‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 65 sur 87 · I. ôù · texte numérisé non relu

I. ôù

Une telle honte ne pouvait se dissimuler à Rome *. sur toutes les places on ne s'entretenait dans les groupes que du fait du consul : grande irritation ohez le peuple, yiu appréhension au sénat. Approuveraitron, casserait-on ee traité) Comme Tinfluence de Boaurus empêchait toote bonne résoluticm, Memmius anima le peuples « Voilà quinie ans, disaiMl, que Tinsolenoe de quelques hommes vous joue s Yous laissea périr lâchement vos défiaoseiuB ; maintenant môme vous avez peur de vos ennemis , quand vous devriez les foire trembler. Et pourtant il n'est pas besoin de prendre les armes et de se retirer sur le mont Sacré, il ne faut que les laisser se précipiter euxHBtoas. Jusqu'à présent vous dévoriez votre colère en voyant les nobles voler le trésor, rançonner des rois et des peuples libres, usurper toute la gloire et les richesses; de tels crimes impunis ne sont plus assez pour eux. Aussi les lois , votre dignité, les choses divines et humaines, ils ont tout livré aux ennemis; ils le font sans honte, sans remords; ils se présentent devant vous superbement, plusieurs étalant en triomphe leurs sacerdoces et .eurs consulats, comme si c'était une récompense et non un butin. Des esclaves pris au marché ne souffrent pas Finjustice de leurs maîtres , et vous, quirites, nés pour commander, vous port^ tranquillement la servitude! Qui sont donc ceux-là qui se sont emparés de la république? Des scélérats aux mains sanglantes, d'une insatiable avarice, les plus coupables et les plus orgueilleux des hommes : foi , honneur , religion, ils font argent de tout. Tuer des tribuns du peuple, faire contre vous des poursuites injustes, des massacres, voilâtes exploits de la plupart : l'excès de leurs crimes fait leur sûreté. Que voulez-vous donc ? dira-lron. Qu'on sévisse , non par la force, mais par les tribunaux, contre ceux qui ont trahi l'État, sur la déclaration même de Jugurtha. Car s'il a fait sa dédition» il exécutera sur-le-champ vos ordres;

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s'il les méprise, alors vous apprécierez quelle est eette paix ou cette dédition qui donne Timpunité à Jugurtba, à quelques puissants d'immenses richesses, et à la république dommage et honte... Piller le trésor , extorquer de l'argent aux alliés, ces choses ont tellement passé en habitude qu'on les compte pour rien; mais on livre à un ennemi ha« bile Fautorité du sénat, on livre votre empire; en paix comme m guerre, la république est vendue. Si vous ne poursuivez pas, si vous ne punissez pas les coupables, que nous reste-t-jl que de vivre soumis à leurs volontés *î )•

De telles exhortations, souvent répétées, enhardirent enûn le peuple, et il fut décidé que le préteur Cassius amènerait à Rome Jugurtba sur la foi publique, afin de constater par sa déposition le délit de Scaurus et des au-« très. Jugurtba arriva donc*, le peuple furieux voulait le taettre en prison , et même le condamner à mort si'il ne découvrait ses complices. Memmius plus dignement contint cette colère, protesta que la foi publique ne serait point violée, et, interrogeant le Numide introduit, après avoir rappelé ses crimes dans Rome et en Numidie , lui demanda quels étaient ses compHces ; a le peuple romain , qui les connaissait asse?, voulait cette déclaration de lui : la sincérité avait tout à espérer de la clémence, au lieu que le silence ne sauverait personne et détruirait tout espoir. » Mais Jugurtba et la faction avaient acheté le tribun Bœbius ; celui'^ ci défendit au roi de répondre. En vain la multitude assemblée fit éclati^ son courroux par ses cris, ses regards et ses gestes menaçants ; Fimpudence l'emporta , et le peupla se retira, joué par son tribun. Jugurtba et les autres ac^cusés en devinrent plus hardis *.

Il y avait alors à Rome un Numide, nommé Massiva,

' SaW.^Jiig.f 3o,.3i.

■ S;iH., Ji<i7., ::a,33, 34.

fils de Gulussa ; il était du parti d'Adherbal, et s'était eDfui après la prise de Cirtha. Le nouveau consul AlLinus, qal désirait faire la guerre, lui conseille de réclamer la Numidie, comme petit-fils de Massinissa : Jugurtha craint que Fappui de ses amis ne soit pas assez ferme contre cette concurrence ; il ordonne à un de ses courtisans, Bomilcar, de faire tuer Massiva: mais le meurtrier saisi, avoue. Jugurtha renvoie secrètement Bomilcar en Numidie pour prévenir une autre recherche plus fâcheuse , et peu de jours après il partit lui-même sur un ordre du sénat, dicté sans doute par ses fauteurs. On dit que, sorti de Rome, il se retourna plusieurs fois, la regardant sans rien dire , et qu'à la fin il prononça cette parole : « Ville vénale, qui se perdra bientôt si elle trouve un acheteur *. »

Le consul Albinus se hâta de passer en Nuniidie. « Qui aurait attendu après Carthage quelque guerre en Afrique! Cependant la Numidie ne s'ébranla pas faiblement, » et Jugurtha fut redoutable *. Il opposa la ruse à la précipitation du consul , qui voulait terminer avant les comices assez prochains (110). Tantôt il promettait de se rendre, puis feignait une défiance ; tantôt il faisait retraite, puis retournait sur l'ennemi pour aguerrir son monde. De la sorte, Albinus amusé ou gagné, repartit à l'époque nécessaire, sans aucun avantage , et laissa le commandement à son firère Aulus, propréteur.

Memmius avait tiré le peuple de sa stupeur ; la lutte recommençait ; l'ardeur revenait aux tribuns, et l'obstination de Pub. Lucullus et de L. Annius à se continuer dans le tribunat , agitait toute la ville et empêchait les comices le reste de l'année. Aulus en conçut Fespérance de terminer la guerre ou du moins de tirer du roi, par ses

» Sali., Jug.j 35; Floriis, 3-2.

* Florus, 3-3,

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hostilités, une somme d'argent. Il met ses soldats en campagne par un hiver âpre , et se dirige à grandes journées sur Suthul, où étaient les trésors de Jugurtha. Arrivé devant cette forteresse, imprenable par son assiette et par la saison , il fait tous les préparatifs d'un siège en règle. Le rusé Numide, assuré de la vanité et de l'impéritie du Romsdn, lui adresse de fréquentes supplications, ne sort pas des hauteurs boisées , comme pour éviter une attaque ; il l'attire ainsi loin de Suthul , par l'espérance de traiter plus à l'aise avec plus de secret. Cependant il envoyait jour et nuit des propositions à l'armée romaine ; quand il eut amené les choses à son gré , il tombe à l'improviste sur le camp d'Aulus. Cette attaque nocturne y jette la terreur et le désordre : au milieu des incertitudes du chef, une cohorte de Ligures, deux turmes de Thraces et quelques soldats détachés passent à l'ennemi ; le centurion du primipile de la troisième légion livre le poste qu'il avait à défendre : les Numides entrent en foule ; les Romains jettent leurs armes et s'enfuient sur une colline voisine. Le lendemain Jugurtha, qui pouvait tout tuer, aima mieux faire la paix, sous la condition que le chef et les troupes subiraient l'ignominie du joug et quitteraient en dix jours la Numidie *.

Cet astucieux prince sembla s'être abusé par ce facile succès.; il oubliait les Fourches-Caudines et le désastre de Mancinus, qu'il avait lui-môme contribué à venger ; ou s'il croyait les Romains capables de supporter désormais un pareil affront, il se trompait bien davantage. L'indignation se tourna plus contre Aulus que contre lui ; le sénat décida, selon ses maximes, que nul traité ne se pouvait faire sans son ordre et celui du peuple. Sp. Albinus, contrarié par les tribuns, qui l'empêchèrent d'emmener ses nouvelles levées, ne put venger son frère avec des soldats sans honneur

» Sali., JuQ.y 36 , 37 , 38; Florus, 3-2.

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et sans discipline. Mais les consuls étant désignés, la Numidle échut à Metellus, homme actif , et en grande estime même chez le peuple. On le vit partir avec confiance, car on savait qu'avec des talents il portait une ame inaccessible aux richesses.

£n même temps la honte de la défaite pesant dur la noblesse, rendait au peuple le sentiment de sa force. Une rogation de Mamilius ordonna des poursuites contre tous ceux qui s'étaient laissé corrompre par Jugurtha : personne n'osa s'y opposer ouvertement ; les intéressés firent agir leurs amis, surtout les hommes du nom latin et les alliés italiens. Mais il est incroyable avec quelle résolution le peuple tt ordonna, décréta, voulut cette rogation, plus encore par haine de la noblesse que par zèle x)our l'État. » Les poursuites s'exercèrent âprement, avec animosité , selon la passion du peuple , qui devenait insolent à son tour *. Les juges de Gracchus, les chevaliers, saisirent cette occasion de courber la noblesse sous leur puissance nouvelle, et sous leur ressentiment de ses anciens refus. Ils condamnèrent G. Galba , le premier des ministres du culte qui eût subi un jugement public, et quatre consulaires : Cal. Bestia, Sp. Albinus, L. Opimius et Caton. On accusait ce dernier d'avoir pris dans sa province de Macédoine quatre mille sesterces *. On fïuppait Caton, évidemment en haine de la noblesse ; car une concussion de si petit profit, qui était à peine une &ute en ce temp&-là , et la mémoire d'Opimius publiquement défendue dans la suite, peuvent donn® à penser qu'on s'inquiéta moins de sa vénalité que de ses cruautés consulaires^. Et ce qui ne laisse plus de doute,

* Sali., Jug.f \o,

• VeU.,«-6,7.

^ Cic, De clar. orat^ 33, 34: « G. Galba. . . cecidit in cursu. Nam ro^ lione Mamilia, Jugurtliins conjurationis invidia, quum pro sesie <)txis9et, oppres8U3 est. Exstat cjus peroralio, qui cpilogus dicitur : qui laato in honore,

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c'est que Scaurus , un des plus coupables, réussit à se faire

* nommer un des trois quésiteurs du procès, qu'il défendit

* même Bestia, et qu'il en fut quitte pour un bon mot de ^ Memmius , un des accusateurs. On reprochait à Scaurus ■' d'avoir accaparé , sans testament , un riche héritage ; un

convoi funèbre venant à passer pendant le débat judiciaire, î Memmius s'écria: « Scaurus, on emporte un mort, vois î donc si tu peux te mettre en possession *. »

puerisnobu^erat, ut eum etiam edisceremus. Hic, qui in collegio sacerdo- ^ tum esset , primus post Romain condilam judioio publico est condemnatus... , Bestia bonis initiis ortus tribunatus. . . tristes exitus habuit consulatus. Nu m

invidiosa lege Mamilia C Galbam sacerdotem , et quatuor consulares , C. I Bestiam , G. Gatonem , Sp. Albinum , civemque praestantissimum L. Opi- I mium , Gracehi interfèctoretn , a populo absolutum , quum is contra popuH

studium •tetiûet , Gnicchanijudicet lustulerunt. » ^oyn encore Dt oraf. y

9-3 1 ,39, ^o^etPhilipp»^ i3> ' ■ Gic, De oraf., 2-73 : « Cum Scaurus nonnullam baberet invidiam ex

I eo, quod Phrygionis Pompeii , locupletis hominis, bona sine testamento pos- I sideret , sederetque advocatus reo Bestia; , quum funus quoddam duceretur ,

accusalor G. Memmius : Vide , inquit , Scaure , mortuus rapitur, si potes

esse possessor. »

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