nid
(a57) Pexploâan de la seconde guenre^ Rome reprocha aux Samnites d'exciter à h révolte les Privemaies et les habitans de Fundi : on croirait que chacain de ces historiens avait sous les yeux des manifestes contenant les griefs qui servirent de prétexte à la rupture de la paix. Aucun des deux peuples que nous venons de nommer ne se révolta pendant là guerre : il n'y avait pour l'histoire aucun Êât à r^ cueillir; il ne s'agit que d'intrigues, que de menées qui n'ont laissé aucun souvenir précis, et il y a tout lieu de penser qu'on reproduit ici d'anciennes açcvhsalions contrôles Samnites, parce qu'en 4^0 (4^5) ils avaient pris aux révoltes de ces peuples une part active, ce qui alors ëtait bien naturel
Il y avait onze ans que Privemum avait été conquise et ti^aitée fort durement : on ne nous indique pas les causes qui peuvent avoir porté Fundi à rompre une alliance dans laquelle elle tenait un rang fort honorable. Située à la proximité de défilés importans pour la route de Campanie, elle devait a?oir ^me garnison romaine : elle a pu être aigrie, exaspérée par cette charge et par les passages continuels des troupes. L'auteur de la révolte, le général dçs deux villes , était un habitant de Fundi fort considéré; il s'appelait Vitruvius Vaccus^". S'il faisait la
^" Plus Traisemblablement Yaccius : Yitravius parait être un pronom osque, comme Attius, Statias, Gdiius. Véteci est aas&i le génitif de Vaccius*
guerre sans mmri» un plan déterminé ou fé(iêdhi^ du moins il n*j meuait point de témérité 3>'« Les Romains avaient h&te de la terminer. Deux années consulaires étaient des forces tellement prépondérantes , que les rebelles, qui d'abord s'étaient rangés devant leur camp retranché, n'accotèrent .point là bataille; ils se retirèrent dans le camp, et la nuit sui* vante s'enfermèrent dans PriVernum. Pendant qn'une armée consulaire les y serrait de près, l'autre mar* cha vers Fundi : dégarnie de ses citoyens , elle se rendit à discrétion. Dès-lors il devenait presque impossible pour les Samnites de dégager Privemum. La peine de la défection n'en fut pas plus douce, et l'extradition de trois cent cinquante coupables ne satisfit point les Romains, qui se plaignirent que le sénat de Fundi n'eût sacrifié que les criminels de basse condition.
Privemum, au contraire, prolongea sa résistance, si bien que les consuls qui prirent possession de leur charge le premier de Quincûlis de l'année sv^ vante, 421 (4^6), ne triomphèrent ps avant le 1.* Mars 4^3 (4^7 )• Q^® la^le eût été prise d'assaut ou qu'elle eût ouvert ses portes, il faut qu'on en ait regardé la conquête comme fort glorieuse, puisque le consul iEmilius çn retint le nom de Privemas, et que les Plautius en cûnsacrèf*ent le souvenir sur
^** Sine €imsili0, sine audackh Tile-Iiye^ YID, 19.
( a59 ) lei» midaiUeSf regardant cet évèBement comme vaà de» plus glorieux qui eusBéat iDiiscré leur fimiille.
Yitruvius tomba au pouvoir des Romains, et comme les autres il paya sa défection de sa vie. Les murs de la ville furent démantelés; les sénateurs qui pendant la rébdiion n'avaient point quitté la ville > furent exilés; on concéda aux autres Privemates le droit de cité. Leur député, sominé de reconnaître lui-même quelle peine ils avaient méritée^'^, déclara pour toute réponse que ses concitoyens n'observe^ raâent qu'une paix avantageuse. On comprit, à la veille d'une guerre avec le Samnium, qu'il fallait choisir ou de la réunion de Privemum au territoire romain, ou de sa destruction totale. Cependant ce droit de cité ne fut d'abord que l'isopolitie, mais dix ans {^us tard, 4^1 (4^6), on créa
^>3 Selon Tite-Liye, il répondit comme il convient à ceux qui se sentent dignes de la liberté. Le récit de Denjs a une couleur plus antique. Le consul demande commenta Privemum on punit les esclaves révoltés? L'on répond : coipme il convient de punir ceux qui réclament le droit que chaque homme apporte en naissant. Mais Denjs place cet entretien à une époque antérieure de vingt ans, sous le consulat de C. Mar.* dus, lors de la première guerre contre Privemum, et, sur cette réponse, le consul aurait levé le siège {Exe. Dion., XIV, 23). C'est ainsi que les traditions qui circulent dans la bonche du peuple, cherchent au milieu de la sécheresse des Annales le point chronolc^que où elles pourront se fixer.
la tribu Ufeidaia , dont Privernum fiit le chei4leii. ^^ Après la prise de Privernum, ou envoya une petite colonie à Anxùr , qui domine la route de l'une des deux villes à Tautre : elle n'est pas comptée parmi les latines 3^^. L'importance du poste commandait de ne le confier qu'à des Romains. Cétait plutôt une garnison qu'une bourgeoisie. Le nombre des colons (trois cents) est celui que les Annales indiquent pour les colonies de Romulus 3^^, et les deux jugères, mesure des terres concédées, sont aussi ce que donnait Romulus. Nous retrouvons en cela un exemple remarquable de la manie des Annales, qui appliquaient à des évènemens et à des personnes déterminées, les règles observées dans une très-haute antiquité,, règles dont le souvenir n'était retenu que dans les lois et dans les livres sacrés. En ce qui concerne Terracine, deux jugères sont bien peu de chose; toutefois cette mesure a plus de valeur dans un pays où l'on fait à peine usage de charrue. D'ailleurs il y avait sur la mour tagne qui dominait la ville des pâturages beaucoup plus importans.
La route de Campanie se trouvait donc protégée:
^>4 LuciUus fragm. 187, inc. pag. 255, ediL Haçerc.
^'^ Elle n'est pas nommée parmi les trente dont il est question dans la guerre d'Annibal. Elle était plutôt colonie ma* rilime. Tile-Livc, XXXVI, 3.
^'^ Tom. ni, pag. 67, remarque 94. ^
Âppim ne fit dans la suite que la consdider» il ne f établit p<Hnt. On fonda l'année suivante, 423 {428), la colonie latine de Frégelles, sur la seconde route du mènie pays, sur la voie latine. Il faut qu'on lui ait assigné un vaste territoire, puisqu'elle devint avec le temps ^i grande et si populeuse^ et que du seul pays des Samnites il put s'y établir quatre mille Êuaùlles. Sa fondation cependant était manifestement un prélude à la guerre contre les Samnites ; toutes les mesures du sénat le déclaraient ouvertement H y avait dans cet acte violation de leurs droits; car Frégelles, autrefois volsque, avait été conquise et détruite par eux : or, d'après le droit général de ritaUe, l'emplacement et le territoire étaient devenir leur propriété. Âussi^ quand les Romains se plaignirent des secours envoyés par les Samnites aux PaléôpoUtains, les Samnites a leur tour demandèrent la suppression de la colonie.
Cumes 5^7, dans l'Opica, fut fondée par des Chaicidîens dont les vaisseaux naviguaient vers un but inconnu et sous la conduite des dieux. Le jour une colombe les précédait; là nuit ils se guidaient par le son de l'airain des Corybantes. Cette tradition est en rapport avec beaucoup d'autres des
^•7 Quoique la substance de cette discussion eût été imérée par l'auteur dans les nouvelles éditions du tome I.*, elle n'a pa« paru deroîr être retranchée de celui-ci, où elle est traitée d'une manière toute particulière.
. Grecs et des barbares; elle assigne à l'événement une date qui remonte au temps des mythes; c'est ce que Élisaient aussi les chronologistes d'Alexandrie; car ils parlaient pour cet établissement d'une époque antérieure de deux cents ans à celle à laquelle les Romains reportaient la fondation de leur ville. Tant que la foi est encore vive, l'intervendon directe des puissances célestes au moyen des pro* diges, Élit disparaître toutes les contradictions. Les Romains, qui croyaient à l'allaitement et à l'ascenâon miraculeuse de Romulus, pouvaient être néanmoins plus sages, plus nobles que leurs descendans, qui souriaient de pitié au récit de leur superstition. Supposons que l'on n'eût pas retrouvé le corjps du tribun Genucius, personne sans doute n'eût pu leur persuader qu'il avait été enlevé au ciel. Il fut un temps où l'on oubliait les évènemens ordinaires, où les vieilles traditions , toujours présentes à l'esprit, effaçaient les sèches indications de l'histoire; maintenant elles étaient à leur tour repoussées; l'histoire ' se formait et les absorbait en elle-tnème; certes, Âpollodore et Ératosthène crurent avoir imaginé quelque chose de très -ingénieux, quand ils dirent qu'Hippoclide et Mégasthène naviguaient sur des côtes inconnues , qu'ils s'étaient fait précéder d'une chaloupe appelée la colombe , et que la ni^it l'équipage donnait des signaux en faisant résonner l'airain. Il est probable que ces auteurs eux-mêmes
( ^5 ) dédbignaient ces niaiseries; mais quant à la fixation chronologique, ils ont dû l'écrire avec autant d'étonnement que nous en éprouvons à la lire; car ils savaient par leurs propres travaux que les premiers établissemens des Achéens et des Chalcidiend sur les côtes d'Énotrie et en Sicile, étaient beaucoup plus récens que l'époque adoptée pour la fondation de Rome, et que dans l'Odyssée ces mêmes contrées sont en dehors des pays historiquement connus. Remarquons d'ailleurs qu'après la seconde moitié du troisième siècle de Rome, l'his^ toire de Cumes est encore toute fabuleuse ^^^. Il est vraisemblable que cette fixation aura été calculée d'après une généalogie des fondateurs et par une fausse application de l'évaluation vulgaire de trois générations par siècle, évaluation qui a dpnné à l'histoire de Sparte une étendue démesurée. Si Cumes eût compté d'après l'ère de sa fondation, vet non à partir du moment où elle devint osque, Gatton aurait bien pu la connaître; mais cela n'eût pas été possible à un auteur d'Alexandrie. La seule chose certaine,^ c'est que les Grecs s'établirent ici dans des temps fort anciens, et qu'il se passa bien des siècles ayant que les peuples indigènes fussent assez forts pour marquer des limites à leurs con-^ quêtes, et pour leur arracher ensuite une à une
^•' Au oommencement du 7.* livre ele Dcnjs.
l^urs colonies.. Il est évident que les Chalcidiens, ne s'établirent point en cet endroit pour y faire lé commerce, mais bien pour prendre possession des champs phlégréens. Il n'est, pas douteux non plus qu'ils ne les posséda3sent avant les conquêtes* de$ Tyrrhéniens.. L'assertion que Noie et Abella étaient des villes chalcidiennes , ne doit pas être dédaignée comme celle qui donne cette même origine aux Falisques.3'9
La critique historique ne tiendra, pas compte, du témoignage tardif d'un auteur qui n'offre point de garantie suffisante; elle n!admettra point, sur sa parole, que Sinuessa et Formies étaient des villes grecques; mais elle ne méprisera pas cette indication cc»nme elle rejette les rêves des grammairiens récens , et sur le seul fondement que l'histoire nous le» fait connaître pour des villes osques. Quand une histoire toute entière a péri, le défaut de renseignemens partiels ne peut arrêter que l'homme qui ne a'est point exercé à juger l'étendue de cette lacune k travers les nuages qui Tentourent : les argumens irrationnels que produit la sèche intelligence des sources sont encore plus antipathiques à la saine critique que la crédulité elle-même. Les noms grecs ret^ius par Strabon , indiquent que dans des temps fort anciens , Formies et Sinuessa étaient des villes
^«9 Justin, XX, i.
grecques; et quand on approfondit la question, on s'ap^erçoit bientôt que ces contrées autrefois n'étaient pas moins grecques que l'Éolie et llonie.
Palaepolisy colonie de Cumes, avait (avant qu'une autre ville s'élevât à côté d'elle) un nom différent : c'était saris doute Parthénope. Tite-Live, le seul qui en parle, ne donne d'autre indication sur sa posidon, sinon que les Romains étabUrent un camp entre elle et Naples. Il ne faut ps la chercher à l'est; car de ce côté la proximité d'Herculanum s'y oppose, et l'on ne peut croire non plus qu'elle n'eût pas de port. J'ai la conviction qu'elle ne devait pas être loin du golfe de Pouzzoles : probablement même elle était située sur le penchant occidental du mont Pausilippe, vis-à-vis de Nisida et de Limon, qui a un bon port; il y a d'ailleurs entre elle et le rivage de Palœpolis un excellent fond pour jeter l'ancre. 3»» Naples a été bâtie par des habitans de Cumes et par d'autres Grecs, à peu près à quatre milles de l'ancienne ville; et quand Cumes tomba au pouvoir des barbares, beaucoup de citoyens s'y établirent Les
^<» Un ami m^a fait voir dairement que telle deyait être la position de Palaepolis. Ce n'était point un sayan<t histoiien^ mais ses vues étaient profondes et jiustes i il eût été un grand général si sa destinée Feut conservé dans la carrière militaire^ si la Providence ne l'eût réservé pour être le premier homme d'État, le premier orateur de son temps! (IL s.'agit de M. d» Serre.)
( 246 ) deux cités se gouvernaient comme un seul État, ei le nom des Napolitains semble ;ivoir prévalu 5^^. 'Ce furent les derniers des Grecs qui se maintinrent sur cette côte. A Tépoque de la prise de Rome par les Gaulois , les Napolitains s'allièrent avec les Samnites^aa. La puissance de Denys l'Ancien et ses efforts pour soumettre les Grecs d'Italie devaient amener ce résultat Sa flotte croisait sur les côtes tyrrhéniennes , et il avait accepté les services des Gaulois contrq eux.
En 4^3 (4^8) une ambassade romaine demanda satisfaction aux Napolitains de violences commises en Campanie et sur le territoire de Falerne ; cUfc exigea qu'ils missent fin aux pirateries de leurs dtoyens. D'un autre côté des députés de Tarente et de Noie, ville intimement liée aux Grecs, représen^ tèrent qu'il ne fallait pas céder aux Romains, et té*
^>* Denys, qui écrivait ayec beaucoup de soin > . iiomroa toujours les Napolitains dans les guerres romaines. Tite-LÎTe ^ au contraire , les Palsepolites ; c'est aussi de ces derniers qu'on triompha d'après les Fastes.
3a» S^ivrifcf, yiviâ' TTforepov — avant 423 (428). DenjSy exe. légat. ^ pag. 2524, R. Je n'entendrais pas cette expression dans toute son exactitude chronologique, si la cause n'otait aussi évidente. Du reste, à prendre rigourensement les mots employés dans les Fastes triomphant, il est évident qu'en disant que Publilius triompha^^ Samnitibus PalœopoUtanis , Tauteur] pensait qu'ils étaient alliés ayed les Samnites sur le pied de l'isopolitie.
( ^ir )
damèrent dans toute son étendue l'exécution du traité avec le Samnium. Tarente promit d'envoyer une flotte : réunie aux vaisseaux napolitains, pouD^ vue de rameurs aux frais des Samnites» elle aurait pu opérer des débarquemens, et par conséquent inquiéter les Romains, qui n'étaient pas à même de tenir la mer contre elle. A l'assemblée du peuple, les envoyés samnites (firent que leur nation défendrait les villes grecques, supporterait toutes les dépenses de la guerre, et que si le succès répondait à leurs efforts, elle leur donnerait en indemnité Gumes et une portion de la Campanie. Ces promesses de grandeur et de richesses devaient entraîner une assemblée à laquelle d'ailleurs on ne demandait qu'un service maritime; or, la mer avait toujours été l'élément des Napolitains. Les ambassadeurs de Rome furent donc congédiés sans qu'on leur accordât aucune satisfaction.
.Le sénat romain s'attendsdt sans doute à ce résultat, et il était prêt Le constd L. Cornélius avec son armée observa les Samnites en Campanie; surtout il surveillait Capoue, dont la foi était douteuse: une seconde armée vint, sous Q.PubliKusPhilon, se poster devant PalsepoKs, et s'établit entre les deux villes, sur le Vomero et le Paiteilippe. Malgré ce blocus, la mer était ouverte aux Grecs. ,0n ne put empêcher 2000 guen-iers de Noie et 4000 Samnites de se jeter dans ces places; peut-être aussi y avaient-
( 248 ) ils pénétré avant l'arrivée des Romains. Les vivres ne pouvaient manquer, et l'art des sièges, qui se perfectionnait alors chez les Macédoniens, leur était tout -à -fait inconnu. L'hiver se passa de la sorte: l'autre armée resta aussi sous les drapeaux , et cantonna dans le pays des Volsques. 3^3
Malgré les indications que nous avons rassemblées ^^^ sur la constitution de la ligue samnite, nos connaissances sur ce point demeureront toujours fort incomplètes. Nous nous bornerons ici à une conjecture générale : c'est qu'une guerre comme celle-là devait faire naître une assemblée permanente et régulière, lors même qu'elle n'aurmt pas existé précédemment. Il y a un passage dans Tite-Iive ou il est parlé de préteurs qui font, comme les magistrats romains, des propositions au sénat; propositions qui semblent être la conséquence d'une décision populaire^25. ç^ passage pouvait s'appliquer aux assemblées particulières du peuple de la ligue.
Cette constitution était peut-être moins incohérente qu'on ne pourrait se l'imaginer de la part d'un peuple de laûtiquité, mais elle a dû entrer pour beaucoup dans les causes du mauvais succès de la
3*3 Denjs, exe. legai.y pag. 2328.
3a4 Voyez page i45 et suiy.
3*5 VIII , 39 ; ut dmnibus conciliis frenurent : — côacti referre prœiores decretum fecerunt. Il n'est pas parle de sénat, mais les mots referre et decretum démontrent qu'il en est questiotiu
( ^49 ) guerre. D'abord il fillait bien que le commandement alternât, et c'est tout au plus s'il pouvait échoir à un C. Pondus une fois tous les quatre ans. Lorsqu'il y avait un rapport à faire à la diète générale des peuples, et qu'il fallait les convoquer de diverses contrées, le temps opportun s'écoulait souvent avant qu'on eût rien décidé* Les retards apportés à toute résolution, en paralysaient l'effet avant qu'on pût songer à l'exécution.
La guerre n'était pas déclarée que déjà les Komsdns se battaient devant Naples avec la garnison samnite* U vint des députés accompagnés d'un fétial : ils exigèrent le départ de cette garnison samnite et la renonciation à toute prétention sur Frégelles; ils protestèrent contre les menées qui avaient pour but d'insurger des sujets romains, et demandèrent l'extradition des coupables et des artisans de trouble, pour les livrer au jugement du peuple romain. Tit% Live cherche à mitiger ce qu'il y a d'intolérable dans ces exigences; il imagine une proposition de remettre l'arbitrage de ces différends à des amis communs; comme si Rome avait pu souhaiter autre chose que la guerre. U y a beaucoup plus de vraisemblance dans la réponse qu'il prête aux Samnites. Il n'y a, dirent-ils, à Naples que des volontaires (les peuples sabelliques permettaient chez eux les enrôlemens pour le service étranger). Néanmoins, sans violer ses traités avec Rome, l'État aurait pu secourir
une ville avec laquelle le Samnium était alUé de{niÎ5 deux générations. Quant aux machinations, le Samnuim n'était pas si faible qu'il fiit obligé d'y avoir recours. La fondation d'une colonie par les Romsdns dans un pays que le droit de la guerre avait soumis dux.Samnites, est, ajoutèrent-ils, une criante injustice, et si Rome ne retire sa colonie, on la détruira par la force. Du reste, il y a folie à accuser d'une part, et de l'autre à se défendre comme si on vou** lait sérieusement la paix. Enfin , disait-on , les années des deux peuples pourraient, entre Capoue et Suessula, décider auquel appartiendra la suprématie de l'Italie. Après avoir entendu cette réponse, le fétîal attesta les dieux que le peuple romain venait de satisfaire au droit divin et humain : la tète voilée, il étendit les mains au ciel et pria. Si les Romains commencent la guerre, dit-il, parce qu'ils ont inuiffement demandé réparation de l'injure, jpuissent les dieux immortels bénir leurs conseils et leurs actions! Si au contraire ils ont violé leurs sermens, s'ils ont imaginé un vain prétexte à une guerre injuste, que Jes Dieux maudissent et leurs conseils et leurs actions. 3a6
Prière criminelle, que le prêtre doit avoir pro* noncée avec terreur, à moins qu'il ne fût qu'un hipocrite charlatan. Il est évident, encore aujourd'hui,
3»6 Denysyexc» légat., pag. aSig — 2327.
(a5i) qoeRome enfreignit ses sermens, et qu'elledonna lieu à la guerre en heurtant les droits des Samnités. Ainsi cette institution religieuse^ qui devait servir de garantie contre l'audace et la violence, cette institution qta fiit toute -puissante tant que les passions n'étaient que faiblement excitées, avait déjà dégénéré au point de devenir elle-même une cause de crime et d'enr durcissement En efiet, elle avait cessé d'inspirer le respect, et n'était plus quHine vaine formalité.
Le souvenir de cette iniquité a rempli d'amertume l'historien grec, qui d'ailleurs regardait comme la conséquence de cette guerre l'anéantissement du peu de villes grecques qui subsistaient encore à cette époque. Sans cette transgression , il ne faudrait pas juger trop sévèrement les Romains, à raison de l'injustice qui fut la cause immédiate de la rupture. En effet, la guerre fut plutôt le résultat d'un état contre nature que d'un tort isolé : en vain les traités vour laient assurer la durée de la paix, elle était insupportable aux Romains comme aux Samnités S»?. Et si l'on ne peut faire aux Samnités aucun reproche sur le fait qui la rompit immédiatement, il ne faut pas non plus leur compter pour vertu une inaction involontaire, et qui n'était que le résultat de
^*7 Quand les Gherasques youlureut à tout prix vivre en paix, ils devinrent un objet de mépris, tnéme pour leurs plus petits voisins.
( !i5a ) ce qu'il y avait, dans leurs institutions politiques, d'incohérent, de décousu et d'inutiles complications. Les souvenirs de la première guerre ne permettaient pas de songer sans crainte ou sans hésitation à la renouveler contre un ennemi devenu beaucoup plus puissant La haine s'alimentait, se grossissait; et toutes les fois qu'on y réfléchissait, on espérait que dés circonstances plus favorables permettraient l'exécution de projets depuis Ion g -temps arrêtés; mais on laissa échapper l'occasion. Enfin, quand l'impatience dés Romains d'en venir à un parti décisif, se manifesta par leur entreprise sur ISaples, on demeura dans l'irrésolution, et l'urgence même ne put amener que des demi- mesures; elles n'en étaient pas moins hostiles, elles n'en causèrent pas moins la guerre. L'issue malheureuse de cette guerre ayant déterminé les Samnites à consentir à l'extradition de Papius Brutulus^ il: est permis de supposer que ce fut une opposition politique qui paralysa et fit échouer ses conseils, précisément parce qu'ils venaient de lui. Je n'examine pas si cette opposition aurait Iç caractère d'une faction, ou si elle venait des peuples auxquels il n'appartenait pas iinmédiatemept.
Si les Samnites n'ont pas donné aux Romains des sujets de plainte plus fondés, ce n'est point que leur vertu et leur justice fussent plus grandes; le motif en était uniquement qu'à l'exception des Ves^
tins, tous les peuples voisins leur étaient ImmUiim.^^ Ce pouvait être le résultat de l'envie; mais les Sam« nites étaient maîtres d'une grandes partie de l'ApuIie. Cet isolement, l'opinion que tous seraient contre eux et pour Rome, ne pouvaient qu'entraver leurs résolutions. Dès que la guerre fut décidée, Rome conclut des traités avec les Apuliens et les Lucains.
La seconde guerre samnite.
lia gaucherie et l'incapacité du gouvernement furent cause que les Samnites n'étaient pas prêts au moment de la déclaration de guerre; ils perdirent le temps en préparatifs , et ne firent aucune tentative pour dégager Naples. Quand les Romains, arrivant de la frontière volsque, franchirent le Vulturne pour pénétrer dans le Samnium, ils purent prendre Alifae et d'auires places sans rencontrer d'armée. Cette campagne appartient aux premiers mois de l'an 425 (428) : la prise de Palsppolis se rapporte au commencement de 424 (429)- ^^9
Il importait de ne pas laisser sans chef l'armée qui assiégeait les deux villes grecques. Cependant
3»8 Tile-Iive, IX, i3.
3*9 Parce que L. Gomelius et Q. Publilius ne prirent possession de leur charge que le 1.^ de Quinctiles, et que leurs saccesseurs ne furent nommés que par le i5/ interroi, et par conséquent au commencement de Septembre. D'un autre câté, d'après les Fastes , Publîlkis triompha , en qualité de proconsul , le i.**^ Mai.
( 254 ) les prétemloiis renouvelées des patrioiens prorogé^ rent de deux mois la tenue des comices; Q. PublSius Philon fut donc investi du pouvoir consulaire par un sénatu»-consulte et un plébiscite, et on le chargea de terminer la guerre contre les Grecs, Les auspices et Yimperium étaient compris dans ses pouvoirs, qui ne se bornaient pas à ceux d'un général qui n'a que le droit de récompenser et de punir : il avait une véritable juridiction. Si d'une part la juridiction des tribuns cessait à un mille de la ville, de l'autre, Rome et ce territoire n'étaient pas soumis à un pouvoir proconsulaire 33o^ qui avait été conféré, sans prendre les auspices , et par une simple résolution des deux ordres, "autrement que par les assemblées électorales régulières. Par suite de ce principe, les généraux qui revenaient proconsuls à la tète de leurs armées, obtenaient du peuple, pour le jour de leur triomphe, la confirmation de4'imperium; dans la suite l'usage le leur donna : la raison en était qu'il n'y avait pas d'exemple qu'un consul fût revenu
^^ De là lesjudida, quœ imperfo contînébaniur, par opposition aux légitima. Gaios^ IV, 104? io5. Dans lés premiers temps on comptait sans doute le mille à partir du Poincxrinm, qu'il fallut bien arancer; car si on ne l'eût fftit^ une partie de la Tille serait restée en dehors du rajon protégé par les tribuns. Il n'en était plus question qaand Auguste fit de Rome une division plus appropriée aux besoins de l'administration ; l'ancienne disparut bientôt devant cette amélioratioD»
{M)ur le triomphe pendant la durée de sa magbtrature. DaBs les premiers temps, il n'était pas besoin de cette résolution; le pouvoir proconsulaire était conféré par un sénatus-consulte et un plébisciteras et cda était d'accord avec la constitution. Le sénat n'en disposa seul que depuis la loi Sempronia, la grande étendue de l'empire l'exigeait. De là vient l'erreur de Tite-Iive, qui, dès l'année 44 * (44^)» rapporte que le sénat prolongea l'imperium de l'ancien consul Fabius. 332
Le secours promis par les Tarentins ne vint point, et la garnison samnite blessa les Napolitains par son orgueil et ses violences : il se forma une conspiration parmi ceux qui, fatigués de la guerre, voulaient la terminer à tout prix. L'un des conjurés, Gharilaus, fit ouvrir une porte aux Romains, et les conduisit dans les parties hautes de la ville. Dans la même nuit, le stratège Nymphius attira les Samnites au port, loin des murs de la ville, et sous prétexte de les embarquer pour faire une expédition sur le territoire romain. Ce genre d'expédition pouvait réusâr fréquemment, les Samnites s'y prêtèrent; tandis qu'en apparence on Ëdsait les préparatifs du départ, les cris de guerre des Romains annoncèrent que la ville était prise. La porte du port était fer-
'■■ I ■ I I I III I ■ I ■ ! Il I I > I II II
M- Tite-Iive, Yin, 23; XXIX, i5.
mée : les Samnites, dont on avait déjà embarqué les armes 333^ n'eurent plus qu'à sauver leur vie en prenant la fuite; d'anciennes relations amicales assurèrent la retraite des guerriers de Noie.
Si Tite-Iive a préféré ce récit à un autre, qui imputait aux Samnites d'avoir trahi la ville, c'est qull l'a trouvé plus vraisemblable. D'abord il existait un traité entre Rome et Napleis; en second lieu, des témoignages plus dignes de foi faisaient honneur de cette trahison aux Grecs. Âdmettons-les : je le veux bien; mais Tite-Live aurait dû réfléchir qull y avait deux villes bloquées, et que toutes deux n'avaient pu être livrées de la même manière, en même temps. Il n'a pas fait attention d'ailleurs^ au triomphe de Publilius sur les Palaepolitains. Jamais le sort d'une ville livrée aux Romains par la trahison de quelques-uns de ses citoyens ne fut plus doux que celui d'une ville prise d'assaut Palœpolis périt dans cette occasion : peut-être tous les Samnites y étaientils. Naples ouvrit ses portes par une convention, et
^^^ Tite-Liye dit înermes» Je ferai remarquer ici pour tous ks cas semblables, que quand on n'omet pas entièrement ces sortes de récits, il faut les compléter pour les rendre intelligibles. Il n'est peut-être pas vrai que les Samnites fussent dépourvus d'armes. Si cette circonstance est exacte, c'était assurément un surcroit de trahison , d'autant plus vraisemblable, qu'en agissant ainsi, les Grecs se garantissaient de tonte vengeance.
( ^57 ) le» Romains ^rent bien heureux d'en accepter leê conditions*
Sur ces entrefaites» un avantage important indemnisa les Samnites de cette perte. Les Lucains renoncèrent à l'alliance de Rome; mais leur parole n'avait point de valeur : il leur fallut donner des otages aux Samnites, et recevoir des garnisons dans leurs places fortes; ces conditions, les plus dures que l'on puisse imposer à des vaincus, équivalaient à une soumission complète. U faut, pour que l'on en soit venu là, qu'il y ait eu une révolution dans le gouvernement: Alexandre d'Épire était entouré de bannis de tucanie, ce qui indique assez qu'il y avait chez eux des Ëictions et des déchiremens intérieurs. Vingtsept ans plus tard, les troupes de Rome mettent fin à des différends entre l'aristocratie et les plébéiens3^4 : sans doute que le parti samnite avait triomphé par les armes de ses amis, et qu'il ne croyait pas pouvoir conserver la victoire autrenient qu'en assujettissant la nation au joug de l'étranger. Tite-Live explique le changement de système des Lucains et leur abfdssement devant les Samnites, en reproduisant une dé ces fréquentes imitations du cdnte que l'on nous débite sur Zopire. U n'hésite jamais quand il s'agit d'imputer, soit aux Tarentins, soit aux Campaniens^ uu trait de ruse, d'orgueil ou de lâcheté* Or, il
"4 Tite-Iive, X, i8.
prétend que» pour éloigner là guerre de leur pays» ils avaient instigué des jeunes Lucains à se flageller et à montrer à l'assemblée du peuple leur dos ensanglanté, en disant que» sur la foi des traités, ib avaient visité le camp romain; que le consul les avait fait saisir et battre de verges; qu'enfin ils avaient eu peine à échapper à la hache des licteurs. Selon ce récit, le peuple, dans son exaspération, aurait contraint les magistrats de convoquer le sénat, puis , par ses menaces et ses cris, il aurait forcé celui-câ à renouveler à tout prix l'alliance avec les Sanmites et à déclarer la guerre à Rome. La fourberie, ajoutet-il, fat découverte trop tard, lorsque déjà ses auteurs s'étaient enfais à Tarente ; les otages étaient donnés, les places occupées. — Jamais les destinées des peuples n'ont été gouvernées d'une manière aussi puérile. Dans les États où une seule ville renferme rassemblée souveraine, où celle-ci peut se laisser eniniiner à un mouvement, de pareils évènemens doivent, jusqu'à un certain point, paraître possibles; il en est autrement chez un peuple disséminé dans de vastes contrées» et qui ne pouvait être convoqué qu*aprè9 un délai de plusieurs jours. Ici encore on a voulu enlever à des ennemis la gloire d'un avantage obtenu par la force; on a voulu y substituer la lâche honteuse de la' mauvaise foi et de la tyrannie.
Pendant toute la guerre , il n'est jamais parlé de
(259) Ikicaiii» comme d'alliés de^ Samnhes. Ce pourrait être, il est vrai, TefFet du hasard; car l'histoire des érènemens d^ cette guerre est défectueuse, contra*^ dictoire et altérée au même degré que celle des temps plus anciens. On ne parle nulle part, non plus, d'une participation active des Tarentins, et cependant on ne saurait la révoquer en doute. Stra* bon dit que la côte fut ravagée par les Samnites, depuis le Latium jusqu'à Ârdée, et que de son temps c«rcôre le pays en souffrait 555 • cela n'eût été possible qu'avec le secours de la flotte des Tarentins^ Ceux*-ci auront contribué aussi à la soumission des Lucains: il y allait de leur sùfeté; mais ils y auront employé tous leurs moyens et ne se seront point avisés d'une ruse aussi grossière. «
Les Âpuliens étaient exposés à subir le même sort que les Lucains^ à moins qu'on ne les secourût. Dans ce cas, l'armée romaine, réunie à la leur, pou-» vait opérer une puissante diversion. Arrivant lune deC^mpanie, l'autre d'Âpulie,'ces armées se seraient jointes au centre du Samnium ; elles auraient intercepté les Samnites du not*d de ceux du midi, en conservant les places conquises. Ce plan était indiqué par la position géographique et par le caractère même d'un ennemi dont la défaite était assurée dès qu'on lui enlèverait un pouce de terrain. D'ail-
"S/ Slrabon , V, pag. iïa*
(a6o) leurs l'état physique du pays des AbruzEes et de l'Apulie faisait de l'union de ce pays avec Rome une grande calamité pour les Pentriens du nord du. Samnium ; car ils hivernaient leurs troupeaux dans les plaines de l'Apulie, et abandonnaient dans^ k mauvaise saison leurs cimes neigeuses^ Il n'y saunitpoint de doute sur l'antiquité de cet usa^, quand même le hasard ne nous en aurait pas conservé une mention positive. ^36
De leur côté, les habitans de la Pouilleavaient» pendant l'été, le mtme besoin des pâturages mon* tagnards des Abruzzes. Ces circonstances purement physiques établirent une amitié mutuelle entre les Apuliens,lesMarses, les Marrucins et les Pélignien& Étroitement^liés par FisopoUtie et par un traité sur le pied de l'égalité, ils ne prirent point part à la guerre et permirent le passage aux deux puissances belE* gérantes. Les pâturages d'ApuUe n'étaient pa& aussi nécessaires aux Vestins; car chez eux l'agricnhiire l'emportait sur l'élève du bétail : d'ailleurs ils avaioit la. feculté de conduire leurs troupeaux sur la côte voisine. La route par laquelle .devaient passer. les Romains pour se rendre en Apulie, veiiait par Ried et Antrodoco, dans leur pays, et jusqu'au littoral de l'Adriatique : ils refusèrent le passage aux Romains,
^^ Le maonscrit ne Pindique pâs^ nous* ne savons donc qnd pauage M. Niebnhr a voulu citer.
«»u les repoussèrent les armés à la main, qtiand 3s tonnèrent de le forcer.
Leur alliance avec les Marses» les Péligniens et les Marrudns, ne permettait pas de douter qu'une acttaque ne réunît aux Samnites toute cette ligue , dont le caractère belliqueux était connu, malgré la neutralité qu'elle observait dans le moment; dans ce cas, l'Apulie était perdue. La guerre fut déclarée : les Yestins intrépides résistèrent au consul D. Junius Srutus, quoique leurs alliés^ hostiles aux Samnites , eussent abandonné ceux qui s'offraient au danger dans l'intérêt commun. Le général romain gagna une- bataille rangée qui lui coûta cher, et comme les vaincus se réfug^ient dans leurs villes, il prit Cutina et Gingilia d'assaut, non sans perdre encore beaucoup de monde. Il n'y avait pas de honte pour un aussi petit peuple à déposer désormais les armes* lite^Live ne dit pas qu'on ait &it la paix; ma^s la marche des armées romaines vers l'Apulie paraît n'avoir plus été entravée : la grandeur des pertes éprouvées dans cette campagne aura sans doute empêché le triomphe, malgré l'importance des résultats.
Le consul L Camillus, qui devait pénétrer dans le Samnium avec ime autre armée,. tomba dangereusement malade; à sa place, L. Papirius Cursor prit le commandement en qualité de dictateur. Il choisit pour général de la cavalerie Q. Fabius, ce-
loi-là même qui acquit pour lui et sa postérilé k surnom de Maximus^^7. L'hi$ioire de cette guerre est rapportée par Tite-Live avec uoe telle insouciance des évènemens, qi^'il est rare que, sur cetle longue ligue qui s'étend de TAnio à ^ples, ùbl puisse en reconnaître le théâtre. D'ailleurs les déns* tatioiis fréquentée, souffertes par le Samnium, et le peu d'importance des bourgades de ces montagnes, sont des causes qui rendent presque impossible de retrouver aucun vestige des lieux qu'il cite, ^ Ton ne peut guère s'orienter dans ses récits.
Il y avait une difiërence essentielle entre les aus^* pices pris sur le territoire romain et ceux pris à l'étranger; et quand il existait un doute sur la vaU^ dite des uns ou des autres, on ne pouvait en obtenir la solution qu'en les faisant prendre de nouveau par le magistrat qui les avait consultés une première fois , et dans le lieu même où il les avait déjà con-
^^7 L'année du consulat s'ouvrait alors au commencement de Septembre : d'après les Fastes, le dictateur triompha III Non. Mari. II n^est pas invraisemblable que les Fastes consalliires aient marqué toute une ^nnée par la magistrature de ce dictateur. Mais ce n'est qu'un tour d'adresse pour claiser les années du siècle dans ses limites^ il ne f<iut pas j voir l'opinion, que certes Yarron n'eût pas admise, que le dictateur demeura en charge Tannée entière sans qu'il y eût de consuls. Ce serait une chose inouïe, dont les Annales eussent assurément parlé , elles qui donnaient jusqu'au nombre des Inter* rois. Vojesî tom, ÏV, pug. 537.
(263) suites ^^9« On regardait cette obseryance comme un devoir non moins sacré que les autres prescriptions du cérémonial religieux. Le dictateur L. Papirius était sorti de la ville sur la foi des auspices; mais il s'éleva une contestation sur leur validité, cela le contraignit à revenir à Rome. En partant, il ordonna à Q. Fabius qui le remplaçait, d'éviter tout combat; mais celui«tci, sans crainte de la religion, ni respect pour l'autorité de son chef, se laissa entraîner à présenter la bataille près d'Imbrinium^^d;
** La règle doit avoir été générale. Néanmoins on né conçoit guère le cas où il «ût été nécessaire^ de quitter Rome pour retourner à l'élranger.
3^9 Ou Imhriçium; car Hermolaus Barbanis, et après lui Sigonius et Jaste Lipse, ont conjecturé qoe ce lieu était probablement sur les collines imbrivines, au-dessus de Siebiaco, cl qu'une faute a pu se glisser dans Tite-Live. Il est d'autant plus impossible de décider ^ que nulle part il n'a dispara plus 4e villes que dans le Samnium. Toutefois il ne faut tenir amnm compte de l'objection qui se fonde sur ce que les cok lines imbrivines; d'où l'empereur Claude fit yenir les sources à Rome^ étaient dans le pjs des Èques^ tandis qu'il faudrait chercher Imbrinium dans le- Samnium. Sans doute c'est ce ^e isuppose l'ite-LiYe; niais lors même qu'on s'attacherait à la lettre 7 les Samnités^ gui s'étaient étendus dans ces contrées an p<Mnt qu'Atina est comptée dans le Samnium , pouvaient bien ayoir soumis les £ques ^ dont il n'a plus été parlé depuis 336* Peut-être Tite-Liye a-t-il procédé arec sa légèreté accoa^ iHinée. U est bon de remarquer que les Samnites^ s'ils ont pénétré dans ces contrées ^ ont pu toucher le terriloirs fo»
( a64 ) car il ne pouvait su{^oiter< l'audace. toujours croisante de l'ennemi.
La cavalerie décida de la victoire; après d'inutiles efforts pour rompre les masses samnites^ le tribcm L. Cominius ordonna de délivrer les chevaux de leurs énormes brides;, et de se précipiter avec fureur sur l'ennemi 34o
L'infanterie; acheva la défaite. On dit que les Samnites laissèrent ^o,qoo tués sur le champ de bataille. De. toutes ces évaluations, celle-ci mérite peut-être le moins de foi : quelques Annales parmain et appeler à la réyolle les villes mëooatentes; comme Tite-Live, au contraire, suppose toujours que. les .fiomains ]^ortèrent leurs armes fort avant dans le Samnium, il a pu se méprendre ainsi sur une position qu'il connaissait fort bien. Les allées et venues rapides du dictateur de Rome i FfO'mée et de l'armée à Rome, sont. une raison de penser que la. distance n'était pas forte.
340 Un homme fort instruit de ces matières-là^ qui m'aocompagnait dans mes études napolitaines, me fit remanpier que les Romains se servaient de brides fort pesantes, comme le font les Turcs. J'en parle, parce que je me souviens âV voir entendu, dire souvent qu'il y a de l'absurdité à répéter dans l'Kistoire romaine, que l'on ôtait les brides des cheranx. Je ne saâs pas si Tite-Live se. ikisait de cela une idée, bien claire; mais ce qu'il j a de certain, c'est que les chevaux quand ils se sentaient dégagés de ce poids insupportable et quand le filet s«ful les^guidait, se précipitaient ^vec une force qui rendait le choc plus rude, sans. qu'un cs^valipr timide pàt les retenir. ,
kiait de deux batailles, d'auires ganfaôenruii silence absolu. ^41
Q. Fabius ne se dissimnla point que le dictateur ne pouvait lui pardonner; il envoya sur-le-champ aon bulletin de victoire au sénat, et sous prétexte d'ua vœu, il fit brûler les armes conquises, afin qu'on n'en pût orner le triomphe d'un ennemi ir* réconoûiable. Gelui-ci accourut à l'armée pour &ire usage de toute sa puissance; mais elle fut paralysée par l'esprit qui y régnait : les soldats protégeaient leur chef, et se fussent révoltés plutôt que de souffrir qu'il lui arrivât le moindre maL Dan^ la nuit même', l'accusé s'enfuit à Rome, où tous les ordres se dé* darèrent pour lui comme pour un opprimé contré un. tyran. Enfin le dictateur parut : on était encoi^ au temps où le peuple entier se s^ifait impuissant devant un homme investi du pouvoir illimité; mais im abus sanglant pouvait anéantir la dictature comme avait été anéantie la royauté. Si Papirius Gursor se fût endurci contre les suppliques réunies du sénat et du peuple, comme il avait bravé leurs reproches^
^* Quelques .pages plus loin 9 il ediappeà Tite-Lire kii* méipe de parler de deux batailles (YIII, 33, 21)» £t c'est ,14 de l'histoire pour Tannée qui précède la mort d'Alexandre t La querelle tragique entre le dictateur et Q. Fabius, est-elle mieux attestée parce que Historien qui la racontait étidt un EdbÎDs?
la soùveraîiie puissance, au lieu -d'en être affermie, en eût été anéantie. |
H fit grâce sans pardonner, et retourna à Tar* mée. En son absence, le lieutenant qui la commandait, de peur d'être puni pour sa désobéisfiance 9 avait mieux aimé laisser tailler en pièces un détachement de fourrageurs que de risquer un combat pour les sauver. Papirius en personne con<* duisit les troupes à un combat, dont le d^van* tage est attribué à leur haine pour sa tyrannie Alors il s'aperçut que la dictature elle-même ne ' pouvait obtenir qu'une obéissance passive, et que lé dictateur ne tenait ses pouvoirs que de la vo^ lonié de concitoyens hbres. Il condescendit à bri* guer la bienveillance des soldats; il fît briller à leurs yeux y pour satbfaire leur cupidité ou leur misère , Tespoir du butin qui serait le fruit de la i^<^oire. Elle fat complète, et les vainqueurs pil* lèrent au loin le plat pays. Il y avait dans le Sam* nium peu de villes fortes, et il était peut-être impossible de rassembler une armée devant un ennemi qui ne laissait ni trêve ni repos : les Samnites demandèrent un armistice, que le dictateur accorda pour un an, car il voulait faire sortir dé ce pays difScile ses soldats chargés de butin ; il craignait qu'en hiver le défaut de discipline chez les siens, le désespoir chez l'ennemi, ne lui valussent un re* vers : d'ailleurs il avait hâte de triompher. U s^HiIa j
dooc qae son armée sérail halnUëe ei soldée pendant on an aux frais de l'ennemi.
Les Samnites se repentaient d'avoir entrepris la guerre y et reconnaissaient ce cpll y avait eu d'imprudent et de préofauiré dans cette résolution : ils envoyèrent donc des députés à Rome, pour y traiter de la paix. Mais le temps n'en était pas venu; ib n'étaient pas encore ^vaincus , et n'avaient pas les dispositions des vaincus. Certes, les Romains ne se fussent pas refusés à des rapports d'égalité; mais il est douteux que les Samnites aient voulu céder les villes et les districts que les Romains avaient usurpés au mépris de leurs colonies. Rome non plus ne leur permettait pas la domination de la Lucanie , et ne consentait pas davantage à renoncer à son alliance avec rApulie.54a
Quand Tite-Iive nous dit que les Samnites rom^
^^ Il J a^ ian$ la suite des érènemeos, une sorte «de nécessité intrinsèque à ce que la guerre contre les Yestins ait eu lieu pendant cet armistice ^ c*estrà-dire pendant l'été d» A26 (4^0 * 1^ consuls qui donnent leur nom i l'an 4^5 (43o)> gouyernérent jusqu'en Septembre i^ù (43i)« De là Parniée romaine aura passé en Apolie, où rhÎTer est la saison |iro|ire i la guerre comme Vite dans les Abmzzes. Toutefois je a'ai pas voulu innover ici> parce que Tite-Iive fixe cxpcesN. «ément la guene contre les Yestins au oommencement du «ionsiilat; il Fa fait sans doute sans aucune autorité ^ ou du moins sans autorité suffisante* C'en est asses d'ailleurs de tnf remorque»
pirenila trêve sur-le-champ, il nefamt point àcceptéf le fait ^43 : ils eussent ainsi dédaigné une beUe oc- <»si<Hi de se préparer. L'accusation repose uniquejnent sur le motif que l'année consulaire 4^5 (45o) .06 s'écoula point sans hostilités. Mais à partir de Féyrier ^a&f il put y. avoir une année d'armisûoe, :et les consuls, qui ne gouvernèrent que quatre mm ile dette année-là, eurent assez de temps pcsadant la duivitnte pour les entreprises que cette fois encore on nous raconte d'une manière bien incomplète. . Le consul Q. Aulius, sans violer la trèverpii, .avant, la fin de l'année ^aSj et dans la saiscm la plus &voraUe, conduire en Apulie, soit l'année qui avait vaincu les Yestins , sok même une armée .OOuveUei; c'est alors que l'air est plus doux, et qu'un jeune gazon recouvre le sol, qui en été est jiu en dégami344. Les Âpuliens n'étaient pas, comme là peuples sabelliques, réunis en un seul État; mms, icorame la plupart des peuples grecs, ils formaient t]es cités indépendantes les unes des autres, et très-
• 343 yxn^ 37. Inducias annuas ah urbe reiuhrunt (le dictateur avait qualité pour consentir la trêve, et son armée en avait reçu le prix) : nec eamm ipsarum samta fidesfitit^
^i Dans la Ponille les épis du froment sont formés vers le milieu d'Avril, et Ton récolte avant la fin de Mai. Gomment Annibal et les Romains ont^ils pu tenir la campagne en é\i dans ces plaines brûlantes dépourvues d'eau? Je ne le conçois pas. Je ne oomprends^ pas davantage que la bataille de Gaiiiiei ait pu être livrée pendant la canicule.
différentes par leur étendue, leur puissance et leur considération. Il est probable qu'elles se partageaient en:factions sous les drapeaux de deux villra jalouses et fnneiliies, dont chacune trouvait un appui à l'étranger 34S. Arpi, la plus grande de toutes, toujours^ fidële à l'alliance romaine, a pu conclure un traité pour die et ses alliés; d'autres villes ont pu se join-« dre aux Samnites. Si l'Apulie était ainsi partagée, la première affaire du consul Q. Aulius devait être de protéger les alliés de Rome, soit contre d'autres- Apuliens, soit, après l'expiradon de la trêve, contre les Samnites.
Ces avantages^ obtenus dans des contrées éloi--^ gnées, étaient sans importance, tandis qu'en Apulie les. troupes couraient le risque d'être coupées et battues, si la fortune changeait aux frontières du Latium^ et c^est ce qui paraît être arrivé en 4^6 (43 1)» Peu importe que Tite-Iive raconte en termes^ généraux que le consul Sulpicâus ravagea le Sam-^ nium sans éprouver de résistance : ce récit est ré^ futé par des circonstances décisives. D'ailleurs cette lâcheté des Samnites ferait un contraste inexpli-^ cable avec la vigueur déployée par eux dans le» campagnes précédentes et dans celles qui suivirent.
Il y eut une révolte au sein du Latium : Tuscu^
345 Aio^l Pîse en Toscane éuit à la tête de» Gibelina , Florence âirigeait les GueJphes.
lum, yéUUHis et Privernum, y prirent ]part;^il tet probable qu'elles y ibreat eticouragées par les pro^ grès d'uue armée samnite yictorieuse. Chacun des deux peuples s'occupait moins de se couvrir que de frapper au cœur de son ennemi
Depuis quinze ans, les Romains avaient pu se persuader que les gardes de leurs murailles ne r^ verraient jamais les feux de l'ennemi, et que les ipaisons de leurs campagnards, si souvent brûlées, si souvent pillées, seraient éternellement k l'abri de ces maux. Le but de cette guerre tant désirée était la suprématie de l'Italie; mais elle avait des vicisdtudes semblables k celles qui suivirent les batailles de Breiitenfeld, de Nœrdlingen, de Collin, et la retraite de Moscou : ces revers abattent les âmes les plus fortes.
Voilà ce qui explique complètement la terreur panique dont Tite<-Iive parle .absolument comaie s'il s'a^sait d'un conte de revena&s. Il rapporte que dans une nuit d'alarme toute la ville fut appelée aux armes, et que ses citoyens accoururent pour occuper les hauteurs voisines, les murailles et les portes. Comment a-t-il pu, lui qui avait à sa disposition les m^es Annales que Pline, ne pas apercevoir, ou mème^déguiser la liaison des faits? Bien n'était plus naturel que cet effroi qui s'empara de Rome, si Tusculum, que l'on voit de toutes ses hauteurs, s'était révoltée; si cette insurrection était
( ^7» ) ou paraissait la suite d'une défaite prouvée par rannée, soit dans les montagnes des Èques, soit dans le Samnium même; si on ne pouvait en rece* voir.de nouvelles à travers un pays ennemi; enfin ^ si Tannée d'Âpulie, au lieu d'accourir au secours de b république, semblait perdue elle-même : d'ail» leurs, l'ennemi aurait bien pu être introduit par trahison dans une ville dont plusieurs parties n'étaient défendues que par des escarpemens, et il aurait facilement établi des intelligences dans l'in-' térieur. Cela n'eût pas été étonnant dans une guerre semblable.
Cest une manie pusillaniqae qui tient de la vanité; on ne la conçoit pas quand il s'agit d'époques aussi reculées; surtout elle est indigne d'un génie comme celui de Tite-Live. Pourquoi n'a-t-il pas* employé plutôt son inimitable talent de description à iious montrer comment Rome fut tirée de Cet extrême danger par la prudence, la constance, l'héroïsme des citoyens, et comment les fautes commandées par la Providence à ses ennemis, l'ont relevée plus triomphlinte que jamais ?
ISous n'apprenons que fort occasionéllement que L. Fui vins, consul des Tusculans, les abandonna et passa aux Romains, qui bientôt le récompensèrent en le faisant consul chez eux^46. Tous les Tusculans
546piinc,H.iV.,Vn,44.
éfsàem QmxifeSf et il est impossible qull n'y en ait eu qu'un seul qui ait compris que la chute^deRome les ferait esclaves dHm peuple étranger; ils devaient prévoir, au contraire, que la grandeur de Rome serait un jour la leur, lors même qu'il leur faudrait attendre ce résultat du teinps et de k patience. Et en effet, les descendans de Fulvius et beaucoup d'autres fin milles de Tusculum égalèrent pour la splendeur les plue anciennes familles plébéiennes. Tusculum et les autres villes insurgées rentrèrent bientôt dans l'obéissance : selon Pline, ce fut Futvius lui-même qui j contraignit ses concitoyens; Tite-Live placé 60us la. même aimée la rogation du tribun M. Flavius. Il n'est pas besoin de dire que partout les auteurs: de la révolte la payèrent de leur tète. Ce n'était point assez pour les esprits exaspérés : cette rOgatiôn demandait la condamnation à mort de tous les hommes adultes de Tusculum, la vente en esclavage des fezKtmes et des en&ns* Les T^sculans, hommes et femmes, vieillards et enfans, vinrent à Rome en habits de deuil, et demandèrent grâce à genoux : quand on recueillit les votes, une seule tpbu s'y refusa, et les Tusculans furent deux cents ans avant de le pardonner à ses descendans. Il s'en fallut de bien peu ^ et les ancêtres des Gaton périssaient Dans Titelive%, cette délibération paraît encore plus odieuse,
Hj vm, 37.
( 375 ) parce qu'elle est séparée de la cause qui modve tant de courroux ; il senible que ce soit une vengeance de sang-froid pour des griefs anciens et «pies depuis long-temps.
Avant la fin de l'hiver, Rome ayant échappé à ce danger 34B y de brillantes victoires changèrent la position des peuples belligérans* A qui les devait*on? C'est une question que la vanité des familles a beaucoup embrouillée ^49. On ne peut sans doute considérer les Fastes triomphaux comme des* documens; ils gardent le silence sur le triomphe du dictateur A. Cornélius Arvina, tandis qu'ils marquent ceux des deux consuls : mais cela ne peut valoir que ce que vaut une assertion contre une autre assertion. On n'obtient pas non plus de certitude décisive au moyen des tâtuoignages qui par** lent dans le même sens^^ : les Fabius et les Fulvius ont pu être plus &vorisés par l'opinion publique qu'une famille des Cornélius replongée dans l'obs* curité. Toutefois il n'est pas vraisemblable que Cornélius n'ait été nommé dictateur que pour présider
^* Les consnis triomphèrent dans la seconde moitié de Féirrîer 427 (432).
349 Tile^Iire, Vffl, 4o.
350 Yojei, pour le triomphe du consul Q. Fabius ^ Victor^ de V. Uh, 3a > pour celui de L. Fulyius^ Pline ^ 1. cit.> ayec cette différence peu importante 9 qu'il j est dit qu'il triompha des Tusculans.
aux courses de chairs dans les jeux romams, en remplacement du préteur et à cause d'une maladie grave de ce magistrat ^5^ D*un autre côté, on conçoit aisément que le mérite d'une campagne ait pu être faussement attribué à celui qui était dictateur' pendant Tannée. Tite-Live, par lequel seul ceue explication nous est connue, attribue le commandement de cette guerre à^e dictateur, et cela est inconcevable : aussi l'histoire ne peut^Ue s'approprier son beau récit, ni admktre, sans beaucoup de réserve, l'intervention personnelle du dictateur et du général de la cavalerie. Cependant je ne puis me refuser à raconter d'après lui que l'armée romaine de la frontière de l'ouest fut surprise par Ijbs Samnites dans un pays défavorable, que le général^leva le camp la nuit pour ne paS être cerné au point du jour. Les cavaliers samnites suivaient avec précaution, et seulement pour arrêter la marche; de grand matin leur infanterie atteignit lès Romains. Le combat était inévitable; le général s'empressa de ranger ses colonnes en ordre de bataille, et de placer les bagages sur les derrières. L'action s'engagea avec non moins de passion et d'opiniâtreté que celle dans laquelle les Romains et les Samnites s'étaient autre-
^^' Immédiatement après son entrée en chaige (Septembre), les consuls se trouvèrent absens pour les fériés latines f et il fallait que les édiles curules j fussent aussi.
fois mesurés au pied du Gaurus. On s'était battu pen^ dant cinq heures, sans perdre un pouce de terrain de part ni d'autre; chacun gardait sa place, excepté ceux qui Tenaient remplacer les tués. A la huitième heure, la cavalerie samnite déborda la ligne romaine et tomba sur les bagages qui étaient insuffisamment protégés. Dans le désordre du pillage, survint la cavalerie romaine qui la dispersa : les vainqueurs prirent alors Tinfanterie sâmnite en queue; celle-ci, épuisée de fatigue, perdit contenance, et se débanda. La défaite fût complète; le général fut tué: on fit des prisonniers par milliers.
Q. Fabius n'acquit pas moins de gloire à l'armée d'Âpulie. Il prit Lucérie^ô» et quatre-vingt-une bourgades des Samnites et des Apuliens, et tua 21,000 hommes a l'ennemi ^^^. D'après le récit auquel nous en devons la connaissance, cet avantage força la retraite des Samnites, qui avaient pénétré sur le territoire de Frégelies, Denys aurait-il rejeté la narra^*
35« Telle est, dans le langage des Fastes triomphaux, la râleur de l'expression de Victor fl. c). Il y est dit qu'il triompha des Samnites et de Lucérie, et l'année suivante Lacérie est assiégée par les Samnites*
353 Appien, I, pag. ^S^dâ rth. Samn. EcL kgaU En j faisant bien attention, on voit qu'il remplace Denjs, qull a abrégé , excepté toutefois dans les passages où il s'est mépris sur le sens. QuanC au nombre des tués, personne fie le prendra à la lettre^ surtout pour ces temp$-lâ.
(376) tton de celte grande bataille? Cependant L. Fulviw a tiiomplié.
Pendant cette campagne malhenreuse, les Sam* nites aTaient payé, des soldats étrangers ^^^ : il y a encore d'autres traces de mercenaircts enrôlés à leur service 3^^. Cela étonne de la part d'un peuple qui parait avoir été plus riche en hommes qu'en pr» Néanmoins l'imitation de la magnificence des gardes macédoniennes, dans un moment où la nation avait déjà tant souffert, est un indice dc| richesse, et en effet il y avait dans l'État sambite de très-opulentes contrées. Toutefois ou comprendrait plus facilement que Tàrente, voyant son existence engagée à la yu>' toire.des Samnites, leur eût fourni des troupes et de l'argent.
On a vu des peuples à grand caractère et à grandes ressources perdre courage après quelques années de guerre malheureuse, et quand d'accablantes calamités désespéraient des guerriers accoutumés à la victoire, quand le destin paraissait contraire à leurs efforts , ils demandaient à grands cris la paix. Que l'orgueil de l'ennemi vint à la leur refuser, ils se familiarisaient avec ce malheur, continuaient à combattre; et s'ils n'obtenaient la victoire, du moins ib posaient les armes avec honneur. Tels furent les
354 Tite-Lire, VDI, 38.
«5 Eq Fan 44o.(446). Ibid., IX, 42.
( 27.7 ) Athéniens dans la guerre d'Archidamus, les Carr* tliaginois après les débarquemens d'Agathocle et de Béguins, les Vénitiens après la bataille de Ghiera^ d'Adda^ les Anglais dans les années 1796 et 1797. Les Athéniens y dans le désespoir que leur inspira la guerre d'Archidamus , durent a leur force d'ame et a leur valeur de n'être pas restés au-d^ous de ce qu'avaient été leurs aïeux dans la gAerre des Perses;
Après les vicissitudes de cette campagne , un vif désir de la paix s'empara des Samnites. Toutes 1^ provinces résolurent d'autoiiser le sénat ^ à con* céder à Rome les demandes dont le refus avait amené la guerre cinq ans auparavant : même on consentit à l'extradition de Papius Brutulus, que Ton maudissait comme l'auteur de tant de maux, et qui, dans ces jours ,de détresse, repoussait une honteuse capitulation avec la même énergie que quand il était plein de confiance dans le succès. Mais la majorité, qui votait alors pour lui , l'accusait aujourd'hui de l'avoir égarée. Ainsi, dans Athènes Périclès et Démosthènes devinrent les objets de la haine universelle.
Quand de telles résolutions l'emportaient, la nation, dont Papius Brutulus voulait avec amour la grandeur et la gloire, n'e»stait plus : sa vie fut sans
356 Pi omnibus candUis fitmereni — coacti referre putores iecreium fecerunt. Tite-Live, VMI, Sg.
utilité; maïs en 'la terniinant par une mort vokbtâîre, il épargna une aeiion hdateàse à 8« c^inmi' toyens. Il y eut moins àe désboniiecir à conduire ses restes à Rome, qu'à le livrer vivant au l'iakiqueur , qui l'eût immolé. Ea même temps que- le cadavre de Brutulùs , on amena les ^priBOnniei* romains, qui n'étaient pas sans doute en petit hoidn brê;' on offrit de pyer en argent les indemnité» exigées par les ambassadeurs. lia plus petite difficulté suscitée par Rome aurait suÉ& pour faire coosenër; à la cessiop des pays 'usurpés par elle pendant la paix, au moyen de PétaWissemeni denses colonâe& . Nous ne savons pas quelles conditions imposa la sénat : seu^ment oii nous dit que les ambassa&urs samnitès consentirent à* tout, et que, recoctrantà la prière, ^ réservèrent tout au plus la ratification de leur assemblée générale. Il est une condition ce^ pendant de laquelle ils refusèrent de référeras? : ils s'étaient flattés que le renouvellement de la pab remettrait les deux nations sur l'ancien pied id'égalîté; mais le sénat exigeait qu'ils reconnussent la majesté du peuple romain, et qu'ils promissent de la révérer et de la servir 3^^. Par suite de cette condition, ils n'auraient pu faire ni la guerre ni la paix
^7 Appien^ Samn,, pag. 46, Ed. hg, ^^ Majestatem popuîi Rom. comiter cohmio. C'est œ qu^Âppien a fort bien rendu par k mot higémomt.
(^79) sans la peraôsaion de Rome; des eommissaires romiÔQs auraiem puieur demander compte de toutes leiU's démanches i et bien qu'ils n'y.fiiasent pas obligés, un ordre des coinnils aurait pu leur imposi^ vn coniingent3$9. Les ambassadeurs reietèraoït cette <K>nditkm comme imposable et intolérable, et tout le succès de lenr mission, se borna, au rachat des pnsonnîefîs. Les Eomains résolurent de ne plus rejcevoir. de députés, samnites,. et de. ne point, poser les iarmfes qu'ils ne. se fussent.' soumis,
Appien- ni Tîte^Iive ne font.menticm d'une irève; insôs un do¥d:>le triomphe £iit /penser que les deux £»méesy'et par conséquent celle d'Âpulie, étaûent rràtrëes : je dirai même cpele siège de Lucééie.par les Saâioites, au commencemoit de la campagne suivante ^ le prouve entièrement Tautaxinonae (pifalors, comme en 4^5 (43o), les négociations infructueuses lureiA entamées au moyen: dfuaé.trève d'un an.
' Quand >on conimt dans le. Samnium l'issue de l'ambassade, Texaspération eikhaiiee firent oublier to\%t ' autre sentiment : toutefois les imprécaltions ooi^re l'orgueil de l'ennemi étaient mêlées- d'anxiélé. Alors un ides généraux parla ainsi ^dev^nt l'Àssenlblée dû peuple:
^^ Au moins il n'en fut pas ainsi après la paix de 44? (449)9 qui renfermait ces restrictions oppressives!' Denjs, pag. ar33o,'JBc/. % -
« }« ne contredis point ceux qui, gémksant sur le sort des vivans^ exakœit le bonheur de nos pères de n'avoir point vécu jusqu'à ce )Our ; rasas s'ik croioit que nous étions moins malheureux îljz cinq ans, parce qu'il dépendait de nous de préférer une paix déshonorante à la gpierre, ila se trompent et ils trompent le peuple. Si nous nous étions alors abaissés dev^t les Romains, si nous ayions livré nos plus nobles compatriotes, en apparences un jugement, en efibt à la mort, si nous avions sanctionné l'usurpation de nos possessions, il est vrai que des milliers de guerriers tombés dans k guerre respireraient encore, et que dîautres qui, dans leurs femmes et leurs enfans, ont souffert des maux intolérables , ou qui ont vu leurs propriétés brûlées , vivraient aujourd'hui dans l'aisance et la paix.
<c Mais ceux qui pensaient, il jr a peu de temps encore, pouvc^r, au moyen de la paix, rendre la sécurité aux particuliers, tout comme ceux qm n'ont pas désespéré de la patrie, sont d'accord en ce point que le temps effacera nos infortunes, si œ n'est de la mémoire de ceux qui les ont souffertes, du moins de celle de la postérité, et que notre ds*voir est de songer à l'avenir et au bien-être des générations futures. Si c'était une invasion des Gaulois qui nous eût attiré ces malheurs, ainsi qu'à beaucoup d'autres contrées de l'Italie^ nous serions
( 38i ) ^ tmaniaies pour regarder cette calamité comme une peste, comme un tremblement de terre, dont personne ne saurait être déclaré responsable; on ne songerait pas à se racheter à prix d'argent de cea barbares; car lors même que ce moyen ne serak pas honteux, il est reconnu qu'il ne conduit pas toujéurs au but. Les Romains nous ont deihandé certaines concessions, sous prétexte de traités préexistant; et nous, qui avion» à exprimer ce qui étdit alors la pensée de tous, à accomplir ce qui était le vœu général, on nous accuse souvent, on nous déclare responsables de la guerre. Maintenant encore que l'expérience a enseigné ce qu'il y avait d'iUosoire dans l'espérance d'une paix obtenue au moyen de quelques sacrifices d'amour-propre, maintenant encore je trouve l'expression du reproche sur beaucoup de physionomies, et jusque dans ce silence désapprobateur. La concorde nous est plus nécessaire que jamais, et nos vues pour le bien général ne peuvent inspirer de confiance à ceux qui nous imputent une malheureuse précipitation; je rappellerai donc qi^elques souvenirs, quelques en* seignemens du passe, bien que l'o^ ne puisse revenir sur les iaits accomplis. Ne croyez pas, chers compatriotes du Samnium, qu'il ait été possible d'éviter la guerre; elle était un besoin pour vous comnie pour les Romains : une irrésistible destinée vous entraînait aux armes les uns et les dfitres. Vos exi-
nemis ont attiré sur «ux la faute ^ si toutefois il y^a Êute à empèeher par la force qu'un égal'ne s'Aèvn au-dessus de noi^s; ils ont, dis-je, attiré sur eurk faute quand ils nous ont demandé le sacrifice de nos plus zélés compatriotes. Supposez même qu'ils eus* seiit 1:édé (et ils n'auraient point cédé)...., aurions^ nous pu être Hiches sans devenir infâmes? Où en serions*nous venus? en auraient-ils moins conclu de traités avec les Âpuliens et les Lucains? et qUaiod une révolution nous rendit ceux-ci, il aurait donc fallu demeurer spectateurs paisibles de rinvasion que les Romains eussent faite infailliblement pour ressaisir le pouvoir au non) de leurs amis. Noos, les pacifiques, nous aurions supplié Tarente de ne point mettre obstacle à la traversée des légions, ou bien nous leur aurions ouvert un passage dans notre pays, afin de supporter avec leurs violences- les in* |ures du soldat; enfin, nous nous serions nous-^mêmes chargés de chaînes : nous aurions abandonné Frégdles etSora!... Quel obstacle alors nous restait41à Opposer à l'occupation d'Arpinum etdeVenafrum? «Les victoires et les conquêtes sont ce qu'il y a de plus désirable; mais les dieux ne pous accordent point ce bonheur, et je soutiens néanmoins que les ëvènemens de cette guerre, qui sont si désastreux^ au jugement des hommes découragés, sont encore préférables ^ ce que serait notre situation, ^ nous nous étions attachés au système de- la paix
à tout ptix^vlies Romaihs ont, pris Na[^ par trahison et :par suite de nos irrésolutions et dé nos retards : je connais l'étendue de cette perte, et les duuxmms)* préservent de la voir rester entre leurs mains! Quelques villes, x^ui nous furent toujours hostiles, se sont rendues k eux, et ils en ont con^ qnb une ou deux dé celles qui nous obéissaient» Mais il n'y a pas en leur possession un pouce de notre territoire libre. Ils l'ont dévasté, nous avons ravagé le leur. Les avantages dont ils soni; demeurés eBL possession ne peuvent se comparer à la souveraineté de^la Lucanie, et cette souveraineté cependant &i le fruit de la guerre sur laquelle on gémit tant : son importance nous échapperait-elle, parce qu'elle n'est ipluîs récente, pa^ce qu'elle est affermie? Si nous aVons pecdu des batailles, nous en avons gagné d'autres; dans aucune nous n'avons été humiliés: la seule pensée de notre apparition aux portes de Rome. Ta remplie de terreur. Mais, disent des hommes dont personne ne révoque en doute la vàlâir dans.les combats, quelle sera l'issue de cette lutte? Np savons-nous pas i que; Home a résolu <de tomber plutôt que dcireculer d'un pas sur le chemin par lequd elle marche à la domination de l'Itsdie? yieillirons^nous dans la^erre^ nous etnosen&ns, sans jamaisiparrenir à lapaixl? Je pourrais répondre <pie ce même: sentiment, qui vous, rend impossible fat reconn^ssance de la majesté du peuple romain.
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(284) assure à jamais la darée de la guerre. Oui, tant que la paix sera honteuse; je pourrai compter sûr la constance de ce sientiment Puissent mes paroles urètre qu'un présage ! Mais si nous éprouvions un revers sur le champ de bataille, comment le supporterions- nous , à moins d'avoir décidé avant tout , que la paix nous est impossible, telle que Rome h veut accorder?
« Ne croyez pas que je ressente nos maux moina profondément qu'aucun de vous, ni que, pour vous consoler ou vous égarer, je rétracte ou mime je reistreigne les aveut que j'ai faits au commëncanent de ce discours : oui, nous sommes nés à une époque trto-malheureuse, mais non pas uniquement pour nous; car dans toutes les contrées de la terre, dont il nous parvient des nouvelles, les grands peuples anciens ont à lutter contre ceux qui se sont élevés, et qui tendent à les dominer. Quand nous accep* tions la déclaration de guerre de Rome, il n'y avait que des insensés qui pussent rêver ime série non interrompue de victoires, dont le résultat siérait la suprématie de l'Italie. U est des hommes qui n'ont été ni étonnés ni ébranlés par nos malheurs; à peine s'ils ont été émus de ce qui est arrivé jpar notre &ute ou par celle de no^ amis : ceux-là persistent à considérer, comme la seule source de fortune et de salut, la guerre, et toujours la guerre. £lle est nécessaire, et si vous voulez la terminer, il Êmt vous
(aSS)
ideoûfier avec elle^ «ans songer plus à la paix que ne ùk le lutteur quand il se prépare à la lutte ou qu'il combat
«A la résolution que les Roçiains appellent perpétuelle» il Êiut opposer une rçsplution sezablable^ OVL vous êtes vaincus. Si, au. contraire» vous défkojez cette fermeté» je vois poi^r vous des chances de succès , sinon supérieures » du moins égales k ,€iàXes de Rome. Nos spldats sont-ils moins valeureux que les siens? nps pâtres sont-ils plus faibles que les vignerons du territoire de Faleme ou les Jabpureiars des champs empestés du Latium ou de l'Étrurie? les Romains ne nous ont-^ils point emprunté notre armure? leurs sujets leur sont-ils plus dévoués» parce qu'ils s'appellent citoyens? est- il douteux qu'ils ne vissent en nous des vengeurs et et des libérateurs? les Berniques se croient -ils assurés des avantages d'un traité que le plus fort considère comme les favorisant injustement? et les peuples qu'une animosité mal entendue enchaîne encore et neutralise» ne changeront-ils pas de pensée? ne comprendront-ib pas enfin que notre conservation seule peut les empêcher de devenir esclaves de Rome? quoi» il y a si peu d'années que Tbèbes fut punie de son aveuglement» et pas un peuple ne s'instruira par son exemple?
« Et cette résolution des Romains est-elle donc si constante» que Texpéiience l'ait sanctionnée? Leurs,
aïeux rendirent la vîUe à Porsenna : â y a deux générations que ses décombres furent rachetés des barbares. Je ne vqus promets pas des victoires qui vous assurent la prépondérance sur les Romains; mais si vous persévérez comme vous pensez qu'ils le feront; s'ils s'épuisent comme vous vous épuisez; si la défection de quelques-uns de leurs sujets nous donne des alliés contre eux... alors, s'ils persistent, je consentirai à leur assigner un rang supérieur au vôtre; mais ne sayons-nous pas d'avance que parmi eux aussi il se trouvera des conseils de &iUesge semblables h ceux auxquels vous avez prêté une oraUe sans défiance?
ce Qvi^ la fortune, si long-temps favorable à notre t^ation , récompense notre valeur, et il sera en notre pouvoir d'atteindre à une paix avantageuse pour nous, acceptable pour les Romains. Nous ne nous égarerons pas, nous ne placerons pas nos ennenûs dans Taltemative de la soumission ou du désespoir. Avant le commencement de la guerre, nous pensions, comme les Romains, que.les deux peuples ne pouvaient exister l'un à côté de l'autre : les dieux nous ont fait abjurer cet orgueil; l'Italie renferme les deux peuples; elle a besoin des.deux : de nous, pour se défendre contre la Macédoine; des Romains, pour la protégej* contre les barbares du nord ; etle réclame nos forces réunies contre les invasions d'ennemis supérieurs en nombre.
< 287 ) «La modération dans le bonheur fu^évient la colère que les dieux réservent toujours à l'orgueil;, elle change la haine en affection, non -seulement dans celui qui pratique cette vertu, mais encore dans celui qui en éprouve le hiei^fait.
«Que conseillez^vous donc, me demandera-t-on? Cest d'abord d'apaiser les dieux pour le cas où il se serait glissé quelque omission ou quelque négligence dans le culte qu'on leur rend; puis, d'apaiser aassi les mânes de Paplus Brutulus par des victimes, et surtout en adoptant ses sentimens et ses vues. Quant aux affaires humaines , \e vous conseille de vous confier en moi, de m'obéir comme au général choisi par vous, de resserrer les Hens trop faibles de notre État, de répondre à l'unité romaine par l'unité samnite, de faire la guerre avec des dispositions que déjà je vous ai conjurés d'adopter; de vous y préparer comme si vous aviez à la soutenir à vous seuls, mais, de faire vos efforts pour vous entourer d'alliés. Recherchez l'amitié des Tarentins; offrezleur, sans jalousie, de fonder jxa grand État. L'armée qu'ils ont levée peut suffire à soumettre l'Apulie, et ils la tiendront à votre disposition, si la conquête de ce pays leur est assurée. Leurs vaisseaux transporteront vos soldats, et pourront jeter Rome dans * un grand danger. Tâchez de réveiller de leur sommeil et d'attirer à vous les peuples sabelUques.... Il y aurait un infaillible moyen.... Puissent les dieux
vous r^nspîrer—. Il ne m'est pas doimè de Fcsxwtmer en ce lieu. En ce qui me concerne, quel que soit Tarrèt de la fortune, je vous promets que vous me verrez digne de vous, de nos aïeux, de mon père, et de la confiance avec laquelle j'ai parlé devant vous. Supplions maintenant les dieux de nous bénir et d'humilier les superbes. ^
Probablement ce fut au printemps de 4^8 (435)3^ que les deux armées des consuls T. Veturius et Sp* Postumius se réunirent devant Calatia en Gampanie. On avait résolu d'abandonner l'Apulie à elle-même, et d'employer toutes les ressources de Rome à une attaque dans le cœur du Samnium : sans doute on comptait prendre Maleventum, se frayer la route de Lucérie, et la garder ensuite au moyen de colonies qu'on y établirait
Sur ces entrefaites on apprit que Lucérie était assiégée par les Samnites, et pouvait à peine tenir quelques jours. On se hâta donc de marcher : d'ail* leurs on croyait les frontières peu gardées, et l'on pensait que les principales forces de l'ennemi étaient
^® U faut 86 rappeler qu'à cette époque on prenait possession du consulat en Septembre, et comme les consuls suiyans furent choisis par un interroi, leur année aura commencé an plus tôt dans ce même mois en 4^3. Qui pourrait imaginer que les Romains eussent laissé écouler plus.de six mois sans * même se décider à se layer de cette honte, eux qui ne voulurent pas obsenrer la paix? C'est encore Une raison d'admettre un armistice préalable.
,( 289 ) occupées en Apulie. On mit dans. }es opérations toute l'irréflexion possible ; la destinée semblait aveugler les Romains. Dans un pays,' où il suffisait de paysans mal armés pour arrêter l'ennemi^ ou pour ^ feire beaucoup de mal; à la proximité de Gaudium ^ l'une des places les plus importantes des Samnites, l'armée romaine marchait formant avec ses bagages une interminable colonne , dont l'ensemble était dérobé aux regards de l'avant^garde et de l'ar* rière- garde par le plus léger détour, par le moin-^ dre obstacle. Cependant on marchait en toute sé^ Guité, comme si l'on eût été bien loin de l'ennemi : on s'avançait vers cette redoutable Caudium , dont la destruction fut moins la conséquence de la rage qui sévit contre tout le Samnium dévasté^ que l'effet particulier de la colère qu'inspirait le souvenir fu'neste attaché à son nom. On était parvenu, à travers un chemin creux, dans une vallée étroite, à l'extré^ mité de laquelle il fallait gravir une sommité par un chemin non moins étroit, non moins difficile. A la tète de la colonne le chemin se trouva obstrué de rochers et de troncs d'arbres, et probablement on avait, conune naguère en Tyrol, appuyé des quartiers de rocs sur lés troncs d'arbres, pour les précipiter à un signal donné. Les Romains s'aperçurent alors que tous les sommets étaient garnis d'hommes armés. Ont -ils aveuglément donné l'assaut à ces hauteurs? se sont-ils sacrifiés par milliers V. 19
en tombant sous les coups de Tennemi, sans pouvoir se venger? ou bien, sans perdre le temps en vaines et sanglantes attaques, ont-ils tenté une retraite en repassant par le chemin creux et en se dirigeant sur la première chaîne de montagi^es, en sorte que leur défeite eut lieu pendant qu'ils cherchaient à exécuter ce mouvement? L'incertitude où nous sommes sur ces questions, nous fait sentir douloureusement le néant des notions que nous avons sur cette guerre. Mais il est bien avéré que deux armées consulaires ne se sont pas laissé effrayer par le seul aspect des obstacles qui leur barraient le chemin; qu'elles ne se sont pas laissé enfermer comme des moutons dans un parc; la stupeur ne prit pomt la place du désespoir : ce ne fut qu'après une terrible défaite qu'elles se virent cernées et contraintes à capituler. Mon -^seulement des auteurs contraires à Tite-Iive le disent, mais il nous en est resté, dans un document authentique, une preuve irréfragable, quoique incKrecte.
Le traité, et avec lui les noms des lieutenans, questeurs et tribuns, qui l'avaient juré, était conservé et connu 5^^ Or Appien, qui, pour tout le temps dont Denys faisait l'histoire, ne peut être regardé que comme son abréviateur, nous apprend
^* Spoponderunt consules, legati, quœstores, tnhad milùum, nomùisque 0mmum, t^uispoponderani, exiani. TifeJiye^ IX^ &•
qu'avec les deux consuls il y avait deux questeurs, quatre lieuteuans, douze tribuns; enfin, ajoute-t41^ tous les chefs qui n'avaient point péri 3^^. Une dou* ble armée consulaire, faisant quatre légions , comptait vingt-quatre tribuns; il en était donc tombé la moitié, ou bien ils avaient été mis hors de combat par des blessures graves. Ce renseignement est Um plus décisif que l'expression du même auteur dans le récit fugitif, où il dit que les Komains furent battus et obligés de passer sous le joug^^^; car les abréviateurs de Constantin ont peut-être abrégé jusqu'à son abrégé; Zonaras a mutilé de même le récit de Dion Cassius : on y lit que les Samnites combattirent en désespérés, et que par une embuscade ils se rendirent maîtres du camp romain 364 5 enfin Cicéron dit qu'après avoir perdu la bataille de Caudium, les consuls avaient fait la paix^*, et dans un autre passage, il dit qu'à la bataille de Caudium C
■^^* fftifjLTreiVTiç offot fjLérÀ roùç S'npBctf^vouç \jp:^ov» App. Samn., pag. 53, EcL dt leg.
3^ nrrtiBnffctv vwo ^oLvvtrSv i^ vtto ^vyov n^naAV, p. 46.
364 Vn, 26 (p. 364)? toÇ i7rîyv6ù(FfjJvoi fM:t^oiJL%voi r^ Ao- ;^^iîfl-«J^fç ïf rtvt X^f^ KotXoréfif 1^ ertv^ to tê Trpatro'TFsShv
UXOV^ «I TOt/Ç PiùfJMhiÇ i^éyflKFAV TTùLVffvSi X^ WfTfltÇ uVrf-
yetyov VTTO rov fu^ov*
3^v Çuia quum maie pugnatwn apuà Caudium esset hgio^ n^us, suh jugum mùsis, pacem cum SamnUUftis ficerant : de cg. III, 3o { 109).
Pontius vainqmt les consuls 3^. Cela est tellement évideTit que lors même que Thistoire, telle que la présente Tite-X^ive, telle que les modernes l'ont adoptée 9 aurait pénétré dans les Annales assez tôt et assez généralement pour en détruire tout vertige, cela ne nous empêcherait pas de reconnaître ici Teitistence de cette défaite; mais les passages que je viens de rappeler ont conservé ces traces de la vérité que Tite-Live s'efforçait d'anéantir.
Souvent j'ai voulu accomplir un devoir en dé* montrant de quelles altérations, de quelles négligences il s'est rendu coupable. Il n'est aucune partie de son histoire pour laquelle il ait mérité de plos durs reproches, et cependant c'est, sous le rapport de l'exposition, l'une des plus brillantes. L'idée d'une défaîte, dans des cir(ionstances, où des fautes avaient rendu la victoire iinpossible, lui paraissait tellement insupportable, qu'il dit dans les termes les plus formels que les soldats furent vaincus à Caudium sans effusion de sang, sans combat^ qu'ils n'avaient point tiré Tépée, point chargé l'ennemi 36?; doù il résulte que, dans un autre passage, il ne
^^ Cum C. Pontio Samniie, pâtre ejus, a quo Caudino ptœlio -^ consuUs superaii suni : de senecL, 12 (4i).
^ IX, S, se — sine vulnere, sine ftrro, sine acie vicias, sihi non stringere licuisse gladios, non manum cum hoste confirre. — 12, clariorem imter Romanos dediiio Posiumium guam Pentium incruenta Victoria inter Samnites fecemt.
(^^95) veut prier que du projet de faire une trouée, et non de tentatives infructueuses^^. L'orgueil natio« nal, comme l'orgueil personnel, a plus de répugnance pour le mauvais succès qui trahit la faiblesse que pour la plus grande calamité, que pour l'abattement complet qui implique une molle et lâche inaction. La première de ces humiliations détruit les prétentions à la supériorité, là seconde les laisse subsister. Assurément il n'y avait dans Tite-Live aucune vanité personnelle.
Si les expressions de ceux qui ont parlé de cet événement en peu de mots, pouvaient être considérées comme ayant été réfléchies, il faudrait conclure, de ce que dit Zonaras, que les Samnites prirent d'assaut le camp romain, et non par capitidation : les troupes n'auraient ainsi déposé les armes qu'à la suite de ce revers. Dans l'incertitude où nous sommes, le détail des faits que suppose cette version nous conduirait trop loin; qu'il nous suffise donc de remarquer qu'il y a ici de l'analogie avec l'affaire de Varus. Il ne faut pas oublier cependant un mot d'Appien, qui dit que les Romains avaient été resserrés dans un espace fort étroit ^9 : si Svnnbume eût connu tout le passage d'Appien, il ne lui
^^ IX, 4 , quum frustra multi conatus ad erumpendum capti tssent.
eût point paru iinpossible que Tarmée romaine ait campé dans l'élroite vallée apjpelée Forchia di Arpaia. Tout s'accorde à désirer ce lieu comme le théâtre de l'événement ; non-seulement dans le moyen âge on ajoutait encore au nom de Furcula celui de Caudina, aujourd'hui encore tout ce canton s'appelle la valle Caudina. Le camp n'était pas de ceux que faisaient ordinairement les soldats romains : il était étroit et défectueux comme le dernier de Varus ^70. Et il pouvait être très-étroit, si les bagages avaient déjà été pris pour la plus grande parue, et si la moitié des tribuns avaient été tués ou blessés; les blessés auront été laissés sur le champ de bataille. La proportion étant observée dans le nombre des soldais atteints, il devait j avoir place pour le reste de l'armée sur cette prairie : à peine avait-on les moyens d'élever les tentes des généraux, la foule bivouaquait comme elle pouvait. Il s'en faut donc de beaucoup qu'il y ait eu cinquante mille hommes, ni même quarante mille, renfermée dans cet endroit 37>. Je ne crois pas que Denys ait trouvé ce nombre dans ses sources; il le supposait néôessaire comme composant le total des deux armées consu-^ laires, et dans la suite ce calcul eût été assez sût*
370 Tacite, ^w*.I, 61.
^7' Le premier nombre est donné par Appien , 1. c. , p. 4;, 49; le second, Exe. Dion., XVÏ, 3.
( ^9^ ) Mais alors la légion avait 4^00 soldats répartis en cinq bataillons, en tout il j avait donc 18,000 légionnaires; en y ajoutant les officiers et la cavalerie, on arrive à environ 20,000 hommes, à su{^K>ser que l'armée fût au plus grand complet. Nous n'avons aucune donnée sur la force du contingent des Hetniques, des Gampaniens et des autres municipes. Les conditions très -favorables, dans lesqudles se trouverait les Italiens, quand ils fournirent tous des troupes, .permettant néanmoins de supposer qu'on ne se sera pas montré beaucoup fhis exigeant lorsque les alliés étaient encore en petit nombre : on peut donc dire avec quelque vraisemblance que les troupes étrangères et alliées n'étaient pas plus nombreuses que les Romains eux-mêmes.
Oettx qui avaient survécu étaient entourés d un retranchement et d'un fossé 3?^ : leur sort était au pouvoir du vainqueur; quand la faim se fit 6entir, quelques envoyés des consuls vinrent implorer sa démence. Il n'y a aucune institution politique, il n'y a même aucun don du ciel , qui , dans certaines drconstances y ne puisse devenir funeste* Plus la fédération samnite était une entrave à un gouvernement fort , plus se faisait sentir le besjDÎn d'un
^7> Appien, 1. cit., à l'occasion de ila délivranee des Romains bloqués : ïlomtcç irafttkti^ttL^ rt rw Staru^ia-fjictroç» A Samnilibus ânuttwaUaii. Aalu-^eile^ XYII, 21.
( 296 ) pouvoir dictatorial : ici Texîstence de ce pouvoir se manifeste dans l'imperator; c'est de son propre arbitre qu'il fixe les conditions de la paix. Jamais un sénat, jamais une assemblée populaire ne les eus^ sent consenties aussi douces : si C Pontius avait eu moins d'élévation dans l'âme, il ne se serait pas trompé comme il l'a fait.
U est mie vieille tradition du ^enre de celles sur les conseils demandés par Thrasybule et par Sextus Tarquin; elle disait que Pontius avait consulté son père^73, vieillard vénérable qui vivait à Caucfium, et lui avait demandé ses sages avis sur la manière dont il convenait d'user de cet immense jbienfaitide la fortune. Bâàis la tradition des Samnites, la dédsioii du vieillard avait sans doute un tout autre sens que celui que les Romains voulaient y voir; nonseulement cette décision n'admet pas de tiers avis, inais elle ne pose pas même pour alternative la U*- ~ bération sans condition de l'armée romaine. Voici la pensée ; Que me demandez -vous? lés Romadns
^7^ Gicéron^ de senecU, c. 12, Fappelle Gains comme son fils. Voici comme il fkxxX. entendre le prétendu récit du Ta»* rentin Néarque danis le Gato M^jor i Néarque avait composé un dialogue Triù) iS)ovSçj et ses interlocuteurs étaieut Ârchjrtas , le Samnite Pontius et Platon. U pouvait exister une IracKtion sur des rapports d'amitié entre le philosophe grec et celui du Samnium. ^a pensée de ce dialogue prouve que les nations n'étaient pa^ étrangères Tune à i^autre^
( 297 ) sont-ils donc d'une magnanimité tdlement idéale, <|ue yqus poissiez vous en faire, des amis par une générosité dont il n'y a pas d'exemple? Ils resteront nos ennemis , et vous ne pourrez terminer la guerre qu'en frappant un coup mortel. Au surplus, la réso;luûon d'anéantir cette armée et de continuer ensuite la guerre, n'impUquait pas une boucherie révoltante .de ces hommes à demi consumés par la faim : l'inexoniAe Annibal lin-mtme ne l'eût pas ordonnée, après la bataille. Les prisonniers, d'après le droit italique, eussent été retenus jusqu'au paiement de la rançon> et n'eussent été vendus en esclavage que si l'on n'avait pu s'accorder sur ce point : on ne les eût pas maltraités comme à Syracuse les Athéniens captift. Séparés des Romains ^ les alliés eussent été, comme après la bataille de Cannes, les gages et les médiateurs de l'alliance de leurs cités avec le Samnium.
Le parti pour lequel se décida C Pontius, était si étranger à l'esprit des hommes d'État de l'anti- .quité, et même à la pensée des plus généreux, qu'on ne peut guère douter qu'il ne se fût élevé l'ame par la ^doctrine des philosophes grecs. Les Spartiates aussi reculèrent devant la destruction d'Athènes; ils ne voulurent point priver la Grèce d'une de ses gloires; mais en la soumettant, en Tasser vissant, on crut faire un usage clément de la victoire. Il se peut que dans l'excès de sa fortune G Pontius-ait
(398) yvL une tentation envoyée par ks puissances célestes, et qu'il ait craint de les irriter s'il en profitait d'une manière absolue. Il a pu considérer que sa nation, une fois en possession d'une puissance sans rivaux, perdrait toutes ses vertus : ce qu'il y a d'inconteststble, c'est qu'en traçant les conditions de la paix» il était guidé par la justice. C'était le rétablissement de Talliancë sur un pied d'égalité, l'évactubtîon des places qui avant la guerre dépendaient do Samnium (ceci paraît indiquer l'Apulie), enfin le .retrait des colonies envoyées dans des pays uMirpés. Il n'est point question d'indemnités pécuniaires, comme les avait demandées Rome, pas même dans Tile-Live, qui cependant voudrait toujours repré- ^nter les Samnites comme exigeans et orgueilleux. Afin d'assurer l'acceptation d'une paix qui l'eprenait à Rome tout ce qu'elle avait conquis, et que les consuls et les autres chefe ne pouvaient que jurer au nom de la république ^74, on reçut en otages six cents chevaliers romains.
Les conditions de la paix furent le prix auquel l'armée cernée obtint sa liberté; les chevaux, les . armes, tout ce que possédaient les soldats, demeurèrent au vainqueur, à l'exception des vètemens :
^74 Tite-Live démontre domplétement qu'il ne fut conclu aucun traité; et qu'il n'en pouvait être conclu. Ce qu'on lit dans Cicéron, de immtione, n'est qu'un thème inventé par des rhéteurs latins à l'imitation des Grecs.
( 299) ce n'était point, une aggravation de sacrifices^ ce n'était que la condition ordinaire de la liberté de ceux que des circonstances fort malheureuses obligeaient à capituler. L'usage aussi voulait que l'on passât sous le joug, et cette clause, qt:ii paraît si humiliante dans l'expression, n'était pas davantage une aggravation. On arracha quelques palissades de l'enceinte du camp, et l'on convertit cette ouverture en porte, en la couvrait d'une traverse pour y foire psser les soldats un à un. Pontius était si loin de se montrer dur et cruel, qu'il accorda des bétes de somme pour le transport des malades et des blessés, et fit donner des vivres pour toute la marche jus^ qu'à Rome^7&, la bonne volonté des habitans a cet égard étant plus que douteuse.
La persécution soufferte par Annibal est indigne, la mort de Persée est terrible, et celle de Jugurtha eruelle; mais la plus grande tache dès Annales romaines, c'est que vingt-sept ans après avoir usé avec tant de douceur et d'humanité du pouvoir que lui avait confié son destin, G. Pontius, que ce même destin fit tomber entre les mains des Romains , ait pu être mis à mort par eux. Ce qui donne surtout une haute idée de lui et de sa nation, c'est qu'une faute irréparable comme celle qu'il commit, ne lui ait pas enlevé la confiance publique, et qu'il soit
- 37& Appicin^ I. cit., pag. 53.
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resté général jusque dan^ sa vieillesse ^7^. Tite-Live ordinairement ne nomme pas les généraux samnîtes: quand on les voit si souvent se relever de leurs défiâtes, on peut supposer que €• Pontius les remplissait de son génie et les guidait.
Cette troupe sans défense atteignit Capoue avant la nuit : la honte et la défiance ne lui permirent pas de se hasarder dans la ville; on campa donc dans les chamjps. La défiance néanmoins était mal fondée; outre qu'il y avait nécessairentent des cohortes campaniennes dans cette armée, la haine de Capoue contre ses voisins du Samnium était à coup sur la plus violente; elle prodigua les secours et les rafraîchissemens aux guerriers humiliés.
A Rome, dès qu'on sut que l'armée était battue et cernée , on ordonna une levée générale pont la dégager, s'il était possible, et dans tous les cas pour défendre les murailles de la ville; car on s'attendait à y voir paraître les vainqueurs. Les boutiques furent fermées; car les ouvriers et les marchands aussi se virent obligés à prendre les armes : les affaires furent interrompues , et les délais ne coururent pour aucune affaire ^77, chacun devant abandonner le soin de sa
^7^ La patrie pouyait Ipi dire comme Archidamie derant les restes d'Agis ^ Mon fils , votre trop grande bonté nous a perdus vous et nous.
^77 C'est le véritable sens, et le sens étymologique d»/uni-
fortune. Cette suppressioi^ de toute espèce de relations ne put continuer; elle dut cesser dès qu'on renvoya cette levée. Mais le deuil général se peq>étua, on l'avait pris sans l'ordre de personne. Les sénateurs s'étaientdépouillés delà pourpre, les chevaliersavaieot déposé leurs anneaux d'or, les fenunes leurs bijoux, tou^vaiént adopté les couleurs du deuil ^7^ : oti ne célébra aueun mariage, aucun sacrifice ^79, que l'année ne fut écoulée, ou que le deuil ne fût abrégé par l'accomplissement des vœux faits pour obtenir une meilleure situation des affaires publiques. ^^ Cette conduite n'était point assurément dictée par le sentiment d'une calamité publique, ce deuil général était plutôt la somme de tous les deuils de famille. Devant les portes ^ l'armée se dispersa. Les campagnards regagnèrent leurs foyers; )es citadins, rentrèrent à la faveur de la nuit : les consuls seuls furent obligés de se soumettre à l'humiliation de reparaître à Rome le jour. Mais déshonorés, ils n'accomplirent plus aucun acte de leurs fonctions, et cessèrent de les exercer dè3 que, sur l'ordre du sénat, ils eurent proclamé un dictateur.
ihan; on ne comptait pas dans les délais le temps qui s^écoulait ainsi.
^7^ C'était le bleu fonc^. Servius^ ad Ma., XI^ 287.
^79 Appien^ pag. 54- X aSo Voyez ; sur la manière dont on abrégeait le deuil géné^ ràl ^ Festus , s. v. Mùattiur populo hctus. •
On prit la résoluûpn de regarder la paix comme nulle, et d'en rejeter la responsabilité sur ceux qui avaient eu le malheur de l'accepter cotnme un bienfait; la position des six cents otages dut en être fort compromise. Il ne pouvait guère j avoir de sénateur qui ne fût parent de l'un d'eux , et la plupart comptaient parmi ces otages un père ou un frère. iWtait plus difficile de les sacrifier qu'il ne l'était pour Sp. Postumius de renoncer à une existence désormais insupportable; car les consuls ne pouvaient du moins s'absoudre dé la faute d'avoir conduit l'armée à sa perte. Pour lui, ce n'était que la délivrance de souffrances horribles; si l'on a exalté cette action, si on l'a vantée outre mesure, c'est par une fausse admiration, par un sentiment factice. Postumius , il est vrai, demanda l'annulation du traité au péril de sa vie; mais il ne pouvait en être décidé autre^ ment, quand même les parens des otages eussent imposé silence à leurs craintes et à leurs douleur^, l'opposition qu'eussent apportée Postumius et ses compagnons d'infortune n'aurait eu aucun effet U eût mérité Fadmiration de la postérité^ s'il eût de<^ mandé aux tribuns de citer devant le peuple les garans de la paix pour la leur faire payer de leur sang, et si lui-même il les eût sommés de l'exécuter fidèlement.
Le sénat décida que tous ceux qui avaient juré la paix seraient livrés aux âamnites , comme les ayant
trompés. Parmi ceux, qui furent extradés avec le consul, se trouvaient aussi deux tribuns du peuple, Q. Mselius et L. livius ou Ti. Numicius^ôi. La différence d'indication pour ce nom ne peut compromettre la foi due au Mt en lui-même. Mais corn-* ment, s'est- on demandé , des tribuns du peuple pouvaient-ils être à l'armée, eux auxquels il était défendu de passer une seule nuit hors de Rome? toutes les solutions de ce problème ont échoué. ^^^ Il a cependant échappé à leurs auteurs un exemple de tribuns envoyés au qua.rtier* général avec une mission ^^^, d'où il suit que la règle n'était pas absolument invariable. Pour admettre qu'il en fût
38» Tite-Lire, IX, 85 Cicéron, d< cf., III, 3o.
38' On a tenté deux genres de solution : la première consiste à dire qu'à Fépoque de cette catastrophe ils n'étaient que tribuns désignés, et qu'ils étaient à l'armée en une qualité quelconque, et c'est la plus toi érable. Néanmoins il faudrait, pour l'admettre, que le désastre ait eu lien entre la mi*Septembre et Décembre 4^8 (4^3), et que depuis lors jusqu'à la mi-Septembre de l'année suivante, pendant plus de huit moisj^ les Romains n'aient rien fait. La seconde solution concéderait que la défaite eut lieu au printemps de 4^9 (4^4) y et elle regarderait comme certain que des officiers qui j étaient, ont été créés tribuns après coup. Cette supposition est de sa nature inadmissible ; dans ce cas les tribuns n'auraient pu être en charge ei^ Septembre, quand les consuls de 4^9 (434) firent dés propositions ; car il» n'en devaient prendre posscssîûn qu'en Décembre.
393 Tilc-Dve, IX, 36.
( 5o4 ) ainsi dans cette circonstance, il faudrait que rar-" inée romaine eût tenu sa position assez long-temps et qu'il eût été possible aux tribuns d'apporter aux consuls des pouvoirs de la part du peuple, à l'effet de consentir à d'inévitables conditions. Malheureur sèment pour la nation dont les aïeux avaient placé le sanctuaire de la bonne foi à côté de celui dti grand Jupiter, il est une autre explication beaucoup plus vraisemblable. D'après Âppien , les otages ne devaient être retenus que jusqu'à ce que le peuple' eût ratifié la paix. Or, il est impossiUe de se dé* fendre ici d'un soupçon : pour délivrer ceux qui n'étaient pas moins les proches de Madius et de Numicius ou Livius, que des Claudius, des ^milius et des Cornélius, on aura fait passer un plébiscite, et comme on ne prenait pas pour cela les auspices^ l'hypocrisie religieuse ne s'en sera pas fait une grande affaire. Gicéron marque assez clairement la différence de position existant entre les consuls et *les tribun^ 284^ Tite-Lîve, il est vrai, les fait parler eux-mêmes de leur garantie; mais il ne faut pas y attacher plus d'importance qu'à l'exposition de rhé^ torique qu'il nous présente sur la prétendue bassesse de sentimens des tribuns par opposition à l'élévation
3^ Gicéron^ de af., Til, 5o t consuks quia pacemfBcerani, didiii sunt, eodemque iempore Ti, NumUim, Ç. MœUus, ^ tumiribwn phbis erani, quodeorum aucioritaie pax enUfacÊa dediii sunt, ui pax Samnitùan repudiantur.
( 5o5 ) d'âme des sénateurs. Nous pouvons nédnmoiits re-^ trouver dans tout cela une trace de la vérité', qu'avant tout on s'efforçait d'anéantir, c'est que d'après le récit de Tite-Live aussi, on prononça, par décision séparée» sur le sort des consuls et sur celui des tribuns»
On les conduisit à Caudium , devant le tribunal de C Pontius. Toujours soumis à ce préjugé, qu'en prenant toutes choses à la lettre , on pourrait faire de l'injuste le juste, Postumius maltraita le fétial; après qu'il eut prononcé la formule d'extradition ^ il lui donna un coup de pied, pensant que ce serait mettre le bon droit du côté des Romains, puisque lui, devenu Samnite, donnait lieu à la guerre en portant atteinte à la personne d'un envoyé du peuple romain. Ce ne serait point seulement une grossière plaisanterie, ce serait une pure absurdité, si l'on ne réfléchissait que \ejus exulandi a dû exister entre les deux peuples, et que d'après cela celui qui se séparait de l'un, était le maître de prendre le droit de bourgeoisie chez l'autre. ^85
Il n'y avait guère de danger pour les Romains qu'on livrait aux Samnites : en acceptant leur extra*dition, ceux-ci eussent ainsi renoncé à leur droit} la grandeur d'ame de Pontius n'était donc pas né^ cessaire pour sauver des innocens. Quant aux six cents chevaliers, leur salut sans doute ne fut dû
385 Tom. m, pag. 87.
qu'à lui seul, s'ils étaient encore au pouvoir 4esSam^ nites ; car un peuple exaspéré pouvait réclamer leur sang ; car Us répondaient sur leurs têtes de Taccomplissement du traité 5^^, Ou du moins de sa ratification par le peuple^^?, comme le dit l'historien grec, si soigneux dans ses expressions. En supposant même que ces otages n'aient été délivrés que Tannée suivante, ou, ce qui est plus vraisemblable, deux ans plus tard, à Lucérie, il n'en faudrait pas moins reconnaître que C. Pondus, en empêchant l'abus d'un droit cruel, a exercé sur sa nation une influence dont ceux-là même, que la fortune a faits ses &voris, sont rarement en possession. '
Mais ce qui porte l'empreinte du mensonge, c'est cette délivrance des chevaliers, cette reprise des enseignes perdues à Caudium, cette humiliation personnelle subie par Pontius à Lucérie : ce sont là les consolations de la vanité; les annalistes ont cru effacer de la sorte la honte des Fourches caudines. U est absurde de penser que les Samnites aient gardé, dans une ville en dehors de leurs frontières , des prisonniers de cette importance et les trophées de leur victoire, et qu'ils les y aient laissés quand les Romaius transportèrent le théâtre de la guerre en
^^^ Qui capite burent, si pacio non staretur» Tite-Iire, IX, 5.
^^7 ofÀupûLy t6)ç titffretç SlIhfMç tTrt'^n^hff* Appien^ L dt, pag. 5i.
Àpulie. Ou les otages furent^ rendus, ou bien, s'ils ne moururent point captifs, ils auront été rachetés un à un : leur mort n'aurait eu d'autre effet que de satisÊiire une cruauté barbare et inutile.
On pourrait même supposer avec beaucoup de vraisemblance que Frégelles, qui tomba an pouvoir des Samnites en cette même année 4^3 (4^3), leur avait été cédée en vertu de la paix, ou que du moins on s'en était rapporté à eux du soin d'en expulser Les colons. S'il en faut croire Tite^Iivé, une sur^ prise ou une trahison nocturne aurait procuré l'en* Irée de la ville aux ^amnites; après avoir combattu vigoureusement dans les rues et du haut des toits, une partie de ses citoyens se fît jour à travers Ten-* nemi : ceux qui avaient déposé les armes sur la foi du hérault, furent brûlés vifs. Dans la même année, Satricum passa aux Samnites. Cette ville, ordinairement l'une des trente latines, avait été conquise dans la grande guerre des Volsques : en sa qualité de volsque ou d'èque, elle avait été, pendant les quarante dernières années du quatrième siècle, sou*vent prise et reprise, enfin brûlée par les Romains. lite-'Iive a négligé de noii$ dire quand elle devint colonie, et quand ses citoyens acquirent le droit de cité romaine 3^9. Maïs il n'est pas supposable
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^^ K, lù, qui dm ^amafi depeer§ni: «« plus ea vûce-^ ierroris colonis ii^'ectum*
qu'une des trente villes latines ait été située si loin vers les contrées dii Liris, ni qu'elle ait été du nombre de celles que les Samnites revendiquaient comme une de leurs plus anciennes conquêtes. Du reste, nous ignorons complètement sa position : les inotifs pour lesquels les uns la placent auprès d'Antium» les autres auprès de Preneste, se contre-balancent de manière à nous laisser dans une entière incertitude.
En Âpulie , Lucérie était redevenue sanmite : il est donc évident qu'il s'en fallait de beaucoup que la victoire de Caudium fût demeurée sans résijltat Il ne l'est pas moins que dans les années 4^9 et 45o (434 et 456)389, la fortune revint aux Romains; ils obtinrent de teli succès que le consul li. Papirius Cursor put triompher dans la seconde de ces années. Toutefois le récit de ces évènemens est très -peu digne de foi; et même il y a dissentiment sur le point de savoir s'il ne faut pas attribuer à un dictateur et à une seule armée les actions que Tite-Live prête aux deux consuls et aux armées
^ Je compte 5 pour ces campagnes. Tannée qni suivit celle ^ui^ dans l'ère de Gaton, est désignée par les noms des consuls. Le commencement du consulat avait lieu au plus X6t en Septembre, et 1^ interrègnes, dont Tite-Iâve ne fait pas toujours mention, le reculaient de plus en plus vers le mois de Janvier : vers 4^0 à peu prés, les consulats commencèrent avec le nouvel an.
( 5o9 ) qui attaquèrent le Samnium par les deux frontières. On ne peut d'ailleurs fiullement distinguer, entre les £ûts>de ces campagnes, ce qui est de l'une de ces deux armées de ce qui appartient à Tautre.
Ce qu'il y a de certain , c'est que les Romains en revinrent au système de faire la guerre à la fois en Apulie et sur la frontière occidentale. Ils ne pouvaient méconnaître l'importance décisive de la possession de Lucérie. En effet, elle dominait les pâturages des troupeaux errans, et du côté des montagnes samnites, elle ouvrait ou fermait l'Apulie : reprendre cette ville, fut le but où tendirent les premiers efforts de Rome, Papirius Cursor avait sans obstacle conduit son armée le long de la mer Adriatique, jusqu'en Apulie; déjà il bloquait Lucérie. Les Samnites vinrent pour la dégager : ils n'osèrent entreprendre l'attaque du camp romain, qui était très -bien fortifié; mais ils mirent l'armée dans une situation très-critique, en rompant tellement les communications avec Arpi, ville restée fidèle aux Romains, qu'il ne pouvait rien leur arriver, et qu'ils n'avaient de ressources que ce que les cavaliers fourrageurs chargeaient sur leurs chevaux. La seconde armée, commandée par Publilius Philon, tira Papirius Cursor de cette position. Mais que cette armée ait battu et chassé devant elle jusqu'à Lucérie une armée samnite, et que par conséquent elle se soit frayé un chemin sur toute la largeur du Samnium, «'est eè
(3io)
qu'il serait bien difficile d'admettre, lors même que la fausseté de cette allégation ne serait pas suffisamment prouvée par l'absence de tout triomphe. Tite* live, qui d'abord se borne à dire que Publilius avait continué à tenir sa position contre les légions eaudiniennes, place ensuite à Caudium ipème lé théâtre de ses actions : peut-être ne comprenait-il pas que dans les annalistes légions caudinUnnes signifiait les légions du pays de Caudium ou d'un des cantons de la nation 9 sans aucun rapport à la ville de ce nom; il est donc tombé dans une invraisemblance de plus, parce qu'il lui convenait d'avoir aussi une victoire de Caudium. Si les Romains ont voulu suivre le chemin le plus court pour aller à Lucérie, ils ont dû partir de la frontière des Sidicins. Après une vaine tentative des Tarentins pour opérer un rapprochement que L. Papirius rejeta avec dédain, on donna l'assaut au camp samnite, qui fut pris, mais qu'on ne put conserver; il faut néanmoins que l'armée se soit retirée , qu'elle ait abandonné Luçérie à elle-même, puisque 7000 Samnites y capitulèrent, sôus condition d'en sortir sans armes et
sans bagages 590. Par suite de leurs discordes avec
^"^ Dans ses dernières leçons ^ M. Niebuhr rejetant absolur ment^ ooinme pure iuTention de la yanité, ce récit de la prise de Lucërie et de la capitulation des 7000 Samnites en 43o (435)^ Tite-Live^ IX, i5, 16: tout comme il refusait croyance, ainsi qu'on Ta vu plus haut; à la reprise des arroçs
(5ii) les auires Sammies, les Frentane9^9i avaient ouvert le passage aux Romains vers TAputie. Us s'en repetf*tirent trop tard; après unç insurrection infiruc^ tuwse^ ils furent pbligés de se soumettre et de donner des \>tages.
Satricum, défendue par une garnison samnite, était cernée sans espoir d'être secourue. Cette détresse détermina le commandant de ces troupes auxiliaires à céder au vœu des citoyens , qui^ dé*- ^rant obtenir leur pardon en sacrifiant leur garnison, le pressaient de se retirer : le consul fut instruit de la route que tiendraient les Saomites et de l'instant de leur départ; ils furent donc attaqués à rimproviste. Mais dans la ville, la trahison surpassa la trahison f car les ennemis de ceux qui les avaient appelés, ouvrirent une porte aux Romains, et Satricum fut, comme Palœpolis, conquise à la pointe de l'épée : selon l'usage, les chefs de la sédition périrent , et la foule fut désarmée Jusqu'alors Sa* tricum s'était toujours relevée de $es nombreux
et des enseignes perdues aux Fourches caudines, ainsi qu'à la libération des 6oo otages. U renvoyait à l'indication beaucoup plus plausible que nous fdumit Diodore (XY^ 72); savoir : que Lucérie n^aurait été reprise par les Romains qu'en 434 (439). Vojez plus bas, remarque 409.
^9' C'est la correction infaillible de Sigonius (au lieu de Fertntani) : on aurait dû l'admettre au I. IX, c. 16, également contre l'autorité des manuscrits.
désastres; mats cette punition lui fut mortdle : sans le temple de Matuta, son nom n'aurait plus été prononcé dans l'histoire, et peu à peu elle s'éteignit entièrement^9^. Les peuples latins ne devaient rien espérer des Samnites , ceux-ci n'auraieàt dû jamais se confier aux Latins.
Les années 45 1 et 4^2 (4^6 et 4^7) s'écoulèrent pendant l'armistice, et les Romains étendirent et fondèrent si bien leur puissance dans l'Apulie, que depuis lors il n'est plus parlé d'aucune tentadve pour la leur reprendre. Dès Tannée 4^1 (456)» Teanum et. Canusium, désormais. dépourvues de secours étrangers, se soumirent et donnèrent des otages. Cependant Teanum^S^, et les autres villes qui par sa médiation reconnurent la suprématie de Rome, obtinrent le droit d'isopolitie. . Un pareil avantage suffisait à lui seul pour indemniser des frais de la guerre, et il faut que les Samnites aient épçouvé bien vivement le désir du repos pour laisser ainsi les mains libres à leurs ennemis. Mais on nous débite évidemment une fable quand on nous dit que, pour obtenir ce délai, ils s'humilièrent hon-
m III" ■ ■■ I , M ■ ■■ .■ I I. I »^ip— .^^la
^ Pline compte Satricum parmi les villes qui ont péri.
^9^ Teates et Teatenses sont les différentes formes de Tad* )eotif : c'est le même peuple^ c'est comme Lucas pour Luc^ ntts. Campas (dans Plante) pour Campanus. Il n'est pas ùtvraisemblable toutefois que Tite-Live se soit mépris , croyant qu'il était question 4p peuples difTérens.
teusement et se prosternèrent dans le sënat la face contre terre. S'il en eût été ainsi ^ ils auraient été obligés d'évacuer Frégelles et de reconnsdtre la- suprématie de Rome.
Dans les campagnes de 4^5 et 434 (4^8 et 4^9)9 le commandement des armées fut confié non pas à des consuls, mais à des dictateurs, L. JEmilius et Q. Fabius, illes sont fécondes en évènemens, et Tite-Live en donne un récit très«déiailléy mais si évidemment altéré, que nous pouvons nous féliciter de posséder encore une narration ^94, quoiqu'elle soit bien sèche et qu'elle vienne d'un auteur qui n'en-* tendait rien aux affaires de Rome : elle aura vraisemblablement été puisée dans Fabius ^9^ Si l'on essayait de la compléter et de l'orner des détails de Tite-Iive, on ne ferait qu'altérer sa simplicité native : je me borneraiindonc à la rapporter.
Saticula n'était pas loin de Capoue; elle était sur l'arc de cercle qui de Calatia s'étend^ près de Cad-
^94 Dans Diodofe, XIX ^ 72. Dans ce liyre même où le récit des affaires de Sicile se troure réuni a celui des affidres de Macédoine, il n'a pas, jusqu'à cet endroit, dit un seul mot de ce qui concerne Rome.
^ Du moins Fauteur le connaissait. Exe. ex. VII, Diai., ap. SynceUum, Je doute qu'il lût des Annales écrites en latin* Du reste ^ts Fastes sont si singuliers, que l'on serait tenté de croife qu'il les a pris non à un Romain, mais a Timée^ qui avait fait entrer l'histoire romaine dans son grand ounage par forme de sjrnchronismes. (Yoj. tom. IV, p. 34o et 34i)*
K&ttm, par Trebula jusqu'à Nok^; ce u'éuât pràit une ville samnite, mais une ville alKée^97, c'esi*à-^ dire osque. Les Romains l'investirent avec des trou^ pes nombreuses. Alors leurs moyens de siège étaient peu considérables; on prenait les places par un coup d'audace, ou bien on les affamait Cependant les Samnites avaient pris Plistica^ qui était défendue par, une garnison romaine, et Sora, dont les babitans volsques avaient vaincu et tué les colons romains. Cet événement donna lieu au sinistre soupçon d'un crime jusqu'alors inouï dans l'histoire romaine. Â. Âtilius'Calatinus fut accusé devant le peuple d a* voir trahi Sora : l'ôpiiiion générale lui était contraire, et il eût été condamné, si son beau-père- Q. Fabius n^eût attesté, en forme de tén^ignage, que Taccusé était innocent, et que s'il ne l'eût pas été, lui Fabius lui aurait retiré sa fille ^9^. Après ces succès^ les Sam-*
396 Tite-IdTe, XXIII, i4.
^97 Ad exùnendos obsitUont sodas, IX, ai.
39» Yalére- Maxime, VIII, 1, n. 9. Le consul da même nom qui, dans la première guerre punique, acquit une gloire immortelle , est appelé dans les Fastes A. F. C N. ; il fut sans doute le fîls de cet homme mal famé, mais aussi il fiit le pelii-fils du grand Fabius* Cette assertion prouve que dés4on le mariage sazu fiançailles, qui laissait la femme en la puissânce paternelle , était usité même dans les grandes maisons. J'ajouterai que rufur/ms/ii0i/7/zi>^//i était probablement instituée dans Fintérét de la puissance paternelle, non dans celui de rii^pendance de la £bmme, '
■ (5i5) nites entreprirent avec une forte armée de dégager Saticula; mais ils perdirent une grande bataille, vigoureusement disputée de part et d'autre, et par conséquent fort sanglante : la ville se rendit Les Romains ravagèrent sans obstacle le pays ennemi; ils pénétrèrent jusque dans l'Apulie, qui devint le théâtre de la guerre. Les Samnites exérçai^t tous les hommes en état de porter les armes, et se pré* paraient à la terminer par une action décisive. A Rome, Q. Fabius Ait nommé dictateur; il choisit Q. Aufliius pour général de la cavalerie^ et ils rencontrèrent l'ennemi à Lauiulae. ^
Lautulae est un passage étroit de la route de Terracine à Fundi, entre les montagnes de Lenola^ Monticelli et la mer399. Cétait le plus court chemin pour aller en Campanie, et depuis qu'on avait perdu Frégelles, c'était le iseul. Il peut sembler fort sur» prenant que des consuls, tels que Papirius Cursor et Publilius Philon , ne figurent pas dans Tite-Live comme les généraux de cette campagne4«>, eux qui avaient été choisis, après le désastre deCaudium, comme les garans de l'avenir, comme seuls capables
^ Tîte-LWe, Vil, Sg. Le nom indiqne de« eaux thennales, comme celui des Thcrmopyles. Voj. ci-dessus, remarq. ii5.
<*<" Il ne les nomme même pas, et il n^en avait sans doute â*antre raison que parce qu'il comprenait lui-même cette impossibilité : consules noçi, sicui superiores Romœ manserunt* Tite-LiTe,IX, 2a.
de rétaBlir lés^fl^ires de la nation. Cet auteur du, au contraire, que'les consuls restèrent à Rome, que Q. Fabius conduisit des renforts à Saticula, et que le dictateur L. £milius prit le commandement de Tannée : Tétonnement cesse quand on se fait une juste idée de la loca]^té4o». Les consuls étaient au cœur du Samnium ou en Apulie, bien loin de Rome. Le plan des Samnites était d'intercepter les Romains de la Campanie, et de porter la guerre dans le Laûum ; c*est dans cette vue qu'ils avaient pris Sora et Frégelles: s'ils se fussent établis à Lautulae, si les villes aurunces étaient tombées en leur pouvoir, ce plan eût été accompli, et la Campanie aurait pu se détacher des Romains. Les troupes qui parurent à Lautulas n'étaient donc pas celles qui avaient été opposées aux consuls; c'était une levée,
^^* Ici comme tantôt^ remarque ^Zj, nous nous contenterons de renTOjer aux indications contenues aux p. 356 et 5^Q du tom. IV; malheureusement elles n*ont pas reçu les déreloppemens dont elles étaient susceptibles. Il est hors de doute que l'esprit critique de Niehuhr ne se contentait plus dans les derniers temps de Texplication donnée ici sur le consulat anonjme de l'an 439 (IX ^ 22 ) ; il fixait au contraire la dictature de Fabius et la dé&ité de Lantulse sons les consuls précédens, G. Junins et Q. j£milius. Néanmoins nous ne nous permettrons aucun autre usage de cette remarque que celui que Paoteur lui-même avait le dessein d'en faire. Il pensait qu'à dater de ce moment il j avait lieu d'élever de 5 à 6 le chifire de la différence de sa chronologie d'avec celle de Tite-Live»
(5i7) ' une espèce de Làndsturm j et Farinée du çfictateur Q. Fabius était une armée nouvelle, qu'il avait for* mée à Rome4o^. i^^ Romains furent complètement battus et s'enfuirent. Q. Aulius, qui ne voulait ni partager la honte de cette déroute ni lui survivre » résista lui seul à la poursuite du vainqueur, et périt en combattant.
La défection des sujets mécomens fut la consé-
4(» n ne manquera pas de lecteurs qui traiteront de roman une explication ainsi devinée ; ils plaindront le sort de l'histoire dont on altère les sources. Beaucoup' de personnes faisant parade d'un grand enthousiasme pour l'antiquité , s'inquiètent fort peu que les guerres des anciens peuples se présentent sans aucun ordre comme des courses de sauvages | ils ne se soucient pas plus du chaos des coustitutions; puis, quand quelqu'un emploie toutes les facultés de son esprit à coordonner tout cela, ils le trouvent ridicule. Si je ne pensais pas que cette tâche fût d'un accomplissement possible ; si ce n'était de ma part un hommage pieux à l'antiquité , je croirais mieux employer mon temps en établissant, d'après les titres, les droits du village voisin, ou en recherchant dans les jounfaux d'opérations militaires les faits de la plus insignifiante campagne ; car des récits d'une histoire aussi embrouillée que Test celle-d , me troublent la tête i la simple lecture. Ai-je deviné juste en ce point et dans d'autres occasions ? Que la question soit résolue par des militaires ; qu'ils disent s'ils n'ont pas été frustrés de tout le plaisir qu'on pourrait éprouver à la lecture de Tite-Live, quand ils ont remarqué combien était vide de sens la narration de plusieurs des principaux faits de la guerre d'Annibal. '
quence, de la dé&ite de Lautulœ^^'. On cite ncmimément les Ausones de Tembouchure du liris; et si la ville de Sueasa, qui avait été protégée par les Romains en/^i5 (/{.i8)ine se fût pas laissé emporter par ce torrent de sédition, on ne nous dirait pas qu'en 455 (44i) o» y envoya une colonie, en ajoutant qu'elle avait appartenu aux Aurunccs.4Q* Capoue fut infidèle^ mais elle a pu manquer l'occasion de se déclarer ouvertement hostile. La révolte pourrait s'être étendue jusqu'à Preneste, et pour que Q. Anicius fût regardé comme ennemi du peuple romain, il fallait bien que sa patrie se fût insurgée. S'il l'a été en effet peu d'années avant 443 (449)*^> les dates de ^26 et 44 ^ (4^ 1 et 44?) ^^ s'accordent pas entre elles, etr, à coup sûr, ce n'est pas la première qui doit prévaloir.
La situation de la république ne fut pas plus critique après le désastre de Calmes : Tite^Iive a donc caché dans les ténèbres l'une des époques les plus glorieuses de l'histoire romaine, et pour voiler un événement dont cependant l'aveu lui échappe; il a dédaigné les Annales les plus sincères. On y voyait comment par le génie des généraux, par la
4<>^ On» amnia defxenmt, Tito^Live, IX, 23; maitt < ad^eniu SamnUium fuermU çuum apud Lautulas pugtfoium ut^ IX, dS.
^""^.Aurmcofumfmrat, IX, 28.
4o5 Pline, if. iV., XXXIII, 6.
( 5i9 ) valeur des soldats, par les fauteii des Samnites, les armées consnlaires avaient été tirées du danger le plus imminent, et comment leur retraite avait, été assurée et accomplie. Nous lui concéderQns qu'un nouveau général, G. Fabius, ait levé de nouvelles légions urbaines , que par sa marche il ait dégagé le dictateur et les restes de son armée; mais que dans ce moment on ait, comme il l'imagine, remporté une grande victoire4û6, c'est évidemment une consoblion romanesque offerte à un lecteur gâté par l'habitude du succès.
; L'année 4^4 (44^)» douzième de la guerre, est aussi celle où la fortune s'éloigna décidément des Samnites. La .dé&ite de Lautulœ n'ayant point abattu Rome, ils ne ressaisirent plus l'espoir de terminer victorieusement cette lutte, ou du moins ils recon-» nurent que leurs propres forces étaient insuffisantes. Leurs liouffrances devinrent Beaucoup plus terribles, et la compensation que donne le plaisir de la vengeance devint désormais fort rare. On voit en quelque sorte dé&iUir leurs forces. Les Samnites ne pouvaient plus avoir d'autre but que d'obtenir une paix moins déshonorante; encore ne devaient -ils l'attendre que de leur constance à observer les occasions dont il serait possible de tirer parti. Mais la génération actuelle était en grande parti% parvenue
4o6 IX, 23.
( 5ao )
à TaddieMseDce péndwt la guerre; die ayait été élevée dans toutes ses passions. Chaque année rendait la haine plus brûlante; et la gu^e, même malheureuse, la guerre contre un peuple odieux semblait le seul état tolérable.
Bien qu'à la lecture de Tite-Iive on s'aperçoiye qu'il ne manquait pas de documens ^ nous ne connaissons presque rien de certain sur cette époque : cela est fâcheux; car ici la différence qui règne entre ses récits et ceux de Diodore, est encore plus tranchée que pour les deux campagnes précédentes.
Voici le récit de Diodore^o? : Après la bataille de Lautulse, les Samnites envahirent avec des forces considérables le territoire des alliés de Rome; les consuls amenèrent du secours. Alors les Samnites levèrent le siège d'une ville appelée C&nna : quel* ques jours plus tard, on en vipt à une bataille qui coûta beaucoup de âtng des deux côtés, et demeura long-temps^ indécise; enfin la victoire se décida pour les Romains y et fut complète. Us poussèrent fort loin la poursuite des fuyards, et leur tuèrent plus de 1 0,000 hommes. Pendant qu'on se battait, Capoue avait &it défection ; Rome envoya contre elle C Maenii^ en qualité de dictateur. Le retour de la fortune rendit la prépondérance au jparti romain, et fes vainqueurs surent habilement profiter
**7 XK, 76.
du vœu général de se soumettre de nouveau; ils eurent recours à la politique, qui plus tard leur réussit si bien en Grèce, et dont le résultat était toujours de leur attacher de plus en plus leurs partisans. On rétablit les anciennes relations, et l'on n'exigea que l'extradition des auteurs de la rébellion : ceux-ci, sans attendre une inévitable condamnation, se donnèrent la mort«
Dans la géographie^de l'Italie ancienne, nous ne rencontrons nulle part de ville ^pelée Ginna^mais cela ne prouye pas suffisamment que ce nom soit mal écrit : il est d'autres villes nommées dans les guerres samnites, et» on ne les retrouve pas davan-* tage. On n'arriverait à un nom connu qu'au moyen d'une correctiop forcée et arbitraire. D'ailleùn la guerre se faisait sur une ligne fort étendue, et péné« trait vraisemblablement fort loin dans l'État romain.
Tite-Live nie la défection de Capoue4o8. il q^ parle que de conspirations des grands : les Fastes néanmoins attestent que l'infidélité en était venue au point d'exiger l'action d'une force armée. Ils disent que C Maenius fut nommé dictateur pour Êdre la guerre ; mais Rome a bien pu regarder comme expiatroh suffisante la mort volontaire des deux Calâvius.
Tite-Iive met dans l'histoire de cette année la
4«a IX, a5, 26.
reprise de Sora et de Lucérie, la destruction des Ausones, et une grande bataille de Caudium. U faul d*abord en retrancher la reprise de Sora, que les Fastes attribuent expressément au consul M. Valerios et à l'année ^56 (44^) • probablement qu'il faut en ôter de même celle de Lucérie, qui, selon Diodore^ eut lieu l'année précédente 4^4 (439)^. Les autres évènemens ne peuvent être mis en harmonie avec ceux que raconte Diodore, et d'autant moins que pour l'année suivante cet écrivain grec omet encore de parler des afiaires de Rome; peut-être des copistes abréviateurs ont -ils retranché cette partie de son texte : cela est plus vraisemblable.
Les Ausones avaient plutôt trahi leurs mauvaises intentions qu'ils ne s'étaient livrés à une révolte active. U est une cause qui a dû paralyser les effets de la bataille de Lautulas : peut-être que les peuples dont la destinée eût été d'obéir aux Samnites à raison de leur position géographique, auraient vu tomber les Romains avec quelque plaisir; mais il se peut aussi que d'un autre côté ils eussent peu d'envie de
4<>9 Dans Diodore, la màrebe de eette campagne a uneres* semblance remarquaUe ayec celle qui, dahi Tite»JLi?e^ appartient à ces mêmes consuls Papirius et PubUlins, notais pour l'an 434* C^est donc une transposition pour contrebalancer sur-le-champ le désastre de Gaudium; il ne restait dès-lors rfen à raconter sur ces consuls pour 439. Cette supposition est d'une frappante vraisemblance.
dtyGoogk
faire pencher la balance vert les Samnites. Ils obser^ vèrent donc une sorte de nentralité, qui, aux yeul de Rome, ne paraissait pas moins coupable qu'une révolte ouverte ; ils s'étaient opposés à la réception d'une garnison dans leurs villes de Mintumes, Vesda et Ausona. Il arriva de ces villes au camp romain douze jeunes gens des premières familles; ils aver* tirent de l'avantage que Ton pouvait tirer de la peur de leurs compatriotes : des soldats déguisés, munis d'armes cachées, furent introduits dans les troil villes, et se rassemblèrent chez les traîtres. Des embuscades, avaient été placées près des murailles, puis à une heure convenue, on surprit les gardes des portes, qui furent ouvertes aux soldats avides de carnage. Ce qui survécut au massacre, fut emmené en esclavage; ainsi les derniers des Ausones, dont le nom autrefois comprenait de si vastes populations^ forent à jamais anéantis. Cet horrible exemple apprit aux sujets des Romains qu'il n'y avait point de milieu entre une complète fidélité et une sédition violente^ et que quand la soumission n'avait paS été illimitée^ il n'y avait que l'extradition des ennemis de Rome qui pût préserver d'une extermination générale ceux^ là, même qui au fond du cœur favorisaient sa cause. Mais suivapt le récit de Tite-Live, les deux consuls M. Pcetelius et G. Sulpicius faisaient face aux Samnites non loin de Caudinm; ils craignaient d'engager leurs armées dims ces défilés fiinestes i ils hé«
fiitaim à livrer la bataille, et ik demeurèi'ent ineartains même après que les Samnites furent descenduiB dans les plaines de Campanie, où leurs excursions occasionaient de fréquens combats de cavalerie. Mads lès Samnites les contraignirent enfin d'accepter le combat L'ordre de bataille des Romains difière beau* coup des descriptions ordinaires à ces temps-là ; il fut tel que lés annalistes, si monotones dans leurs inventions, l'eusseiit difficilement imaginé. I/aile gauche, commandée par Pœtelius, était fort serrée; la droite avait étendu beaucoup sa ligne, pour ne point prêter le flanc aux Samnites. Dès le commaicernent du combat, Pœtelius fit donner toute sa réserve, et par une vive attaque opérée en niasse, il fit plier le corps ennemi qi^ lui était opposé^ et qui ne s'attendait pas à tant de prévoyance et d'babileté de la part des Romains. La* cavalerie de l'aile droite des Samnites accourut pour soutenir l'inÊoiterie; mais elle fut repoussée avec une é^e supériorité par la cavalerie de C S)ilpicius, qu'il comr mandait en personne.. Dès quel la victoire fut assurée de ce côté, Sulpipius revint à son aile, qui cédait dans ce moment même. Il arriva fort à propos; là encore les Samnites renoncèrent à la victoire, et la fuite des vaincus mit 1^ désordre partout. Ceux qui ne purent atteindre Maleventum, furent tués ou pris. Toute vague que soit cette donnée, elle mérite plus de confiance que celle qui porte à 5o,ooo
( 335 ) hommes*, le nombre des tués jet des prisonniers. Lavictoire ouvrait tout le pays aux Romains; ils ont donc pu paraître devant Bovîanum, mais on ne sera pas obligé de croire que, pour forcer la place à se rendre, ils prirent leurs quartiers d'hiver autour de cette ville. Dans les campagnes dont nous avons une histoire à la fois plus détaillée et plus certaine, nous ne voyons jamais les armées romaines s'exposer aux neiges des montagnes du Samnium. Mais il est une raison /^plus décisive de rejeter cette assertion : c'est que C Sulpicius triompha dès le commencement dti mois de Quinctilis, bien que le consulat ne finît qu'avec l'automne. Quand on se souvient du rapport que les Fastes font de cette bataille, on-ne conçoit pas pourquoi le consul Pœtelius n'a pas aussi triomphé. L'année suivante 4^5 (44^) ^'^^^ marquée par aucune bataille, mais par des conquêtes durables, dont l'influence sur la suite de la guerre fut trèsgrande. Les Romains avaient trouvé Frégelles en ruines , et leurs colons n'avaient sans doute point partagé les demeures des habitans volsques. Quand ils en furent chassés, la ville incendiéeA^o resta un monceau de décombres, les Samnites-n'en occupèrent4iA
4»» C'est à cela 'que se rapporte le passage de Tite-Live, Ky 12 : circumdatos igni •*-^ conçremmerunt,
4" U se pourrait que quelqu'un voulût réfuter cette narratioD en s'appujant de ce que dit Tite-Live, 1. IX, c. 28, où il raconte que les Sanuiites ont pris, en 4^1 9 l'âvv de Fré-
(526) que la chadeUe^i^. On la reprit, et les communicaûods de la Yoie latine de Câmpanie se trouyèrent rétablies. Non loin de là était l'Atina des Voisqaes, qui fut puissante dans les anciens jours^^^; au temps de Cjcéron, c'était encore une ville assez importante : elle fut prise dans la même campagne, ainsi que Calatia, TÎUe osque, située non loin de Gapoue. Noie fut une conquête plus riche; elle ne peut ayoir fait partie du territoire des Samnites, encore moins avoir été leur sujette; car dans Naples
gelles^ et que les Romains Tout reprise tout aussitôt j peutêtre préférera-t-on supposer qu'il a oublié de rapporter comment les Romains la reprirent entre 434 et cette année-la; niait dans ce cas ce serait peine perdue que de cherdier' i jeter quelque jour sur tout cela.
4>> M. Niebuhr déclare qu'il ne connaît point de mot allemand qui réponde au mot arx* Nous n'en ayons pas non j^lus qui le rende exactement : en grec ct^pcK désigne j comme arXy un somhiet d'un accès difficile ^ situé dans l'enceinte àt& murailles* Jamais dans la haute antiquité les atçts n'avaient de murailles du côté de la Tille ^ et dans la suite elles en eurent rarement. Une ville pouvait avoir plusieurs de ces hauteurs^ et il faut prendre au propre ce vers du poète romain : Sepiemqueuna sibimuro circumdedit arces {Georg, , 11^ 535)* Bans les histoires à^ premiers temps ^ les'ipvfjLotTot et les iapauj que l'on craint de voir occuper par des ennemis intérieurs ^ sont des arces de ce genre. (Yojez Denjs d'Haljcamasse.) Ce ne sont que les sommités de plusieurs monticules. Avant qu'on eût fait le Glivns Publilius, tout l'Aventin était une arx, qui en avait encore une autre dans sa circonférence.
4»3 Atinapotens. Viigile, jEn., YU, 63o.
( 5^7 ) les troupes auxiliaires de Noie sont distinguées de celles des Samnites4i4. Néanmoins il se peut qu'elle ait été^attachée à l'ensemble de la nation par les liens de l'isopolitie. Noie était en possession des terres les plus fertiles; il n'est donc pas besoin de démonstrations pour affirmer qu'elle était puissante et populeuse : elle avait envoyé 2000 hommes au secours de Naples. De vastes faubourgs entouraient ses murailles : les Romains les brûlèrent; il parait que la ville leur fut donnée par capitulation.
Les conquêtes de cette année donnaient aussi lieu à contestation. Avaient-elles été faites par le consul C Junius Bru tus, ou bien appartenaient -elles au dictateur C. Pœtelius? Toutefois on peut regarder comme certain que le dictateur n'avait été nommé que pour enfoncer un clou, comme le disent les Fastes; il e^ probable que la postérité aura rehaussé son mérite de toutes les ressources de Tinvention : elle ne se serait point attachée à dénigrer sa gloire. Diodore fait honneur de ces conquêtes au grand Q.Fabius, dictateur ; on peut reconnaître ici les Annales de la famille des Fabius y et les traditions recueillies par Thistorien Fabius-Pictor4i5, Les Fastes ni Tite-Live ne parlent de cette dictature. Du
4'4 Ici encore Tite-Iive, 1. IX, c. 28, distingue entre la multùudo SamnUium et les Nolani*
4>s L. XIX, 101. Il confond aussi la reprise de Frégelles avec celle de Sora.
reste nous pouvons admettre, comme complément des récits de lîte-Live, ce que dit Diodore sur les combats opiniâtres, sur les dévastations mutuelles' qui eurent lieu en cette année, sans cepaoïdant que les armées principales fissent autre chose que s'observer Tune l'autre.
Dès Tannée 433 (439)416 ou 434 (44o)4»7, le sénat avait envoyé à Lucérie une colonie de aSoo hommes; cette ville s'était livrée aux Samnites, et avait été reprise à force ouverte. L'expérience prouva la sagesse de cette résolution du sénat; car l'Apulie fut protégée et resta dans l'obéissance , quel que pût être d'ailleurs le danger que couraient des colons aussi éloignés.
La guerre contre le Samnium était un véritable siège : pour obtenir l'avantage, il fallait toujours gagner pied sur le terrain ennemi, et s'y fortifier de manière à ce qu'un revers n'anéantît pas ces progr^. Les évènemens avertissaient, de plus en plus, qu'il était urgent d'assurer la communication avec la Campanie en établissant des forts; il impor-
4»fi Diodore, XIX, 72.
4«7 Tite-Live, IX, 26. Velléjus, I, i4> fixe la fondation de Lucérie à trois ans avant celle de Suessa ; mais il y a si peu de valeur dans sa chronologie des colonies, que d'un autre côté il dit que cette même Lucérie fut fondée quati« ans seulement après Terracine, qui, selon lui, reçut ses colons en 4285 selon Tite-Live, en 4^6.
( 529 ) tait aussi de fermer la froniière du c6ié du Liris* On était d'ailieull menacé d'une guerre avec i'Étrurie, ce qui aurait doviaé à celle cpntre les Samnites le caractère de la défensiye Ce fut pour ces motifs qu'en 4^6 (44^) ^^ établit des colons à Suessa A,uruncay et,' s'il en faut croire Yelléjus, on en mit en même temps une à Saticula : cette der*nière couvrait la Campanie du côté de Caudium. Tite-Iive, qui Ëiit mention de cette colonie parmi les trente latines de la guerre d'Annibal, ne parle jamais de sa fondation 4^3: elle a pu lui échapper j dans tous les cas, l'époque n'en pourrait être plus convemablement assignée.
A la même année se rapporte la fondation dé Pontia , vis-à-vis Circéji, dans les îles appelées Pontiœ4i9. Le nom grec de ce groupe d'îles annonce qu'elles furent habitées par les Grecs, dans ces anciens^ temps où toute cette côte était peuplée de leurs colonies : maintenant elle appartenait aux Volsques. Au isurplus, cette colonie paraît étrangère à ce système général de fortifications; il est évident que Rome voulait empêcher qu'une puissance maritime ne s'emparât de ce port, qui de nos. jours n'est pas encore sans impoijtance, et d'où il
4>s A moin» qu'il ne Fait fait dans la seconde décade; ce^ pendant l'Épitome omet rarement la fondation des colonies.
4*9 C'est la leçon du manuscrit de Tite-Lire. Il se pourrait que le pluriel Poniim ne co^yint qu'aux tics.
( 53o ) eut été possible d'inquiéter les câtes du Latium et la marine romaine. Oa craignairflipparemment les villes maritimes de l'ÉtriU'iey dont quelqces-unes sans doute n'avaient point renoncé aux expédiûoiis lointmnes. Polybe, au commencement de la première guerre punique ^ ne nomme pas les habitans de ces îles parmi les sujets de Home qui possédaient des vaisseaut armés : il se pourrait que Rome les eut désarmés après leur soumission, comme Antium. Rome s'attendait peut-être à quelque entreprise de la part de Tarente, qui dans la même année 42o avait envoyé à Agrigente une escadre de vingt vaisseaux avec les troupes d'Acrotatus, fils du roi de Sparte. Si le but y qui était de détrôner Agathocle, eût été atteint , l'expédition , renforcée d'une partie des troupes siciliennes, pouvait se tourner vers l'Italie, où les Tarentins devaient assurer leur propre existence. Dans la vue de maintenir la communication par la route, latine y on décréta dans la même année, et on accomplit dans la suivante ^56 (44^) l'établissement de colonies 4^1 à Interamna^^^ et à Casinum. Frégelles fut relevée de ses ruines, quoiqu'il n'y ait
4»» Oljrmpiade ii/6, 3. Diodore, XIX, 70. Cette année répond très-bien à la 44i*' de Gaton, quoique dans Diodore on lui donne les consuls de ^5g.
4** D'après Yelléjus, ce fut deux ans après Suessa.
4»/ Ce nom ne se trouve dans Tite-Iilre que par snitd d^e correction, mais d'une correction sâre, bie£L que b pc&m
pas à cet égard de mention formelle. Au temps de hi guerre d'Annibâl, Qisinum n'est pas du nombre des colonies latines. Il s'ensuit qu'elle aura été dé* traite dans la suite des guerres samnites, à moms toutefois qu'elle ne fût colonie de citoyens romainsi et que par conséquent il n'y ait pas lieu de la compter parmi les latines, mais il n'y avait point de co^ lonies de ce genre dans l'intérieur des terres. Xa même réflexion s'applique à Sora, qui depuis cette époque n'est plus nommée comme colonie.
Les Fastes triomphaux attribuaient à l'année 436 (44^) ^^ ^u consul M. Valerius la reprise de cette ville et quelques victoires contre les Samnites. Ce témoignage a d'autant plus de poids ^ que poUr cÀte année Tite-Live se borne à dire fort vaguement que la guerre continua dans le Samnium, et par le consul Valerius. U file à deux années plus tôt la reprise de Sora : les circonstances de cet événement pouvaient être regardées comme historiques. La forte position de cette ville ne permettait d'autre espérance que de la prendre par famine^ lorsqu'un transfuge promit d'indiquer un sentier pour arriver
que Fon veut tirer des oljmpiades soit de nulle valeur. Je ferai remarquer en passant que les noms ethniques poui* ceUe ville et pour llnteranina sur le Nar^ étaient différens. On appelait ordinairement le citojen de celle du Liris, Jn/^ramnis : les manuscrits du discours pour Milott sont d'accord potir cela.
( 35a > à la citadelle. Dans, ces contrées, les citadelles, de ooostruction toute pydopéenne, étaient déponi-vues de murailles même du côté de la campagne. On regardait comme inaccessibles ces roches^ taillées à pic et leurs substructions en maçonnerie; mais il suffit à rhabile chasseur des montagnes de profiter des fissures que la végétation pratique dans le roc et dans le ciment : pour gravir il s'aide des broussailles, et rien ne lui est inaccessible. Dix soldats romains furent conduits sur cette sommité, que Ton ne gardait, pasl Afin de mieux tromper l'ennemi , l'armée romaine avait levé le camp, et s'était établie à six milles plus loin; quelques cohortes cependant s'étaient cachées dans la forêt à proximité de la ville. Au milieu de la nuit, le traître lui-même parcourut les rues en criatft que la citadelle, était occupée par l'ennemi. Pour en descendre vers la ville, il y avait un sentier étroit et escarpé : un petit nombre en pouvait défendre les abords en lançant des pierres qui s'y trouvaient entassées, parce que c'était la seule arme dont on pût se servir. A l'exemple de ce qui se pratiquait dans toutes les circonstances semblables, les Romains, pour paraître nombreui^, et pour donner le signal aux cohortes embusquées, auront sans doute fait retentir au loin leurs trompettes. Il parut impossible d'expulser l'ennemi de la citadelle : on crut qu'il n'y avait d'autre salut que dans une prompte fuite. Dans
ce désordre, les cohortes 'foreèr^mt une porte, etk sang coula jusqu'à la pointe du jour et à Tairivée dû consul. Il accorda la vie à tout ce qui avait sur* Técu^ mais il fit cbar^er de. chaînes deux cent vingtcinq des plus coupables : on les condukit à Rome, où ils furent mis à mort. 4^3
On était dans la quatorzième année de la guerre, et la prépondérance des Romains n'était plus, douteuse. S'ils avaient pu &ire encore quelques campagnes, semblables, sans diviser leurs forces, lesSainnites eussent été obligés de se soumettre aux condiiions au prix desquelles, sept ans après la perte de Sora, ils ne purent obtenir qu'un simple délais Dès 456 (44^)9 la menace de la guerre d'Étrurie (pouD laquelle s'étai^it réunis, outre les Arretins, tous. les États. de la nation) contraignit Rome de lîecourir à toutes ses forces : elle n'en put envoyer qu^ime partie contre le Samnium; mais Tannée suivante, quand la guerre d'Étrurie éclata, les Romains ne se méprirent pas sur la nécessité de continuer une guerre offensive contre les Samnites. Us réso^ lurent de nouveaux sacrifices, ce qui prouve claii^ent qu'alors la république connaissait ses forces, et que plus sa situation était périlleuse, moins elle craignait de les épi^ser. On. décréta qu'il y aurait - — ' -
• . ^^^ Dîodore, pour cette année, fait mention de la prise d'une yiUe de$ Marrucini^ PolUtium.
(554) fid» diiumviis pour comniaiKkr k flotte*: ainsi Sparte nommait i;in nanarque indépendant des rois. Il ne faut voir dans ce décret que l'expression de la volonté de former une flotte, qu'en efiet nous voyons apparaître Tannée suivante , et qui se pei^ pétua, quoique sans importance réelle, jusqu'à l'é* poque où Rome eut une véritable marine. Elle ne peut avoir été composée que de trirèmes, dont la plupart auront été fournies par les villes maritimes sujettes. U y a une visible connexite entre Tidée qui a. présidé à l'occupation des îles Pontiœ, et celle de ne pas rester plus long'-teinps sans défense du côté de la mer.
Cest à cette époque, mais probablement après la fin de la guerre d'Étrurie, que parait avoir été conçu le plan de fonder une colonie en Corse, pour en Élire venir des bois de construction maritime; c'est de ce temps aussi qu'est sans doute la tentative in-» fructueuse de faire flotter vers la côte d'Italie les arbres, immenses qu'aucun vaisseau ne pouvait con« tenir. Si l'ouvrage de Théopbraste, qui a conservé la mémoire de ce fait, parut sous l'archonte Kico« dore, Pline s'est trompé dans ses synchronisais de cet arehontat avec l'année 4^4 (44^); ^^ i^ appar-» tient a la troisième année de l'olympiade 120, on 449 (4^^)^^^' Même abstraction faite de cette in-
4**4 M. Glassen a transcrit ces cliîfft-es , qui ne se trouvaient pas dans le manuscrit : il les a pris au tome I.^, note 5g.
(ËeatioQ de Pline, la mention de rimmefise irai$5eaa daroi Demétrius nous suffirait pour ju^r que cette œuvre ne fut pas accomplie plus tôt 435. L'idée de fonder une ^ colonie en Corse ne pourrait étonner ^e ceux qui croient que les Romains avaient hor-* Fcur de l'eau, c'eût été un moyen de communication avec Marseille, amie de Rome. Il y avait à craindre seulemeift que la jalousie de Carthage ne vînt entraver l'exécution de ce projet, et ce fut peut*-étre la cause qui le fit avorter. . ^
Il n'y a nul doute sur la liaison des peuples qui £iis»ent la guerre à Rome^ mais la guerre d'Étruriet , est tellement séparée de celle des Samnites, que ce serait embrouiller les évèi^ffmens de l'une et de l'autre que de les faire marcher dé front; d'autant plus que toute rinfluence de la guerre d'Étrurie se borna à restreindre les forces que les Romains envoyaient cantre le Samnium.
Les Samnites ouvrirent la campagne de 4^7 (44^) I^r la. conquête de la forteresse de Ouvia ; mais il y a doute et sur sa position et sur le nom lui-même^
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^ Thfophraste dit^ K cît*, que dans le Latîtim les sapins et les pins sont plus beaux qu'en Italie (la Galabre). Je ne pensa pas que jamais il j ait eu des arbres yerts sur les montagnes du Latium : au contraire , il y en a beaucoup sur la côte, dans les enrirons de Lavînium^ et ils y sont MBet ^ax. On pe donnait donc p^s à cette plage sabloimeuscr ^ne destination contraire à sa nature.
La gstnisoii fot prise et mise à mort, évidentes re* présailks de ce. qui s'était fait à Sora. Les soldats romains furent à leur tour vengés par un troisième massacre; en reprenant cette ville d'assaut, le consul C Junius fit exterminer tous ses habitans , sans dis* tinction d'âge ni de sexe. Une chose inexplicable dains le récit de Tite-Iive, c'est que les Samnites, qui avaient si souvent tenu tète à deux arAées consulaires, n'aient pas cherché à fermer au consul h ehemin de Bovianum, la capitale des Pentriens, et l'une des villes les plus riches et les plus florissantes de tout le Samnium* Dans le Samnium proproneht dit, les villes n'avaient point de murs cyclopëens comme chez lesVolsqueSi^il ne paraît pas non plus qu'elles eussent des enceintes. Leur sûreté était toute entière dans leur position sur des montagnes inaccessibles, et cette position donnait au peuple le courage de se défendre, mais ne garantissait pas contre l'audace d'un ennemi supérieur en nombre. Bovianum fut donc prise, et fournit-une indicible quantité de butin, car les Samnites étaient riches en numéraire 426. plus les forces des Romains étaient restreintes, moins il leur était possible de conserver
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^^ C'est ce que démontrent la magnificenee des armemem dans la campagne suivante, les triomphes de ia troisième guerre (dans un temps où ce pajs ayait souffert déjà des dévasMitioDs réitérées) , enfin, les présens offerts par les.Sainnités à Gurins et à Fahrieius. . . '
■( 357) cette conquête au cetitre du pays ennemi; dans la première décade de Tite-Live, Bovianum, prise trois fois, est toujours évacuée sur-le-cbamp. La' seule chose qui puisse étonner, c'est que dans une guerre d'extermination, une ville prise ausfei souvent, n'ait pas été détruite de fond en comble; mais dans ces guerres -là même, le sort des grandes villes devint tolërable , grâces aux capitulations* Dans une posi-* tion avantageuse ,^ les habitans viennent et revien-* , nent toujours : c'est déjà un appât qu'un poste mi- . litaire fortement gardé. Lorsqu'en 448 (404) Bovianum fut prisp pour la troisième fois, elle n'était plus, à coup sûr, qu'une ombre de la ville dont/ les trésors avaient, onze ans auparavant, enrichi l'armée romaine.
La principale richesse du Samnium septentrional consistait dans l'élève du bétail, et dans un pays où tous partaient les armes ^ où l'ennemi ne possédait jamais que le terrain sur lequel il campait, il importait beaucoup plus au soldat romain de.se procurer les bestiaux nécessaires à la consommation du mo-« meiit, que de faire un riche butin de troupeaux. Il y avait long-temps que les paysans avaient caché dans les bois tout ce qu'ils avaient. Prévoyant qu'une armée romaine chercherait à y pénétrer, on y avait aussi placé une arniée samnite : attaqués dans leur marche , de tous côtés et à l'improviste, les Romains se virent en danger de périr; mais quinze ans de
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guerre les avaient formés : ils étaient pleins de eon^ fiance en eux-^mêmes. Sur-le-cfaamp ils se rangèrent en ordre de bataille, et montèrent a l'assaut vers ces hauteurs. Non-seulement leur armée échappa au danger, mais ello obtint une victoire complète, et les troupeaux retirés dans ces lieux en furent le prix. Ce rjécit de Tite-Live est confirmé par les Fastes triomphaux , qui parlaient du triomphe du consul C Junius; mais ces triomphes avaient été imaginés souvent par la vanité des familles. Il est une autre preuve plus décisive, c'est que, quatre ansjplus tard, le même général, devenu censeur, consacra à Ja déesse du salut 4^7 un temple qu'il avait voué étant cotisul; vœu qu'il avait manifestement fait dans ce moment de danger. On peut donc hardiment rejeter le récit de Zonaras42Ô^ qui dit que, trompée par un stratagème, l'armée i^omaine fut attirée dans ces forêts, et qu'elle y essuya une effroyable défaite.»
Depuis le moment oii Dîodore reprend l'histoire de Rome, on ne peut, malgré toutes les divergences^ méconnaître dans les évènemens l'unité du fond; mais pour ceux de cette campgne il n'y a pas même d'un récit à l'autre hi moindre ressemblance. Selon lui, les deux consuls firent la guerre, et tçus deux en Apulie429; la bataille se livre près
4>7 j^dem salutis, Tite-Liye, IX, 43.
^« Vin, 1.
*»9 Le mannscrit iPsprès lequel fruXUp a é}c changé cm
(559) d'Italium ou Talium, et les Romains âont vainqueurs: toutefois les Samnites restent pendant une nuit maîtres de leur camp situé sUr une montagne voisine ^ le mont sacré* Le lendemain matin, ils sont encore vaincus dans cette position, et perdent beaucoup de tués et :i300 prisonniers. Alors ils n'osent plus tenir la campagne, et les Romains attaquent les villes : plusieurs d'entre elles se rendent sans résistance. Cataracta et Ceraunilia sont prises et occupées 43oj le nom de la seconde rappelle Cesaunia, qui est nommée sur le monument de L. Scîpion Barbatus, comme l'une de ses conquêtes, mais pour une époque plus récente*
Nucérie Alfaterna était une grande ville osque, située dans une riche vallée de la chaîne qui sépare Noie de Saleme. Elle s'était autrefois alliée à Rome; mais avant la bataille de Lautulse 4^^ (4^8), elle s'en était séparée. En 458 (444)» ^^ Ao^^e romaine jeta l'ancre près de Pompéies, et le pays qui environnait le Vésuve obéissait à Rome depuis. la prise de Noie. Des marins et des rameurs vinrent ravager le territoire de Nucérie; mais lorsque, rassasiés de butin, ils se retiraient vers leurs vaisseaux, ils furent
ÂTTOvXietv, n'a aacime autorité; ce n'est point une rariante^ c'est la correction d'un sayant de Bjzance ; mais elle n'est pas pour cela plus mauvaise que si elle tenait d'un de nos sarant de l'Ouest.
43ol>iodore, XX,a6.
(34o) attaqués par les paysans irrités, et il en périt un grand nombre. Le butin fut repris par les habitans. En la même année, pendant que les Romains avaient à lutter contre toutes les forces de l'Étrurie, les Samnites, s'il fiiut en croire Diodore43s tournèrent leurs armes contre l'Apulie^^s. Pour faire diversion, le consul C Marcius pénétra jusqu'à Âlifœ, et prit cette ville de vive force.  cela se borne le récit de cet auteur. Tite-Live, au contraire, après avoir &it mention de la prise d'Alifae et de beaucoup d'autres petites villes, avoue que les Samnites compensèrent cette perte en battant les auteurs de ces excursions; car l'expression qui dit que la victoire demeura indécise, est détruite par l'aveu de la blessure du consul, ainsi que de la mort d'un lieutenant et de beaucoup de tribuns; on convient aussi que l'armée fut coupée de Rome sans pouvoir communiquer avec elle. Les Samnites avaient dès-ldrs le projet qu'ils exécutèrent dans la guerre suivante; ils voulaient, quand ils auraient détruit cette armée, amener aux Étrusques leurs troupes victorieuses, et créer ainsi une force invincible sur un seul point, sur c^lui où la frontière romaine n'était pas fortifiée. Par bcmheur, une armée de réseiTve avait été levée pour