‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 62 sur 87 · CAIUS GRACCHUS · texte numérisé non relu

CAIUS GRACCHUS

porter Tingrat Fannius, se présentait, soutenu d'une faction nombreuse. Cette candidature du destructeur de Frégelles n'inspirait plus de défiance à un peuple rassasié de lois populaires*, qui croyait n'avoir plus besoin de Caius, ni rien à craindre pour lui. Le jeune tribun devait être plus pénétrant : quoiqu'il sentit sa puissance affaiblie, avec un troisième tribunat il pouvait la relever et l'assurer; car la politique du sénat n'était bonne que pour un moment : de môme que la tactique de Fabius contre Annibal devait à la longue ruiner \s^ république en la défendant, le parti des grands ne pouvait tpnir à des flatteries et des profusions prolongées.

Caius fit en conséquence ses dispositions; il quitta sa, maison du Palatin , pour aller prendre près du Forum une habitation plus simple, au milieu de citoyens pauvres et obscurs. D proposa ensuite le reste de ses lois , résolu de les faire ratifier par les comices. Comme il s'agissait spécialement du droit de suffrage pour les Italiens, et des six mille habitants à désigner dans l'Italie* pour les envoyer à Junonia (Carthage), il appelait les Latins de toutes parts, et les rassemblait autour de lui; le sénat fit renvoyer par le consul tous ceux qui n'étaient pas naturels Romains. Lo]rsqu§ cet ordre étrange fut publié à son de trompe, que nul allié ne fût vu dans la ville, ni à cinq mille pas à la ronde* pendant un certain nombre de jours, Caius fit afificher une protestation , où il promettait son appui à tous ceux qui voudraient rester; mais il ne soutjnt pas son acte, caf ayant vu un de se§ amis et de ses hôtes traîné en prison par les Ucteurs du consul, il laissa faire, soit qu'il craignît de se compromettre par une tentative inutile, soit, comnje

* Plut., Caitis, 4o ) 4 ' •

* Appien , £^^(/X., i.

' Plue, Caius t 4s » Appien, £//^., i; Ro«m^

368 HISTOnS ROMÀINB.

il le disait lui-même, qu'il ne voulût pas donner à ses ennemis un prétexte qu'ils chercbaient de inrendre les armes et d'en venir à des voies de fait ^. Ainsi il se défiait de son pouvoir. Après avoir fiùbli à l'égard de ses amis, il fit une hardiesse d'autant plus imprudente contre ses adversaires. On devait donner un conôbat public de gladiateurs sur le Forum, et la plupart des magistrats avaient fait dresser des écha&uds, pour les louer, autour de la place. Gains ordonna de les ôter, afin que la place fût libre au peuple pour voir sans rien payer. Personne n'ayant obéi , Gains attendit la veille des jeux, et les échafauds furent abattus pendant la nuit. Ge coup de vigueur plut au peuple , mais offensa ses collègues et lui fit manquer son troisième tribunat, les autres tribuns ayant rendu un rapport infidèle des suffrages. Le fait ne fut pas avéré cependant *, et l'écbec de Gains peut s'expliquer aussi bien par les artifices de la noblesse : il n'était plus exclusivement aimé du peuple.

Gains ne sut pas supporter cet affront, et, comme ses ennemis en riaient publiquement, il leur dit , avec une arrogance imprudente, «c que c'était là un rire sardonique , » parce qu'ils ne voyaient pas quelle obscurité ses lois jetaient sur eux. Us ne l'avaient que trop vu , et ce revers, et ces rires, et le consulat obtenu par Opimius, annonçaient déjà qu'ils comptaient bien s'en venger. Gains en fut bientôt malheureusement certain. Le nouveau consul voulnt commencer l'exercice de sa charge par l'abrogation des lois Semproniœ et de la colonie de Garthage : on cherchait à irriter Gains , afin que ses emportements donnassent occasion de le tuer. Il fut d'abord assez patient; mais ses amis, et surtout Fulvius , ne le laissaient point en repos. Moins

# Plut., Caiu*, 4**

• PlttCy Caius, a4.

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généreux que loi , ils comprenaient mieux qu*il n'y avait point de générosité à attendre de la noblesse une seconde fois vici(»rieuse , et qu'il fallait soutenir les lois Semproniœ pour sauver ceux qui les avaient publiées. Il était trop tard pour agir mamtenant. Caius, à regret réduit à la résistance , rassembla denouveau assez de monde pour tenir tôte au couBul. On dit que sa mère soudoya même un certain nonabre d'étrangers, qui entrèrant à Rome déguisés en moissonneurs ^

Déjà on s'était hautement prononcé contre Junonia, cette ville nouvelle qui s'élevait sur l'emplacement funeste de la rivale de Rome; des lettres était arrivées, qui révélaient de sinistres présages : un vent impétueux avait brisé la première enseigne entre les mains du porte-enseigne, malgré sa résistance , dispersé les entrailles des victimes de dessus l'autel jusqu'au-delà des palissades d'enceinte; les palissades mêmes avaient été arrachées et emportées par des loups pendant la nuit*. Les augures déclarèrent qu'on ne pouvait mettre là des colons, et le sénat ordonna des comices pour décréter Fabolition de la colonie. Caius et Fulvius répondirent que ce prodige et ces lettres étaient un mensonge du sénat*. Au jour indiqué, les deux partis occupèrent, dès le matin, le Gapitole : le sacrifice achevé, le licteur Q. Antyllius, portant les entrailles des victhnes, dit à Fulvius et à ceux qui étaient auprès : Place aux honnêtes g^s, mauvais citoyens, et il ajouta un geste menaçant. A l'instant, cet homme fut tué sur la place à coups de poinçons, ce qui causa un grand trouble. Caius en fut afiligé , et reprocha vivement aux siens d'avoir donné à leurs ennemis communs un prétexte qu'ils cherchaient de-

< Plut., Caius, 43.

• Plut., CatW, 41 ; TertullicD , De pattio^i.

370 HI9T0IM ftOIUlUB.

puis longtemps. Opimius, en efibt^ saisit rocoasion, et excita le peuple à venger le meurtre d'un homme du peuple; une pluie qui survint ne fit que suspendre Pagitation n^s- 8ante«

Le lendemain, au point du jour, le sénat assemblé déli* bérait, lorsque des gens apostés par le consul mirent le corps d'Antyllius sur un lit funèbre, et le portèrent jusqu'au lieu de la délibération, avee; des cris et des gémissements affectés. Les sénateurs sortent pour voir ce que c'est ; le consul lui-môme témoigne de Tétonnement, et on se met à déplorer un malheur si affreux. Cette fausse douleur ne réussit pas cependant, et ralluma bi^itôt la haine du peuple contre les nobles : ils avaient tué de leurs propres mains, dans le Gapitole, Tiberius; ils avaient jeté son corps dans le Tibre, et aujourd'hui, parce que Antyllius, un misérable licteur, qui pouvait bien ne pas mériter la mort, mais qui se Tétait attirée, était exposé sur la place , le sénat environnait son lit funèbre , pleurait et suivait par honneur les obsèques d'un simple mercenaire! sans doute afin de se ménager lin moyen de faire périr le seul protecteur qui restât au peuple*.

Gomme il arrive assez ordinairement, le peuple commençait à voir ce que signifiait tout ceci et tout le passé ; mais il s'était laissé pousser peu à peu hors de la résistance, et il n'avait plus de défense légale ; il ne savait plus que faire. Le sénat ne perdait pas un moment : rentré dans la salle, il prononça le caveat consul, Opimius, muni de ce décret, ordonna aux sénateurs de prendre les armes, et aux chevaliers d'amener , le jour suivant , chacun deux serviteurs armés. Fulvius, de son côté, rassembla autour de lui une foule nombreuse pour résister. Caius, en se retirant, s'arrêta devant la statue de son père , et , après Ta-

» Plat., Calus, 43, 44; Appicn, E/u^., 1.

GAILS GBÀCCHU6. 371

voir considérée longtemps en silence ^ il s'en alla avec des larmes et de profonds soupirs. Le peuple fut vivement touché à cette vue , et, se reprochant les uns aux autres leur lâcheté et leur ingratitude envers un homme si dévoué à leurs intérêts « ils le suivirent , passèrent la nuit devant sa maison , et le gardèrent tristement silencieux, comme dans une calamité publique > songeant aux suites que pourraient avoir ces premières démarches; et ils se relevaient tour à tour pour prendre du repos.

Fulvius et les siens gâtaient cette cause par leurs audacieux propos, leurs cris de joie insensés et leur indigne débauche pendant cette nuit si triste» Quand le jour parut , on eut bien de la peine à les réveiller de leur sommeil et de leur ivresse. Ils s'armèrent des trophées remportés dans son consulat sur les Gaulois, et ils allèrent se poster ^ avec de grandes menaces^ sur rÂva[itin* Gaius ne voulut point s'armer ; il sortit en toge^ comme à son ordinaire ^ sans autre i^récaution que de port^ un petit poignard. Il était encore sur le seuil de la pcnrte , quand sa jeune femme , Licinia^ 6e jeta à ses genoux, et, l'arrêtant d'une main et t^Giant^ deFautre» sonfilsencore enfant^ elle lui disait: «Mon « GaiuSf tu ne me quittes pas aujourd'hui pour aller à la « tribune haranguer ou proposer des lois ; tu ne me quittes « pas pour une guerre glorieuse , qui me laisserait du moins <t un deuil honorable, si j'avais le malheur de te perdre; « c'est aux meurtriers de Tiberius que tu vas te livrer. Tu y * vas sans armes ; tu vas noblement tout souffrir plutôt « que de faire toi-même quelques violences. Tu périras, et- « ta mort sera inutile à la patrie. Les méchants triomphent « déjà: la force et le fer décident tout dans les tribunaux. « Si ton frère fût mort devant Numance , on eût obtenu son a corps pour la sépulture ; et moi, peut-être, il me faudra « redemander aux rives du fleuve ou de la mer tes restes « longtemps ensevelis sous les eaux; car , après le massa-

S72 filSTOttB ROKÀINB.

< cre de Tiberius, quelle confiance avoir dans les lois ei « même dans les dieux M »

Pendant qu'elle parlait ainsi , Gains se dégagea doucement de sa main , et sortit, sans rien dire , avec ses amis. Licinia, s'efforçant de le retenir, tomba sur le seuil et y resta longtemps sans mouvement et sans voix ; ses esclaves, la trouvant évanouie , la portèrent chez son frère Licinius Crassus.

Gains , arrivé près de Fulvius, M d'avis de négocier ; on envoya donc , un caducée à la main, le plus jeune des fils de Fulvius, parfoitement beau et plus intéressant encore par sa rougeur et ses larmes. Le sénat était assez bien dispc^; mais Opimius objecta que des coupables ne devaient pas traiter avec le sénat par des hérauts : « Qu'ils descendent « de leur montagne; qu'ils viennent eux-mêmes subir leur « jugement , et désarmer la juste col^ du sénat en se lift vrant. » Il défendit à cet enfant de revenir , à nioins que ces conditions ne fussent acceptées. Gains voulait aller aa sénat pour conclure une paix ; mais personne n'y consentit. Fulvius envoya une seconde fois son fils avec les mêmes propositions. Opimius , qui ne demandait qu'à atta* quer , fit arrêter cet enfant et marcha contre l'Aventin avec une troupe nombreuse, soutenue d'archers crétois. Plusieurs blessures, portées ainsi de loin, mirent bientôt le désordre dans la troupe opposée. Toutefois, on se défendait; Opimius, rencontrant plus de résistance qu'il ne pensait, proclama une amnistie pour tous ceux qui se rendraient, et une récompense pour qui lui apporterait la tête de Fulvius et celle de Gaius. Alors tout céda et prit la fuite. Fulvius se cacha dans un bain public ou dans un atelier ; comme on ne savait dans quelle maison le chercher, on menaça de mettre le feu au quartier : celui qui avait donné asyle à Ful-

* Plut.,Caitu, 45, 4G.

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vius, craignant de livrer un suppliant, le fit dénoncer par un autre ^ , et Fulvius flit massacré avec son fils a!né.

Personne n'avait vu Caius les armes à la main. Profondément affligé de ce désordre , il s'était retiré dans le temple de Diane , résolu de se donner la mort. Deuic de ses plus fidèles amis, Pomponius et Licinius, lui ôlant son poignard , le décidèrent à i\iir. On dit qu'alors il se mit à genoux, et, les mains tendues vers la déesse, il la pria do punir d'une perpétuelle servitude ces Romains ingrats et traîtres , qui l'avaient presque tous abandonné dès qu'ils avaient entendu publier l'amnistie.. Poursuivis tous trois , ils allaient être atteints près du pont Sublicius; ses deux amis se hâtent de nouveau, l'envoient devant eux, et, se retournant aussitôt, ils tiennent ferme à la tête du pont. Us combattirent avec tant de courage, que personne no put passer avant qu'ils fussent tombes morts sur la place. Caius n'avait plus avec lui que son esclave Pbilocrate; tout le reste « l'encourageait de loin, comme s'il se fût agi de disputer le prix d'une course dans les jeux ; mais personne ne venait à son secours, et ne lui présentait un cheval , quoiqu'il le demandât instamment '. » Il ne devançait plus ses ennemis que d'un court intervalle; il eut le temps de se jeter dans un bois consacré aux Furies ; là il se fit tuer par Pbilocrate , qui se tua ensuite lui-môme. Quelques historiens racontent que, rejoints enfin par les meurtriers, l'esclave serra si étroitement son maître dans ses bras , qu'il para les premiers coups , et que Caius ne put être frappé que lorsque Pbilocrate eut péri de ses blessures. Un homme inconnu coupa la tête du défenseur du peuple, et, comme il la portait au consul, un Septimuleius, ami d'Opimius , la lui enleva , parce que la proclamation promet-

* Appiea, E/u^.f i ; Vell., s-5, 6.

• Plut., Caitii, 47, 48.

574 niSTOI&E HOMÀIKE.

tait de payer au poids de Tor les têtes de Caius et de Fulvius. Septimuleius apporta au consul celle de Caius au bout d'une pique. « On prit des balances , et la tète se trouva peser dix-sept livres huit onces : » il en avait ôté la cervelle, et coulé à la place du plomb fondu. On apporta ensuite celle de Fui vins : c'étaient des hommes obscurs, Ds tf eurent aucune récompense. Les deux corps fur^t jetés dans le Tibre, avec ceux de trois mille de leurs partisans tués dans cette affreuse bataille. Leurs biens furent confisqués au profit du trésor public ; on défendit à leurs femmes de porter le deuil, et l'infortunée Licinia fut, en outre, privée de sa dot.

Ce n'était pas assez : ce jeune fils de Fulvius , envoyé au consul avant le combat pour offrir un accommodement, et qui était resté prisonnier , on le tua aussi *. Puis Opimius s'occupa de Mtir un temple à la Concorde , se faisant un triomphe du meurtre de tant de citoyens* Le peuple regarda ce monument comme une cruelle offense ^ et , la nuit qui suivit la dédicace du temple, on écrivit ce vers audessous de Tinscription :

La Foreur a dresitf ce temple à la Concorde *.

Faible consolation de tant de malheurs et de lâcheté! Trois mille citoyens n'avaient pas moins péri sans aucune des formalités de la justice , avec Caius Gracchus et Fulvius , l'un personnage consulaire , honoré d'un triomphe, l'autre, jeune encore, et « supérieur à tous ceux de son âge par sa gloire et sa vertu. » Opimius n'avait pas moins exercé le premier et impunément une autorité dictatoriale dans le consulat. On eut plus tard le plaisir de voir un tel

> Plut., Catus, 48, 49; Florus, 3-i6s VeU.« 3-6* * Plut., Caius, 5o.

CÀIU8 GRACCHUS. 575

homme vendre Thonneur de la république à un prince numide , et vieillir dans le mépris et la haine , sous une flétrissure légale. Jusque-là il put braver les regrets du peuple, passer tranquillement devant les statues qu'on éleva aux deux Gracques, devant les lieux où ils avaient péri , et insulter, par sa présence, à la consécration de ces lieux, aux prémices de chaque saison et aux sacrifices de chaque jour qu'y venaient offrir religieusement un grand noinbre de citoyens *.

Comélie disait , en parlant des édifices sacrés construits en l'honneur de ses fils, à Tendroit même de leur mort : a Us ont les tombeaux qu'ils méritent. » Elle continua de vivre dans sa maison deMisène , réunissant , comme auparavant, beaucoup d'amis et d'étrangers à sa table : elle avait toujours auprès d'elle des Grecs et des lettrés ; les rois lui envoyaient et en recevaient des présents. Elle charmait ses hôtes en leur racontant la vie de son père, Scipionr Africain ; mais elle excitait l'admiration lorsque , sans exprimer aucun regret, sans verser une larme, elle rappelait ce qu'avaient fait ses deux fils , tout ce qu'ils avaient souffert , comme si elle parlait de quelques personnages anciens qui lui fussent étrangers. Plularque appelle cela de la grandeur d'ame, l'effet d'un heureux naturel et d'une bonne éducation , « qui donnent tant de ressources à l'homme pour surmonter l'adversité. » Très-peu frappé de cette force stoïque, j'avoue que j'eusse mieux aimé voir pleurer Comélie, et que j'eusse été de ceux-là qui manquaient de sens, selon lui , lorsque , entendant le froid récit de cette mère , ils pensaient que la vieillesse lui avait affaibli l'esprit, ou que l'excès de ses maux lui avait ôté le sentiment*. Ce qui semblerait non moins étrange, c'est de lire dans

* Plot., Caius, 5o, Si .

* Plut., CaÎHS, 5i ; ScDcque , ConsoL à Belvia , i6.

576 HISTOIRE BOMÀINV.

Cicéron tant d'éloges et de regrets pour Opimius^, si on ne se rappelait que le grand orateur tenait à Faristocratie, et que, de son temps , on ne trouvait plus sur le Forum qne de la populace. Au reste, le peuple soufirait assez tranquillement lui-même Septimuleius. Et cet homme demandant un jour au consul Scœvola (117) de remmener comme préfet en Asie : « Insensé, lui répondit le consul, il y a ici tant de mauvais citoyens ; je t'assure que si tu restes à Rome, tu deviendras riche en peu de temps. » On ne voit pas que Septimuleius ait subi une autre « punition que cette raillerie*. »

Les Gracques, dans Fardeur de la victoire, dit Salluste, ne surent pas se modérer' : le mot est plus vrai de Tiberius que de son frère , et si Gains eût osé sans mesure , s'il eût attaqué non les abus, mais Taristocratie elle-même, il Feût renversée peut-être. Une victoire complète toutefois était encore difiicile : la constitution n'était pas encore assez usée, ni la nation assez avilie, et les Gracques avaient trop de vertu pour soulever une révolution qui ne devait assurar la démocratie sur les ruines des oppresseurs que par use oppression aussi cruelle et plus sanglante.

La noblesse , abusant en ce moment de sa sui)ériorité, s'était faite plus terrible que puissante ^ ; la haine com-

* Cic, In Piton. , g5 : « L. Opimiut ejectus est e patria, is qui pnetor^ consul nuudmit rempublicam periculis libérant... • Pro Plancio ,Z%:*W eniin presto fuissec mibi aut tam fortis coDsal quam L. Opimias. . . » IM.. 69 , 70 : k Opimium damnatum esse commémoras , senratorem ipsam reipablic« Galidiam adjungis. . . nam Opimii quidem calamitas utinam ex hominum raemoria posset evelli. Vulnus illud reipublicse , dedccus hujus imperii, turpitudo populi Romani non judicium putandum est. . . • M>e clar. omt., 34 • « CiTem praestantissimum L. Opimium , Gracchi interfectorem. » F<»ya encore De oratore , 9-39 ^^o. In Pison* , 9 1 39.

• royez De ortU,^ 9-69.

' SaU.,/iijr., 4** ^ Sali., /u^.y 4>«

CÀIUS GRÀCCHUS. 577

primée devait éclater plus violemment ; de la génération suivante allaient sortir des hommes qui ne valaient pas les Gracques, et qui , par conséquent, sauraient les venger : avant deux ans Marins sera tribun.

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