LÉGISLATION CIVILE
« lante ilc la matrone ajoutât un égal profit •. » La puissance paternelle allait bien plus loin, jusqu'à faire périr un enfant qui naissait difforme, jusqu'à vendre les autres même trois fois, et les mettre à mort; et cette puissance durait encore aux derniers temps de la république. La maison (gens) comprenait, après les enfants, les clients, les affranchis et les esclaves dans une diverse subordination.
Les Romains gardèrent du Latium, où ils étaient nés et qu'ils subjuguèrent ensuite, les mœurs agricoles et pastorales, si naturelles d'ailleurs sur le sol fertile et sous le beau ciel d'Italie. La plupart des villes, sans doute, comme Paieries et Capène, protégeaient de nombreuses métairies (villœ ) autour de leurs murs*. Cet usage existait surtout dans la Sabine, te séjour de l'antique simplicité '• Les rustiques Sabins habitaient de préférence dans ces métairies réunies en bourgades ou dispersées ^. À mesure que le territoire et la population de Rome s'agrandirent^ la distribution et la culture des terres multiplia aussi les villœ au-dessous et loin de ses collines*. Aux yeux des vrais quirites^ « le commerce était périlleux et toiyours peu honorable, même sans fraude, m^e avec la prospérité publique. Mais un homme de bien , c'était un bon cultivateur , un bon colon ; » nuUeprofessionplusdigned'un h(»nme libre. Aussi, pour eux qui ne connaissaient d'autres travaux que ceux des champs ( t des armes, laissant dans les quatre tribus urbaines les marchands, les artisans et le bas peupte, ils s'honoraient de composer les tribus rustiqueâ» et ne paraissaient guère
* Col., ïitpref. Yoicî une lot de Aomulus : • Quv It femme li^itime soit en société de bieos et de eérémoaies sacn5es avec son mari; comme il est le inaîire de la maison , ainsi elle est la maîtresse. » Ro&in, 8-5.
* Tile-Live , 5-ia.
^ Hor., od.t 2-1 5 , 3-i6, q/Mtl.^ 1.
* IMut., nom.; Tite-Live, a-6a. Une ville des llernlqueft, Bovillft {Ikmm viila)^ r.r.iit son nom d'une réunion scmMable sur un vaste p&turnge.
* Tite>Live, a-63,3-3.
. 2 niSTOIRE ROMAINS.
dans Rome qu'aux marchés publics, ctatique neuvième jour {nundmœ)^ et aux comices, dont il se faisait à Tavance deux ou trois annonces successives à ces époques régulières d'affluence *.
Les premiers lots de terre (sortes^ hœredia) , selon le partage attribué à Romulus, avaient été de deux arpents' pour les plébéiens; plus tard, les conquêtes permirent de leur en donner sept. Columelle, après huit cents ans, appliquant à Facquisition d'un terrain ce mot d'un des sept sages : la meilleure mesure {/^hf^f «tfi^ro»), rappelait encore, comme des maximes antiques, ce vers de Virgile :
Vaote de vastes champe , cultive un champ modique ',
et le proverbe pimique : Le champ doit être plus faible que le laboureur. « En effet, ajoute-t-il, un grand terrain « mal cultivé produit moins qu^un petit terrain en bonne « culture : aussi ces sept arpents Hcinieru donnés à chaque « citoyen après l'expulsion des rois, ont plus rapporté aux « anciens que ne nous rapportent maintenant d'immenses « jachères. Dentatus estima au-dessus d'une fortune con- « sulaire et triomphale les cinquante arpents dont le peu-
' Cat. , De re nat. » préam. ; Gic., De offic, i-4i ; Den. d'Haï. » 3-1 , 1 1-28 , 8-58; Varron , a ,jnréf,i Colum. , 1 et a , ffréf»; Nacrob., i-iii; Pline , i8-3. • Varr., 1-18; Juv., 14-146 :
Mox etiam fractis aeCate ac punica paMÎt
Prœlia, vel Pyrrbum immaneiu , gladiosque molosaos,
Tandem pro multis vix jugera bina dabantur
Vnlneribus ; merces ea sanguinis atque laboris ,
NuUis visa uuquam meritis minor, aut ingratae
Curta fides patriae. Saturabat glebula talis
Patrem ipsum , turbamque casse , quà fœta jacebat
lixor, et infantes ludebant quatuor, unus
V^ernula, très domini; sed magnis fratribus bonim
A scrobe, vel sulco redeunlibus altéra cœna
Amplior, et grandes fumabaot pultibns ollae.
> Tirgil., €eory.^ t-4is«
VaLA ÀlfTIQCE. 35
K pie voulait récompenser sa valeur; il se contenta de cette « mesure plébéienne ^. tu
On retrouve la même gradation dans les colonies fondées sous la r^ublique; deux arpents d'abord, ensuite sept. La mesure continua de s'étendre, selon Téloignement des colonies et les progrès de la démocratie ; on finit même par n'avoir plus de mesure. Dans ces répartitions coloniales, qui se réglaient sur le service militaire, les chevaliers avaient toiyours le double de ce qui était assigné aux fantassins. Les patriciens qui n'allaient point dans les col(Hiies, eurent donc, dès l^origine, une part beaucoup pics forte de la terre romaine. Cinquante arpents sembleraient avoir été la mesure patricienne, et ils surent bientôt la dépasser; d'ailleurs, les étrangers admis dans la cité à titre de patriciens, comme les Quinctius et les Geganius d'Albe, les Glaudius, les Furius Medullinus et les Sulpitius Gamerinus de la Sabine, ou qui restèrent plébéiens, comme les Aurelius et les MamUius, durent garder leurs grands héritages ; et il est évident, par l'évaluation des biens de la premi^ et de la seconde classe sous Servius , que beaucoup de patriciens, quelques plébéiens aussi, étaient déjà de riches possesseurs, et qu'ils avaient acquis ou retenu de diverses manières des centuries entières (mesure de cent partiùns, deux cents arpents) et des saltus (mesure de quatre centuries). Us distribuaient dans ces fonds de terre leurs clients, devenus d^ennemis citoyens romains par leur défaite, mais souvent aussi de propriétaires simples colons.
* Pline, i8-3; Colum., i ,pr^f.i Val. Max. ,4; Titc-Live, 447, 5-3o, 6-16 , 8-1 a ; Plut., Dits notables ; ivn.» i4-i65 :
Vivite contenii casulis et collibus islis, O pueri , Manus dicebat et Hernicus olim , Vestiousque senex, panem quaramus arairo (^ui satM ext mensis. fraudant hoc niimina ruri.<t Qnonim ope et aiixttio gratis poAt mnniis arislae Ooutinguut horoini veleris faslidia qiicrcûs.
&4 HISTOlUfi HOMAmlB.
Cependant ils cultivaient eux-mêmes une partie éô leurs champs, et, quoiqu'ils eussent tous, jusqu'au plus pauvre patricien, une maison à Rome * , ils préféraimt le séjour de leur métairie (viUn ruêtica)^ à laquelle ils ajoutaient .seulement pour leur résidence une petite habitation de mai* tre {villa urbana). Les surnoms de Suillius, Porcins, Bu* bulcus, Gaprarius, etc., attestèrent dans la suite des âges ces mœurs originelles ■. A cette première époque peuvent donc s'appliquer en grande partie les préceptes de Caton et les regrets de Varron et de Columelle. Ainsi, dans la vaste campagne romaine, toute parsemée des chaumières de colons plébéiens , on apercevait çà et là ces villœ patriciennes, qui gardaient encore la supériorité du rang dans les mômes habitudes.
La villa devait être construite au bas de collines chargées d'arbres , au milieu de pâturages étôrdus et bien exposés , près d'une eau courante , dont la source était même quel* quefois enclose dans le Mtiment ; sinon l'on y creusait au moins une citerne. Là , au dehors et au dedans , rien d'oi* sif ni d'inutile , rien que de rude et d'agreste. Chaque terrain portait , selon sa nature , blé , olives , vignes , pâtu-
* Voy. Ciocinnatus dans Tite-Live , 3-36.
* Caton , 4 ; Varron , i3 ; Plut , Fal. Pùbl.^ i3 ; Ovid., Fast, i-aoi :
Jupiter nngiislà vix motus stahat in aede,
Inque Jovis dextiâ fictiie fulmed crat.
Frondibus oroalmnt quœ nunc Uapitolia gemthis,
Pasccbaïque suas ipse senator ovcs.
Nec piulor în stipula placidaib cepiste qaietem
Et fœnum eapiti supposnisse fuît.
Jura du bat populis poeito modo praetor aratro.
Sulcius Bassus , v. 14 :
Nam quid memornre necesse est
Ut domus a calpo nonicn Calpurnia ducat? Claraque Pisonis (uieril cognoiriina prima llumida callosâ cura pinserat bordea dextrât
Voyez les Petits poèmes latins , publiés ôvec une éîi^fpnte et rdcle version , par io spirituel traducteur de Claudicn , M. Tabbè de la Tour.
rages, forè% ; on estimait surtout les prés, « que les orages « ne détruisent point, et qui donnent sans frais le meilleur « et le plus sûr revenu ^ n Pendant les trois premiers siè« oies de la réputdiqua, lorsque les via$eurs allaient anncMicer aux sénateurs une convooation imprévue, ou chercher un dictateur, noinmé k son insu pour sauver FÉtat, ils trouvaient souvent le plus illustre patricien , le plus véné* rable consulaire, à demi vêtu , couvert de sueur et de pous* stère, la main sur la charrue, ou occupé k émonder ses arhres, à inspecter ses bouviers et ses autres esclaves. Si Yoa oitrait chei lui, il fallait d'abord traverser une cour extérieure, en marchant sur un amas de chaume, sans cesse foulé par les pieds des troupeaux, le long d'une mare oiù trempait du lupin ; dans une seconde cour, on voyait une autre mare, où les bœufs et les porcs venaient s'abreuver, où nageaient les oiseaux domestiques ; de l'autre côté, des charriots et tous les instruments de culture, à l'abri sous un hangar. A Tintérieur, on était assuré de rencontrer la matrom elle-même, renvoyant les traînards de la salle de repos y car elle savait chaque jour quels esdaves devaient sortir et quels rester ; ou visitant les étables, les celliers, la cuisine, la pièce la plus soignée de la métairie, et dans laquelle un repas devait être préparé et pris avant le jour, mèsm l'hiver ; ou faisant ranger les provisions qu'on ap-? portait, compter les vêtements, les toisons de brebis tondues, nettoyer les ustensiles; ou distribuant aux femmes le fil et la laine ; assignant à ses fils déjà grands quelque tâche rustique ; animant tout de ses r^ards et de ses avis. Sous les ordres , et à ime grande distance des maîtres de la villa, deux autres personnages, cependant trèsrimportants, exerçaient les mêmes soins et la même inspection : c'étaient le viUicus et la viUica. Ce couple, choisi parmi les escla-
» Col, 2*17 ; Cat. , to, 3^ , 5o ; Yarron, 2 , pr<'f., 1.
38 HISTOIRE EOHAIME.
Chez loas les peuples anciens, le gouvernement était cimenté par la religion ; celle des Romains se composa de superstitions grecques (aborigènes) , celtiques et étrusques: ils semblent avoir gardé mieux que les Grecs la notion primitive d'un dieu suprême dans leur Janus, père créateur du monde et du temps, arbitre de la paix et de la guerre, dieu des dieux, invoqué avant tous * ; et pendant 160 ans, à partir du règne de Numa, ils n'eurent point de simulacres dans leurs temples : mais malgré cette singularité remarquable et les institutions attribuées à Numa, le paganisme romain ne présente qu'un mélange confus de traditions presque toutes incertaines aux yeux de la nation même. Les plus anciennes apportées d'Albe , et par conséquent des aborigènes, étaient : 4** les Lupercalia, fêtes en rhonneur de Pan, Lycaeus (Ai/«atioc,Luperctt«), destructeur des loups , le même que Faunus ou Janus : le sacerdoce des Luperques fut héréditaire dans les deux familles Fabienne et Quintilienne ; 2* le culte d'Hercule , servi exclusivement par les Pmariens et par les Potitiens ; 3° le sacerdoce des
* Âmob. , 3 ; Festus , 3 ; Macrob., 1-7 et 9 ; et let/m^meHtf des chants folieiu dans Varron. Ovid., Fast, i-65 :
Jane biceps, anni tacite labentis origo , Solus de superis qui tua terga vides.
Perse, i-55 :
O Jane , a tergo qnem noMa ciconia pinsiC f Nec manus auriculas imitata est mobilis albas » Mec linguae , quantum sitiat canis apula , tantttm.
Perse, Sut, 1*69 :
Et focus et porci et fumosa Palilia fœno ; Undc Remus, sulcoque tencns , etc.
Vcll. Palcrc, 1-9 : « Scxtà olympiade post duos et viginti annos , quam
prima constituta fuerat, Romulus Romam urbem palUibus in Palatio
condidit. A qito tcmpore ad vos anni sunt 772* Id actum post Trojam cap* tam, aiinis43a. »
KStTGlOlf. 39
douze frères Arvales, qui, couronnés d'épis et de bandelettes blanches, faisaient des sacrifices publics pour la prospérité des récoltes ; 4^ les PàUlia, fêtes de Paies , déesse des pasteurs ; on les célébrait le 24 avril , jour anniversaire de la fondation de Rome; 5*» les Consualia, fêtes du dieu Gonsus (bon conseil) \ 6** les Saturnalia, fêtes de Saturne , dieu de l'agriculture *. Le nombre des divinités s'accrut avec Romulus même, qui honora Jupiter sous les deux titres de Férétrien et de Stator; avec Numa, qui introduisit le culte de Vesta, de la Bonne-Foi, de Jupiter Elicius et peut-être de Janus ; surtout avec Tarquin-l' Ancien , qui se servit des arts de l'Étrurie et de la Grèce pour diversifier encore et matérialiser les croyances par l'innovation des simulacres. On peut déjà vraisemblablement rapporter à cette époque la division de Varron, en dieux publics ou certains, et dieux incertains, et les trois ordres de Cicéron : les dieux célestes ( dii consentes ) , les demi-dieux ou indigetes^ et les vertus, comme la p«dcwr, la paix , la liberté , la santé , etc. Venaient à la suite une multitude de dieux inférieurs ou semones, génies terrestres, présidant aux éléments, aux moindres circonstances de la vie humaine et aux moindres travaux : la peur, la pâleur, le bon succès, Y éclair, la tempête, la fièvre, Ib, jeunesse, les divinités de l'enfantement, de la naissance, du mariage, et ces essaims de menus dieux rustiques : comme le dieu Terme , Vervactor ( dieu des jachères ) , hisitor et Seia ( dieu et déesse des semailles ) , Runcator et Runcina ( du sarclement ) , Matuta ( déesse de la maturité ) , Messor ( dieu des
* « Anroram sacerdotes Romuins in primis instituit, seque duodeciraum fratrem appellavit inter illos ab AccaLaurentia Dutrice saa genitos , spicea corona quae vitta alba colligaretur , in sacerdotio ci» , pro reliijiosissimo in- $i{pii data , quae prima apud Romanos fuit corona, lionosque is non nisi viia finitur. » Pline, 18-3; Ovid., Fast., 3-aoo :
Festa para Gonso , Consus tibi caetera dicet.
40 HISTOIRB ROMAINS.
.moissons), Picamnus (de Tengrais), Robigus (de la rouille), les déesses Molaire et Fomax, qu*on invoquait pour broyer et faire cuire le froment, etc. ^ Enfin, chaque maison avait ses Lares, dieux domestiques. Dans la distribution des t^res, Romulus avait eu soin de réserver à FÉtat une part^ dont les pâturages restaient à Tusage commun (eompascua communia)^ et une part pour les dépenses nécessaires au culte : les bois sacrés y étaient compris ; et ces biens, voués à la religion, devinrent si considérables, qu'une certaine quantité vendue suffit à défrayer la guerre contre Mithridate«.
Une loi de Romulus proscrivait les cultes étrangers; et, malgré les infractions inévitables chez un peuple de recrues , qui fut d'abord civihsé par les dieux voisins, et conquit ensuite les autres, cette loi resta comme maxime d'État; on s'en servit contre le christianisme.
Môme incohérence dans le corps sacerdotal : ce n'était pas même un corps. Les ministres sacrés étaient de deux sortes : les sacrificateurs ( sacerdotes , sacrifici , sacricu" lœ)^ et les interprètes des dieux (viUes , augures , haruspices); quelcjucs uns remplissaient des fonctions individuelles, les autres formaient des collèges (coU^^ta, sodalitates) , mais toujours séparés par les attributions copime par les prérogatives.
Outre ceux qu'on a indiqués plus haut, il y avait, i\bs l'origine, soixante sacerdotes publics pour accomplir les sacrifices publics, trente curions et un grand^-curion pour les sacrifices particuliers des curies et des familles, les sa-
' Cette foule curieuse, dont on citeseulemcnt ici quelques noms, «e trouve dans Varron, De re rusU, liv. i, préf.; Servius, C*o»w»»«»lai re* sur VirijUi? ; Pline N. , 18-3 , et saint Aufjustin , Cité de Dieu ,4 et 6. Voyez encore Ovid. , Fu.\t. , pa^sim.
• Dca. d'Ilal., 3-i ; Appicn, Cttci-re de Mithridate; Frontin, Deconh^tt. ajror.
BELIGIOX. 41
dalea Titiens pour les rites sabins^, des ministres distincts et des cérémonies particulières pour chaque corporation d'arts ou de métiers; voilà pourquoi ces corporations s*appelaient aussi collèges , sodalités , mais leurs ministres ne faisaient point corps. Le tribun des celeres exerçait aussi à part les fonctions sacerdotales dans sa troupe : il en était de môme des trois flamines, dial, martial, quirinal, institués par Numa : d^autres divinités eurent par la suite leurs ilamines, et en portèrent le nombre jusqu'à quinze; mais ils demeurèrent séparés*. Ce prince établit plusieurs coliè^ges : celui des quatre vestcUes*^ vierges consacrées à Yesta et à rentretien du feu sacré; Tarquin-F Ancien ajouta deux vestales ; celui des douze saliens^ ministres de Mai*s, destinés à la garde du bouclier sacré; celui des fèciaux^ qui veillaient au maintien de la paix et des alliances, du droit des gens, et réglaient les déclarations de guerre *; enfm , celui des quatre pontifes , présidé par un grand-pontife ; ceux-ci surveillaient toutes les choses de la religion, tenaient mémoire des événements dans les grandes annales, et fixaient les divisions de chaque année en jours fastes , néfastes , comitiaux • , etc. , selon le calendrier dresse par Numa. Un des deux Tarquins ayant acheté d'une femme inconnue quelques livres sibyllins, créa des décenwirs pou conserver ces oracles qu'on devait consulter dans les néces-
* Den. d*nal., a; Tac, Jnn., 2 , Bût., 1 ; Lucain, % , v. Sf)5.
■ Cic. , Deieg.^ t. « Divi» aliis saccrdotes, omoibiis poniiliccs, siaiiilis flamines tunto. •
3 Suétoii., Tiher^ 3; Val. Max., 5-4*
^ llce-Live doone à ce utjct de curieux dëtaib , i-3a , ^\.
* Cic, He omf., a-ia ; Ovid., fVuf., i*47 '
nie nefattua erit per qnctn tria verba sileutur,
Fastuc erit per quena Icge licebit agi. Nec toto peralare die aua jura puUrii»;
Qui jam fantus erit, ma ne ncfa»lu8 eraf. Nam simiti exla Deodaia snut Itcet omnia fari . V«rb»qn« honoraUit lil>era prslur lia!>ct.
42 HISTOmB ROMAINE.
sites publiques. Mais de toutes les institutions religieuses, la plus importante était le double collège des haruspices et des augures. Les premiers examinaient Textérieur et les entrailles des victimes, la fumée, la flamme des sacrifices et les diverses libations ; les autres tiraient leurs présages du ciel , de la foudre , des songes , des oiseaux , des poulets , de quelques quadrupèdes et de divers phénomènes ou prodiges. LenoBobre des haruspices est incertain; il y avait quatre augures: les uns et les autres étaient vraisemblablement appelés de TÉtrurie*, d'où venait cette superstition, qui prit une grande autorité dans Rome , surtout depuis le premier Tarquin. Feignant de mépriser la science des présages : Devine, avait-il dit à l'augure AttusNavius, si ce que je pense peut se faire. Navius, après avoir observé , Taflirma. J'ai pensé, reprit le roi , que tu partagerais cette pierre avec un rasoir; fais donc ce que tes oiseaux assurent. « On dit que Navius coupa la pierre sans hésiter , qu'on lui éleva une statue dans le comice , et que la pierre y fut aussi exposée en mémoire de cet événement. » Il est certain que cet art fut depuis lors en grand honneur, qu'il ne se fit plus rien sans auspices; assemblées, enrôlements, toute atfaire importante cessait si les oiseaux n'approuvaient'. QuandlesÉtrusques ne furent pi us les maîtres de Rome, la divination se retira avec eux, et l'on fut plus d'une fois embarrassé, comme on le voit au siège deVéies, où un jeune Romain des avant-posles enleva par surprise un devin ennemi, et procura ainsi à sa patrie le moyen de d6tourner, par des expiations, un présage funeste, la crue subite du lac d'Albe •. On ne s'affranchit que fort tard (en 311) de cette dépendance, lorsqu'un sénatus-consulte envoya six jeunes gens des principales familles à chacune
« Tite-Live, i-56.
• Tite>Live, i-36; Flonis, i-i5.
' Tilc-Livc,5»i5.
RBLIGIOlf. 43
des douze lacuiAonies pour y être instruits dans les choses sacrées *.
Le but de cette religion toute politique était du moins certain : elle attachait les peuples à l'agriculture par les dieux rustiques , les sacrifices et les lustrations des champs ; au sol de la cité, et, par conséquent, à ses institutions, par les gages mystérieux qu'elle possédait , le palladium , le boucher sacré, le feu perpétuel de Vesta, par le culte de Janus et de Quirinus, enfin par celui de la Jeunesse et de Terme , qui n'avaient point cédé la place à Jupiter lui-même sur le Capitole, et qui annonçaient également une grandeur inébranlable*. Aussi les Romains, pendant longtemps, se montrèrent scrupuleusement exacts aux cérémonies religieuses, et fidèles au serment dans toutes les affaires intérieures de l'État, comme dans leurs affaires privées. Chaque citoyen jurait aux consuls, en s' enrôlant, de ne point quitter les enseignes sans leur permission, et aux tribuns de ne point dérober, dans le camp ni à dix miUes à la ronde, au-delà de la valeur d'une pièce d'argent par jour, ni autre chose qu'une pique , du bois, du fourrage, une outre, un flambeau *. le reste devait être apporté en commun aux chefs. Dans les récoltes, on faisait jurer également aux ouvriers qu'ils n'avaient rien dérobé : s'ils refusaient, on ne leur devait point de salaire *. Ce respect des Romains
» Tite-Live, 9-36; Cic, De div.y 1-41 ,Lett.fam.f 6-6 j Val. Max., i-i. » Tite-Live, 5-52, 54 i Ovid., Fasl,^ 2-639 :
Nox ubi trannieric , solito celebretur honore
Séparât indicio qui Deus arva ouo.
Termine, sive lupis, stvc es defossus in agro
Stipes, ab antiquis tu quoque niimcn liabcs; Te duo (livcrsa dnmini pro pirte coronant
Dinaqitc serta tibi , binaque lil)a feruiit.
Ibid.f vers CGg :
Terminus, ut memorant vetercs, iiivcntus in acdc Kestitit , et magno cum Jovc tcnipla tenet.
' Aul. Col., tC-.\ ; Galon , 144.
44 HISTOIRE BOMÀINE.
pour la religion fut à la fois, pendant longtemps, le plus ferme soutien des vertus publiques* et de raristocralie patricienne.
» Ilor., ad. , 3-6 :
Hinc orone principium, hiic refer exitiim.