‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 17 sur 87 · LOI AGRAIRE · texte numérisé non relu

LOI AGRAIRE

rentrèrent au camp maudissant leur général et l'exploit des chevaliers. Une autre fois (480) , par le conseil d'Appius , on gagna les tribuns, et Ton fit des levées. Les Étrusques se joignaient de tous côtés aux Yéiens, dans Fespoir de détruire les Romains désunis. Les consuls tinrent à dessein les légions au camp; elles se lassèrent à la fin des ii^ures des ennemis, et demandèrent ellei^mêmes le combat avec colère. Fabius Goeso exigea auparavant des soldats le sermentde ne revenirque vainqueurs. Le centurion Flavoleius jura le premier ; tous firent de même, et sous les murs de Véies les Étrusques apprirent ce que valait un serment romain. La bataille fiit sanglante toutefois; les Fabius y donnaient l'exemple; l'un d'eux fut tué avec le consul Manlius et un grand nombre de braves. Cœso refusa un triomphe alïligé par tant de pertes. Il eut soin de distribuer les plébéiens blessés dans les maisons des patriciens, et surtout chez les Fabius. Ainsi se fit la réconciliation des deux ordres , et les Fabius devinrent populaires. Cœso fit plus encore : élu de nouveau consul , il proposa, le premier, de partager exactement au peuple le territoire conquis. Le sénat rejeta, et tout demeura tranquille. D'ailleurs , on n'avait pas le temps de s'en occuper; les ennemis, plus irrités qu^affaiblis, se vengeaient par des ravages plus fâcheux que des batailles, et le danger était partout. Les Fabius offrirent de contenir seuls les Véiens. Bientôt on vit avec admiration trois cent six soldats, tous patriciens, tous du môme rang, tous illustres, se rassembler autour de Cœso, leur chef; ils partirent suivis d'une foule de parents et d'amis , au milieu des acclamations et des vœux de la multitude. Ils se fortifièrent sur les bords du Crémère, et reportèrent la terreur chez les Véiens; mais, devenus trop confiants par leurs succès, ils se laissèrent attirer dans une embuscade (477) où ils périrent tous , accablés par le nombre *.

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GO IMCTOIHE ROJÎATKE.

Lcninîlciirfiit Ruilout pour les ratricicns. Une tellcémulalion d'iu-roïsmc élevait merveilleusement le premier ordre, donnait une grande force au patronage et tenait en respet le tribunat. Ils perdaient donc ce prestige.

Le consul Menenius, qui voulut punir les Étrusques, ne sut pas môme les empêcher de prendre le Janicule : ils passèrent ensuite le Tibre , et Ton se battit deux fois près de la porte Colline. Du Janicule, comme d'un fort, ils fondaient sur la plaine , tuant et pillant. Deux nouveaux consuls ne furent guère plus heureux. Servilius, fier du petit succès d'une embuscade, entreprit de forcer la position; on le repoussa en grand désordre. Son collègue Virginius arriva assez tôt pour recueillir cette armée défaite; le combat se rétablit : les Étrusques taillés en pièces et le Janicule repris, mais plus encore des diversions inconnues terminèrent la guerre; car peu après les Véiens conclurent une trêve de quarante ans (474). Ils en avaient besoin ; depuis longtemps les Étrusques se voyaient assaillis de tous côtés. Pendant que la petite nuée de Rome s'amassait lentement contre eux sur les sept collines, les rivages de la Sicile et de la Gaule se garnissaient de colonies menaçantes venues de la Grèce; les Gaulois ensuite les avaient resserrés dans l'Apennin , et des exilés, fuyant devant Cyrus, avaient pu encore leur disputer la mer. Vainement les Carthaginois, réunis aux Étrusques par un intérêt commun, avaient voulu s'y opposer ; les Phocéens vainqueurs avaient forcé le passage et pris pied en Corse avant de rejoindre Marseille ; et enfin les Cuméens (474) venaient de battre une flotte étrusque. La décadence des lucumonies commençait.

Ilœc Fuit illo dics in quft Veicntibus arniis Ter ccnliiin Fabîi ter cecidérc duo.

Unn «li'S Faiio.s ad bcllnm miserai omnes. Ad hcllmn iiiisso» pcrdi Tu una die».

PROGRÈS DES TRIBCKS. C7

Dès que les tribuns se sentirent plus à l'aise, la loi agraire reparut, et, pour vaincre la résistance, ils attaquèrent à part les magistrats sortis de charge. Menenius fut accusé par Genucius de n'avoir pas empêché le désastre du Crémère. Le souvenir de son père Agrippa et les prières du sénat ne servirent qu'à diminuer la condamnation ; on se borna à une amende de deux mille as : il en mourut de chagrin. Servilius , cité à son tour pour sa défaite au Janicule, se présenta seul, se défendit fermement, et reprocha même au peuple la mort de Menenius, opprimé par ce trihunat et ces lois qu'on devait à son père. Un semblable prétexte manquait contre Furius et Manlius; mais ils s'étaient opposés aussi vivement à la loi agraire : ils eurent à comparaître (475). Les jeunes patriciens perdirent patience : « Il fallait donc renoncer aux honneurs consu- « laires , ou consentir à n'être plus que les appariteurs des « tribuns. »

Une résolution ftit prise en secret. Le jour du jugement , le peuple réuni ne voit pas Gtenucius au Forum ; on l'attend et on s'étonne; on croit déjà que le tribun, intimidé, abandonne l'accusation : enfin on vient dire qu'on Ta trouvé mort chez lui. A cette nouvelle , tous se dispersent comme une armée sans chef; les autres tribuns sont frappés de terreur ; les patriciens ne pouvaient cacher leur joie, disant qu'on saurait bien dompter la puissance tribunitienne *.

Le peuple cependant ne prétend point céder : si les tribuns ont peur , il se défendra lui-même ; l'occasion fut prompte. Un ancien centurion , Volero , refusait de servir comme soldat ; les consuls le font saisir pour le battre de verges; il appelle au peuple, repousse le licteur, et se jette dans la foule en demandant appui. Une rixe s'engage; les faisceaux brisés, l'autorité consulaire insultée, décident le

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sénat à ne point se roidir davantage. Tout ne finit point là. Volero fut bientôt tribun (472) ; pas un mot de ressentiment ; il se vengea bien mieux en proposant une loi qui donnait à des comices par tribus félection des magistrats plébéiens. Cette nouvelle forme ôtait aux patriciens le moyen de diriger par leurs clients le choix des tribuns. Us ne purent que prolonger les débats pendant un an ; on réélut Volero; mais un nouveau tribun, Letorius, bien plus hardi, conyoque une assemblée et ordonne de faire sortir tous ceux qui , par leur âge, n'avaient pas droit de voter. Une foule de nobles adolescents refusant d'obéir, il veut en faire arrêter plusieurs; un nouvel Appius, consul, digne de son père, s'y oppose : « Les tribuns n'ont pas ce « droit, et d'ailleurs ils n'ont pas employé la formule or- « dinaire : s'il vous semble bon, retirez-vous, quirites. » Letorius, furieux, pour couper court à cette discussion de formaUté légale qui l'embarrasse , envoie son viateur contre le consul, celui-ci son licteur contre le tribun; mais l'assemblée se soulève, la multitude accourt de toute la ville. Appius soutenait obstinément cette tempête, et le sang eût coulé si les consulaires ne l'eussent entraîné par l'ordre de son collègue Quinctius , qui s'efforça de tout apaiser : enfm l'assemblée se sépara. Les patrici^cus avaient plus de peine à calmer Appius ; jusque dans le sénat il attestait les dieux de la lâcheté des hommes; tous étaient contre lui : la réflexion avait ôté toute idée de résistance , et la loi passa. Pour la première fois les comices par tribus nommèrent les tribuns ^

Appius voulut prendre quelque revanche sur les plébéiens enrôlés dans une campagne contre les Yolsques ; il y eut au camp un combat d'opiniâtreté entre eux et lui ; toutes ses rigueurs ne pouvant les plier, il finit par ne plus rien

• Tii«-Livt, a, do Sa à 58..

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