LB CONSULAT
Un plébéien avait récemment déclaré aux tribuns que , dans le silence de la nuit, il avait entendu ces mots d'une voix extraordinaire : Céditius, va dire aux tribuns que les Gaulois approchent. On avait méprisé cet avis d'un honmie obscur, touchant une nation d'ailleurs lointaine et à peine connue. Cependant voici venir les députés de Clusium , qui demandent du secours contre les Gaulois. Un ressentiment privé, le climat d'Italie, ses finiits délicieux et son vin surtout, avaient attiré ces blonds et rudes guerriers en Étrurie. Le sénat, au lieu de soldats, envoya trois députés, fils de Fabius Ambustus. a Où sont vos droits sur les terres étrusques? » dirent-ils aux Gaulois, a Dans nos armes, répondit leur brenn ; tout appartient aux braves. » La médiation finit là. Mais les jeunes médiateure se mêlèrent aux Clusiens dans une sortie ; on les reconnut. Des députés gaulois vinrent à leur tour à Rome demander i-éparaticHi.
INVAfilON GALLOISE t ^
Loin de ladonticr, on nomma lo6 trois Fabiti3 tribuns militaires. Ces présomptueux tinrent i\ honneur de ne se point liàter. Quand Fennemi fut parvenu aux boi'ds de i' Allia, ils coururent à la victoire ; mais du premier choc les Romains furent reversés , noyés dans le Tibra. Le plus grand nombre des fuyards gagna Véies ; les autres revinrent à Rome , et ^ sans en fermer les portes ^ se réfugièrent dans la citadelle , sur le Gapitole : tous les jeunes gens , avec rélit« du sénat , avec leurs femmes et leurs enfants « s'y réunirent pour dé» fendre le nom romain» Le reste, au milieu des cris, des pleurs et de felfroi , se dispersa par le Janicule dans les villes voisines. Les Barbares, étonnés d'abord de leurs suc* ces, puis du silence de ces murs^ n'avançaient qu'avec précaution : ils arrivent enfin près du Forum et trouvent quelques vieillards assis devant leurs maisons sur des chaises curules, avec leurs insignes consulairesi A la vue do ces figures immobiles et vénérables ^ dans cette solilude , ils 8*arrétent , les contemplant comme des statues ; à la fin un Gaulois, passant la main sur la longue barbe de Papirius, celui-ci lui donna un coup de son bâton d*ivoire cl fut tué; alors commença le massacre « suivi du pillage et de l'incendie des maisons. Après un assaut inutile contre le Capllole, les Barbares établirent un blocus, d*oû ils faisaient des expéditions dans le pays. Ils essayèrent encore une attaque nocturne et ftiillirent, cette Ibis, surprendre les Romains endormis; les oies sacrées de Junon donnèrent l'alarme; Manlius précipita les premiers qui avaient escaladé. Les Gaulois repoussés ne renoncèrent point au blocus» Assié-^ géants et assiégés souffraient également de la disette et d*une chaleur pestilentielle. Nul secours n'arrivait. Les Gaulois, ennuyés de rester depuis sept mois devant une bicoque, consentirent à se retirer moyennant mille livres d'or. Le marché lut conclu , et les maîtres futurs du monde ne se sauvèrent que par la rançon et le mépris de leurs on-
100 HISTOUB tOMAINC.
nemis ^ Un si rade coup dut amortir toutes les haines; Camille , médiateur de Taccord par la volonté du sénat ou par la sienne*, recouvra naturellement sa patrie humiliée et son ascendant. Il n'eut pas moins de peine à la tirer des mains des trihuns que de celles des Gaulois. Le peuple , tristement rassemblé sur des débris, désirait rémigration à Véii^s. On n'osait résister aux remontrances de Camille, renoncer au promesses des dieux , aux destinées du Capitole : il y avait cependant hésitation, lorsque les postes étsmt relevés, un centurion cria sur le comice : Porte-enseigne, plante renseigne, nous resterons très-bien ici. Ce mot, reçu comme un augure, termina la querelle; ou ne parla plus de Véies, et on rebâtit à la hâte, sans observer les anciens alignements, mais avec un peu plus de régularité dans les constructions. Ainsi le feu des Gaulois effaça les cabanes des pasteurs et la pauvreté de Romulus *. Ce feu avait aussi^effocé la domination romaine; les peu-
> Ticc-IJve , 5 , de 3a à 4a. Selon cet historien , Camille , exiUS dans Ardée^ battit un parti de Gaulois qui s'était amnoé dans le Latium ; mais il ne songea même pas à venir délivrer ta patrie. Les réfugiés de Véies battent de leur côté les Kimsques, et demandent Camille pour chef ; cependant ils ne veulent aussi secourir le Capitole qu'avec les formes légales : un jeune Romain va chercher le consentement du sénat ; il traverse le Tibre, le blocus, revient de même sans que les Gaulois y prennent garde , et rapporte à Véies un décret qui ordonne une assemblée curiale pour rappeler Camille et le nommer dictateur. Une députitlion 'fe rend auprès du nouveau magistrat , qui , bien sûr enfin de combattre en toute sûreté de conscience pour son pays , prend toutes ses mesures à faise , laisse les Romains exténués capituler , et parait tont>à*coup , connme par enchantement, au moment où te brenn , pesant l'or, ajoutait son épëe au poids en disant : Malheur aux vaincus! U renverse les balances , annonce qu'il faut une l>ataille; le Barbare est assez poli pour ne pas saisir cet inconnu qui vient le braver , et pour permettre à l'armée romaine d'avancer ; aussi fut-il vaincu complètement. "Tout ce récit invraisemblable est d'ailleurs contredit formellement parPolybe, i-i , a-.j, 5; Suétone, Tibère t 3; Justin, a 8-3 et 43-5 ; Tacite, /^nn., i i-a4 ; Plut., Cam. , aj.
* Mut., De la fortune des Romains,
' Titc-Live, 5, do 5o à àS; Florus, i-i3.
CÀMILLLB ET MANLIUS. iOl
pies soumis se crurent libres : Rome, à peine relevée, eut à reconquérir; mais elle le fit rapidement et sans retarder le développement de son égalité intérieure (588). Èques, Volsques, Étrusques rentrent en guerre et battent les tribuns militaires. Camille, dictateur « fait justice de cette audace en trois combats, le dernier à Sutrium. Les vieillards avaient été obligés de marcher avec lui. Un grand nombre de citoyens, pour n'avoir pas la peine de bâtir à Rome, s'en allaient habiter les maisons vides de Yéies : c'était là un véritable danger; un jour leur fut fixé pour revenir, sous peine de la vie. Les émigrés rentrèrent et achevèrent de rétablir la cité; Véies fut rasée *.
Déjà aussi les querelles intérieures recommençaient. Les patriciens n'avaient pas manqué de mettre à profit le désastre passé , pour ressaisir plus fortement l'autorité religieuse. L'invasion gauloise était un châtiment des dieux pour avoir négligé le culte et les présages. Aussi le sénat avait-il ordonné, avant tout, que les temples fussent rebâtis. Il institua des jeux capitolins en l'honneur de Jupiter ; il laissa citer en jugement ce téméraire Fabius, qui avait enfreint le caractère pacifique d'ambassadeur; la condamnation était inévitable : une mort volontaire la prévint. On se rappela, outre l'avis de Geditius, un premier signe funeste , le décès d'un des censeurs, et depuis lors on se fit un scrupule de ne point remplacer un censeur mourant en charge, et d'obliger même son collègue à se démettre. .On rechercha avec soin les livres sacrés, les formules d'expiation, les monuments de législation. Ce qu'on trouva des Douze Tables et des lois royales fut de nouveau exposé aux yeux du vulgaire, mais on supprima les lois qui tenaient aux choses saintes, afin de mieux retenir encore la multitude par le frein de la religion, et, pour la première fois ,
' Tii.-I.ivc,e-4.
on distingua des jours religieux *, qui pourraient servir à interrompre des assemblées séditieuses. Les tribuns n'avaient point d'opposition raisonnable contre tout cela ; il y avait un autre côté plus faible, ils Tattaquèrent en proposant le partage du territoire pomptin^ assuré dèsonnais par la défaite des Volsques , moins envahisseurs que les patriciens» Cette tentative sembla se perdre au milieu de Tardeur des constructions et ensuite des hostilités du dehoi's. Les Volsques, qui paraissaient domptés, se révoltèrent au bout de trois ans, et les Latins même firent défection. Camille, tribun militaire, gagna encore des batailles; les ennemis renaissaientdetoutes parts*. Un embarras plus grand surgit dans Rome (584).
Le patricien Manlius Capitolinus, qui avait sauvé la citadelle de la surprise nocturne des Gaulois, no se croyait pas récompensé, décriait Camille et la noblesse, flattait le peuple et reprenait le rôle de Cassius et de Melius, mais plus habilement. L'invasion barbare , la révolte du Latium, avaient bouleversé le territoire et les limites; les patriciens usurpaient de nouveau , et la pl^, avec une solde insuffisante dans un temps si difiQcile , retombait à leur merci. Les débiteurs redevenaient aussi nombreux qu'autrefois et aussi misérables. Manlius plaidait pour eux, payait pour eux^ les arrachait même des mains de leurs créanciers : tant de géné^ rosité était, facile à compr^dre. On nomma un dictateur. Cossus battit d'abord les «imemis pour être plus fort oontro Manlius ; et celui*-ci n'ayant pu préciser ses accusations continuelles contre le sénat, il le fit arrêter» Aussitôt la multitude prend le deuil , entoure la prison en menaçant* On essaya de calmer la sédition en décrétant l'^voi d'uno
> Tilc-Live, 5 , fia , c( 6-i , 8-i i.
* Ti(c*Live, 6-ia. L'historien est lui-mdme aussi fatigué et ennuyé que L« Rumiiiis (la ccséicraellcs et obscures cxpéJitionSi
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colonie de deux mille habitants à SatHcutn , et deux arpents et demi pour chacun; mais c'était donner petitement et à bien peu ^ On n'en tint aucun compte. 11 ne fut pas possible de garder le prisonnier, fiianlius, délivré, se crut déjà le maître et ne ménagea plus ri^. Camille, tribun militaire, d'accord avec les tribuns du peuple , le mit en jugement : Taccusé rappela ses exploits , ses quarante récompenses militaires, ses vingt-trois blessures et ce Capitole qu'il avait sauvé. Les tribuns sentirent que l'accusé ne serait jamais condamné dans le Champ de Mars, d'où l'on apercevait le Capitole; l'assemblée, ajournée et transportée loin de cette vue « derrière le Quirinal , dans le bois de Pélilie, ne vit plus que ses projets de tyrannie et le condamna : il fut précipité de la roche Tarpéienne *« L'ambitieux renversé , on retrouvait des tribuns libres de l'appréhension commune, et une popalati(Mi mécontente de sa propre justice. La défection au dehors gagnait Circeii, Yélitres, Lanuvitim, les Prénes^ tins , les Tusculans euxHHitoes: on nomma donc cinqcom* missaires pour le partage du Pomptin^ on décréta l'envoi de trois colonies. Camille , pour la sixième fois tribun mi^litaire, put battre tranquillement les ennemis et recevoir le prompt repentir des Tusculans. L'ahnée suivante , un sourd murmure de dettes exigeait un dénombrement et une répara tition plus égale de la taxe; on ne différa plus l'élection oensoriale. Un des censeurs étant mort peu après, son collègue abdiqua; une seconde élection (lit annulée pour défëiut de for* mes. Le &kiBX n'omit plus ordonner une troisième nomina«tien , puisque les dieux repoussaient la censure. Insupporta»* ble dérision! disaient les tribuns, qui commençaient à pénétrer l'espèce de fatalité attachée à la mort d'un censeur ; le sénat ne veut pas qu'on voie l'énorme masse des dettes ,
< Tirc-LWe,6-i6.
• Tiiolivc ) 6, tic if !k 10 ; Plut,, Citm., 47, 43 j Pline , ; t3,
I0& niSTOlRB R0XAI5B.
et une partie de la cité abimée par Tautre. Et ils s'opposaient aux levées, réclamant, avant tout, un examen et un soulagement nécessaire des dettes. Mais les Prénestins avaient avancé leurs enseigna jusqu'à la porte Colline : ce n'était pas le moment de discuter. Un dictateur, Giocinnatus, marcha contre les révoltés ^ Une victoire défunesta r Allia et soumit en huit jours Préneste et huit autres villes (379).
Cependant la crise n'était que retardée : une circonstaDce It'g^e la décida ; un sourire d'orgueil , dit-on , la vanité blessée d'une femme. La jeune Fabia, mariée au riche plébéien Licinius Stolon , étant un jour chez sa sœur, mariée au patricien Sulpitius , alors tribun militaire , tressaillit au coup que frappa le licteur sur la porte pour annoncer le retour de son maître. L'épouse du patricien sourit : sa sœur, dans la maison d'un plébéioi , ne connaissait point ce signal '. La jeune Fabia , humiliée , ne put taire son chagrin. La tendresse paternelle et coi^ugale réveilla l'ambition plébéienne (577). Licinius se ligue avec un autre plébéien , Sextius Lateranus ; ils obtiennent le tribunat et présentent la loi Licinia, qui ordonnait : 1* de retrancha sur le capital de toute dette la somme des intérêts payés ; 2* de restreindre toute propriété territoriale à cinq cents arpents ; 5* de prendre toujours un des deux consuls parmi les plébéiens. On n'avait point encore porté de proposition si hardie : la noblesse sentit le coup et se prépara aux derniers efforts. La lutte dura dix ans ; mais le collège tribunitien reparut chaque année, conduit par ses deux chefs réélus , comme une phalange serrée , arborant la loi Licinia et renversant tout de son veto sur son chemin. Ils
• Titt-LiTû,€.ar.
* Titc-Livo , 6-34. Cette petite aventure n'est pat toiit^à-fnil vraisemblable. La jeuo« Fabia avait dft v'Uabituer au bruit du licteur dant la maiMO de ioa pcre.
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empêchèrent , pendant quatre ans , toute nomination aux magistratures curules (375-372) , et suspendirent ainsi le gouvernement. Deux fois cependant le sénat réussit, en gagnant plusieurs tribuns, à rompre cette opposition compacte; on eût dit même qu'elle fléchissait lorsqu'ils laissèrent élire de nouveau des trihuns railitah'es.Cela dura quatre ans aussi , et pas un plébéien ne fut même choisi ; mais pas un ne voulait plus l'être. Demander cette charge, c'eût été en quelque sorte renoncer au consulat , qu'ils devaient emporter. Ils avançaient donc toujours et gagnaient du terrain. Les patriciens le voyaient bien ; ils s'armèrent à la fin de la dictature , dernière ressource qui acheva de s'user. Une suite de dictateurs (368) se présentèrent pour soutenir le choc ; Camille vint le premier avec répugnance. Il publia une levée pour le jour même où les tribuns voulaient faire passer la loi, et appela le peuple au Champ de Mars, menaçant d'amende les réfractaires. Les tribuns le menacèrent lui-même d'une amende de cinquante mille as ; Camille n'alla pas plus loin, et, alléguant sa mauvaise santé, il abdiqua quelques jours après. Ce queCamille n'avait pas fait, nul ne pouvait le faire. Son successeur Manlius en jugea ainsi , puisqu'il nomma maître de la cavalerie le plébéien , le tribun Licinius Stolon , l'auteur de la loi , et consentit à en sanctionner par un décret la seconde proposition. Les autres dictateurs ne surent empêcher encore qu'on ne créât, au lieu de duumvits, des décemvirs sibyllins, moitié plébéiens. La victoire n'était plus douteuse ; tout-à-coup on apprend qu'une nouvelle invasion de Gaulois est partie des bords adriatiques. Cette effroyable nouvelle arrête la dispute , toutes les prétentions se taisent : nobles, plébéiens , tous marchent, nul n'est exempt quand on a des Gaulois à combattre ; il y a tumulte (tumultus galUcus), Le vœu général demande un dictateur et désigne Camille. U avait près de quatre-vingts ans : cette fois , il n'hésite pas ; il
!0G HISTOIRB ROMAINE.
sera plus à Taise sui* un champ de bataille que sur le Forum , et sa vieille expérience préparc la victoire. Il fallait se mesurer encore avec ces lourdes mains €t ces longues épées , qui abattaient d'un seul coup la tête et les épauli?Si Il donna aux soldats romains des casques d'acier, des boucliers bordés d'une lame de fer, sur lesquels le trancbant glissait en s'émoussant , et de longues piques pour entrer sous répée gauloise. Il rencontra Tennemi sur les bords de TAnio : il le défit complètement par ses habiles dispcsi* tions. C'est la véritable victoire do Camille (567) sur les Gaulois *.
Il n'en alla pas de même à Rome. Le sénat, pensant quo le double ascendant de la dictature et de la gloire tiendrait le peuple en respect, obligea Camille à ne pas abdiquer ; mais la position n'était plus tenable ; toutes les supériorités ne semblaient réunies dans le chef des patriciens que pour mieux faire éclater leur défaite. Ces plébéiens , qui tremblaient sans lui devant les Gaulois, n'en devinrent que plus audacieux contre lui. Comme il demeurait retranché dans son autorité suprême, pour n'assembler point les comices, on se fâcha, et un jour qu'il rendait la justice sur son tribunal, un appariteur des tribuns vint lui ordonner de le suivre, et porta la main sur lui pour Ty contraindre ; les officiers qui assistaient Camille repoussant cette insolence, le peuple ordonne qu'on arrache le dictateur de son tribunal. On en vient aux coups; Camille, seul tranquille, mais tristement convaincu que l'opposition est désormais inutile, se rend au sénat, après avoir fait vœu devant le Capitole d'élever un temple à la Concorde si ces troubles finissaient ; la délibération, longue et animée, se termina par une concession inévitable \ un des deux consuls pourra être plébéien. Le dictateur en proclama le décret dwis une as-
» Titc-Livo , 6 , de 35 à 4a ; Plut., Cam.i 53 i Polybe , 4-3»*
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semblée, aux applaudissements universels, qui riiccompagnèrent jusque dans sa maison. Le lendemain le peuple décida que le vœu de Camille serait accompli, le temple construit près du Forum, qu'un quatrième jour serait ajouté aux fériés latines, qu'à Theure même on offrirait des sacrifices aux dieux, et que tous les Romains y assisteraient couronnés de fleurs *. Gamille avant d'abdiquer tint les comices consulaires , et pour la première fois un plébéien eut le droit de siéger sur la chaise curule : ce fut Sextius Lateranus, élu avec le patricien Emilius Mamercinus pour Tannée 566 ] on oublia le tribunat militaire, fjai tomba en désuétude.
Cependant les patriciens ne s'abandonnaient pas tout-àfait î au milieu de la joie du triomphe populaire ils obtinrent la création de deux charges patriciennes : la prétwre et Védilité curule, la première d'une utilité réelle. Quand les consuls étaient ab3ents, on nommait un préfet de la ville pour convoquer le sénat : mais les affaires civiles restaient suspendues ; la diflîculté des guerres laissait d'ailleurs peu de loisir aux consuls pour juger les procès. On établit donc un préteur pour rendre la justice, et, en Fabsence des consuls, administrer TÉtat. Il avait la chaise curule , six licteurs , plusieurs scribes et des appariteurs ( occensi) ; Tépée et la pique étaient posées près de son tribunal, quand il jugeait. Le premier préteur fut le fils de Camille*. Les édiles ayant refusé de faire les frais de la quatrième fête ajoutée, les jeunes patriciens offrirent d'y pourvoir, et, sur la demande du sénat, ou institua Tédilité curule, réservée pour deux patriciens. Ils avaient, avec rang supérieur, mêmes fonctions à peu près que les édiles plébéiens, la police générale de la cité, et spécialement ils
» Tite-Live, 6-4» ; Plut, Cam., 56, 5;. • Tite-Live, 7-1.
lOft HISTOIRE ROMAINE.
présidaient aux grands jeux, aux approvisionnements delà ville et des armées, aux représentations scéniques, dcmt ils examinaient les pièces, et ils devinrent les censeurs de la littérature. Quand les chefs militaires revenaient d*une eipédition, ils avaient à rendre compte aux questeurs de l'argent monnayé, au préteur des prisonniers de guerre, aui édiles curules des grains et des munitions pris à Fenneini. Ainsi , les patriciens ne cédaient pas réellement le consulat tout entier ; ils en avaient séparé habilem^it pour eux la censure et la préture, la discipline intérieure et fautorité judiciaire, afin de prolonger leur supériorité ; mais la première dignité de TÉtat une fois partagée , tout le reste devait rètre : cependant ils défendirent leurs derniers privilèges Tun après Fautre, et près d'un siècle se passa encore avant iiue les plébéiens arrivassent à une égalité complété*