‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 32 sur 87 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

gS GUERRE EN ITALIE, EN ESPAGNE, EN SICILE ET EN GRÈCE.

— ROMS ET l'aristocratie REPRENNENT EN MÊME f TEMPS l'avantage.

Rome paraissait perdue, les réfugiés de Canusium le ^ disaient; et, sans la fermeté du jeune Scipion, qui jura , ' répée sur leurs têtes, de ne pas souffrir que Rome fût tra- . hie, ils se seraient jetés sur les premiers vaisseaux pour quitter l'Italie*. Le coup était affreux en effet. Depuis FAl- , lia, la cité n'avait point essuyé pareil désastre. L'effroi y fut le même, et, dans le premier moment, la multitude , qui ne réfléchit pas, se fût dispersée encore une fois, si Fabius n'eût tout contenu*. L'événement semblait le justifier maintenant; ce qu'on avait regardé jusqu'alors comme pu-

* TUe-LWe,aa-53,

* Plut., Fab., a6 , 37, Marc., 1 1 ; Tîte-Live , 2i<5i . Le mot de Maliarbal , f qui promettait à Annibal de le faire souper dans cinq jours au Capirole , ses

reproches ensuite : « Tu sais raincre , Annibal , mais non profiter de la victoire; » respoir qu'avaient les Carthaginois, selon Polybe, 3, d'emporter Rome aussitôt; toute cette tradition , outre plusieurs circonstances , ne prouve pasuo« foute du (prand homahb) elk atteste seulement que rainqneurs et

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sillanimité en lui, paraissait une prudence plus qu'humaine, une inspiration divine : on n'avait plus d'espoir qu'en lui, et on recourait à lui comme aux autels des dieux ^ Le malheur de Cannes a fait réellement la grande réputation de Fabius. Il est vrai, d'ailleurs, que les Romains lui durent beaucoup en ce moment. Au milieu de la consternation générale où l'on ne savait plus pourvoir à rien, il marchait seul d'un pas modéré et d'un air tranquille, parlait à tous avec douceur, faisait taire les lamentations des femmes, dissipait les attroupements. U rendit la confiance aux magistrats troublés, assembla le sénat, posa des gardes à toutes les portes pour empêcher le peuple de sortir et d'abandonner la ville, presaivit un deuil qui ne passerait pas trente jours, car il n'y avait pas une seule matrone qui ne le portât, et cet appareil lugubre pouvait entretenir le découragement : par cette raison, il ne laissa pas célébrer la fête et la procession de Cérès , pour que le petit nombre et la tristesse des assistants ne révélass^t pas la grandeur des pertes. On envoya des jeunes gens choisis pour savoir des fuyards la situation des consuls, ce qui restait de troupes, où elles étaient, où était Annibal. U fit exactem^t ce qu'ordonnèrent les décemvirs d'après les hvres sibyllins, c'est-à-dire des sacrifices; on enterra vife, dans'le Forum boarium, deux hommes et deux femmes' de nation grecque et gauloise; on consulta l'oracle de Delphes; on punit deux vestales coupables. U y avait dans la ville deux légions complètes, selon l'usage établi depuis la défaite de l'Allia, deux autres légions

vatncat crurent au moins possible une tentative et une autre victoire tous les murs de Aomc, où les Romains abattus ne semblaient guère en état de se défendre* AnnU>al seul juf;ea mieux que Kom« ne pouvait pas périr par un coup de main.

' Plut., fab.f 37.

* Plut., FtUf., 2$i Tile-Iive, n-SS , 56, Sj.

ROME BT CABTHàGE. 171

levées dans le bas peuple et exercées depuis Trasimène, et enfin une légion à Ostie; Marcellus, qui commandait en Sicile, avait promptement fait partir quinze cents hommes ^ C'était assez, non pour une bataille, mais pour défendre les murs. Des quatre corps d'armée qu'on avait en Sicile , en Sardaigne, en Gisalpme, en Espagne, où les deuï Scipions continuaient à tenir en échec Asdrubal au-delà de TÈbre , aucune n'aurait pu arriver à temps pour repousser les Carthaginois; on attendit pour savoir ce qu'il y avait à faire. Lorsque Varron revint, abattu de confusion et de tristesse, le sénat et le peuple allèrent le recevoir aux portes de la ville; les magistrats, les principaux sénateur, et parmi eux Fabius, le félicitèrent de n'avoir pas, dans une telle calamité, désespéré du salut de la répuJUique, et d'être revenu se mettre à la tète des affaires.

Quand on sut qu'Annibal, au heu de marcher droit sur Rome, avait mené ailleurs son armée, la confiance se ranima; on offrit à Varron la dictature, qu'il refusa, effaçant ainsi sa faute par sa modestie. Tout le reste de sa vie il laissa croître sa barbe et ses cheveux, ne prit jamais ses repas sur un lit ; il refusa toujours les dignités que le peuple voulut lui donner : la république avait besoin , disait-il, de magistrats plus heureux *. Celte constante affection du peuple pour Varron n'était pas seulement une estime compatissante, mais une disposition de résistance qui durait encore contre la noblesse, malgi'é la sévère leçon de Cannes, et dont elle ne se débarrassa qu'à la longue, par la gravité des circonstances et par une prudente politique»

On nomma dictateur Junius Fera, qui prit aussitôt des mesures extraordinaires pour la défense de l'État : il enrôla

■ Plut., Marc,, 1 1 .

* Plut., Fab.j 39; et Val. Max., 3-4 1 4-^t Fronlin , 4-^1 cité par Ilicard ,

uo(c5o.

iTÎ HISTOIRE ROMÀIKE.

tous les citoyens de dix-sept à cinquante ans ; et, comme on ne voulait point racheter les prisonniers de Cannes, pour ne pas donner d'argent à Annibal et pour ne laisser aux légionnaires d'autre alternative que la victoire ou Tesclavage, il forma un corps d'esclaves volontaires (volones)^ sous promesse de raifrancbissement ; il arma également six mille criminels, et garda en Italie Marcellus, destiné à commander en Sicile.

Annibal, loin de perdre son temps à vendre son butin, comme le disait la lettre de Varron, s'était dirigé par le Samnium dans la Campanie pour avoir une place maritime. N'ayant pu surprendre Naples, il entra dans Gapoue, qui lui ouvrit ses portes, malgré les antiques alliances des plus nobles familles avec celles de Rome, et la présence de trois cents chevaliers capouans dans les garnisons romaines de Sicile. Les parents de ces chevaliers avaient avec peine obtenu d'envoyer une députation au consul. L'état déplorable où on l'avait trouvé à Venusia *, celui de la république qu'il avait trop bien révélé, l'horreur qu'il voulait leur donner des Carthaginois, « que leur chef habituait, disait-on, à faire des ponts de cadavres et à se nourrir de chair humaine • ; » tout cela n'avait plus inspiré que mépris, et presque toute la ville avait adopté les vues de son sénat et de ses deux chefs, Pacuvius et Vibius. Annibal convint de respecter le gouvernement et les lois de Capoue, et de n'exiger ni contribution ni service militaire. De là il fit une tentative sur Noie, où le peuple penchait pour luî. Marcellus, averti, accourut à temps ; Annibal se détourna contre Nucérie, qu'il prit de force, puis revint sur Noie , où le peuple s'agitait toujours. Il fut repoussé par une

* Titc»Live, aa-56 et a 3-5. Il y a dans ces deux passages rapprochas une contradiction bien maladroite de l'historien.

• Titc-Live,a3-5.

ROMS ET CÀRTHÀGE. 175

sortie de Marcellus, qui lui tua deux mille hommes. Cette perte n'est pas certaine, mais ce fut toujours une grande victoire et la plus grande de cette guerre, selon Tite-Live, puisqu'il était plus difficile alors de n'être pas vaincu par Annibal que de le vaincre dans la suite. Ce grand événement ne Tempécha donc pas de prendre Acerres et puis d'assiéger Casilinum'. Comme il ne put la forcer avant l'hiver, il y laissa un blocus et alla prendre ses quartiers à Capoue *. Ni Annibal , ni son armée ne s'amollirent dans les délices de Capoue , comme Tite-Live l'a prétendu *. Ces soldats guerroyèrent encore treize années en Italie, et firent pâlir au dernier moment Scipion à Zama. Annibal attendait des secours que sa patrie ne pouvait refuser à tant de succès et d'espérances. Lorsque Magon Barca versa devant le sénat de Garthage trois boisseaux d'anneaux d'or des chevaliers romains tués à Cannes, il se trouva un homme qui osa décrier la victoire ; c'était Hannon, chef de cette honteuse faction qui se vendit plus tard aux Romains. Si Annibal, dit-il, est vainqueur, il n'a pas besoin de secours ; s'il est vaincu , il n'en mérite pas. L'envie respirait dans cette dou-» Lie absurdité : on ne l'écouta pas ; mais le sénat de Carthage, dans ses vues cupides et défiantes, rendit inutiles les secours qu'il décréta. On envoya deux flottes sous un commandement à part en Sicile. Des vingt-quatre mille hommes qui devaient être levés en Espagne, avec lesquels Asdrubal devait aller rejoindre son frère, on détourna douze mille hommes contre la Sardaigne •. Annibal ne reçut que quatre mille Numides et un peu d'argent. Il lui fallait , avec

» Tite-Live, a 3-1 6, 17.

* Tite-LÎTe , a3-i8 , 4^. Polybe manque ici pour redresser Tite-Live. Montesquieu excuse Annibal en disant qu'il ne pouvait faire autrement , et que ses soldats auraient trouvé partout Capoue : il était plus simple de répondre par les faits, qui justifient pleinement Annibal.

5 Tiîc-Live, a3-ii, la , i3, 33.

une armée affaiblie de près de moitié par ses victoires , avec les recrues incertaines et inexpérimentées de Tltalie, suivre son plan, ménager des alliés qui faisaient leurs conditions d'indépendance, et diviser ses forces pour les défendre m môme temps et attaquer Rome.

U importait cependant de presser les attaques. Il fit bien voir qu'il ne s'était pas amolli dans Capoue, quand il reparut, au printemps, devant Casilinum et l'obligea de se rendre. Ses ennemis, quoique revenus de leur première frayeur , paraissaient véritablement engourdis. Deux armées voisines le regardaient sans faire aucun mouvement (215). Les débordements du Vulturne et la crainte de perdre Noie retenaient Marcellus; l'ordre du dictateur Junius, reiourné à Rome pour les auspices, empêchait ses vingtcinq mille hommes, postés près de Casilinum, de rien entreprendre, tt quoique nulle patience ne dût facilement résister aux nouvelles qui venaient des assiégés*. » On accorda à près de trois cents Prénestins qui restaient de cette garnison, le droit de cité romaine : ils n'en voulurent pas. On fut obligé de répondre aux Pétéliens, encore fidèles au milieu du Brutium soulevé , qu'ils s'occupassent eux-mêmes de leur propre sûreté; aux préteurs de Sicile et de Sardaigne, qui demandaient du blé et de l'argent, qu'ils y pourvussent eux-mêmes. Le trésor était épuisé; on nomma des triumvirs pour recevoir les avances de l'impôt. On avait fait tout ce qu'on pouvait; les vides du sénat n'étaient pas encore remphs : le consul Varron, rappelé d'Apulie, nomma pour cela un second dictateur , sans maître de cavalerie. Ce fut Fabius Buteo, qui monta le jour même à la tribune, inscrivit d'abord tous les sénateurs vivants, ensuile les citoyens qui avaient exercé des magistratures curules , ceux qui avaient été édiles, tribuns, questeurs, lescbeva-

> Ute-Live, a 8-19.

QUADRUPLE QUERRB. 175

liers sans magistrature, mais distingués par leurs services, enfin de simples quirites qui avaient enlevé des dépouilles à Tennemi ou reçu une couronne civique. Cent soixantesept sénateurs nouveaux étant ainsi nommés, le dictateur abdiqua, congédia ses licteurs et se mêla dans la foule *. A peine avait-on fini les comices consulaires, qu'on apprit le massacre d'un des consuls désignés, Posth. Albinus, et de vingt mille hommes dans une embuscade des Gaulois Cisalpins, au milieu de la forêt Litane. La consternation recommença; les boutiques, fermées pendant plusieurs jours, offraient dans toute la ville la solitude de la nuit. Le sénat ordonna aux édiles de les faire ouvrir et d'ôter cette tristesse publique. On n'avait pas assez de troupes pour se venger des Gaulois; on y renonça. En Espagne seulement les deux Scipions étaient toujours victorieux, même de la réunion des deux Barca , Asdrubal et Magon ; mais on avait besoin surtout de reprendre l'avantage en Italie, où Pétélie et Crotone venaient de succomber encore. On résolut d'envoyer en Sicile les fugitifs de Cannes, qui demeureraient là jusqu'à la fin de la guerre ', et de les remplacer par les troupes de Sicile que Marcellus fut chargé d'aller recevoir, lorsque Sempronius, seul consul, fut entré en fonctions aux ides de mars. La mort d' Albinus exigeait l'élection d'un second consul. Marcellus, depuis son succès à Noie, était agréable au peuple, qui avait toujours peine à comprendre que la vigueur ne fît pas plus pour vaincre que la prudence : on l'appelait Vépée de Rome. On se plaignit de son absence au moment des comices; on exigea qu'il revînt , que l'élection fût différée , et on le nomma unanimement. Par malheur, les auspices furent déclarés défavorables. La noblesse voyait avec déplaisir deux con-

> Titc-Li?e , a3-a3; Plat., Fa*., i4. • TUc-r.ivc, a3-i5, 3i ; Plut, Fab,, l6.

i76 mSTOIRE R0HÀI5E.

suis plébéiens pour la première fois; elle n'osait cependant employer une opposition directe , et le peuple passait pardessus les auspices, lorsque Marcellus, pour prévenir toute querelle, donna sa démission, et Fabius fut choisi. Marcellus, toutefois, repartit comme proconsul , partageant les opérations de la campagne avec les deux premiers magistrats*. Le peuple, dans cette persévérance d'opposition , dut voter volontiers la loi Oppia, qui retranchait aux femmes leur parure , et réservait tout Tor et l'argent pour les besoins de TÉtat •,

Ce n'était pas trop de trois généraux pour défendre contre Annibal le centre de l'Italie. Fabius , campé à Calés , n'osait faire passer le Vulturne à son armée, et il s'occupait d'abord de reprendre les auspices et d'expier les mauvais présages qu'on annonçait coup sur coup. Sempronius défendait Cumes, et Marcellus Noie *. Annibal n'ayant pu attirer Sempronius à une bataille, se porta contre Marcellus , qui fit d'abord une sortie; des torrents de pluie sauvérent les Carthaginois, qui furent encore repoussés trois jours après. La perte la plus réelle d' Annibal fut une désertion de douze cents cavaliers numides et ibériens, qui passèrent à l'ennemi. Alors Fabius se mit en mouvement et ravagea la Campanie : ce furent tous ses exploits *. Il revint à la fin pour les comices consulaires , et se rendit au Champ de Mars sans entrer dans la ville. Le sortavait désigné ce jourlà, comme prérogatives, la tribu de l'Anio et une de ses jeunes centuries ; Fabius entendant les noms des deux candidats qui étaient portés, suspend les suffrages, représente la nécessité de nommer de dignes adversaires d'Aimibal :

» Tile-Livc, a3-3i; Plut., ifat-c., i5.

• Tite-Li?o, 54-i.

» Tile-Livt, a3-36, ^.

♦ Ti»-Lifo,a3-46,48.

QUÀDRUPLB GUBRRE. 477

Emiliusest flamine de Quirinus, on ne peut Fécairter des fonctions sacrées ni Ty retenir sans négliger la religion ou la guerre ; Otacilius, qui commandait récemment la flotte , a laissé infester la côte dltalié ; il faut d'autres généraux. Otacilius, s'écrie que Fabius veut se faire continuer dans le consulat. Fabius lui envoie ses licteurs pour l'avertir qu'il n'est point passé par la ville et qu'il a les haches à ses faisceaux. La centurie retourne aux voix, et nomme consuls Fabius et Marcellus (21-4) ; toutes les autres centuries firent de même *. On élut ensuite les préteurs. Personne n'accusa Fabius d'ambition ; où l'on voyait l'intérêt public , toute opposition tombait : c'est là qu'on peut admirer les Romains. Tout récemment , dans la pénurie du trésor et la diminution désastreuse des contribuables , un préteur avait convoqué une assemblée ; tous les fournisseurs qui s'étaient enrichis consentirent à faire une avance de leurs profits pour venir au secours de l'armée d'Espagne : trois sociétés de dix-neuf personnes passèrent cet engagement et le remplirent avec fidélité. Les nouveaux consuls ordonnèrent, d'après un sénatus-consulte , que tout possesseur d'un fonds de cinquante mille à cent mille as fournirait un matelot et six mois de paie; les plus riches, en raison de leur fortune, trois, cinq et sept matelots; enfin, les sénateurs huit, avec la solde d'une année : ainsi une flotte fut équipée tout entière aux frais des particuliers *. Les nouveaux censeurs, à leur tour, dégradèrent les jeunes chevaliers qui avaient voulu quitter l'Italie après la défaite de Cannes, puis deux mille jeunes gens du peuple qui s'étaient soustraits, depuis quatre ans, sans motif, au service militaire ; tous furent relégués en Sicile pour y servir à pied. Comme on n'avait pas de quoi affermer l'entretien des édi-

• Tite^Live, »4-7» 8,9.

• Tite-Live, «8-48, 49, >4-ii.

178 HISTOI&B ROMàIKE.

fices sacrés, la vente des chevaux et d'autres choses somblahles, les entrepreneurs se présentèrent en foule aux censeurs pour traiter de ces marchés , ne demandant de remboursement qu'à la fin de la guerre. Un peu plus tard, .quand les Volones eurent mérité leur affranchissement , leurs anciens maîtres en refusèrent le prix jusqu'à la même époque. Tous ceux qui avaient quelque somme appartenant à des pupilles ou à des veuves , la portèrent au trésor comme au plus sûr dépôt; et toute acquisition faite pour les pupilles ou les veuves, était inscrite par le questeur. Dans l'armée c'était la môme générosité : les chevaliers et les centurions ne voulaient point de leur solde, traitant do mercenaire quiconque l'accepterait*.

Carthage était loin d'un pareil dévoûment; elle abandonnait son chef: mais il ne s'abandonnait pas. Ne comptant que sur lui-même, il avait pratiqué des intelligences en Sardaigne avec le riche Hampsicoras. Un soulèvement presque général y avait éclaté ; une seule campagne des Romains avait tout remis sous le joug. Il trouva d'autres diversions. Le bruit de Trasimène avait retenti au loin ; les Grecs en armes avaient compris un moment qu'il se débattait là d'autres intérêts encore que ceux de Rome et de Carthage ; ils avaient fait la paix pour se mettre en mesure. Demetrius de Pharos ne cessait d'animer Philippe , et après Cannes il le décida; des ambassadeurs vinrent traiter avec le chef carthaginois au nom du roi de Macédoine et des Grecs. En Sicile, à la mort d'Hiéron, son petit-fils Hiéronyme, enfant capricieux et débauché, se laissa aisément entraîner hors de la neutralité et se déclara pour Carthage. Deux officiers, Épicyde et Hippocrate , nés en Afrique d'un exilé syracusain et d'une mère carthaginoise , avaient été aussitôt envoyés par Annibal; ils allaient commencer les

> Tite-Live, a4-i8.

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