévarloir les plus faibles minorités. Nos tribus les plus nouvelles, liées avec eux par les rapports du sang, feront cause commune, et nos votes seront toujours étouffés par le nombre. Quoi! ce serait là de la concorde, de la conciliation! L'aigreur ne s'en méleratrelle pas dans peu d'années? Ne voudrons-nous pas , les armes à la main, expulser du forum cesi oppresseurs étrangers? — Je conviendrai qu'en pareil cas les rêves sinistres de l'esprit de parti dépassent les bornes de la vérité, et que l'expérience n'amène pas des résultats aussi amers, aussi durables^ mais il n'en Êiudra pas moins convenir que ce traité n'eût pas mieux atteint son but que la constitution des décemvirs, à laquelle il ressemblait beaucoup, quoique dans de plus vastes proportions. La distinction en gentes et en commune^ devenue d'ailleurs sans importance, en avait cependant encore pour les candidatures aux magistratures curules. Les avantages qu'une possession longue et exclusive, que des sou^ venirs historiques, que des richesses même donnaient aux familles du premier ordre, duraient encore, quoiqu'ils fussent le résultai, de l'usurpation. U n'y avait qu'un expédient, c'était que les ordres romains alternassent d'année en année comme pour
( 179) l'édilité; mais pour là dignité suprême cela aurait eu bien des inconvéniens. L'équité néanmoins était tout en feveur des Latins : pour demander moins que n'avaient les Romains, il aurait fallu se proclamer leurs inférieurs y et avec quelque mépris que Ton ait parlé de l'homme de Seiia, Tusculum a fourni dans la suite les plus nobles familles des Fastes. Les sénateurs montrèrent d'autant plus d'aigreur, qu'il n'y avait rien de moins décidé que l'issue de la lutte. Ils accusèrent les Latins de violation du serment et d'infidélité; ils invoquèrent les dieux conmae vengeurs de leur cause. Toutefois il ne manqua pas de se trouver des hommes qui manifestèrent hautement le vœu d'un arrangement dont on pourrait abandonner au ciel la durée et les conséquences, mais qui préviendrait une lutte dont l'injustice jetait la honte dans toutes les âmes candides y et qui ne différait pas beaucoup des guerres civiles. Ce fut contre ces hommes, ce fut pour prévenir des votes d'indulgence que le consul T. Manlius se prononça si énerglquement : il dît que si la république accédait lâchement à ces prétentions, il entrerait armé dans la curie pour tuer le premier Latin qu'il y trouverait
La tradition romaine racontait, que dans le sénat, les dieux ayant été invoqués à réitérées fois comme conservateurs des traités, le préteur latin L. Annius, de Setia, qui était l'orateur de rambas$ade, osa dire
qu'il bravait le Jupiter romain. Aussitôt le dieu ma-^ nifesta sa présence par un effroyable coup de ton* nerre et par une pluie battante, faisant ainsi connaître qu'il vengerait sa majesté blessée. La punition frappa le coupable sur-le-champ : en descendant les degrés du temple avec la vivacité de la colère ^^9, il tomba de toute leur hauteur et mourut aussitôt. ^4» A peine si, pendant le séjour des autres ambassadeurs ^ les magistrats romains purent dompter la fureur du peuple.
Les légions de la république latine étaient en mouvement contre le Samnium avec leurs alliés des environs de Capoue24i. Il faut admettre qu'elles s'étaient mises en marche avant le départ des ambassadeurs pour Rome. Si l'on eût pensé que la guerre allait éclater contre elle, on n'aurait pas envoyé si loin les forces principales de k nation.
Les Romains conçurent et exécutèrent leur plan
^0 Le temple du Gapitole était sur une plate-forme disposée à cet effet deyant la forteresse : il n'est pas possible qu'un escalier j conduisît ; les anciens n'en construisaient que pour rendre accessibles les édifices situés sur des hauteurs. Il est probable que ce récit s'applique aux centum gradus qui du Velabrum s'élevaient yers la roche Tarp^ienne.
»4« C'est ce que disaient presque toutes les Annales : exa-^ mmatum auctores non omnes sunt. Tite-Live^ VIII^ 6. QueU q^es-unes, pour éviter le merveilleux, ne parlaient que d'une faiblesse. Tite-Live les imite.
»4» Tile-Live, Vm, 6.
( i8i ) de campagne; c'était à la fois l'un des plus audacieux et des plus savans qui aient jamais illustré aucun général. Deux armées consulaires, c'est-à-dire quatre légions, furent destinées à la guerre : une réserve dé seniores et des légions urbaines demeura sous le commandement du préteur L. Papirius, qui fut créé dictateur ^42, dans Rome et devant Rome. Il est probable qu'immédiatement après la rupture des négociations les armées se rendirent à marches forcées dans le Samnium par le pays des Sabins, des Marses et des Péligniens , que l'alliance samnile ouvrait aux Romains. lies Berniques pouvaient les y rejoindre en décrivant l'arc dont la route de Rome à Capoue forme la corde. Mieux avisés, les Latins se seraient portés sur-le-champ vers Rome; ils auraient coupé les consuls de la ville et lauraîent mise en grand danger, car ils n'auraient eu afl^re qu'aux Romains, et si la nouvelle de la résolution de l'ennemi les eût fait rétrograder, une bataille gagnée pouvait tout décider; tandis que si elle eût été perdue pour les Latins, elle n'eût pas été aussi funeste, puisqu'ils étaient au sein de leur pays, et entoures de leurs forteresses. Au contraire, une bataille livrée en Campanie était décisive, de quelque icôté que tournât la victoire. Si les Romains eussent profité de l'éloignement de l'armée latine pour atta-
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'4» Ïite-Live, VIII, 12.
qiz6r les villes ulie à une, ils auraient bien pu en prendre quelqu'une. Si Tarmée, au contraire, fût venue les protéger, les Samnites seuls eussent décidé de tout en Campanie : une fois qu'ils eussent été mab> très de Capoue , il ne restait plus que bien peu d'espérance de jamais étendre les limites de l'empire au^ delà du Vultume. Mais un génie supérieur sait inspirer à un adversaire d'une faible capacité les fautes qu'il veut lui faire commettre. L'audace de l'entreprise elle-même retint l'armée latine comme par enchantement. On ne savait d'ailleurs si les Romains se détourneraient de leur route, ni en quel» endroit; on ignorait s'ils pousseraient jusque dans la Campanie. Les Latins aimaient mieux, par de très-futilès moti&, y transporter le théâtre de la guerre que d'exposer le Latium. Ils comprenaient que des marches et contre -marches exécutées d'après de vains bruits, feraient tourner les évènemens contre eux. Ces considérations furent aisément prévues par les Romains, qui virent bien aussi que les Latins n'abandonneraient pas Capoue à elle-même et à sa mollesse : ce fut cette considération qui dicta leur plan dé campagne.
Il y a dans les Annales romaines une constante altération de la vérité : dans quelques-unes il était dit que les Samnites ne rejoignirent les Romains qu'après la bataille, tandis que la plupart, adoptant un «récit plus sensé, disaient que l'armée romaine
( ï83 ) avait marché sur Capoue avec les Sanmites^^. Ce ne fut point auprès de cette ville, ce fut au pied du Vésuve ^e se donna la bataille. ^44
Les armées étaient en présence; les deux consuls firent défendre sous peine de mort de s'engager dans un combat singulier : aux avant-postes l'occasion en pouvait naître aisément , parce que les Romains et les Latins se connaissaient personnellement pour avoir fait ensemble les campagnes précédentes. Il était d'autant plus important de prévenir cet engagement, qu'il en p(^uvàit résulter dans im moment inopportun une action générale, ou qu'il aurait fellu dévorer une injure. Peut-être aussi voulut- on empêcher que de pareilles querelles ne pussent servir de prétexte à la trahison, favorisée par d'an* ciennes relations ^4^. L'ennemi devait connaître cette
»43 Tit^-Live, VIII, ii^ conf. 6, lo. Denj^ s'empare du meusonge ponr en forger des discours d'apparat. Exe* de leg,, pag. 2520, 2325^ R.
*44 Je rappelle la bataille du VcsuYe. Tite-Liye dît qu'elle eut lieu au pied de la montagne sur là route ad Veserim* Nous ne sayons pas si c'était une ville , une montagne ou un fleure.
^45 Les passages où Tite-Live trouva cette intimité comme raison de la défense^ ne peuvent se rapporter qu'à la crainte de la trahison ^ et les mots : ne quo errore milites caperentur^ sont un adoucissement de la pensée : error est ici pour délie» ium (v. Forcellini). Une trahison de la part de soldats romains était une chose tellement monstrueuse^ qu'on ne voulait ni l'exprimer ni la supposer. *
( > 84 ) prohibition. Un chef de Tusculum rencontra k fils du consul Manliusi qui était à la tète de qudques cavaliers : il se moqua de la sage prévoyance des généraux et de la prudente obéissance des troupes* Le jeune homme ne put résister à cette provocation; ils combattirent, et le téméraire fut renversé d'un coup de lance. Le cœur le plus accessible à la Ëiiblesse n'aurait pu pardonner : la sédition qui avait éclaté deux ans auparavant pouvait avoir produit un relâchement de discipline, dont les conséquences eussent été bien dangereuses .dans les circonstances présentes; car tout le salut dépendait d'une soumission capable de faire de l'armée comme un seul corps, dont le chef est l'ame et s'idenû&e " avec lui en un seul tout. U est beau de hre dans Tite-Live comment le jeune Maulius, ivre de sa yiotoire, apporta à son père les dépouilles du vaincu; comment, pour toute réponse, celui-ci le condamna et fit e:itécuter Tarrêt. Un historien étranger ne peut accorder autant de développemens à ce récit; il lui sera bien permis du moins de montrer, avec le grand narrateur des Annales romaines, les compagnons de ce malheureux jeune homme, brûlant avec son corps les tristes insignes de sa victoire, ces insignes qui l'eussent accompagné au triomphe de son père, qui ieussent orné ses pénates , s'il les eût conquis dans un combat légitime : pendarit que ce père endurcissait son cœur, les guerriers se répandaient en gémis-
B«iieiis autour du mort; la jeunesse ne vint point au-devant du vainqueur, et tant qu'il vécut elle s'en éloigna et le maudit ^4^
Les deux consuls virent en songe un être d'une taille surnaturelle, qui leur annonça que le chef de l'ime des deux armées, et l'autre armée elle-même | étaient dévoués aux dieux infernaux et à la déesse delà terre. Us se promirent mutuellement que celui dont l'aile commencerait à plier, se dévouerait luimême et l'armée ennemie aux divinités souterraines. Même avant la bataille , les||ntrailles de la victime présagèrent malheur à Decius247. Qu'importe, r^ pondit-il à l'aruspice, pourvu que mon collègue ait eu des signes favorables.
Les Romains se taisent sur la part des Samnites à cette victoire décisive : il n'était pas dans l'esprit de ce peuple de rester spectateur du combat ^48 j le
»46 Tite-Live, Vffl, 7.
*47 Caput jecinoris a famlliari parte cœsum. Tite-Life, VIII, 9. Les bouchers de Rome appellent capo delfegaio, la partie dn foie qui est adhérente au diaphragme ; c'est bien certainement le caput. Cette partie une fois détachée et divisée «n deux parties égales pour l'usage des auruspices, le présage dépendait de Fendroit où pénétrait le couteau. Parmi tous les intestins ; on donnait la préférence au foie pour les présages, parce que c'est dans cette partie que les maladies et les particularités fortuites présentent le plus de vaiiétés et se manifestent en plus grand nombre.
*^* Samnites suh radicibus montis procul instrucii — / Tite- Live, VIII, 10.
piû de la victoire appartenait plus natureUemeni aui combattans, bien que Rome le prît pour elle seuk; Il est impossible aussi que les Berniques aient été seuls opposés aux quatre peuples alliés des Latins. Cétait là la place des Samnites : Tordre de bataille sabellique était opposé à celui des Osques, comme Tordre de bataille latin à Tordre^de bataille laûn.
A l'aile gauche , commandée par Decius , dès que le premier rang céda, le consul accomplit son yœu: debout sur un javelot, vêtu comme pour un sacri* fîce, et la tête voilée, y^épéta la formule prononcée par Je pontife M. Valenus : « Janus, Jupiter, Mars „ père, Quirinus, Bellone, Lares, dieux novensi- « les 249, dieux indigètes, dieux qui avezs pouvoir « sur nous et sur Tennemi; dieux Mânes, 7e vous « prie, vous supplie, vous demande en grâce, et « ïy compte, d'accorder heureusement au peuple « romain et aux Quintes ^ôo force et victoire, de
^49 DU Noçensiles : rexplication la plus simple dit qu'il s'agit des neuf divinilés fulgurales de rÉtrurie. L'incertitude qui régne à ce sujet est une des preuves les plus positives que pour les contemporains de César la haute antiquité n'était plus qu'un livre fermé. ^
a5o Yojrez, sur la formule, tom. I, pag. 4^2 , remarque 762. Tite-Live avait incontestablement écxïipro pop. R. Qui" ritihus, — mais à coup sûr il n'a pas tracé la leçon de 1^ Vulgate pour la république des Quirites; et je ne pense pas qu'il ait écrit non plus, comme le veut Brisson : pro npublica Quiriiibus.
( i87 ) « frapper les ennemis du peuple romain d'époux « vante et de mort. Ainsi que je le déclare par ces « paroles; oui, pour la république et les Quirites^ « pour l'armée, les légions, les auxiliaires du peu* (c pie romain et des Quintes, je me dévoue, et avec « moi les légions et les auxiliaires de l'ennemi, aux et dieux Mânes et à la terre. '^
Dès ce moment Decius parut à cheval aux deux armées comme un génie d'extermination qui se pré-» cipitait au milieu des Latins, ^épouvante courait devant lui, et quand il tomba percé de traits^^i les Latins plièrent, mais ils n'étaient pas encore vaincus* Prévoyant que le sort de la guerre dépendait d'une seule bataille , les consuls avaient armé la cohorte de remplacement, les accensi; ils les avaient exercés et leur avaient donné des lances comme à la troupe de ligne. Les Latins n'avaient pas songé à rien faire au-delà des réglemens. Dans ime action où le courage et les forces sont égales, l'arrivée d'une réserve fraîche à laquelle on n'en peut pas opposer d'autre^ est décisive. Les antâsignani des deux armées étant fatigués, les Romains firent avancer les accensi; déjà l'ennemi se vit obligé de faire donner ses triaires.
Manlius attendit qu'ils se fussent afiaibUs avant de
>^' Il j a encore une yersion d'après laquelle Decius, comme une victime consacrée^ aurait été tué par un soldat romain (Zonaras, II); par bonheur on ne peut prouver la vérité de ce fait monstrueux.
(188) faire avancer les siens ^ qui chargèrent d'une manière irrésistible ^^^. A la résistance la plus opiniâtre succéda une fuite générale et une défaite épouvantable^ On dit qu'à peine le quart de l'armée latine échappa. Immédiatement après la bataille les vainqueurs prirent le camp : il y avait beaucoup de prisonniers, la plupart Campaniens. Ce ne fut que le lendemain que l'on retrouva le corps de Decius parmi des monceaux de morts. On l'inhuma avec pompe.
Les débris de l'^mée latine ne purent se réoqir que dans Vescia^ôS^ yiHe d'Ausonie; ils avhient san* doute été abandonnés' par les Campaniens , qui livrèrent leur ville au vainqueur dès qu'ils obtinrent des conditions tolérables. Quelques villes avaient mis de la lenteur et de l'hésitation à exécuter la déclaration de guerre contre Rome; car elles craignaient que cette démarche ne leur fût jamais pardonnée»254 Il y en avait dont le contingent n'était pas arrivé,
^5* Le fond du récit de Tite-Live est authentique et excellent; seulement son récit a besoin de complément.
**^ C'est sans doute S. Agata di Goti, où beaucoup d'antiquités révèlent l'existence d'une ancienne ville. Lés monta- ^ gnes qui s'élèvent sur la droite de la roUte de Gapaue , sont incontestablement les Montes Vescini,
^^^ Le contingent de Lavinium venait de sortir des portes de cette ville quand il apprit la défaite. Le préteur Miliopins s'écria : que l'on paierait cher aux Romains ce court trajet : paroles qui feraient supposer que la marche fut aban^ donnée dans l'espérance qu'on n'y penserait plus.
*(»89) OU qui venaient de former de nouvelles cohortes Le général des Latins, Numisius, conjura la nation de ne point renoncer à la guerre, et réussit à opérer des levées générales^ Confiant dans la perte qu'avaient éprouvée les Romains, il osa accepter le combat à Trifanum, entre Sinuessa et Minturnes; son but était d'empêcher le consul de passer le Lîris. Ce fleuve coupait la retraite aux vaincus , et la défaite des Latins fut si grande, que toute la ligue se rompit et que chaque ville fit sa soumission séparée. Il n'est pas vraiseml)lable néanmoins que toutes aient pris ce parti, puisque la guerre continua ^55. Ce fait n'est sans doute articulé que par voie de conséquence, et à raison de ce que le sénat délibéra sur ce qu'on ferait du territoire communal latin. Les villes qui se soumirent, subirent pendant cet hiver le jugement du vainqueur. L'histoire a adouci le tableau de ces horreurs; elle dérobe à notre vue les flots de sang que dut verser l'orgueil romain inflexible en ces principes, et ceux que fit couler Manlius poursuivi par les furies vengeresses de la mort de son fils. Nous ne connaissons que le partage des terres abandonnées au vainqueur par la dissolution de l'État latin ; elles furent données au peuple romain avec deux tiers du territoire de Pri-
*55 Tite-Live, VIII, n, Adeoaccùœ ra smt, ut comuli'^ iedenra se amms Latini.
Googit
( »9o ) veniiuu et du pays de Faleme jusqu'au Vulturne. Le partage s'en fit néanmoins de manière à ce qu'il restât encore aux grands un assez vaste domaine ^^^; car en deçà du Liris on n'assigna par homme que deux arpens trois quarts,' au-delà de ce fleuve que trois et un quart. Les chevaliers campaniens , pour être restés fidèles à Rome, eurent le droit de bourgeoisie, le murHcipium. On imposa à la république de Capoue l'obligation de faire à chaque chevalier une rente annuelle de 4^0 deniers, et il y en avait seize cents. Il est probable qu'ils s'étaient déclarés par un décret des curies contre l'alliance du Latium. Peut-être cette indemnité leur fut-elle adjugée en compensation du territoire de Falerne, domaine public de leur patrie, dont ils avaient précédemment la jouissance. L'importance de la somme de 720,000 deniers atteste assez l'opulence de Capoue. Ainsi fut divisée cette ville si grande, qui eût été si puissante si elle l'eût voulu : ses principaux citoyens se lièrent au sort de Rome^ car ils y étaient intéresses, comme tous les porteurs de créances le sont à la prospérité de l'État devenu leur débiteur.
Nous ne saurions dire ce que les Samnites gagné- * rent à cette guerre : ce fut probablement le droit
^ De là ces plaintes sur une insuffisante distribution : ager maligne pUhei diçisus. Tite-Lire, VUI, la.
. .('90 âe s^eteadre vers le Lins supérieur. Capoue leur échappa; néanmoins on ne saurait les accuser dmconséquence pour s'être ligués avec les Romains. Le Ladum, s'il eût triomphé, leur eût été beaucoup plus dangereux, et bien plus encore Rome et le Latium réunis en un seul État Or,* s'ils eussent abandonné Home à elle-même , cette réunion était à craindre f du moins les deux peuples versèrent mutuellement beaucoup de sang et s'épuisèrent avant de se con* fondre dans upe même souvemneté.. <
En la même année 4^0^(41 5) le préteur L. Paptrius fut créé' dictateur pour marcher contre les Antiates qui dévastaient les pays des alliés de Rome; il ne fit qu'une guerre défensive. Tite-Iive suppose que ce &it est postérieur au retour de Manlius; luaîs il est beaucoup plus vraisemblable que tout cela eut lieu pendant l'expédition de Campanie. On avait des raisons suffisantes pour laisser un dict£U;eur à Rome au moment où les deux consuls s'éloignaient : il n'y en avait plus aucune pour en nommer un après le retour de Manlius.
La constance d'Antium encouragea les villes qui étaient encore sous les armes; peut-être fut-elle cs^se que plusieurs de celles qui s'étaient soumises, et que le désespoir poussait à bout, se révoltèrent encore en ^11(^16).
Dans les montagnes de Preneste, auprès de Pedum, se rassembla une armée de Tibur, Preneste^
• ( 190 Véliires, Ântium et Lavinium^S;. La mollesse avec laquelle fut conduite cette campagne, montre clairement combien la précédente avait été sanglante et désastreuse pour Rome même. Le consul Q. Publilius battit les insurgés; maïs son collègue ne par-^ vint point à prendre Pedum.
La conquête du Latium fut complétée en Fan 412 (4i7)' Les Latins avaient perdu tout espoir de résister en bataille rangée ; ils se bornèrent à décider que chaque ville défendrait ses murailles, et serait secourue par les autres en cas d'attaque. Le consul C. Maenius battit, sur les bords de l'Astura, les Yéliterniens , les Âriciniens et les Laviniens, qui Vjgnaient pour dégager Ântium. L. Camillus défit les Tiburtins et les Prenestins, qui l'attaquaient devant Pedum, pendant que les assiégés faisaient une sortie. Les murs de la place furent escaladés le même jour. Après ces dé£iites, tous les Latins posèrent les armes; des garnisons romaines furent mises dans leurs villes. La campagne fut promptement terminée, et les con-
*^7 Cette leçon vaut mieux sans doute que Lanwium; car les Fastes nous apprennent que l'on* triompha ctes Laviniens en l'an 4i3 (4i7)' Après la destruction de l'État latin ^ on voit reparaître les anciennes masses : ici Tibur et Preneste^ là Yélitres et Antium ; il s'jr joint quelques fractions isolées de Latins habitués à l'obéissance. Il se pourrait que les Ardéates, dont le tenritoire avait été ravagé par des expéditions venues d'Antium , fussent restés entièrement fidèles.
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(•93) sttla, qui ne seraient pas revenus si tout n'eût été fini, triomphèrent dans les derniers jours de Sep* tiembre.^^^
'• Mais si le sénat n'eût adopté un système de sa-^ gesse et de. modération, cette victoire n'aurait fait qu'affaiblir Rpme; elle y aurait perdu des troupes qui jusque-là doublaient ses légions, et la rébellion se serait à chaque instant renouvelée. On divisa les peuples latins de telle sorte que quelques-uns, devenus Romains, eussent d'autres int^éréts que leurs compa-* tnotes, et ne pussent manquer de s'opposer à leurs vœux et à leurs entreprises. Les villes les plus puissantes furent affaiblies et humiliées, sans que la nation ait pns fait et cause pour elles.
Ce que Tite-Live. nous rapporte sur le sort du Latium est fort instructif; mais, outre que ses renseignemens sont incomplets , il n'était pas , à coup sûr, exempt d'inexactitude. Il dit qu'Âricia, Nomenimn et Pedum ont reçu le droit de cité sur le même pied et en même temps que Lanuvium ^^9. Cependant le passage classique qui définit les. trois espèces de municipe, met les Ariciens sur la même UgiilW[ue.' les Ânagniens, c'est-à-dire, parmi ceux dont toute la bourgeoisie a été admise, en entier,
' 958 Yojet les Fastes. Qa^on se lappetfe quils entraient ed charge rers le commenoi6ment.de Juillet.
»59 vm, i4.
( 194 ) dans l'État romain, à titre de sajétion et sans drok de suffrage : ce même passage» au contraire, eite les Lanuviens et les Tusculans comme isopolîtes, en ajouUnt qu'ils sont devenus citoyens romains dans la suite 9^. Velléjus aussi admet que l'on ne concéda aux Ariciens que le droit des Cserites, c'esthà-Are» des sujets; car il en fait mention dans son Otalogoe des colonies, sans y comprendre aucune ville qui ait en le droit de cité complet 3^>. Et vraiment il n'est pas croyable que Pedum , qui fut le centre de la |4as opiniâtre résistance, et qu'il fiillut prendre d'assaut, ait été considérée comme digne d'un tel bonheur. Les Lanuviens, au contraire, étaient regardés comme de très* fidèles alliés; et s'ils paraissent avoir pris, comme les Ariciniens, une part active à la suite de la guerre^ c'est uniquement parce (|u'mie faute de copiste a substitué leur nom à celui des lâvinieps. Telle est évidemmunt l'origine de l'erreur dans laquelle Tite-Live est tombé : il trouva marqué, pour ces trois villes comme pour I^anuvium, qu'on leur avait accordé la cité, civiias^ et il ne réfléchit point que ce droit était source de bonheur ou de ^misère, selon qu'il signifiait bourgeoisie ou suj4tion.JiHlnit néanmoins que des Latins aient obtenu la bourgeoine avec tous ses avantages; car les censeurs suivans en
^«» Festiu, s. V. Mumépinm.
( 195 ) formèrent deux tribus, et les noms de ces tribqs attestent que lears répons étaient situées dans le Latium^^* : la tribu Mœcia tenant le sien du mont Msecius, près de Lanuvium ou d'un lieu voisin, il y a certitude dans la suppontion que les Lanuviens y furent inscrits comme citoyens jouissant du droit de cité complet» Si l'on en parle donc comme d'iso* polites, cela se rapporte évidemment à Tépoque plus ancienne de la dissolution de la Kgue latine, k l'époque où l'on avait rëtaUi, tant avec eux qu'avec les Tusculans, des relations interrompues. Tite-Iive dit de ces derniers qu'on leur èonserva le droit de cité qu'ils avaient : je ne pense pas non plus qu'alors ils en aient obtenu un plus étendu, car plus tard ils entreprennent, avec les Vélitriens et les Privernates, une expédition désespérée, telle que jamais ne l'eussent conçue des citoyens.
On prit aux Antiates les galères avec lesquelles ils exerçaient la piraterie. Il leur demeura interdit de naviguer sur des vaisseaux armés. On fit de leur ville une colonie maritime romaine, et on y envoya trois cents colons; mais les anciens Antiates aussi furent reçus citoyens : ib conservèrent, donc une partie de leurs terres; il est vrai qu'ils n'en eurent ni autant ùi les mêmes qu'ils avaient auparavant. Tout le territoire fut mesuré et partagé, et la partie
*^ Tite-Lire, Vin, 17. Tr^Êss aiHim Mœeia ei Scaptia.
(«96) qui n'advint point aux colons romains /fut assignée par le sort. Vélitres fut traitée durement, ses murailles furent démolies; ses princijpales familles bannies au-delà du Tibre, et ses champs distribués à des colons romains* Vélitres faisait partie de la ti4bu Scaptia^^^ : il se peut qu'elle lui ait été attribuée dès 417 (423), et que les colons romains n'y aient point formé de communauté urbaine proprement dite. Tîbur et Preneste perdirent une portion de leur territoire : sans doute leS villes, leurs sujettes, passèrent sous la domination immédiate de Rome. Toutefois on leur rendit l'isopolitie; jusqu'à la loi Jûlia, il y eut avec ces villes un traité, d'après lequel tout Romain pouvait se rendre en exil chez elles ^^4: à l'égalité près, ce fut probablement le même que le traité qu'avait conclu Sp. Cassius. Les Laurentins gardèrent sans doute ces droits, ainsi que beaucoup ^'autres, dont on ne parle pas. On peut avoir pareillement gardé le silence sur ceux qui obtinrent le droit de cité.
On interdit à tous les Latins le droit de se réunir en assemblée générale ; le droit de contracter des mariages valables et d'acquérir des propriétés fut restreint au territoire de chaque ville ^^A De la sorte
^^ C'était la patrie des Octavius; ils étaient de la tril>a Scaptia. SueU Ociaç., 4o.
»Ô4 Tome BŒ, pag. 88.
,^ Voyez dans Tile^lirc, VW, i<.
( 197 ) U ne pouvait éclater au lieu dé séditions que de tumultuaires émeutes; car les magistrats ne pouvaient décréter aucune alliance. Peu à peu les villes se devinrent étrangères les unes aux autres, et, comme il arrive entre communautés voisines quand leurs, relations cessent, elles finirent par se haïr. Nul Latin ne pouvait acheter de terre dans une ville déchue; «lies passèrent entre les mains de citoyens romains. ^^
On institua pour Capoue, Suessula, Fundi et Formiae, en leur qualité d alliées, un droit de municipe2.^7 semblable à celui dont avait joui précédemment le Latium. Elles eurent autant de liberté , mais, elles .ne furent pas avec Romç sur le même pied
^^.L'historien qài fait ressortir Tutilité de ces .mesures et leur ^profondeur, ne devrait pas.airoir à se défendre du reproche de les rapporter avec complaisance, et peut-être cela est-il nécessaire. Je suis, fort éloigné de considérer comme noble et magnanime la décision de Rome sur le sort du Latium, ou de me faire Tapâtre de la justice de sa cause f> mais ces considérations morales sont oiseuses; il n'est point à craindre que le lecteur né se montre partial pour Rome. La compassion due au malheur est tout autre chose, et celle^ la revient aux Latins.
'^ L'indication fournie, par Velléjus (I, i4) sur Tépoquo où Capoue, Fundî, Formies, obtinrent le droit de cité,^ est en opposition avec celle de Tile-Live. Il j a lieu de croire qu'il avdit sous les jeux un tahleau entièrement errpnné, do«t le vjice l'a égaré dans tout ce chapitre d'une m«iniére tout-à*-. fait inexplicable.
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(198) d'égafiié. Leurs services militaires leur donnaient droit à une part des conquêtes : leurs contingens étaient conduits par leurs propres généraux. Us étaient toujours séparés : la fusion des Latins dans les manipules n'était qu'accidentelle.
Les monumens conservaient la mémoire-des victoires qui de Rome firent une cité dominatrice. Une partie des vaisseaux d'Antium fut conduite dans les arsenaux : d'autres fournirent leurs rostres pour orner le suggestum^. Selon Tite-Live, on
•w Tite-Lire, Vm, 14; XXXVÏ, 3. Si un décîamatenr, qui^ne se complaît qa*i rapetisser, ce qui est ancien a des proportions enfantines (Fioras, I^ 11)9 ^ réduit à six yaisseaux la force de la flotte^ c'est apparemment parce qu'il j en ayait tout autant de murés dans les rostres à Rome. J'ai retrouyé lei^ rosira noça dans de longues fondations^ qui yent en forme d'angle rejoindre les trois colonnes appelées snooessiyement de diyers noms : celui qu'elles ont retena le pins long-temps est celui de Jupiter Stator , mais dans la réalité elles faisaient partie de la Curia JuUa. D'après les rosira nom on peut aisément juger la forme des anciennes rostres. C'était un suggettum long de plusieurs pas^ mais fort peu lai^e. Aux deux extrémités il j ayait un escalier : l'orateur allait et yenait sur un grand espace^ il j ayait de la place pour j mettre les statues qui obtenaient cet honneur* Les anciennes rostres étaient entre le comitium et le forum ^ de façon que l'orateur put se tourner d'un côté et de l'autre* Les nouyelles rostres étaient construites en briques et en tuiles et ciment ^ bien entendu que le tout était reyétu de marbre. Les anciennes , sans doute^ étaient entièrement construites de péperin. C'était
(^99) décerna aux deux consuls des statues équestres *^. et le silence de Pline ne prouve point que L. Gc^ tnillus n'ait point participé à cet honneur ^7^^ surtout ei l'on considère combien, de son temps ^ il avait péri de statues antiques. Mais quand il nous dit que la ^tue de C Msenius fut placée sur ufie colonne, il j a dans cette assertion beaucoup de précision; elle mérite donc plus de foi que les don* nées approximatives des Annales.
Les lois du dictateur Q* Publilius.
Le nombre des plébéiens dans le sénat et leur considération personnelle s'accroissaient de jour en jour. U en était de même du nombre des patriciens qui blâmaient les indignes tracasseries de leurs collègues, et qui, d'accord avec les principaux plébéiens, sWançaient avec espoir vers un meilleur avenir. Alors il dut s'établir des mésintel-* iigences fâcheuses entre la majorité des patres conn scripii elle conséUL général des patres y les curies* La majorité de ces curies, étrangère aux leçons de
9iir riine et rautm place comoié une raeraille d^enviioa ^ pieds de haut; on j incrustait les rosttes des Taisseanx^ Les Grecs aussi mutilaient de la sorte àe$ Taisseaux conquis pour en faire des trophées. On appelait cela dxfoarrtifU^uu
•«9 Yin, i3. •?• xxxnr, 5.
( aoo,)
l'expérience, à la gestion des affaires, et «ans responsabilité sur leur plus ou moins de succès, regrettait amèrement l'époque où le sénat représentait les privilèges de cette caste. Cette majorité, sans doute, ne perdait pas une occasion de &ire entebdre ses protestations : dans son amertume, elle ^devait surtout s'en prendre aux patriciens censés, qœ l'on traitait de déserteurs de leur propre cause. Il devenait absolument nécessaire d'en finir avec ofie faction qui entravait le sénat dans la marche du gouvernement, bien que chaque jour elle perdit de sa, force et de son importance.
Ce n'était point là un de ces sentimens de prti qui animent une caste contre l'autre, c'était l'opinion éclairée de citoyens amis de leur pays. Ce qui le prouve, c'est qu'un patricien des plus anciennes maisons y le consul Tiberius Emîlius, fut le premier a rompre avec ces perturbateurs; à la fin de la campagne de 411 (4*6), il investit son collègue Q. Publilius Philon de la puissance dictatoriale, pour remédier à ce mal par des lois : certes, si elles eussent été proposées par des tribuns, elles auraient' occasioné des troubles violens. Il est déraisonnable de représenter les consuls comme opposés au sénat: il faut bien que Philon ait été créé dictateur par le sénat. Il ne pouvait présenter ses lois qu'aux curies ou aux centuries, non aux tribus, et il ne le pouvait qu'en vertu d'un sénatus-consulte. Il ne s'agit pokit
ici, des ëlitFepiises téméraires d'un démagogue, mais de résolutions du séûat, dans lequel la majorité aura toujours, été patricienne, bien qu'il se fût écoulé râtgt-sept ans depuis les. lois de lidnius. Q. Publiai» était peut-être un descendant du tribun Volero, qui de la commune avait fait une branche du pouvoir lé^latif : dans tous les cas, il est certain que,. ^At par son origine que par lui-même, il se sentait appelé, comme par une heureuse vooition, à com* pléter les libertés de son ordre.
Si Ton trouva nécessaire de nommer un dictateur, pour faire passer les lois, c'est sans doute que l'on s'attendait à une résistance violente; peut-être que le sénat voulut, par cette mesure de terreur, contrândre les curies à renoncer à leurs privilèges. Dans.de pareilles circonstances, on connaît ce que vaut la fictiop qui donne a^ax assemblées délibérantes une libre volonté; à Rome, sans doute, on crut indispensable de triompher de la déraison d'une caste par les moyens extraordinaires que le pouvoir suprême avait à sa disposition.
La première loi disait que désormais, les patriciens donneraient leur assentiment aux lois portées devant les centuries, avant que l'on allât aux voix : en. d'autres termes, c'était abolir lé veto des curies dans la législation par centuries. Il y avait abondance d'entraves dans la marche de celte législation ; le sénat ne pouvait prendre de résolution que sur la
proportion d'un consul, d'un préteur ou d'un êSm* iflteur. Les centuries ne pouvaient la voter que par oui ou par non, sans en rien ôter, sans y rien ajouteré Si elles restaient une proposition salutaire, les curies n'y pouvaient remédier; s'il y avait accord entre le sénat et les centuries, on ne pouvait su[^ser à l'opposition des curies d'autre motif que le pi^éjugé ou la haine. Tant que les curies n'avaient vu dans le sénat qu'un reflet de leurs opinions et de leurs intérêts, leur adhésion acqube à l'avance n'était qu'une vaine formalité : il ne restait plus à l'av^iir que cette formalité* Cétait un souvenir, une relique; on ne voulait rien détruire sans en laisser quelque vestige.
Il n'en fut pas de même de la confirmation des élections aux charges curules : ici le sénat n'avait point de suffrage, et il était bon cep^pdant qu'un vélo quelconque pût être opposé à un choht entièrement libre. Les curies gardèrent ce droit un demi« siècle ^encore, jusqu'à ce que l'esprit de l'oligarchie toujours plus étroit, et Son inimitié pour les hom* mes nouveaux, ne permissent plus de laisser ce pouvoir entre les mains^de ceux qui s'en servaiait pour troubler l'État
L'abolition du vélo des curies était sans doute aussi l'objet de la seconde loi; elle aura été conçue dans les mêmes termes que celle des consuls L. Va^ lerius et M. Horatius, et celle du dictateur Q. Hor«»
( ao5 ) tensias. Ces lois disaient que les plébisciteB oV&* géraient tous les Quintes. Jusqu'ici on avait exigé l'agrément du sénat et la confirmation des curies, maintenant il suffisait de ragrément du. sénat pour convenir en loi une délibération du peuple* Le se* nat dqmis lors remplaça et représenta entièrement les patres 9 et la postérité oublia qu'autrefois les pa» tres^ revêtus du droit d'adoption ou de rejet, étaient autres que les sénateurs. D'un autre côté, le peuple (car le nom de commune ne lui convient plus), prit la place de l'ancien populus, dans les cas où il était d'usage précédemment quHl confirmât les résolutions du sénat, dans ceux où plus tard^ par suite des développemens de la constitution, il fiit établi que la commune, c^mme troisième pou« v(Hr législatif, admettrait ou rejetterait Ainsi se forma l'usage du discours : on dit désormais que, par les ordres du sénat, les tribuns proposaient au po-» pulus la décision des affaires; or, jusqu'ici ces résolutions, en partie du moins, se prenaient sans le concours des plébéiens, et n'étaient portées que devant les curies. Cette locution prévalut tellement qu'il n'est pas étonnant que les Annates parlent de propositions faites par les tribuns au populus, et^ par un anachronisme, reportent ces propositions à une époque où les plébéiens n'intervenaient que pour confirmer un jussum populL Les trtbuns^ n'eurent jamais rien à faire avec le populus , soit
daûs. la véritable acception du mot, soit qu'on y coinprenne les centuries.
Le peuple prenant la place du populus , et .les auspices étant indispensables dans les assemblées du ' populus,, il fallut désormais que les tribuns les consultassent pour rendre: de pareilles résobitions. Cest pour cela, sans doute, qu'eux aussi purent prendre les auspices ^7^ : cette innovation leur aura conféré ce^droit.
Que si quelqu'un me disait que c'était là une complète et injuste exclusion des patriciens, et qu'il aurait fallu convoquer les tribus de . la nation des* quelles ils faisaient partie, puis nommer les tribuns sans distinction de caste, )e répondrais que je suis prêt à lui donner raison : seulement je crois que les patriciens eussent, difficilement consenti à être convoqués par un tribun plébéien, et quant à la république, cela lui était indifférent. En accordant la possibilité de motions désorganisatrices, les plébéiens considérés s'y seraient opposés avec autant d'énergie et avec plus de faveur : le sénat l'eût fait avec unanimité. Toutefois l'on; omit une chose qui eût été < vraiment salutaire, la création d'un nouveau pouvoir pour renforcer le sénat en cas de dissentiment avec le peuple. On aurait pu fonder un ordre de chevaliers pris.dansles deux anciennes castes,. devenues déjà
«7« Zonaras, II.
tout4^&it écrangères kieuc origine él à leur primi^. ûve institution : celte idée se présenta vaguement dans ia' suite, et Ton ne put atteindre le but Mais en supposante qu'on eût su devancer de si loin les besoins du moment, cette pensée eut été repoussée avec plus d'orgueil encore , que Tanéantissement complet de droits que l'on s'attendait toujours à reconquérir.
Bien des changemens, qui dans les premiers temps eussent rencontré une implacable résistance, furent accordés dans la suite comme une conséquence du nouvel ordre de choses. La troisième loi de Publi* lias, celle qui appliquait la loi de Licinius à la censure, en exigeant que l'un des censeurs fût toujours plébéien , n'aura pas été contestée. Le droit des plébéiens à cette charge fut consacré par l'élection de C Marcius.
Quels que fussent les moyens employés pour obtenir l'assentiment des curies aux deux premières ' lois, toutes furent adoptées selon les formes du Droit public; en dépit de leurs défauts, elles furent pour cette époque et demeurèrent long-temps un bienfait Les discordes intestines s'eSacèrent : un vaste État, dont les développemens furent rapides, s'établissait dès-lors sur des bases durables; un avenir plus brillant se préparait : ce fut le commencement de l'âge d'or pour la vertu et l'héroïsme romains. Les Grecs furent saisis d'étonnement . et d'admiration
( ao6 ) pcMQJr ce peiipk barliftre, qui s'élevait si bàutl Époque gloneuse, que le monde n'a vue qu'une fois, et que du sein d'uùe génération dégénérée le censeur Catott contemplait avec la douloureuse amertume du regret!
Histoire intérieure jusqu'à la paix des Fourches caudines.
Plusieurs des années de cette période sont signalées par les menées des patriciens; ils n'avaient pas encore renoncé à la folle illusion de . reconquérir par leur obstination des droits perdus à jamais. ^1^ Leurs tentatives pouvaient bien aigrir, blesser, mais elles n'étaient pas dangereuses pour le repos; car, s'ils étaient assez incorrigibles pour recommencer toujours les mêmes querelles, ils n'étaient pas assez téméraires pour tout braver, et s'arrêtaient quand reparaissait la résistance qu'ils avaient cru anéantie. Alors il y en avait beaucoup encore dans toute la force de l'âge ; le souvenir de leur puissance était ineffaçable, comme le chagrin d'avoir été vaincus: pour parvenir au repos, il fallait qu'une autre génération vînt les remplacer, une génération qui ne connût l'ancien temps que comme une tradition. Parmi leurs descendans il s'en trouva bien peu d'assez aveugles pour vou^ir reprendre leurs privilèges perdus , pour préférer cette restauration aux
•7» Vqyes cî-dèssus^ PV« 97»
( ao7 ) .
amntages qui étaient résultés du dbangement. Mais ces tentatives ne pouvaient réussir; les descendant de l'un et de Fautre parti durent s'applaudir beaucoup de ce que l'équilibre de la république n'eût pas été anéanti par la destruction d'une aristocratie dont les prétentions étaient aussi inconsidérées. , On retrouve la trace de ces' efforts dans le renou-* Tellement presque annuel de la création d'un dictateur ^ pour la tenue des comices. Un plébéien élevé à cette dignité, fut obligé d'abaiquer par les motifs les [dus fotiles, et avant que l'élection des consuls pût avoir lieu ^7^, quatorze interrois se succédèrent (peu de temps auparavant il y en avait eu cinq). Il est vrai^ semblable que les présidens de comices refusaioit d'accepter les suffrages portés sur des plébéiens, ou que les curies ne voulaient pas confirmer l'élection. Les diverses raisons que Tite-Live indique pour remettre de jour en jour ces comices, sont loin d'être plausibles 374. Les patriciens ne voulaient point d'à* narchie, ils voulaient forcer une élection quiieur convint II est possible que dans ses Annales monosyllabiques il y ait eu bien peu de détails; .mais ces querelles, dont Cicéron^?^ nous donne une idée
«7* Tito-LWe, VIII, 17, %l:
*94 Dilaiis aiia atgue alim d^ causa eemiiiis^ Tite-L. , YDI, a3.
«7& Bruius, i4 (55). Vojez oi-desras, pag. 97. Dsds Tit^ live, X, iS, les patriciens reprochent à Q. Fabius de ne point chercher à faire élire deux oonaals de leur ordre.
éa parbnt de Gurius, finissaietit toujours par utie ékction conforme à la loi Licinia.
- En Fan 418 (423), trente ans après que, par une conséquence de la loi de Licinius, la préture eut été séparée du consulat, un plébéien, Q. PubliKus Philon, Fauteur des lois salutaires dont nous avons parlé, parvint pour la première fois à cette dignité. Alors, et dans' la suite (encore pendant quelque temps) les charges curules inférieures n'étaient pas considérées conlme des degrés nécessaires pour atteindre à la dignité . suprême ; on ne dédaig^t pas d'y revenir après l'avoir occupée. Ap^ès des » consulats et des triomphes réitérés, la préture. et l'édilité curule étaient toujours des sujets d'ambition 276, et d'autant plus que les lois de 408 (4*5) avaient restreint* la faculté de se représenter au consulat. Cet état de choses ne parait avoir changé que lorsque l'édilité curule eut été surchargée de liturgies tellement onéreuses, que l'on établit. k nécessité de s'y soumettre pour atteindre aux premi^es dignités : on voulait que la parcimonie romaine- y trouvât un correctif.
Certes, Q. Publilius était de tous les hommes de
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«76 Gomme le prouve l'exemple de M. Yal^rios Gorvns. Voyez ci-deaisu8, pag. 5i. ?linç,H, N., VII, 48. Tite-Iâye, X9 9* Licinius Macer doit être; considéré comme une meilkare autorité que Pison. C'est le seul qui fît d«s rechei^es dan^ les documeos écrits. ^
son ordre cdui qui remplissait le mieux la condition de considération personnelle, indispensable à tout novateur qui ouvre à sa caste le chemin de nouveaux honneurs: le législateur de 411 (4^6) était appelé par la nature des choses. Si nous nous bornions à croire ce que dit Tite-Iive, il faudrait admettre que le consul C. Sulpicius, président de l'élection , n'avait point voulu recueillir de voix pour un plébéien; mais que le sénat » après la perte de grands privilèges, céda sur de moindres préten^ tions : toutefois le silence fortuit d'un historien trop léger et la perte déplorable des sources, ne sauraient anéantir les faits accomplis; il ne nous est pas interdit de deviner. Si nous nous livrons à des recherches dans l'unique vue de bien connaître l'histoire romaine , nous ne croirons jamais qu'à lui seul un plébéien , quelle que fût sa considération, eût osé tenter de s'arroger une charge refusée à son ordre; nous ne penserons pas quelle hasard ait pu le faire réussir, et que pour l'avenir les conséquences de l'exemple donné par lui dépendissent encore du hasard.
Il ne faut point douter que la préture n'ait été légalement partagée entre les deux ordres, avant qu'i^ candidat plébéien pût se présenter pour l'obtenir. Q. Publilius aura obtenu poi;r la préture ce qu'il avait fait décréter pour la censure, et cette quatrième loi aura échappé à Tite-Iive. C'est pour T. 14
(aïo )
cela <)u'tl est le premier préteur, et ce n'est pas lé hasard non plus qui Va. fait censeur pour le lustre suivant Ainsi l'équilibre des deux ordres était garanti contre larbitraire; ainsi, pour son propre salut, la caste dont les forces s'évanouissaient était empêchée de ressaissir ce qu'elle n'avait pas su conserver, tandis que la classe qui s'élevait était préservée de loppression : c'est bien là le caractère romain. La sécheresse des Fastes nous refuse les exemples du partage de la prétùre : tant qu'il n'y eut qu'un seul préteur, on ne put qu'alterner; puis, quand la seconde place fut créée, on aura procédé, comme pour toutes les autres magistratures curules. Une fois cp'il y eut quatre préteurs, il y eut deux patriciens et deux plébéiens ^77; règle qui fut observée même dans k guerre contre Annibal, quoique toutes les lois électorales, qui, dans ce moment de danger^ pouvaient exclure un homme capable de sauver la patrie, fussent en quelque sorte suspendues.
*77 Voyez, dans la troisième décade de Tite-Iive, les noms des préteurs indiqués pour chaque année. Ces dispositions asi profit d'une caste qui s'éteint, qui ne se cooi^ète pas , ne peuvent durer éternellement; à la longue il ne se trouva ploft parmi les patriciens assez d'hommes capables : depuis la fin de la^seconde guerre punique on négligea celte régie. Quant à rédililé , Tusage d'alterner par années dura encore long-temps. ToTee oMessas pag. 58.
(au)
L'abolition de rengagement de la liberté individuelle fit disparaître une tache et une oppression qai pesait sur tout l'ordre plébéien. Nous avons démontré que les plébéiens seuls étaient atteints par la servitude pour dettes ^7^, et que la rigueur de cette législation survécut aux lois des XII tables^Vs
L'influence de ce- changement sur les rapports des citoyens entre eux, ne fut pas moins grande que celle des innovations politiques. Tite-Live en fixe expressément la date à l'an 4^4 (4^9)^^- L'importance du sujet exige quelques recherches, et comme sur cette date il ne peut y avoir erreur de beaucoup d'années, je m'en occuperai dès à présent Toutefois il est beaucoup plus vraisemblable que la loi fut donnée par Pœtelius, dictateur en 435 (44^)^^* 5 car la tradition la considère comme une conséquence du désastre des Fourches caudi- ^ nés : le nom de Pœtelius aura égaré Tite-Iive ou ses
»7* Vojez tom. H, pag- 38o et 38i.
•79 Tom. IV, pag. 29. Vojez aussi pag. 5Sj et suivantes.
>«• Vffl, 27.
*^' Gela serait certain, si le manuscrit de Florence de VaFi' lOD (pag. 101, liy. YI, de l'édition de Deux-Ponts), dans un passage horriblement altéré, se rapprochait plus d'une correctiôa qui est yraisemblahlement de Yertranius. Sigonius la cite sur Tite-Iive, VIU, 28, et Scaliger l'approuve tacite* ment : C. Pœiiiio Visolo dictature. Mais le manuscrit porte : C. Popillio vocare sillo dictature.
devanciers, de manière à les fiiire remonter à ion consulat antérieur de douze ans.
Tous les auteurs qui parlent de cet événement, rapportent qu'un jeune homme qui s'était livré à l'esclavage pour les dettes de son père^^^, avait été 9si par l'usurier, puis menacé et battu de verges pour qu'il consentit enfin à satisfaire d'infâmes désirs; mais il trouva le moyen d'échapper et se sauva dans la foule au forum: Je peuple, indigné, contrai-» gnit alors le sénat à l'abolition de ce droit impie. Tite-Iive, au moins dans les éditions critiques, donne à cet infortuné le nom de C. Publihus.^^^ Denys sans doute a fait de même , mais Valère-Maxime l'appelle T. Veturius284. Les deux derniers s'accor^ dent sur ce point, que le père était tombé dans le malheur pour avoir été officier lors de la capitula*» • tion des Fourches caudines. Cette incertitude d'une part, de l'autre cette circonstance qu'on nomme
»8* Ce qui jette du jour sur les moeurs et les rapports de famille, c'est le récit de Denjs, Exe. Fia/., pag. 2358, Jl., selon lequel les parens auraient refusé de contribuer à Finbumation du père*
•83 II n»j a qu'un copiste qui ait pu prendre le nom de Publius pour un nom de famille, faute qui, au surplus, pavait exister dans tous les manuscrits de Tite-Live, puisque Drackenborch dit des meilleurs, qu'on j lit la leçon conservée par Helenius; or, Hélenins arait laissé subsister PubUas*
(3iS)
l'usurier du nom du plus orgueilleux patricien dé son temps, L. Papirius, jettent beaucoup de doute sur ce fait, et le rendent suspect comme une anecdote forgée par la haine : ce qui n'est pas douteux, c'est que le nexus a été aboli par une loi Pœtelia. Cette loi défendait pour l'avenir l'engagement de la personne; elle le faisait cesser pour tous les débiteurs qui juraient qu'ils possédaient assez de bien pour se libérer 285. Voilà pour les nexi : quant aux addicii^ la loi les protégeait contre les fers , excepté ceux qui y étaient condamnés pour crime. Dans Plante, le plus terrible moyen de se faire payer par un mauvais débiteur, contre lequel on n'a pas d'autre ressource, c'est Xaddiciion et la prison particulière. Ballio devant être regardé comme un affranchi, et les affranchis étant déjà entièrement citoyens, on ne peut pas dire que les avantages retirés de la loi Pœtelia par les plébéiens ne lui étaient pas applicables. Cest ainsi que, dans Tite-Live, pendant la guerre contre Annibal, les condamnés à des restitutions d'argent sont, comme les criminels, jetés dans les fers.
Désormais, au lieu du corps, la fortune devait répondre des dettes, et cela de deux manières :
'^ Omnes qui honam copiant jurarent , ne essent nexi, die" sobiti. Cette tradition importante appartient à Yarron* TiUh Lïje parle de libération sans condition.
1.^ vente apparente, qui engageait la propriété quiritaire; Idifiducia au lieu du nexus; 2.^ adjudication de la fortune au lieu de Vaddiction, lorsque le contrat n'était pas conçu dans la forme de hifiducia^ soit parce que l'emprunteur n'avait point la propriété quiritaire, soit parce qu'on en avait voulu agir autrement, soit enfin quand la dette avait une autre origine que l'emprunt.
En était-il ainsi parce que Vaddiciion entraînait une sorte de dégradation politique, ou bien était-ce une sévérité naturelle à ces lois? le déshonneur frappait, quoique dans un moindre degré, celui dont le préteur adjugeait la fortune, et sortant de sa tribu, il perdait l'honneur civique, non-seulement en cas de banqueroute, mais lors même qu'il rentrait en possession de ses biens. ^^^
L'abolition de la vente de sa propre personne n'empêchait pas d'ailleurs que le père ne vendît son
*^ C'est sur cela qne roale toute Timportance de la question, qui est débattue dans le discours pour Quinctius. L'adjudication de la fortune (qui cependant arait été rétractée], était^lle légale ou non. C'est pour cela que c'est une causa capùis; c. 8 (3i); 9, (Sa). — A'^iiVÔû» Troiffût /xiv ovMj TTûiv (Té ffSiJLct, TToiarei cT iTriTifLiiat TroXhov ^ àhûvariciç'oç^ d'jro Tg S'cLViiii K^ i>\ov Trotvroç ffVfjL^oXctiov. Denjs, VI, 4* • Appius dit, ibid., VI, 69, j'ai perdu de l'aident préCé à beaucoup de monde; otj^vct rZv (i7ro<rrtftiffaivTeàv /m Trfifùrroy i'^ottis'ei/jLnv ovi^. arifAûP*
(ai5) fils sous condition de remancipation » ou mèm^ purement et simplement, et la revente remancipadon à son tour devait de sa nature faire naître la servitude pour dettes.,
Alexandre d'Épire.
La mission que je me suis donnée est de rendre rhistoire romaine aussi claire que me le permettent mes forces et les matériaux que j'ai à ma disposition : je veux que Ton puisse se familiariser avec elle, et la connaître aussi bien que Tbistoire des époques les plus récentes : j'en excepte toutefois l'bistoire contemporaine et celle qui la précède immédiatement* Or, une partie esseiltielle de ma vocation est de faire connaître les peuples et les États avec lesquels Kome, au fur et à mesure qu'elle a étendu son territoire, s'est trouvée en relations d'amitié ou en (état de guerre. Il faut qu'au lieu d'un nom tout sec, comme le serait celui des Épiroies et des Étoliens, le lecteur sache par des traits généraux, quelle était alors l'étendue de leur territoire, quelle était leur constitution , quelles étaient leurs moeurs. Ces descriptions sont, en général , le fruit d'une disposition intérieure qui de bonne heure a porté mon attention vers tout ce qui nous restait de renseigneihens sur des époques et des nations négligées par les historiens. Dans cei^ détails il ne m'a pas fallu
(ai6) moins de peiné que pour débromlier le chaos des anciens temps de l'histoire romaine : toutefois j'éyiterai d'agrandir le plan d'un ouvrage dont l'étendue est tellement déterminée par. la nécessité,. que j!ai peu d'espoir de le terminer, maintenant que je suis sur le seuil de la vieillesse.
L'expédition d'Alexandre d'Épire en Italie fournit matière à un de ces épisodes. Si l'on en excepte un traité qui n'eut pas de suite , elle est étraogère à l'histoire romaine; et quant aux eflfets indirects qu'elle produisit en déplaçant les rapports des peuples de la grande Grèce, on ne pourrait les appré* cier d'une manière certaine : toutefois cette expédition influa sur les relations de Rome avec ces contrées. Remettre cet épisode à Tannée pour laquelle les Annales parlaient d'un traité qui seul rattache Alexandre d'Épire à l'histoire de Rome ^^7, ce serait rompre le cours de cette histoire.
Les villes grecques méridionales d'Italie étaient tombées dans la plus profonde décadence à la suite des guerres contre les Lucains et contre Denys rao«cien. Posidonia avait reçu une colonie de barbares, mais parmi celles qui avaient été obligées d'ouvrir
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'®7 Sur la inçirge dvi manuscrit de Niçbuhr on trouve épar- SGs plusieurs apnotations non achevées, par exemple^ NB, Réçoluiion à Syracuse, Expulsion des yetfMooi vtto tov fiaou ^ tZv ar^mfùùv fùûXm KetXeofjutveàV Si Ks}\sKVpieûf. Hërod. -1^ A Cumes. aussi il j avait aristocratie. Oei^s^ VU, 4»
( a»7 ) leurs portes à l'ennemi, ce n'était pas la plus maltraitée : les autres étaient en ruines , ou bien avaient été relevées à peiné par une population étrangère ou par quelques anciens habitans qui revenaient de l'esclavage. Les villes qui avaient conservé leur indépendance , avaient perdu dans les combats la fleur de leur population et les terres considérables qui leur appartenaient; réduites à leurs murailles, elles ne pouvaient plus peupler qu'une Êible parue de leur vaste enceinte. '^^
Tarente, à ce qu'il parait, était demeurée neutre dans la guerre contre Denys; elle se sera séparée aussi des villes grecques dans la guerre contre les Lucains ; c'est ce qui expfique comment ceux-ci ne tournèrent leurs armes que fort tard contre cette contrée. On voit^ même les Tarentins attaquer Thurium , et stipuler des avantages à leur propre profit, tandis que cette ville soutenait l'efibrt des Lucains avec une longanimité bien rare chez les Grecs d'alors ^^9. Mais quand l'expédition des Bruttiens sépara
•^ Posidonia, Gaulonia^ Rli^îum, tUpponinm^ Grotone.
^ Gléandrias , l'exilé de Sparte^ qui se fit médiateur de la paix entre Tarente et Thnrium (Strabon^ YI^ pag. 264 j^ n'est autre sans doute que celui qui assista avec les Thébains à la bataille de Leuctres (Leandrias est évidemment une fiiuta de copie ; Diodore, XVI ^ 4)* G'est aussi le général des Thariens contre les Lucains. Poljen en parle (11^ 10^ >> 4) sous le nom de Gléandride.
les Lucains des Grecs du sud , ih dirigèrent toutes leurs forces vers la Siritis : Tdrente, Métaponte et Héraclée ne purent plus, avec leurs milices, résister aux cohortes d'Italie, bien que Tarente, vers le milieu du cinquième siècle, qui commençait alors, comptât dans sa bourgeoisie 20,000 fantassins et 2000 cavaliers. La démocratie se maintenait depuis long-rtasips dans cette ville, parce que les grands étaient tombés dans une terrible défaite sous les coups des Messa* pîens^s^. On ne peut expliquer cette exubérance de population dans les colonies grecques que par ladinission non-seulement de Grecs de toutes les nations , mais encore d'habitans indigènes : ib auront sans doute fait partie de diverses tribus, et les descendans des Doriens auront joui dans les leurs des privilèges que les suites de cette malheureuse journée convertirent en égalité générale. Il paraît que ce mélange des citoyens introduisit dans Tarente beaucoup d'élémens italiques : les rapports avec les peuples d'Italie furent infiniment plus fréquens, plus importans que ceux que Ton avait conservés avec la Grèce. De tput temps la fabrication et la teinture des draps ont favorisé l'entretien d'une grande population; il paraît que teUe était la source principale de la prospérité de Tarente. Les troupeaux passaient l'hiver près du Galaesus ; en été on
»9« Aristote^ Polit., \, 5.
(/SI9) les menait dans les montagnes des Abruzzes. LHnté^ rieur du pays s'approvisionnait à Tarente de trèsbon sel : ainsi Tarente et le Sàmnium étaient natu* tellement alliés ^9^ C'est parce que Tarente était étrangère a la Grèce proprement dite qu'elle ne figure jamais dans l'histoire comme puissaiice ma* ritime, quoiqu'elle eût une marine considérable et beaucoup de pêcheurs.
Les Tarentins sont décriés dans la postérité par la légèreté avec laquelle ils s'engagèrexft dans une guerre contre Rome, et par le dédain que leur montra Pyrrhus; mais ce jugement est injuste, au moins en ce qui concerne les premiers temps. Archytas était leur concitoyen : sa sagesse, sa science ne le rendirent pas incapable à leurs yeux.de gouverner l'État et de commander leurs armées : les marchands, les fabricans , les bateliers et les pêcheurs ne sont pas propres à former une infanterie de ligne, et en géàéral l'esprit de la démocratie grecque était opposé à celte organisation. Tarente était pour le moins aussi excusable de payer des mercenaires que l'était Athènes; elle n'y était pas moins contrainte que ne le fût depuis Florence quand la démocratie devint tyrannique. Florence aussi prit à sa solde des princes étrangers avec des armées entières. Elle trouvait en cela bien plus de garanties que dans un pareil nom-
'9* Amitié des Samnites pour les Grecs, Strab. ; Y, p. 2S0,
( aao )
br6 de mercenaires commandés par des chefs indépendabs les uns des autres, et toujours disposés à k trahison, ay»
Le premier prince grec entré au service de la Tille, fut Archidamus de Sparte. On n'a rien retenu de ses campagnes, sinon que le jour de la bataille de Chéronée il fut massacré par les Lucains, lui et toute son armée. Il y avait alors bien de l'abjection dans l'esprit des Grecs dégénérés : dans un même jour, la liberté, la dignité d'Athènes tombent, et l'héroïque roi de Sparte périt; c'est le fils d'Agésilas, le père d'Agis : il avait quitté sa patrie pour n'être point le témoin de son humiliation. Eh bien, ce n'est pas ce rapprochement qu'on nous présente, on n'aperçoit pas ce qu'il a de tragique : au lieu de cela, on reconnaît da^is la mort d' Archidamus la main de la Providence. Elle le punit d'avoir pris le parti des Phocéens, des Phocéens réduits au désespoir par un zèle outré pour la religion, les ennemis mortels de ceux qui avaient privé sa nadon de son antique prééminence; enfin, elle le punit pour avoir protégé un peuple qui défendit les portes de la Grèce contre l'ennemi commun, et pour avoir
*9> Le nom des cavaliers tarentins dans les années macédoniennes , prouve qae la cavalerie de cette ville n'était pas sans mérite; car sans doute c'est à Tarente qu'on eniâlait oss cavalien.
reçu parmi ses soldats un grand nombre de meroe* naires payés autrefois dé l'or des templea.
Diodore rapporte, sous la troisième année de la 108/ olympiade (4o9)« m^^ des ambassadeurs de Tarente appelèrent Archidamus en Italie. En cela^ il ne prétend point fixer l'époque, seulement il raconte, à la fin de la guerre sacrée, comment les puissances célestes ont puni le pillage du temple sur tous ses complices. Le débarquement d'Archi-* damus eut lieu encore plus tard , probablement dans la première année de l'olympiade 109 (4n); car c'est à elle qu'il faut ramener l'indication de Tite- Live^ viciée par de &ux synchronismes , et erronnéé quant à la personne du prince grec dont il fait Alexandre d'Épirc^g^
»93 Voy, liv. Vni, 3. Il en fait mention ponr Tannée 4i5. C'est ainsi qu'il fixe à l'année 4^9 la fondation d'Alexandrie et la mort d'Alexandre d'Épire. Quant à la mort d'Alexandre de Macédoine, il faut qu'il l'ait rapportée à l'année 435 ^ puisqu'il j place la célèbre comparaison entre ce prince eC Rome. Or, Alexandrie ajant été, d'après Eusèbe, bâtie en 4^5^ oljrmp. 112 , 3 9 et Alexandre de Macédoine étant mort ii4; 1 (43i); il s'ensuit que^ comparées à ceux de Denji et de Polybe , auxquels je m'attache arec soin ^ les sjnchro* nîsmes de Tite^Lire font erreur de quatre ans> qu'il faut défalquer du chiffre de ceux de Rome. Or^ voici quelle est la* bévue qui a causé tant d'erreurs dans l'histoire d'Alexandre d'Épire 9 c'est qu'on a transporté à i'ère de Fabius^ plus tardive d'une oljmpiade que celle de Caton^ la rédaction dei
Ajprès ia desiraeiion de cette armée, les Tarentîm prirent à lear solde le roi Alexandre d'Épîre. Il était
années des olympiades en années romaines. Exemple : pour Fabius, les consuls T. Manlius et P. Decius étaient consnh en 4ii^ <]ui, d'après lui, serait la troisième année de la 110/ oljmpiade. Or, ceux qui ne s'aperceraient pas que les nouveaux syncbronismes , calculés d'après l'ère de Gaton, exprimaient aussi 4^1 p^r oljmpiade 109^ 5, ne pouvaient manquer d'Attribuer cet événement de l'histoire grecque au consulat de Manlius et Decius. Gela pourrait même être arrivé à Fabius; car il n'jr a nulle raison de supposer que Gaton ait inventé la chronologie qui porte son nom. Il ne faudrait pas s'étonner de la confusion des deux rois grecs, si par exeml^le )a vieille chronique portait : emno CCCCXI rex groBeus cum exercitu in lialiam venu. Les chroniques de la décadence de l'empire sont pareilles, leur décrépitude fut comme leur enfance. Geci prouve que l'indication de Tite-Live sur le temps de son débarquement en Italie serait erronnée, quand bien même on contesterait mon observation sur la source de ses erreurs chronologiques.
(Il est évident que plus tard Niebuhr a abandonné cette explication des erreurs chronologiques de Tite-Live; car elle n« cadre pas avec ce qui est dit au tome lY sur les sjnchronismes de la prise de Rome. Il suppose, page 348 et 3409 que, selon sa manière," Tite-Iive a entendu pour l'oljrmpiade 110, 4 9 Tannée ^iS indiquée pat un annaliste, et qu'une meilleure réduction ramène à l'oljmpiade 112, 1. D'où il suit que Niebuhr finit par regarder l'année 4^5 comme l'époque fixe du débarquement d'Alexandre d'Épire, tandis qu'a l'époque où il écrivit la note ci-dessus, il j avait dans son esprit de l'incertitude à cel ^ard. Il n'y a donc plus de raison» de s'écarter de Diodore, ou d'avancer de 409 k^ii la déhar-
( aaS )
fi*re d'OlympiaSy et PhiUppe,^on beau*frère, Tavatt donné pour roi aux Molosses '9^, au détriment des en&ns de la branche aînée des fils de son oncle Arymbas. Son mariage avec la princesse Cléopàtre fut célébré à Pella, et ces fêtes fournirent l'occasion de tuer Philippe.
Par l'élévation de son parent, Philippe s'était honoré lui-même et sa maison ; mais il ne voulait pas qu'il fût puissant ou indépendant On sait qu'Ambracie avait garnison macédonienne. En admettant qu'à sa couronne usurpée sur d'autres membres de ^a &mille , Alexandre ait réuni d'autres Épirotes ^ qui jamais avant lui n'avaient obéi aux Molosses ni à la race df Pyrrhus ^95 , il n'en comprenait pas
quement d'Ârchidamus. Au ^surplus nous noas serions fait scrupule de faire disparaître Ja diyergence qui existe entre ce passage et le chapitre que nous venons de rappeler; nous ayons voulu que le lecteur vit comment se développèrent a cet égard les vues de Niebuhr. )
*9i Oljmpiade 109^ 3. Qu'il ait été dit un an auparavant dans le discours «ur Halonnesus^ que Philippe a fait occuper les trois villes grecques de Cassopie ^ et les a données à son beau-frére comme si elles eussent été esclaves, cela ne décide rien quant au commencement du régne d'Alexandre d'Épire : c^était un petit État à gouverner avant que le trône^print vaeanti
'9^ Les anciens auteurs grecs, même ceux qui ne font pas les attiques, comme Aristote, écrivent tou^oiirs Molottes, d'où les Romains, par une analogie erronnée, ont fait Molosses. Les Thessaliens étaient Therprotes et le double T était thessaHen.
moinA sou infériorité à l'égard de la Macédoine^ et ce seiiûment, non moins que le désir d'imiter son neveu, le grand Alexandre, devait l'exciter à pa^r en Italie, où il pourrait se faire le protecteur de ce qu'il y restait de Grecs, où il pourrait créer un royaume indépendant. Néanmoins le désespoir ne lui abandonnait pas les Tarentins, comme plus tard à Pyrrhus ; ils le considéraient comme s' étant mis au service de leur république , et l'on sait qu'il s'éleva entre eux et ce roi une mésintelligence qui, selon toute apparence, dégénéra en hostilités ou* vertes, et que l'on reproche aux Tarentins, avec trop de partialité, comme le résultat de l'ingratitude* On dit que le roi d'Épire se plaignait de Tinjus^ tice du sort, qui donnait à son neveu des victoires sur des femmes, et lui laissait le som de combattre' des hommes. Le destin ne fut pas moins partial en gratifiant le Macédonien d'historiens dont le temps respecta les ouvrages, tandis qu'il n'était parlé de FÉpirote que dans des histoires générales que nous n'avons plus296, et comme si ce destin jaloux eût voulu le priver de sa réputation dans la postérité, le temps a détruit, dans un ouvrage qui d'ailleurs noHBst resté , précisément la partie qui renfermait des détails sur les campagnes d'Alexandre d'Épire.
^ Parmi les auteurs connus , Duris^ Dijlius et Tlmée sont les seuls <)ui aient pu raconter ses campagnes.
Os détails étaient sans doute plus satisfàisans que les notions embrouillées qu'en ont recueillies les deux historiens romains 297. On ne peut déterminer avec certi^ide que l'année où il périt, non celle du
»97Deroljmp, m, i,à ii5, a m^ i^'j a dans Diodore qu^ rhistoîre d'Alexandre et de ses successeurs ; on n*j voit rien du tout sur les autres pajs, qui cependant n'avaient pas cessé dMtre indépendans du système macédonien. Il dit lui-même dans le préambule du 17/ livre qu'il n'a pas voulu inter* rompre son récit par des fffnchronismes , et qu'il donnera ailleurs l'histoire contemporaine. U résulte de ce qu^il dit lui* même au livre 19 9 c. 5, qu'il avait satisfait à cette promesso i la fin du 18.* livre pour ce qui concerne les sept années qui ont suivi la mort d'Alexandre^ et par conséquent une partie dn livre 18 est perdue (le 17/ est aussi divisé en deux parties). Cette partie perdue contenait donc l'histoire non macédonienne de ces dix-huit années. Si la fin du 18.* livre s'adapte bien au commencement du 19.% c'est l'œuvre d'un copiste habile qui a aussi dissimulé une lacune de plus de deux années^ signalée par les interprètes au livre 18^ c. 44> et cela en retranchant les passages tronqués^ et en replâtrant l'ensemble de manière en ce que Jusqu'à présent personne n'a pu dire avec certitude où est cette lacune. Le manuscrit de Venise a fait connaître de semblables altérations dans le texte de Dion Gassius : il paraît que d'ignomns acheteurs répugnaient à prendre les livres qui paraissaient incomplets. Je désire que cette remarque donne lieu à la recherche d'un manuscrit de Diodore qui renferme le 18.* livre ^ et soit antérieur au i5.* siècle* S'il en existe encore un , il sera pour cet ouvrage ce qu'a été le manuscrit de Venise pour Dion Gassius^ c'est-à-dire source de tous les autres ^ e| il procurera sans doute des avantages du même genre. (Voyez tom. IV^ remarques. 1 53 et ii^*)
débarquement : on ne peut dire non plus pendasft combien de campagnes il se maintint. ^9^
D'abord il tourna ses armes contre les Messapiens ou Salentins. La possession de Brindes^eût établi avec l'Épire des relations indépendantes des disposiûons de Tarente, mais il se contenta des avantages que pouvaient procurer la paix et l'aUiance avec cç peuple. U conclut des traités semblables avec les Pencétiens et Métaponte : les familles nobles qu'il envoya en otages en Épire , auront été fournies par ces peuples italiques et par les villes grecques. Ce n'est qu'après cela qu'il put entreprendre la conquête de la Lucanie et du Bruttium ; il prit beaucoup de villes à ces deux peuples, et transporta le théâtre de la guerre sur les bords de la mer Tyrrhénienney abordant à Pestum, et gagnant une grande bataille sur les Lucains et les Samnites, pour lesquels les phalanges macédoniennes furent tout aussi inébran*^ labiés que pour les Romains. Après cette bataille, il conclut avec Rome un traité d'amitié 418 (423). Il parait qu'alors les Tarentins s'étaient mis au nombre de ses ennemis : Héraclée est nommée parmi ses conquêtes et comme leur colonie. A Pandosia, où il périt avec son armée, on voit, même avant la ba^ taille, que la fortune a tourné contre lui, et qu'il ne combat plus que pour prévenir sa perte totale.
^ Voyez' ci -dessus 9 remarque agS.
( ^27 ) Élot^ du point (Fappai qu'il avait d'abord au golfe de Tarente, il ne campsdt plus que sur les hauteui^^ et séparait sans doute les alliés de ses É[Hrotes. Déjà les brâms des Lucains désespéraient de sa fortune : ils achetèrent leur pardon ai le trahissant Sa posi-tion était des plus critique, et la retraite, qu'il a sans doute déjà essayée, offrait les plus grands périls, en raison de la difficulté des montagnes. Les ItaUens, jbvorisés par des pluies abondantes qui .séparèrent entièrement les corps d'armée, vainquirent les deux camps : Alexandre, déjà cerné, n'eut plus d'autre parti à prendre que de tenter cette retraite si redoutée. Il parvint à forcer l'issue de son camp; mais après ce premier succès, qui ne pouvait être que le .cônunencement de fatigues et de périls sans nom* bre, ses soldats se dispersèrent : enfin, au moment ou le roi, entouré d'une petite troupe, qui s'était ralliée autour de lui, passait à gué le fleuvç grossi par les pluies, il fut attaqué par les Lucains et tomba percé d'un javelot Tite-Live raconte les outrages dont son corps fut l'objet, preuve certaine qu'il s'était montré fort cruel dans le cours de ses victoires. On n'aura donc pas fait de quartier à son armée, et c'est à peine si des fuyards isolés seront parvenus à regagner quelque ville grecque.
Après cette catastrophe, Tarente apparaît plus puissante et plus considérable : non-seulement dOle est l'alliée des Samnites, mais elle exerce de l'influence
( "8 ) sur les Lucams, dont les farces ne se rétdiUrem \atmais des premières dé&ites de cette guerre. Tarente désormais ose s'immiscer aux affaires de Rome et se fidre médiatrice. A mesure que les Lucains s'abais^ sent, on voit s'élever la puissance des Bruttiens. Le siège de Crotone, qui ne fiit sauvée que par la vi« goureuse assistance des Syracusains^99, a suivi de très-près 9 sans douté, la mort d'Alexandre. C'était peut«4tre une vengeance tirée de l'alliance de Cro<- 'tone avec ce prince , et la victoire décisive qu'on venait de remporter,i enhardissait à une entremise qu'on n'avait jamais osé tenter.
L'alliance avec Alexandre d'Épire est une tacbe dans l'histoire de Rome,' et d'autant plus qu'elle n'était motivée par aucun danger. Elle n'a pu être contractée que par haine contre les Samnites, qui étaient alors les défenseurs de l'Italie, et avec lesquels les anciennes relations étaient rétablies. Si les Samnites à leur tour eussent consenti à là paix et à une indigne alliance, la chute de Rome en eût été l'inévitable suite. Au. surplus, ce traité ne constituait pas une alliance offensive et défensive : autrement la gueri'e contre le Samnium eût dès -lors éclaté. Il n'en'occasiona pas moins une grande exaspération, qpi plus tard fut cause de guerre, et la rendit inévitable pour la première occasion* Cétait de la part
^ Diodore, XIX, S.
des BomâÎBS reconnaître les conqaétes qu'Àleiaadre oe flattait ^d'accomplir.
Six ou sept ans plus tard , Alexandre lé Grand mourut à Babylone, où les peuples des extrémités de l'Europe et de la Libye lui venaient rendre hommage. Ariien nous donne pour certain que des en* voyés des Lucains, desBruttiens, des Tyrrhéniens, vinrent lui apporter des présens , et cependant il ne cite que sur la foi d'une tradition les ambassades des Carthaginois, des Ibères, des Celtes, des Éthiopiens, des Scythes. Il faut donc que dans Aristobule et Ptolémée il ait trouvé mention expresse de ces peuples italiques. Sans contredit, les Lucains et les - Bruttiens avaient sujet d'envoyer cette députation; ils devaient craindre qu'Alexandre, revenant des ex-» tréœités orientales de la terre, ne vengeât son parent, ils devaient implorer leur pardon. Oitarque racontait^ qu'il avait aussi paru devant lui une
^^^ Glitarque écrivait peu après la mort d'ÀlexaBdr&^ à une époque où Rome attirait déjà Fattention des. Grecs ^ mais Don pas encore assez pour que la gloire d'Alexandre reçût plus d'éclat de ses hommages. Les compagnons dja roi peuvent bien avoir compté les Romains comme Tyrrhéuiens^ eu bien ces Romains ne sont autres que les Tjrrbémens dont iU par* lent. Il ne faut pas compter comme autorités des historiens beaucoup plus récens ^ comme paraissent l'être Aristus et As* clépiade. L'orgueil des annalistes romains les porte à effacer tout souvenir d'une pareille démarche ^ Poigueil des Grecs left eut engagés à l'inventer sans aucun fondement ; mab ils avaient
unliassade de IKomains^S ce que Mine cite ^sam marquer le moindre doute, comme en général il ne ie pique guère d'amour-propre pour les premiers temps de sa nadon. Je ne vois nulle raison pour rejeter ce récit : quand il faudrait admettre sans restriction l'assertion d'Ârrien sur le silence des anna* listes rotoains» cela ne prouverait rien; ces sortes d'humiliations ont été effacées avec soin de l'histoire.
Il y a dans Strabon, sur les négociations des Romains avec Alexandre, une indication à laquelle on ne fait pas attention ^^. Le roi avait remis en liberté des pirates d'Antium, en demandant l'abolir tion de ces désordres. C'eût été une occasion d'en* voyer une députation, et cela pour Rome comme pour les Tyrrhéniens. U y avait pour Rome un motif de plus dans son alliance avec Alexandre d'Épire, à qui peut-être elle devait des traitemens plus doux envers ses sujets.
Tite-Iive partage la ridicule opinion que les Romains ne savaient pas même le nom d'Alexandre. C'est le fruit de l'isolement de l'histoire romaine, comme si, pareil au lecteur, le Romain lui-même n'avait appris à connaître les autres peuples qu'en les. rencontrant les armes à la main. Il faut, pour
pour eux Glitarque. Il j a lieu de rejeter purement et sim* plement ce qu'ils y ont ajouté.
^•» Pline, H. iV.,in, 9. t
^•» V, pag. 252. '
( ^Si )
soutenir ces areurs, n'avoir point d'idée du pasaé. le supposerais plutôt que le nom (f Alexandre avait pénétré jusqu'en. Bretagne, et je ne doute pas qu'à Rome les regards des che& de l'État ne fussent sans cesse dirigés vers luL *
Tite-Live ne met pas plus de sagacité à examiner quel eAt été le résultat de la lutte entre les Romains et Alexandre, question qu'il ne débat que pour la décider d'une manière favorable aux Romains. Tite- Liv€^ ne pouvait pas dire, et nous ne pouvons pas savoir, si en Italie Alexandre ne se fût pas contenté d'une suprématie comme celle qu'il exerçait en 'Grèce, et si* les Romains et les Samnites ne s'y se^ raient pas soumis. On concédera difficilement que les peuplés dltalîe, Romains et Samnites, se fussent unis comme un seul homme. On peut considérer comme impossible la résistance que les Romains eussent opposée à eux seuls, puisque quarante ans plus tard ^ quand déjà leur puissance avait jeté des radines plus profondes, elle n'en fut pas moins ébranlée par Pyrrhus, qtti avait des forces bien in* férieùres à celles d'Alexàiidrè^ I>'aillèurs Alexandre serait venu efi Italie, après avoir' vaincu l'Afrique, non-seulement avec 5o,ooo Macédoniens , mais avec allant de soldats de la phalange grecque qu'en aurait ¥Oulu lever le maître des trésors de l'Italie. Au lien 4^ commander à de^ hordes de Perses et de Mèdes, il aurait marché à la tète d'Afrioams et d'Espagnok.
Relations extérieures jusqu'à la seconde guerre samnite.
Si rindication de Polybe est exacte 3o3, les Romain$ conclurent en la même année leur premier traité de paix avec les Gaulois : il aura donc ét& déterminé par les mêmes raisons qui les portèrent à traiter avec Alexandre; les Romains voulaient être garantis de toute attaque de ce côté pendant leur guerre contre les Samnites. Il n'j a, dans Tite-Iive, qu'une allusion indirecte à ce fait : il dit, pour la même année, qu'il s'était répandu des bruits divers sur une invasion de Gaulois; qu'un dictateur avait été nommé ; mais que les personnes envoyées pour preiidre des informations, avaient rapporté la nouvelle que tout était calme chez les Gaulois. Les Annales n'ont pas laissé subsister d'autres traces d'une ambassade envoyée à ces peuples. Quant à la mention de la paix, on l'effaça entièrement. Les Gaulois n'avaient rien à démêler ay^c les Romains; ils ne leur étaient rien que par la crainte qu'ilsr leur inspiraient quand ils marchaient contre eux; ils n'avaient donc nulle raison de conclure un traité si on ne les en eût priés, nul motif d'y consentir si
^""^ Trente-quatre ans avant la bataille prèi de Sentinmii.
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on ne ks yeAt engagés par des présens et peutêtre par un tribot annuel Les plus orgueUlepx parmi les anciens n'ont pas toujours regardé le paie* ment d'un tribut aux barbares comme une conces* sion honteuse. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce traité mit un terme aux excursions dévastatrices des Gaulois, et protégea tous les peuples sujets de Rome^ qudle que fût la distance qui les en séparait' La frontière septentrionale de l'Étrurie était couverte par les Apennins : la route des Abruzzes était facilement défendue par leurs valeureux habitans, et plus d'une défaite devait avoir dégoûté les barbares de cette agression. Restait donc la route du centre ▼ers le Tibre inférieur et à travers l'Ombrie, pays qîn bien certainement était soumis aux Gaulois.
CSes assertions paraissent contraires, il est vrai, à ce que dit Tite-Live3o4 : il rapporte qu'en l'année ^21' (4^6) 1^ ville ^t remplie de terreur à la nouvelle de la marche des Gaulois; que le sénat ordonna un armement général, et que cette levée comprit même les artisans, quoiqu'alors ils fussent^ encore exclus des tribus et du service militaire pour cause d'indignité* U ajoute que l'armée prit position près de Yâes^ de peur, si elle s'en éloignait trop, que les Gaulois ne pussent arriver sur Rome par une autre route. Mais ils ne se montrèrent point.
M vm, 20.
( 254 ) Polybe a pu regarder comme superflu de parler d'une alerte mal fondée : il s^ peut que^ les Bomaô^B Ment à tort soupçonné les barbares; ou peut-êlr« une troupe nouvelle, que ne liaîeiit point les traités de ses compatriotes., aura passé les Alpes. J'admets irai plutôt ces diverses suppositions, que de croire que Polybe ait &k une Êiusse indication de Fannée du traijté; car c'est un écrivain très-soigneux et trèsexact en Élit de chronologie.
Sacrifiés aux Samnites pour prix de la paix et de l'alliance, les Sidicins avaient pris part à la gueire des Latins contre Rome et à leur défaite ^^. 'Eux seuls continuèrent. les hostilités; ils firent la guerre à leurs anciens alHés les Aurunces, qui s'étaient soumis à Rome : elle leur envoya du secours, mais avant l'arrivée de ces forces^o^ ime ville aunince succomba. Cet événement amena des armées romaines entre le Liris et le Yultume ; elles marchèrent fiur les Âusones de Cales, autre canton des Aurunces, iqui' était demeuré fidèle aux Sidicins ou s'était
^^^ Les Fastes nomment des Latins, des Gampaniens^ des Sidicins et ^eS Aurunces, comme étant les peuples desqàèlr tiriompba T. Itfanliiis.
.. ^°^ Tite-Li\je (VUI, 16) parle comme , si les Aumnoea n'eussent habité qu'une ville. U erre ici tout autant que quand il regarde la guerre des Sidicins comme une guerre nouyelle, occasîonëe par le malheur des Aurunces, sans s^aperceroir de son étroite liaison avec la guerre des Latins.
( ;i35 ) sonmis ii leurs «rmes. La possession de cette loUé étttt indispensable à la sécante du territoire de Fa« leme qui avait été distribué aux. plébéiens 9 et sur lequel s'étaient établis beaucoup de Romains. La place servait en outre de communication militaire avec Gapoue. Cest pourquoi, lorsqu'dle eut été prise d'assaut en 4^^ (4^^)» ^^ J envoya dès Tannée savante une colonie de aSoo hommes:. c'était la première colonie latine qu'on eût fondée depms que les rapports avec le Latium étaient changés; sans doute die se composait de Quintes, de faubour* ^am et d'alliés : ce fut aussi la prmiière des forteresses au moyen desquelles Rome fortifia sa fironuère du côté du Samnium; il faut en effet considérer ces colonies comme des forteresses, et leur bourgeoisie comme des régîmens de gardes frontières.
' Par une ângularité inexplicable, l'on n'entend ^bs parler des Sididns , et trente ans plus tard il ttt tout à coup question de la marche d'une armée consulaire à travers leur territoire , comme s'il s'agissait d'un pays ami^. Du reste, si les Romains n'ont pas essayé de prendre une ville aussi importante que l'était Teanum, cela n'est pas étonnant; le droit qui leur était accordé par le traité de &ire la^ guerre aux Sidicins, avait pour effet nécessaire Fabandon de la ville et du pays aux Samnites, et les
^•7 Tilc-LiTe,X, j4.
Romains eussent élé obligés de se contenter du ba-^ tin^pS. Mais ce qu'on ne peut pas concevoir, c'est que les Samnites n'aient pas mis tout en œuvre pour accomplir une conquête dont ils n'avaient été empêchés quelques années auparavant que par une intervention étrangère, et qu'ils s'.étaient formelle^ ment réservée. Us savaient tout aussi bien que les Homains, que jusquà ce que l'un des deux États eut entièrement succombé, la paix serait, pour eux-^ mêmes comme pour leurs ennemis, un état contre nature. On peut même supposer que les Sidicins se soumirent volontairement aux Samnites , puisqu'en 423 (4^3) les Privernates et les Fundani sont qualifiés de peu[des voisins des Samnites ^09^ puisque Frégelles avait été prise par eux^io, queFabrateria demandait protection contre eux en 4^0 (42.^)9 ^ qu'enfin une armée romaine d'observation en 416 (421) et en J^i8 (4^3) se posta dans te territoire sidicin. Teanum se sera ensuite soustraite à leur domination, elle aura passé aux Romains, et c'est probablement un des nombreux évènemens qui oitt échappé à Tite-Live.
Cet historien et Denys disent tous deux qu'avant
^*>^ Aiosi le réglait, par une disposition mutuelle, le traité avec Garthage. Poljbe, III, 24, et celui avec les £tolieiis« Tite-Live, XXVI, 24.
3«9 Tite-Lirc, Vin, 23.