‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 39 sur 87 · FLAMININUS ET PHILOPÉMEN · texte numérisé non relu

FLAMININUS ET PHILOPÉMEN

brasser Flamininus, le sauveur de la Grèce; et, s'il ne se fût promptement dérobé à cet empressement , il eût couru risque d'être étouffé *.

L'alliance de Nabis était honteuse , on n'en avait plus besoin ; le proconsul annonça la guerre. Cependant il trompa les espérances de la Grèce : au lieu de faire prisonnier le plus scélérat et le plus cruel des tyrans , il lui accorda la paix. L'orgueil de Flamininus et la politique de Rome le voulaient ainsi. Tout l'honneur de cette campagne revenait à Philopémen : on ne parlait que de ses exploits, toutes les marques de respect étaient pour lui dans les théâtres ; un homme de l'Arcadie effaçait le magistrat romain , qui ne sut pas même cacher sa jalousie. La république ne redoutait pas moins les Grecs; si , comme le disait Flamininus des Achéens, ils avaient à courir le même danger, en sortant de leur pays , « que les tortues qui mettent la tête hors de leur écaille ' , » chez eux ils étaient toujours assez forts s'ils savaient s'unir. On devait les tenir en échec aux deux extrémités, par le roi de Macédoine et le tyran de Sparte. Flamininus fit parler encore la modération, l'équité de Rome , et les Achéens furent assez dupes pour délivrer, par reconnaissance , douze cents légionnaires, épars en Grèce , des prisonniers vendus par Annibal : ces citoyens ramenés furent le plus bel ornement du triomphe de Flamininus '.

« En faisant cette paix , le proconsul se prêta sagement « aux circonstances, et il sut prévoir l'avenir, car Anni- « bal , cet implacable ennemi des Romains, banni de son « pays et réfugié auprès d'Antiochus , le pressait d'aller a au-devant de la fortune. Si Flamininus, par une sage a prévoyance, n'eût conclu ce traité, que la guerre d'An-

» Plut., Ftamin.f i4, i5 ; Florus, 2-7.

• Plut., fYamin., 24.

3 Plut., Philopém*f aa, Flam.y 18 , ig^ Dits notables*

2i4 HISTOIRE ROMAINE.

m tiochus eût concouru avec celle de Philippe, que les deux « plus puissants princes qu'il y eût alors eussent uni leurs « intérêts et leurs forces, Rome aurait eu à soutenir des a combats aussi difficiles et aussi périlleux que ceux d'Ana nibal. Flamininus , en plaçant à propos la paix entre ces tt guerres , en terminant Tune avant que l'autre eût com- «c mencé, ruina d'un seul coup la dernière espérance de a Philippe et la première d'Antiochus *. »

C'eût été une grande imprudence d'agir autrement. Flamininus n'ignorait pas que, l'année de sa victoire à Cynoscéphales , les deux consuls , Cethegus et Minucius, avaient été obligés de se porter sur la Cisalpine (197) ; la trahison des Cénomans avait causé seule la défaite des Insubres sur leMincius; les deux autres consuls, à leur tour, par la victoire de Côme et la réunion de leurs forces pour une victoire en Ligurie (196) , n'avaient rien décidé. L'Espagne , pour laquelle on venait de créer, depuis un an, deux nouveaux préteurs, comme si elle était à jamais soumise , se relevait plus irritée ; le désastre de Sempronius Tuditanus (196) , périssant avec son armée , devenait le signal d'un soulèvement général, il fallut aussi y envoyer un consul : Caton fiit désigné ; il acheta deux cents talents le secours des Celtibériens , et combattit en désespéré. « Si nous remportons la victoire , disait-il , nous paierons avec l'argent des ennemis; et si nous sommes vaincus, il n'y aura plus personne à qui réclamer. » Tous ses récits de la grande bataille d'Empories, et de tant de villes conquises, semblent se réduire à la soumission du pays entre l'Èbre et les Pyrénées , et aux communications rouvertes avec le préteur Sclpion Nasica, qui se soutenait dans la province Ultérieure*. Lorsque Flamininus quittait la Grèce, la bataille

• Plut., Flam,, la.

» Plut., Cat., 1 5 , Dits notables.

ANMBAL A CARTUAGE. 213

do Mcdiolanum ne domptait que les Insubrcs (19 i), el un préteur était de nouveau battu en Espagne , malgré la présence du grand Scipion , qui avait voulu , par jalousie , remplacer Caton , et qui était allé perdre dans Finaction un second consulat sur le théâtre de sa première gloire *.

Annibal observait tout cela , et, méditant une coalition de rOrient et de TOccident contre Rome , il se hâtait de remettre Carthage en état d'y prendre part. On ne peut voir , sans admiration , cet homme devenu , après une vie de tactique et de batailles , simple magistrat de Carthage , réformant tous les abus de l'administration avec la même facilité qu'il entretenait autrefois la discipline dans son camp. Étranger à toute faction , à tout intérêt privé , inflexible au peuple comme aux grands, pendant qu'il tenait en réserve , pour un meilleur temps , les restes de ses vieux compagnons d'armes , occupés à planter des oliviers sur la terre d'Afrique*, il arrêtait les dilapidations des Cent , faisait saisir un insolent questeur , le forçait de rendre compte, renversait par une loi la tyrannie de ces juges concussionnaires en rendant leurs fonctions annuelles , et par une sage économie des fonds publics , préservait les citoyens d'une nouvelle taxe qui semblait nécessaire pour payer le tribut à Rome '. Aussi les riches le prirent en haine; ne pouvant plus piller l'État, ils se vendirent aux Romains, à l'exemple d'Hannon, et ils dénoncèrent au se nat Annibal. Des commissaires étaient déjà venus donner raison à Massinissa contre Carthage , dans une discussion de limites ; une nouvelle députation vint demander que le vainqueur de Cannes fût livré : on devait môme s'en dé- . faire s'il était possible *. Annibal ne leur en laissa pas la

* Plut., Cat., i6. Foyez aussi la table chronolog. deSchœll.

* Aurel. Vict., FiedeProbiis.

3Tiie-Live,3î-4<i,47.

* Juftdn.

âlG HISTOIRE ROMAINE.

joie ; il était parti le soir même sur un navire qu'il tenait tout prêt.

Il trouva, àÉphèse, Antiochus , ofiFensé des importunités hautaines de Rome. On lui signifiait qu'il eût à respecter TÉgypte , à ne point mettre le pied en Thrace ni le joug sur les Grecs d'Asie. Annibal lui dit qu'on ne vaincra les Romains qu'en Italie ; il lui demande seulement cent navires et onze mille hommes pour y retourner ; Antiochus suivra et viendra, à travers la Grèce, achever la conquête avec toutes ses forces. Carthage, irritée d'une nouvelle usurpation de Massinissa , d'une nouvelle injustice de Rome, Carthage, qui regrette son chef, se soulèvera aussitôt. Rome, ainsi assaillie de tous côtés, ne pourra plus résister. La conséquence était évidente ; mais la Providence , qui voulait joindre le monde ancien au monde futur par l'unité d'une vaste domination, semblait avoir uniquement suscité cet homme extraordinaire pour montrer qu'on ne pouvait détruire Rome, puisque Annibal ne l'avait pas fait. Le génie d' Annibal offusqua la faiblesse d' Antiochus. Le grand roi eut peur de disparaître dans la gloire du capitaine ; d'imbécilles courtisans augmentèrent sa jalousie, et le poussèrent à sa perte, pour ne pas devoir l'indépendance de l'Orient à un Carthaginois. Il aima mieux écouter Tenvieux Thoas , envoyé des' Étoliens , et les promesses mensongères de ce peuple fanfaron. Les Romains eux-mêmes contribuèrent à ruiner l'influence d' Annibal, en recommandant à leurs ambassadeurs de l'envelopper de soupçons par leurs déférences et leurs fréquentes visites. Ce fut dans ce séjour à Éphèse que ses hôtes, croyant honorer dignement un si grand renom, l'invitèrent à entendre le philosophe péripatéticien Phormion , qui disserta devant lui , pendant plusieurs heures, sur les devoirs d'un général et sur toute la science militaire. Tous écoutaient le parleur avec transport. On demanda l'avis d' Annibal : « J'ai vu ,

ANNIfiAL EN ORIEKT. ^17

a répondit-il, bien des vieillards radoteurs, mais je n'en « ai vu aucun radoter plus que Phormion. » Il dut comprendre, dès-lors, qu'il n'avait rien à espérer d'une nation qui le mettait en parallèle avec un sophiste ^

Le roi fit lentement ses préparatifs, ou plutôt n'en fit aucun , s'imaginant que sa présence seule entraînerait toute la Grèce ; il vint avec dix mille hommes et un grand frcn cas «. Les Étoliens , qui l'appelaient , lui donnèrent le titre de généralissime (192) ; il leur promit, à son tour, qu'une flotte et ime armée immense allaient le suivre; puis il s'empara de l'Eubée.

L'occasion était belle encore; les préteurs d'Espagne luttaient toujours avec peine contre des peuples qui se confédéraient et revenaient sans cesse à la charge. En même temps le tumulte déclaré (193) pour répondre à un armement général desBoïens et des Ligures, envoyait deux consuls au secours de Placentia et de Pise : l'un gagna la bataille de Mutina , l'autre faillit deux fois être honteusement défait. Deux autres consuls succédèrent et ravagèrent le territoire sans queTennemi cédât. En Grèce même il n'était pas difiicile de décider Philippe , et , par Philopémen , les Achéens , à se tourner contre Rome : on n'avait qu'à faire mouvoir tant de navires et de soldats inutiles en Orient. Antiochus rejeta une seconde fois le plan d'Annibal. Après avoir soumis quelques villes thessaliennes et mécontenté le roi de Macédoine , il revint à Ghalcis épouser une jeune fille dont il s'éprit à cinquante ans, et passer l'hiver dans des fêtes, sous des tentes d'or et de soie , faisant résonner les flûtes et

> Tite4.iTe, 35-i4 , 19 ; Justin , 3i-4> L'entretien « clawiqaement répété de Scipion et d'Annibal , et surtout le ton élogieux d'Annibal envers Scipion ^ sont trop invraisemblables et sentent trop la vanité romaine , pour en tenir tompte ici. Cic., De orat.t 3-75.

*Floros,»-8.

la lyre , unies au murmure des flots , et rassembler des roses de toutes parts , malgré la saison *.

Il donnait ainsi aux Romains , qui n'étaient pas prêts , tout le loisir de venir l'attaquer , et Philopémen disait , en voyant ces Syriens plongés dans la mollesse avec leur maître : « Si je commandais, j'aurais bientôt tué tous ces « ennemis dans leurs tavernes *. » 11 n'y avait donc que des Étoliens , aveuglés de colère , qui pussent mettre quelque confiance dans un appui si méprisable. C'est ce que fit sentir aux Grecs Flamininus, accompagnant, comme lieutenant , le consul Acilius Glabrion (191) : « Un de mes hô- « tes, leur dit-il , m'étonna par la grande variété des mets « qu'il me servait ; mais toutes ces viandes n'étaient que « du porc différemment apprêté. Il en est de même des « troupes d'Antiocbus ; ces soldats si divers dont on parle « tant, ne sont que des Syriens sous des armures différen- « tes *. » Du reste , Flamininus dut facilement apprécier le bonheur de Rome de rencontrer tant d'ineptie ; autrement tous les orateurs gagés n'auraient peut-être pas réussi à séduire les Âcbéens, car Philopémen connaissait bien sa patrie et les alliés d'Occident. <( Gomme un bon pilote qui « lutte contre les vagues , il cédait quelquefois par la force « des circonstances; plus souvent il se roidissait. » Un jour qu'Aristène conseillait de ne pas payer d'ingratitude les bienfaits des Romains : « Eh ! mon ami , lui répondit-il , «c es-tu donc si pressé de voir la fin malheureuse de la « Grèce? » Comme les Spartiates, qu'il avait délivrés des Étoliens , après le meurtre de Nabis , remuaient toujours , et que Diophane, préteur des Achéens cette année, dirigeait, avec Flamininus, une entreprise sur Lacédémone ,

» Floros , a-8.

* Vlvit.f Philopém,, a6<

3 Plut., flam.j 24.

ANTI0CHU9 VAINCO. 219

Philopémen, indigné, entra dans la ville, et, tout simple particulier qu'il était , en ferma les portes à Diophane et au général romain ; puis il apaisa les troubles et rattacha une seconde fois les Spartiates à la ligue achéenne *.

C'eût été un merveilleux plaisir de voir Annibal et Philopémen , que tant d'événements rapprochaient , ces deux hommes si semblables par le désintéressement et l'art de la guerre , unir leurs projets et leur action , et marcher de concert contre Rome ! La gloire et la fortune d'Antiochus eût été grande encore, de réaliser une pareille pensée! Mais il n'était pas môme capable de la concevoir , et il l'eût repoussée comme une insulte.

Il crut faire un prodige et fermer tout accès au consul , en gardant les Thermopyles et en plaçant six cents Étoliens sur les sommets de l'CÊta ; mais Caton, tribun des soldats , se chargea de forcer le passage, et, grimpant avec une. troupe d'élite sur les rochers du Callidrome ', surprit et dispersa les Étoliens effrayés : l'armée syrienne tournée fut aussitôt vaincue ; Antiochus blessé s'enfuit à Chalcis , puis à Éphèse. Le consul envoya Caton porter lui-môme cette nouvelle à Rome , où le peuple, plein de joie , «i se crut désormais assuré de conquérir le monde'*. »

Tandis que les Étoliens , sous les coups de Philippe et d'Acilius, demandaient grâce , que Flamininus leur obtenait une trêve , qu'il intercédait aussi pour les Chalcidiens, et que ceux-ci chantaient de nouveau Rome et Titus, « leur dieu sauveur et les vertus des rois de l'Ausonie , » qu'ils consacraient des temples, des gymnases , un pontife et des sacrifices à Flamininus * , le roi de Syrie se délassait en sécurité au-delà de la mer Jigée, qui le garantissait des Ro-

» PluUtP/uto/ï^m., 26-24,33.

* Plut., Caf., 19,20, 21.

5 Plat.,Ca^, 21.

* Plut., F/aiM., 22, 23.

220 mSTOIRB ROXÀINB.

mains. Il consentit enfin, non sans peine, à se laisser désabuser par Ànnibal : il se donna alors quelque mouvement , fit venir sa flotte et en équipa une autre ; celle d^Eumène, roi dePergame, et du préteur Livius, fut repoussée. Mais. tin nouveau consul survint, Lucius Scipion, que son frère r Africain accompagnait, pour lui obtenir le surnom d'Asiatique. Deux autres batailles navales furent perdues par les amiraux de Syrie : Annibal, qu'on employa trop tard , et qu'on gêna encore par un commandement partagé , ne put , avec son habileté , que diminuer la défaite ^ Les légions romaines mirent le pied en Asie : Antiochus n'évita pas, par la bataille de Magnésie (190) , la paix humiliante qu'on lui dictait. U abandonna F Asie-Mineure, il abandonna de même Annibal.

A la guerre de Syrie succéda , « comme il était juste •, » celle d'Étolie ; on n'avait plus qu'à se débarrasser de ces incorrigibles Étoliens qui avaient si obstinément reproché leurs services. Us auraient pu gêner Scipion , occupé contre Antiochus ; il leur accorda une trêve. Ils en avaient profité pour réparer leurs pertes , n'ayant pu obtenir une paix honorable. Leurs sollicitations plus modestes furent core rejetées après la victoire de Magnésie : ils se défendirent avec courage, dans Ambracia, contre le consul Fulvius Nobilior; puis, quand ils furent aux abois, on les obligea de livrer armes et chevaux , et de demeurer tranquilles.

Un autre peuple, les Gallo-Grecs, dans l'Asie-Mineure, fut en même temps dompté, a Avaient-ils réellement secouru Antiochus, ou Manllus Yulso, le second consul , ambitieux du triomphe, imagina-t-il ce prétexte? On ne sait. » D força les trois peupladœ, Tolistoboïens, Trocmes et Tectosages,

> Justin , 3 1-6.

• Flortis, 2-9.

l'occident vaincu. îîl

dans leurs montagnes. On eut beaucoup de peine à les enchaîner : ils mordaient leurs chaînes et s'étranglaient les uns les autres *.

Il ne restait plus, de tant de guerres soulevées à la fois, que celles de la Cisalpine et de l'Espagne. Nul autre pays n'exerça autant la valeur romaine. « Les Gaulois avaient « l'intrépidité des bêtes féroces et une taille plus qu'huit maine; mais leurs corps, nourris sous le ciel humide « des Alpes, avaient aussi quelque chose de semblable aux « neiges de ces montagnes, et se fondaient en sueur dans « Tardeur du combat , comme la neige au soleil *. » Quelquefois, vainqueurs par l'élan redoutable de leur premier choc, plus souvent vaincus par cette impétuosité qui tombait , leur courage renaissait après la défaite. Les Boîens n'en pouvant plus (191) , les peuplades ligures continuèrent seules, avec peu d'interruptions, pendant trente ans. Retranchés derrière la Macra, au milieu de leurs sauvages broussailles, difficiles à saisir, prompts à surprendre, ils tombaient inopinément sur les légions. Ils massacrèrent ainsi le préteur Bebius au passage (189), tuèrent quatre mille hommes à Marcius, dans un défilé qui garda le nom de ce consul (186), assiégèrent Paul -Emile dans son camp (181). Tous ces efforts abattus, le feu mis à leurs retraites * par Fui vins (180) , quarante-sept mille Âpuans , hommes, fenuneseten&nts , transportés dans le Samnium, les autres peuplades se défendirent encore longtemps sur les monts Lsetus et Balista : l'oppression des Statyelles inoffensifs, par Popilius Lœnas, renouvela même un soulèvement général (172). Après la chute du dernier roi de Macédoine, ils remuaient encore, et ce ne fut pas avant 163 que la Cisalpine redevint complètement province.

* Floros, s-it.

* Florut, 1-4.

' Flonu, a-3 { Tîic-Live, 4o-38 , 41.

22S HISTOIRE ROMAII^B.

Llstrie, qui avait repris son indépendance depuis la seconde guerre punique, était rattachée déjà à la Cisalpine , depuis 178, par un second Manlius Vulso, plus heureux qu'habile, ainsi que le premier. Quelques révoltes de la Sardaigne et de la Corse comprimées (482-163), et dixneuf colonies fondées successivement (194-157), surtout dans la Cisalpine et jusqu'en Yénétie, garantirent de nouveau à la république la possession de toute iltalie.

Si la résistance des Espagnols exigea de plus grandes victoires, le succès en fut aussi plus décisif, quoiqu'ils disputassent le terrain pied à pied. LesCeltibériens dans laCitérieure, dans TUltérieure les Lusitaniens , étaient les plus indomptables. Sempronius Gracchus. acheva de soumettre les premiers par la prise de cent cinquante villes ^, et plus encore par une généreuse modération; il donna des terres et des habitations aux indigents (178), régla avec soin les conditions d'une alliance sincère, qu'il confirma par un serment mutuel. Aussi a-t-on bien souvent invoqué l'autorité de ce pacte, dans les guerres qui se livrèrent par la suite. Gracchus voulut laisser sur cette terre un monument de sa valeur et de sa conduite, en appelant de son nom, Gracchuris, une ville nommée auparavant Ulurcis*. Il est certain, d'ailleurs, que le nom et le souvenir de Gracchus restèrent en vénération dans le pays.

On sait moins ce que ût Postumius, l'autre préteur. Il abattit cependant les Lusitaniens en leur tuant quarante mille hommes. Deux tentatives des Celtibériens (175,170), aussitôt punies, ne troublèrent qu'un moment la contrée. Toutefois, un feu mal éteint couvait sous cette tranquillité apparente. La pacification romaine régnait pour toujours sur les Cisalpins, plus tard soumis; mais les Espagnols, ne

» Florus, 3-T7;Tilc-LiTe,4i*3* • TUe-Li?e, 41 -3.

MORT D'ANlflBAt. 225

la trouvant bientôt plus supportable , recommencèrent la guerre , et firent payer plus chèrement leur dernière défaite.

Rome , cependant, ne jouissait pas en sécurité de tant de triomphes : Annibal vivait encore. Délaissé par Antiochus, il avait trouvé un asyle chezPrusias, Tennemi d'Eumène^ nouveau roi de Pergame, qui était Tami des Romains. Le vieux capitaine, cédant à la fortune^ semblait oublier ses grands projets, mais il n'oubliait point son art; il dirigeait la petite guerre de Bithynie contre Pergame, et Eumène était battu. Dans une rencontre des deux flottes, les Bithyniens lancèrent un grand nombre de vases de terre sur. les vaisseaux pergaméniens.Les ^memis regardaient en pitié cette ridicule attaque; mais, voyant que des vases brisés sortait une multitude de serpents, répouvante les saisit et les livra sans défense. Cette ruse bizarre était d' Annibal ^ Le sénat suivait avec inquiétude toutes les démarches du malheureux mais redoutable exilé. Que savailron s'il n'imaginerait pas quelque nouvelle guerre? <i La fortune est changeante, et il n'avait rien perdu, dans sa vieillesse, de son active capacité et de sa haine, p Flamininus vint à la cour de Prusias témoigner l'indignation de la république qu' Annibal fût encore en vie. Prusias ne voulut pas risquer de perdre sa couronne, il envoya des gardes aux sept issues souterraines que le Carthaginois avait pratiquées autour de sa demeure , dans la bourgade de Lybissa. Il n'était plus possible à Annibal d'échapper. Être conduit captif à Rome, en spectacle à ses plus cruels ennemis, et siibir la mort comme un supphce de leurs mains , une telle résignation était au-dessus de la force d'une ame païenne ; non , les Romainsn'auront pas Annibal vivant! Il prit du poison ou se fit tuer par un esclave (185). Il avait bien le droit

* GoroeUns NqK)8) Fit tP Annibal»

224 HISTOIRB ROMAINE.

d'invoquer les dieux, vengeurs de la perfidie romaine et de Thospitalité violée; mais je me figure qu'il quitta la vie avec plus de sang-froid , et , vraisemblablement , aucun de SCS esclaves ne se serait risqué à répéter les imprécations que Tite-Live attribue au vieillard indigné , et auxquelles Plutarque ne paraît pas croire beaucoup. On parla diversement, à Rome, de cet événement, et, pour Thonneur des Romains, nous devons admettre que cette fin du plus grand capitaine fut blâmée par plus d'une voix : mais le sénat laissa dire *; il était sûr, enfin, qu'Annibal ne souperait jamais au Gapitole.

Il ne lut pas plus ému de voir périr, cette môme année, Philopémen, par le crime de ce Dinocrate, l'ami des Romains, le plus odieux et le plus méprisé dans sa patrie. Philopémen, du moins, ne déconcerterait plus les honteux artifices qui brouilleraient la Grèce pour l'asservir sans éclat et sans peine*

» Tita-LÎTe , 39-5 1 $ Plut, FUm,, 38 , ag , 3o.

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