‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 22 sur 87 · PRISE DE VÉIES · texte numérisé non relu

PRISE DE VÉIES

suinagcs avec Camille; les autres montinienldans le fléau récent les dieux fâchés par la profanation plébéienne du pouvoir; la victoire sur trois armées devant Véies démentait vainement cette terreur : les patriciens reprirent le tribunat militaire. Le siège n'avança pas davantage. La crue subite du lac d* Albe causa même de graves inquiétudes : on envoya interroger l'oracle de Delphes; les prédictions railleuses d'un vieillard de Véies jetées aux avant-postes romains n'étaient point faites pour rassurer. Heureusement un jeune soldat, sachant que c'était un haruspice, l'attira à l'écart comme pour le consulter sur un prodige personnel, le saisit et le livm à Rome. Le vieux Toscan , dans la sombre résignation de son malheur, qu'il regardait comme un fatal pronostic, révéla les desthis; la répcmse de l'oracle confirmant ses paroles, on observa les rites indiqués, en s'occupant de diviser en ruisseaux dans la plaine les eaux du lae, qu'il allait bien se garder de retenir ou de conduire à la mer^ Les tribuns du peuple, sans s'effrayer, s'opposaient aux élections tant qu'il ne serait point convenu qu'cm prendrait dans les plébéiens la majorité des tribuns militaires. De tristes contre-temps emportèrent leur veto. Une seconde assemblée générale, à Yoltumna, permit aux Jeunes Étrusques d'aller défendre Véies comme volontaires. Lee Volsques assiégeaient encore Anxur : deux tribuns militaires tombèrent dans une embuscade où l'un périt, et ils étaient plébéiens; une vive alarme courut du camp jusqu'à Rome. Camille M nommé dictateur. Il commença par punir lee désertions, raffermit le courage de l'armée, puis il «i* rôla; il fit vœu de célébrer les grands jeux après la prise de Véies, il resserra la discipline; il entreprit «ifin un chemin souterrain pour pénétrer sous la citadelle. Le travail

* Il suffit d'indiquer Tite-Live , 5« livre , pour (oulc ccUc partie jusqu'à la prise de Rome par les Gaulois*

9G H:sroiR£ roxaine.

fui poussé sans interruption par une Iroupc relevée de six en six licurcs. Le sinal, auquel il avait soumis d'avance la question, permit à qui voudrait d'aller prendre part au pillage,. et une foule immense remplit le camp. Le dictateur alors voue la dime du butin au dieu Apollon, évoque Junon, les autres divinités de Véies, et ordonne Tassant; des soldats entrant tout-à-coup par le souten^in dans le temple de la déesse, toute la ville est en confusion, c'en est feit des Véiens (395). A Rome, joie inespérée, immense; concours des matrones dans tous les temples; quatre jours de supplications, ce qui était sans exemple dans les décrets du sénat. On se précipita en foule au-devant du dictateur à son retour : il était monté sur un char attelé de quatre chevaux blancs, comme ceux de Jupiter et du Soleil ; jamais si beau triomphe n'avait frappé les yeux. Le vainqueur seul déplut par cet appareil divin ; ensuite il rappela cette dime vouée avant le dernier assaut. Les pontifes déclarèrent le peuple obligé de Facquitter. Ce fut bien pis, quand la question s'élevant de faire de Yéies une seconde Rome ea y transportant la moitié des habitants et du sénat, Camille combattit cette envie avec plus de force que tous les autres patriciens. Les raisonnements, au reste, ne suffisaient pas; dès que le tribun Sicinius ramenait cette proposition, ils étaient réduits à se jeter au milieu de la multitude, offrant leurs poitrines aux coups et à la mort plutôt que de consentir à une funeste émigration , qui ruinerait et diviserait la répubUque en deux cités rivales. La capitulation des Falisques, nouvelle gloire do Camille, la solde militaii'e de Tannée imposée aux vaincus, nouveau profit pour Rome, n'apaisèrent point les esprits; le môme collège de tribuns se continua trois ans pour soutenir la loi Sicinia; tant d'obstination échoua contre la véhémente vigueur de Camille, qui animait tous les Sénateurs. La loi fut rejetée : le sénat, en reconnaissance ,

PRISE DE YÉIES. 97

accorda au peuple sept arpents du territoire de Véies par tète libre de cbaque famille. Le peuple s^adoucit, mais garda rancune à Camille. Deux ans après, on le cita en ju* gement pour rendre compte du butin de Véies. Il fit venir cbez lui ses clients et ses contribules, pour connaître leurs intentions : sur leur réponse qu'ils paieraient son amende , mais qu'ils ne pourraient l'absoudre , il partit pour Tcxil , en demandant aux dieux de punir des ingrats. La punition éUit déjà prête (301).

Page 1