‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 60 sur 87 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

DEUXIÈME RÉÀCnON DÉMOCRATIQUE. — G AIUS GRACCHUS.

La première émeute, qui ensanglanta le Capitole et meurtrit un tribun , fut faite par les nobles. L'aristocratie crut vaincre ; sa victoire , en effet , fut impitoyable , mais inutile. Il ne s'agissait plus d'une lutte de droit , mais de domination et de vengeance entre des riches et des pauvres également corrompus. Plus d'une fois encore l'aristocratie l'emportera , parce que les masses populaires n'ont de courage et de force que par accès ; mais ces masses demeurent mécontentes et toujours prêtes au premier ambitieux qui voudra les soulever.

Afin de séparer de la cause de Tiberius celle du peuple , le sénat pamt ne plus s'opposer au partage des terres , et permit de nommer un nouveau triumvir : ce fut Licinius Crassus Dives, beau-père de Caius (132); mais la mort d'Appius fournit un prétexte de suspendre les opérations. On avait eu soin d'éloigner de Rome Nasica, dont la présence entretenait une irritation dangereuse ; il ne pouvait I. 30

se montrer en public sans être poursuivi par les noms de tyran et de sacrilège , par des menaces de jugement et de meurtre. Le sénat lui avait donné , sans aucune nécessité, une commission en Asie. Nasica , errant de côté et d'autre, dévoré de chagrin, mourut en peu de temps à Pergame K

Les troubles apaisés , on n'avait plus qu'à pacifier la Sicile , et se mettre en possession du royaume d'Attale. Le consul RupiJius força Tauromenium , puis Enna , la place d*armes des esclaves ; leur roi , obligé de s'enfuir , fut trouYé dans une caverne ; il tomba malade et mourut en prison, liupilius acheva s(m ouvrage en établissant de sa^es règlements, qui eussent pu assurer la prospérité de cette province , s'ils eussent été observés. La guerre passa aussitôt en Asie. Un Aristonic , fils d'Eumàie , ^it l'audace de reprendre son héritage ; la plupart des villes du royaume le préférèrent à l'administration romaine. Licinius Crassus, un des triumvirs agraires , nommé grand-pontife après Nasica, et ponsul après Rupilius , ne s'était jamais occupé que de jurisprudence ; il voulut faire cette guerre : il fiil battu à Leucœ , fait prisonnier (131) , et , pour échapper à sa honte , il ne trouva d'autre moyen que de frapper aux yeux , avec sa baguette , le soldat qui le gardait ; comme il l'espérait, celui-ci le tua. Un autre consul, Perpenna, prit à son tour Aristonic , et mourut peu après ; un troisième consul , Aquilius , vint achever la victoire. Plusieurs villes se défendaient encore , il en empoisonna les sources pour les contraindre à capituler •. Il triompha pour cet exploit , et le malheureux Aristonic fut étranglé dans sa prison. Ainsi le royaume de Pergame fut définitivement la province d'Asie.

Le départ de Licinius , et bientôt sa mort, ne laissaient

1 Plut, Tih., 26.

• Florut,3-iiVeU.^2-3.

plus qu'un triumvir^ Caius, qui n'avait que dix-tteUfans |uand son frère périt; depuis ce temps, il ne paraissait plus en public et vivait retiré chez lui : privé maintenant de rappui de son beau-père, il semblait résolu à passer dans la retraite le reste de sa vie; quelques uns môme en conîlurent qu'il blâmait les entreprises de Tiberius*. Cependant tin tribun, Papirius Carbon (131), présenta une M^ sans rapport direct aux débats récents , mais non sans conséçfuence pour l'avenir : il proposait le scrutin secret dans le ^rote des rogations', et cette loi ftit adoptée. Une seconde inspira plus de défiance, en donnant au peuple le droit de continuer à son gré dans le tribunat le même citoyen. Émi-* lien était alors à Rome, avec la gloire de Numance; soutenu du sage Lelius, iî^ combattit ce projet. On savait qu'Émilien , en apprenant devant Numance la mort de Tiberius, son beau-fr^e, avait prononcé ce vers de YOdyssée :

Ainsi puisse périr tout imprudent semblable 3.

Ce héros, « aimé plus que tout autre, et par les plus justes motifs , » faillit perdre par ce mot Taffection du peuple * ; son ascendant triompha encore des efforts de Carbon ; mais ce démêlé ranima Témotion passée.

Il se trouva que les censeurs furent tous deux plébéiens pouf la première fois (151), par hasard sans doute, car Metellus et Pompeius tenaient tous deux à la noblesse. Cette circonstance n'influa en rien ; mais Metellus ayant chassé

* Plut., Caitis ,18.

* Cic, De leg.y 3-i 6 î Rosin , 6-3.

* Plut., Tib., a 7.

Odyss.f I-47»

* Plut., Tih., 37.

552 mSTOIRB ROXAmB.

du sénat un Âtinius Labéon, celui-ci se fit nommer tribun (130) , et, pour se venger, attendit un jour avec ses viateurs son ennemi au passage, le saisit et Fcût jeté en bas de la roche Tarpéienne, si un autre tribun, accoura avec les quatre fils de Metellus, ne Teùt délivré. Atinius, du moins, prononça une confiscation contre lui , et, pour rentrer sûrement au sénat, il porta une loi qui faisait de droit tout tribun sénateur délibérant^.

La hardiesse revenait aux magistrats du peuple; Caius jugea qu'il était temps de reparaître : il défendit devant les tribunaux (129) un de ses amis nommé Yettius, et le peuple l'entendit « avec une joie d'enthousiasme et de fureur. » Il est vrai que les autres orateurs ne semblaient plus que des enfants auprès de Caius'. « Il ne fut plus possible de laisser incomplète la commission agraire; Fulvius Flaccus et Carbon devinrent triumvirs avec lui, et la loi Sempronia fut remise à exécution. Quelques riches résistèrent rt mirent des gardes sur leurs domaines ; les triumvirs portèrent des accusations devant les juges , et ainsi commencèrent une foule de difficultés et de procès. Les contestations portaient principalement sur la vente ou le partage des terres limitrophes aux possessions des alliés. Il fallait constater comment ces terres avaient été vendues ou partagées ; les actes n'en étaient pas tous subsistants, et quelques personnes étaient ainsi dépossédées , faute de pouvoir prouver leur propriété. Si les actes subsistaient, ces actes étaient eux-mêmes objet de litige. Lorsqu'on faisait un nouveau partage, les uns étaient transférés d'un fonds déjà préparé, et muni d'une villa, sur un terrain nu; les autres d'un fonds en rapport sur un terrain marécageux. D'autres aussi empiétaient , au mépris des lois, sur les champs con-

• IVoftin , 8-6 ; Pline, 7-44 1 9-^\-

• Plut., Caius, at).

8GIPI0N-ÉMILIEN. 355

tigus. Enfin le temps seul changeait beaucoup la face des choses; il était presque impossible de reconnaître les usurpations des riches après tant de changements d'habitants et d'habitations. Un grand nombre d'Italiens qui avaient le plus à souffrir de tout cela, vinrent se plaindre à Rome *.

Les nobles réclamaient aussi, et tous recouraient à Soipion-Émilien. Le héros, n'osant pas attaquer ouvertement la loi agraire , pour ne pas offenser le peuple, conseilla au sénat de transférer à d'autres les pouvoirs des triumvirs. Sous prétexte qu'il fallait préalablement distinguer les limites de chaque héritage et les terres domaniales, on chargea un consul de cette opération, qui n'entrait point dans les attributions des triumvirs. Sempronius Tuditanus parut s'en occuper d'abord avec zèle, puis, tout-à-coup, il partit pour l'IUyriequi demandait sa présence. Les pauvres Japodes portèrent la peine des exigences du peuple»: on les accusa d'avoir ravagé les frontières de la république ; une campagne suffit pour soumettre le pays qu'ils occupaient depuis la mer jusqu'au Savus.

Le peuple ne s'y méprit pas; il n'en voulut pas au consul, mais à Scipion. « Pour lui le peuple avait offensé souvent des citoyens puissants; il l'avait nommé deux fois consul contre les lois , et cependant Scipion préférait au peuple les alliés mêmes du nom italien •. » Les triumvirs ne manquèrent pas non plus d'attaquer publiquement Scipion. Un jour, Caius et Fulvius lui demandèrent ce qu'il pensait de la mort de Tiberius; Scipion répondit qu'il la croyait juste, puisque Tiberius troublait l'État; alors des murmures s'élevèrent de toutes parts : « Les cris des armées ennemies, reprit-il, ne m'ont pas fait peur; croyezvous m'émouvoir par .les vôtres? » Et comme les cris re-

* Appien, £^^vXia»v , i ; uniques et obscures ezpIîcatioDs.

• Appieti, E/uf.> ».

954 Histotks ftdMAtiai.

doublaient : « Misérables ! que serlez-Vous sans mon pèiti Paul-Émile et sans moi? Qu'ils se taisait, ceux dont htalie n'est pas la vraie mère! Tout libres que tous êtes , je ne Tdus craindrai jamais , vous que j'ai ametiés ici à la cfMe ^ » Tous se turent à ces mots ; mais les triumvirs vaincus résolunmt de se débarrasser par tous les inoyeDs de cet homme si imposant A la multitude. Us revinrent contre lui avec plus de violence, et le bruit se réfiandant que le dessân était pris d'abroger par la force la loi agraire, GaiuS) dans ses invectives publiques, alla jusqu'à dire qu'il fallait se défaire du tyran. Les injures de FùlviUs succédèrent; Scipion repoussait tout cela par son sang^froid. Au sortir de l'assemblée, les sénateurs et une foule d'Italiens le reconduisirent en triomphe à sa maison. Ce fut le plus beau jour de sa vie, ce M aussi lé dernier : on le trouva mort dans son lit le lendemain. A cette nouvelle, Metellus s'écria sur la place publique : « Accourez , citoyens , les remparts de Rome sont renversés , car Scipion- TAfricain dormant dans ses péîiates a péri sous une criminelle violence. i» Et quand on fit les obsèques , il voulut que ses fils aidassmt à porter le corps au bûcher, en leur disant : « Allez aux funérailles du plus grand homme que Rome ait produit, vous ne verrez jamais son égal; » et Metellus cependant avait été constamm^t en f ivalité perscmnelle avec Scipicm*.

Les soupçons tombèrent sur Fulvius^ même sur Caius, même sur sa sœur Sempnmia; le peuple ne voulut permettre aucune recherche de ce crimes dans la crainte que Caius n'en fût trouvé complice '•

Les nobles, inquiets, se ccecertèrent pour empêcher

* Plut., Tib., 27 ; Vell. Pat., i-3 ; Val. Max., 6-2.

• Val. Max., 4-ta<

» Plut., Caiw, 40 j Vell., a-3.

Caius de parvenir au tribunat. Il arriva que le sort le désigna questeur pour accompagner dans la Sardaigne révoltée le consul Aurelius Orestes (126). Ses ennemis le virent avec plaisir s'éloigner, et lui-même ne fut pas fâché d'échapper, du moins en ce moment, au désir de ses amis et du peuple qui l'appelaient au gouvernement *. En son absence, le sénat reprit le dessus : le tribun Junius Pennus porta une loi qui obligeait les Italiens de partir, en leur interdisant la cité , et une autre qui ajoutait l'exil à l'amende de la loi Calpumia contre les concussionnaires *. Le peuple, de son côté< éleva au consulat suivant Fulvius, un de ses triumvirs.

Fulvius, détruisant par deux rogations celles de Pennus, donna le droit de cité à ceux des Italiens qui ne seraient point admis au partage de terres'; mais bientôt, embarrassé entre l'opposition des nobles qui ne veulent rien accorder, le peuple de Rome qui veut avoir seul les terres, et les Italiens , qui ne se contentent pas du droit de cité , il saisit la première occasion que le sénat lui présente de quitter Rome (125). Il passe les Alpes pour réprimer les Salyens, qui troublaietit de leurs incursions Marseille, la fidèle alliée de la république. Les alliés d'Italie, auxquels on n'a donné qu'une espérance , prétendent au moins être citoyens chez eux. Frégelles se soulève la première ; le préteur Opimius écrase aussitôt cette révolte sous les ruines de la malheureuse ville, et prévient ainsi un grand péril ♦.

Gains, pendant ces événements, ne se laissait point ou-* blier. Sa valeur brillante, sa justice dans le commandement, son affectueuse déférence pour le consul, sa jeunesse

* Plat., Caius, ig,

* Cic, De offic.j 3-11 , Declar. oriU., aS; Vell. Pat.» a; Cic. i Pro Balbo; Kosin, 8-a , 3o.

3 Appien, j^^., i ; Val. Max., 9^, 9*8} Vell.,a-^t Rosine 8^.

* Cic, /n Pison, 39.

356 mSTOIRS ROMAINB.

tempérante et laborieuse, achevèrent sa réputation. Le sénat ayant fait droit à la réclamation des villes de Sardaigne , qui refusaient au consul de fournir des vêtements pour ses soldats pendant un hiver rigoureux, Gaius obtint, par persuasion, ce qu'un ordre consulaire n'avait pas obtenu. Les soldats furent vêtus; ils lui durent encore leur subsistance. Les ambassadeurs de Micipsa , roi de Numidie, vinrent annoncer au sénat que ce prince , par considération pour Gains, avait envoyé du blé en Sardaigne. Ainsi Gains était également agréable aux soldats et aux alliés. Les sénateurs ne purent contenir leur dépit , ils chassènmt les ambassadeurs , ordonnèrent le rappel des troupes , en prorogeant le commandement d'Orestes, afin que son questeur fût obligé de rester aussi ^ Gaius, à son tour , n'écoutant que sa colère, s'embarqua aussitôt et reparut à Rome, au grand étonnement de tous , même du peuple , car un questeur ordinairement ne quittait point son général. Ses ennemis lui en firent un crime ; les censeurs le citèrent (124) : il répondit qu'obligé seulement par les lois à dix campagnes, il en avait fait douze ; qu'il était resté plus de deux ans questeur auprès de son général , quand la loi n'exigeait qu'une année : « Et , ajouta-t-il , je n'ai consulté « pour ma conduite dans la province que mon devoir , le « bien de l'État, et non mon ambition. Point de festins chez « moi, point de débaucher ; vos fils, les esclaves même, « trouvaient plus de retenue et de décence à ma table que « sous la tente du général... Nul ne dira que j'aie reçu un « as ou plus d'un as en présent. Enfin, seul de toute tt cette année , j'avais emporté mes ceintures pleines d'ar- « gent et je les ai rapportées vides ; tous les autres ont cm- « porté leurs amphores pleines de vin , et les ont rapporte tées pleines d'or et d'argent '. »

> Plut., Caius, Zo,3t

• Aut Gell., 1 5-1 s ; Plat., Caius, 3t.

CAIUS 6RÀCCHUS. 357

Il n'y eut personne , après ravoir entendu , qui ne fût persuadé qu'on l'accusait injustement : il était impossible de ne pas Tabsoudre. On lui suscita plusieurs autres accusations, et surtout on le poursuivit comme complice de la révolte de Frégelles ; il se justifia pleinement et fit tomber jusqu'au moindre soupçon.

Quand il n'aurait pas eu jusque-là l'envie de reprendre les projets de son frère et de le venger S une telle persécution ne lui laissait plus d'autre ressource pour échapper à la haine des nobles , que de l'affronter ; il demanda le tribunat. Coméhe, retirée en Campanie près de Misène, depuis la mort de Tiberius, lui écrivit deux fois pour le détourner de cette résolution*: il semble, dans ces lettres assez peu touchantes, qu'elle ne voulût que se disculper d'avance des malheurs de son second fils. Il n'y avait plus de sécurité pour lui, son parti était pris ; la noblesse s'efforça vainement de l'écarter. Il vint de toute l'Italie une telle multitude de citoyens pour son élection, qu'ils ne trouvèrent pas à se loger dans Rome, et que le Champ de Mars ne pouvant contenir cette foule immense, un grand nombre votèrent du haut des maisons. Toutes les intrigues des grands ne réussirent qu'à le mettre à la quatrième place ; mais il fut réellement le premier par son éloquence et par le souvenir de son fi-ère •. Nul n'avait alors cette parole pleine et ardente, a On ne sait, avec une plus longue vie , s'il eût jamais eu son égal *. » Sans cesse , dans ses discours, il rappelait Tiberius: «Infortuné, où me réfute gier, où aller? Au capitole? le sang d'un frère y coule ; Cl dans ma maison? j'y verrai une mère infortunée aussi» tt pleurante et abattue. » Et, en disant ceci, ses regards, sa

> IMuC, Caius, ag; Cic, |>e div., i-a6; Val. Max:, t-7, 6.

■ Andrë Schott , Pra^inents de Cornélius Nepos,

* Plut., CaiW, 3a.

^ Cic, De orat , 3-56 , De clar. orat., 33.

999 HiCTons loijimi.

TOiXf son geste^ disaient tenir les larmes inêmë à ses ennemis^ : «(Vos pères, continuait-il, ont déclaré la guerre m aux Falisques pour avoir insulté Genucius , un tribun « du peuple ; ils condamnèrent à mort C. Yeturius , parce « que, seul , il avait refusé de se ranger devant un tribun « du peuple traversant le Forum. Et ici , ceux-là ont , à « vos yeux même, assommé Tiberius sous leurs bâtons; « son corps a été traîné du Gapitole dans les rues et jeté « dans le Tibre. Ses amis ont été saisis, mis à mort sans « aucime forme de justice. Cependant , c'est une des plus « anciennes lois de Rome, qu'un citoyen accusé d'un « crime capital ne comparaissant pas, un crieur aille, « dès le matin^ à la porte de sa maison, l'avertir, à son de « trompe, de comparaître, et les juges ne vont jamais aux « voix que cette formalité ne soit remplie ; tant nos ancê- « très avaient établi de précauticms et de formes pour la « sûreté et la vie des citoyens*, d Rien ne se perdait de cette voix forte, qui portait au loin. Toute la multitude l'entendait et était émue.

Quand il eut ainsi préparé les esprits , il proposa deux lois : l'une , que tout magistrat déposé par le peuple ne pourrait exercer aucune charge ; l'autre renouvelait ainsi la loi Porcia : « qu'un citoyen romain ne soit pas condamné à mort sans l'ordre du peuple ; qu'un magistrat qui sévit contre un citoyen romain ^ sans jugement préalable , soit lui-même traduit devant le peuple *. » Un de ses collées, Cœlius, ajouta cette rogation : « que le scrutin fût introduit dans les jugemmts de crime d'État ^, n qui avaiait été

* Glc, De oraL , 3-56 , Dé eton omf.> 3S.

• Plut., Caius, 3a.

3 Plut. , Caius, 33; Cic, De leg., 3 , ProBabir,, Pro Cluênt; Pro âomo,Jn, Verr. : • 0 nomen dulce libertatis ! 6 jus eximium Dostrae cWitatit ! ô lex Por^ cia , legesque Semproniae ! » Rosin, 8-a.

^ Rosin, 8-3; Gic, De leg.,Z.

UIUS GRÀCCHUS. S5&

exceptés par la loi Cassîa. La première de ces lois s'appli^ quait évidemment à Octavius; Caius la révoqua lui-même à la prière de Cornélie. Popilius sentit que la seconde lui demandait compta du bannissement qu'il avait prpnpnpfé , comme préteur, contre les amis de Tiberius. Il pcéyifit um condaomatioQ et s'exila lui-même,

Tiberius ét£|.it vengé. Le peuple attendait dav^nt^e : ea effet , arrivèrent bientôt à la suU^ toutes pe$ loi$ Sempro^ niermes, si populaires et si odieuse^ au sénat. — Coofiroia? tion de la loi agraire, mesures d'exécution et étabil^mmoi de colonies ; Thabillement des soldats mis à la cbarge du trésor , sans dimipution de solde ; défense d'enrôler les jeunes gens avant dix -sept ans accomplis; distributim fixe de blé à bas prix , par mois , aux citpyeos pauvres K Enfin, dans les comices peniuriates, le sort devrait désigner seul dans les cinq classes la centurie prérogative '. Caius n'oubliait pas les alliés; il s'éleva contre les indignes traitements qu'ils avaient à subir des magistrats romains. « Le consul, dit-il (c'était un Flamininus), est allé récemment à Teanum-Sidicinum : sa Jemme signifia qu'elle voulait se servir du baiQ des bommes. M. Marius ordonna donc au questeur sidicin de faire sortir ceux qui se baignaient. La femme se plaignit à son mari qu'on y avait mis peu d'empressement et de soin : en conséquence , un poteau fut dressé sur le forum de la ville ; oa y amena M. Marius, un des habitants les plus distingués de ce municipe , on le dépouilla de ses vêtements , on le frappa de verges. Dès que les Caléniens surent cela, ils ordonnèrent que personne n'allât aux bains quand un magistrat romain serait chez eux. A Ferentinum, notre préteur a fait, pour la môme cause , arrêter les questeurs ; l'un s'est précipité

* Florus, 3-16; Plut., Caius, 34 ; Rosin, 8-12, 14.

* Ro8in , 8-3 ; SaUuste * Fra$mc»Us,

360 BISTOIRS ROHÀINB.

du haut d'un mur ; l'autre, n'ayant pu échapper, a été battu de 'verges *. » Caius, pour les soustraire à de telles tynmnies, fit donc donner d'abord aux Latins le droit de cité, qu'il voulait étendre ensuite à toute l'Italie *. Enfin les chevaliers ne redoutaient pas moins que le peuple les sénateurs dans les tribunaux. Caius crut le moment venu de détacher Tordre équestre de la cause des nobles ; et, rappelant les concussions d'un Cotta , d'un Salinator, d'un Aquilius , acquittés par des juges corrompus , malgré les témoignages des députés des provinces encore présents à Rome, il proposa de transférer les jugements aux chevaliers *. « Et quoi de plus convenable à l'équilibre du gouvernement que d'appuyer au moins l'autorité des chevahers sur la possession des jugements, puisque le sénat réglait les provinces? Et cependant, pourquoi l'ordre équestre, se séparant du sénat, voulait-il être maître des tribunaux, sinon par cupidité, du moins pour s'enrichir dans les jugements comme dans les fermes ^ ? »

Caius n'y prit pas garde. On dit que la loi acceptée, il laissa échapper cette parole : a C'en est fait de la puissance du sénat ! p Le temps en montra bien la vérité *. U ne laissa pas pour cela au sénat la disposition absolue des provinces ; car il l'obligea, par une autre rogation , de désigner chaque année, avant les comices d'élection, les provinces consulaires qui devaient être ensuite données au sort*. En proposant la loi sur les tribunaux, il eut soin d'observer toutes les formalités nécessaires ; mais au lieu que les orateurs jusqu'alors se tournaient , en parlant, vers le sé-

* Fragments de Caius daDs Aulu Gclle, i o-3.

■ Appieii,H/;t<|>., I ; Plut., Caius, 34 ;Floru8, 3-13; Vell., «-5; Rosio, S^. î Plut., Caius, 34; Appien, Fyu^., ij VeU.,a4.

* Florus, 3-i4, «3.

S Appien , Eft^., i*

V Rosin , 8*8 ; Cic, Pro domo , In vatin., De provinc»

CAIU8 GRÀCCHUS. 561

nat et le comice, Gaius commença de se tourner vers le côté du Forum où se tenait la multitude, et, depuis, il s'en fit un usage. Ce léger changement fut d'une grande importance *. Sa pose et ses regards transportaient ainsi la souveraineté du sénat au peuple. Ce fut le premier acte de démocratie ; déclaration muette, mais expressive, qu'il n'y avait pas moyen de contester, et qui contenait tout l'avenir de la république.

Le peuple triomphait déjà en espérance ; il témoigna sa satisfaction à son nouveau chef, en lui conférant le droit de choisir seul les chevaliers qui devaient siéger comme juges. Caius répondit magnifiquement à cette confiance; il fit décréter l'établissement de nouvelles colonies , la construction de greniers publics et de grandes routes, il se chargea de diriger lui-môme toutes ces entreprises. Il faisait tirer ces grandes routes en ligne droite, à travers les difiicultés du terrain, comblant les marais et les ravins, jetant des ponts sur les torrents et les eaux stagnantes. Ces constructions de pierres énormes, parallèlement assises et unies , comme un seul bloc , dans du sable battu , offraient dans la longueur de leur surface plane une voie aussi agréable à la vue que solide. Des colonnes , placées de chaque côté, mesuraient le chemin en intervalles égaux, que les Latins appelaient des milles ; et , à distances plus rapprochées, d'autres bornes, plus petites, donnaient aux voyageurs la facilité de remonter à cheval *.

Ceux mêmes qui haïssaient ou craignaient le plus Caius, ne voyaient qu'avec étonnement son intelligence et son activité. Le peuple ne pouvait se lasser d'admirer son jeune tribun, occupé de tant de choses à la fois et sufilsant à tout; sans cesse entouré d'entrepreneurs, d'ouvriers, d'am-

» Plut., Cahis, 34.

• Plut., Caius, 35, 36.

562 HISTOIRB EOaiAIIfE.

bassadcurs, de magistrats ^ de soldats^ de gens de lettres, leur répondant à propos, avec une douceur familière, selon le caractère de chacun , sans rien perdre de sa dignité, plus populaire encore dans le commerce journalier que dans ses harangues politiques; de telle sorte que ses ennemis, qui lui reprochaient des manières hautaines, une humeur violente, se trouvaient à chaque instant convaincus de calonmie ^

Page 1