‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 21 sur 87 · TRIBUN AT MILITAIRE · texte numérisé non relu

TRIBUN AT MILITAIRE

furent nommés (409). Grande indignation chez les patriciens; il s'agit alors de savoir si on nommerait des tribuns militaires ou des consuls : d'un côté refus de comices; de l'autre, opposition aux levées. La ténacité des Icilius l'emporta, et cependant les tribuns militaires furent tous trois patriciens * ; pas un plébéien ne put se faire jour aux élections suivantes. C'était Teffet d'une ruse des patriciens ; ils avaient enveloppé les meilleurs candidats plébéiens d'une foule de concurrents indignes, et quand le peuple voyait sur la colline des Jardins, où se plaçaient ordinairement les toges blanches, un groupe des plus illustres patriciens en opposition , il n'osait plus regarder cette foule obscure , où ses vrais candidats étaient perdus.

La trêve de vingt ans expirait (406). Les féciaux portant des réclamations aux Véiens, rencontrèrent sur la frontière une députation qui venait demander un sursis au sénat. Sar une réponse insolente des Véiens, Tannée suivante, une déclaration de guerre fut proposée au peuple; la jeunesse et les tribuns la rejetèrent avec aigreur. On dissimula Tinjure; d'ailleurs on avait toujours les Volsques sur les bras. On se dirigea promptement de ce côté. Anxur (Terracine) fut prise d'assaut; les chefs en accordèrent le pillage. Un autre bienfait amena une réconciliation entière : le sénat décréta que les soldats auraient désormais une paie. Jamais on n'avait vu pareille joie à Rome : on entoure les sénateurs au sortir de la curie, on leur prend les mains, ils méritent vraiment le nom de pères : le patrimoine va du moins reposer en sûreté, pendant qu'on donnera son sang et ses forces à la république! Les tribuns seuls ne se réjouissaient pas : Où prendrait-on de l'argent,* disaient-ils, sinon d'une taxe? et alors quelle libéralité! La taxe une fois imposée, ils excitèrent les citoyens à ne

• Tilc»Livc,4»53, 56.

point la payer. Mais au fait, les patriciens en payaient la ]lus forte part; ils se hâtèrent de traîner les premiers au trésor leurs lourdes sommes; les riches plébéiens, amis des nobles, en firent autant; personne n'hésita plus à s'acquitter. La déclaration de guerre contre Véies passa aussitôt *, et on eut une armée presque toute de volontaires (405).

On pouvait désormais prolonger les campagnes et les rendre plus décisives. On entreprit le siège de Véies, après une victoire assez importante sur les Volsques pour pouvoir employer toutes les forces romaines contre cette ville. Le moment était favorable : Véies, déchirée par les dissensions, se séparait des autres lucumonies et en était abandonnée. Les Romains eurent soin cependant de s'entourer d'une double ligne de défense contre les sorties et les attaques extérieures; ils hivernèrent pour la première fois sous des tentes. Les tribuns ne perdirent pas une si belle occasion de crier : Appius leur tenait tête; un échec des assiégeants et l'incendie de léui^ machines fit taire encore mieux le Forum. A ccîtte nouvelle, ceux qui avaient le cens équestre, sans que l'État leur eût encore assigné de chevaux , vinrent offrir de servir à leurs frais. Une noble émulation s'empare des plébéiens; ilss'offt^ent aussi jusqu'à la fin de la guerre : alors c'est une joie qui surabonde; les sénateurs sortent de la curie, et chacun se plaçant sur quelque élévation, au milieu de la multitude rassemblée dans le comice, témoigne de la voix et du geste la publique allégresse : honneur aux chevaliers! honneur au peuple! heureux jour! Ensuite, consignant dans un sénatusconsulte la mémoire d'un pareil dévouement, ils décrètent que tous ceux qui ont offert un service volontaire recevront la solde, et ils fixent celle de la cavalerie (405). A partir de

4 Tilc*Livo , 4-^0.

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cotte époque, il y eut des cavaliers qui s'équipèrent à leurs Il ais * ; ainsi se forma une espèce de recrue perpétuelle pour Tordre des chevaliers.

Le siège de Yéies dura dix ans ; la mésintelligence des tri- Imns militaires , les hostilités soudaines des Gapénates et drs Falisques, la surprise d'Ànxur par les Volsques, un mouvement des Èques et des Tarquiniens, furent autant d'obstacles, mais plus encore les dissensions intérieures. Les levées plus considérables appesantissaient le nouvel impôt; au milieu de tous ces embarras, le nombre des tribuns restant incomplet, on s'efforça d'y introduire des patriciens par cooptation : du moins on coopta malgré la loi Trebonia, et deux de leurs partisans furent nommés. Mais un autre Trebonius Tétait aussi ; résolu de venger la loi, le nom de sa famille et les droits tribunitiens, il menaça et la fraude patricienne et la corruption de ses collègues. Trois d'entre eux, pour échapper, s'avisèrent de citer deux tribuns militaires de Tannée précédente ; la colère du peuple se détourna sur ceux-ci et les condamna à Tamende. Puis une loi agraire, puis le veto sur Timpôt, puis, par contre-coup, agitation au camp, où la solde ttait suspendue , et enfin un plébéien parvint au tribunat militaire (400) ; encore fut-ce à grand'peine et à la grande surprise du peuple et de son élu, vieillard inconnu, jusque là sans emploi; il se nommait Licinius Calvus, on ne savait pourquoi on l'avait choisi '. La trouée s'élargit tellement Tannée suivante, que sur six tribuns militaires on vit cinq plébéiens, Pomponius, Duilius, Volero Publilius, Genucius Aventinensis et Atilius. Heureusement pour Ta-

* Titr-I.ivo, 5-7.

* Tito-Live, 5-ia. Dans ce texte incomprélicnsible , Liciuius est un ancien Minuteur, frère du patricien Cornélius Cossus, et cepeixbnt alors nul {tU'f héusii ne pouvait cire sénateur, et la faiiMlle lâcinia était pléitéicnnc, sans tenir même aux branches plébéiennes des Cornélius, l'oy, André Scliott.

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ristccratie, die avait un chef capable de retarder sa défaite. La sagesse de Quinctius, la vigueur des Fabius et des Appius avait fait son temps. Leur ancienne influence avait passé & un patricien de la famille Furia, féconde en magistrats depuis un siècle. Au commencement de la guerre de Yéics, sous la dictature de Postumius Tubertus, il sortait à peine de Tenfance et de la condition de camille (servant des pontifes) ^ lorsqu'il s'm fit un glorieux surnom. Il combattait parmi les chevaliers : blessé à la cuisse en chargeant Tennemi , il n'avait point quitté le champ de bataille, mais arrachant le trait de sa blessure et s'attaquant aux plus vaillants adversaires, il les avait mis en fuite *. Célèbre par cette action, il avait dans la suite obtenu le tribuuat militaire, et il exerçait la censure à ce premier avèiemcnt plébéien. Camille, censeur, pourvoyait aux besoins de FÉtat par deux mesures importantes, en déterminant par persuasion autant que par menace les célibataires à 1 pouser les nombreuses veuves que laissaient tant de corn- ])ats, et en soumettant à la taxe, et par une loi expresse, les orphelins, jusqu'alors exempts*. Une telle réputation était une grande ressource; cependant rien n'était à négliger : on mit à profit les malheurs publics, un été pestilentiel et une nouvelle agression des voisins de Véies. Sur un sénatus-consulte , les duumvirs des choses sacrées , ayant consulté les livres sibyllins, firent pour la première i'ois un lectisternium. Les particuliers s'empressèrent aussi u'apaiser les dieux. Pendant huit jours à Rome, toutes les maisons ouvertes offraient une hospitalité entière : plus de querelles ni de procès, plus de chaînes aux pieds des débiteurs. Les hommes les plus illustres se présentèrent aux

* iMut., Mima, 10, Cain., 3,- Cadmilos ^ scrnteur. Voyez les notes Je UicarJ.

* Plut., rawi.,a.

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