‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 40 sur 87 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

LA MACÉDOUfE CONQUISE,

Il était temps qae des hommes si clairvoyants, si habiles, disparussent du monde, tout vieux qu'ils étaient, pour rintérêt de la république, car elle ne s'embarrassait plus de rhonneur. La politique du sénat, qui commençait à enlacer fortement les États de la Grèce et de TOrient, n'était plus assez subtile pour échapper aux regards même les moins défiants. Le sénat avait dicté la loi, mais il n'avait pas conquis, et rien n'était fait si on s'avisait un jour de contester cette onéreuse suprématie. Il s'était donc appliqué à tenir les uns sous sa dépendance en les protégeant, les autres dans une neutralité timide en les menaçant, et à les diviser tous pour les affaiblir.

Le protégé, de ce côté, était Eumèae, comme Massinissa en Occident On lui permettait de combattre et de vaincre, pourvu que ce fussent les ennemis secrets de Rome, c'està-dire ces États qui affectaient l'indépendance sous le nom de neutralité. Après lui venaient les Rhodiens, utiles ptir leur marine : on devait compter sur leur dévouement , puis

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qu'on les avait sauvés du joug de puissants voisins. L''Égypte, plus loin, serait avantageuse un jour par son riche commerce, et, pour le moment, elle servait de prétexte honorable à une intervention.

Quant aux autres alliés tributaires ou neutres, comme les rois de Syrie-, de Cappadoce, de Bithynie et de Macédoine, ils étaient obligés d'envoyer leurs fils ou leurs frères à Rome, comme otages, pour y apprendre de bonne heure les avantages de Tamitié romaine ; et sitôt qu'il s'élevait entre eux, ou même avec les protégés, quelque différend, la médiation de la république arrivait au moment décisif pour rétablir la paix, qui consistait à restreindre le plus puissant et à prévenir les accroissements du plus faible.

Dans la Grèce on avait peu à craindre des Athéniens dégénérés, des Béotiens isolés; pour les Étoliens et les Thessaliens, il suffisait de ne pas les empêcher de se massacrer mutuellement et de se détruire ^ Les Achéens seuls étaient difficiles à manier. Ils avaient de bonne foi secondé les Romains dans les dernières guerres contre Philippe et Antiochus, et prétendaient naïvement à une alliance d'égahté que méritaient leurs services. C'étaient eux qui doimaient le plus de peine au sénat et à ses commissaires. Autour de Lycortas, l'ami de Philopénicn, du dernier Grec, se ralliait encore le parti national, dont toute la pensée était de maintenir la ligue achéenne et de l'étendre dans le Péloponnèse. Sous une hypocrite apparence de respect pour la liberté générale, le sénat favorisait la jalousie de Sparte et de Messène, qui voulaient obstinément se séparer de la confédération, l'unique force de la Grèce.

Mais les rois de Syrie n'avaient pas renoncé pour toujours à r Asie-Mineure, et ils convoitaient encore l'Egypte. Eumène commençait à ronger son frein « et cherchait un appui

• Titc-Live, 4i-a5 , 4i-56.

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dans ses anciens rivaux, Ariarathe et les Séleucides. Les Rhodiens apprenaient à leurs dépens que le don qui leur avait été fait de la Lycie n'ôtait rien à Tautorité de Rome *. Peu de temps avant la mort de Philopémen , Lycortas disait en pleine assemblée au commissaire romain, Appius Claudius : « Je sais que nous ne vous parlons pas ici comme a des alliés à des alliés, comme une nation libre, mais « comme des esclaves qui se justifient devant leurs maîtres. « Car enfin, si elle ne fUt pas vaine cette proclamation qui « voulait que les Achéens avant tout fussent libres, si un « traité a été posé, si une alliance et une amitié égale est « observée, pourquoi, lorsque je ne m'informe point de ce « que vous, Romains, vous avez fait après la prise de Ca- « poue, demandez-vous compte * de ce que nous, Achéens, « nous aurons fait aux Lacédémoniens que nous avons « vaincus? »

Le plus mécontent de tous était Philippe ; chaque jour il connaissait mieux la foi romaine, et si les brutales tyrannies ' d'un tel prince ne lui retiraient tout intérêt , on regretterait pour lui , comme pour les Achéens, Annibal et Philopémen , qui eussent pu encore assurer sa vengeance et la délivrance de FOrient.

On avait récompensé Philippe de ses secours contre Antiocbus et les Étoliens, par la remise de son tribut, le retour de son fils Demetrius et la cession de quelques villes ; mais il ne pardonnait pas au sénat la loi qu'on lui avait imposée de respecter dans ses États mômes les Alacédoniens qui avaient aidé sa défaite. On Tavait encore blessé, lorsque Acilius, ayant pris Héraclée aux Étoliens, lui ordonna

> Tite-Live,4i-6.

* Tile-Live, 39-37. L'historien dévoile ici, contre Vintemîoa constante de son récit , Todieuse politique de Rome , surtout s'il a composé le discours de Lycortas; alors l'amour-propre du rhéteur l'a emporté sur korgueil national.

^ Tite-Live , 4o-3 , 4 , 39-28.

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de s'éloigner de Lamia qu'il assiégeait par ordre du consul » et dont le consul reçut la soumission. Il préparait sans relâche de nouvelles ressources pour reprendre les armes , augmentait les impôts, exploitait de nouveau les mines, transplantait dans son royaume une multitude de Thraces qui lui fournirent des soldats K Bientôt des plaintes avaient été portées contre lui par les Thessaliens, les Âthamanes, et par Eumène. Trois commissaires romains ayant indiqué une conférence dans la vallée de Tempe (185) , Philippe s'y était vu réduit au rôle d'accusé , et , outré de colère , il avait récriminé, en ajoutant « que le soleil du dernier jour n'était pas encore couché. )> On lui donna tort provisoirement jusqu'à plus ample information '. Il déclara aux Romains qu'il n'attendait plus d'eux rien d'équitable ; c'était quelques mois avant le discours de Lycortas. Dès qu'on vit le roi de Macédoine en disgrâce, il arriva de tous côtés de nouvelles plaintes multipliées et minutieuses (183) , et l'intercession de son fils Demetrius le sauva seule d'une déclaration de guerre *.

Cette menace indirecte indique assez qu'on attendait en ce moment ou qu'on savait peut-être déjà la nouvelle de la mortdePhilopémen et d'Annibal. Toutefois, on aimait encore mieux attendre aussi la mort de Philippe, et placer sur le trône le jeune Demetrius, dévoué à la république, ou, ce qui serait bien plus commode, on espérait une guerre civile dans la Macédoine ^ ; car Philippe avait un premier fils , Persée, né d'une mère méprisée, lequel n'aspirait pas moins à régner. Philippe, aigri contre les Romains, prit facilement ombrage du fils que les Romains protégeaient, et, à la fm, trompé par les calomnies de

* Tite-Live , 39-33 , 24.

> Tite-Live, 39-2)1 36, 27,98, 2g.

3 Tite-Uvc, 39-47.

♦ Tite-Livc,4o-6.

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