TRIOMPHE DE PÀUL-ÉMILE
rappeler les mêmes tribus. Servilius défendit avec force le projet de loi et la cause de Paul-Émîle: «(Soldats, dit-il « en finissant, je vais descendre au milieu de Yoxks, je vous « observerai au moment du suffrage, et je noterai les « indignes et les ingrats qui prétendent non obéir à leur « général, mais l'assujettir à une basse complaisance. » Toute eette foule se trouva tellement changée , m Fécoutant, qu'elle vota unanimement le triomphe ^ La cérémonie dura trois jours des calendes de décembre (167). « Elle « surpassa tout ce qu'on avait vu de plus beau jusqu'alors. « Le peuple, en toges blanches, remplissait des espèces « d'amphithéâtres dressés dans le Forum et dans tous les « li^ix où cette pompe devait passer. Tous les temples, « ouverts et couronnés de guirlandes , fumaient d'encens. « Les licteurs et les gardes , écartant sans cesse la foule « nombreuse et mouvante, tenaient dans tout le chemin « un large espace libre. Le premier jour suffit à peine ft à faire défiler les statues et les tableaux placés sur « deux cent cinquante chars. Le second jour, on transporta « tout ce qu'il y avait de plus magnifique dans les armures ce macédoniennes, dont le fer et l'airain récemment polis « jetai^t un brillant éclat. On voyait entassés , comme au 0i hasard, dans une contusion artistement préparée, cas* « ques et boucliers, cuirasses et bottines , targes Cretoises, « mêlées aux pavois de Thrace, avec des carquois, des « firtins et des rênes, entre des épées nues , menaçant çà « et là de leur pointe , et des sarisses qui s'allongeaient « en dehors. Toutes ces armes tenues seulement par des «( liens assez lâches , s'entrechoquaient dans la marche « avec un bruit martial , et , quoique vaincues , avaient « quelque chose de terrible. Ensuite s'avançaient 7^ va^ Il ses pleins d'argent monnayé, chacun porté par quatre
» Tile4iTC, 45-36, 59; Plut., Paia-£mife,S3-34.
â5â HISTOIRB ROMAINE.
« hommes et contenant trois talents. Une troupe bien plus « nond)reuse offrait aux regards des cratères d^'argent, « des coupes de formes diverses , les unes disposées avec « art, les autres admirables par le poids, la grandeur et le « travail. Dès le matin du troisième jour, des trompettes «c guerrières ouvrirent la marche comme pour une haie taille. Suivaient cent vingt hoeufs aux larges flancs, aux « cornes dorées , couverts de handelettes et de fleurs. Ils «c étaient conduits par des jeunes gens ceints d'écharpes « richement travaillées; des enfants les accompagnaient « tenant des patères d'or et d'argent. On portait encore « de Tor monnayé dans soixanteniix-sept vases, contenant c( trois talents chacun. Puis paraissait une coupe sacrée, « du poids de dix talents d'or, garnie de pierreries et faite « par l'ordre de Paul-Émile; après cela, les antigonides, « les séleucides, les thériclées et toutes les autres coupes ce d'or qui avaient orné les tables de Persée. Derrière le «t char du roi, chargé de ses armes et de son diadème, « marchait la troupe des captifs ; Bitis , fils du roi Cotys, « et envoyé comme otage par son père en Macédoine ; en- «t suite les enfants de Persée avec tous leurs maîtres et « leurs gouverneurs, qui tendaient les mains en pleurant « vers les spectateurs, et instruisaient ces infortunés à imet plorer la pitié des vainqueurs. Il y avait deux fils et une « fille qui intéressaient d'autant plus, qu'ils étaient d'un « âge à comprendre à peine leur malheur. Cette vue arra- « chait des larmes; une secrète tristesse pénétrait Famé, a et ne laissait plus jouir de toute cette fête tant qu'on « avait ces enfants sous les yeux. Après ses fils venait, « vêtu de deuil, Persée , comme un homme frappé de stu- « peur et auquel l'excès de ses maux a ôté tout sentiment, a II était suivi d'une foule d'amis et d'anciens courtisans , « dans une affliction profonde, les yeux toujours fixés sur «c lui et le visage baigné de larmes. Persée avait fait sup-
TRIOMPHE DE PAUL-£]fILE. 2S3
« plier Paul-Émile de lui épargner cette ignominie. Paul- « Emile se mit à rire de la lâcheté de cet homme. 11 ne « tenait qu'à lui depuis longtemps , dit-il , et il ne tient « encore qu^à sa main ; voulant faire entendre qu'il n'avait
« qu'à se tuer pour échapper à l'opprobre Ensuite se
« présentaient quatre cents couronnes d'or, envoyées au « consul par les villes de la Grèce et de l'Asie, en félicia tation de sa victoire; présents d'un grand prix, sans « doute, si on considère la valeur, mais accessoire médio- <c cre aux immenses richesses qui furent portées dans ce a triomphe. Valerius d'Antium évalue la somme de l'or et tt de l'argent qu'on y fit paraître à 20 millions de sesterces ; a mais, en estimant les choses en détail, d'après son réa oit même, la somme a dû être bien plus considérable *. » Le trésor public se trouva, en effet, assez rempli , et le tribut des vaincus suffisant pour délivrer les citoyens romains de la capitation '. Enfin s'avançait le triomphateur sur un char magnifique ; sa vieillesse ajoutait à la majesté de son visage : vêtu d'une robe de pourpre brodée d'or, il tenait dans sa main une branche d'olivier. Parmi l'illustre suite qui l'accompagnait, étaient ses deux fils, Fabius et Scipion. La cavalerie par turmes, et l'infanterie par cohortes, fermaient la marche avec les chansons d'usage, mêlées de satire et de gloire. Chaque fantassin eut cent deniers, chaque centurion en eut le double, el chaque cavalier le triple. On croit que Paul-Émile eût doublé cette gratification s'ils ne se fussent opposés à son triomphe '. Celui d'Octavius et d'Anicius fut moins brillant, mais plus fêté par les soldats. On relégua Gentius captif à Iguvium , et Persée dans Albc, où il ne tarda pas à mourir. Un seul de ses enfants sur-
« Tile-Live, 45-3.9, 40; Vint., Paiil-émile , 35, 36; Vell. Paterc, i-io : m UU millies ceniies sestertium. »
« Plut., Paul-Émile , 4 1 ; Cic, Dr offic, i i-aa ; Pline , 33-3. 3 Plut. , 16., 37 ; Titc-Live , 45-4°.
IM IIISTOlM ftOMAINft.
vécut, le [lus Jeune, Alexandre, qui deyint un habile touN neur; il apprit et écrivit si bien la langue romaine, qu'on finit par le nommer scribe, charge qu'il remplit avec beaur coup d'intelligence *•
Prusias, roi de Bithynie, sembla venif tout exprès à Rome, Tannée suivante, pour représenter dignem^it Fhumiliation générale des peuples et des trônes. Ce fut sur le Forum, devant le tribunal du préteur, en présence de la multitude accourant avec curiosité, que ce prince^ qui recevait, la tête rase et en bonnet d'esclave, les ambassadeurs romains, offrit son hommage aux dieux de la cité, au sînat, au peuple romain, et ses félicitations de tant de succes. Introduit dans le sénat, il se prosterna, baisa le seuil de la porte, appelant les pères conscrits ses dieux tutélaires; il demanda la permission d'acquitter un vœu qu'il avait formé pour la victoire du peuple romain, en immolant dix grandes victimes dans le Capitole , et une dans le temple de la Fortune, à Préneste*.
• Plut., Pani-Èmile, \o,
• Tite-LUe, 4^~44> Appit?» , Guerre île Milhridute.