‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 41 sur 87 · MACÉDOINE CONQUISE · texte numérisé non relu

MACÉDOINE CONQUISE

Persée, il fit empoisonner Demetrius; puis, ayant découvert la vérité, il prit Persée en horreur et mourut de chagrin (179), au moment où il faisait venir des Bastames en deçà du Danube, pour les pousser contre Fltalie après Textermination des Dardaniens. Les événements n'avaient donc pas tourné au gré des Romains; mais la mort de Philippe leur donna fort à propos le temps de préparer la guerre qu'ils destinaient à la conquête de la Macédoine *.

Persée n'était qu'un ambitieux vulgaire , sans courage ni habileté; il ne songea d'abord qu'à s'affermir, demanda humblement l'aUiance de Rome, et ne chercha, pendant cinq années, qu'à gagner l'affection de ses sujets et des peuples de la Grèce. Il y réussit. Prusias et le roi de Syrie se lièrent a^ec lui ; Carthage reçut secrètement ses ambassadeurs et se tint prête. Eumène vint dénoncer une nouvelle ligue à Rome '.

Le Macédonien se perdit lui-même par sa mauvaise foi, son avarice avec ses alliés et sa lâcheté avec les Romains. Quoiqu'on désirât généralement qu'il fût vainqueur, il n'entraîna ouvertement dans son parti que le brave Cotys, roi des ThracesOdryses ' : avec ce faible secours, il aurait cependant pu vaincre, s'il eût osé ; mais il n'osa même pas commencer. Les Romains n'ayant encore à envoyer ni général > ni armée, il demanda et obtint comme une faveur une suspension d'armes. Les commissaires Marcius et Atilius la désiraient plus que lui ; ils se vantèrent au retour de l'avoir joué et d'avoir rompu, à la faveur de cette ruse, la confédération béotienne qui penchait pour ce prince *. Sans un parti considérable en Macédoine, qui voulait chasser les Romains de la Grèce , Persée eût même imploré la paix du

« Tite-Live , 40-57 , 4a-53.

» Tite-Live, A*-^» >* > «2.

3 Tite-Live, 42-51, 43-3.

• Tite-Live,42-43,44,47.

SSÛ HISTOIIB ROMAINE.

consul Licinius, qui arriva enfin (171). Alors le roi dirigea ses quarante-trois mille hommes sur Gitium. Depuis Alexandre , aucun roi de Macédoine n'avait eu une si belle armée, U la conduisit ensuite à Sycurium, au pied de TOssa, où il s'arrêta au lieu de prévenir Fennemi , qu'il « eût pu dé« faire très-facilement » dans les défilés de TÂibamanie *. Il attaqua pourtant près du Pénée : la cavalerie italienne faX mise en déroute par une charge des Thraces ; mais, après ce coup hardi , il arrêta sa phalange pleine d'ardeur qui s'avançait contre le camp romain, à moitié vaincu. Le lendemain, en voyant le consul en sûreté sur l'autre rive, il reconnut sa faute de n'avoir pas , au moins pendant la nuit, détaché ses troupes légères et détruit la plus grande partie de cette armée en désordre dans le passage du fleuve. Licinius dut être fort surpris de recevoir du vainqueur une ambassade qui demandait la paix, et Persée bien plus encc^re de la réponse qu'on lui rapporta, qu'il remit entièrement lui et son royaume à la discrétion du sénat.

Pendant que le prince réitérait ses instances et ses offres d'argent pour acheter un traité , la nouvelle de son succès , répandue en Grèce, y découvrait la disposition des esprits ; ses ennemis même se réjouissaient. A peine si Ton prit garde à l'expédition du préteur Lucretius , qui , ayant touroé le Péloponnèse avec une flotte , était entré de force dans Haliarte. Ces espérances lurent tristement trompées. Persée manqua de mettre le feu au camp ennemi , ensuite de lui enlever un convoi de mille charriots, et, aussitôt découragé , il retourna dans son royaume. Il ne sut profiter ni de l'ardeur et du nombre de ses troupes, de la force de sa phalange, ni de l'invention des cestrosphendones, courtes flèches qui partaient à la fronde comme une balle, et portaient de terribles blessures * ; ni de l'incertitude des Romains, de

» Tite-Live , 4a-5i , 54 , 55.

* Tite-Live , 4a-6i , 66 , 5i , 58 , 65.

MACÉDOINB CONQUISE. S3i

réloignement de leurs provisions , de Fincapacité de leurs généraux, ni enfin des alliés que ceux-ci lui donnèrent euxmêmes par leurs injustices et leurs rapines ^ Les Épirotes passèrent ainsi forcément de son côté : ils faillirent prendre le nouveau consul Hostilius (170). L'armée romaine ne put davantage avancer en Thessalie , et une tentative contre Uscana, ville d'IUyrie, fut honteusement repoussée. Persée 8*empara lui-même de cette ville, pour fermer de ce côté rentrée de la Macédoine , et sollicita Gentius , roi des Illyriens Labéates , de faire cause commune avec lui.

Même en se réduisant à la défensive, Persée était encore invincible ; en couvrant toutes ses frontières ^ il semblait n'avoir laissé aucun accès aux ennemis dans son royaume , « à moins quMls ne descendissent du ciel *. » Un troisième consul , Marcius Philippus, ne s'engagea qu'avec une extrême imprudence et des appréhensions continueUes dans les défilés de l'Olympe et du marais d' Ascuris , où les soldats les plus agiles avaient beaucoup de peine à faire quinze milles en deux jours. Deux combats acharnés , en le rendant maître d'un sommet qui ne donnait de place que pour trois hommes de front , l'avaient mis dans la position la plus dangereuse : il ne pouvait rester dans ce poste, ni rétrograder sans péril, et un grand désastre était possible. Mais Persée , dans une Inconcevable apathie , parcourait avec sa cavalerie légère les côtes menacées par la flotte romaine ; il entendait presque les cris et le bruit de la mêlée, et il n'envoya pas un détachement pour soutenir ses troupes fatiguées. Le consul employa quatre jours à descendre dans la plaine , et il eût encore sufQ d'une poignée d'hommes pour détruire toute cette armée, roulant le long des précipices avec les éléphants et les bagages. Le roi, épouvanté

» Tite-Lire , 4i-5a , 64 . 65 , 43-3.

■ Florus, s- 12

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de celte irruption qu'il n'avait pas su arrêter, se crut vaincu, ordonna de jeter aussitôt à la mer ses trésors de Pella , de brûler ses vaisseaux à Thessalonique, et se réfugia lui-même à Pydna ^ Cependant tout le résultat de cette campagne si heureuse fut d'assurer les communications et les approvisionnements des légions ; nulle part la flotte n'avait eu de succès. Eumène, piqué de ce qu'on ne lui avait pas permis de camper avec les troupes romaines, avait quitté le préteur et le consul d'assez mauvaise grâce ; les Rhodiens signifiaient qu'ils étaient las de la guerre ; le roi de Syrie, Antiochus-Ëpiphane, envahissait l'Egypte, et Gentius, compromis par une fourberie de Persée, prenait les armes.

Tout cela exigeait qu'on finit promptement avec la Macédoine; ce soin échut au consul Paul-Émile. Avant de partir, il avertit les quirites qu'il ne négligerait rien pour réussir, les priant, de leur côté, de ne plus régler dans leurs cercles et leurs festins les opérations de la campagne , ce qui pouvait troubler un général moins ferme que Fabius. A l'armée, il fit trois changements utiles : le commandement à haute voix étant mal entendu et mal interprété de tous, s'exécutait mal et parvenait jusqu'à l'ennemi; il décida qu'un tribun donnerait l'ordre secret au primipile de la légion, qui le ferait passer de proche en proche à chaque centurion. Il défendit en outre que les sentinelles portassent, d'après une coutume nouvelle , leur bouclier en faction ; car ainsi , le casque en tête , le corps appuyé sur la javeline et la tête sur le bouclier, elles s'endormaient et pouvaient être suiprises. Dans les postes avancés , les cavaliers restaient armés tout le jour avec leurs chevaux bridés; ainsi , dans les chaleurs , hommes et chevaux , également fatigués , résistaient moins facilement à des troupes fraîches : il ordonna donc que les postes fussent relevés le matin et à

* Tile-LWe,44,(!c a à 7.

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midi ; il rappela ensuite que c'était aux soldats de se tenir toujours prêts, au général seul de diriger. On ne vit pas un seul oisif dans le camp; chacun disposait ses armes ou s'exerçait au maniement*. Des deux côtés on s^tait qu'une action décisive approchait. Bientôt la renommée publia la conquête rapide de TlUyrie et la captivité de Gentins par le préteur Anicius. Alors Paul-Émile sortit de l'inaction, il parut vouloir tenter de passer l'Énipéeet d'attaquer les retranchements opposés. Persée, tout occupé de ces mouvements, apprit que le fils du consul gravissait l'Olympe pour s'emparer du fort de Pythium et tourner les Macédoniens; il envoya un détachement soutenir le poste qui gardait le défilé; mais le passage fut forcé. Le roi se replia sur Pydna : le consul le suivit, on en vint aux mains; la phalange macédonienne marchait pour la seconde fois contre la légion romaine, mais aujourd'hui sur un terrain commode. Cette phalange se composait de deux corps, les Leucaspides et les Aglaspides. Lorsque Paul- Émile vit au premier signal les Macédoniens joindre leurs boucliers et baisser leurs sarisses, ce rempart hérissé de fer et impénétrable le frappa de surprise et d'effroi; il dissimule son trouble : mais les premiers rangs des Romains sont renversés et mis en fuite; ceux qui suivent hésitent et n'approchent que timidement. Le consul hors de lui par la douleur et la colère, déchire sa cotte d'armes; cependant il observe : l'inégalité du terrain , le mouvement même de la phalange, entr'ouvrait par intervalle cette masse flottante; il saisit ce moyen, ordonne à ses soldats de se jeter en formant le coin dans tous les vides qu'offriraient les rangs ennemis; il conduit lui-même ainsi la seconde légion. L'expédient réussit : dès qu'une fois on fut entré dans la phalange , ces petites attaques multipliées la déchirant de tous

• Titc-Live , 44-33 , 34.

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o6tés\ ce M une déroute générale (468). La victoire de Pydna livra la Macédoine et son roi aux. Romains. Persée , se sauvant avec peine dans File de Samothraoe, y fut bloqué par la flotte romaine. Là, trahi de tous et même d*un favori auquel il avait confié ce qui lui était le plus cher^ quand il vit ses enfants livrés, il quitta Tasyle sacré d'un temple où il s'était retiré, et, comme « une bête fauve à qui Ton a pris ses petits, « il vint se rendre à discrétion. Il fut c(mduit au camp du consul *.

* Tite-Ltre , 44-40.

' Plut., Paul-ÉmiU, 37; Vell. Paterculiu, i-io.

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