‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 4 sur 87 · ÉTRUSQUES · texte numérisé non relu

ÉTRUSQUES

semble les sacrifices à Vulsinii et réglaient les intérêts communs, c'est-à-dire ceux de la caste supérieure; le reste travaillait, laboureurs et artisans groupés à Fentour. L'obscure et triste religion des Tusques consacrait la propriété et la puissance; tous les arts se rapportaient à la religion ; des rites sacrés présidaient à la construction des murailles, gardaient Tenceinte des villes et les limites des champs. Les^ violati(Mis de limites étaient menacées par la colère céleste des plus terribles fléaux, tempêtes^ maladies, ruine des récoltes, dissensions civiles» La divination fut dans Tantiquité la science propre des Étrusques ; ils surpassèrent tous les autres peuples à inspecter les entrailles des victimes , le vol des oiseaux ; seuls ils surent examiner la foudre , en tirer des présages et peut-être la diriger ^ ; cette réputation leur resta longtemps encore après qu'elle ne fut plus un privilège de caste, après la ruine de la nation , après le mépris des auspices '; elle devint leur métier et conserva leur nom, et, tant qu'il y eut un païen en Italie ^ il y eut des aruspices toscans'.

Ce peuple cultivait la médecine, la physique, l'astronomie ; il avait un système de chronologie exact par la com-* binaison d'une année lunaire et cyclique. Gomme toutes les nations florissantes de l'antiquité, il posséda l'empire de la matière. Le delta du Padus est un monument de ses travaux agricoles. Il traçait un écoulement aux lacs des anciens cratères éteints, enfermait les fleuves à travers ses moissons et ses pâturages ; son architecture carrée et cintrée, ses murs épais à règle droite , qui remplacèrent dans

> Tite-Live, i-3i, 5-i ; Den. d'IIal., 5-i i ; Ovid., Fast^ 3-337 :

Eliciunt cœlo te , Jupiter, nnde minore* Hune quoque te célébrant, Eiiciumque vocant.

• Tac., i^n. , ii-i5.

' Sozoni.,g-6; Juv., t3-6a{Titc*Llve, S*i5, 97*37.

toute ritalie la construction cyclopéenne , ses colonnes qui ont fait Tordre toscan, ses statues, ses urnes, une marine nombreuse et commerçante , divers arts industriels, peuvent donner quelque idée de la civilisation étrusque.

L^action de ces derniers venus sur les premiers habitants est aussi certaine qu'impossible à déterminer. Vers le milieu du vni« siècle, on ne voit plus en Italie que trois races bien distinctes : les Tosques , au nord ; les Grecs-Hellènes, au midi ; entre eux étaient les Osques, mélange de toutes les anciennes colonies, partagés en deux grandes popula-^ tions: les Sabelliens, pasteurs montagnards, qui comprenaient les tribus diverses et souvent ennemies des Marses , des Èques , Samnites, Lucaniens, etc. , et les Latins ou Sabins, laboureurs habitants de la plaine, c'est-à-dire les tribus du Latium et de TAusonie : aussi trois langues , le grec, le tosque et Tosque ; la seconde, malgré un grand nombre d'inscriptions qui subsistent, est rœtée inconnue; la troisième avait trois dialectes : Tosque , le sabin et le latin*.

Selon la tradition rcmiaine, le Latium était déjà un royaume au temps d'Énée, qui en épousa l'héritière, Laviiiia, fille de Latinus. Ascagne fut roi à son tour et fonda une nouvelle capitale , Albe-la-Longue *. Son treizième successeur, Numitor, détrôné par un frère ambitieux , vit mettre

* les ^meuMS tables Eugubines sembleraiehtJlKiâtquer dans leurs cinq inscriptions en ombre mélë d'étrusque, une quatrième' langue , peui*étre au>t«i ancienne que les autres , quoique ces tables 'ne remontent pas au-delà du iv« nccle avant l'ère vulgaire. Voyez Schœil , Histoire de la liU, rom. , et lot notes si curieuses de la traduction des Lettres de FronUm et de Marc-Juivle par M. Cassan , 1. 1 , n. ^Z.

« Virg. , j€neid. , 1-269 -

At puer Ascanius , oui nunc co(piomen lulo Additur ( llus erat , dum res stetit Uia regno ) , Triginta magnos volvendismeusibus orbes Impcrio explcbit , regnumque ab scdc Latîni Transftfrct , et longam maguâ vi muniet Aibam.

PONllÀTION 1» 10i». 9

sa fiUe Rhea Sylvia parmi les vestalesç mieuè )e dieu Biars épousa la petite-fille de Vénus. Elle mH^^u inonde deux jumeaux; l'usurpateur Àmuliuslesatondonna sur le Tibre, qui les reporta sur ses bords. Un berger du roi trouva les deux enfants allaités par une louve ; il les fit nourrir par sa fenune Acca Lauraitia; il les éleva avec soin, soupçon* nant leur naissance : c'est Fhistolre de Cyrus. Devenus grands, ils se firent de bergers chasseurs, renversèrent Amulius, rétablirent leur aïeul, ^ allèrent avec leurs com-* pagnons de fortune bâtir une nouvelle ville.

Le Tibre , en descendant du nord-est à la mer, entre TÉtrurie et le Latium, cinq lieues avant son embouchure, tourne au bas de plusieurs collines, autrefois couvertes d'osiers , de chênes , de lauriers et de hêtres. Ces ombrages et une multitude de sources vives y entretenai^t un air pur au milieu d'une région insalubre K C'était enfin le séjour de leur enfance, illustré par H«t;ule, vainqueur de Cacas, et par Évandre, dont la ville Pallantium ou Palatium, depuis longtemps disparue, avait du moins laissé son nom à l'une des principales collines de la rive gauche, le mont Palatin. Les deux frères , Romulus et Remus, choisirent cette hauteur à peu près au centre des autres , y traçant une enceinte pour y renfermer quelques cabanes et y défendre leur troupe et leur butin. Un camp grossier, comme celui d'une petite horde de Tartares, avec un retranchement creusé à l'entour, ainsi commença la ville étemelle. Une querelle s'émut entre eux pour le nom et le gouvernement; les présages en décidèrent. Romulus fiit roi et nomma Rome: l'autre railLi et brava d'un saut l'étroit fossé de rempart * ; il fut tué , ou

* Cie.,ile?rp., a-(i;Ovid.,Faff., f-s^t :

Ipse Rolum coliiicujus|ilacidUsiniaIaevuin

R.iclitareiKMÎ Tibridis iinda lalux.

Ulc ubi nanc Roma est , tune ardiia sylva virel»ui ,

Tantaquc res paiicis pascua bobiis crut.

• F'.onit, i-i.

\nm oA t>i^t les armes des deux côtés et il périt danâ la mêlée (784).

Ce n'était encore qu'une image de ville ; les habitahl s manquaient. Gomme tous les fondateurs , Aomulus attira les hommes obscurs et pauvres, en ouvrant près de là un asyle entre deux bois sacrés. Tout y était bleîi reçu, esclaves, débiteurs, meurtriers, pâtres de toute race*; il encom-^ posa le peuple romain; il créa cent sénateurs, dont il fit le premier corps deTÉtat; il les honora du nom de pères, oi leurs descendants gardèrent le titre de patriciens ,• le reste demeura peuple {pUbéiens).

Il fallait des femmes aux Romains ; ils en demandèrent à leurs voisins : ouvres aussi un asyle pour les femmes, ré^ pondit-on. Alors ils enlevèrent les filles sabines dans des j eux en Thonneur du dieu Cousus , où 1 a curiosité avait amené une multitude de ftimilles étrangères. Un pareil outrage demandait vengeance. Pendant que le roi des Sabins, Tatius, la prépare, les Céninien», impatients, marchent d'abord^ mais ils sont battus ; leur roi , Acron, est tué de la main dô Romulus , et ses armes sont les premières dépouilles opimts consacrées à Jupiter Férétrien*. La légion rotnaitie^ a le même succès ensuite contre les Antemnates et les Cruslu-

> Plut. »IIofM.{Tite-LivC| 1-8,3-1.

Âb infamt gentem d«(lucU diiylo M.-ijorum primus qiiisquis fuit illc tuorum , Aut pastor fuit \ aut illinl quod dicere nold.

* Properce t 4*' ^ •

Nunc Jovis iucipiam causas aperirc feretri

Armaque de ducibus trina rcccpta trihiis , Imbuis czemplnm primée tu , Romule « paliaie

IIujus etexuviisplenus ab hoste replis, Tempore quo portas CeniQum Acrona petcntem

Victor in eversum cusptde fundis equum.

Hic spolia ex humeris atisus sperare Quinnis

Ipse dcdit, sed non sanguine sicca suo.

3 Tilc-Live, i-ii.

SABINS. il

minicna : troia combats, trais villes prises, trois colonies étaUiesen échange des vaincus, incorporés aux Romains sur la prière d'Hersilia, femme de Romulus. Les Sabins vinrent plus tard, mais plus redoutables, Romulus avait élevé des forteresses sur trois collines prochaines. L'une fut livrée par la jeune Tarpeia * : la bataille se donna au bas , dans le lieu qui fut depuis le Forum. Les Romains cette fois prirent la fuite , Romulus eut peine à les ramener , et , malgré son vœu à Jupiter Stator , la victoire ne se décidait point, lorsque les femmes enlevées coururent se jeter entre les combattants. On s'accorda; elles obtinrent du moins grâce pour leurs époux, car les Sabins firent les conditions. Us babitèr^t la colline Tarpéienne, nommèrent cent nouveaux sénateurs; Tatius partagea le pouvoir avec Romulus, la pique sabine(çutm) devint Tarme de la hîgion; les Romains s'honorèrent eux-mêmes du nom de Quirites, Ce fut le titre distinctif des habitants de la cité, et pédant plusieurs siècles il n'y eut pas de titre aussi fier au monde '. Cinq ans après, Tatius fut assassiné : Romulus ne punit point ce meurtre et régna seul. Il ne souffrit pas les ravages de so|i territoire par les Tusques de Fidènes et de Yéies. Fidèi)^ vaincue reçut colonie romaine ; Yéies céda

0QC Tarpeia taum lempus nita oonveiift liMtcm. P«cta li^t , p4ctM i|«» fiiKura comcs.

At Tmîiu» BcqiM eDin sc«lari «ledit kotiis honorem :

Kub<;,aiC , . . .

Dixit, et ingest'fs comitum super obruit armis.

A duc« Tarpeio optons es( cognomca adcptus. • Cw,, ik suppl^t n. 167 j OriU,, Fast, , 1 1-477 :

Sivequod liasta quiris pris^cis est dicta Sabiois:

Bellicus a telo vcnit in astra Dcus.

Sivc suo reg^ nomen j^osuerc Quintes

Scu quia Romanis juoxerat illu Cures.

12 mSTOmB HOflAINE.

une partie de son territoire , les Septempagi. Assola par sa gloire et raffection du peuple, Romulus devint de^t6 et odieux au sénat. Un jour qu'il passait Tarméc ài revue près du marais de la Chèvre * , un orage éclata et les dispci'sa tous; Romulus ne rcpamt plus, il avait été enlevé au ciel. Les sénateurs le dirent, et cette parole fut rrçue d'alx)rd avec acclamation ; mais une sourde défiance se répandant qu'ils l'avaient mis en pièces , le sénateur Proculus annonça que le roi lui élait apparu dans un éclat céleste ; dieu Quirinus^ il demandait un temple, et promettait à Rome l'empire du monde : on n'en douta plus (716).

Api'ès un an d'interrègne, où le sénat essaya de garder le pouvoir , le peuple exigeant un nouveau roi , Numa Pompilius, Sabin de Cures, fut élu pour sa grande sagesse; il avait des entretiens secrets avec la nymphe Égérie, dans le bois sacré d'Aricie. Rome lui dut la plupart de ses institutions religieuses, et les gages mystérieux de son empire. Les peuples voisins respectèrent son règne tout pacifique. Ce long repos indique la puissante influence des Sabins et de leurs mœurs dans Rome, dont ils commencèrent la ci* vilisation. L'humeur belliqueuse reparut avec Tullus Hostilius (672). On avait he&m de sa valeur. Albe, mère et rivale de Rome, en voyait avec jalousie les accroissements. Les deux cités cependant remirent leur destinée aux mains de trois guerriers choisis dans chaque armée. Deux Horaces tués, le dernier sans blessure tua les trois Curiaces blessés, et Albe fut sujette de Rome; mais les vaincus soulevèrent secrètement les Véiens; et trahirent les vainqueui-s dans la bataille. Us achevèrent ainsi de se perdre; TuUus, après la victoire, fit écarteler leur chef, et prononça 4a destruction d'Albe. La sentence aussitôt exécutée, les Albains passè-

t Otid., Fduf., ti-49t '

Est locus : antiqui Capre« dixêre paludem , etc.

LES KOl>. <3

hnt de la métropole dans la colonie. Les principaux Albains furent sénateurs, et le roi 'fit bâtir, pour les assemblées du sénat, le palais Hostilien. Rome prétendit dès-lors succéder à la domination d'Albc; de là tant de guerres contre les Latins et les Sabins.

Ce règne finit malheureusement : Tullus, atteint d'une maladie contagieuse, voulut revenir aux cérémonies religieuses qu'il avait négligées; Jupiter Elicius le foudroya '.

640. On élut Ancus Marcius, fils d'une Sabine : roi religieux et guerrier, il vainquit les Latins par des attaqiies multipliées, détruisit Politorium, prit Tellenœ, Ficana, établit une colonie dans Medullia et Cameria, battit également Sabins et Étrusques, enleva à ceux-ci la forêt Mœsia, <îtendit ha domination de Rome jusqu'à la mer par la colonie d'Osti^, autour de laquelle il fit des salines; il transféra les Latins vaincus à Rome. Ce ramas de population s'accroissant toujours, il fallait une police plus sévère, et une prison menaçante s'éleva au-dessus du Forum •;

La cité nouvelle était l'asyle des étrangers; là il n'y avait point de castes. Le Corinthien Démarate, réfugié à Targuitiii, avait transmis à son fils des richesses, mais sans crédit. Celui-ci, poussé par sa femme Tanaqiiil, était venu à Rome avec le nom de Tarquin, et se donnant comme un hicumon. Accueilli par les Romains et bientôt par Ancus, il avait obtenu sa confiance, et enfin, à la mort de ce prince, la tutelle de ses fils. Tarquin demanda pour luimême le pouvoir au peuple, qui le lui donna (616). Nul roi n'avait été avant lui aussi magnifique et aussi puissant. li commença et finit son règne par de belles et utiles constructions : le grand cirque, où il fit célébrer des jeux étrusques; des portiques autour du Forum; le mur en pierre autour de la ville; des égouts pour en assainir les

« Titc-Live, i-3i* a Tite-Live, i-3t, 34.

parties basses, les fondements d'un temple à Jupiter sur la colline Tarpéienne. Tout cela fut entrecoupé de trois longues guerres contre les Latins, les Sabins et même les Étrusques; il accrut de leurs défaites le territoire, la population et l'enceinte de Rome. Assassiné, dit-on, par mie conspiration des fils d'Ancus, il eut pour successeur son gendre, Servius Tullius, né dans Tesclavage, ou fils de la reine captive de Comiculum (578). On ne sait si le nouveau roi fut établi par la volonté du sénat sans le consentement du peuple*, ou par le peuple malgré le sénat *. Il reste des traces d'une autre tradition plus vraisemblable ; pendant le règne précédent (590) , de nouveaux Gaulois, conduits par Bellovèse , franchirent les Alpes et enlevèrent toutes les villes au nord du Padus, excepté Mantua; d'autres émigrations de Génoraans, Lingones, Boïens, Senones, repoussèrent encore les Étrusques jusque dans le Picenum. Les Ambrons reparurent vraisemblablement alors dans les Ombriens (Om6rt), Une population retombant sur l'autre, la confédération de l'Amo, l'Étrurie, dut être troublée du çontrdHîoup; quoiqu'il en soit, une armée d'Étrusques vint à Rome avec un lucumon, Cœlius Yibenna. Tarquin leur donna ou ils prirent la colline Querquetulane, et l'ajoutèrent à la ville. Après Yibenna, son fidèle compagnon Mastama s'appela Servius Tullius, nomma cette colline le Cœlius , et il occupa heureusement le trône '. Sa valeur obligea les douze lucumcmies à une alliance, et il cimenta l'union des Romains et des Latins par des sacrifices communs dans le

» Tit€*Livc , 1-4 1 ; Cic. , De rep. , 2-21.

» Den.d'Iïal., 4-3.

^ Fragment d'un dise, de l'caipereur Claude jVarr.^ Deling. lat; ^iTetLvA». Sous Tarquin-rAiicica ou un autre roi, dit Tacite , ^nn., 4^5, il n'est pa» douteux que le» Étrusqucsi ont habité ici , même dans la ville basse et près du Forum, d'où ce quartier s appelle le quartier toscan. Titc-Live, 2-1 5, rapporta l'origine de ce nom à l'établissement des Tosques de Porsenna après sa défsûto près d'Aricie.

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