‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 38 sur 87 · MONDE COMMENCÉE PAR LES ROMAINS · texte numérisé non relu

MONDE COMMENCÉE PAR LES ROMAINS

Annibal n'était pas vaincu, maisCarthage était hors de combat. La défaite de cette puissance avertissait les autres de la domination qui les menaçait et de Timpossibilité qu'une seule résistât séparément. Une ligue générale et prompte devenait nécessaire; mais, de même que Carthage s'était cru sauvée parce qu'on n'avait point achevé sa ruine , nul autre État ne se crut en danger parce que le danger était loin. Philippe , Antiochus et Prusias s'unissaient contre leurs faibles voisins , au lieu de s'unir contre Rome ; et ces faibles voisins, bien plus excusables, FÉgypte, Athèïies , Pergame , ne voyaient qu'une protection dans la nou-

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velle supériorité de rOccident, et lui demandaient dus^ cours. Le sénat romain jugeait mieux les choses : s'il s'arrêtait après des succès importants, il avait tout à reconïmeDcer et tout à perdre : aussi se hàta-t-il d'attaquer le premier, pour détruire à l'avance une coalition, en ruinant les ennemis de la république l'un après l'autre. Philippe était le plus prochain : la Grèce se plaignait de lui ; un corps de Macédoniens combattait à Zama dans l'année carthaginoise , et peut-être avait-il lui-môme à se plaindre de Rome ' : on commença par lui. Les trente-cinq tribus s'opposanlàla guerre , le consul Sulpitius leur en montra la nécessité : on l'aurait en Italie si on ne la faisait en Macédoine. Le peuple consentit, et l'événement prouva qu'on avait pris le parti le plus sûr.

Pendant que deux légions battaient Philippe près d'Atbacus (200) , les Gaulois et les Ibériens se soulevaient déjà. Depuis le passage d'Annibal, on n'avait pu ramener les Cisalpins à la sujétion du tribut ou de l'alliance ; ils prétendaient rester libres, et, à l'appel d'un Amilcar laissé en Ligurie parMagon, une armée de Ligures, Insubres, Boïens, Cénomans, se leva pour renverser les deux colonies romaines. Placentia fut saccagée ; mais , devant Crémone, le préteur Furius Purpureo arrêta leur fougue , et obtint, par cet exploit, le premier triomphe prétorien. Le consul Aarelius, en renonçant au péril, avait dû renoncer à la gloire.

En Espagne, aussitôt après le départ de Scipion, Ma»donius et Indibilis avaient protesté contre la domination étrangère. Leurs sujets vaincus les avaient livrés pour avoir la paix * ; ils s'en étaient repentis : ils venaient de reprendre les armes et d'éprouver le même sort que les Gaulois.

Cependant les hostilités, reprises de ces trois tôtés à 1»

• Tite-Live, 3o-4a.

■ Tite-Live, 29-1,3, 3.

GUERRE DE MACÉDOINE. âll

fois, ne pouvaient se continuer en Espagne et en Cisalpine que par des coups de massue sans, cesse redoublés sur des peuplades opiniâtres à la défense. En Grèce, on pouvait, au contraire, employer la politique , et on eut alors un homme fort habile en ce genre; c'était Tilus Quinçtius Flamininus. La Macédoine ne donnait que des soldats à Philippe ; la Grèce lui assurait argent, vivres , munitions et retraite : tant qu'on n'aurait pas détaché la Grèce , une seule bataille ne décidait pas la querelle. Philippe n'avait contre lui que les Étoliens ; mais il était suspect à tous les autres. Le sénat gagna secrètement quelques amis , Charops en Épire, Dicéarque et Antiphile en Béotie, Aristliène et Diophane en Achaïe , Dinocrate en Messénie , qui vantaient , à prix d'argent, les Romains et leur intervention toujours désintéressée, comme autrefois en lUyrie. Ce fut ainsi que Flamininus reçut des gqides pour l'aider à tourner les défilés de l'Apsus , devant lesquels l'armée consulaire demeurait dans l'inaction. Le passage forcé de cette manière , il eut soin de ménager les pays où il entrait. Les habitants , sur le récit des Macédoniens , s'attendaient à voir des Barbares ; ils furent enchantés de ce jeune consul qui avait un « air si doux , qui parlait purement le grec , » et de ces honnêtes légionnaires qui , loin de leurs provisions , sans distribution de blé depuis un mois, respectaient l'abondance d'une terre étrangère; tandis que Philippe, fuyant, pillait, brûlait les villes et emmenait les gens dans les montagnes ^ Il n'y avait pas à balancer : Thessaliens, Locriens et Achéens se déclarèrent pour Rome. Flamininus même , l'année suivante, ne dédaigna pas de gagner Nabis , tyran de Sparte ; il mit moins de finesse avec les Thébains , qui s'en aperçurent un peu tard. Deux mille hommes arrivant derrière lui, quand on le croyait seul , le rendirent maitre de

' Plut., Flamin.f 7,4» ^'

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la ville, n feignit de leur demander leur alliance; le vieil Attale voulut aussi les haranguer pour leur communiquer son zèle ; il tomba épuisé de cet effort d'éloquence et en mourut. LesThébains, non persuadés, ne cédèrent qu'à la présence * de Tescorte romaine. Flamininus n'avait plus qu*à livrer une bataille qui serait décisive. Huit mille Grecs renforçaient son armée; la bataille se livra à Cynoscéphales, plaine hérissée de petites éminences qui rompirent la phalange macédonienne et l'empêchèrent de vaincre (197).

Philippe demanda la paix ; il l'obtint moyennant mille talents à payer , et tous ses vaisseaux livrés. Cependant les Étoliens, désabusés delà générosité romaine , qui leur refusait la récompense promise, se vengeaient par des chansons où ils revendiquaient tout le succès de Cynoscéphales; ces chansons couraient toutes les villes. Les Étoliens euxmêmes allaient dire partout qu'on vendait la paix à Philippe, et, comme dans la liberté générale il n'était pas question de Chalcis, Corinthe et Démétriade, les entraves de h Grèce , ils demandaient si Flamininus « était le bienfaiteur des Grecs , pour leur avoir mis au cou * les chaînes qu'ils avaient aux pieds. » Le proconsul et les dix commissaires romains sentirent la force de la raillerie : ils retirèrent les garnisons des trois villes , et , aux jeux isthmiques (196) , un héraut proclama , à haute voix , l'indépendance de toutes les villes grecques , au nom du sénat , du peuple romain et de Titus Flamininus. Les Grecs étonnés n'en croyaient pas leurs oreilles, il fallut que le héraut recommençât ; alors, dans leur transport, ils poussèrent des cris de joie si furieux, que dos corbeaux, qui volaient au-dessus de l'assemblée , tombèrent dans le stade. Tout le théâtre se jeva, on ne pensa plus aux jeux, on courait saluer, cm-

• Plttt. , Flamin,^ 8 ; Titc-Live , 33-i. a Plut.| F/ami»., ta, ii , i3.

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