PUBLICAINS
FÉtat; Forgueil des nobles les favorisa. Galon, censeur, ayant mis à prix Fadjudication de ces fermages, Flaminius , se liguant avec les ennemis de Caton , seconda de sa faction les instances et les piteuses larmes des publicains ; le sénat céda et cassa les marchés. Les censeurs, toutefois , écartèrent , par un édit , tous ceux qui avaient éludé les conditions des baux précédents , et n'accordèrent que de faibles réductions*.
On peut penser cjue les chevaliers n'avaient pas attendu jusque-là pour s'emparer d'une pareille source de richesses. Parmi les citoyens qui avaient le cens équestre, les uns, c'était le plus petit nombre , recevaient un cheval de l'État, les autres s'équipaient et servaient à leurs frais, et tous n'étaient point appelés au service en même temps ; cependant ils ne devaient être employés que dans la cavalerie. Pour ne pas multiplier extraordinairement les exemptions, on dut préférer, dès l'origine, comme fournisseurs, les citoyens du cens équestre non enrôlés, et qui étaient exempts légalement par leur position. D'ailleurs , on trouva plus convenable de confier la perception des tributs chez les peuples conquis, à des hommes plus capables de représenter, par leur rang, la suprématie de Rome et le droit de conquête.
Quoi qu'il en soit , les publicains , traitant avec l'administration, étaient, sans nul doute, des chevaliers, au plus tard sous la censure de Fulvius Flaccus et de Posthumius Albinus(174), et l'appui de l'ordre équestre leur donnait déjà une grande force à Rome. On le vit clairement sous la censure de Sempronius Gracchus et de Claudius Pulcher (469). Ces magistrats s'étaient montrés fort sévères à l'égard des chevaliers, ils en avaient mis à pied un grand nombre ; l'ordre équestre s'offensa de cette rigueur , mais
' IMm., Cat,, 87 , Flantin.t «7 ; Tile-Livc, 39-44.
bien davantage de l'ordonnance suivante : «que nul de ceux qui avaient pris à ferme les impôts ou les travaux pubJics sous la censure de Fulvius et de Posthumius, ne se présentât aux nouvelles adjudications, et n'y entrât même à titre d'associé. » Comme les anciens publicains n'avaient pu obtenir, par leurs plaintes fréquentes, que le sénat mît des bornes au pouvoir des censeurs , ils trouvèrent enfin un défenseur dans le tribun Rutilius, qui avait lui-même un mécontentement personnel. Un de ses clients , alBFranchi , avait été contraint par les censeurs de démolir un mur qui gênait la voie Sacrée , et même de payer une amende, malgré l'opposition du tribun , que les autres n'avaient point soutenu. Le recours des publicains fournit une vengeance à Rutilius, et aussitôt il proposa, par une rogation, de casser les adjudications des censeurs, et d'en ordonner de nouvelles , dont personne ne fût écarté. Les censeurs se présentant pour combattre cette loi , on écouta Gracchus tranquillement: Claudius fut interrompu et ordonna le silence par un crieur. Le tribun , prétendant que c'était une atteinte à son autorité , quitta le Capitole où il avait convo(iué. Le lendemain , débats plus vifs ; confiscation prononcée des biens de Gracchus , pour avoir condamné à l'amende un citoyen malgré son appel et l'intervention d'un tribun. Il accusa ensuite Claudius de lui avoir enlevé la présidence dé la dernière assemblée , et les cita tous deux en jugement comme coupables d'un crime d'État. Les censeurs, pressant eux-mêmes le jugement, montèrent, surle-champ, au temple de la Liberté , scellèrent les registres, fermèrent le bureau, renvoyèrent les esclaves publics , et déclarèrent qu'ils ne s'occuperaient d'aucune affaire avant que le peuple n'eût rendu sa sentence. Claudius comparut le premier ; huit centuries de chevaliers l'avaient déjà condamné , quand les principaux de la cité , déposant leurs anneaux d'or, prirent le deuil et adressèrent leurs prières au
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peuple. Mais la fermeté de Gracchus fit davantage : comme on lui criait de tous côtés qu'il n'avait rien à craindre , il jura que, si son collègue était condamné, sans attendre son propre jugement, il l'accompagnerait en exil. Claudius, à la fin , étant absous , non sans peine , le peuple refusa de faire comparaître Gracchus *.
Les publicains avaient donc déjà assez de force pour agiter la république avec leurs intérêts particuliers. Deux ans après , la délibération du sénat sur le sort de la Macédoine achève de nous révéler ce qu'était ce nouveau corps. Afin de pouvoir dire que les Macédoniens et les Illyriens étaient libres et plus heureux sous la protection romaine, on voulait , du moins, les traiter, à quelques égards, mieux que n'avaient fait leurs rois , et l'on abolit les taxes sur les mines et l'afiermement des terres cultivées , « car ces deiix choses ne pouvaient s'exécuter sans publicains, et , où il y avait un pubhcain , les droits de l'État se trouvaient perdus, ou bien les alliés opprimés *. » Ainsi s'était constituée, assez rapidement', une bourgeoisie financière qui servit d'abord de lien entre le peuple et la noblesse par une communauté de pillage; mais une fois en possession exclusive des perceptions de la république , devenus ses fermiers généraux , les chevaliers ne tardèrent pas à élever , contre la noblesse et le sénat , une rivalité funeste , qui remit en mouvement la démocratie.
» Titc-Live, 43-16.
* Tite-Live, 45-18.