‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 27 sur 87 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

UNION DES DEUX ORDRES. — GUERRE CONTRE PYRRHUS. SOUMISSION DE l'iTALIE. — LUTTE CONTRE CARTHÀGE. — COLONISATION. — RÉGIME MUNICIPAL. — ÉTAT INTÉRIEUR DE ROME.

De Fautre côté de TAdrialique , dans un petit coin de la Grèce, régnait un prince élevé au milieu des capitaines d'Alexandre, et qui lui ressemblait seul par sa brillante valeur. C'était Pyrrhus , Yaigle de TÉpire * ; il avait pris et perdu presque aussitôt la Macédoine : il cherchait de tous côtés où il pourrait aller se désennuyer avec son épée , lorsque des députés de Tarente vinrent lui demander du secours contre les Romains. Pyrrhus voit déjà Fllalie conquise, puis la Sicile, puis Carthage; il se prépare, plein de joie. Les Tarentins avaient excité et soutenu secrètement les Samnites. Quelques vaisseaux romains s'étant présentés dans leur port, ils avaient cru qu'on venait

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les punir de leurs menées découvertes : dans leur trouble , ils avaient subitement couru contre ces navires ; puis , étourdis du succès, ce peuple de bouffons , descendants dégénérés des Spartiates , avait répondu par des rires et d'ignobles insultes \ une ambassade qui demandait réparation. Ils attaquèrent môme Thurii , alliée de Rome. Bientôt la peur et la fatigue les prit , et ils cbercbèrent un défenseur. Pyrrbus arriva avec les débris d'un armement ruiné par la tempête; quand il vit que les Tarentins comptaient continuer à Taise leurs bains et leurs festins pendant qu'il combattrait pour eux , il fit fermer tous les gymnases et tous les plaisirs, enrôla forcément la jeunesse et marcha en Lucanie (280). Le consul Levinus y était déjà, et , rejetant fièrement son arbitrage, vint camper sur le Liris, près d'Héraclée, Ces Barbares , comme Pyrrhus les appelait , Télonnèrent d'abord par leur ordonnance , et lui montrèrent ensuite ce qu'Us savaient faire * . Il eut la victoire , mais il ne la dut qu'à ses éléphants qui effarouchèrent les chevaux des Romains ; il faillit être tué et perdit Télitc de ses guerriers. Un grand nombre de Lucaniens et de Samnites vinrent se ranger sous ses enseignes. Avec cet utile renfort, il s'avança en ravageant jusque vers Préneste, à quinze lieues de Rome. Mais il n'avait vaincu que Levinus et non les Romains, disait un célèbre plébéien, Fabricius. Le roi d'Épire le comprit lui-même, et envoya proposer la paix par son favori, l'orateur Cinéas. Il offrait tous les prisonniers sans rançon, son alliance et son secours pour conquérir l'Italie, sous la condition de l'entière indépendance de Tarente. Quelques sénateurs voyant des peuples d'Italie se joindre à lui , penchaient à traiter : le vieil Appius , si fameux par sa censure , se fit porter, tout aveugle qu'il était, dans le sénat, et leur fit honte d'une pa-

• Plut., Pyri'hnSf ao, Cl Dits notables.

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reille hésitation. Il dicta cette réponse : Que Pyrrhus sorte de ritahe , et alors qu'il parle de paix ; autrement on lui fera la guerre, eût-il battu dix mille Levinus. En effet, une autre armée alla en ApuUe (279) essuyer une seconde bataille , près d'Asculum. Gomme on félicitait Pyrrhus, il répondit « Encore une victoire pareille, et nous sommes perdus. » Ses alliés se refroidissaient, il ne pouvait recruter des soldats aussi facilement que ses ennemis. En ce moment, deux entreprises se présentèrent pour le tirer d'embarras. La Macédoine était sans maître, et les Siciliens rappelaient contre les Carthaginois. Il mit garnison dans Tarente, afin de s'assurer un point d'appui en Itahe , et, s'inquiétant peu de ses alliés, il passa en Sicile, en chassa rapidement les Carthaginois et défit les Mamertins. Cet autre peuple était une colonie aventurière du Samnium ou de la Campanie; exilés de leur pays par un printemps sacré^^ ils avaient guerroyé à la solde d'Agathocle , ensuite massacré leurs hôtes de Messane , et , maîtres de la ville , ils s'étaient donné ce nom osque de leur dieu Mamers (Mars). Ce fut un véritable binait de Pyrrhus que d'arrêter leur brigandage ; mais il dispensa lui-même de la reconnaisr sance , par ses exigences tyranniques pour son expédition d'Afrique, La Sicile rappela contre lui les Carthaginois. Il ne pouvait plus tenir ; il prit pour prétexte les instances de ses alliés d'Italie, et repassa le détroit. Une vengeance l'attendait à l'autre rivage : dix mille Mamertins , qui l'avaient devancé, tombèrent sur son arrière-garde. Le vaillant prince y courut : une blessure l'obligeant de s'écarter , il s'entendit défier par un de ces guerriers; il retourna aussitôt sur lui, le visage tout sanglant, et fendit le gigantesque Mamertind'un seul coup de son cimeterre : les autres n'osèrent plus continuer le combat. LesSamnites, en son

* Fcstus, II; Plut., /'a^., 6.

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